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17/04/2022

Nous avons toujours dit la même chose

... Paroles de politiciens.ennes à la courte mémoire à l'heure du bilan de carrière .

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

et à

Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental

8è janvier 1767 au soir, partira le 10 1

Mes divins anges, nous recevons votre lettre du 3 janvier. Allons vite au fait : 1° L’affaire était si grave que la première chose que dit le receveur du bureau à cette dame, c’est qu’elle serait pendue : 2° Le fidèle Wagnière vous écrivit du bureau même pendant que les monstres du bureau écrivaient à monsieur le vice-chancelier ; 3° Cette affaire étant arrivée le 23 décembre au soir, nous n’avons eu de nouvelles détaillées de vous qu’aujourd’hui 8 janvier, et Lejeune a écrit quatre lettres à sa femme dans cet intervalle ; 4° Nous ne pouvions faire autre chose que d’envoyer mémoire sur mémoire au seul maître de cette affaire ; tous ces mémoires ont été uniformes. Nous avons toujours dit la même chose, et nous ne pouvions deviner que vous imagineriez d’alléguer que cette femme est parente de notre femme de charge, attendu que nous ne l’avons jamais dit dans nos défenses dont vous avez copie, et que Wagnière, à qui cette lettre est dictée, n’énonça point du tout cette défaite 2 dans la lettre qu’il a eu l’honneur de vous écrire du bureau.

La femme même articula dans le procès-verbal qu’elle avait une parente en Suisse, mais non pas à Ferney . Elle déclara qu’elle ne nous connaissait point, et voici le certificat que Wagnière vous en donne, en cas que vous ayez perdu sa lettre. Il nous a donc fallu absolument marcher sur la même ligne et soutenir toujours, ce qui est très vrai, que nous n’avons connu jamais la femme Doiret, et que nous ne vendons point de livres.

5° Il est très vrai encore que le bureau de Collonges est en faute jusque dans sa turpitude, et que sa barbarie n’est point en règle. S’il a cru que la dame Doiret et son quidam 3 voulaient faire passer en France des choses criminelles, il devait s’assurer d’eux : première prévarication.

Il n’était pas en droit de saisir les chevaux et le carrosse d’une personne qui venait faire plomber ses malles, qui se déclarait elle-même, et qui ne passait point des marchandises en fraude selon les ordonnances . Seconde prévarication. Il pouvait même renvoyer ces marchandises sans manquer à son devoir, et c’est ce qui arrive tous les jours dans d’autres bureaux. Mme Denis est légalement autorisée à redemander son équipage, dont d’ailleurs cette femme Doiret s’était servie frauduleusement, en achetant des habits de nos domestiques et en empruntant d’eux nos équipages et des malles.

6° Nos malles ne nous sont revenues au nombre de deux que parce que les commis mirent les papiers dans une troisièmes pour être envoyés à monsieur le vice-chancelier.

7° Il est impossible que, si nous passons le moins du monde pour complices de la femme qui faisait entrer ces papiers, nous ne soyons exposés aux désagréments les plus violents.

8° Quand nous ne serions condamnés qu’à la plus légère amende, nous serions déshonorés à quinze lieues à la ronde, dans un pays barbare et superstitieux. Vous ne vous connaissez pas en barbares 4.

9° Si on ne trouve pas un ami de M. de La Reynière qui obtienne de lui la prompte et indispensable révocation du nommé Jeannin, contrôleur du bureau de Sacconex, entre Genève et Ferney, l’affaire peut prendre la tournure la plus funeste.

Cette affaire, toute désagréable qu’elle est, ne doit préjudicier en rien a celle des Scythes ; au contraire, c’est une diversion consolante et peut-être nécessaire. Il serait bon sans doute que la pièce fût jouée incessamment, et que les acteurs eussent leurs rôles ; mais sans deux bons vieillards et sans une Obéide qui sache faire entrevoir ses larmes en voulant les retenir, et qui découvre son amour sans en parler, tout est bien hasardé. J’ai d’ailleurs fait imprimer l’ouvrage pour prévenir l’impertinente absurdité des comédiens, que Mlle Clairon avait accoutumés à gâter toutes mes pièces ; ce désagrément m’est beaucoup plus sensible que le succès ne pourrait être flatteur pour moi.

