25/04/2021
promis il y a plus d'un mois
... La sortie de la grotte au bout de quarante jours : c'est fait ! https://www.huffingtonpost.fr/entry/les-15-confines-volon...
Heureux volontaires qui ont échappé à bien des nouvelles , certaines sans intérêt, d'autres tragiques . Il va falloir reprendre le train-train, métro-boulot-dodo, les conférences de presse de Castex, les controverses sur les vaccins, avoir toujours sous la main les laisser-passer à jour, remplir sa déclaration de revenus, subir le bruit (et l'odeur comme a osé dire l'autre, défunt ), les errances de Blanquer, etc. Le paradoxe étant que confinés sous terre, ils étaient plus libres qu'au soleil .

Philippe Etchebest veut prendre la suite !
« A Jacob Bouthillier de Beaumont
Banquier
à Genève
M. de Voltaire ne doute pas que M. de Beaumont n'ait écrit à MM. Thelusson et Necker à Paris . C'est une chose très importante que ces messieurs aient la bonté de faire remettre au plus tôt les billets en question à M. de La Borde, banquier du roi, à qui M. de Voltaire l'a promis il y a plus d'un mois . Il espère que M. de Beaumont aura la bonté de ne rien négliger pour finir cette affaire . Il a sans doute dans son journal les numéros des trente-six billets, et le numéro du lot de mille livres . M. de Voltaire lui fait ses très humbles compliments .
4è janvier 1766 à Ferney . »
00:05 | Lien permanent | Commentaires (0)
24/04/2021
tout est tracasserie, et personne ne s’entend
... Elysée versus Matignon versus Parlement versus Sénat versus le bon sens !
« À Etienne-Noël Damilaville.
Ferney, 3 janvier 1766. 1
M. le duc de Choiseul m’a écrit 2, mon cher frère, qu’il avait parlé pour la pension de M. d’Alembert, qu’il n’y avait nul mérite, et qu’il n’avait été qu’un enfonceur de portes ouvertes.
Voilà ses propres paroles ; je vous prie instamment de les rapporter à notre cher philosophe. Avouons donc que M. le duc de Choiseul a une belle âme. Ce qu’il a fait pour les Calas le prouve assez . Rendons-lui justice. Il y a eu du malentendu dans la protection qu’il a donnée à l’infâme, pièce de Palissot3. Il lui avait fait entendre que les philosophes décrieraient le ministère. Nous ne devons point avoir de meilleur protecteur que ce ministre généreux, qui a de l’esprit comme s’il n’était point grand seigneur ; qui a fait de très-beaux vers4, même étant ministre ; qui a sauvé bien des chagrins à de pauvres philosophes ; qui l’est lui-même autant que nous ; qui le paraîtrait davantage si sa place le lui permettait.
Mon cher frère, tout est tracasserie, et personne ne s’entend. On m’a rendu un compte très fidèle de la prétendue5 lettre à Mme du Deffant, dont quelques fragments ont couru sous mon nom. Elle n’en à point donné de copies, quelques indiscrets en ont retenu des bribes. Il s’agissait d’une mauvaise plaisanterie que je reprochais à Mme du Deffant . Vous savez en pareil cas combien on altère le texte.
Lisez ces vers6 avec vos amis, mais n’en laissez point prendre de copie. Je ne veux pas me brouiller avec les moines de Sainte-Geneviève ; Soufflot7 trouverait mes vers mauvais.
Je vous embrasse tendrement. »
1 L'édition Correspondance littéraire, pas plus que le manuscrit ne désigne le destinataire .
2 Lettre du 26 décembre 1765 . A propos de Choiseul : https://www.persee.fr/doc/rhmc_0996-2743_1904_num_6_6_4349
3 Les Philosophes .
4 Le duc de Choiseul s’était donné pour l’auteur de l’ode contre le roi de Prusse. Voyez lettre du 13 juin 1760 à d'Argental : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2015/06/10/la-morale-est-un-peu-moins-ennuyeuse-en-vers-bien-frappes-qu-5637586.html
5La Correspondance littéraire porte : « On m'a rendu un compte très fidèle de la présente lettre [...] », ce qui n'a guère de sens .
