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16/04/2017

Je ne peux arrêter le torrent de nos dépenses, mais on se ruinera si on veut

...  Na !

On ne manque pas de  candidats président ni de  méthodes pour ruiner ( relever, selon eux ) le pays, plus ou moins vite, plus ou moins gravement, et malgré ma sympathie pour l'homme Mélenchon et son talent d'orateur , je suis effaré par son projet d'emprunts, plus effaré encore -et ça ne doit pas être tombé dans l'oreille d'un banquier sourd- quand il laisse entendre qu'il ne compte pas tout rembourser . Dommage d'être aussi irréaliste ! Me trompè-je ?

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 N'oublions pas qu'avec Marine, on coule absolument sans recours .

 

 

« A Ami Camp

Aux Délices 28 mai [1762]

J'ai prêté aujourd’hui neuf mille francs, mon cher correspondant, à M. Dupuits mon voisin , pour acheter une compagnie de dragons, et je lui ai donné une lettre de change sur vous pour le paiement d'août, 1er octobre 1.

Je compte faire une autre affaire pour la valeur de douze mille livres . Je vous prierai de me dire quand vous pourrez les payer sans vous déranger . Pourriez-vous me les faire toucher en deux paiements , le premier de huit mille livres, et le second de quatre mille ?

Je ne peux arrêter le torrent de nos dépenses, mais on se ruinera si on veut ; je prends le parti de vous laisser cent cinquante mille livres dans votre caisse , dont je compte respecter le fonds . Je n'y toucherai pas .

M. de Laleu fournira à Mme Denis ses douze cents louis d'or par an . Elle a outre cette somme le revenu de Ferney, que je lui abandonne, celui des Délices qui est peu de chose, mais une quantité immense de provisions de toute espèce . Ainsi elle peut tenir une assez grande maison si elle sait se régler .

Voici monsieur une lettre de change de 2230 livres mais l'échéance n'est pas à courts jours . Pourriez-vous à votre loisir avoir la bonté de me faire un petit compte par lequel je verrais ce que je pourrais prendre sur vous en comptant les 12 000 livres ci-dessus, et les 9 000 livres Dupuits, et en vous laissant une somme ronde de 150 000 livres à laquelle je ne toucherai certainement pas .

Je vous embrasse de tout mon cœur .

Votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire

Vous avez donné une Jeanne à l'abbé Pernetti . Regardez cela je vous prie comme un présent .

Thieriot vient après les fêtes qu’on appelle la Pentecôte . Je vous supplie d'avoir de la bonté pour lui, et de nous l’envoyer aux Délices . Faites-lui je vous prie la galanterie de payer son voyage au cocher qui le conduira . Je vous aurai une véritable obligation de cette attention . Excusez toutes mes libertés .

Vraiment je vous supplie de vouloir bien compéter mon petit galon en l’allongeant de deux pieds, ou d'en ordonner un de trois 2. Cent fois pardon . »

1 Dupuits en fit à V* des obligations qui sont encore conservées .

 

15/04/2017

Je crois pourtant notre noise apaisée . Je voudrais en pouvoir dire autant des états et du parlement

... à savoir, d'abord Nicolas Sarkozy qui rumine dans son coin et me soutient du bout des lèvres (visiblement ça le gonfle d'avoir été mis au coin ). Merci à vous M. Juppé de faire un petit bout de chemin avec moi, tel Simon de Cyrène , me soulageant un peu du fardeau de cette croix de campagne électorale . 

Signé : Fanfoué Fillon, le bon larron [NDLR - Ecrasons une larme de crocodile, Pâques c'est le retour des cloches, pas des casseroles . ]

http://www.lepoint.fr/presidentielle/presidentielle-alain-juppe-va-s-afficher-aux-cotes-de-francois-fillon-14-04-2017-2119826_3121.php?M_BT=443989616563&m_i=ehGfDLed_sPLPbSAf0xUeFOLcCpYR7u5q5e99T4clTiESZfBVeAvfZ6X1%2ByJ_rOah03Ki_nz_GXPMs0RVjDW4rqemVV0ex#xtor=EPR-6-[Newsletter-Mi-journee]-20170415

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Manque de bol Fanfoué, on est en république !

