Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

10/04/2018

nous avons le ridicule de demander la santé à un malade. Il n’y a que le ridicule de prier les saints qui soit plus fort

... No comment .

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

et à

Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'ArgentaI

13 avril [1763] aux Délices 1

Mes divins anges, je vois avec peine, en écrivant, ce que j’écris ; mon clerc est bien malade 2, et moi aussi ; maman Denis a un engorgement au foie. Nous sommes tout auprès d’Esculape-Tronchin, mais Esculape à la goutte, et nous avons le ridicule de demander la santé à un malade. Il n’y a que le ridicule de prier les saints qui soit plus fort. Mes anges nous ne sommes nullement de votre avis sur la figure d’Antigone au mariage d’Olympie. Nous savons ce que c’est que d’assister à des mariages. Vous ne nous aviez jamais fait cette objection ; pourquoi la faites-vous aujourd’hui ? quel ennemi vous a parlé contre nous ? comment pouvez-vous me dire qu’Antigone a les raisons les plus fortes pour s’opposer à ce mariage ? Il n’en a certainement aucune ; il n’a pas le moindre droit, il n’a pas la possibilité, il est hors du temple dans le parvis . Il faudrait qu’il fût fou pour troubler les cérémonies sacrées. Comment peut-il empêcher que Cassandre donne la main à son esclave ? Il n’est sûr de rien ; il n’a encore pris aucune mesure ; il n’a que des doutes, il n’est venu que pour les éclaircir. Dira-t-il : Je m’oppose à ce mariage, parce que je crois Olympie fille d’Alexandre 3? Tout le monde, le grand-prêtre, Cassandre, Olympie, répondrait , Tant mieux, c’est un mariage fort sortable ; vous n’êtes point en droit de vous y opposer ; vous ne connaissez pas seulement Olympie . Le droit civil et le droit canon sont contre vous . De quoi vous avisez-vous de faire du bruit à la messe ?

Antigone n’est donc pas si sot que de faire un tapage inutile . Il s’y prend plus prudemment ; il soulève les peuples, et fait venir des troupes . Il agit en prince, en ambitieux, en méchant homme.

Sentez-vous bien, mes anges, à quel point il serait ridicule de faire le mariage devant un confident qui ensuite en rendrait compte à Antigone ? Je suis si convaincu de tout ce que je vous dis, que le parterre même ne me ferait pas changer de sentiment. Cette pièce d’ailleurs n’est point du tout dans le système ordinaire du théâtre. Elle nous a fait un très grand effet, à nous autres habitants des Alpes, qui ne connaissons point la tyrannie de l’usage ; le spectacle en est fort beau. Si vous aviez vu Statira entourée de ses prêtresses, et la scène où Olympie (en embrassant sa mère) lui avoue en larmes qu’elle aime le meurtrier de son père et de sa mère ; si vous aviez vu notre bûcher, vous auriez eu du plaisir comme nous. L’hiérophante est un digne prêtre . Catholiques, huguenots, luthériens, déistes, tout le monde l’aime. Je ne réponds point de Paris . Je crois bien que la cabale de Fréron criera, et c’est pourquoi j’ai toujours été dans le dessein de hasarder cette tragédie plutôt à l’impression qu’au théâtre. Mes chers anges, vous la ferez jouer si vous voulez ; je n’ai sur cela aucune volonté que la vôtre. Vous vous doutez bien qu’il m’importe assez peu quelle pièce on représente dans une ville que j’ai quittée pour jamais, quand la moitié de la ville s’efforçait de louer Catilina, et que tous les Mercure et toutes les brochures m’accablaient de mépris en croyant faire leur cour à madame de Pompadour. Après avoir vécu malheureusement pour le public, j’ai pris le parti de vivre pour moi. J’avoue que l’an passé je fus un peu trop séduit d’Olympie, mais je me suis tempéré.

Jean-Jacques ne se tempère pas comme moi. Jean a écrit à Christophe. Il y a un mois que sa lettre est imprimée 4, mais il n’y en a eu que trois exemplaires dans Genève. L’abbé Quesnel5 l’a eue à Versailles. Malheureusement l’auteur fait des cartons 6, et c’est ce qui retarde la publicité de ce modeste ouvrage. L’auteur y disait qu’on aurait dû lui élever des statues 7. On lui a fait voir qu’en effet on pourrait bien lui en dresser une dans la place de Grève, qu’à la vérité elle ne serait pas ressemblante, mais qu’il y aurait un écriteau dans le goût de celui d’I.N.R.I. . Enfin il cartonne , et moi je cartonne aussi l’Histoire générale, de peur de l’I.N.R.I.