Selon Beuchot : « C’est dans la Correspondance de Grimm (mars 1766) qu’a été publiée la lettre à Damilaville, du 3 janvier, et on y lit « présente lettre à Mme du Deffant ». Il est évident que le mot présente est une faute. Un éditeur récent a mis prétendue, correction qui ne rend pas la phrase plus claire. Je n’ose affirmer que la lettre à Mme du Deffant, dont il est question ici, soit celle du 27 janvier 1764 (voir lettre du 27 janvier 1764 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2019/02/04/on-n-est-occupe-que-des-enormes-sottises-qu-on-fait-de-tous-cotes-le-raison.html ), que des indiscrets avaient fait imprimer. »
6 L’Épître à Henri IV .
7 Jacques-Germain Soufflot, architecte, né à Irancy, près d’Auxerre, en 1714, mort en 1781, constructeur de la salle de spectacle et de quelques autres monuments à Lyon, était chargé de la construction de la nouvelle église Sainte-Geneviève, aujourd’hui le Panthéon, à Paris.
. Dans le poème de V* on lit : La fille qui naquit aux chaumes de Nanterre, /Pieusement célèbre en des temps ténébreux ;/N’entend point nos regrets, n’exauce point nos vœux,/De l’empire français n’est point la protectrice.
Ste Geneviève a été invoquée par une procession et des prières publiques lors des désastres de 1709 ( voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_famine_de_1709 ) Robert Challes écrit dès l'année suivante dans les Difficultés sur la religion proposées au père Malebranche ( https://mazarinum.bibliotheque-mazarine.fr/records/item/2221-redirection ) : « On a bien mis de nos jours un tableau de Sainte Geneviève au nom de toute la ville de Paris et du royaume pour la remercier du secours reçu par l'intercession de cette bonne patronne l'année 1709 . hé ! Vérité éternelle ! Où fut-il donc, ce secours ? Les blés pourris en terre reverdirent-ils ? Tous les peuples n'en furent-ils pas aux abois ? Un tiers n’en moururent-ils pas de faim? Hé bien, dans deux cents ans, sur la foi de ce tableau, on fera le récit d'un miracle que l'on n'osera nier avec une si bonne attestation . »
00:05 | Lien permanent | Commentaires (0)
23/04/2021
croyez-moi, il y a encore en France bien des gens embourbés, qui, tout couverts d’ordures, ne veulent pas qu’on les nettoie. L’opinion gouverne les hommes
... C'est hélas vrai ! Il en est trop d'exemples pour en faire la liste , politiques, religieux, fonctionnaires et tous corps de métiers en fournissent leurs lots , et même, parfois, vous et moi : nobody's perfect .

Vivons en utilisant correctement les deux bouts
« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'ArgentaI
À Ferney, 3 janvier 1766. 1
Eh mon Dieu ! mon ange tutélaire, pourquoi ne serait-ce pas vous qu’on nommerait médiateur2 ? Votre ministère parmesan y mettrait-il obstacle ? Il me semble que non. Ce ministère ne vous empêche pas d’être conseiller d’honneur au parlement, et je vous avertis que nos Genevois désirent passionnément un magistrat.
Vous verrez, par l’imprimé ci-joint3, qui m’est tombé entre les mains, que les perruques de Genève ne doivent point être ébouriffées de la façon dont on parle des affaires et des miracles de Jean-Jacques .
Je sais que quelques personnes m’ont attribué plusieurs de ces brimborions ; mais, Dieu merci, on ne me convaincra jamais d’y avoir eu la moindre part. J’en suis aussi innocent que du Dictionnaire philosophique, qu’on m’a si indignement imputé. Il y a dans Neuchâtel, à Lausanne, et dans Genève, des gens de beaucoup d’esprit qui se plaisent à écrire sur ces matières. On en avait un très-grand besoin. Ces cantons et une grande partie de l’Allemagne étaient plongés dans la plus horrible superstition : on sort à présent de cette fange ; mais, croyez-moi, il y a encore en France bien des gens embourbés, qui, tout couverts d’ordures, ne veulent pas qu’on les nettoie. L’opinion gouverne les hommes, et les philosophes font petit à petit changer l’opinion universelle.
Voici des vers4, mes divins anges, que j’ai faits tout d’une tire 5 sur un sujet qui m’a paru en valoir la peine . Voyez si les vers ne sont pas trop indignes du sujet.
Ah ! si vous pouviez être plénipotentiaire à Genève !