 

 

« A monsieur le président Germain-Gilles-Richard de

Ruffey

à Paris

Comme on se flatte toujours, monsieur, j'espère manger de vos navets . Je les fais planter dans une terre aussi sèche que le devient mon imagination . La maladie détruit toutes les facultés à mon âge ; et je vous réponds bien que je ne ferai plus de tragédie en six jours .

Je vous remercie bien sincèrement de vos graines, et de vos règlements académiques . Que n'ai-je la force de faire le voyage ! que ne puis-je assister à vos séances avec le président fétiche !1 Il est vrai qu'il ne serait pas mon fétiche, mais il pourrait bien être mon serpent, et surtout serpent gardien des trésors . Je crois pourtant notre noise apaisée 2. Je voudrais en pouvoir dire autant des états et du parlement .

Pourriez-vous avoir la bonté, mon cher monsieur, 3 le mémoire du parlement, et celui pour lequel votre pauvre parent 4 est en pénitence ? Je le trouve bien bon de n'avoir pas voyagé, et de s'être laissé embastiller ; il me semble qu'il a pris là un bien mauvais parti . Tout ce qui se passe dans ce monde me fait bénir ma retraite ; elle serait plus heureuse si je pouvais vous y posséder . L'état où je suis ne me permettra pas vraisemblablement la consolation de vous voir à La Marche .

Tenez, voilà une gazette de Londres, vous pouvez la montrer, et même à l'abbé de Citeaux, pourvu que vous ne disiez point de qui vous la tenez, de peur que je ne sois excommunié, et que je meure déconfès 5.

Je vous embrasse tendrement, et vous regrette toujours .

V.

26è mai 1762 aux Délices. »

3 Wagnière a oublié d'écrire quelque chose comme « de m'envoyer » .

4 M. Philibert Joly de Bévy, conseiller puis président du parlement de Dijon . Sa brochure Le parlement outragé est un ouvrage rare . Voir : http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc828613/cd0e73

et page 202 : https://books.google.fr/books?id=FHM9AAAAYAAJ&pg=PA20...

5 Sans confession .

 

Heureusement il ne s'agit pas de religion, ainsi cette guerre finira

... Oui, mais comment et quand ? Trump flirte avec le hors-jeu, il faut avouer que son passé d'homme d'affaires l'a habitué à le pratiquer, hors-la-loi friqué, tricheur patenté, danger public .

http://www.la-croix.com/Monde/Ameriques/Quest-donc-cette-mere-toutes-bombes-larguee-Etats-Unis-2017-04-14-1200839687

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« A Claude-Philippe Fyot de La Marche

Aux Délices 26 mai [1762] 1

Mon respectable et digne magistrat, non pas magistrat de ce siècle, mais du siècle des de Thou, je fais un effort pour écrire . L'attachement donne des forces . Permettez qu'en vous renouvelant mes remerciements sur vos estampes je vous envoie une planche de Paris à laquelle je prie vos aimables artistes de se conformer en faisant les corps des figures un peu moins gros .

Je voudrais bien avoir le mémoire du parlement . J'ai lu celui des élus 2. Il faut entendre les deux parties . J'apprends que les contrebandiers délivrent avec leurs marchandises force coups de fusil dans la province . Tot bella per orbem !3

Il y a une réponse d'un jésuite à l'abbé Chauvelin écrite du ton insolent dont les jésuites écrivaient du temps de frère Le Tellier . Il y a quelques bonnes raisons mais il les gâte par son audace monacale et par l'air victorieux qu'il prend . Ce n'est pas le ton dont parle la modeste innocence qui veut toucher . Les jésuites ont passé pour politiques . Ils méritent peu aujourd’hui cette réputation d'ailleurs très peu séante à des religieux .

Je vois avec une extrême douleur que les états et le parlement enveniment leur querelle . Vous prenez le bon parti d'attendre à La Marche que le temps apaise ce que l'animosité produit . Heureusement il ne s'agit pas de religion, ainsi cette guerre finira .

Conservez vos bontés pour l'homme de France qui vous aime et qui vous respecte le plus .

