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14/03/2025

Je vous prie monsieur de payer

... Telle est la demande ukrainienne à M. Lecornu :

https://www.lemonde.fr/international/article/2025/03/09/guerre-en-ukraine-la-france-mobilise-195-millions-d-euros-pour-kiev-grace-aux-avoirs-russes-geles-annonce-sebastien-lecornu_6577384_3210.html

 

 

« A Guillaume-Claude de Laleu Secrétaire

du roi, Notaire à Paris

Je vous prie monsieur de payer à l'ordre de M. Bontemps deux mille quatre cents livres valeur entendue .

Fait à Ferney , 2 septembre 1769. 1»

1 Ce document est endossé deux fois : « Payez à l’ordre de MM. Clavière père et fils à Lyon valeur desdits sieurs . Genève le 6 septembre 1769. F. L. Bontemps et comp[agnie] » ; « Payez à l’ordre de MM. Dufour Maltet et Le Royer valeur en compte à Genève le 6è 7bre 1769 . Clavière père et fils à Lyon. »

On ne peut guère forcer les hommes à l’admiration sans exciter l’envie

... L'envie , sentiment trop souvent bas, péché capital, mène le monde plus que l'admiration. Dommage, on se contente de niveler par le bas .

 

 

« A Catherine II, impératrice de Russie

À Ferney, 2 septembre 1769 1

Madame,

La lettre dont Votre Majesté impériale m’honore, du 14 juillet 2, a transporté le vieux chevalier de la guerrière et de la législatrice Thomyris, devant qui l’ancienne Thomyris serai assurément peu de chose. Il est bien beau de faire fleurir une colonie aussi nombreuse que celle de Saratof, malgré les Turcs, les Tartares, la Gazette de Cologne, et le Courrier d’Avignon.

Vos deux bijoux d’Asof et de Taganrock, qui étaient tombés de la couronne de Pierre le Grand, seront un des plus beaux ornements de la vôtre, et j’imagine que Moustapha ne dérangera jamais votre coiffure.

Tout vieux que je suis, je m’intéresse à ces belles Circassiennes qui ont prêté à Votre Majesté serment de fidélité, et qui prêteront sans doute le même serment à leurs amants. Dieu merci, Moustapha ne tâtera pas de celles-là. Les deux parties qui composent le genre humain doivent être vos très obligées.

Il est très vrai que Votre Majesté a deux grands ennemis, le pape et le padicha des Turcs. Constantin ne s’imaginait pas qu’un jour la ville de Rome appartiendrait à un prêtre, et qu’il bâtissait sa ville de Constantinople pour des Tartares. Mais aussi il ne prévoyait pas qu’il se formerait un jour vers la Moska et la Néva un empire aussi grand que le sien.

Votre vieux chevalier conçoit bien, madame, qu’il y a dans les confédérés de Pologne quelques fanatiques ensorcelés par des moines. Les croisades étaient bien ridicules ; mais qu’un nonce du pape ait fait entrer le Grand-Turc dans une croisade contre vous, cela est digne de la farce italienne 3. Il y a là un mélange d’horreur et d’extravagance dont rien n’approche . Je n’entends rien à la politique, mais je soupçonne pourtant que parmi ces folies il y a des gens qui ont quelques grands desseins . Si Votre Majesté ne voulait que de la gloire, on vous en laisserai jouir, vous l’avez assez méritée ; mais il paraît qu’on ne veut pas que votre puissance égale votre renommée : on dit que c’est trop à la fois. On ne peut guère forcer les hommes à l’admiration sans exciter l’envie.

Je vois, madame, que je ne pourrai faire ma cour à Votre Majesté cette année dans les États de Moustapha, le digne allié du pape. Il faut que je remette mon voyage à l’année prochaine. J’aurai, à la vérité, soixante-dix-sept ans, et je n’ai pas la vigueur d’un Turc ; mais je ne vois pas ce qui pourrait m’empêcher de venir dans les beaux jours saluer l’étoile du Nord et maudire le Croissant. Notre Mme Geoffrin a bien fait le voyage de Varsovie, pourquoi n’entreprendrais-je pas celui de Pétersbourg au mois d’avril ? J’arriverais en juin, je m’en retournerais en septembre ; et si je mourais en chemin, je ferais mettre sur mon petit tombeau : Ci-gît l’admirateur 4 de l’auguste Catherine, qui a eu l’honneur de mourir en allant lui présenter son profond respect.

Le jeune Gallatin n'est point en état de voyager comme moi 5; il est très malade, et je crois d'ailleurs qu’il perdra un oeil . Pour votre vieux chevalier, madame, il a encore des yeux qui brûlent de contempler sans lunettes ce qu'il y a de plus rare dans le monde .