J’imagine que l’épître dédicatoire n’aura pas déplu à MM. les ducs de Praslin et de Choiseul ; et c’est une grande consolation pour le bonhomme qui cultive encore son jardin au pied du Caucase, mais qui ne fera plus éclore de fleurs ni de fruits, après une aventure qui lui ôte le peu de forces qui lui restait . Ce bon vieillard vous tend les bras de ses neiges, de Scythie aux murs de Babylone.

V.

 

Je déclare que je n’ai jamais articulé dans aucun papier que la dame Doiret eût des parents dans la maison. Fait à Ferney, 9è janvier 1767.

Wagnière.



Je déclare la même chose, comme ayant été présent.

Racle.



C’est sur quoi nous avons insisté dans toutes nos lettres ; nous n’avons proposé l’intervention de M. de Courteilles que comme le croyant à portée, par lui ou par ses amis, d’engager les fermiers généraux, chargés du pays de Gex, à casser au plus vite ce malheureux. Nous vous répétons que c’est un préalable très important pour empêcher que notre nom ne soit compromis et que nous ne soyons exposés à un procès criminel.

Vous avez, mes divins anges, un résumé exact de l’affaire. Puisqu’elle dépend de M. de Montyon, que nous avons vu aux Délices, nous allons lui écrire 5. Vous connaissez sans doute le conseiller d’État qui préside à ce bureau. Nous avions espéré que monsieur le vice-chancelier aurait la bonté de décider lui-même cette affaire, et qu’il commencerait par s’informer s’il y a en effet une femme Doiret à Châlons, à laquelle la malle pleine de papiers est adressée. Il est fort triste que cette aventure soit discutée devant des juges qui peuvent la criminaliser 6; mais nous comptons sur votre zèle, sur votre activité, sur vos amis. Nous n’avons rien à nous reprocher, et s’il arrive un malheur 7, on aura la fermeté de le soutenir, malgré l’état languissant où l’on est, et malgré la rigueur extrême d’un climat qui est quelquefois pire que la Sibérie. N’en parlons plus, mes chers anges, il n’est question que d’agir auprès de M. de Montyon et du président du bureau, non pas comme demandant grâce, mais comme demandant justice et conformément à nos mémoires, dont aucun ne dément l’autre. Nous ne voulons point nous contredire comme Jean-Jacques. Voilà notre première et dernière résolution, dont nous ne nous sommes jamais départis, comme nous ne nous départirons point des tendres sentiments qui nous attachent à vous pour toute notre vie.

V. »

1 Déclaration de Racle écrite et signée par lui ; le manuscrit daté par des gloses de l'éditeur a été suivi par toutes les éditions .

2 Le mot défaite est employé au XVIIIè siècle au sens de mauvaise excuse .

3 Jeannin .

4 Phrase ajoutée de la main de V* .

6 V* a souligné ce mot qui est usité en termes de droit pour signifier « transférer une affaire du civil au criminel » à l'inverse de civiliser .

7 D’être forcé de déguerpir. (Georges Avenel.)

16/04/2022

la ridicule infamie que des Velches ont attachée à réciter ce qu’il est glorieux de faire

... Les mesures que veut prendre Marine Le Pen concernant l'écologie et autres sujets sensibles sont aberrantes , quand bien même elles sont présentées comme plus que géniales par cette bonimenteuse de foire, qui débite son texte d'arnaqueuse . Vaut-il mieux entendre cela qu'être sourd ? Non . Franchement, il est grand  temps de ressortir la machine à claques .

 

 

« A Claude-Joseph Dorat Ancien

mousquetaire du roi, etc.

rue de Vaugirard, à l'ancienne Académie

à Paris

À Ferney, ce 8è janvier 1767 1

Monsieur, à la réception de la lettre dont vous m’avez honoré, j’ai dit, comme saint Augustin : Ô felix culpa 2 ! Sans cette petite échappée dont vous vous accusez si galamment, je n’aurais point eu votre lettre, qui m’a fait plus de plaisir que l’Avis aux deux prétendus sages 3 ne m’a pu causer de peine. Votre plume est comme la lance d’Achille, qui guérissait les blessures qu’elle faisait.

