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03/11/2019

Il y a tel hypocrite qui a l'insolence de faire sur son palier le petit persécuteur, et que je pourrais bien faire sauter par les fenêtres quand je le rencontrerai sur le mien

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« A Paul-Claude Moultou

15è septembre 1764 1

C'était à vous, mon cher philosophe, à faire la philosophie de l'histoire . J'étais déjà bien convaincu que de misérables habitants d'un petit pays resserré de tous côtés par des nations puissantes avaient puisé chez ces nations toutes les fables absurdes, que son infâme superstition a consacrées . Tout est phénicien, ou égyptien chez ces misérables Hébreux . Le nom de Jéhovah même était phénicien .

Il me paraît démontré d'ailleurs que les Juifs écrivirent très tard, et eurent tard des lois, puisque ces voleurs vagabonds ne s’établirent en Canaan que lorsque les Caldéens, les Égyptiens, les Syriens, les Phéniciens faisaient déjà une très grande figure dans le monde . C'est un grand malheur que les livres de leurs maîtres soient perdus, et que les fables des esclaves soient restées .

Je ne savais pas un mot, mon cher philosophe, des passages singuliers dont vous voulez bien me faire part .

C'est la honte de la nature humaine que des gens qui se sont toujours plaints de l'intolérance, deviennent eux-mêmes les plus intolérants des hommes . Il y a tel hypocrite qui a l'insolence de faire sur son palier le petit persécuteur, et que je pourrais bien faire sauter par les fenêtres quand je le rencontrerai sur le mien . Je prévois qu'il est impossible qu'un homme de votre mérite et de votre probité, reste dans ce malheureux tripot, et je crois qu'il viendra un temps où vous irez vous établir dans la France, votre patrie . Rien ne vous sera plus aisé que d'être de l'Académie des belles-lettres, vous serez aimé et considéré à Paris, et cent fois plus libre que vous ne l'êtes dans un pays qui se dit libre .

Je ne vous ai point envoyé , je crois, le Persan Hyde 2, je pense que c'est Cramer qui l'a remis à la bibliothèque . J'ai encore le Van-Dale 3, je le renverrai par la première occasion. Quand vous n'aurez plus besoin du premier tome de Bolingbroke, je vous supplierai de me le renvoyer . C'est bien dommage qu'il soit trop bavard, un abrégé de son livre eût fait un effet prodigieux .

Je vous embrasse en Platon, en Cicéron, en Pythagore,en Confucius etc., etc. »

1 L'édition Taillandier donne une version très abrégée .

3 Il est difficile de savoir de quel ouvrage de Van Dale il s'agit ; il y a quelque probabilité qu'il s'agisse d'une des dissertations suivantes : De oraculis veterum ethnicorum dissertationes duae ; Dissertationes de origine ac progressu idolatriae et supertitionum : de vera ac falsa prophetia, imprimées à Amsterdam respectivement en 1700 et en 1696 .

Voir : https://en.wikipedia.org/wiki/Anton_van_Dale

et : https://books.google.fr/books?id=vsIpAAAAYAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false

et : https://www.e-rara.ch/zut/content/pageview/10719586

et page 273 : https://books.google.fr/books?id=FwYVAAAAQAAJ&pg=PA273&dq=van+dale+1700&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiRz9Ct7c3lAhUG3xoKHck_BjUQ6AEIKzAA#v=onepage&q=van%20dale%201700&f=false

02/11/2019

Il est bien étrange qu’un si malhonnête homme, un fripon avéré, surprenne des protections si respectables

... Si jamais j'estimais que Nicolas Sarkozy est respectable, la précédente déclaration conviendrait tout à fait à Balkany, à ceci près que la protection de l'ex-président n'est pas fortuite . Un malhonnête protégeant son alter ego, quoi d'étonnant dans ce monde de nantis .

 

 

« A Cosimo Alessandro Collini

15è septembre 1764

Mon cher ami voilà la lettre pour votre sérénissime, et amabilissime maître . Ce n'est point du tout une lettre ostensible . Si Son Altesse Électorale veut en effet me faire l'honneur dont vous me parlez, elle agira sans consulter personne . Je vous prie de me mander ce que fait maître Aliboron dit Fréron . Il est bien étrange qu’un si malhonnête homme, un fripon avéré, surprenne des protections si respectables .