Vous ne me parlez point, mes anges, de l’incendie de l’Opéra  8. C’est une justice de Dieu : on dit que ce spectacle était si mauvais, qu’il fallait tôt ou tard que la vengeance divine éclatât.

Je suis en peine de mon contemporain le président Hénault . Il aura pris sa pleurésie à Versailles. Cet accident devrait le corriger. J’ai connu une femme qu’une grande maladie guérit de sa surdité. Le président est sourd, et moi aussi ; mais j’ai par-dessus lui une propension extrême vers l’aveuglement. J’ai perdu ma jolie petite écriture, les yeux me cuisent. Je finis en baisant le bout de vos ailes avec les respects les plus tendres.

V. »

1 Manuscrit olographe dont V* a numéroté les pages de 1 à 9 .

2 Entre les lettres du 3 avril 1763 et celle du 25 avril 1763, on n'en a aucune de la main de Wagnière .

3 Lapsus pour Cassandre .

4 Les premiers exemplaires semblent être parvenus à Genève au milieu de mars, mais l'ouvrage ne semble pas avoir été mis en vente avant le 21 avril 1763 ; voir Louis-J. Courtois : Chronologie critique de la vie et des œuvres de Jean-Jacques Rousseau : http://ccfr.bnf.fr/portailccfr/jsp/index_view_direct_anonymous.jsp?record=bmr%3AUNIMARC%3A10790848

5 Il doit s'agir du Quesnel qui a été précepteur du duc de Penthièvre : https://www.idref.fr/069148732

6 Il n'y a pas de cartons dans le livre de Rousseau comme le reconnaitra V* dans une lettre du 25 avril 1763 à d'ArgentaI : « Il n'a point fait de cartons, comme on le croyait, il persiste toujours à dire qu'il fallait lui élever des statues ... »

7 Rousseau écrit à la fin de sa Lettre à M. de Beaumont : «  oui, je ne crains point de le dire, s'il existait en Europe un seul gouvernement vraiment éclairé dont les vues fussent utiles et saines, il eût rendu des honneurs publics à l'auteur de l'Emile, il lui eût élevé des statues. » La « statue » dont parle V* ensuite est l'effigie qu'on brûlait en place de Genève dans les cas d'exécution par contumace .

8 Il y eut un incendie à l'Opéra le 6 avril 1763 : http://classes.bnf.fr/essentiels/grand/ess_1161.htm

09/04/2018

ils [l']ont détérioré, [qu']ils ont coupé les arbres, [qu']on peut à présent avoir recours contre eux

... Et il est temps !

 Image associée

Oui, halte aux conn... Ecologistes de mes deux ! vous êtes d'une logique remarquable : brûler des pneus, ravager une route , ça sent bon le crétinisme de voyous inexcusables .

 

« A Joseph-Marie Balleidier

Procureur

à Gex

12 avril [1763], aux Délices 1

Je reçois la lettre de monsieur Balleidier touchant l'affaire Crassy . Je lui écrivis hier sur cet objet, et il n'a peut-être pas encore reçu ma lettre .

J'avancerai tout ce qui sera nécessaire, et monsieur Balleidier peut en assurer Mme Crassy, mais il faut que je sois assuré du remboursement . Je ne peux être assuré de ce remboursement qu'en cas que la famille poursuive à Dijon la confirmation de la sentence de Gex . Il faut donc que la mère me donne une procuration pour poursuivre en son nom ou en celui de ses enfants . M. Arnoud, mon avocat à Dijon, qui est le plus accrédité de la province se chargera de tout et l'affaire sera bientôt finie ; si on a une meilleure voie et des moyens plus sûrs on peut me les indiquer . Il est de l'intérêt de la famille de ne pas négliger une affaire qui la remet en possession de son patrimoine et il est de sa probité de ne pas me frustrer d'un argent que j'ai prêté avec quelque générosité . L'affaire presse, attendu que les jésuites gèrent leur patrimoine, qu'ils l'ont détérioré, qu'ils ont coupé les arbres, qu'on peut à présent avoir recours contre eux, et qu'il ne sera plus temps quand le domaine des jésuites sera remis aux économats, comme il le sera sûrement 2.

