29/04/2021
Qui souffre ne peut guère écrire
... Je fais des voeux pour que ça ne soit pas le cas pour vous chère Mam'zelle Wagnière , le choix des citations est touchant, mais vous ne nous avez pas habitué à de si courtes mises en ligne . Je vous adresse mes tendres et amicales pensées .

« Au marquis Francesco Albergati Capacelli
à Bologna
10è janvier 1766 à Ferney 1
Les hivers me sont toujours funestes, monsieur . Qui souffre ne peut guère écrire. Je vous dis bien rarement combien je m’intéresse à vous, à vos plaisirs, à vos goûts, à vos peines, à tous vos sentiments.
Je reçus, ces jours passés, la traduction de la Mort de César et de Mahomet, par M. Cesarotti 2. Je ne sais si je tiens ce présent de vos bontés ou des siennes. Je lui écris à Venise, chez son libraire Pasquali. Je m’imagine que, par cette voie, il recevra sûrement ma lettre.
Il y a un philosophe naturaliste3, que je crois de Toscane, qui m’envoya, il y a quelques mois, un recueil d’observations faites avec le microscope ; il y combat les erreurs insensées d’un Irlandais nommé Needham, avec toute la politesse d’un homme supérieur qui a raison. J’ai malheureusement perdu la lettre dont ce philosophe aimable m’honora. Peut-être son livre sera parvenu jusqu’à vous, monsieur, quoiqu’il me semble que votre goût ne se tourne pas du côté de ces petites recherches. Mais si vous pouvez savoir, par quelqu’un de vos académiciens, le nom de cet ingénieux observateur, je vous supplie de vouloir bien m’en instruire, afin que je n’aie pas à me reprocher d’avoir manqué de politesse envers un homme qui m’a fait tant de plaisir.
Adieu, monsieur ; nous sommes transis de froid, et je suis actuellement en Sibérie. »
1 Albergati a écrit un mot à V* le 31 décembre 1765 pour lui demander s'il a reçu un livre envoyé depuis longtemps par Cesarotti , et se plaignant du silence de son correspondant . . Voir lettre du 10 janvier 1766 à Cesarotti : http://www.monsieurdevoltaire.com/2014/11/correspondance-annee-1766-partie-2.html
2 Voir lettre du 18 décembre 1759 à Bettinelli : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/12/28/ce-monde-ci-est-une-pauvre-mascarade-je-concois-a-toute-force-comment-on-pe.html
3 Spallanzani : « Saggio di osservazioni mocroscopiche concernenti il sistema della generazione de' signori di Needham e Buffon, 1765 . Il envoya aussi à V* un autre essai anonyme , De lapidibus ab aqua resilientibus dissertatio, 1765 . Voir lettre du 17 février 1766 à Spallanzani : « Je reçus , il y a quelques semaines, par la voie de Genève, deux dissertations physiques, sans nom d'auteur. »
V* savait l' italien et le latin (entre autres ) . Voir : http://biochimica.bio.uniroma1.it/bspall1.pdf
Ces travaux sont très importants pour consolider la pensée « fixiste » de V*. Voir : http://vetopsy.fr/comportement/evolution/fixisme-creationnisme.php
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Ma belle voisine que je ne vois jamais, mon cher pâté dont je ne tâte point
... Voilà un mot affectueux qui va faire supposer que Volti est végan . Heureusement il n'en est rien , pas plus que ceux qui disent aimablement "mon chou" à leur partenaire s'abstiennent de toucher au jambon-beurre et aux tripes à la mode-qui-leur-plait . Remplacer "pâté" par "pet-de-nonne" pour ceux qui préfèrent le sucré , ou double-cheese-kebab-frites pour les moins raffinés, et je suis à peu près sûr que la relation n'ira pas au delà de l'énoncé de la dernière syllabe , d'autant plus s'il s'agit d'un.e anorexique .
Mes chers farçons , je vous salue !

