19/04/2026
nos lois ont tort : rien n’est plus manifeste ; mais il est manifeste aussi que ces lois existent
... Est-ce pour ça que nos parlementaires pondent des lois et amendements à tire-larigo ? Voir ce qui ce prépare en ces jours printaniers , hors les fleurs : https://www2.assemblee-nationale.fr/documents/liste?type=propositions-loi
« A Paul-Claude Moultou
17è octobre 1770
J’ai obéi à vos ordres, j’ai fait des remarques à mesure, croyant qu’il s’agissait d’un procès ; mais, mon cher philosophe, après avoir tout lu, j’ai vu que c’était une dissertation pour prouver que nos lois ont tort 1: rien n’est plus manifeste ; mais il est manifeste aussi que ces lois existent 2. Je souhaite que le parlement d’Aix les casse. Je n’y manquerais pas si j’avais la voix prépondérante ; mais je doute fort qu’il prenne cette petite liberté.
Je ne doute pas moins de la visite du secrétaire à milord Elphinston 3.
Je doute aussi beaucoup de la guerre dont on parle tant à Londres ; mais je ne doute pas que la pièce d’éloquence dont vous me parlez ne soit sifflée .
Je suis très fâché que vous ne soyez point venu dîner avec nous quand M. d’Alembert était à Ferney.
Quant à l’auteur de la dissertation sur les mariages 4, vous pouvez l’assurer qu’on se mariera à Versoix et à Ferney tant qu’on voudra, et qu’il pourra venir danser à la noce 5. Si le parlement de Provence veut en attendant déroger aux édits et valider vos mariages, je lui en ferai mon compliment. »
1 Il s'agit peut-être d'un factum pour un protestant que La Beaumelle mentionne dans une lettre à Végobre du 5 octobre 1770, sans autres précisions que celles-ci : »M. de La G. m'a envoyé ces jours passés un factum pour un protestant, qui est bien mais qui pouvait être mieux . Il devait se borner, comme je le lui avais dit la veille de mon départ pour Paris, à prouver que mariage d'un protestant contracté devant notaire était conforme aux lois de l’État . Il a voulu ne rien perdre de ce qu'il avait écrit d'abord ; et il a affaibli sa preuve .
2 En l’occurrence un édit de 1724 ; voir lettre du 1er septembre 1767 à Vernes : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2023/04/17/ces-premiers-hommes-consacrerent-les-plantes-que-la-terre-av-6438669.html
4 Mariages des protestants ; nous ne savons à laquelle des nombreuses dissertations qui paraissaient alors sur ce sujet Voltaire fait allusion.
5 M. Henri Fazy, conservateur du musée de Genève, a lu en 1862, dans la réunion annuelle de la Société de l’Histoire de la Suisse romande, qui siégeait alors à Yverdon, un mémoire sur Versoy. Voltaire et le duc de Choiseul voulaient établir dans ce lieu, situé au bord du Léman, entre Genève et Coppet, une fabrique d’horlogerie qui devait rivaliser avec celle de Genève et la supplanter. Il fallait pour cela attirer à Versoy nombre d’ouvriers genevois et protestants, en leur accordant une entière liberté de conscience et de culte. Ce projet souriait tout particulièrement à Voltaire, qui tressaillait à l’idée d’établir sur un point quelconque de la France le règne de cette tolérance philosophique dont il était le champion passionné.
Voltaire, dans notre lettre, fait allusion à ce projet et à la liberté qu’auront les protestants de faire célébrer leurs mariages à Versoy et à Ferney. (Note du premier éditeur : Lettres inédites, 1863 .)
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18/04/2026
Tout le monde vole dans ce monde... Mais je serais fâché que vous prissiez trop de peine pour une chose aussi méprisable que l’or
... Deuxième degré voltairien !
« A Pierre-Michel Hennin
17è octobre 1770 à Ferney
Voyez, monsieur, si vous pouvez quelque chose dans cette affaire 1, et si elle mérite qu’on vous importune. Tout le monde vole dans ce monde . Les confédérés polonais volent leurs compatriotes . Les Russes volent les Turcs à main armée. Le pape nous vole des annates 2, on nous a volé des rescriptions. Le nommé Sandos 3, Natif genevois, actuellement à Genève, a volé de la limaille d’or à Resseguerre le fils 4, dans Ferney. Il l’a vendue à un nommé Prévost 5, orfèvre à Genève, et il l’a avoué devant Jacques Resseguier, monteur de boîtes, demeurant à Genève, rue du Temple, père de Resseguerre de Ferney.
Le même Sandos a volé chez Vincent, monteur de boîtes à Ferney, beaucoup de limaille d’or ; mais il ne l’a pas avoué.
J’ignore si on peut faire venir Sandos à résipiscence et à restitution. Je m’en rapporte à vos bontés et à votre crédit. Mais je serais fâché que vous prissiez trop de peine pour une chose aussi méprisable que l’or, et si méprisable que M. l’abbé Terray n’en donne à personne.
