20/09/2015
en vérité, monsieur, vous concluerez qu'il n'y a pas plus de vertu dans les républiques que dans les monarchies ... Comptez que le monde est un grand naufrage, et que la devise des hommes est Sauve qui peut
... Vrai à 100% .
Mis en ligne le 19/11/2020 pour le 20/9/2015
« Au chevalier de R...x 1
Aux Délices près de Genève
ce 20 septembre 1760
Monsieur, je ne me porte pas assez bien pour avoir autant d'esprit que vous . Vous me prenez trop à votre avantage , comme disait Waller à Saint-Evremond 2. Vous êtes bien bon de lire des choses dont je ne me souviens plus guère, mais vous avez trop d'esprit pour ne pas voir que la Réception de M. de Montesquieu à l'Académie française pour s'être moqué d'elle 3, n'est qu'un trait plaisant et rien de plus . Faites comme l'Académie , monsieur, entrez dans la plaisanterie et surtout ne lisez jamais les discours de M. Malet 4, à moins que vous n'ayez une insomnie .
Vous expliquez très bien, monsieur, ce que M. de Montesquieu pouvait entendre par le mot de vertu dans une république 5; mais si vous vous souvenez que les Hollandais ont mangé sur le gril le cœur des deux frères de Wit 6, si vous songez que les bons Suisses nos voisins ont vendu le duc Louis Sforce, pour de l'argent comptant 7, si vous songez que le républicain Jean Calvin, ce digne théologien, après avoir écrit qu'il ne fallait persécuter personne, pas même ceux qui niaient la Trinité, fit brûler tout vif et avec des fagots verts un espagnol qui s'exprimait sur la Trinité autrement que lui 8, en vérité, monsieur, vous concluerez qu'il n'y a pas plus de vertu dans les républiques que dans les monarchies . Ubicumque calculum ponas, ibi naufragium invenies 9. Comptez que le monde est un grand naufrage, et que la devise des hommes est Sauve qui peut .
Je suis très fâché d'avoir dit que Guillaume le Conquérant disposait de la vie et des biens de ses nouveaux sujets comme un monarque de l'Orient 10; vous faites très bien de me le reprocher, je devais dire seulement qu'il abusait de sa victoire, comme on fait toujours en Orient et en Occident ; car il est très certain qu'aucun monarque du monde n'a le droit de s'amuser à voler et à tuer ses sujets selon son bon plaisir . Nos pauvres historiens nous en ont trop fait accroire, et le plus mauvais service qu'on puisse rendre au genre humain est de dire, comme ils font, que les princes orientaux sont très bien venus à couper toutes les têtes qui leur déplaisent . Il pourrait très bien arriver que les princes occidentaux et leurs confesseurs s'imagineraient que cette belle prérogative est de droit divin . J'ai vu beaucoup de voyageurs qui ont parcouru l'Asie, tous levaient les épaules quand on leur parlait de ce prétendu despotisme indépendant de toutes les lois . Il est vrai que dans les temps de trouble, les monarques et les ministres d'Orient sont aussi méchants que nos Louis XI et nos Alexandre VI . Il est vrai que les hommes sont partout également portés à violer les lois quand ils sont en colère et que du Japon jusqu'à l'Irlande nous ne valons pas grand-chose . Il y a pourtant d'honnêtes gens et la vertu, quand elle est éclairée, change en paradis l'enfer de ce monde .
Il paraît par votre lettre, monsieur, que votre vertu est de ce genre et que l'illustre M. le président de Montesquieu aurait eu en vous un ami digne de lui .
Un homme dont les terres ne sont pas, je crois, éloignées de chez vous, est venu passer quelque temps dans ma retraite, c'est M. le marquis d'Argence 11. Il me fait éprouver qu'il n'y a rien de plus aimable qu'un homme vertueux qui a de l'esprit . Je voudrais être assez heureux pour que vous me fissiez le même honneur qu'il m'a fait . J'ai celui d'être avec la plus respectueuse estime que vous m'inspirez monsieur, votre etc.
P.-S. – Pardon monsieur, si je n'ai pas écrit de ma main . »
1 Cette lettre suit la copie Beaumarchais qui décrit le destinataire comme vivant « à Toulouse »
2 Sur cette anecdote, voir lettre du 16 août 1759 à François Allamand : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/09/20/je-serais-fort-aise-d-entendre-votre-parole-quoique-ni-vous-5451443.html . V* a corrigé son erreur .