Pour respecter la parité, il existe aussi en version sucrée
« A Marie-Jeanne Pajot de Vaux, Maîtresse
des comptes
à Lons-le-Saunier
Franche-Comté
Ma belle voisine que je ne vois jamais, mon cher pâté dont je ne tâte point 1, nous nous intéressons tous très vivement à la santé de monsieur François ; et en qualité de parrain j'ai des sentiments encore plus vifs que le reste de la maison ; la mère et le fils me sont extrêmement chers . Je vieillis et m'affaiblis considérablement ; je serais fâché de mourir sans avoir revu la mère aimable de François, ayez soin de l'une et de l'autre ; présentez mes sincères obéissances à vos deux maris ; le froid est extrême à Ferney, et nous n'avons pas de si beaux bois que vous . Vivez heureuse, et honorez toujours Papa de vos bontés .
8è janvier 1766 à Ferney . »
1 Voir lettre du 18 septembre 1765 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2021/01/15/il-est-avec-l-attachement-le-plus-respectueux-votre-tres-hum-6291137.html
09:42 | Lien permanent | Commentaires (0)
Je m’applaudis tous les jours de m'être éloigné de cette ville où la concorde n’habitera jamais, et d'avoir choisi une petite retraite
... Certes il y a une place pour la Concorde, mais c'est une arlésienne , que l'on n'a aucune chance de croiser ni à pieds, ni a cheval, ni en trottinette, ni bien entendu en voiture . Elle a vu plus de 1100 guillotinés , ça fait peur quand même ! De quoi continuer à en perdre la tête . Paris , temple des râleurs ! Il y a pourtant de belles choses à voir ... mais si peu de Parisiens paisibles .

... Non, sire , c'est une révolution !
https://www.hotel-de-la-marine.paris/L-Hotel-de-la-Marine...
« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental
et à
Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental
8è janvier 1766
Dieu vous préserve, mes divins anges , de lire le mémoire genevois que vous trouverez c-joint 1 ; donnez-le si vous voulez à l'avocat consultant qui peut dévorer cet ennui . Les choses se sont un peu aigries à Genève depuis que je ne m'en mêle plus . Ce n’est pas la faute de M. Hennin qui a toujours paru tenir la balance égale , il ne faut s'en prendre qu'à deux ou trois petits événements qui ne feraient pas une nouvelle dans la place Maubert 2, et qui ont ulcéré le cœur des citoyens de Genève . Je m’applaudis tous les jours de m'être éloigné de cette ville où la concorde n’habitera jamais, et d'avoir choisi une petite retraite en Suisse, où je vais quelquefois passer les beaux jours .
Je vous supplie , mes anges, de vouloir bien engager M. Marin à empêcher les libraires d'imprimer les tristes vers que j'ai faits sur un événement fort triste . J'ai assez parlé de Henri IV en ma vie sans ennuyer encore ses mânes .
Ce pauvre Lekain me fend le cœur ; la pension devait être à lui, ou ni vous ni moi ne nous y connaissons . Je vois que l'humeur décide souvent des petites affaires comme des grandes . Nous attendons ici Pierre Corneille ; il ne manquera pas de nous faire quelque tragédie pour notre petit théâtre . S'il fait des vers comme sa fille les récite nous aurons beaucoup d'applaudissements . Nous espérons avoir Virginie quand le grand deuil et le grand froid seront passés 3 ; nous l'essaierons à huis clos , car il faut voir les choses en place pour en bien juger .
Mettez-moi, je vous prie, au bout de vos ailes, et de celles de M. le duc de Praslin. »
1 Voir la lettre de la veille à Hennin : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2021/04/28/le-droit-negatif-il-parait-meriter-attention-6312581.html
3 Voir lettre du 13 janvier 1766 à d'Argental : http://www.monsieurdevoltaire.com/2014/11/correspondance-annee-1766-partie-3.html
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