09/01/2015
la notoriété publique ne suffit pas pour constater un droit de haute justice
... Et une interprètation abrutissante de l'islam , -et toute autre déviance religieuse,- ne donnent pas le droit de vie et de mort sur le reste des humains .
Tolérance, quand seras-tu une vertu respectée ?

http://blog.voltaire-a-ferney.org/
« A Charles de BROSSES, baron de Montfalcon.
Aux Délices 2 janvier 1760.
J'ai l'honneur, monsieur, de présenter mes respects à toute votre famille, et à vous surtout, du meilleur de mon cœur au commencement de cette année. J'attends vos ordres pour la conclusion de l'affaire de Tournay 1. Je me flatte que quand vous serez débarrassé des premiers soins qu'exige votre séjour à Dijon, vous voudrez bien instruire le sieur Girod 2 de vos volontés et l'honorer de vos pleins pouvoirs.
Permettez aussi, monsieur, que je vous supplie de me faire communiquer les pièces concernant les droits de la terre. La petite affaire de Panchaud 3 me rend surtout cette communication nécessaire. Vous savez bien, monsieur, que la notoriété publique ne suffit pas pour constater un droit de haute justice. Il faut quelque acte, quelque exemple. Le lieu nommé la Perrière est situé sur un fief de Genève. Il est à présumer dès lors que le seigneur de Tournay n'a pas droit de juridiction dans cet endroit. On dit que, quand il y a eu des catholiques dans ce terrain, ils ont été à la messe à Chambésy. Mais, monsieur, une messe n'établit point une haute justice. Quant à la justice qu'on a rendue au nommé Panchaud, il n'est pas croyable que cet homme ait été condamné à un bannissement perpétuel uniquement pour avoir défendu ses noix. On assure qu'il a été condamné pour des délits commis longtemps auparavant; il est donc de votre équité et de votre intérêt, monsieur, vous qui jouissiez alors de la terre, que les frais ne soient pas exorbitants, et que la haute justice sur la Perrière soit bien constatée. En ce cas, j'y ferai mettre quatre poteaux.
Je suis honteux de vous importuner de ces minuties. Votre Salluste 4 m'intéresse bien davantage, et la lenteur des Cramer m'étonne. J'imagine, monsieur, que vous vous êtes étendu sur de la république, sur le gouvernement de la Mauritanie, sur les changements arrivés dans l'Afrique, sur l'extrême différence des peuples qui l'habitaient alors avec ceux qui la désolent de nos jours, et qui la rendent si barbare. Quelque parti que vous ayez pris, on ne peut attendre de vous que du plaisir et des instructions. Je voudrais pouvoir me rendre digne de votre confiance et de vos ordres ; vous verriez au moins par mon zèle avec quelle estime et quelle amitié respectueuse je vous suis attaché.
V. »
1 V* répond à une lettre envoyée vers le 20 décembre : « Votre première proposition est, je vous offre 140000 livres . La mienne est : j'en demande 155000 livres . Votre seconde proposition est, partageons le différend . Eh bien soit, partageons . Le différend est de 15000 livres . Le partage est 7500 livres chacun . Or donc reste de votre part 147500 livres . Sur quoi vous en avez payé 35000 livres . Reste 112500 livres . Tous les Bernouilli du monde ne feraient pas une équation plus juste . »
2 Voir lettre du 15 novembre 1759 à Girod : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/11/26/il-serait-bien-odieux-que-pour-seule-recompense-du-bien-que-j-ai-fait-et-d.html
3 Voir lettre du 3 décembre 1759 à de Brosses : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/12/10/je-ne-sais-ce-que-je-fais-tant-j-ai-je-n-ose-pas-dire-de-pla-5507498.html
4 De Brosses disait de son livre : « C'est un bâtiment immense dont j'ai recherché les pierres tout l'hiver et que j'ai réédifié de nouveau . Quant à l'autre écrit dont vous parlez, motus : je n'ai point de part à cela ; il ne paraitra jamais de ma façon . Eh que dirait le pieux abbé de La Blétherie ? Que disait le savant comte de Caylus ? Ils brûleraient l'ouvrage en holocauste devant une image du diacre Pâris à califourchon sur un sphinx. » Voir aussi la lettre du 23 septembre 1758 à De Brosses : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2013/11/03/mon-grand-plaisir-serait-de-n-avoir-affaire-de-ma-vie-ni-a-u.html
Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Philippe-Ren%C3%A9_de_La_Bl%C3%A9terie
et : http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_de_Brosses#.C5.92uvres
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08/01/2015
Il me semble que vous êtes un peu fâché contre le genre humain, qui le mérite bien, surtout en ce temps-ci, en y comprenant les meurtriers prussiens, les assassins jésuites, et les coupeurs de bourses privilégiés qui nous ruinent
... Comment ne pas être fâché ?
Meurtriers, assassins, voleurs patentés, la race n'en est pas éteinte, l'actualité nous le rappelle brutalement au cas où on aurait pu l'oublier .
Essayons de faire comme dit Voltaire : "regarder le moment présent comme celui où tout commence pour nous, calculer l'avenir et jamais le passé" , ce qui ne veut pas dire devenir amnésiques, mais plutôt bâtir du neuf , nous en avons terriblement besoin .

