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29/08/2012

Très-souvent une guerre continue, par cela seul qu'elle a été commencée. Il faut s'attendre à tout

 ... Bien que le pire ne soit jamais sûr !

La tâche est d'effacer la tache . Try again !

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 Comme Volti, je me permets de souhaiter du bien à ceux que j'aime , sans restriction .

 

 

« A Madame la duchesse de SAXE-GOTHA
Aux Délices, près de Genève, 2 novembre [1756].

Madame, Votre Altesse sérénissime daigne m'envoyer le détail des malheurs qui environnent vos frontières. Ils ne pénètrent point jusqu'à vos États, et c'est une grande consolation. Qui sait même si la fortune, qui change si souvent la face de la terre, ne pourrait pas amener les choses au point que la branche aînée 1 reprit les droits dont Charles-Quint l'a dépouillée autrefois 2? Je ne souhaite de mal à personne; mais il m'est permis de souhaiter du bien à l'héroïne à laquelle je suis si attaché. Mais, probablement, tout se bornera à du sang répandu dans les gorges de la Bohême, et à de l'argent pris dans la Saxe. On dit que les Saxons payent au soldat prussien sept groschen par jour et un richdaller 3 à chaque officier. Il faut fournir encore toutes les provisions, qui sont immenses et, quelque ordre que le roi de Prusse mette il parait bien difficile que l'impératrice-reine soit longtemps en état de soutenir la guerre contre la Prusse, l'Angleterre, la Hesse, etc. Sur quel prétexte, d'ailleurs, la ferait-elle après le traité du roi de Prusse avec la Saxe? Elle n'aura plus l'électeur de Saxe à secourir, elle ne pourra manifester le dessein secret de reprendre la Silésie; elle n'est pas assez riche pour soudoyer une armée de Russes. Il se peut donc faire qu'on ait la paix cet hiver, et c'est assurément ce qu'on doit désirer. Mais il se peut aussi que l'opiniâtreté fasse durer les malheurs du genre humain. Très-souvent une guerre continue, par cela seul qu'elle a été commencée. Il faut s'attendre à tout; mais je ne serai point surpris si le roi de Prusse fait et donne un opéra au mois de janvier dans Berlin, après avoir donné une bataille en Bohême au mois de septembre.
Que je voudrais être dans votre cour, madame! que je voudrais être aux pieds de Votre Altesse sérénissime Mais il y a une nièce qui gouverne ma vieillesse, et qui ne veut plus passer par Francfort.
Je suis bien inquiet sur la santé de la grande maîtresse des cœurs, le ciel conserve la vôtre, madame, et celle de votre auguste famille! Agréez mon profond respect et ma reconnaissance. »

1 De Saxe.

 

Heureusement nous avons du temps devant nous

... Pour lire et accompagner Voltaire, avec Mam'zelle Wagnière .

 "0 pauvre nature humaine ! à quoi tiennent nos cervelles, notre vie, notre bonheur"

Bon , moi chat va bien !

 J'attends mon maître .

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« A M. le comte d'ARGENTAL.

Aux Délices, 10 novembre [1756].

Mon très-cher ange, il y a longtemps que je ne vous ai parlé du tripot 1. M. le duc de Villars est venu de Provence dans mon ermitage, et il a insisté sur Zulime comme vous-même. Je l'avais engagé à venir se faire guérir, par le grand Tronchin, d'un petit rhumatisme que le soleil de Marseille et d'Aix n'avait pu fondre. A peine est-il arrivé que j'ai été pris d'un rhumatisme général sur tout mon pauvre corps, et notre Tronchin n'y peut rien. Il me reste une main pour vous écrire mais il n'y a pas chez moi une goutte de sang poétique qui ne soit figée. Heureusement nous avons du temps devant nous. Vous savez comment s'est terminée la pièce de Pirna 2, par des sifflets. Il a rendu enfin le livre de Poésie 3 le voilà libre, sans armée et sans argent. On est désespéré à Vienne. Le diable de Salomon l'emporte et l'emportera. S'il est toujours heureux et plein de gloire, je serai justifié de mon ancien goût pour lui s'il est battu, je serai vengé.
J'espère que vous verrez bientôt Mme de Fontaine, qui a été sur le point de mourir aux Délices pour avoir abusé de la santé que Tronchin lui avait rendue, et pour avoir été gourmande. M. le maréchal de Richelieu me mande que ce qui paraît faisable à votre amitié et à la bonté de votre cœur ne l'est guère à la prévention. Je m'en suis toujours douté, et je crois connaître le terrain. Il faut que votre archevêque reste à Conflans, et moi aux Délices chacun doit remplir sa vocation. La mienne sera de vous aimer, et de vous regretter jusqu'à mon dernier moment. On me mande qu'il y a une édition infâme de la Pucelle 4, que cet honnête homme de La Beaumelle avait fait imprimer, et qu'on débite dans Paris; mais heureusement les mandements font plus de bruit que les Pucelles.
Vous ne m'avez jamais parlé de l'état de M. de La Marche 5. Je voulais qu'il vînt se mettre entre les mains de Tronchin, mais on dit qu'il est dans un état à ne se mettre entre les mains de personne. 0 pauvre nature humaine ! à quoi tiennent nos cervelles, notre vie, notre bonheur . Portez-vous bien, vous, Mme d'Argental, et tous les anges; et conservez-moi une amitié qui embellit mes Délices, qui me console de tout, et qui seule peut me rendre quelque génie. »

 

1 Voltaire désignait ainsi la Comédie française en particulier, et quelquefois aussi ce qui concernait le théâtre en général.

