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13/04/2026

si Moustapha, son vizir Azem, et son mouphti, étaient informés de l’intérêt que je prends à eux, ils m’en remercieraient en me faisant empaler

... Et c'est peut-être pour ça que notre président ne se rend pas dans ces régions orientales qui voient ces négociateurs mal intentionnés adeptes de cette pensée voltairienne :" malgré mon humeur pacifique, je préfère sans contredit des victoires nouvelles à un accommodement."

Le Donald Trump, lui, continue ses effets de manches, les Iraniens les menaces , bilan : tout le monde perd .

 

 

« A Catherine II, impératrice de Russie

À Ferney 12è octobre 1770 1

Madame,

La lettre de Votre Majesté impériale, du 11 septembre 2, me confirme dans ma joie continue, mais sans redoublement. Je suis persuadé que si Moustapha, son vizir Azem, et son mouphti, étaient informés de l’intérêt que je prends à eux, ils m’en remercieraient en me faisant empaler.

Béni soit leur Allah, si en effet Ali est roi d’Égypte ! mais cette nouvelle grâce de la Providence en faveur de Moustapha me paraît bien douteuse. Nous le saurions à Marseille, qui envoie continuellement des vaisseaux au port d’Alexandrie ; nous en aurions eu des nouvelles certaines par Venise ; personne n’en parle ; on ne se fait pas roi d’Égypte incognito. J’ose dire plus : Votre Majesté aurait déjà, dans ce pays de Pharaon et de Moïse, quelque bon Israélite qui encouragerait la révolution au nom du Seigneur, et qui vous en rendrait compte. Je me borne donc à faire les plus tendres vœux pour que mon cher Moustapha soit chassé à jamais des bords du Nil et de ceux du Danube.

Que Votre Majesté me permette seulement de plaindre ces pauvres Grecs, qui ont le malheur d’appartenir encore à des gens qui parlent turc. Ce sont de petites mortifications que j’éprouve au milieu des plaisirs que me donnent toutes vos victoires. C’est bien assez qu’en aussi peu de temps vous soyez maîtresse absolue de la Moldavie, de la Valachie, de presque toute la Bessarabie, des deux rivages de la mer Noire, d’un côté vers Azoph, et de l’autre vers le Caucase.

Quand Votre Majesté faisait ses belles lois, dont la première était la tolérance, elle ne se doutait pas qu’une aussi bonne chrétienne deviendrait la protectrice des circoncis du Budziak, tous descendants en droite ligne de Tamerlan et de Gengis Kan. Mais puisque vous êtes tous enfants de Noé (quoiqu’il n’ait jamais été connu de personne, excepté des Juifs 3), il est clair que vous êtes tous cousins, et que vous devez vous supporter les uns les autres. Cette tolérance de Votre Majesté pour messieurs les Tartares Bessarabes engagera sans doute l’invincible Moustapha à vous demander la paix. Mais que deviendra ma pauvre Grèce ? Aurai-je la douleur de voir les enfants du galant Alcibiade obéir à d’autres qu’à Catherine la Grande ?

Je remets toujours, madame, au premier congrès les intérêts des jeux olympiques et du théâtre d’Athènes entre vos mains ; mais j’aime mieux m’en rapporter à une bataille qu’à une assemblée de plénipotentiaires. Vous êtes si bien servie par MM. les comtes d'Orlof et par M. le maréchal de Roumanzoff, que, malgré mon humeur pacifique, je préfère sans contredit des victoires nouvelles à un accommodement.

Je suis un peu pressé, je l’avoue, parce que, étant fort vieux et malade, je veux jouir au plus tôt. Pour peu que vous tardiez à vous asseoir sur le trône de Stamboul, il n’y aura pas moyen que je sois témoin de ce petit triomphe.

Que Votre Majesté impériale daigne toujours agréer le profond respect, et la reconnaissance, et les désirs honnêtes du vieil ermite de Ferney.

