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22/02/2015

Le couvent des Délices fait des prières pendant ce saint carême

... pour que ces saintes mortifications de jeûne (qui, notons le, durent quarante jours contre seulement 28 jours pour le ramadan) laissent à tous les humains le loisir de partager , leur temps, leur argent, leurs surplus . Amen !

Me reviennnent invinciblement au coeur ce chant de Brel : https://www.youtube.com/watch?v=0sIiSosI_Q8

et celui de Brassens : https://www.youtube.com/watch?v=1xTHNXIcOCw

Il n'est guère de plus belles prières que celles de ces anarchistes au coeur ouvert .

Je n'oublie pas Voltaire qui détestant les religions n'en a pas moins écrit l'une des plus belles prières qui soit : https://www.youtube.com/watch?v=vSZcgeyovGQ

petits cathos secs.png

 

« A François de Chennevières

22 février [1760]

Le couvent des Délices fait des prières pendant ce saint carême pour monsieur de Chennevières , et pour la sœur du pot 1; si on avait de la santé , on serait très heureux dans le couvent ; il est plus agréable que celui de Sans-Souci ; tâchez d'envoyer contre le roi de Prusse autant de soldats qu'il a fait de vers .

Ayez la charité de faire mettre de belles adresses contresignées aux deux incluses, vous obligerez votre très attaché serviteur .

Le malingre . »

 

21/02/2015

Il est triste qu'un parlement ne soit pas le maître de la police, et qu'il soit de droit divin de s'enivrer et de gagner la chaudepisse le jour de Saint-Simon, Saint-Jude et Saint-André

... Et à la Saint Glinglin , le pape autorisera le préservatif comme moyen anticonceptionnel après l'avoir -du bout des lèvres , et du goupillon- , autorisé comme moyen de prévention contre les maladies vénériennes et le SIDA .

 pape capote.jpg

 

 