Aujourd'hui et demain , sol y sombra
« A M. le président de Germain-Gilles de RUFFEY
Du 1er janvier 1760. 1
Vous m'avez écrit, mon cher monsieur, une lettre où vous peignez la plus belle âme du monde avec des couleurs dignes du peintre. Il me semble que vous êtes un peu fâché contre le genre humain, qui le mérite bien, surtout en ce temps-ci, en y comprenant les meurtriers prussiens, les assassins jésuites, et les coupeurs de bourses privilégiés qui nous ruinent. Si c'est seulement la philosophie qui vous fait voir les hommes tels qu'ils sont, je vous en fais mon compliment ; si malheureusement vous aviez à vous plaindre de quelque injustice de la part de ces animaux à deux pieds sans plume, parmi lesquels il y en a de si ingrats et de si méchants, comptez que je m'y intéresse très-vivement, et que je souhaiterais avec passion d'être à portée de vous consoler. Mais je n'imagine pas que, n'ayant jamais fait que du bien, et jouissant d'une fortune tranquille dans le sein des belles-lettres, et surtout dans la société de Mme de Ruffey, vous puissiez être au nombre de ceux qui se plaignent.
Vous me demandez, monsieur, si j'ai achevé mes bâtiments. J'ai été beau train jusqu'au ministère du traducteur de Pope 2. Mais ce diable d'homme, qui avait traduit le Tout est bien, nous a bien vite prouvé que tout est mal. Il m'a fait perdre une partie de mon bien. Je m'imaginai que parce qu'il mariait son neveu à une de mes parentes, je devais avoir confiance en lui ; mais à présent je n'ai d'autre ressource que d'abandonner mes projets.
Pendent opera interrupta, minæque
Murorum ingentes. 3
Ainsi se passe une partie de la vie à se tromper dans ses idées. Il faut prendre son parti. Partir toujours du point où l'on est, regarder le moment présent comme celui où tout commence pour nous, calculer l'avenir et jamais le passé, regarder ce qui s'est fait hier comme s'il était arrivé du temps de Pharamond : c'est, je crois, la meilleure recette. Je ne voudrais pourtant pas oublier le passé quand je songe aux moments où j'ai eu l'honneur de vivre avec vous. Ma santé est bien moins mauvaise que mes affaires; mon cœur est à vous bien véritablement.
V.»
1 C'est à partir de la présente date que les comptes domestiques de V* sont conservés ; ils ont été publiés par Besterman sous le titre Voltaire's household accounts, 1968 ; ils éclairent toutes les lettres relatives à des problèmes financiers ou domestiques .
2 Silhouette .
3 Tous les travaux s'interrompent, restent suspendus, et les énormes menaces des remparts . Virgile, L'EnéIde, IV, 88-89 .
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07/01/2015
Les hommes savent s'égorger [en] règle, et n'ont pu encore parvenir à donner des [règles] pour la vie
... Pour la vie !
Les assassins de Charlie Hebdo , égorgeurs , sont et resteront à jamais des bêtes à enfermer . Si leur but est de dresser les "incroyants" (par définition coranique tous ceux qui ne sont pas musulmans) contre les "croyants" (qui sont aussi divisés et faux frères que chez les incroyants) , je parie qu'ils ont échoué sur ce point ; qui oserait les approuver et employer les mêmes actions ?
Ils ont tué des hommes, ils n'ont pas tué la liberté de pensée .