V. »

1 Minute corrigée par V*, initiale autographe ; éd. Kehl.

2 Ou plutôt du 12 . Voir lettre ( 53 ) dont le dernier paragraphe contient une satire des Français, avec une allusion à un passage de Zadig figurant seulement dans certaines éditions : https://www.monsieurdevoltaire.com/article-correspondance-catherine-ii-et-voltaire-partie-7-37188231.html

les choses iront toujours leur train, quelque opinion qu’on ait ou qu’on feigne d’avoir

... Aussi, cette fois je fais comme Simonide face à Hieron ...

Vive les Ukrainiens : https://www.youtube.com/watch?v=tBRu8PsW6Ew

 

 

« A Marc-René de Voyer de Paulmy, marquis d'Argenson 1

A Ferney 12è octobre 1770

Monsieur,

Je ne suis pas étonné qu’un maître de poste tel que vous 2 mène si bon train l’auteur du Système de la nature 3 . Il me paraît que les maîtres de poste de France ont bien de l’esprit. Vous avez daté votre lettre d’un château où il y en a plus qu’ailleurs, et c’est aussi la destinée du château des Ormes, où je me souviens d’avoir passé des jours bien agréables.

Je ne savais pas, quand je vous fis ma cour à Colmar 4, que vous étiez philosophe ; vous l’êtes, et de la bonne secte : je n’approche pas de vous, car je ne fais que douter. Vous souvenez-vous d’un certain Simonide à qui le roi Hiéron demandait ce qu’il pensait de tout cela ? il prit deux jours pour répondre, ensuite quatre, puis huit ; il doubla toujours, et mourut sans avoir eu un avis.

Il y a pourtant des vérités, et c’en est une peut-être de dire que les choses iront toujours leur train, quelque opinion qu’on ait ou qu’on feigne d’avoir sur Dieu, sur l’âme, sur la création, sur l’éternité de la matière, sur la nécessité, sur la liberté, sur la révélation, sur les miracles, etc., etc., etc.

Rien de tout cela ne fera payer les rescriptions, ni ne rétablira la Compagnie des Indes. On raisonnera toujours sur l’autre monde ; mais sauve qui peut dans celui-ci !

L’ouvrage dont vous m’avez honoré, monsieur, me donne une grande estime pour son auteur, et un regret bien vif d’être si loin de lui. Ma vieillesse et mes maladies ne me permettent pas l’espérance de le revoir, mais je lui serai bien respectueusement attaché, à lui et à toute sa maison, jusqu’au dernier moment de ma vie.

V. »

1 Marc-René, né en 1722, mort dans sa terre des Ormes le 18 septembre 1782.

2 Le marquis a établi aux Ormes une sorte de service postal rapide par poneys .

3 Allusion au protégé du marquis, dom Léger Marie Deschamps dont l'ouvrage Le Vrai Système ne fut publié que de nos jours par Jean Thomas et Franco Venturi, 1939 ; voir Jean Wahl, Cours sur l'athéisme éclairé de dom Deschamps, 1967 .

Voir : https://www.parti-masculin.org/pdf/%c5%92uvres_philosophiques_Dom_Deschamps.pdf

4 Alors qu'il était encore vicomte de Paulmy , voir lettre du 28 mars 1755 ( il lui adressait , ainsi qu' à Sébastien Dupont, un mémorandum demandant la création d'une chaire de droit civil à l'université de Strasbourg )

12/04/2026

Nous vous demandons vos bons offices .

... D'où qu'ils viennent !" : telle doit être la prière des malheureux iraniens pris entre deux feux, Trump et le guide suprême, ainsi que celle des Libanais devenus un peuple à écraser , et qui va ressembler à Gaza d'ici peu . Jusqu'où va aller l'incohérence trumpienne, et Israël continuer avec la loi du talion ?

https://www.lemonde.fr/international/live/2026/04/12/en-d...

