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23/09/2015

je souhaite que nous autres Français nous cessions d'être brouillés avec le sens commun

... Voeu pieux !

 

Mis en ligne le 19/11/2020 pour le 23/9/2015

 

 

A François de Chennevières

Mon cher ami, le bruit court qu'on vient de nous prendre Marbourg 1 mais j'espère qu'il en sera comme de la défaite du général Beck 2. On dit aussi les Autrichiens brouillés avec les Russes , je ne crois jamais aucune nouvelle de léger, mais je souhaite que nous autres Français nous cessions d'être brouillés avec le sens commun . Oncle, nièce et confidente 3 nous vous embrassons . Daignez épargner 20 sous à l'ami Thieriot 4.

A Ferney 23 septembre [1760] »

1 V* veut dire Magdebourg qui n'était pas impliquée dans le Guerre de Sept Ans ; voir Politische Correspondenz, XIX, 592

3 Mlle de Bazincourt .

4 En lui faisant remettre la lettre jointe , voir lettre du même jour à Thieriot : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2020/11/19/un-de-ces-anes-de-sorbonne-qu-on-appelle-docteurs-6278442.html

un de ces ânes de Sorbonne qu'on appelle docteurs

... J'ai repensé à cette phrase et à bien d'autres, qui ne sont pas à la gloire des Sorbonnards du XVIIIè siècle, lors des obsèques et de l'hommage de la nation pour ce malheureux professeur Samuel Paty, assassiné par un islamiste et dont le cercueil est passé par la cour de la Sorbonne .

J'ai eu une petite grimace en entendant les journalistes présenter la Sorbonne comme un lieu d'excellence depuis sa création ; ils oublient la somme de croyances ineptes qui ont eu cours dans ces murs , de temps lointains jusqu'à nos jours, de la condamnation de l'inoculation anti-variolique du temps de Voltaire jusqu'à la réception et soutenance de thèse pronant l'astrologie d'Elisabeth Teissier (Docteur ! ).

Vérité et charlatanisme se partagent encore les mêmes murs . Qui l'emportera ?

 

Mis en ligne le 19/11/2020 pour le 23/9/2015

 

 

« A Nicolas-Claude Thieriot

chez M. Baron

Couture-Sainte-Catherine

A Ferney 23 septembre 1760

Monsieur l'habitant du Marais, que n'envoyez-vous chercher des billets de loge et d'amphithéâtre chez M. d'Argental ? Pourquoi dans les beaux jours ne vous donnez-vous pas le plaisir honnête de la comédie ? Je trouve un peu extraordinaire que messieurs les comédiens du roi et les miens vous aient ôté votre entrée . Qu'ils vous en privent quand ils jouent Les Philosophes, à la bonne heure, mais il me semble que ceux à qui j'ai fait présent de plusieurs pièces de théâtre et à qui j'abandonne le profit des représentations et de l'impression devraient vous avoir invité au petit festin que je leur donne .

Je vous prie mon cher amateur des arts de vouloir bien ajouter à tous vos envois, la traduction du Père de famille ou du Vero amico de Goldoni 1 par Diderot avec la préface et l'épître à Me de La Marck .

Si L’Écosseuse 2 est plaisante comme on me le mande, ayez la charité de la mettre dans le paquet car il faut rire . C'est aussi pour rire que je voudrais savoir positivement si c'est l'ami Gauchat qui est l'auteur de l'oracle des philosophes 3 et si ce Gauchat n'est pas un de ces ânes de Sorbonne qu'on appelle docteurs .

On me dit qu'il n'y a pas trop de quoi rire à nos affaires de terre et de mer . Il faut s’égayer avec les lettres humaines et inhumaines pour ne pas se chagriner des affaires publiques . Nous avons aux Délices M. le duc de Villars et un marquis d'Argence, grands amateurs de le science gaie . Ce marquis d'Argence vaut un peu mieux que les d'Argens des Lettres juives . Nous jouons la comédie, nous faisons des noces ; Mme Denis joue à peu près comme Mlle Clairon, excepté qu'elle a dans la voix un attendrissement que Clairon voudrait bien avoir . Mlle de Bazincourt, excellente confidente, et vous un grand nigaud, mon cher ami, de n'être pas aux Délices ou à Ferney .

Et vale .

V.

23 septembre . »

1 Il vero amico de Goldoni fut traduit sous le titre Le Véritable Ami, 1758 . on suppose que le traducteur fut Alexandre Deleyre ; mais selon Diderot, ce serait l’œuvre de Francis Veron de Forbonnais ; la publication à laquelle V* songeait était Il Padre di famiglia, traduite elle aussi par Deleyre sous le titre Le Père de famille, 1758 ; la préface comme la dédicace sont de Grimm ; la confusion s’explique par le fait que la pièce de Diderot intitulée elle aussi Le Père de famille, 1758, fut publiée la même année .