Je me mets aux pieds de Votre Majesté impériale.

L’ermite de Ferney. »

1Minute avec corrections autographes, où V* a écrit par distraction : « Lettre de l'impératrice de Russie, auguste 1769 ». ; éd. Kehl sans l'avant dernier paragraphe sur Gallatin .

2 Voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1769/Lettre_7594

avec ce P.S . : « Voici monsieur ce qu'il y a a de plus nouveau de mon armée . Le 19 juin nos troupes légères ont envoyé sur l'autre rive du Dnester vingt mille Turcs qui avaient tenté le passage et l'armée passa cette rivière deux jours après sans que l'ennemi se montrât, le 28,29 et 30 les troupes légères en vinrent aux mains et notre armée avança pendant ce trois jours. Le 1er juillet dix mille Turcs et vingt à trente mille Tartares l’attaquèrent . On le battit toujours en avançant . Le 2 soixante dix mille Turcs renouvelèrent l'attaque mais furent repoussés de hauteur en hauteur de façon qu'ils s 'enfuirent sous les canons de Chotzin . Cette même nuit le corps qui était posté vis-à-vis de cette forteresse sur l'autre bord de la rivière sous les ordres du lieutenant général Renkampf commença à bombarder la ville ; le prince de Gallitzin campa à deux verstes du retranchement des troupes turques . Le corps turc s'enfuit . Le lendemain on changea le bombardement en blocus . Nos troupes légères envoient des patrouilles au-delà de Pruth. »

3 Sur cette intervention du nonce du pape pour secourir la Pologne, voir lettre du 15 novembre 1768 à Catherine II : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2024/05/27/ces-barbares-meritent-d-etre-punis-par-une-heroine-du-peu-d-6500331.html

4 Voltaire avait adressé la même flatterie au prince royal de Prusse, en 1738 .

13/03/2025

Les melons seront bientôt mûrs

... Fashion week oblige !

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Eve éternelle

 

 

« A [Paul-Claude Moultou ?]

1er septembre 1769 1

Monsieur, les nouvelles de Nervis 2 sont aussi bonnes que celles de M. Boursier. Un de nos voisins 3 ayant écrit à M. l’abbé Foucher une lettre insérée page 151 du Mercure de France (juin 1769) cet académicien répondit 4, page 144 du second volume de juillet, on lui écrivit 5 page 122 du volume d’août, et l’abbé mettra sans doute dans le Mercure de septembre sa seconde réponse 6 reçue le 26 août, et répondue le 31 du même mois 7 : le tout au sujet du Sadder.

On a aussi imprimé la prétendue Profession de foi de M. de Voltaire, dont le confesseur et le curé de ce savant ont pris acte le 15 avril 8 devant le notaire de Ferney, qui avait donné acte le 1er dudit mois d’avril 9 à M. de Voltaire du pardon public des Guyon, Nonotte, etc. Cette profession de foi n’est point signée de M. de Voltaire, ni des témoins qui ont signé les actes du 31 mars et du 1er avril : ce qui en rend la vérité et l’authenticité plus que suspectes à ceux qui lisent avec réflexion ; voici la lettre qu’une religieuse de Paris 10, laquelle a été quelque temps à Gex, vient d’écrire à ce sujet à monsieur le curé de Ferney, avec un extrait qu’elle lui envoie de ces quatre actes. Vous aurez la bonté de me renvoyer cette lettre, et de faire parvenir à ladite religieuse la réponse de monsieur le curé 11, que vous cachetterez après l’avoir lue, et vous la ferez mettre à la petite poste.

M. Delean a une médaille en plomb qu’il aura l’honneur de vous remettre, ou à M. de La Haye, qui voudra bien lui porter le petit billet ci-joint 12, et se charger de sa réponse, que vous m’enverrez avec la lettre de la religieuse au curé, et celle que m’a promise l’homme de confiance de M. le comte de Sch. 13, qui posta une bagatelle à une dame respectable dont j’attends des nouvelles avec les vôtres, à votre arrivée à Paris.

Les melons seront bientôt mûrs : on n’oubliera pas GG ni SS.

Quand M. Waechter 14 vous aura envoyé des médailles de cuivre, on rendra celle de plomb à M. Delean. »

1 Original ; Ed. Clogenson . Cette lettre est à rapprocher de la lettre du 13 août 1769, et doit être destinée au même correspondant . Les allusions sont parfois obscures .