V. »

1 La date est développée par Fyot de La Marche sur le manuscrit . Les passages non pas magistat […] de Thou et Il y a une réponse […] religieux manquent dans les éditions .

3 Tant de guerres à travers le monde .

 

14/04/2017

les lettres font la plus grande consolation de la vieillesse, après celle qu’on reçoit de l’amitié. Je vous avouerai qu’elles sont chez moi une passion

... Et considérant que les belles lettres comprennent la correspondance de Voltaire, je me permets de vous en faire profiter avec un plaisir toujours renouvelé .

 

 

«Au cardinal François-Joachim de Pierre de Bernis

Aux Délices 26 mai 1762 1

Je ne savais pas, Monseigneur, qu’ayant perdu madame votre nièce, vous aviez été encore sur le point de perdre sa sœur. Il y a deux mois que je n’éprouve, que je n’entends, et que je ne vois que des choses tristes, permettez-moi de compter vos douleurs parmi les miennes. Je vous avais marqué qu’un de mes chagrins était de ne pouvoir jouir de la consolation de m’entretenir avec Votre Éminence 2. Ce chagrin est d’autant plus fort que je n’ai aucune espérance de vous revoir . Il m’est impossible de me transplanter. Tout ce que me permet mon état de langueur est d’aller de Ferney aux Délices, et des Délices à Ferney, c’est-à-dire de faire deux lieues. Certainement vous ne viendrez pas à Genève ; aussi je n’ai que trop senti que je ne vous reverrais jamais. Je ne vous en serai pas moins tendrement attaché ; vos lettres charmantes, où se peint une très belle âme, et une âme vraiment philosophe, m’ont sensiblement touché. Je prendrai l’intérêt le plus vif à tout ce qui vous regarde jusqu’au dernier moment de ma vie. Je vous exhorte toujours à joindre à votre philosophie l’amour des lettres. Vous me paraissez faire trop peu de cas du génie aimable avec lequel vous êtes né. N’ayez jamais cette ingratitude. Vous joignez à ce génie un goût fin et cultivé qui est presque aussi rare que le génie même ; c’est une grande ressource pour tous les temps de la vie ; et je sens que les lettres font la plus grande consolation de la vieillesse, après celle qu’on reçoit de l’amitié. Je vous avouerai qu’elles sont chez moi une passion. Vous allez vous moquer de moi : mais je vous demande la permission de vous envoyer mon ouvrage de six jours, auquel vous m’aviez bien dit qu’il fallait travailler six mois.

J’ai grande envie que cette pièce soit ce que j’ai fait de moins mal, et je ne vois d’autre façon d’en venir à bout que de vous consulter. Vous n’avez vu que les matériaux ; vous verrez l’édifice : ce sera pour vous un amusement, et pour moi une instruction. Ayez la bonté de me faire savoir s’il faudra que j’envoie le paquet à Soissons. Je sais bien que les paquets passent par Paris ; mais une tragédie n’effarouchera pas votre ami Jannel 3.

Auriez-vous lu une réponse d’un jésuite de Lyon ou de Toulouse à l’abbé Chauvelin, intitulée Acceptation du défi  4? Il y a de la déclamation de collège, mais elle ne manque pas de raisons très fortes ; cette affaire est une des plus singulières de ce siècle singulier.

On n’est pas content de notre Dictionnaire  ; on le trouve sec, décharné, incomplet, en comparaison de ceux de Madrid et de Florence. Oserai-je vous prier de me dire si vous approuvez cette expression : donner de la croyance à quelque chose ? Le papier me manque pour vous dire à quel point j’aime et je respecte Votre Éminence.

V.

Puis-je vous dire que le roi m’a conservé la charge de gentilhomme ordinaire, et m’a fait payer d’une pension ? Je ne me croyais pas si bien en cour. »

1 Le dernier paragraphe a été écrit dans la marge du bas .

3 Intendant des postes .

 

13/04/2017

Il est bien rare qu’un ministre au milieu du torrent des affaires conserve du goût pour les lettres et encore plus rare qu'il leur fasse du bien

... Ami Voltaire, c'est toujours vrai . Plutôt que les lettres, ils préfèrent favoriser les chiffres, comptables à la petite semaine aux bilans comateux . Et c'est un comble que même les ministres --de la Culture, de l'Education nationale-- ne soient pas capables de relever le niveau de la pratique de notre belle langue , Audrey Azoulay se demandant "Qu'est-ce que la gauche ?", et Najat Vallaud-Belkacem affirmant "La vie a plus d’imagination que toi" . Qu'ajouter ? Les bibliothèques municipales sont en voie de disparition faute de crédits . Donc ...