Le cardinal de Bernis, étant jeune, en arrivant à Paris, commença par faire des vers contre moi, selon l’usage, et finit par me favoriser d’une bienveillance qui ne s’est jamais démentie. Vous me faites espérer les mêmes bontés de vous, pour le peu de temps qui me reste à vivre, et je crie Félix culpa ! à tue-tête.

J’ai déjà lu, monsieur, votre très joli poème sur la déclamation 4; il est plein de vers heureux et de peintures vraies. Je me suis toujours étonné qu’un art, qui paraît si naturel, fût si difficile. Il y a, ce me semble, dans Paris beaucoup plus de jeunes gens capables de faire des tragédies dignes d’être jouées qu’il n’y a d’acteurs pour les jouer. J’en cherche la raison, et je ne sais si elle n’est pas dans la ridicule infamie que des Velches ont attachée à réciter ce qu’il est glorieux de faire. Cette contradiction velche doit révolter tous les vrais Français. Cette vérité me semble mériter que vous la fassiez valoir dans une seconde édition de votre poème.

Je ne puis vous dire à quel point j’ai été touché de tout ce que vous avez bien voulu m’écrire. J’ai l’honneur d’être, avec tous les sentiments que méritent la candeur de votre âme et les grâces de votre génie, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire .

P. S. Ma dernière lettre à M. le chevalier de Pezay 5 était écrite avant que j’eusse reçu la vôtre. J’en avais envoyé une copie à un de mes amis ; mais je ne crois pas qu’il y ait un mot qui puisse vous déplaire, et j’espère que les faits énoncés dans ma lettre feront impression sur un cœur comme le vôtre. »

1 Original signé ; édition C.-J. Dorat: Mes nouveaux torts, 1775 .Voir : https://data.bnf.fr/fr/documents-by-rdt/11900414/te/page1

2 Ce mot de St Augustin est inclus dans l'Exultet de la messe du dimanche de Pâques : https://fr.wikipedia.org/wiki/Exultet

Voir la note 3 : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome29.djvu/592

4 Même lettre, même note .

Nous sommes bloqués, et nous mourons de faim . C’est assurément le moindre de mes chagrins

... Pourvu que ça n'arrive pas aux Ukrainiens , résistants avec un moral extraordinaire .

 

 

« A Etienne-Noël Damilaville

Jeudi matin, 8 janvier 1767 1

Mon cher ami, en attendant que je lise une lettre de vous, que j'attends aujourd’hui 2, il faut que je vous communique une réponse que j’ai été obligé de faire à M. de Pezay 3, au sujet des vers de M. Dorat, que vous devez avoir vus, et qui ne sont pas mal faits. Vous verrez si j’ai tort de regarder Jean-Jacques Rousseau comme un monstre, et de dire qu’il est un monstre. Le grand mal, dans la littérature, c’est qu’on ne veut jamais distinguer l’offenseur de l’offensé. M. Dorat a ses raisons pour suivre le torrent, puisqu’il s’y laisse entraîner, et qu’il m’a offensé de gaieté de cœur, sans me connaître. J’arrête ma plume, en attendant votre lettre, et je vous prie de communiquer à M. d’Alembert celle que j’ai écrite à M. de Pezay, avant que M. Dorat m’eût demandé pardon.

Nous avons reçu votre lettre du 3 de janvier. Nos alarmes et nos peines ont été un peu adoucies, mais ne sont pas terminées.

Il n’y a plus actuellement de communication de Genève avec la France . Les troupes sont répandues par toute la frontière ; et, par une fatalité singulière, c’est nous qui sommes punis des sottises des Genevois. Genève est le seul endroit où l’on pouvait avoir de la viande de boucherie et 4 toutes les choses nécessaires à la vie . Nous sommes bloqués, et nous mourons de faim . C’est assurément le moindre de mes chagrins. Je n’ai pas un moment pour vous en dire davantage. Tout notre triste couvent vous embrasse.