3 Voltaire, parlant des revers du roi de Prusse, dit qu'il a rendu enfin le livre de poésie, par allusion aux mauvais traitements que Freytag avait fait essuyer à Voltaire sous prétexte de ravoir l'œuvre de poésie. Pour les épisodes de la Guerre de Sept ans voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_Sept_Ans

4 II est douteux que La Beaumelle ait été l'éditeur de cette édition de la Pucelle. (Beuchot.)

5 Claude-Philippe Fyot de la marche, ami du collège Louis le Grand .

 

Je voudrais que vous commandassiez l'armée, et que vous tuassiez force Prussiens

 ... Et que vous m'épatâtes en leur flanquant la pâtée !

Ah ! qu'elle est belle la langue française ! Quand donc journalistes et hommes politiques seront-ils capables d'utiliser à bon escient le subjonctif ? Je ne vois plus guère que les chanteurs de rap et de slam qui puissent en être capable, avec Jean d'Ormesson et Jacques Chancel et Alphonse Allais bien entendu.

 

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« A M. le maréchal duc de RICHELIEU.

Aux Délices, 1er novembre [1756].

Je n'ai point eu de cesse, mon héros, que je n'aie fait venir dans mon ermitage M. le duc de Villars, de son trône de Provence 1, pour le faire guérir par Tronchin d'un léger rhumatisme; et moi, j'en ai un goutteux, horrible, universel, que Tronchin ne guérit point, et qui m'a empêché de vous écrire. Quel plaisir m'a fait ce gouverneur des oliviers, quand il m'a parlé de vos lauriers et de l'idolâtrie qu'on a pour vous sur toutes les côtes ! Je vous avais envoyé de très-fausses nouvelles que je venais de recevoir de Strasbourg. J'en reçois de Vienne qui ne sont que trop vraies 2. On y est dans un chagrin de dépit et de consternation extrême. Il est certain que l'impératrice hasardait tout pour délivrer le roi de Pologne. M. de Brown avait fait passer douze mille hommes par des chemins qui n'ont jamais été pratiqués que par des chèvres; il avait envoyé son fils au roi de Pologne. Ce prince n'avait qu'à jeter un pont sur l'Elbe, et venir à lui. Il promit pour le 9, puis pour le 10, le 12, le 13, et enfin il a fait son malheureux traité, des fourches caudines. Les Anglais et les guinées ont persuadé, dit-on, ses ministres. On mande de Fontainebleau qu'on a prié le ministre du roi de Prusse 3 de s'en retourner. Je n'ose le croire je ne crois rien, et j'espère peu. On prétend que le roi de Prusse mêle actuellement les piques de la phalange macédonienne à sa cavalerie. Ce sont les mêmes piques dont mes compatriotes les Suisses se sont servis longtemps. Je ne suis pas du métier, mais je crois qu'il y a une arme, une machine bien plus sûre, bien plus redoutable; elle faisait autrefois gagner sûrement des batailles. J'ai dit mon secret à un officier 4, ne croyant pas lui dire une chose importante, et n'imaginant pas qu'il pût sortir de ma tête un avis dont on pût faire usage dans ce beau métier de détruire l'espèce humaine. Il a pris la chose sérieusement. Il m'a demandé un modèle; il l'a porté à M. d'Argenson. On l'exécute à présent en petit; ce sera un fort joli engin. On le montrera au roi. Si cela réussit, il y aura de quoi étouffer de rire que ce soit moi qui sois l'auteur de cette machine destructive. Je voudrais que vous commandassiez l'armée, et que vous tuassiez force Prussiens avec mon petit secret.
J'ai eu la vanité de souhaiter qu'on sût mes nobles refus à votre cour.5 J'aurais celle d'aller à Vienne, si j'étais jeune et ingambe, et si je n'étais pas dans mes Délices avec votre servante; mais je suis un rêveur paralytique, et je mourrai de douleur de ne pouvoir vous faire ma cour avant de mourir. Je n'ai de libre que la main droite; je m'en sers comme je peux pour renouveler mon très-tendre respect à mon héros, qui daignera me conserver son souvenir. »

1 Le duc de Villars était gouverneur de Provence.

2 La capitulation de l'armée saxonne, du 15 octobre 1756.

3 Le baron de Kniphausen.

4 Philippe-Antoine de Claris,marquis de Florian; voir la lettre du 15 mai 1757 ; http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2011/05/13/il-y-aura-toujours-des-fous-qui-se-feront-egorger-des-fous-q.html

5 Il n'a pas donné suite à l'invitation de Frédéric II .