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02/07/2017

on ne demande que la justice la plus exacte ; tout dépend de l'opinion des juges, et cette opinion dépend beaucoup de celle du public

... Ou plus exactement de celle du jury . Si le public était seul juge, je parierais mon dernier Kleenex que l'on aurait une justice aussi jetable que lui après usage .

 

 

« A Philippe Debrus

[vers le 7 août 1762] 1

Je bénis, monsieur, le maître de la vie et de la mort qui vous rend votre santé ; je m'y intéresse tendrement, et j'espère bientôt venir vous le dire .

Je suis fort de votre avis que Mme Calas aille trouver M. Quesnay 2 , mais je ne sais si elle se doit trouver sur le passage du roi , à moins qu'il y ait quelqu'un qui la fasse remarquer à Sa Majesté et qui lui en ait déjà parlé ; sans quoi cette démarche sera tout à fait inutile . D'ailleurs, ne croyez pas que sa présence et son deuil puissent avoir la moindre influence sur l'évènement du procès . Ce n'est point ici une affaire de faveur et de grâce, on ne demande que la justice la plus exacte ; tout dépend de l'opinion des juges, et cette opinion dépend beaucoup de celle du public qui a pris avec chaleur le parti de cette famille infortunée . Laissons je vous en conjure commencer le procès ; ce sera alors que nous redoublerons nos batteries ; il faudra bien qu'on mène Mme Calas chez les juges ; il faudra surtout que ce soit un homme intelligent qui la conduise chez eux en grand deuil, et plût à Dieu qu'elle fût même accompagnée d'un de ses enfants ! Leur présence seule vaudra cent pages d'écritures .

Si Mme Calas était une femme éloquente, dont la figure, les discours, et les larmes fissent une profonde impression sur les esprits, si elle savait dire de ces choses qui ébranlent l'imagination des hommes, et qui pénètrent le cœur , je lui dirais, montrez vous partout, parlez à tout le monde ; mais ce n'est pas là son caractère ; M. Crommelin en est convenu avec moi, il pense que dans le moment présent il faut qu'elle se montre peu, et qu'on agisse beaucoup pour elle . Je vous réponds que nous agissons bien, que tout ira bien ; et je parierais cent contre un pour le gain de son procès .

Tranquillisez-vous donc, mon cher monsieur, et que votre vertu soit moins inquiète . L'homme du monde le mieux disposé est monsieur le contrôleur général, j'en ai des preuves certaines ; et je ne désespère pas de faire obtenir une petite pension, à cette veuve dès que l'infâme arrêt de Toulouse sera cassé .

Je vous embrasse du meilleur de mon cœur, et je suis entièrement à vos ordres .

V. »

1Le manuscrit est endossé « août 1762 » et l'édition place la lettre entre le 5 et le 9 .

2 Les physiocrates, dont Quesnay était un des principaux représentants, avaient alors quelque influence sur le roi . Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Quesnay

et : http://ses.ens-lyon.fr/articles/les-grands-themes-25510

et : https://www.alternatives-economiques.fr/francois-quesnay-fondateur-de-physiocratie/00025714

Je voudrais que quelque bonne âme pût dire au roi , Sire, voyez à quel point vous devez aimer ce parlement

... Monsieur le président jusqu'à quel point pourrez-vous aimer ce parlement ?

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« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

et à

Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental

7 auguste 1762

Mes divins anges, mon cœur est bien gros. Je suis atterré de la piété du bailli de Froulai 1, et j’aime cent fois mieux le bailli du Droit du Seigneur. Est-il possible qu’il se soit déclaré contre les comédiens et contre ce bon curé de Saint-Jean de Latran ? Il n’aurait jamais fait pareille infamie du temps de mademoiselle Lecouvreur et du chevalier d’Aydie.

Mon second tourment est l’inquiétude que j’ai pour dame Catherine 2 ; j’ai bien peur que ce vieux héros de comte de Munich n’ait pris le parti de l’ivrogne Pierre Ulric 3. Il est généralissime. Il aime peu les dames depuis qu’une d’elles l’a envoyé en Sibérie ; il est un peu Prussien : tout cela me donne beaucoup d’embarras.