Puis-je présenter par vous mes respects à M. le duc de Praslin et à M. le marquis de Chauvelin ? Je me mets sous vos ailes pour 1766. »
1 Sur le manuscrit olographe l'année est corrigée de 1765 en 1766 ; l'édition Supplément au recueil amalgame à la présente lettre quelques lignes de celle du 8 janvier 1766 : « Je vous supplie de vouloir bien engager M. Marin à empêcher les libraires d’imprimer les tristes vers que j’ai faits sur un événement fort triste. J’ai assez parlé de Henri IV en ma vie, sans ennuyer encore ses mânes. »
2 Dans sa lettre du 21 décembre 1765, Voltaire proposait de nommer médiateur Hennin, déjà résident à Genève. Cette idée ayant été rejetée, Voltaire pensait à d'Argental. Ce fut le chevalier de Beauteville, ambassadeur de France en Suisse, qui fut nommé médiateur pour la France dans les affaires de Genève. Voir : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2021/04/13/il-faut-bien-pourtant-qu-il-y-ait-quelque-chose-de-tres-bon-6309498.html
3 La collection des Lettres sur les miracles.
4 Épître à Henri IV, sur ce qu’on avait écrit à l’auteur que plusieurs citoyens de Paris s’étaient mis à genoux devant la statue équestre de ce prince pendant la maladie du Dauphin ; voir : https://zims-lfr.kiwix.campusafrica.gos.orange.com/wikisource_fr_all_maxi/A/%C3%89p%C3%AEtres_(Voltaire)/%C3%89p%C3%AEtre_96
5 Tout d'une traite .
12:01 | Lien permanent | Commentaires (2)
22/04/2021
Je m'intéresse au monument que vous élevez à sa gloire, il méritait d'être célébré par vous
... Voila ce que je ne dirai certainement pas à notre président qui va passer la brosse à reluire sur Mahamat Déby, fils et successeur autoproclamé du défunt Idriss Déby , au Tchad . Sera-ce suffisant pour en faire un brillant sujet ? . Ô Afrique, objet de convoitise, que n'est-on pas capable de faire pour garder des liens commerciaux profitables ! Lutte contre Boko haram ? peu ! Promotion de la démocratie ? mon oeil ! Comme disait notre bon roi Henri IV "Paris vaut bien une messe !"

Je t'ai touché, c'est toi le chat ! pardon... le Tchad !
« A Philibert-Charles-Marie Varenne de Fénille
[vers le 1er janvier 1766]1
M. Clairault, monsieur, n'eut aucune part à la philosophie leibnitzienne, dans laquelle Mme du Châtelet mit tant de clarté que Leibnitz y avait jeté d’obscurité . Elle la rendit même si claire, que presque tous les lecteurs furent désabusés des imaginations de Leibnitz . Il n'en fut pas de même du commentaire algébrique sur Newton . Comme il ne s'agissait que de vérités, Mme du Châtelet consulta M. Clairault ; il vérifia tous les calculs ; il travailla beaucoup avec elle ; mais Mme du Châtelet eut la gloire d'avoir travaillé seule à la traduction des Principes de Newton, ouvrage qui aurait fait honneur à un académicien .
J'ai retrouvé la copie d'une lettre que j'écrivis à M. Clairault 2 il y a quelques années ; je vous l'envoie ; elle pourra figurer dans les notes de votre ouvrage .
Je m'intéresse au monument que vous élevez à sa gloire, il méritait d'être célébré par vous . »
1 D'après le Journal encyclopédique du 1er janvier 1770 : « Copie d'une lettre de M. de Voltaire à M. de Varenne, receveur des tailles de Montargis ». La copie suivie par les éditions amalgame cette lettre à celle du 20 janvier 1766 ; l'éditeur la date de fin mai ou début juin 1766, ce qui est en contradiction avec la seconde qui est antérieure .
2 Voir lettre du 27 août 1759 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/10/01/je-fais-du-bien-dans-mes-terres-aux-autres-et-a-moi-voila-pa-5458899.html
Voir aussi , à propos de Clairault et Mme du Châtelet : https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00362326/document
00:35 | Lien permanent | Commentaires (0)
21/04/2021
C’est être payé dans la monnaie qu’on a frappée
... Cryptomonnaies ? Monnaies virtuelles, bénéfices virtuels ? A la merci de la moindre panne de courant, de l'oubli du sacro-saint mot de passe : brrrrrr !
![]()
Qui a payé le peintre pour mettre un voile pudique et hypocrite : comment tient-il ? Est-ce ce qu'on nommerait un "effet spécial XVIIIè siècle" ?