« A Charles de BROSSES, baron de Montfalcon
20 février[1760]
Je me hâte, monsieur, de vous remercier de toutes vos bontés et de toutes vos judicieuses réflexions. Ce qui concerne les fêtes, inventées par les cabaretiers et les filles, n'était qu'une consultation à laquelle vous avez très-bien répondu. Il est triste qu'un parlement ne soit pas le maître de la police, et qu'il soit de droit divin de s'enivrer et de gagner la chaudepisse le jour de Saint-Simon, Saint-Jude et Saint-André. Je sais que les curés ont le droit arbitraire de permettre qu'on recueille et qu'on ensemence ; il est bien plaisant que cela dépende de leur volonté. Le curé de Ferney 1 est fâché de n'avoir pu m'enlever encore mes dîmes inféodées. Mes domestiques sont suisses et huguenots ; mon évêque, savoyard 2 : je ferai avec eux tout ce que je pourrai.
Quant à la Perrière, je demande simplement qu'on me signifie un titre, un exemple 3. Je ne fais point de procès : je demande qu'on me mette en possession de cette justice en vertu de laquelle on me demande de l'argent. J'offre l'argent ; je présente seulement requête pour avoir une quittance. Est-il possible qu'on soit seigneur haut-justicier sans titre, et qu'on vienne saisir mes bestiaux sans aucune allégation?
Vous me parlez, monsieur, d'une déclaration d'un nommé Ritener. Hélas ! je n'ai vu ni cette déclaration, ni aucune pièce du procès, ni aucun titre. Encore une fois, Ritener est un Suisse qui ne sait certainement pas si la Perrière est en Savoie ou en France; il sait seulement que c'est un bouge qui sera toujours bouge, et je ne vois pas où est l'avantage de passer pour seigneur haut-justicier d'un bouge qui est dans le fief d'un autre.
Vous pouvez être très-sûr que dès que j'aurai consommé l'achat de Tournay,4 je résignerai ce ridicule honneur.
Il y a, monsieur, un petit embarras pour les lods et ventes de Tournay, et je travaille à le faire lever. Permettez-moi, en attendant, de vous réitérer mes prières pour que Girod me communique tous les titres et tous les droits de la terre ; il est bien étrange qu'on ne m'ait pas encore communiqué un seul papier.
J'ose encore vous prier de m'indiquer un procureur, le moins fripon qu'on puisse trouver au parlement de Dijon, où l'on dit qu'ils le sont moins qu'ailleurs. Je vous serai très-obligé.
Permettez-moi de recourir encore à vos bontés pour une autre affaire qui rend les terres du pays de Gex bien désagréables : c'est celle de la saisie de mes blés de Ferney, le 24 janvier. C'est une avanie de Turc qu'on punit chez les Turcs. C'est un faux procès-verbal antidaté par les commis ; c'est une double déclaration du receveur et du contrôleur du bureau, qui avoue le crime de faux ; c'est une violence et une friponnerie, non pas inouïe, mais intolérable. Je vous avoue que, si je n'en ai pas
raison, je vais affermer Ferney, Tournay, et mes autres domaines comme je pourrai, et que je mourrai dans mes Délices, sans remettre le pied sur la frontière de votre pays. J'ai cherché dans ma vieillesse la liberté et le repos ; on me les ôte. J'aime mieux du pain bis en Suisse que d'être tyrannisé en France.
Si vous daignez vous donner la peine de lire les pièces chez M. Dubut, vous me ferez un grand plaisir.
Vous verrez, par cette aventure, combien le pays de Gex a intérêt à s'accommoder avec les fermiers généraux. Je conçois qu'il y a des difficultés dans le projet de la compagnie qui se présente ; mais ce projet sera aisément accepté et solidement formé, si le contrôleur général le veut. Mon avis, à moi, serait qu'on donnât au roi 300 000 livres, ou même 400 000, au nom de la province, et que la province obtînt arrêt du conseil qui la détachât des cinq grosses fermes, moyennant une petite indemnité par an qu'elle payerait à nos seigneurs. Il y aurait encore beaucoup à gagner pour la province et pour la compagnie. Si monsieur l'intendant prend à cœur cette affaire, elle se fera ;
mais, si elle n'est pas conclue à Pâques, je ne m'en mêle plus.
Vous avez donc lu le roi de Prusse ? S'il s'en était tenu à tenir la balance de l'Allemagne, s'il n'eût point crocheté les coffres de la reine de Pologne, s'il n'eût point pillé tant de vers et tant de villes, vous lui pardonneriez de penser comme Lucrèce, Cicéron et César. C'est à nos faquins de molinistes et de jansénistes qu'il ne faut pas pardonner.
J'aurai l'honneur de vous envoyer incessamment le résultat des sentiments de notre petite compagnie.
Je vous présente mes respects.

 

V. »

 

1 Ancian , curé de Moëns .

 

 

3 On voulait faire payer à Voltaire, comme seigneur haut-justicier de la Perrière, les frais d'un procès fait à un paysan nommé Panchaud.Voir lettre du 2 janvier 1760 à de Brosses : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2015/01/08/la-notoriete-publique-ne-suffit-pas-pour-constater-un-droit-5529502.html

 

4 Voltaire avait la jouissance viagère de Tournay, et il songeait alors à se rendre propriétaire du domaine.

 

 

les princesses portaient des bas ; pour les autres dames, j'ai peur que bientôt elles ne portent point de chemise, si la guerre dure encore un an

... Et c'est ainsi qu'on les retrouve , dans un monde sans paix,

révolutionnaires du XIXè siècle

sans chemise la liberté le euple.jpg

et femen du XXIè, 

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 même combat !