2 L'Ecosseuse est une parodie de L’Écossaise , œuvre non pas de Poinsinet cadet et d'Avesne, comme l'affirme d'Avenel, mais de Charles-François Pannard et Louis Anseaume ; elle fut représentée à la foire Saint-Laurent le 4 septembre 1760 ; Avenel fut trompé pat les initiales P. et A., sous lesquelles fut publié l'opéra-comique en 1761 .

Voir : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52502871d.image

22/09/2015

Vous daignez donner aux petits un ouvrage fait que pour les grands

... Comme le Candide de Yoann Sfar ?

Candide: Amazon.fr: Voltaire, Sfar, Joann: Livres

Première lecture donnée à mon fils pour découvrir Voltaire, et quitter sa PS quelques heures

 

Mis en ligne le 19/11/2020 pour le 22/9/2015

 

« [destinataire inconnu] 1

Au château de Ferney 22 septembre 1760

[Il prie son correspondant de recevoir ses très humbles remerciements]

Vous daignez donner aux petits un ouvrage fait que pour les grands […]

Voltaire

gentilhomme ordinaire du roi . »

1 Le manuscrit est passé à la vente Lucas de Montigny le 30 avril 1860 à Paris .

21/09/2015

il faudrait hardiment donner La Femme qui a raison [v]. Car qu'elle ait raison ou non elle est gaie. Et la morale est bonne. Il y a beaucoup de coucherie, mais c'est en tout bien tout honneur

... Pour cela il faut attendre la levée d'écrou du théâtre, on ne sait encore quand, seule Roselyne (Bachelot, oui, oui, notre pharmacienne ) l'éclectique "Femme qui a raison" moderne, peut le supputer, si mister Covid-19 veut bien nous lâcher les basques . Le divin vaccin existe en trois versions ( la Sainte Trinité en seringue ), reste à savoir l'efficacité et les effets secondaires, et le monde est sauvé (ou presque, les pays fortunés d'abord, comme d'hab ) . A suivre ...

 

Mis en ligne le 19/11/2020 pour le 21/9/2015

 

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

envoyé de Parme, rue de la Sourdière à Paris

et à

Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental

20 septembre 1760

Madame Scaliger, vous êtes divine, vous nous avez donc secourus dans la guerre, vous avez payé de votre personne. Vous avez pansé des blessés et mis les morts à quartier. C'est à vous que la dédicace devrait appartenir.[i]

Mes divins anges,nous jouâmes hier Alzire, nous allons rejouer Tancrède. Nous sommes à l'abri des cabales. C'est beaucoup. Nos plaisirs sont purs. M. le duc de Villars, grand connaisseur, nous encourage. Notre théâtre commence à être en réputation. Brioché n'avait pas si bien réussi chez les Suisses [ii]. Envoyez nous donc la pièce telle qu'on la joue à Paris. Vous donnez L'Indiscret [iii]. La pièce n'est-elle pas un peu froide ?

Le comique écrit noblement

Fait bailler ordinairement .[iv]

Si Tancrède avait un plein succès, il faudrait hardiment donner La Femme qui a raison [v]. Car qu'elle ait raison ou non elle est gaie. Et la morale est bonne. Il y a beaucoup de coucherie, mais c'est en tout bien tout honneur.

Il faudrait que Mme de Pompadour fût une grande poule mouillée pour craindre ma fière dédicace.[vi] Pardon , divins anges, de mon laconisme. Il faut marier demain notre résident de France [vii] dans mon petit château de Ferney. Nous sommes occupés à imaginer une façon nouvelle de dire la messe. Et je vais répéter deux rôles, Argire et Zopire [viii]. La tête me tournera si je n'y prends garde.

Je baise le bout de vos ailes humblement. »

i Cf. lettre du 8 septembre pour la « bataille » de Tancrède et dédicace à Mme de Pompadour.

ii Cf. le Pot pourri que V* commence à composer (voir lettre du 5 septembre 1760 ) . Brioché qui avait montré ses marionnettes à Soleure avait été accusé de magie par les paysans et emprisonné.

iii Pièce pour accompagner Tancrède à sa dernière représentation du 2 octobre.

iv Extrait de L'Impromptu de la folie, 1726, de Marc-Antoine Le Grand.

v Jamais jouée en public à Paris.

vi Cf. lettre du 8 septembre ; Mme de Pompadour fit supprimer quelques lignes de l'Épitre dédicatoire , elle fera demander par Choiseul que V* n'ajoute pas de préface pour ne pas être compromise.

vii M. de Montpéroux ; V* a entrepris la construction d'une nouvelle église à Ferney, et vient juste de finir les travaux de son château de Ferney.

viii Dans Tancrède et dans Mahomet.