Vale . »

01/11/2019

la plus grande partie de cet argent appartenant à ma famille il n'est pas juste que je le laisse inutile

... Ah que j'aimerais en dire autant ! Faire des placements rentables, qui n'en rêve pas ?

 

 

« A François-Louis Jeanmaire 1

A Ferney 14 septembre 1764

Les cent vingt milles livres sont toutes prêtes monsieur .

14 000 livres

des lettres de change Turkeim payables à présent

14 000 livres

que vous demanderez à la fin de septembre

32000

argent comptant

30000

en lettres de change à courts jours

30000

idem

120 000 livres .

 

Je vous prie de m'instruire de votre résolution, car la plus grande partie de cet argent appartenant à ma famille il n'est pas juste que je le laisse inutile .

Je suis très sensible monsieur à la bonté que vous avez eue de me promettre que dorénavant vous seriez mon seul correspondant, et que vous m'enverriez des lettres de change soit sur Lyon soit sur Genève à chaque semestre . J’ai l'honneur d'être avec bien de l'attachement monsieur

votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire . »

Si j’étais l’auteur de tout ce qu’on met sur mon compte, j’aurais à me reprocher plus de volumes que tous les Pères de l’Église ensemble

... Si j'étais comme Voltaire ! Mais je n'ai à me reprocher que quelques notes plus ou moins pertinentes dans ce blog, que j'ose espérer moins oiseuses que celles des Pères de l'Eglise restés sans progéniture ( premiers pratiquants du mariage homosexuel, puisque mariés à Jésus-Christ ).

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

et à

Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental

14 Septembre 1764 1

Divins anges, vous devez avoir reçu des fatras tragiques ; permettez que je vous parle d’un fatras de prose . C’est un Dictionnaire philosophique portatif, qu’on m’attribue, et que jamais je n’aurai fait 2. Cela est rempli de vérités hardies que je serais bien fâché d’avoir écrites. M. Marin peut aisément empêcher que ce diabolique ouvrage n’entre chez les Welches. Si vous daignez lui dire ou lui faire dire un mot, je vous serai très obligé. Il faut surtout qu’il soit persuadé que cette œuvre infernale n’est point de moi. Si j’étais l’auteur de tout ce qu’on met sur mon compte, j’aurais à me reprocher plus de volumes que tous les Pères de l’Église ensemble. Le petit ex-jésuite est toujours au bout de vos ailes. Il attend les cinq – plus les trois – plus la première page du cinq. Cet opiniâtre candidat dit qu’il n’en démordra pas, dût-il travailler deux ans de suite . C’est bien dommage que cela soit si jeune. On a de la peine à le former ; mais sa docilité et sa patience lui tiendront lieu de talent. Vous ne sauriez croire, mes anges, combien il vous aime.

N'avez-vous pas une très belle maison sur ce quai d'Orsay ? et ce quai d'Orsay ne va-t-il pas à la Genouillère ?3 »

1 Date complétée par d'Argental . Le dernier paragraphe, rayé sur la copie Beaumarchais, manque dans les éditions .

2 V*, en bon élève des jésuite manie l'art de l'équivoque : que je n'aurai(s) fait pouvant être compris comme « que je n'aurais jamais terminé » ; il y eut en effet plusieurs suites, et rie n'empêchait d'en ajouter d'autres .

il n'a pas mal fait de refuser les honneurs qui l'attendaient dans le Nord

... Remplacez "il" par elle et vous connaitrez Greta Thunberg qui ne baisse pas les bras et ne se laisse pas acheter ; elle sent bien que le don promis n'est qu'un polluant de plus et doit être rejeté . 

Courage Greta : https://www.franceinter.fr/environnement/greta-thunberg-r...

Greta Thunberg lors d'un événement Fridays for Future, le 11 octobre 2019 dans le Colorado (États-Unis)

 

 

 

« A Etienne-Noël Damilaville

[vers le 12 septembre 1764] 1

[…] Il me semble qu'il 2 n'a pas mal fait de refuser les honneurs qui l'attendaient dans le Nord . Il aurait eu beau se vêtir de peau de martre, il y aurait laissé la sienne , car sa santé n'est pas digne de ce beau climat ; et tout bon géomètre qu'il est il aurait eu peine à résoudre le problème qui vient de se passer aux bords de la mer Baltique . On conte cet événement avec des circonstances si atroces qu'on croirait que ce sont des dévots qui ont conduit toute l'aventure . Après tout, cette barbarie n'est pas encore bien tirée au clair .