 

« A Louise-Dorothée von Meiningen, duchesse de SAXE-GOTHA
Au château de Tournay, 19 février [1760], partira le 22 ou le 23.
Madame, je n'ai rien de nouveau touchant le mariage de la coquette. Il est plaisant que Votre Altesse sérénissime ait pris un moment cette belle épithète de coquette pour elle ; non, madame, vous n'avez de votre sexe que la beauté. Je m'imagine que la charmante et respectable Alzire, de Thuringe, vous ressemble.
Ah ! madame, qu'elle mette des bas de soie ou des bottines, ou qu'elle soit nu-jambes si elle veut, tout sera bon si elle tient de sa mère, comme je le crois. Je n'aime point les bottines ; j'ai vu tout le monde botté à Berlin, mais les princesses portaient des bas ; pour les autres dames, j'ai peur que bientôt elles ne portent point de chemise, si la guerre dure encore un an.
Le Brandebourg doit être dans un état pitoyable par la cessation du commerce, par le nombre énorme de recrues, par la dévastation des pays voisins. Voilà, madame, à la longue, tout le fruit de la guerre, et les suites en peuvent être encore cent fois plus affreuses. Il est désagréable qu'un livre de poésies du roi de Prusse paraisse dans ce temps-ci. La police en a fait saisir les exemplaires à Paris. Il me semble que le nom d'un homme tel que le roi de Prusse devrait être respecté partout. C'est étrangement le profaner que de voir ses ouvrages un gibier de police. On ne s'accoutume point à voir un héros traité comme Fréron et comme les autres gredins de Paris. Le meilleur ouvrage qu'il
pourrait faire serait un traité de paix, car bientôt on n'aura pas plus de chemises à Paris qu'à Berlin. On nous fait vendre les nôtres avec notre vaisselle pour faire la campagne. On dit que nous renonçons à la marine pour porter le ravage sur terre.
J'ignore si votre nouveau voisin, le landgrave catholique 1, est toujours prisonnier gouverneur à Magdebourg. C'est encore là un nouveau sujet de noise. Mais, madame, ce n'est pas à moi de me mêler des affaires de vous autres princes ; je ne dois penser qu'à Mlle Pertriset et à son mariage. J'eus l'honneur de lui écrire, il y a huit ou dix jours 2, et je lui demandai sa protection auprès de Votre Altesse sérénissime. 

 

V.»

 

1 Frédéric de Hesse-Cassel qui converti au catholicisme venait de succéder à Guillaume VIII .

 

20/02/2015

Je crois en savoir beaucoup sur Mahomet , que j'ai étudié à fond. Je n'ai pas l'honneur d'avoir les talents dont il se vante ; douze femmes m'embarrasseraient beaucoup. Ni vous ni moi n'irons au ciel, comme lui, sur une jument

... Mais de toute manière :"Je n'aime de tous les gens de son espèce que Confucius", et Mahomet me parait un parfait représentant de ces gens qui se parent des plumes du paon et de l'ange Gabriel et ont un fan club d'illuminés qui prennent les paroles du maître pour la vérité, au mépris de toute réflexion .

Pays des Mille et une nuits, que ne t'es tu contenté de donner des contes à dormir debout sans nous abrutir d'une religion nouvelle, ersatz de tout ce qui se faisait à l'époque .

Petit exemple des momeries qui fondent une telle religion :

Al-Buraf_Hafifa cheval volant.jpg

 http://fr.wikipedia.org/wiki/Bouraq

Bourrique au pays de l'or noir et du bourrage de crâne .

 

 