Ma troisième douleur est l’affaire des Calas. Je crains toujours que M. le chancelier ne prenne le prétexte d’un défaut de formalités, pour ne pas choquer le parlement de Toulouse. Je voudrais que quelque bonne âme pût dire au roi , Sire, voyez à quel point vous devez aimer ce parlement , ce fut lui qui, le premier, remercia Dieu de l’assassinat de Henri III, et ordonna une procession annuelle pour célébrer la mémoire de Saint-Jacques Clément, en ajoutant la clause qu’on pendrait, sans forme de procès, quiconque parlerait jamais de reconnaître pour roi, votre aïeul Henri IV.

Henri IV gagna enfin son procès ; mais je ne sais si les Calas seront aussi heureux ; je n’ai d’espoir que dans mes chers anges, et dans le cri public. Je crois qu’il faut que MM. de Beaumont et Mallart fassent brailler en notre faveur tout l’ordre des avocats, et que, de bouche en bouche, on fasse tinter les oreilles du chancelier, qu’on ne lui donne ni repos ni trêve, qu’on lui crie toujours, Calas ! Calas !

Ma quatrième inquiétude vient de la famille d’Alexandre 4. Je l’ai envoyée à l’Électeur palatin, en lui disant qu’il ne fallait point la faire jouer, et sur-le-champ il a distribué les rôles. Je vais lui écrire pour le prier de ne la point imprimer, et il l’imprimera 5. Je crois que, pour me dépiquer, je serai obligé d’en faire autant. Je suis presque aussi content de Cassandre qu’un Palatin ; mais il se pourrait faire que mon extrême dévotion dans cet ouvrage, ma confession, ma communion, ma Statira mourant de mort subite, mon bûcher, etc., donnassent quelque prise à mes bons amis les Fréron et consorts. J’ai écrit la pièce de mon mieux ; mais je crois qu’il faut accoutumer le public, par la voie de l’impression à toutes ces singularités théâtrales ; c’est, à mon sens, le meilleur parti, d’autant plus qu’étant dans le goût des commentaires, j’en ai fait un sur cette pièce qui est extrêmement profond et merveilleux ; maître Joly de Fleury pourrait en être tout ébouriffé.

Je vous enverrai Hérode et Mariamne incessamment ; vous y verrez une espèce de janséniste 6, essénien de son métier, que j’ai substitué à Varus, comme je crois vous l’avoir déjà dit. Ce Varus m’avait paru prodigieusement fade. Je baise toujours du meilleur de mon cœur le bout de vos ailes, et présente mes respects et remerciements à madame d’Argental.

V.»

 

 

1 Froulai était ambassadeur de Malte à Paris . L'église de Saint-Jean de Latran où s'était célébré le service pour Crébillon avait le titre de commanderie de Malte .Voir page 324 : https://books.google.fr/books?id=uoS4r5_J2ZcC&pg=PA324&lpg=PA324&dq=froulai+1762+ambassadeur+de+malte&source=bl&ots=pnACDtB9kI&sig=Fj_aEWjDZtoqQL0SmGF3gk9i1pQ&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjqwqelqOnUAhWBSBQKHVFSC50Q6AEINTAD#v=onepage&q=froulai%201762%20ambassadeur%20de%20malte&f=false

2 Catherine II, la révolution de palais avait eu lieu le 9 juillet 1762 ; voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Catherine_II

et : https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_III_(empereur_de_Rus...)

3 L'impératrice Anne avait déclaré son petit-neveu Ivan (né en 1740) son successeur . Quand Élisabeth monta sur le trône, il n'avait que deux ans : elle le fit emprisonner . Quand à son tour Catherine s'empara du pouvoir, elle ordonna qu'il fût immédiatement mis à mort si quelque tentative était faite pour le libérer . Il fut effectivement tué dans la nuit du 5 au 6 juillet 1764 . Quant au comte de Munich il avait été exilé lors de l'accession au trône d’Élisabeth . Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lisabeth_Ire_(imp%C3%...)

et : https://fr.wikipedia.org/wiki/Anne_(imp%C3%A9ratrice_de_R...)

4 La tragédie d'Olympie .

5 Collini effectivement publia la pièce d'Olympie en 1763 . l’Électeur palatin remerciait V* le 28 juillet 1762 pour sa « famille d'Alexandre » ajoutant : « La pièce, telle qu'elle est, me paraît de toute beauté et ressemble à vos autres productions . »

6 Sohême, dans la version primitive d'Hérode et Mariamne, 1725, qui était déjà une version remaniée de Mariamne, représentée en 1724 . Varus y représente le gouverneur romain amoureux de Mariamne .

01/07/2017

la crainte d'une excommunication injuste ne doit empêcher personne de faire son devoir

... Qu'on se le dise !