Plus que jamais "Ecrasons l'infâme ! "
http://blog.voltaire-a-ferney.org/
« A Jean Vasserot de Châteauvieux
[1759-1760] 1
Je vous renvoie, monsieur, avec bien de la reconnaissance les livres que vous avez eu la bonté de me prêter 2, je vous avoue que j'ai eu le cœur serré de tristesse en parcourant les deux gros volumes de mon confrère le président . Quel chaos ! quelle incertitude ! On change de lois en changeant de chevaux de poste . Les coutumes se contredisent de village en village et chaque coutume a encore ses interprètes . On ne convient de rien et on ose juger ! Il en est ainsi dans [tou]tes les provinces de France, point de loi, parce [qu']il y a cent mille lois . Les hommes savent s'égorger [en] règle, et n'ont pu encore parvenir à donner des [règles?] pour la vie . Un couvent de cuistres à sandales [est du] moins gouverné par une loi uniforme, et [cette?] loi manque à la France . En vérité heureux [les] petits et très petits États . On y sait sur quoi compter .
[En] vous remerciant , monsieur, et en vous assurant [de] toute l'estime et de l'amitié que vous […]
V. »
1 Manuscrit olographe en mauvais état .
2 Sans doute Coutume générale des pays et duché de Bourgogne, qui fait partie des ouvrages demandés par V* à Jean-Robert Tronchin le26 novembre 1759 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/12/03/s-il-nous-arrive-malheur-je-ne-vois-pas-quelles-seront-les-ressources-le-cr.html
17:25 | Lien permanent | Commentaires (0)
Visite est triste, dîner est plus gai
.... Et lire à nouveau Voltaire grâce à Mam'zelle Wagnière est un beau cadeau, la meilleure des étrennes .

Diner entre hommes, je sens que ça va mal finir !
« A François Tronchin
conseiller d’État
[1759-1760] 1
Vous nous avez parlé, mon cher ami, de deux syndics, mais il faut qu'ils nous fassent l'honneur de dîner . Visite est triste, dîner est plus gai, on est plus de temps 2 pour jouer aux échecs . Venez et dîtes nous quand . »
1 Manuscrit olographe sur une carte à jouer .
2 Lapsus de V* ? on attend plutôt « on a plus de temps ».
09:23 | Lien permanent | Commentaires (0)
06/01/2015
Vous m'envoyez des fatras, mon Gabriel
... Mon ange, vous vous déplumez des neurones sous l'auréole . Vous transmettez indifféremment les ordres d'Allah et de Yahwhe à des bipèdes qui ne trouvent pas mieux que de se voler dans les plumes (même à poil ) au nom du Tout Puissant ; soit vos messages sont brouillés et donc logiquement les humains le sont aussi, soit vous êtes haut et clair mais notre entendement est défectueux . Ah ! que n'as-tu taillé une de tes plumes pour écrire au lieu de te fier à des analphabètes bourreurs de crânes , prophètes autoproclamés , depuis l'antiquité jusqu'à nos jours!