« A Nicolas-Claude THIERIOT.
18è février 1760
Je fais venir, mon cher et ancien ami, un dictionnaire de santé 1 et un almanach de l'état de Paris 2, sur votre parole ; je crois surtout la santé très-préférable à Paris. J'ai grande envie de me bien porter, et nulle de venir dans votre ville. Vous me ferez grand plaisir de m'envoyer la pancarte arabe ; j'en ai déjà quelque connaissance; elle est d'un Anglais, et l'auteur, tout Anglais qu'il est, a tort. Je crois en savoir beaucoup sur Mahomet 3, que j'ai étudié à fond. Je n'ai pas l'honneur d'avoir les talents dont il se vante ; douze femmes m'embarrasseraient beaucoup. Ni vous ni moi n'irons au ciel, comme lui, sur une jument ; mais je tiens que nous sommes beaucoup plus heureux que lui : il a mené une vie de damné avec toutes ses femmes. Je n'aime de tous les gens de son espèce que Confucius ; aussi j'ai son portrait dans mon oratoire, et je le révère comme je le dois.
Le philosophe de Sans-Souci, qui n'est pas sans souci, est encore au rang de ces gens que je n'envie point. Je ne connais point l'édition 4 dont vous me parlez, mais j'en connais une faite à Lyon, dans laquelle il y a une épître au maréchal Keith qui a fort choqué le tympan de toutes les oreilles pieuses : Allez, lâches chrétiens, etc., a révolté tous les dévots; il voulait apparemment parler de ceux qui ont combattu contre lui à Rosbach ; il leur prouve d'ailleurs, tant qu'il peut, que l'âme est mortelle. Je souhaite qu'ils en profitent, afin qu'ils se battent mieux contre lui quand ils croiront avoir moins à risquer. Le philosophe de Sans-Souci pille quelquefois des vers, à ce qu'on dit ; je voudrais qu'il cessât de piller des villes, et que nous eussions bientôt la paix.
Au reste, si l'on m'accuse d'avoir raboté quelquefois des vers de ce diable de Salomon du Nord, je déclare que je ne veux avoir nulle part à sa mortalité de l'âme. Qu'il se damne tant qu'il voudra, je ne veux le voir ni dans ce monde ni dans l'autre.
Je prie Dieu que les housards prussiens ne dévalisent, point M. de Paulmy 5 en chemin. Je suis très-fâché que mon petit ermitage ne se trouve point sur sa route. Il faudra que tôt ou tard il ramène le roi de Pologne à Dresde. Si ce roi de Pologne était un Sobieski, il serait déjà l'épée à la main.
Au reste, il faut que le Salomon du Nord soit le plus grand général de l'Europe, puisque, après deux batailles perdues, et l'affaire de Maxen 6, il trouve encore le secret de menacer Dresde.
Il écrit actuellement sur les campagnes de Charles XII 7; c'est Annibal qui juge Pyrrhus. Ce qu'il m'a envoyé est fort au-dessus des Rêveries du maréchal de Saxe.
Darget m'a paru très-inquiet de l'édition des poésies du Salomon; il a craint qu'on ne lui imputât d'être l'éditeur. Dieu merci, on ne m'en soupçonnera pas, car Salomon me fit la niche de me défaire de ses œuvres à Francfort, et son ambassadeur 8 en cette ville me signa bravement ce beau brevet : « Monsié, dès que vou aurez rendu les poëshies du roi mon maître, vou pourez partir pour où vous semblera » ; et je lui signai : « Bon pour les poëshies du roi votre maître, en partant pour où il me semble.»
Et maintenant il me semble que je suis mieux aux Délices, à Tournay, et à Ferney, qu'à Francfort. Voyez-vous quelquefois d'Alembert ? n'a-t-il pas dans sa tête d'aller remplacer Moreau- Maupertuis à Berlin ? C'est, par ma foi, bien pis que d'aller en Pologne.
Je suis fort aise que M. Hennin 9 veuille bien se souvenir de moi ; son esprit est comme sa physionomie, fort doux et fort aimable.
A propos, écrivez-moi si vous avez ouï dire que l'esprit de discorde se soit reglissé dans l'armée de M. le duc de Broglie 10. Si cela est, nous ferons encore des sottises. Dieu nous en préserve! car il n'y en a point qui ne coûte fort cher. Interim, vale, et me ama. 

V.»

2 Le Tableau de Paris pour l'année 1759, qui donnait des renseignements administratifs, commerciaux, etc. ; voir : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65348949

3 Voir aussi le commencement de la lettre du 17 mars 1760 à d'Argental page 330 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6514333b/f344.image... .

Il venait de paraître anonymement une Critique de l'Histoire universelle de M. de Voltaire au sujet de Mahomet et du mahometisme, et V* était probablement en train d'écrire en réponse la Lettre civile et honnête , http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65298757

et voir lettre du 8 mars 1760 à Gabriel Cramer .