3Citation de mémoire d'un passage ajouté en 1756 à la première section de ce qui est maintenant l'article « Contradictions » du Dictionnaire philosophique.
4 V* pense à Jean-Roland Mallet, dans le discours qu'il prononça en recevant Montesquieu à l'Académie française .
5 De l'esprit des lois, III, 5 .
6 Voir lettre du 12 janvier 1758 à Théodore Tronchin : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2013/03/21/gagnez-du-temps-du-temps-du-temps-et-ensuite-qu-on-fasse-rie.html
7 Dans l'Essai sur les mœurs, chapitre CX, V* avait parlé de Louis le Maure, livré par les Suisses . Il modifia ensuite ce passage .
8 Servet .
9Où que tu poses un caillou, tu trouveras un naufrage . Pétrone, Satyricon, CXV .
10 V* dit cela dans l'Essai sur les mœurs, chapitre XLII .
11 Le marquis d'Argence était seigneur de Dirac, près d'Angoulême .
03:17 | Lien permanent | Commentaires (0)
l'infâme . Il faut lui fermer la porte des honnêtes gens et la laisser dans la rue où elle est fort bien
... Mis en ligne le 19/11/2020 pour le 20/9/2015
« A Louise-Florence-Pétronille de Tardieu d'Esclavelles d'Epinay
Madame de La Live
d'Epinay
rue Saint H[o]noré
[à Pa]ris
20 septembre [1760] 1
Mille actions de grâces à ma belle philosophe . Nous marions demain Montpéroux à Ferney, et nous avons imaginé une excellente façon de dire la messe . Nous jouâmes avant-hier Alzire, nous jouons demain Tancrède . Mme Denis est devenue Clairon . Le duc de Villars forme nos acteurs . Il nous est venu un philosophe très aimable 2 qui a fait cent cinquante lieues pour venir se mettre au fait . Nous l'avons ferré à glace . Il en ferrera d'autres quand il sera de retour . Ma chère philosophe je vous recommande l'infâme . Il faut lui fermer la porte des honnêtes gens et la laisser dans la rue où elle est fort bien . Ma chère philosophe, mille respects à tous vos amis . Ah Épinay pourquoi êtes-vous loin des Délices ?
V. »
1 La feuille du manuscrit portant l'adresse est endommagée, d'où la restitution .
2 Le marquis d'Argence .
02:12 | Lien permanent | Commentaires (0)
il faut dans ma convalescence me tuer pour le plaisir des autres
... Quel homme ! Heureusement le plaisir d'agir est son meilleur remède , la mort passe son chemin .
Mis en ligne le 19/11/2020 pour le 20/9/2015
« A Cosimo Alessandro Collini, Secrétaire
intime de Son Altesse Sérénissime Électorale
à Manheim
20è septembre 1760
J'ai été bien malade, mon cher Collini, et il faut dans ma convalescence me tuer pour le plaisir des autres . J'ai chez moi M. le duc de Villars avec grande compagnie . On joue la comédie . Ma très mauvaise santé, et l'obligation de faire les honneurs de chez moi, m'ont mis dans l'impossibilité de faire le voyage . J'ai écrit à Son Altesse Électorale 1 il y a environ quinze jours, et j'ai eu l'honneur de lui adresser un assez gros paquet que j'ai confié à M. Defresney de Strasbourg . Si le paquet n'a pas été rendu, ne manquez pas, je vous prie, d'en informer M. Defresney ; l'affaire que vous savez est entamée, j'espère qu'elle réussira, pour peu que nos armées aient du succès .
Je vous embrasse de tout mon cœur .
V. »
1 Lettre non connue .
01:11 | Lien permanent | Commentaires (0)
19/09/2015
il est dit expressément, qu'aucun chevalier ne violera jamais une infante sans le consentement d'icelle . Comptez que je suis navré de douleur de ne pouvoir jouer le premier rôle dans une telle aventure
... Mis en ligne le 19/11/2020 pour le 19/9/2015
« A Claire-Josèphe-Hippolyte Léris de Latude Clairon
Aux Délices le 19 septembre 1760
Nous sommes trois que même ardeur excite,
Egalement à vous plaire empressés ;
L'un vous égale et l'autre vous imite,
Et le troisième avec moins de mérite,
Est plus heureux, car vous l'embellissez .