Mais les horreurs de ce monde ne doivent pas nous dégoûter de la philosophie . Au contraire, nos philosophes devraient tous sentir qu'ils passent leur vie entre des renards et des tigres et par conséquent s'unir ensemble et se tenir serrés . »

1 L'édition Correspondance littéraire insère ce passage à la fin d ela lettre du 7 septembre 1764 .

2 Protagoras, c'est -à-dire d'Alembert .

31/10/2019

si vous y avez assez de liberté ( j'entends la liberté de penser, de parler et d'écrire ) on peut vivre à Pise comme ailleurs dans le sein de sa famille

... Cette liberté semble diablement menacée quand on entend le chef d'Etat  :"C'est un gouvernement né sur la peur de lâcher son fauteuil, sans dignité, sans idéal", a dénoncé Matteo Salvini, décidément très doué pour la démolition ; voir : https://www.france24.com/fr/20190905-crise-politique-ital...

Le bon sens, comme sa tour de Pise, semble bien se casser la figure en Italie .

 

 

« A Lorenzo Guazzesi 1

à Pise

12è septembre 1764, à Ferney 2

Je paie bien tard, monsieur, une dette qui m'est chère ; mais vous savez que je ne peux écrire de ma main, et j'ai été très longtemps sans mon secrétaire . Je ne sais si vous êtes encore à Pise, vous me paraissiez, par votre dernière lettre, fort dégouté de ce séjour , mais si vous y avez assez de liberté ( j'entends la liberté de penser, de parler et d'écrire ) on peut vivre à Pise comme ailleurs dans le sein de sa famille . Tout ce que je soupçonne, c'est que l'Italie était plus agréable pour les gens de lettres, du temps de Cicéron et de Virgile qu'elle ne l'est du temps des dominicains et des autres moines . Il est bien étrange que le plus spirituel de tous les peuples soit précisément celui qui est le plus esclave . Je conçois que les philosophes ont beaucoup à souffrir dans un pays où l'on a mis Galilée en pénitence pour avoir reconnu que la terre tourne autour du soleil . La raison, monsieur, pour laquelle vous êtes peut-être mécontent de Pise, est la raison pour laquelle je n'ai jamais voulu aller en Italie, mais je ferais le voyage si le sacré collège était philosophe .

Je vous prie, monsieur, d'être persuadé de l'estime et de l'attachement de celui qui a l'honneur de vous écrire . »

2 Mention sur le le manuscrit original « f[ran]co Milano ».

30/10/2019

Sans les femmes, point de salut en aucun genre . J’en parle en homme très désintéressé

...Résultat de recherche d'images pour "Sans les femmes, point de salut"

Voltaire est affirmatif, là où le père dominicain Henri-Marie Manteau-Bonamy est interrogatif . Lequel des deux, selon vous, aime et connait le mieux les femmes ?

 

 

« Au marquis Francesco Albergati Capacelli

12è septembre 1764 1

Je ne vois pas trop, monsieur, quel rapport ce pauvre Algarotti avait avec Ovide, sinon qu’ils avaient tous deux un grand nez. M. Guazezzi qui a, je crois, tous ses papiers, peut donner un beau démenti à la dame dont vous me parlez. Il faut, en effet, que cette dame soit un peu méchante, j’ajouterais même, si j’osais, un peu folle. A propos de dame, je suis bien étonné que vous n’en ayez pas pour jouer la comédie, comment peut-on s’en passer et qui peut les remplacer ? Nous en avons nous autres et d’excellentes en comique et en tragique. Sans les femmes, point de salut 2 en aucun genre . J’en parle en homme très désintéressé ; car à soixante et onze ans, on n’est pas soupçonné d’être subjugué par elles ; je ne connais que l’amitié, et vous m’en faites éprouver le charme. »

1 L'édition Supplément au recueil, II, 4, supprime le nom de Guazzesi . La lettre à laquelle répond V* n'est pas connue .

2 L'édition Beuchot met plaisir au lieu de salut , ce qui me semble plus logique compte tenu de la phrase suivante .