Voudriez-vous bien, mon cher ami, envoyer à M. de Laleu, dans une enveloppe, mon certificat de vie puisque je vis encore . »

1 Copie contemporaine Darmstadt B. ; édition de Kehl . Les mots jeudi matin de la date et le dernier paragraphe manquent sur le manuscrit .

2Sur le manuscrit : que je compte recevoir . Voir lettre du 22 décembre 1766 à Pezay : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2022/03/27/tous-les-ministres-savent-assez-quelle-est-la-conduite-punis-6373580.html

4 Les six mots qui précèdent ne figurent que sur le manuscrit .

15/04/2022

Je n’ai rien à vous mander de nouveau

... C'est dit !

 

« A Etienne-Noël Damilaville

7 janvier 1767

Je ne sais si je vous ai mandé, mon cher ami, que j’ai eu une petite attaque qui m’avertit de mettre mes affaires en ordre.

Je n’ai rien à vous mander de nouveau. Vous aurez par le premier ordinaire la tragédie des Scythes imprimée. On n’en a tiré que très peu d’exemplaires. Je vous prie de la donner à Mme de Florian dès que vous l’aurez lue avec Platon. Vous savez qu’il est question de lui dans la préface.

Je vous embrasse de tout mon cœur. »

Nous sommes si innocents que nous sommes en droit de demander justice au lieu de grâce

... Comme disent les hommes/femmes politiques mis en examen , n'est-ce pas MM. Sarkozy et Darmanin , Mme Marine Le Pen and C° .

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

7 janvier 1767

Comme nous ne voulons rien faire, mon très cher ange, sans vous en donner avis, nous vous communiquons, Mme Denis et moi, le nouveau mémoire que nous sommes obligés d’envoyer à monsieur le vice-chancelier 1, fondé sur une lettre dans laquelle on nous avertit que des personnes 2 pleines de bonté ont daigné lui recommander cette malheureuse affaire.

Le mémoire, dont ces personnes ont ordonné qu’on nous fît part, alléguait des faits dont elles ne pouvaient être instruites. Ce mémoire se trouvait en contradiction avec les nôtres, et avec le procès-verbal. Vous voyez, mon divin ange, que nous sommes dans l’obligation indispensable d’exposer le fait tel qu’il est, et de requérir que monsieur le vice-chancelier daigne se procurer les informations que nous demandons. Nous sommes si innocents que nous sommes en droit de demander justice au lieu de grâce. Nous passerions pour être évidemment complices de la Doiret, si nous l’avions connue.

Nous vous supplions de vouloir bien vous intéresser à l’autre affaire 3 que nous avons recommandée à vos bontés auprès de M. de La Reynière, le fermier général.

Venons à des choses plus agréables. On ne pouvait guère, dans l’état de crise où la république de Genève et moi nous nous trouvons par hasard, imprimer correctement Les Scythes . Nous vous enverrons incessamment des exemplaires plus honnêtes. J’ai essuyé de bien cruelles afflictions en ma vie. Le baume de Fierabras 4, que j’ai appliqué sur mes blessures, a toujours été de chercher à m’égayer. Rien ne m’a paru si gai que mon épître dédicatoire. Je ne sais pas si elle aura plu, mais elle m’a fait rire dans le temps que j’étais au désespoir.

J’avais promis à M. le chevalier de Beauteville d’aller lui rendre sa visite à Soleure, et d’aller de là passer le carnaval chez l’Électeur palatin et arranger mes petites affaires avec M. le duc de Virtemberg ; mais mon quart d’apoplexie et une complication de petits maux assez honnêtes me forcent à rester dans mon lit, où j’attends patiemment la nombreuse armée de cinq à six cents hommes qui va faire semblant d’investir Genève. L’état-major n’investira que Ferney ; il croira s’y amuser, et il n’y trouvera que tristesse, malgré le moment de gaieté que j’ai eu dans mon épître dédicatoire, et dans ma préface contre Duchesne 5.