Il est d'ailleurs probable que MM. de Crassy rentreront dans leur domaine sans rien payer à M. de Chapeaurouge attendu que la longue jouissance de l'usure nommé antichrèse, absorbe beaucoup au delà du principal prêté aux auteurs de MM. de Crassy .

Ils voient sans doute combien la poursuite de cette affaire est avantageuse . Je leur ai procuré les moyens de recouvrer leur domaine . Je continuerai . Je ne demande que les suretés convenables .

Je prie monsieur Balleidier d'en conférer avec M. Rouph et avec la famille .

Voltaire . »

1 L'édition Vézinet imprime le deuxième paragraphe de la lettre en deux morceaux séparés . Date endossée par Balleidier .

2 Des ordonnances du 3 et du 5 février 1763 ont défini les attributions du « bureau des économats » pour l’administration et la vente des biens appartenant à l'ordre des Jésuites.

quand je pourrai entrer en jouissance, et s'il y a des oppositions

... Force doit rester à la loi, et les occupants illégaux de la Zad de Notre Dame des Landes doivent déguerpir, ce n'est pas parce qu'ils sont nombreux, pollueurs et vindicatifs qu'ils doivent être tolérés ou soutenus . Je ne vois pas pourquoi on agirait en douceur avec ces squatters quand dans le même temps on envoie votre voiture à la fourrière pour un simple stationnement gênant . Allez, du balai !

 

 

« A Joseph-Marie Balleidier

Procureur

à Gex

[11 avril 1763] 1

Je prie monsieur Balleidier de me mander où en est la subhastation du domaine Burdet à Magny, quand je pourrai entrer en jouissance, et s'il y a des oppositions .

Je ne conçois pas comment je n'ai point une procuration légale de M. de Crassy, pour achever l'affaire qui doit faire rentrer cette famille dans son bien . J'ai prêté 1800 livres . Il est de l'intérêt de cette famille de recouvrer son domaine, et du mien de me faire payer .

Le sieur Roux ou Rouph 2, avocat, beau-frère de MM. de Crassy, me fit donner une procuration d'un des frères disant qu'elle suffisait ; mais elle ne suffit pas . Monsieur Balleidier est prié de m'éclaircir ces difficultés .

À l'égard d'Ornex on verra quelles mesures on pourra prendre .

J'ai à cœur l'affaire Crassy , j'ai écrit à celui qui m'a emprunté 1800 livres que si on ne me donnait pas satisfaction sur la procuration générale j'étais en droit de répéter 3 mon argent .

Voltaire . »

1 L'édition Vézinet donne une version incomplète et mal datée . Balleidier a noté sur le manuscrit : « De M. de Voltaire / sans date / Reçue le 14è avril 1763 » . Il doit s'agir de la lettre mentionnée au début de celle du 12 avril 1763 .

2 Gilberte Deprez de Crassier a épousé Etienne Rouph de Varicourt, dont le frère , Pierre-Louis Rouph est un homme de loi . Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Famille_Rouph_de_Varicourt

08/04/2018

S'il a quelques nouvelles de Paris, il me fera grand plaisir de m'en instruire

...

 

« A Gabriel Cramer

[vers le 10 avril 1763]

J'envoie à monsieur Cramer les remarques sur le tragédie d'Othon qui suit Sophonisbe à ce que je crois .

Je le prie de vouloir bien me faire avoir quelques exemplaires du czar reliés en maroquin et en veau avec l'estampe ; il est bien triste que l'impératrice de Russie ait les premiers exemplaires par d'autres mains que les miennes .

S'il a quelques nouvelles de Paris, il me fera grand plaisir de m'en instruire .

Je le supplie d'employer tout son crédit pour me faire avoir deux exemplaires [de] la lettre de Jean-Jacques à Christophe . »

07/04/2018

je peins le genre humain assez en laid pour le rendre ressemblant. ... vous savez que la vérité est mon premier devoir ; et la dire sans déplaire aux gens de mauvaise humeur, c’est la pierre philosophale

... Tout à fait d'actualité en cette période de grogne syndicale face à un gouvernement qui veut mettre un peu plus d'égalité entre les travailleurs de service public et travailleurs du privé . Qui détient la pierre philosophale qui convertira les exigences des uns en or de l'accord ?

 Image associée

Tout comme la vérité !