 

« A Louis-Gaspard Fabry

11è octobre 1770 à Ferney

Monsieur,

Nous sommes résolus, Mme Denis et moi, à faire bâtir une maison dans Versoix ; je n'en jouirai pas, mais elle aura le plaisir d'être votre voisine . Vous savez que nous demandons mille cinquante-deux toises du numéro un 1. Notre attachement à M. le duc de Choiseul justifie notre empressement . Voulez-vous bien avoir la bonté de suppléer à notre ignorance sur la manière juridique dont il faut s'y prendre . Nous vous demandons vos bons offices ; notre prière servant de procuration . J’ai l'honneur d'être avec l’attachement le plus respectueux,

monsieur,

votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire. »

Laissez faire, il est impossible d’empêcher de penser ; et plus on pensera, moins les hommes seront malheureux. Vous verrez de beaux jours ; vous les ferez

... Levez la tête bandes d'avachis, décollez de vos petits écrans et larguez ces foutus influenceurs bas de plafond, gardez un soupçon de jugeotte, votre bonheur vrai en dépend , sans trainer .

 

 

« A Marie-Jean-Antoine-Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet 1 à Lyon

et à Jean Le Rond d'Alembert

11è octobre 1770 2

Le vieux malade de Ferney embrasse de ses deux maigres bras les deux voyageurs philosophes qui ont adouci ses maux pendant quinze jours.

Un grand courtisan 3 m’a envoyé une singulière réfutation du Système de la Nature, dans laquelle il dit que la nouvelle philosophie amènera une révolution horrible, si on ne la prévient pas. Tous ces cris s’évanouiront, et la philosophie restera. Au bout du compte, elle est la consolatrice de la vie, et son contraire en est le poison. Laissez faire, il est impossible d’empêcher de penser ; et plus on pensera, moins les hommes seront malheureux. Vous verrez de beaux jours ; vous les ferez 4: cette idée égaye la fin des miens.

Agréez, messieurs, les regrets de l’oncle et de la nièce. »

1 Marie-Jean-Antoine-Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet, né le 17 septembre 1743, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, s’empoisonna dans la prison de Sceaux le 27 mars 1794. Il a été l’un des éditeurs des Œuvres de Voltaire imprimées à Kehl en soixante-dix volumes in-8° ou quatre-vingt-douze volumes in-12.

2 Original ; éd. Kehl , suivie par les éditions, omet le second alinéa .

3 Le marquis de Voyer d’Argenson ; l'ouvrage est Le Vrai Système ; voir lettre du 12 octobre 1770 à d'Argenson : https://www.monsieurdevoltaire.com/2016/01/correspondance-annee-1770-partie-27.html

Voir : https://shs.cairn.info/revue-dix-huitieme-siecle-2010-1-page-561?lang=fr

4 Effectivement Condorcet devint un des éditeurs de Kehl et appela de ses vœux la révolution . Mais par une cruelle ironie du destin à laquelle V* est loin de penser, il fut jeté dans les prisons révolutionnaires et s'y donna la mort le 27 mars 1794 .

11/04/2026

Pour prévenir de gros murmures, et en même temps pour être plus véridique, voici un carton à faire

... Non, rangez vos armes, il ne s'agit pas de faire un carton sur les menteurs actuellement sur le devant de la scène guerrière, Trump l'imbattable à ce jeu-là , et le président du Parlement  iranien Mohammad Bagher Qalibaf, qui ne doit pas être trop en reste au poker menteur  : https://www.lemonde.fr/international/live/2026/04/11/en-d...