« A Pierre-Michel Hennin
Toute la masure de Ferney souhaite les plus heureuses et les plus brillantes années à M. Hennin. On dit qu’il reçut le tableau des Trois Grâces1 le jour qu’il prononça son discours. C’est être payé dans la monnaie qu’on a frappée. Il couche dans le lit de Mme de Montpéroux. Toutes les dames de Genève se l’arrachent. Nous le félicitons de tous ses triomphes.
À Ferney, premier jour de l’an [1766], jour où il fait un froid de diable. »
1 Le tableau des Trois Grâces, par Carle Vanloo, le chef-d’œuvre de ce peintre, dont M. Hennin avait fait l’acquisition. Ce tableau est passé en Pologne depuis la Révolution. (Note de Hennin fils.)
Il a été exposé au salon de 1765, et a été précédé ne 1763 d'un autre tableau destiné à la Pologne et que le peintre a détruit . Voir Diderot, Salons, éd. J. Seznec et J. Adhémar, 1960, II, 18, 62-63 ; voir ce jugement sévère de Diderot : « Je vous dirai des Grâces de Van Loo ce que je vous disais il y a quatre ans de sa Médée : c’est un chef-d’œuvre de teinture, et je ne pense pas que l’éloge d’un bon teinturier serait celui d’un bon coloriste. » : https://fr.wikisource.org/wiki/Salon_de_1763
et page 90 et suiv. : https://books.google.fr/books?id=qJVAAAAAYAAJ&printse...
19:25 | Lien permanent | Commentaires (0)
Je vous souhaite, [ ...] des jours aussi heureux qu'on peut en avoir quand on n'a plus de passions
... Le minimum syndical, en quelque sorte ! A ce stade, c'est juste de la survie .
« A Marie de Vichy de Chamrond, marquise Du Deffand
à Saint-Joseph
à Paris
Ah ! Madame, madame, qu'avez-vous fait ? Vous laissez courir une lettre 1 qui me brouille avec les gens que j'aime, et qui m'aimaient . Peut-on trahir ainsi son confrère ? Car dans les temps de neige vous savez que je suis votre confrère en aveuglement, et votre maître en souffrance ; soyez donc ma disciple en discrétion . S'il fallait laisser courir des lettres, ce serait les vôtres qu'il faudrait publier ; elles sont écrites avec cette imagination naturelle et charmante qui dit toujours beaucoup sans prétendre à rien. Si j'avais de la vanité je la mettrais à les avoir reçues . Je suis persuadé que les copies qui courent des miennes ne sont pas fidèles ; je le dirai hautement . Vous savez que vous m'avez déjà mis dans la disgrâce de Montcrif 2, voulez-vous me brouiller avec toute l'Académie et la philosophie ? Je commence l'année par vous gronder ; j'espère, si je vis, ne la pas finir de même . Je vous souhaite, à M. le président Hénault et à vous, des jours aussi heureux qu'on peut en avoir quand on n'a plus de passions .
1er janvier 1766 à Ferney. »
1 Lettre du 6 novembre 1765 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2021/02/27/il-faut-bien-pourtant-que-les-francais-valent-quelque-chose-puisque-des-etr.html
V* lui demandait de la brûler .
2 Voir lettre du 27 janvier 1764 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2019/02/04/on-n-est-occupe-que-des-enormes-sottises-qu-on-fait-de-tous-cotes-le-raison.html
et la réponse de Mme Du Deffand : page 283 : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206388r/f530.item.texteImage
12:22 | Lien permanent | Commentaires (0)
Notre nation n’est jamais bien informée de rien dans la première chaleur des événements, et la nation anglaise se trompe très souvent
... La preuve par l'absurde en a été apportée par notre gestion de la pandémie du Covid . Persiste et signe . Rien de nouveau sur notre globule, mon cher Voltaire .