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« A Étienne-Noël Damilaville

[5è août 1762] 1

Est-il bien vrai que l'archevêque de Paris ait puni le curé de Saint-Jean-de Latran d'avoir prié Dieu pour les trépassés ? Il ne se contente donc pas d'avoir persécuté les mourants, il en veut encore aux morts ! Mais il paraît qu'il se brouille toujours avec les vivants 2.

On ne voit pas en quoi a péché ce pauvre curé quand il a fait un service pour l'âme poétique de M. de Crébillon . En effet, quoique cet auteur ait traité le sujet d'Atrée, il était chrétien, et son Rhadamiste durera peut-être aussi longtemps que les mandements de monsieur l'archevêque ; si le curé a été suspendu pour avoir fait ce service aux dépens des comédiens du roi, le service n'est-il pas toujours fort bon, et l'argent des comédiens n'a-t-il pas de cours ?

Il faudrait donc excommunier monsieur l'archevêque pour recevoir tous les ans environ cent mille écus que lui fournissent les spectacles de Paris et qui sont le plus fort revenu de l'Hôtel-Dieu . L'abbé Grizel, qui sait ce que vaut l'argent, et à quoi il faut l'employer , vous dira que le prélat risque beaucoup ; car si les comédiens fermaient leurs spectacles ; l’Église serait privée d'un secours considérable .

Il est vrai qu'on peut persuader aux comédiens de continuer toujours à jouer, malgré la persécution, parce que la crainte d'une excommunication injuste ne doit empêcher personne de faire son devoir 3. Mais cette proposition ayant été condamnée par les frères jésuites, et par le pape, il se pourrait bien faire qu'on manquât de spectacles à Paris, dans la crainte d'être excommunié par l'archevêque .

Si un Turc vient dans cette ville, comme en effet un fils circoncis 4 de M. le bacha de Bonneval y viendra dans quelque temps, s'il fait célébrer un service pour l'âme de 5 quelque chrétien de sa maison, son argent sera reçu sans difficulté ; et tandis qu'il criera Allah Allah, on chantera des De profundis .

Pourquoi traiter les comédiens plus mal que les Turcs 6? ils sont baptisés, ils n’ont point renoncé à leur baptême . Leur sort est bien à plaindre, ils sont gagés par le roi et excommuniés par les curés ; le roi leur ordonne de jouer tous les jours, et le rituel de Paris le leur défend ; s'ils ne jouent pas, on les met en prison ; s'ils font leur devoir, on les jette à la voirie . Ils sont défendus dans l'ordre des lois, dans l’ordre des mœurs, dans l'ordre des raisonnements par Huern de l’ordre des avocats, et ils sont condamnés par l'avocat Dains . On les traite chrétiennement 7 pendant leur vie, et à leur mort, en Italie, en Espagne, en Angleterre, en Allemagne, tandis qu'à Paris où ils réussissent le mieux, on cherchera à les couvrir d'opprobre, tout le monde veut entrer pour rien chez eux, et on leur ferme la porte du paradis . On se fait un plaisir de vivre avec eux, et on ne veut pas y être enterré ; nous les admettons à nos tables, et nous leur fermons nos cimetières . Il faut avouer que nous sommes des gens bien raisonnables et bien conséquents !8

Mon cher frère 9, vous nous faites espérer qu'on pourra enfin demander justice pour les Calas . Il est plaisant qu'il faille s'adresser à l'abbé Chauvelin pour imprimer en sureté une lettre de Donat Calas . Votre zèle et votre prudence n'ont rien négligé . Nous vous avons, mon cher frère, plus d'obligation qu'à personne .

Est-il possible qu'il soit si aisé d'être roué et si difficile d'obtenir la permission de s'en plaindre ! »

1 Le texte de cette lettre se présente différemment selon qu'on se réfère à un original (ou copie) de la main de Wagnière, suivi en gros par l'édition de Kehl, ou à la copie Beaumarchais-Kehl ou à une autre copie ancienne proche de celle-ci qui semble avoir servi à l'établissement non de l'édition de Kehl , mais de la Correspondance littéraire . C'est le premier qu'on trouvera ci-après . Les variantes du second seront désignées par le sigle BK (copie Beaumarchais-Kehl) . La date est portée sur le manuscrit 1 par d'Argental . On peut penser que les éditeurs de Kehl, après avoir établi leur copie, peut-être d'après un brouillon, auront trouvé la lettre réellement envoyée .