Je pense qu’on ne saurait donner trop tôt Les Scythes ; il ne s’agit que de trouver un vieillard. La représentation de cette pièce ferait au moins diversion . Cette diversion est si absolument nécessaire qu’il faut que la pièce soit jouée ou lue.

Adieu, mon aimable et très cher ange ; je me mets aux pieds de madame d’Argental . J’ai bien peur qu’elle ne soit affligée.

V. »

1 Ce mémoire est donné ici, d’autant plus qu'il a été certainement dicté par V* ; la minute ou copie est conservée en deux parties à la BNF (N. 24339 ffos 120et 117 )

Ce mémoire est intitulé « Addition au mémoire envoyé à Mgr le vice-chancelier le 29è décembre 1766 par la dame Denis de Ferney au sujet de la saisie de son équipage à Collonges », il est signé de la main de Voltaire, qui ajoute en marge : « Nota qu'ils n'avaient point de droit de visiter puisque le plomb n'est mis que pour assurer qu'on ne mettra point d'autres effets, et que le tout sera visité à l'arrivée à la douane. »

« Monseigneur,/ La dame Denis ayant appris dans le moment, que des amis généreux et respectables ont parlé ou écrit à monseigneur le vice-chancelier sur cette affaire, est obligée de lui dire , que dans leurs bontés prévenantes, ils ne pouvaient en aucune manière être instruits du fait ; et s'ils ont dit que la femme Doiret est parente de la femme de charge du château de Ferney, ils ont été trompés par de faux rapports . / Aucun de nos domestiques n'a jamais connu la femme Doiret . Notre femme de charge est sœur du boulanger du roi, nommé Thierry, qui vient d'acheter la charge de président du grenier à sel de Versailles . / Monseigneur est très instamment supplié de le faire interroger par un officier de justice de Versailles . Il verra que la famille de cette femme de charge n'est ni parente , ni alliée, ni connue de cette femme Doiret . / Monseigneur peut aussi exiger que M. l’intendant de Chalons ou son subdélégué, interroge les Doiret de Chalons . / La femme de charge du château se nomme Mathon. Elle est chargée de nourrir plus de cent personnes par jour, et dirige même souvent les travaux de la campagne . C'est une personne infiniment estimable dan son état et qui n'a jamais su s'il y a eu au monde des La Mettrie, des Frérets, des Lords Bolingbroke, des Du Marsais et des Boulangers . / En un mot , il paraît que toute cette aventure est une friponnerie de gens qui ont abusé d'un nom connu pour faire un commerce punissable. / Signé Denis de Ferney .

 

« 7 janvier 1767 / La nommée Doiret de Chalons est allée en Suisse pour voir une de ses parentes et amies qui l'a chargée de plusieurs papiers qu'elle ne connaissait point et dont elle ignorait entièrement la conséquence . De là elle est allée à Ferney où elle a une cousine femme de chambre de Mme Denis . Après y a voir resté quelques jours n'ayant point de voiture pour se rendre à Collonges, cette cousine à l'insu de ses maîtres lui en a fait prêter une avec quatre chevaux, lui a donné un homme pour l'accompagner et faire plomber ses malles . Elle était de si bonne foi et y entendait si peu de finesse qu'elle a livré ses malles pour cette opération . Il s'est trouvé en les visitant que que les papiers dont elle s'était chargée étaient des livres prohibés en France . Là-dessus les commis ont saisi la voiture, les chevaux, les malles et se sont emparés des papiers . La femme craignant qu'on en usât de même à son égard s'est sauvée après avoir déclaré les faits qu'on vient d'exposer . L'homme qui l'accompagnait avait fait une déclaration contraire par rapport à la voiture et aux malles, mais il n’était pas instruit et c'est celle de la femme qui est dans l'exacte vérité . / Mme Denis informée de l'aventure a réclamé tout ce qu'on avait saisi hors les papiers . On n'a consenti à rendre la voiture, les chevaux et deux malles qu'à condition de consigner 50 louis ce qui a été fait . Aujourd’hui il est question de les faire rendre ; les malles réclamées par Mme Denis contenaient des habits appartenant à elle et à M. de Voltaire . »

2 D’Argental lui-même .

3 Le renvoi de Jeannin.

4 Ce baume magique apparaît dans les romans du XIIIè siècle . Don Quichotte en fait grand cas ; voir : https://www.persee.fr/doc/pharm_0035-2349_1952_num_40_132_8622_t1_0308_0000_2

14/04/2022

quelques hommes ont cru que la barbarie était un de leurs devoirs . On les a vu abuser de leur état jusqu'à se jouer de la vie de leurs semblables en colorant leur inhumanité du nom de justice ; ils ont été sanguinaires sans nécessité, ce qui n'est pas ..