Voir : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2025/02/25/voici-ce-qu-en-pense-un-de-nos-republicains-6537015.html

2 Sirven.

5 Lettre du 25 juin 1769 .

6 Ceci n'eut pas lieu .

10 Cette lettre de la religieuse de Paris paraît ne pas avoir été imprimée. (Beuchot.)

Ni la lettre, ni la « religieuse de Paris » ne sont connues à moins que la religieuse ne soit Mme Denis .

11 On ne connaît rien de tel .

12  S'agit-il du document cité en note de la lettre du 3 août 1769 ?

12/03/2025

Le mourant à qui vous envoyâtes il y a environ un mois de très jolis vers, ne pourra vous répondre qu'au cas qu'il ressuscite

... C'est le cas du pape François qui va mieux : https://fr.aleteia.org/2025/03/11/sante-du-pape-quels-son...

 

 

« A Anne-Henriette Payan de Lestang, marquise d'Antremont

[vers août-septembre 1769] 1

Le mourant à qui vous envoyâtes il y a environ un mois de très jolis vers, ne pourra vous répondre qu'au cas qu'il ressuscite . Il n'est pas comme les cygnes qui chantaient , à ce qu'on disait, à leur dernier moment . S'il lui revient de la voix, ce sera pour dire que la vôtre est charmante, qu'il est enchanté de vos talents et de vos bontés . Tous les vivants doivent être à vos pieds, j'y suis aussi , madame, bien que je ne puisse pas remuer .

J'ai l'honneur d'être,

votre très humble et très obéissant serviteur

le pauvre malade de Ferney . »

1 Ed. Poésies de Mme la marquise d'Antremont, 1770 . La date est fournie de façon approximative par la mention « il y a environ un mois » se référant à l’envoi de la marquise, lequel n'est daté [1769] que par rapport à la publication des Poésies […].

Voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Anthologie_f%C3%A9minine/Marquise_d%E2%80%99Antremont

et : https://fr.wikipedia.org/wiki/Henriette_Bourdic-Viot

et : https://www.monsieurdevoltaire.com/2015/07/correspondance-annee-1768-partie-9.html

j'ai fait une belle étourderie

... J'ai oublié de fêter mon 331è anniversaire du 20 février !" dixit François-Marie Arouet qui revendique deux dates de naissance et deux papas ( mais quand même une seule maman ).

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« A Joseph Vasselier

Tout vieux que je suis, mon cher ami, j'ai fait une belle étourderie . Je vous ai envoyé dans le paquet que le courrier vous apporte une lettre adressée à M. de Sénovert 1, avocat à Toulouse . Je me suis trompé, elle est pour M. de La Croix qui est l'avocat des Sirven .

Je vous demande en grâce de bouloir bien mettre le nom de La Croix sur l'enveloppe au lieu de Sénovert .

Sirven s'est rendu en prison ; priez Dieu avec moi qu'on ne le roue pas comme on a roué Calas .

Faites-moi l'amitié de donner cours à cette lettre pour M. d’Alembert 2.

Votre bibliothécaire vous embrasse de tout son cœur . Il est toujours bien malade.

V.

1er septembre 1769 à Ferney. »

1 François-Ignace de Sénovert, beau-frère de Lavaysse . Cette lettre n'est pas connue .

Voir : https://man8rove.com/fr/profile/f8qx5vtjl-francois-ignace-de-senovert

et : https://gw.geneanet.org/hparey?lang=en&n=de+senovert+de+cintre&p=francois+ignace

2 Lettre non conservée .

11/03/2025

ils ne connaissent que l’habitude, et nous connaissons l’amitié. Les chiens barbets ont beau avoir la réputation d’être les meilleurs amis du monde, ils ne nous valent pas

... Mme Brigitte Bardot et vous tous membres de la SPA, n'êtes sans doute pas de cet avis, mais il est vrai que Voltaire fut un extraordinaire modèle de fidélité envers quelques humains malgré quelques accrocs de leur part . On peut bien lui pardonner de ne pas mettre les chiens au premier plan .

Petit rappel qui me ravit toujours :  "Plus je connais les hommes, plus j'aime mon chien. Plus je connais les femmes, moins j'aime ma chienne. » (Pierre Desproges).

 

 

« A Gottlob Louis , comte de Schomberg

31 auguste 1769

Il est vrai, monsieur, que j’ai été fort malade. C’est le partage ordinaire de la vieillesse, surtout quand on est né avec un tempérament faible ; et ces petits avertissements sont des coups de cloche qui annoncent que bientôt il n’y aura plus d’heure pour nous. Les bêtes ont un grand avantage sur l’espèce humaine : il n’y a point de coup de cloche pour les animaux, quelque esprit qu’ils aient : ils meurent tous sans qu’ils s’en doutent . Ils n’ont point de théologiens qui leur apprennent les quatre fins des bêtes 1. On ne gêne point leurs derniers moments par des cérémonies impertinentes et souvent odieuses ; il ne leur en coûte rien pour être enterrés ; on ne plaide point pour leurs testaments ; mais aussi nous avons sur eux une grande supériorité, car ils ne connaissent que l’habitude, et nous connaissons l’amitié. Les chiens barbets ont beau avoir la réputation d’être les meilleurs amis du monde, ils ne nous valent pas.