4 Celle qui venait de paraître à Paris avec la date de Potsdam, 1760.

5 Le marquis de Paulmy se disposait à partir pour la Pologne avec Hennin, son secrétaire d'ambassade.

6 Du 21 novembre 1759, jour où Finck se rendit à Daun.

7Les Réflexions sur les talents militaires et sur le caractère de Charles XII avaient paru le 8 janvier 1760 sous la forme d'un mince volume, dont un seul exemplaire semble avoir survécu . Ces réflexions furent réimprimées dans les Œuvres de Frédéric ; voir : http://visualiseur.bnf.fr/Visualiseur?Destination=Gallica&O=NUMM-201476&I=19&Y=Image

. Le 1er mai 1760 Frédéric II écrit à V* : « Je vous ai envoyé mon Charles XII ; je n'en ai fait tirer que douze exemplaires que j'ai donnés à mes amis . Il ne m'en est resté aucun . C'est encore de ce genre d'ouvrages qui sont bons dans de petites sociétés, mais qui ne sont point faits pour le public . »

8 Freytag.

9 Pierre-Michel Hennin qui partait avec M. de Paulmy et qui venait d’écrire à V*.

10 Le duc de Broglie était mal avec Soubise, et la prophétie de Voltaire ne tarda pas à s'accomplir.

 

 

19/02/2015

Je vais dans ma besogne aussi franchement que Montaigne va dans la sienne ; et, si je m'égare, c'est en marchant d'un pas un peu plus ferme

... Voilà qui résume assez exactement ce que je vis avec Voltaire et la mise en ligne de ses lettres , - et de mes commentaires et réflexions plus ou moins adaptés, je l'avoue .

 

DSCF3076 un pas plus ferme.png

 

« A Marie de Vichy de Chamrond, marquise du DEFFAND.
18 février [1760].
L'éloquent Cicéron, madame, sans lequel aucun Français ne peut penser, commençait toujours ses lettres par ces mots : Si vous vous portez bien, j'en suis bien aise; pour moi, je me porte bien.
J'ai le malheur d'être tout le contraire de Cicéron ; si vous vous portez mal, j'en suis fâché ; pour moi, je me porte mal 1. Heureusement je me suis fait une niche dans laquelle on peut vivre et mourir à sa fantaisie. C'est une consolation que je n'aurais pas eue à Craon 2, auprès du révérend père Stanislas et de frère Jean des Entommeures de Menoux 3. C'est encore une grande consolation
de s'être formé une société de gens qui ont une âme ferme et un bon cœur; la chose est rare, même dans Paris
. Cependant j'imagine que c'est à peu près ce que vous avez trouvé.4

 