... même le caractère des animaux carnassiers . Toute dureté qui n'est pas absolument nécessaire est un outrage au genre humain ."

Mon pauvre Voltaire, on croirait bien que tu décris Poutine, et quelques autres abominables dictateurs du même acabit . En passant, " l'outrage au genre humain" est dénommé "génocide" par Joe Biden .

Tu décris également les conditions et le mode d'emploi de certaines révolutions, et la France n'est pas en reste pour celles-ci : "assassinats produits par la vengeance ou par l'enthousiasme de la liberté ..." . Qui de nos dirigeants aura l'humanité et la sagesse de Voltaire ? J'ai déjà une idée sur celle qui ne les a pas !

 

 

 

« A Jacques Lacombe

[vers le 5 janvier 1767]

Le jeune auteur qui est chez moi, monsieur, abuse de votre bonne volonté et de votre patience . Je vous demande pardon pour lui mais je crois que les changements et additions qu'il vous envoie sont très nécessaires . Vous me ferez grand plaisir de m'envoyer la seconde feuille . Imprime-t-on Artaxerce ? Mille compliments .

 

Acte 4è, scène 3è, après ce vers :

 

Y va traîner Octave avec Antoine et moi,

ajoutez :

 

AUFIDE

Non , espérez encore ; les soldats de ces traîtres

Ont changé quelquefois de drapeaux et de maîtres.

Ils ont trahi Lépide ; ils pourront aujourd'hui

Vendre au fils de Pompée un mercenaire appui .

Pour gagner les Romains, pour forcer leur hommage

Il ne faut qu'un grand nom, de l'or et du courage .

  1. On a vu Marius entraîner sur ses spas

Les mêmes assassins payés pour son trépas.

Nous séduirons les uns, nous combattrons le reste .

Ce coup désespéré peut vous être funeste,

  1. Mais il peut réussir . Brutus et Cassius

N'avaient pas après tout des projets mieux conçus.

Téméraires vengeurs de la cause commune

Ils ont frappé César et tenté la fortune.

Ils devaient mille fois périr dans le sénat.

Ils vivent cependant ; ils partagent l’État ;

Et dans Rome avec vous je les verrai peut-être .

Mes guerriers sur vos pas à l'instant vont paraître.

Nous vous suivrons de près ; il en est temps ; marchons .

etc., comme dans le manuscrit.

Pour les notes :

24

On a vu Marius entraîner sur ses pas

Les mêmes assassins payés pour son trépas .

Non seulement ceux de Minturne qui avaient ordre de tuer Marius se déclarèrent en sa faveur, mais, étant encore proscrit en Afrique, il alla droit à Rome avec quelques Africains et leva des troupes dès qu'il y fut arrivé .

 

25

............................................... Brutus et Cassius

N'avaient pas, après tout, des projets mieux conçus.

 

Il est constant que Brutus et Cassius n'avaient pris aucune mesure pour se maintenir contre la faction de César . Ils ne s'étaient pas assurés d'une seule cohorte, et, même après avoir commis le meurtre, ils furent obligés de se réfugier au Capitole . Brutus harangua le peuple du haut de cette forteresse, et on ne lui répondit que par des injures et des outrages ; on fut près de l'assiéger . Les conjurés eurent beaucoup de peine à ramener les esprits ; et lorsque Antoine eut montré aux Romains le corps de césar sanglant, le peuple animé par ce spectacle, et furieux de douleur et de colère , courut le fer et la flamme à la main vers les maisons de Brutus et de Cassius . Ils furent obligés de sortit de Rome . Le peuple déchira un citoyen nommé Cinna qu'il crut être un des meurtriers . Ainsi il est clair que l'entreprise de Brutus, de Cassius, et de leurs associés fut soudaine et téméraire . Ils résolurent de tuer le tyran à quelque prix que ce fût, quoi qu'il en pût arriver .