Je vous dois tout . Je devrais entreprendre
De célébrer vos talents, vos attraits ;
Mais quoi ! Les vers ne plaisent désormais
Que quand c'est vous qui les faites entendre .
Celui qui vous égale quelquefois, mademoiselle, c'est M . le duc de Villars quand il daigne nous lire quelque morceau de tragédie . Celle qui vous imita parfaitement hier dans Alzire, c'est Mme Denis, et le vieil ermite que vous embellissez, vous vous doutez bien qui c'est .
Nous jouâmes hier Alzire devant M. le duc de Villars, mais nous devrions partir pour venir voir la divine Aménaïde . Si jamais les pays méridionaux de la France ont le bonheur de vous posséder quelque temps, nous tâcherons de nous trouver sur votre route et de vous enlever . Nous avons un acteur haut de six pieds et un pouce 1 qui sera très propre à ce coup de main . Nous vous supplierons de nous informer du chemin que vous prendrez car par la première loi de cette ancienne chevalerie que vous faites réussir à Paris, il est dit expressément, qu'aucun chevalier ne violera jamais une infante sans le consentement d'icelle . Comptez que je suis navré de douleur de ne pouvoir jouer le premier rôle dans une telle aventure . Ne comptez pas moins sur l'admiration et le tendre attachement du claironien et antifréronien 2.
V.
Mme Denis et toute la troupe se mettent aux pieds de leur modèle . »
1 Le « géant » est François-Pierre Pictet .
2 Nouveaux néologismes de la fructueuse liste de 1760 .
11:29 | Lien permanent | Commentaires (0)
Qu'il est doux de recevoir vos figues, madame !
... Un peu de douceur dans ce monde de brutes !
Avec un peu de pseudo-ésotérisme, lecture des rêves presque freudienne ( je dis presque puisque il n'y a pas d'allusion sexuelle ) : http://www.dictionnaire-reve.com/interpretation-reve/752/reve-de-figue.html
Mis en ligne le 19/11/2020 pour le 19/9/2015
« A Louise-Suzanne Gallatin
[19 septembre 1760 ?]
Qu'il est doux de recevoir vos figues, madame ! qu'il est triste de ne les pas manger avec vous ! si vous avez été contente hier 1 nous faisons la figue à tout le monde. »
1 Sans doute à l'occasion de la représentation d'Alzire ; c'est sur cette hypothèse qu'est datée cette lettre . C'est dans la seconde semaine de septembre du reste que les figues sont mures ; voir billets de août-septembre 1759 :
05:04 | Lien permanent | Commentaires (0)
Pour payer ces 35 mille livres, j'ai l'honneur de vous faire parvenir une lettre de change de cent francs et plus
... C'est à la monnaie près ce que le gouvernement peut faire pour boucher (camoufler plutôt ) les dettes conséquentes de tous ceux qui ont perdu tout revenu pendant les confinements . Tant que la Banque Centrale Européenne tient le coup ....

Est-ce rassurant de ne pas être seuls dans ce cas ?
Mis en ligne le 19/11/2020 pour le 19/9/2015
« A Jean-Robert Tronchin
Banquier
à Lyon
Mon cher maître, pardon de vous avoir embâté 1 des Rigolet et des Bardin . Vous êtes trop bon .
Le grand point comme vous le dites est de ne se ruiner ni en chateaux, ni en églises, ni en jardins . Mais vous qui êtes mon directeur, vous saurez que j'ai eu la bêtise honnête, de tirer de prison un pauvre homme 2 de mes vassaux dont Mme de La Bâtie a fait saisir le domaine pour dettes . Je prends mes précautions mais je paie pour lui . Il vous en coûtera 5000 livres de cet article . Ou je les tirerai sur vous, ou je les prendrai chez M. Cathala, ou je vous prierai de me les envoyer .
|
ci |
5000 |
|
|
plus un marais à saigner |
|
|
|
environ |
4000 |
|
|
Pictet Varambé fils haut de six pieds et un pouce veut que je lui prête 10 000 3 pose |
10000 |
|
|
lesquels je tirerai sur vous en bref de l'autre part |
19000 19000 |
|
|
de petites acquisitions de prés et de champs |
4000 |
|
|
vers la Toussaint pour le courant |
12000 |
|
|
en tout |
35000 |
tout au plus |
Cela ne laissera pas de durer jusqu'en janvier et février .