J'ai l'honneur de vous envoyer quelques rogatons assez plats [par M. Bouret] 5. Votre imagination les embellira. Un ouvrage, quel qu'il soit, est toujours assez passable quand il donne occasion de penser.
Puisque vous avez, madame, les poésies de ce roi 6 qui a pillé tant de vers et tant de villes, lisez donc son Épître au maréchal Keith, sur la mortalité de l'âme ; il n'y a qu'un roi, chez nous autres chrétiens, qui puisse faire une telle épître. Maître Joly de Fleury assemblerait les chambres contre tout autre, et on lacérerait l'écrit scandaleux ; mais apparemment qu'on craint encore des aventures de Rosbach, et qu'on ne veut pas fâcher un homme qui a fait tant de peur à nos âmes immortelles.
Le singulier de tout ceci est que cet homme, qui a perdu la moitié de ses États, et qui défend l'autre par les manœuvres du plus habile général, fait tous les jours encore plus de vers que l'abbé Pellegrin. Il ferait bien mieux de faire la paix, dont il a, je crois, tout autant de besoin que nous.
J'aime encore mieux avoir des rentes sur la France que sur la Prusse. Notre destinée est de faire toujours des sottises, et de nous relever. Nous ne manquons presque jamais une occasion de nous
ruiner et de nous faire battre; mais, au bout de quelques années, il n'y paraît pas. L'industrie de la nation répare les balourdises du ministère. Nous n'avons pas aujourd'hui de grands génies dans
les beaux-arts, à moins que ce ne soit M. Lefranc de Pompignan 7, et monsieur l'évêque son frère ; mais nous aurons toujours des commerçants et des agriculteurs. Il n'y a qu'à vivre, et tout ira bien.
Je conçois que la vie est prodigieusement ennuyeuse quand elle est uniforme ; vous avez à Paris la consolation de l'histoire du jour, et surtout la société de vos amis ; moi, j'ai ma charrue et des livres anglais, car j'aime autant les livres de cette nation que j'aime peu leurs personnes. Ces gens-là n'ont, pour la plupart, du mérite que pour eux-mêmes. Il y en a bien peu qui ressemblent à Bolingbroke : celui-là valait mieux que ses livres: mais, pour les autres Anglais, leurs livres valent mieux qu'eux.
J'ai l'honneur de vous écrire rarement, madame ; ce n'est pas seulement ma mauvaise santé et ma charrue qui en sont cause; je suis absorbé dans un compte que je me rends à moi- même, par ordre alphabétique 8, de tout ce que je dois penser sur ce monde-ci et sur l'autre, le tout pour mon usage, et peut- être, après ma mort, pour celui des honnêtes gens. Je vais dans ma besogne aussi franchement que Montaigne va dans la sienne ; et, si je m'égare, c'est en marchant d'un pas un peu plus ferme.
Si nous étions à Craon, je me flatte que quelques-uns des articles de ce dictionnaire d'idées ne vous déplairaient pas : car je m'imagine que je pense comme vous sur tous les points que j'examine. Si j'étais homme à venir faire un tour à Paris, ce serait pour vous y faire ma cour ; mais je déteste Paris sincèrement, et autant que je vous suis attaché.
Songez à votre santé, madame ; elle sera toujours précieuse à ceux qui ont le bonheur de vous voir, et à ceux qui s'en souviennent avec le plus grand respect. 

 

V.»

 

 

 

1 Mme du Deffand commençait sa lettre du 8 février 1760 ainsi : « Vous comptez avec moi bien ric à ric monsieur, et vous ne m'écrivez jamais si ce n'était en réponse . Depuis votre dernière lettre j'ai presque toujours été malade ; j'aurais eu grand besoin que vous eussiez pris soin de moi . »

 

2 Mme du Deffand : « Je suis réellement fâchée que vous n'ayez point acheté Craon ; le projet de vous y voir n'aurait point été une chimère . Mme de Mirepoix aurait été ravie de faire ce marché avec vous, ce n'est point sa faute s'il n'a pas réussi . Elle trouve le portrait que vous m'avez fait du père Menoux très exact et très fidèle . »

 

3 Jésuite, confesseur de Stanislas. — Frère Jean des Entommeures, dont Voltaire lui donne le nom, est le principal acteur dans le chapitre XXVII du livre 1er de Gargantua.

 

4 Mme du Deffand : « Au nom de Dieu, envoyez-moi tout ce que vous faites, tout ce que vous avez fait que je ne connais pas , et tout ce que vous ferez, soyez sûr que je n'en mésuserai pas ; ma société est fort circonscrite, et ce n'est qu'à elle que je fais part de vos lettres et de ce qui me vient de vous . […] j'éprouve tous les jours que quoique fort inférieure en lumière à ceux avec qui je raisonne, j'ai le goût plus sûr qu'eux . »

 

5V* a porté en marge par M. Bouret .

 

6Mme du Deffand « Nous avons les poésies du roi de Prusse, j'en ai lu très peu de choses, et je vous prie de ne me point condamner à en lire davantage . »

 

7 Élu en septembre 1759 par les membres de l'Académie française, ce fut le 10 mars 1760 qu'il prononça son Discours de réception.

 

8 Première allusion au Dictionnaire philosophique depuis la fin de 1752 où V* écrivait à Mme Denis : « Je vais me faire pour mon instruction un petit dictionnaire à l'usage des rois ... » ; voir : http://www.monsieurdevoltaire.com/article-correspondance-...

Frédéric II « a pressé l'orange » et V* songe à « sauver l'écorce ».