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

et à

Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental

Aux Délices , 9 avril 1763

Mes anges, déployez vos ailes et couvrez-moi. Les frères Cramer se sont avisés de mettre mon nom en gros caractères à la tête de cet Essai sur l’Histoire générale 1, où je peins le genre humain assez en laid pour le rendre ressemblant. Ils m’avaient toujours promis de supprimer mon nom. Messieurs peuvent très bien brûler mon livre comme un mandement d’évêque ; mais j’ai toujours dit aux Cramer que je voulais être brûlé anonyme. Ils me l’avaient promis. Ils me manquent de parole, et leur édition est déjà en chemin . Ils manquent à la foi des traités, et ils me doivent assez pour être fidèles. Je suis outré. J’ai recours à vous. Je ne veux point être brûlé en mon propre et privé nom. Vous avez un Cramer 2 à Paris, vous me direz qu’il n’est point libraire, qu’il est prince de Genève . Mais un prince doit avoir de la clémence. Le fait est que s’ils n’ôtent pas mon nom, et s’ils n’insèrent pas dans l’ouvrage les cartons nécessaires, je demanderai net la saisie des exemplaires fataux ou fatals 3.

Les dernières pièces du père Pierre, et les dernières sottises de ma chère nation, ne laissent pas de me gêner ; car, en qualité de critique et d’historien, vous savez que la vérité est mon premier devoir ; et la dire sans déplaire aux gens de mauvaise humeur, c’est la pierre philosophale 4.

Ce qui m’est encore fort amer, c’est que lesdits Cramer ont recueilli tous les traits nouveaux que j’ai ajoutés à la nouvelle édition de l’Histoire générale , et de tous ces petits morceaux ils ont fait un recueil 5 qui se trouve être la satire du genre humain. Ils prétendent donner ce recueil comme un supplément pour ceux qui ont la première édition. Qu’arrivera-t-il ? Les traits qui ne frappaient pas quand ils étaient épars dans huit volumes paraîtront un peu trop piquants quand ils seront rassemblés dans un seul tome . Ce sera là le corps du délit. J’ai souvent représenté que la chose était dangereuse ; mais ces messieurs, en pesant mon danger et leur intérêt, ont vu que leur  intérêt avait beaucoup plus de poids. Ils ont dit que s’ils n’avaient pas fait ce recueil, d’autres l’auraient fait ; et leur maudit recueil est en chemin avec l’édition entière de l’Histoire. Voilà donc dangers sur dangers ; et s’ils mettent mon nom au petit recueil, et s’ils n’y mettent pas les cartons, je me tiens pour brûlé, et, Dieu merci, c’est la seule récompense de cinquante ans de travaux. Messieurs devraient cependant me ménager un peu ; car, en vérité, pourront-il empêcher que leur refus de rendre justice au peuple ne soit consigné dans toutes les gazettes ? pourront-ils empêcher que ce refus ne soit aussi ridicule qu’injuste ? plairont-ils beaucoup au gouvernement en proscrivant des ouvrages où la conduite du roi se trouve, par le seul exposé et sans aucune louange, le modèle de la modération et de la sagesse, et où leurs irrégularités paraissent, sans aucun trait de satire, le comble de la mauvaise humeur, pour ne rien dire de plus ?

Le parlement 6 est puissant, mais la vérité est plus forte que lui. Rien ne résiste à une histoire simple et vraie ; et ce qu’il y a certainement de mieux à faire, c’est de ne rien dire. Vous sentez bien que je parle toujours au ministre d’un petit-fils 7 de Louis XIV, à l’ami de MM. les ducs de Praslin et de Choiseul, et non pas au conseiller d’honneur.

Le but et le résumé de cette longue lettre est qu’il m’importe très peu qu’Omer dénonce mon livre, mais que je ne veux pas qu’il dénonce mon nom, et que je vous supplie, mes divins anges, d’engager le prince Cramer à ordonner à quelqu’un des officiers de sa garde d’ôter ce nom, qui n’est pas en odeur de sainteté. Cette précaution et quelques cartons sont tout ce que je veux.

Si j’étais seulement commis de la chambre syndicale, j’arrêterais le débit d’Olympie jusqu’à ce qu’elle ait été tolérée ou sifflée au théâtre ; mais je ne suis pas fait pour avoir des dignités en France ; je ne veux qu’un titre, et le voici .

Je ne sais quel Anglais fit mettre sur son tombeau : ci-gît l’ami de Philippe Sidney 8 . Je veux qu’on grave sur le mien : ci-gît l’ami de monsieur et de madame d’Argental . »

1 On ne connait guère d'exemplaires de cet ouvrage portant le nom de Voltaire .

2 Philibert Cramer .

3 Rappel de Boursault : Le Mercure galant, IV, 6 :

La Rissole / Nos coups aux ennemis furent des coups fataux, /Nous gagnâmes sur eux quatre combats navaux .