Vous me faites sentir du moins, monsieur, cette consolation dans toute son étendue.

Je n’ai jamais eu l’honneur de voir Mme Gargantua 2. Je ne connais d’elle qu’un soulier qui annonce la plus grande taille du monde ; mais je connais d’elle des lettres qui me font croire qu’elle a l’esprit beaucoup plus délicat que ses pieds ne sont gros.

Je lui passe de ne pas aimer Catau : c’est entre elles deux qui sera la plus grande ; mais je ne lui passe pas de croire qu’une rapsodie 3, contre laquelle vous m’avez vu si en colère, puisse être de moi.

La Compagnie des Indes, dont vous me parlez, paye actuellement le sang de Lally ; mais qui payera le sang du chevalier de La Barre ?

Ne soyez point étonné, monsieur, que j’aie été malade au mois d’auguste, que les Welches appellent août. J’ai toujours la fièvre vers le 24 de ce mois, comme vers le 14 de mai 4. Vous devinez bien pourquoi, vous dont les ancêtres étaient attachés à Henri IV. Votre visite et votre souvenir sont un baume sur toutes mes blessures. Conservez-moi des bontés dont le prix m’est si cher. »

1 Allusion à l’ouvrage de Laurent Rouault intitulé Les quatre Fins de l’homme, avec des réflexions capables de toucher les pécheurs les plus endurcis, et de les ramener dans la voie du salut, 1734 : https://books.google.fr/books?id=7AMPAAAAIAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false

2 Mme de Choiseul .

3 Il parle de l’Histoire du Parlement de Paris .

4 C’est le 14 mai 1610 que Ravaillac assassina Henri IV.

10/03/2025

Toutes nos marchandises sont du cru de France

... Ce qui est loin d'être possible dans le monde de la restauration, tout autant que le "fait maison". On peut leur accorder une petite excuse quand on voit par ailleurs le succès, chez la ménagère pressée et les célibataires, des plats cuisinés aux ingrédients d'origines douteuses qui ne les arrêtent pas le moins du monde.

 

 

« A Jeanne-Louise Pavée de Provenchères de Rochefort d'Ally

Ferney 31 auguste 1769 1

Madame Clotier,

J’ai reçu la vôtre, qui m’a fait une grande joie : car, quoique vous n’ayez pas dix-huit ans, cependant vous raisonnez comme une femme de quarante, et outre cela vous avez un très bon petit cœur, ce qui vous attirera toujours beaucoup d’amis. Un homme qui vous a vue dans votre province nous disait l’autre jour en famille : « Cette Mme Clotier est très belle, mais elle pourrait se passer de beauté. »

Nous sommes toujours très attachés, ainsi que monsieur votre époux, à M. l’abbé Bigot 2 et à M. d’Ermide 3. MM. de Bruguières 4, nos ennemis, nous accuseraient en vain de vendre de la contrebande ; nous n’en vendons point. Toutes nos marchandises sont du cru de France ; et pourvu qu’on ne nous desserve pas auprès de M. Le Prieur 5, nous nous moquons de MM. de Bruguières et des financiers 6. Nous souhaitons seulement que vous n’ayez plus la peste 7 et nous espérons toujours que M. Bigot sera votre médecin ; qu’il conservera toujours sa bonne réputation, malgré la tante 8, qui est, je crois, une bonne femme.

Notre manufacture va toujours son petit train, et nous comptons dans quelques semaines pouvoir vous envoyer des échantillons.

Nous reçûmes, il y a un mois, un maroquin rouge fort propre : nous ne savions d’où il venait ; mais enfin nous avons jugé qu’il vient de votre boutique, car vous n’avez que du beau et du bon . C’est une justice qu’on rend à Mme Clotier et à monsieur son cher époux.

Je suis, madame Clotier, avec un profond respect, votre très humble servante et commère.

Girafou. »

1 Copie contemporaine . Ed. Vie privée, qui porte Brunière pour Bruguières.

2 Le duc de Choiseul.

3 Le prince de Beauvau.

4 Gens du parlement .

5 Louis XV

6 La chambre des comptes .

7  Le duc de Villeroi.

8 Mme Du Barry.