2 Ce membre de phrase, depuis mais il paraît, est remplacé dans BK par : Il me paraît bien injuste de refuser des De profundis à Crébillon, tandis que toutes ses pièces en méritent, hors Rhadamiste.

3 Ceci est une des thèses jansénistes condamnées par la bulle Unigenitus.

4 Le fils de Bonneval aurait été comte de Latour s'il n'était devenu Soliman Aga .

5 l'âme manque dans BK .

6 Dans le Pot pourri, chapitre V, on réclame au contraire des mosquées pour les Turcs .

7 BK ajoute même .

8 BK ajoute ces mots qui paraissent nécessaires : Qu'on ait mis ou non le curé de Saint-Jean-de-Latran au séminaire, en tout cas voici ce qu'un tolérant écrit sur cette matière . C'est ici la fin du manuscrit 1, manuscrit 3 et Correspondance littéraire .

9 Ces trois mots sont supprimés dans BK, qui remplace enfin par au moins à la ligne suivante .

30/06/2017

Je vais travailler à faire une souscription en Angleterre et en Hollande

... A tous ceux qui ne savent plus quoi faire, ne savent plus en  quoi  croire (en écrivant  "quoi croire" j'ai l'impression d'être mi-corneille mi grenouille ), qu'ils fassent comme Voltaire qui me semble être un précurseur (pléonasme quand on parle de lui) dans l'art de mobiliser au bénéfice d'une bonne cause, esprit qu'on doit/devrait retrouver dans Amnesty International, Médecins Sans Frontières, l'UNICEF, etc.

Quant à faire une souscription en Angleterre à l'heure du Brexit, je suppose qu'elle serait mal venue, et en Hollande, la confusion pour établir un gouvernement n'est pas faite pour faciliter une levée de fonds pour l'étranger ( dans notre beau pays qui va voir trois semaines sur deux roues, n'oublions pas nos voisins et alliés : http://www.lemonde.fr/pays-bas/ )

*** A tous ceux qui font des recherches, via Google, sur la Hollande, je conseille de mettre Pays-Bas , si vous ne voulez pas avoir une indigestion d'actualités sans intérêt sur un nommé François, de Tulle , retraité dont on ne souhaite pas un quelconque retour sur la scène politique .

 Olivier Besancenot a donné de sa personne et s'improvise en gangster cagoulé pour lever des fonds auprès des sympathisants NPA.

Image d'archives, momerie .

http://www.lepoint.fr/politique/video-pour-financer-le-np...

Humour ? difficile après ça de rallier la majorité des Français, non ? On  a vu ce que ça donne en mai dernier .

 

 

« A Henri Cathala

5è août 1762

Tout ce que je peux dire c'est que Mme Calas ne peut jamais se trouver en meilleures mains que dans celles qui conduisent son affaire à Paris . Je vais travailler à faire une souscription en Angleterre et en Hollande .

J'ai toujours espéré que le jugement de Toulouse serait en exécration à l'Europe, et je vois que je ne me suis pas trompé dans mes espérances . Il y a longtemps que je sais que Mme de Pompadour est très touchée de cette abominable injustice , c'est un grand point , il faudra que l'innocence triomphe . La guérison de M. Debrus est une de nos plus grandes satisfactions . Je fais mille compliments à monsieur Cathala, et à monsieur de Végobre, et je suis entièrement à leur disposition etc. »

Je vois, monsieur, que les finances d'un royaume sont difficiles à gouverner, puisque je n'ai pu mettre encore dans les miennes l'ordre que je désirais

... Combien sommes-nous à nous dire la même chose ? Combien sommes-nous à craindre des coupes budgétaires et des taxes et impositions confiscatoires ? Nous sommes la majorité, je crois, en ce cas . Les banques, elles, ne sont guère inquiètes .

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Dédié à qui sait ce dont un banquier est capable !

 

 

« A Ami Camp, Banquier

à Lyon

Aux Délices 4 auguste 1762

Je vois, monsieur, que les finances d'un royaume sont difficiles à gouverner, puisque je n'ai pu mettre encore dans les miennes l'ordre que je désirais .

Je le flatte enfin que j'en viens à bout grâces à vos bontés . Il n'y aura plus de petites parties, plus de petites lettres de change pour les marchands de Genève . M. de Laleu , secrétaire du roi, notaire rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, consent à donner à commencer du dernier juillet cent vingt louis d'or par mois qui suffiront assurément pour le courant d'une maison, très bien pourvue de tout . J'aurai quelque argent comptant pour faire face aux affaires imprévues et je laisserai entre vos mains cent cinquante mille livres auxquelles je ne toucherai certainement pas .