Merlin / Il faut dire fatals et navals . C'est la règle .

4 Terminant la première page par ces cinq mots, V* les répète au début de la troisième .

5 Ces Additions parurent sans nom d'auteur, mais furent publiées sur les directives de V* et sous son contrôle . Ce genre d'affirmations fausses va se multiplier les années suivantes .

6 V* a souligné seulement parle..., intentionnellement semble-t-il .

7 L'infant duc de Parme .

06/04/2018

Nous vous donnerons un rôle de financier, puisque vous en avez le ventre et nous vous en souhaitons le coffre fort

... Et puisque c'est une chose trop sérieuse pour être entre les mains d'un seul, c'est un trio qui officie , ce  sont Bruno Le Maire, Gérald Darmanin et Benjamin Griveaux qui se prennent un ventre de sénateur en dansant devant le coffre . La valse des milliards n'a pas fini de nous faire tourner en bourrique , ce n'est pas le seul souci, et le pire n'est jamais sûr .

 Image associée

 

 

« Au baron Jacob Friedrich von Bielfeld

Au château de Ferney en Bourgogne

par Genève ce 8è d'avril 1763

Vous croyez, monsieur , que je n'ai point d'amour-propre ou vous voulez que la tête me tourne de l'honneur que vous me faites . Vous voulez bien me dédier un livre agréable et instructif 1. Je n'ai rien de pareil à vous offrir ; vous me prenez trop à votre avantage . Vous voilà donc rendu à Berlin ? Je vois que vous aimez les triomphes, c'est apparemment ce qui fait que vous ne venez pas chez nous . Mais venez, si vous aimez la comédie . Ce vieux bonhomme de Mauricius 2, que vous avez vu à Hambourg, me mandait qu'il jouait Lusignan mieux que moi, parce qu'il était paralytique . Je ne le suis pas encore mais je deviens aveugle . Nous vous donnerons un rôle de financier, puisque vous en avez le ventre et nous vous en souhaitons le coffre fort . Mme Denis est une grande actrice , Mlle Corneille devenue Mme Dupuits est toujours chez moi et joue les soubrettes très joliment, son mari en qualité d'officier de dragon doit faire les petits-maîtres, moi les vieillards comme de raison, attendu que j'ai soixante-dix ans ; voilà notre troupe complète . Le théâtre est assez joli, mais je ne pense pas que vous quitterez la Sprée pour mon lac, et le séjour de la gloire pour celui de nos chétifs amusements . Si vous venez, vous nous comblerez de joie, sinon ce sera de regrets : et pour le temps qui me reste à badiner sur la terre, je serai très sérieusement avec bien de la reconnaissance, monsieur,

Voltaire

gentilhomme de la chambre du roi . »

05/04/2018

on est impudent avec bienséance quand il s'agit de rendre service

...

 

« Au ministre Jacob Vernes

à Séligny

Suisse

[6 avril 1763] 1

J'ai donné monsieur à tout hasard, une lettre pour M. le baron de Breteuil 2, parce qu'il faut que je fasse tout ce que vous m'ordonnez . Il y a environ trente ans que je ne l'ai vu, mais cela n'y fait rien, on est impudent avec bienséance quand il s'agit de rendre service et de vous obéir .

La lettre à Christophe me donne la pépie, je ne dormirai point que je n'aie vu la lettre à Christophe, avez-vous lu la lettre à Christophe ? pouvez-vous me faire avoir la lettre à Christophe ? où trouve-t-ton la lettre à Christophe ? Bonsoir mon cher philosophe, mes respects à Arius 3. »

1 Mention de Vernes : « De M. de Voltaire, le 6è d'avril 1763 »

2 On connait la réponse de Breteuil écrite à son retour de Russie le 1er août 1763 . il en résulte que V* lui avait parlé de François-Pierre Pictet, car Breteuil répond : « J'ai beaucoup vécu avec votre géant de Russie . » Voir : http://utpictura18.univ-montp3.fr/GenerateurNotice.php?numnotice=A4615

3 Arius, père de l'hérésie arienne, niait la divinité et la consubstantialité du verbe ; ici, par ce mot de code, V* désigne apparemment Firmin d'Abauzit (1679-1767) qui a été bibliothécaire de la ville de Genève .Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Firmin_Abauzit

et : http://data.bnf.fr/12171111/firmin_abauzit/