Il y a vingt exemples, dans l'histoire, d'assassinats produits par la vengeance ou par l'enthousiasme de la liberté qui furent l'effet d'un mouvement violent plutôt que d'une conspiration bien réfléchie et prudemment méditée . Tel fut l'assassinat du duc de Parme Farnèse, bâtard du pape Paul III . Telle fut même la conspiration des Pazzi qui n'étaient point sûrs des Florentins en assassinant les Médicis, et qui se confièrent à la fortune .

N. B. qu'il faudra changer les numéros des notes suivantes .

Acte 3è, scène 6è, au commencement

ôtez le premier vers :

Enfin donc je me vois sous le pouvoir d'Octave !

et mettez :

OCTAVE (arrêtant Julie )

Je vous ai déjà dit que vous deviez m'entendre.

Votre abord en cette île a droit de me surprendre ;

Mais cessez de me craindre et calmez votre cœur .

JULIE

Seigneur, je ne crains rien ; mais je frémis d'horreur .

OCTAVE

Vous changerez peut-être en connaissant Octave .

JULIE

J'ai le sort des Romains, il me traite en esclave .

Etc., comme dans le manuscrit .

A la fin du chapitre des proscriptions après les vers d'Horace :

Mais pour oser dire que nous sommes meilleurs que nos ancêtres, il faudrait que, nous trouvant dans les mêmes circonstances qu'eux, nous nous abstinssions avec horreur des cruautés dont ils ont été coupables ; et il n'est pas démontré que nous fussions plus humains en pareil cas . La philosophie ne pénètre pas toujours chez les grands qui ordonnent, et encore moins chez les hordes des petits qui exécutent . Elle n'est le partage que des hommes placés dans la médiocrité, également éloignés de l'ambition qui opprime, et de la basse férocité qui est à ses gages .

Il est vrai qu'il n'est plus de nos jours de persécutions générales : mais on voit quelquefois de cruelles atrocités . La société, la politesse, la raison inspirent des mœurs douces . Cependant quelques hommes ont cru que la barbarie était un de leurs devoirs . On les a vu abuser de leur état jusqu'à se jouer de la vie de leurs semblables en colorant leur inhumanité du nom de justice ; ils ont été sanguinaires sans nécessité, ce qui n'est pas même le caractère des animaux carnassiers . Toute dureté qui n'est pas absolument nécessaire est un outrage au genre humain .

Puissent ces réflexions satisfaire les âmes sensibles et adoucir les autres .

A la fin du troisième acte, derniers vers :

Qu'il voudrait avec toi disputer de vertu.

Corrigez :

Que je n'ose avec toi disputer de vertu .

Car l'auteur m'a mandé qu'un coquin comme Auguste n'est pas digne de dire qu'il voudrait disputer de vertu avec César . »

13/04/2022

Si j'avais été en état de me lever je me serais hâté de venir lui demander ses ordres

... On a peut-être là l'une des excuses foireuses de Nicolas Sarkozy qui a laissé tomber Valérie Pécresse . Lui, qui a fait appel au peuple pour rembourser ses dettes, ira-t-il jusqu'à s'opposer à l'appel au secours de Valérie, celle-ci montrant par là ses piètres qualités de gestionnaire, et donc l'incapacité révélée à mener les affaires d'un pays .

Combien mesure Sarkozy" : la question qui fascine (toujours) les Français

Si ! si ! il est debout !

 

 

« Au chevalier Charles-Léopold de Jaucourt

[vers le 5 janvier 1767]

Je présente mes très humbles respects à monsieur le Commandant . Si j'avais été en état de me lever je me serais hâté de venir lui demander ses ordres et lui offrir mes très humbles services ainsi qu'à tous messieurs les officiers .

Si je pouvais me traîner demain vers les onze heures, j'aurai cet honneur.

Voltaire. »