Ainsi monsieur si vous voulez avoir la bonté de nous faire parvenir cent vingt louis de mois en mois tirés sur M. de Laleu qui les paiera à votre ordre, tout sera dans la règle la plus simple . Vous pouvez dès ce moment vous faire payer de ces cent vingt premiers louis – et ainsi les premiers jours de chaque mois . Je vous supplierai en même temps d'avoir la bonté de me faire parvenir ce que vous pourrez d'argent en laissant subsister dans votre caisse les cent cinquante mille livres . J'ai la vanité de croire que vous me regarderez comme un bon économe .

Tout ce qui est aux Délices vous embrasse de tout son cœur, et surtout moi qui serai toute ma vie avec le plus tendre attachement, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur .

V. »

 

29/06/2017

Un avocat savant et estimé est certainement au-dessus de ceux qui ont acheté pour un peu d'argent le droit d'être injustes . Un tel avocat serait un excellent conseiller, mais où est le conseiller qui serait un bon avocat ?

... Nos ex-président et ministres qui, du seul fait d'avoir été nos gouvernants, se retrouvent avec une facilité déconcertante nommés avocats, illustrent très exactement les doutes de Voltaire par leur inaptitude à faire réellement un bon travail d'avocat . S'ils n'ont pas physiquement acheté leur titre, ils sont cependant bénéficiaires d'une charge par piston (même légal ) . Je pense ici principalement à Sarkozy et Rachida Dati , issus du même tonneau , avocats d'opérette, incapables de gagner leur vie par ce biais , et par malheur ils ne sont pas les seuls . Si j'étais étudiant en Droit, ça me gonflerait sérieusement l'épitoge de voir ces passe-droits .

 http://tempsreel.nouvelobs.com/rue89/rue89-journal-...

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Ce qui représente bien l'état d'esprit de ces avocats (sic) autoproclamés .

 

 

« A David Lavaysse

4è août 1762 1

Les personnes qui protègent à Paris la famille Calas, sont très étonnés que le sieur Gaubert Lavaysse ne fasse pas cause commune avec elles . Non seulement il a son honneur à soutenir, ses fers à venger , le rapporteur qui conclut au bannissement à confondre, mais il doit la vérité au public, et son secours à l'innocence . Le père se couvrirait d'une gloire immortelle, s'il quittait une ville superstitieuse et un tribunal ignorant et barbare .

Un avocat savant et estimé est certainement au-dessus de ceux qui ont acheté pour un peu d'argent le droit d'être injustes . Un tel avocat serait un excellent conseiller, mais où est le conseiller qui serait un bon avocat ?

Monsieur de Lavaysse peut être sûr que s'il perd quelque chose à son déplacement, il le retrouvera au décuple . On répand que plusieurs princes d'Allemagne, plusieurs personnes de France, d'Angleterre et de Hollande, vont faire un fonds très considérable . Voilà de ces occasions  où il serait beau de prendre un parti ferme . Monsieur Lavaysse en élevant la voix n'a rien à craindre . Il fera rougir le parlement de Toulouse en quittant cette ville pour Paris, et s'il veut aller ailleurs il sera partout respecté .

Quoi qu'il arrive son fils se rendrait très suspect dans l'esprit des protecteurs des Calas, et y ferait très grand tort à la cause s’il ne faisait pas son devoir 2, tandis que tant de personnes indifférentes font au-delà de leur devoir .

Je prie la personne qui peut faire rendre cette lettre à monsieur Lavaysse père de l'envoyer promptement par une voie sûre . »

1 L'édition de Kehl suivie des autres , sur une erreur de la copie Beaumarchais donne la lettre du 4 juillet 1762 .

2 V*, comme on l'a vu, estime que le témoignage de Lavaysse fils n'est pas assez favorable à Calas ; voir lettre de mai-juin 1762 à Cathala : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2017/04/18/l-arret-peut-n-etre-point-injuste-voila-pourquoi-il-est-tres-5934250.html

David Lavaysse écrira un Mémoire pour la défense de son fils  : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1040674n/f9.image

28/06/2017

Oh ! je crierai pendant ma vie, si on ne veut pas brailler pour moi après ma mort

... Il est des cris qui valent mille fois mieux que des braiements, éructés sur un pauvre mort qui n'en peut mais, au nom d'Allah, Jehovah, Vichnou, Jésus, Nanabozo le Grand Lapin et tutti quanti . Je me passerai bien de la pompe funèbre religieuse, et nul ne sera tenu pour moi de prendre en main les cordons du poèle du corbillard sur lequel j'ai eu l'occasion de jouer à l'attaque de la diligence avec frères et cousins : blasphèmions-nous sans le savoir ? Si oui, tant mieux !