Deux alliés que l'on peut qualifier d'enflures
« A Clément de La Jonquière
[1765-1766]1
Il est vrai que j’ai hasardé un Essai sur l’Histoire générale, qui n’est qu’un tableau des malheurs que les rois, les ministres, les peuples de tous les pays, s’attirent par leurs fautes. Il y a peu de détails dans cet ouvrage. Si dans ce tableau général on plaçait tous les portraits, cela formerait une galerie de peinture qui régnerait d’un bout de l’univers à l’autre. Je me suis contenté de toucher en deux mots les faits principaux. Le peu que j’ai dit du combat de Finistère 2 est tiré mot à mot des papiers anglais. Notre nation n’est jamais bien informée de rien dans la première chaleur des événements, et la nation anglaise se trompe très souvent. Je sais au moins qu’elle ne s’est pas trompée sur la justice qu’elle a rendue à tous les officiers français qui combattirent à cette journée ; et comme vous étiez, monsieur, un des principaux, cette justice vous regarde particulièrement. Il se peut très bien faire qu’alors on ignorât à Londres si vous alliez au Canada, ou si vous reveniez de la Martinique 3. Il est encore très naturel que les Anglais aient qualifié les six vaisseaux de guerre français de gros vaisseaux du roi, pour les distinguer des autres ; l’amiral anglais était à la tête de dix-sept vaisseaux de guerre ; et quoique vous n’eussiez affaire qu’à quatorze, votre résistance n’est pas moins glorieuse. Je suis encore très persuadé que les Anglais outrèrent, dans les premiers moments de leur joie, leurs avantages, et qu’ils se trompèrent de plus de moitié en prétendant avoir pris la valeur de vingt millions. Vous savez qu’à ce triste jeu les joueurs augmentent toujours le gain et la perte.
Mon seul but avait été de faire voir la prodigieuse supériorité qu’on avait laissé prendre alors sur mer aux Anglais, puisque de trente-quatre vaisseaux de guerre il n’en resta qu’un au roi à la fin de la guerre : c’est une faute dont il paraît qu’on s’est fort corrigé 4.
Quant aux espèces frappées avec la légende Finistère, il y en eut peu, et j’en ai vu une. Je verrais sans doute avec plus de plaisir, monsieur, un monument qui célébrerait votre admirable conduite dans cette malheureuse journée. On commencera bientôt une nouvelle édition de cet Essai sur l’Histoire générale. Je ne manquerai pas de profiter des instructions que vous avez eu la bonté de me donner. Je rectifierai avec soin toutes les méprises des Anglais, et surtout je vous rendrai la justice qui vous est due 5. Je n’ai point de plus grand plaisir que celui de m’occuper des belles actions de mes compatriotes. Les rois, tout puissants qu’ils sont, ne le sont pas assez pour récompenser tous les hommes de courage qui ont servi la patrie avec distinction. La voix d’un historien est bien peu de chose ; elle se fait à peine entendre, surtout dans les cours, où le présent efface toujours le souvenir du passé. Mais ce sera pour moi une très grande consolation, si vous voyez, monsieur, votre nom avec quelque plaisir dans un ouvrage historique qui contient très peu de noms et de détails particuliers. Il s’en faut de beaucoup que cet Essai historique soit un temple de la gloire ; mais s’il l’était, ce serait avec plaisir que j’y bâtirais une chapelle pour vous. J’ai l’honneur d’être avec tous les sentiments qui vous sont dus,
monsieur.
Je vous demande pardon, monsieur, de ne vous pas écrire de ma main, étant assez malade. »
1 L'édition de Kehl place la lettre fin 1765, comme adressée à « M. M*** /officier de marine », qu'on pense être le marquis de Vandreuil .
2 Bataille du 16 mai 1747 . V* en parle dans ce qui est actuellement le chapitre XXVIII du Précis du siècle de Louis XV : https://fr.wikisource.org/wiki/Pr%C3%A9cis_du_si%C3%A8cle_de_Louis_XV/Chapitre_28
3 V* a écrit : « Ce qu’il y avait de surprenant, c’est que le marquis de La Jonquière, chef de cette escadre, eût soutenu longtemps le combat, et donné encore à un convoi qu’il amenait de la Martinique le temps d’échapper. Le capitaine du vaisseau le Windsor s’exprimait ainsi dans sa lettre sur cette bataille : « Je n’ai jamais vu une meilleure conduite que celle du commodore français ; et pour dire la vérité, tous les officiers de cette nation ont montré un grand courage ; aucun d’eux ne s’est rendu que quand il leur a été absolument impossible de manœuvrer. »
Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cl%C3%A9ment_de_Taffanel_de_La_Jonqui%C3%A8re
4 Après le traité de Paris, le gouvernement tenta avec succès de restaurer la marine , ce qui lui permettra de remporter de beaux succès dans la guerre d'Indépendance américaine . Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Trait%C3%A9_de_Paris_(1763)
et https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65431869/f164.item
5 V* ne changera rien à son premier texte (Beuchot).
00:05 | Lien permanent | Commentaires (0)