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« Au baron Johann Hartwig Ernst von Bernstorff

Aux Délices 25 mai 1762

Monsieur ,

Une maladie dangereuse dont je ne suis pas encore rétabli a retardé de quelques jours les remerciements que je dois à Votre Excellence au nom de Mlle Corneille 1 et au mien . Ce que vous faites pour la mémoire d'un grand homme et pour l’héritière de son nom, est bien digne de votre caractère . Je reconnais la noblesse de vos sentiments, et la protection dont vous avez toujours honoré la littérature . Ce que Votre Excellence fait de si loin pour l'honneur de nos arts, est d'autant plus beau que vous devez à présent être chargé du fardeau des plus grandes occupations . Il est bien rare qu’un ministre au milieu du torrent des affaires conserve du goût pour les lettres et encore plus rare qu'il leur fasse du bien . En vérité vous êtes dans votre genre ce que Corneille était dans le sien.

Si j'osais monsieur présenter mes profonds respects à Sa Majesté et à la famille royale je prendrais la liberté de vous supplier de vouloir bien me mettre à leurs pieds .

Nous ne sommes encore qu'au commencement du troisième volume ; il y en aura peut-être douze ou treize et l'ouvrage ne pourra paraître que dans un an, quelque diligence qu'on fasse . C'est un véritable chagrin pour moi de ne pouvoir vous le présenter moi-même , et vous renouveler de vive voix l’estime infinie, la reconnaissance et le respect avec lesquels j'ai l'honneur d'être

monsieur

de Votre Excellence

le très humble et très obéissant serviteur

Voltaire. »

 

1 Bernstorff avait lui-même souscrit pour deux exemplaires, mais la lettre de V* est sans doute destinée à l'ensemble de la famille royale danoise qui avait souscrit pour trente-deux exemplaires . Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Johann_Hartwig_Ernst_von_Bernstorff

 

Quis, quid, ubi, quibus auxiliis, quomodo, quando ? / Qui, quoi, où, par quels secours, comment, quand ?

... Mesdames et Messieurs les candidats à la présidence, veuillez avoir l'obligeance de bien  répondre à ces questions, il y a urgence, vos guéguerres nous lassent .

 Voir : http://www.lepoint.fr/presidentielle/cordelier-presidenti...

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« A Antoine-Jean-Gabriel Le Bault

Aux Délices, 24 mai 1762

Il est arrivé, monsieur, huit tonneaux à Nyon . Ne pourriez-vous point avoir la bonté de me dire si le tonneau de Corton est de la bande ? J'ai fait rester ces huit tonneaux dans la cave du commissionnaire . Je vous supplie de vouloir bien me donner quelques instructions sur cette cargaison . Faudra-t-il laisser le vin en tonneau , faut-il le tirer en bouteilles ? Quand sera-t-il potable ? Quis, quid, ubi, quibus auxiliis, quomodo, quando ?1 Tout ce que je vous demande est très désintéressé, car je ne boirai guère de votre bon vin, mais je boirai à la santé du parlement quand vous aurez accommodé toute cette malheureuse affaire .

Je présente mes respects à la propriétaire des neuf tonneaux, et à celui du dixième .

Pardonnez si je me sers d'une main étrangère, je suis encore bien faible .

Avec bien du respect votre très humble obéissant serviteur

Voltaire . »

1 Qui, quoi, où, par quels secours, comment, quand ?

 

12/04/2017

Le travail, qui était ma consolation, m’est interdit

... se désole Pénélope F*** . Compatissons ô happy taxpayers ! Qu'elle se rassure , son  mari va bientôt revenir au bercail et lui apporter toute la consolation qui lui est due .

 pyramide-maslow

Quel besoin lui est nécessaire ?