Pour payer ces 35 mille livres, j'ai l'honneur de vous faire parvenir une lettre de change de cent francs et plus . Mais comme cela ne suffit pas absolument je compte au mois d'octobre vous envoyer pour environ 30 mille livres de dettes . Partant il me restera de quoi me marier . L'exemple du résident ne me tente pourtant pas 5. Je le marierai à Ferney demain, et je n'en serai point jaloux .
Bonjour mon cher ami . Je vous embrasse bien fort .
V.
19 septembre [1760] »
1 A proprement parler, charger d'un bât, employé au sens d'importuner par Saint Simon .
2 Bétems .
3 Sur ce prêt, voir Bestermann, app. D 194 du 22 septembre 1760 .
4 C'est ici la fin de la première page .
5 Voir lettre du 13 septembre 1760 à JR Tronchin : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2020/11/18/il-n-y-a-plus-moyen-d-etre-malade-avec-cette-horrible-guerre-6278265.html
03:54 | Lien permanent | Commentaires (0)
18/09/2015
Encore une fois je n'aime point la guerre, mais quand on est obligé de la faire, il ne faut pas se battre mollement
... Ne pas pinailler, rentrer dans le lard de l'adversaire, c'est franc, après on discute . Assez de "on risque de choquer" brandi par des mollassons dès qu'on veut se moquer d'extrêmistes qui mériteraient même pire . Vive Charlie Hebdo et Le Canard Enchaîné .
Mis en ligne le 19/11/2020 pour le 18/9/2015
« A Pierre-Robert Le Cornier de Cideville
ancien conseiller du parlement de Rouen
rue Saint Pierre
à Paris
et s'il n'y est pas, renvoyez
à Rouen à sa terre de
Launay
22è septembre 1760
Mon ancien ami, il est bien doux que mes fruits d'hiver soient encore de votre goût, mais il est triste que nous ne les mangions pas ensemble . Vous voyez bien que ma table n’est pas toujours chargée de poires d'angoisse pour les Trublet, les Chaumeix, les Fréron, et les Lefranc de Pompignan . Je n'aime pas trop la guerre . Je n'ai attaqué personne en ma vie . Mais l'insolence de ceux qui osent persécuter la raison était trop forte . Si on n'avait pas couvert Lefranc d'opprobre, l'usage de déclamer contre les philosophes dans les discours de réception à l'Académie allait passer en loi, et nous allions passer par les armes toutes les années . Encore une fois je n'aime point la guerre, mais quand on est obligé de la faire, il ne faut pas se battre mollement . Comptez que cela n'a rien dérobé ni à mes occupations, ni à mes plaisirs ni à ma gaieté . Je n'en fais pas moins bâtir un très joli château et une petite église . Je joue même quelquefois le bonhomme de père avec Mme Denis . Je joue passablement, et Mme Denis divinement . M. le duc de Villars qui est chez moi et qui s'entend à merveille au théâtre est enchanté . Dieu m'a donné à un quart de lieue des Délices un château dont j'ai changé la grande salle en tripot de comédie . On peut y aller à pied . On y soupe ; le lendemain on va à Ferney qui est une terre belle et bonne ; et dans aucune de ces terres on n'entend point parler d'intendant, on est libre, on ne doit au roi que son cœur . Des philosophes viennent nous y voir de cent lieues ; mais vous mettez votre philosophie à n'y point venir . Vous y verriez qu'à soixante et sept ans avec une faible santé, on peut être mille fois plus heureux qu'à trente et vous rendriez ce bonheur parfait . Je ne sais si l'abbé du Resnel est aussi content de la vie que moi . Comment va sa santé ? Mais surtout donnez-nous des nouvelles de la vôtre, et songez qu'il y a dans un petit pays riant et libre deux cœurs qui sont à vous pour jamais .
V. »
11:27 | Lien permanent | Commentaires (0)