 

 

« A Gabriel Cramer

[vers le 10 octobre 1770 ]

Je renvoie à monsieur Cramer la lettre de M. Marin 1. C'est un ami sur lequel je compte, mais les circonstances ne sont pas favorables, et ce maudit Système de la nature a tout perdu . M. d'Alembert a emporté trois volumes non complets . Il les méritait bien pour la peine qu'il a prise de faire un Errata . Je ne crois pas que dans la situation où nous sommes cela puisse entrer en France, mais il répond du reste de l'Europe, et il faudra bien qu'à la fin la France reçoive son contingent . M. Marin pourra servir non seulement à faire entrer les envois de monsieur Cramer quand les esprits seront apaisés, mais à repousser les contrefaçons . Je pense qu'il est nécessaire que M. Panckoucke renvoie à monsieur Cramer ses deux exemplaires . Les fautes qui n'y sont pas corrigées pourraient décrier le livre . J'augure fort mal de ce que M. de Sartines n'a pas répondu .

Voici bien autre chose . Pour prévenir de gros murmures, et en même temps pour être plus véridique, voici un carton à faire . »

1 Lettre dans laquelle Marin avait apparemment promis de faire ce qu'il pourrait pour faire entrer en France les Questions sur l'Encyclopédie, mais en des termes tels que V* conseilla à Cramer de ne faire aucune tentative ouverte pour les y faire passer .

Mes enfants, aimez-vous les uns les autres , car qui diable vous aimera ?

... Léon XIV au couple Macron .

 

 

« Au baron Friedrich Melchior von Grimm

10 octobre 1770 1

Mon cher prophète, je suis le bonhomme Job ; mais j’ai eu des amis qui sont venus me consoler sur mon fumier 2, et qui valent mieux que les amis de cet Arabe ; il est très peu de gens de ces temps-là, et même de ces temps-ci, qu’on puisse comparer à M. d’Alembert et à M. de Condorcet. Ils m’ont fait oublier tous mes maux. Je n’ai pu malheureusement les retenir plus longtemps. Les voilà partis, et je cherche ma consolation en vous écrivant autant que mon accablement peut me le permettre.

Ils m’ont dit, et je savais sans eux, à quel point les Welches sont déchaînés contre la philosophie. Voici le temps de dire aux philosophes ce qu’on disait aux sergents, et ce que saint Jean 3 disait aux chrétiens : « Mes enfants, aimez-vous les uns les autres , car qui diable vous aimera ? »

Ce maudit Système de la Nature a fait un mal irréparable. On ne veut plus souffrir de cornes dans le pays, et les lièvres sont obligés de s’enfuir de peur qu’on ne prenne leurs oreilles pour des cornes 4.

On a beau dire avec discrétion qu’on ne fait point d’anguilles avec du blé ergoté, qu’il y a une intelligence dans la nature, et que Spinosa en était convaincu ; on a beau être de l’avis de Virgile, le monde est rempli de Bavius et de Mævius 5.

Embrassez pour moi, je vous prie, frère Platon 6, quand même il n’admettrait pas l’intelligence ainsi que Spinosa. Ne m’oubliez pas auprès de ma philosophe 7. Le vieux malade ne l’oubliera jamais, et vous sera dévoué jusqu’au dernier moment. »

1Copie par d'Alembert ; copies contemporaines qui seules donnent le dernier paragraphe ; éd. Correspondance littéraire ;

3 Jean, Évangile, chapitre IV, vii, 11,21.

4 La Fontaine, livre V, fable iv : Les Cornes du lièvre : https://www.la-fontaine-ch-thierry.net/oreilliev.htm

5 Critiques envieux de la gloire de Virgile . Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Bavius

6 Diderot.

7 Mme d'Epinay .

10/04/2026

il y en a à qui vous avez fait mettre de l’eau dans leur vin

... On espère que ce sera le premier bilan de l'intercession du Pakistan entre USA et Iran .

https://www.france24.com/fr/moyen-orient/20260410-en-direct-iran-etats-unis-negociations-pakistan-cessez-le-feu-liban-israel-jd-vance

 

 

 