 

 

« A Pierre-Robert Le Cornier de Cideville, ancien

Conseiller du Parlement de Rouen

Rue Saint-Pierre du Rempart

à Paris

et s'il n'y est pas

renvoyer à sa terre de

Launay par Rouen

Aux Délices 24è mai 1762 1

Mon cher et ancien ami, nous commençons l’un et l’autre à être dans l’âge où il faut s’occuper soigneusement de conserver les restes de sa machine. Nous avons vu mourir notre cher abbé du Resnel 2; vous avez été malade, mais vous êtes né heureusement. Vous êtes un chêne, et je suis un arbuste ; je me sens encore de la tempête que j’ai essuyée ; je parie que vous buvez du vin de Champagne quand je bois du lait, et que vous mangez des perdrix et des turbots quand je suis réduit à une aile de poularde. Vous allez chez de belles dames, vous courez de Paris à votre terre, et moi je suis confiné.

Le travail, qui était ma consolation, m’est interdit. Je ne peux plus me moquer de frère Berthier, de Pompignan, et de Fréron. Je baisse sensiblement. L’édition de Corneille ira pourtant toujours son train.

Il y avait une grande dispute pour savoir si Corneille avait pris Héraclius de Calderon. Pour terminer la dispute, j’ai traduit cette farce espagnole, qu’on appelle tragédie. Il a fallu me remettre à l’espagnol, que j’avais presque oublié : cela m’a coûté quelques peines ; mais je vous assure que j’en ai été bien payé. Il est bon de voir ce que c’était que ce Calderon tant vanté : c’est le fou le plus extravagant et le plus absurde qui se soit jamais mêlé d’écrire. Je ferai imprimer sa drôlerie à côté de L'Héraclius de Corneille, et toutes les nations de l’Europe, qui souscrivent pour cet ouvrage, pourront juger que le bon goût n’est qu’en France. Ce n’est pas qu’il n’y ait des étincelles de génie dans Calderon, mais c’est le génie des Petites-Maisons.

Au reste, je suis bien sûr que vous ne pensez pas que mon commentaire soit à la Dacier 3; je critique avec sévérité, et je loue avec transport. Je crois que l’ouvrage sera utile, parce que je ne cherche jamais que la vérité. Mademoiselle Corneille n’entendra point mon commentaire : elle récite assez joliment des vers ; nous en avons fait une actrice ; mais il se passera encore bien du temps avant qu’elle puisse lire son oncle.

Voilà son père réformé avec M. de Chamousset 4, son protecteur. Il est déjà venu chez nous, il y revient encore ; nous lui avons donné quelque petite avance sur l’édition. Il va à Paris. Qu’y deviendra-t-il quand il n’aura que son nom ?

Adieu, mon cher ami ; j’espère que ma lettre vous trouvera ou à Paris ou à Launay. Madame Denis doit vous écrire. Nous sommes deux ici à qui vous coûtez bien des regrets. Je vous embrasse tendrement.

V.

Pardon si je ne vous écris pas de ma main ; je suis d’une faiblesse extrême. »

1 Sur le manuscrit une main étrangère a remplacé l’adresse par « M. Trotel rue du Saint-sacrement à Rouen » . V* répond à une lettre de Cideville du 11 mai à Paris disant notamment : « […] la nouvelle effrayante de votre maladie me tire de mon anéantissement . On nous a dit que vous aviez été très mal d'une inflammation […] Qui désormais [disaient les gens de lettres] portera cette égide invincible et terrible aux sots et nous garantira des attentats des Frér..., et des Pompi... ? […] d'autres criaient, qui nous peut remplacer le conteur facile et badin de La Pucelle, le Molière nouveau, l'auteur de Nanine et de tant d'autres jolies comédies ? […] [Je] courais aussi les rues, en mêlant mes larmes sincères à ces frayeurs du public, quand enfin j'ai trouvé mon consolateur, M. Crommelin m'a montré une lettre de Genève datée du 3 qui nous rappelle tous à la vie en nous assurant que la vôtre est en sûreté […] Je serai encore le reste du mois à Paris […] «