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Et pour quelques dollars de plus ....

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'ArgentaI

et à

Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental

4 août [1762] 1

Mes divins anges, voici ce que je dis à votre lettre du 27 juillet 2. C’est une lettre descendue du ciel ; mes anges sont les protecteurs de l’innocence, et les ennemis du fanatisme. Ils font le bien, et ils le font sagement. J’envoie au hasard des mémoires, des projets, des idées. Mes anges rectifient tout . Il faudra bien qu’ils viennent à bout de réprimer des juges de sang, et de venger l’honneur de la France. J’ai toujours mandé qu’on ne trouverait jamais d’huissier qui osât faire une sommation au greffier du parlement toulousain, après que ce parlement a défendu si sévèrement la communication des pièces, c’est-à-dire de sa honte. Comment trouverait-on un huissier à Toulouse qui signifiât au parlement son opprobre, puisque je n’en ai point trouvé en Bourgogne qui laissât présenter un arrêt du conseil au sieur de Brosses, président à mortier ? J’en aurais trouvé dans le Siècle de Louis XIV.

Mes anges sont adroits ;  ils ont gagné le coadjuteur 3. Hélas ! Il est bien triste qu’on soit obligé de prendre des précautions pour faire paraître deux lettres 4 où l’on parle respectueusement des moins respectables des hommes et où la vertu la plus opprimée s’exprime en termes si modestes !

Enfin nous sommes environ cent mille hommes qui nous remettons de tout aux deux anges.

Les Anglais commencent une magnifique souscription dont les Calas ont déjà ressenti les effets.

On a écrit 5 à Lavaysse père une lettre qui doit le faire rentrer en lui-même, ou plutôt l’élever au-dessus de lui-même.

Il faut qu’il abandonne une ville superstitieuse, et barbare, aussi ridicule par ses recueils des Jeux floraux que par ses pénitents des quatre couleurs. Il trouvera des secours honorables qui l’empêcheront de regretter son barreau.

Je supplie mes anges de vouloir bien envoyer le paquet ci-joint à M. le maréchal de Richelieu.

Je me jette aux pieds de madame d’Argental, et je la remercie du bateau 6 qui parera la table de Tronchin . Elle est trop bonne. C’est de madame d’Argental dont je parle, et non de la table du docteur 7.

J’ai lu un factum d’Elie 8 pour des Bourguignons contre un médecin irlandais. Depuis ma maladie, j’aime assez les médecins ; mais ce factum ne me fait pas aimer les Irlandais. Je prie mes anges de vouloir bien dire à Élie le moderne que je le préfère à Élie l’évêque de Jérusalem l’infâme, et à l’Elie évêque de Paris la folle.

Mais est-il bien vrai que l’Elie de Paris, ce Beaumont à billets de confession, ait osé mettre au séminaire, pour deux ans, le curé de Saint-Jean de Latran, pour avoir prié Dieu ? Quoi ! il ne sera pas même permis aux acteurs pensionnés du roi de faire dire des psaumes pour un homme qui les a fait vivre ! et que deviendrai-je donc ? quoi , il n’y aura point pour moi de libera ! Oh ! je crierai pendant ma vie, si on ne veut pas brailler pour moi après ma mort.

Mes divins anges, je ne vous parle ni de Cassandre ni du Droit du Seigneur . Il fait trop chaud.

J’ai Crébillon sur le cœur. Ses vers étaient durs  mais Beaumont l’archevêque l’est davantage.

V.»



1 Date complétée par d'Argental .

2 Lettre non connue .

3 L'abbé Chauvelin .

4 Les Pièces originales .

5 Voir plus loin  lettre à David Lavaysse .

7 Phrase ajoutée par V* entre les lignes .

8 Élie de Beaumont ; c'est le Précis pour dame Reine Cortelot, veuve de messire Hugues de Mézières […] contre le sieur Jean-Baptiste Macmahon, 1762.