« A Louis-François-Armand du Plessis, duc de Richelieu

8è octobre 1770 à Ferney

Je suis très reconnaissant, monseigneur, de votre lettre du 30 de septembre 1. Je suis charmé qu’elle soit datée de Versailles, et encore plus que vous ayez été à Richelieu. Il y a là je ne sais quel esprit de philosophie qui me fait bien augurer de vous. Pour votre souper à Bordeaux, je sais qu’il a été excellent ; que tous les convives en ont été fort contents ; qu’il y en a à qui vous avez fait mettre de l’eau dans leur vin, et que le roi a dû trouver que vous êtes le premier homme du monde pour arranger ces soupers-là.2

Ayez la bonté d’agréer mon compliment sur la paternité de M. le prince Pignatelli, puisque je ne puis vous en faire sur la maternité de Mme la comtesse d’Egmont. C’est bien dommage assurément qu’elle ne produise pas des êtres ressemblants à son grand-père et à elle. Je vous demande votre protection auprès d’elle et auprès de monsieur son beau frère. Ils m’ont tous deux lié à vous par de nouvelles chaînes : Mme la comtesse d’Egmont, par la lettre pleine d’esprit et de grâces qu’elle a bien voulu m’écrire 3; et M. le prince Pignatelli, par la supériorité d’esprit qu’il m’a paru avoir sur les jeunes gens de son age.

Vous me reprochez toujours les philosophes et la philosophie 4. Si vous avez le temps et la patience de lire ce que je vous envoie 5, et de le faire lire à madame votre fille, vous verrez bien que je mérite vos reproches bien moins que vous ne croyez. J’aime passionnément la philosophie qui tend au bien de la société, et à l’instruction de l’esprit humain, et je n’aime point du tout l’autre. Il n’y a qu’à s’entendre, et jusqu’ici vous ne m’avez pas trop rendu justice sur cet article. Comme d’ailleurs il est question de chimie dans le chiffon que je mets à vos pieds, vous en êtes juge très compétent 6.

Vous ne l’êtes pas moins de ce pauvre théâtre français qui était si brillant, sous Louis XIV, et qui tombe dans une si triste décadence, ainsi que bien des choses. Si d’ici à la Saint-Martin vous avez quelques moments à perdre, je vous supplierai de jeter les yeux sur quelque chose dont le tripot d’aujourd’hui pourra se mêler. Je conçois bien que notre théâtre sera toujours meilleur que celui de Pétersbourg, où l’on ne joue plus de tragédies françaises, parce que l’on n’a pas trouvé un seul acteur. Il faudra désormais représenter les pièces de Sophocle dans Athènes, si on enlève la Grèce aux Turcs, comme on vient de leur enlever les bords de la mer Noire, à droite, jusqu’aux embouchures du Danube, et à gauche jusqu’à Trébisonde. Ils ont été battus au pied du Caucase, dans le même temps que le grand vizir perdait sa bataille et abandonnait tout son camp. Si vous trouvez cela peu de chose, vous êtes difficile en opérations militaires, mais assurément c’est à vous qu’il est permis d’être difficile.

Je supplie mon héros d’être toujours un peu indulgent envers son ancien serviteur, qui n’en peut plus, et qui vous sera attaché jusqu’au dernier moment de sa vie avec le plus profond et le plus tendre respect.

V. »

1 Lettre du 30 septembre exceptionnellement longue et intéressante . On a d'ailleurs peu de lettres de Richelieu à V*. En voici les passages auxquels V* répond particulièrement :