 

18/02/2015

nous ne savons rien, c'est à vous à nous faire savoir quelque chose

... Voir Canal + et Le Grand journal : http://www.canalplus.fr/c-divertissement/c-le-grand-journal/pid5411-le-grand-journal.html?vid=1217547

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 Tarte aux pommes en vue ? ou alors paires de tartes à n'en plus finir ?

 

 

« A François de Chennevières

18 février 1760

Je vous remercie de vos bontés, mon cher monsieur, et j'en abuse ; c'est le train ordinaire . Les Délices vous font mille compliments ; nous ne savons rien, c'est à vous à nous faire savoir quelque chose . Un des officiers du régiment de Piémont, qu'on a je crois condamné, m'a écrit, mais comme j'ignore s'il a été roué ou non, je ne peux lui faire réponse sans être instruit . Dites-moi seulement s'il y en a eu de condamnés à cette petite correction . Je voudrais bien avoir des lettres des officiers de marine à M. de Berryer 1. J'ai bien celle du ministre, mais il faudrait tâcher d'avoir toute la correspondance . Nous sommes curieux, mais nous vous sommes encore plus attachés .

V. D. et B.2 »

1 Sur Berryer nommé ministre de la marine , voir lettre du 8 octobre 1759 à JR Tronchin : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/10/27/j-aime-bien-mieux-que-le-conseil-mette-le-peu-d-argent-qu-il-5476992.html

2 Initiales pour Voltaire, Denis et Bazincourt .

Pour cette dernière, voir lettre du 5 janvier 1760 à Chennevières : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2015/01/11/il-me-semble-que-le-temps-present-n-est-pas-celui-d-ecrire-m-5531528.html

 

17/02/2015

Pourquoi s'opposer à un commerce libre qui enrichirait le pays et le roi ?

... Et ouiiiii ! pourquoi ? pourquoi s'opposer à la loi Macron à propos du travail dominical librement consenti ?

 L'Union des Minables Protestataires voudrait poser une motion de censure , qu'ils le fassent, et alors le ridicule de leurs propos n'en sera que plus éclatant .

De leur côté, les "frondeurs" du PS ont encore beaucoup à apprendre sur la vie de ceux qui galèrent faute de travail .

 

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« A Louis-Gaspard Fabry

Aux Délices 17 février au soir [1760]

Après une longue conversation, monsieur, avec Labat 1, nous concluons qu'il faut poursuivre avec chaleur l'affaire de la libération de la province . Il nous a paru que de six mille minots il pourrait nous en rester quelques-uns en perte ; que pour réparer cette perte, il serait bon de joindre au dernier projet un des articles du premier, qui consisterait en un impôt léger sur chaque bête à cornes . Je n'imagine pas le plus léger obstacle à cette entreprise . Cependant il ne faut compter les affaires faites 2 que quand elles sont faites .

Je ne doute pas que vous ne pressiez la conclusion de celle-ci . Monsieur l'intendant peut avoir quelques conférences avec les fermiers généraux, et accélérer la conclusion . Je ne crois pas que l’article du blé fasse la moindre difficulté . Pourquoi s'opposer à un commerce libre qui enrichirait le pays et le roi ? Au reste nous avons reçu des lettres satisfaisantes de monsieur le contrôleur général, de monsieur l'intendant et des fermiers généraux sur le premier mémoire envoyé le 24 janvier au soir ; ce mémoire n'était qu'un préliminaire . Nous n'étions pas encore informé de l'excès de l'insolence et des délits des commis du bureau de Saconnex . Nous avons envoyé toutes les preuves à mesure que nous les avons eues et nous nous flattons que les déclarations du receveur et du contrôleur de Saconnex achèveront de constater le délit, et de nous procurer la justice que nous attendons . Puisse la consommation du traité avec les fermes générales mettre fin à ces vexations et à ces avanies intolérables .

J'ai l'honneur d'être pour toute ma vie

monsieur

votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire. »

2 Faites est ajouté au-dessus de la ligne .