« A Gabriel Cramer
[1759-1760]
Vous m'envoyez des fatras, mon Gabriel , et je vous en renvoie . Daignez observer mes petites annotations, et cultivons notre jardin 1. Philibert me néglige, cela n'est pas bien après m'avoir débauché .
V. »
1 Cette allusion à Candide permet de situer la date de cette lettre .
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qu'on lui fasse peu de frais, parce qu'il est très pauvre
... Pierre Gattaz , himself, pauvre en esprit ( le royaume des cieux lui appartient ) , blindé de thune (pas suffisamment à son goût ), ne me fait pas envie et encore moins pitié . Voir le Figaro Gorafi : http://www.legorafi.fr/2014/05/07/pierre-gattaz-demande-aux-pauvres-de-bien-vouloir-souffrir-avec-un-peu-plus-de-dignite/

« A Joseph-Marie Balleidier
Aux Délices , 29 décembre 1759 1
Je ne suis point, monsieur, tenu de payer les domestiques de Bétens ; je lui ai prêté de l'argent sans intérêt pour le tirer de prison, et par le contrat que j'ai bien voulu faire avec lui, il est dit expressément que je ne dois entrer dans aucune de ses dettes ; je me suis même réservé le droit de vendre sa terre que je voulais lui conserver, en cas qu'il arrivât la moindre difficulté . Je n'ai point voulu être la dupe du bien que je lui ai fait . S'il doit de l'argent à ses domestiques, qu'il les paie . J'ai déjà avancé pour lui 4400 livres . Mme Donop menace encore de saisir sa terre pour d'anciennes dettes . Je ne peux pas me ruiner pour sauver toujours cet homme . Il faut qu'il s’accommode avec les créanciers dont vous parlez ; qu'on lui fasse peu de frais, parce qu'il est très pauvre ; je pourrai lui prêter encore un peu d'argent pour cette affaire, mais très peu, parce que j'en ai fort peu . »
1 Le texte de la présente lettre est reconstruit à partir de fragments cités dans l'édition Vézinet A.
Voir lettre du 24 décembre 1759 au même : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2015/01/03/quel-delai-on-peut-avoir-pour-repondre-aux-mensonges-averes-5525062.html
01:31 | Lien permanent | Commentaires (0)
05/01/2015
voyez d'un œil tranquille nos énormes sottises
... Si je peux dire qui fait d'énormes sottises, -vous et moi-, je suis en peine pour vous dire qui peut garder un oeil tranquille à cette vue . Dieu ? mon chat ?
De quoi faire un peu la gueule , quand même !

« A Marie-Ursule de Klinglin, comtesse de Lutzelbourg
28è décembre 1759, aux Délices
Jouissez de la santé, madame, l'année 1760 , n'ayez point mal aux yeux, comme moi, qui ne peux vous écrire de ma main ; vivez avec votre amie, et avec monsieur votre fils, tant que vous pourrez : voyez d'un œil tranquille nos énormes sottises ; mettez à la tontine, et enterrez votre classe . J'ai envoyé un gros paquet à Collini dans lequel il y a une lettre pour Mgr l’Électeur palatin et une autre pour le valet de chambre favori ; il devrait l'avoir reçu . Les bontés dont vous l'honorez, madame, me mettent en droit de vous prier de l'en avertir .
On dit qu'on a roué le révérend père Malagrida . Dieu soit béni 1. Vous aviez deux jésuites bien insolents, l'un à Strasbourg, l'autre à Colmar 2; M. le premier président votre frère ménageait ces maroufles . Ne sait-il pas qu'ils sont à présent fort au dessous des capucins ? Je mourrais content si la paix était faite , et si je voyais les jansénistes et les molinistes écrasés les uns par les autres .
Mille tendres respects .
V. »
1 V* est ici assez emporté par son aversion des jésuites pour approuver un supplice qu'il dénoncera hautement et avec raison plus tard dans l'affaire La Barre .
2 Jean-Michel Kroust, professeur de théologie à Strasbourg et son frère Antoine, recteur du collège de Colmar ; V* avait eu à faire à ce dernier en 1754 à la suite de l'affaire de Francfort et il l'avait mis en scène au chapitre XV de Candide ( http://www.monsieurdevoltaire.com/article-candide-ou-l-optimisme-chapitre-xv-120076095.html ) . voir aussi la lettre du 26 décembre 1754 à Dupont : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2011/10/29/nous-ne-pouvons-nous-passer-ni-d-habits-ni-de-livres.html
Les deux Kroust se retirèrent à Porrentruy pour y mourir, le premier en 1770, François- Antoine en 1776.
Voir aussi : http://beauchesne.immanens.com/appli/article.php?id=12169
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