« A Versailles ce 30è septembre 1770

« Depuis que vous m'avez écrit mon cher Voltaire ( deux lettres où je sais fort bien que je dois réponse ) il m'a pris fantaisie d'aller souper à Bordeaux, et quoique je n'y eusse de valets d'aucun genre que ceux qui m’avaient suivi en poste, et que par conséquent je ne pouvais être voituré et nourri que par la charité de la paroisse, je n'ai pas laissé d'en trouver pour que d'engagement en engagement je n'y sois resté beaucoup plus que je ne croyais et qu'arrivé une fois dans mon gouvernement je n'y aie aussi plus d'affaires que je ne voulais . Cependant j'en suis enfin revenu après avoir séjourné à Fronsac, lieu délicieux dans la plus belle situation de la nature, et à Richelieu que vous connaissez un peu, plus mélancolique mais trop beau pour être abandonné . Me voilà enfin revenu en bonne santé et très empressé de vous dire combien je voudrais que la vôtre fût de même et que vous puissiez voyager aussi aisément , mais vous êtes tout esprit qui n'est pas tourné à conduire le corps comme vous pourriez faire si vous vouliez. M. de Pignatelli que j'ai vu à son arrivée depuis trois jours m'en a rendu bon compte et enchanté de vous, ce qui a redoublé mon amitié pour lui . Il lui est arrivé un garçon qui cause une grande joie dans la famille et doit augmenter par la difficulté qu’un homme moins jeune et moins vigoureux trouverait à un tel ouvrage malgré le désir qu'il doit avoir et tous le siens de ne pas laisser passer dans une autre maison les biens très considérables qui regardent cet enfant et une branche aussi opulente de sa maison qui allait l'être par la faute de ma fille de sa construction qui à l'extérieur cependant est belle et bonne mais dont il faut apparemment que les trompes de Fallope soient obstruées ou engourdies, car je me flatte qu'elle n'a pas dû l'être à la mettre en jeu . Mais voilà assez et trop vous parler de moi et de mon atmosphère. Il faut un peu répondre à vos lettres, et justifier les égratignures que vous prétendrez que je vous ai faites et si j'étais jamais assez maladroit pour cela, ce ne pourrait être assurément qu'à force de vous embrasser , de vous encenser, et de vous admirer . Quel homme peut avoir dans le cœur ces sentiments-là gravés plus profondément ? Mais si vous collez sur votre peau cette philosophie que je déteste, je veux faire des efforts pour vous prouver qu'elle vous fera les effets de la robe de Nessus et je voudrais vous l'enlever pour préserver cette peau que vous prétendez que j'égratigne […] Mais pour finir par les spectacles […] je vous dirai que j’élève à la brochette deux ou trois acteurs qui paraîtront au mois de janvier dont je suis presque sûr qu'un au moins consolera de la perte de Lekain quand elle arrivera . C'est Clairon qui l'élève, je ne dis pas dans son lit, cela serait grossier, ni dans sa maison car cela n'est pas vrai, n'y ayant point d'appartement digne de lui, mais à son côté et je m'attends que vous en entendrez parler même à votre oncle d'Argental . Le second est conduit par Lekain pour le comique et le troisième par Préville pour le tragique . Ainsi vous voyez tout ce que cela doit produire pour la continuation des triomphes de vos enfants .Mais je voudrais que vous pussiez m'envoyer de jolies amoureuses car l'illusion si nécessaire à tout ne peut exister pour une guenon quand elle jouerait la passion, et son adversaire aussi comme Baron . Si vous en trouvez envoyez-les nous pour la satisfaction publique et la mienne . Vous n'en aurez guère si j'avais encore du papier car tout serait noirci dans l'humeur où je suis »

2 En d'autres termes Richelieu est allé à Bordeaux pour y négocier avec les États de Guyenne le montant de la contribution annuelle de la province .

3 On a déjà fait allusion à cette lettre ; voir lettre du 22 juillet 1770 à d'Argental : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2026/01/10/ma-tete-qui-n-est-pas-plus-grosse-que-celle-d-un-lapin-m-a-un-peu-tourne-il.html

4 Voir la fin du premier passage cité en note 1 ci-dessus

5 Dieu et les hommes.

6 Allusion non dépourvue de quelque envie, au fait que Richelieu était aussi membre de l'Académie des Sciences .