Mes respects très humbles à vous, monsieur, et à toute votre famille.
Le vieux malade de Ferney, V. »
(La pièce jointe est la copie d’une lettre de Voltaire au lieutenant de justice de Genève sur cette affaire.)
1 Cette affaire est détaillée par V* dans sa lettre du 18 octobre à Bonnet , dont copie est envoyée par Hennin au lieutenant de justice de Genève sur cette affaire.
2 Cette phrase manque dans toutes les éditions .
3 Louis Sandos
4 Daniel, le volé, est fils de Jacob ( et non Jacques Resseguerre, et frère de Guillaume ; voir lettre du 30 juillet 1770 à Fabry : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2026/01/23/loger-les-marchands-qui-fourniront-tout-le-pays-des-choses-q-6580372.html )
5 Jacques Prévost.
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16/04/2026
seule une question de dommages et intérêts le retient
...Cependant, nos truands en cols blancs, forts de leurs fortunes illicites n'ont aucune crainte de la justice, ils font des livres de leurs malversations et démêlés judiciaires, comptant sur la curiosité malsaine du populo .
Mais que sont ces fameux/fumeux dommages et intérêts ? Voir : https://www.dictionnaire-juridique.com/definition/dommages-interets.php
« A Marie-Anne Ramond
[ octobre 1770 ] 1
[ V* lui dit que son père est justifié, et que seule une question de dommages et intérêts le retient . ] »
1 Tout ce que l'on sait de cette lettre se réduit à ce que Mme Ramond écrit à Sirven, son père, le 21 octobre 1770 : « Le temps prescrit par M. de Voltaire approche, ainsi que la mauvaise saison […] M. de Voltaire m'a fait l'honneur de m'écrire que nous sommes justifiés, qu'il ne s'agit que d'un dédommagement qui peut-être vous retiendra . Quelle cruelle attente ! Je ne puis vous cacher que je meurs d'ennui ; et sans votre défense, je serais en France, dussé-je subir la prison... »
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plus la sauce est piquante mieux le poisson se vendra
... C'est le credo de Trump , le roi du tout et n'importe quoi pourvu que ça rapporte, il fait tout, c'est sûr, pour être un des plus riches macchabées d'ici peu .
Il est quelques hommes et femmes politiques en France qui , à leur échelle, sont de cet acabit, et qu'on doit surveiller de près, iels peuvent devenir, hélas, président.es de la nation .
« A Gabriel Cramer
[ vers le 15 octobre 1770 ]
Il est bien douloureux de ne recevoir ni A ni B du gros Suisse, et encore plus de ne rien espérer de Paris ; mais après tout le reste de la France et l'Europe pourront consoler . J'ai peur qu'en effet il n'y ait dans ces trois volumes bien des choses qui alarment les fanatiques . Le reste est bien pis . Mais plus la sauce est piquante mieux le poisson se vendra . Ce n'est pas la peine de se gêner pour des gens qui vous gêneront sur tout . Leur impertinence nous rend notre liberté toute entière, et c'est un fort bon marché .
Je prie monsieur Cramer de m'envoyer sur-le-champ un exemplaire broché , ou simplement plié . Je n'ai plus rien, Dieu merci ; tous ceux qui sont venus à Ferney ont tout volé . »
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15/04/2026
J’attends le tonneau de vin que vous avez eu la bonté de me retenir . Voici le temps de l'envoyer
... A votre santé ! avec Amour, liberté, vérité , sans modération : https://www.youtube.com/watch?v=9FG3BSBarVo
« A Gaspard-Henri Schérer, Banquier
à Lyon
C'est pour vous donner avis, monsieur, que j'ai tiré sur vous une lettre de change de douze cents francs à l’ordre du sieur Landry pour la fin de ce mois .
Vous avez dû aussi recevoir de moi deux paquets de lettres de change à mon profit, les unes sur Lyon, les autres sur Paris dont je vous prierai de m'accuser la réception et l'encaissement en son temps .
J’attends le tonneau de vin que vous avez eu la bonté de me retenir . Voici le temps de l'envoyer . Je vous en remercie d'avance ; le premier que vous m'avez procuré finit .
J’ai l'honneur d’être, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire.
15è octobre 1770 à Ferney. 1»
1 Original, cachet en relief « Versoix ». Endos : « Reçue le 16 octobre » et « R ».
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Il a réformé son plaidoyer dans plusieurs points pour captiver la faveur de ses juges
... Et oui, Nicolas , tu te fais tout petit, dégommant tes anciens complices, limite lèche-cul pour tes juges . Est-ce parce que tu es à bout d'inspiration pour un nouveau livre [sic] que tu mens si fort dans la réalité ?
Voir : https://www.franceinfo.fr/politique/affaire/financement-d...
« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental
15è octobre 1770
Mon cher ange, M. Marin me mande qu’il m’a envoyé, le 6è d'octobre, un gros paquet de vous que je n’ai point reçu, quoiqu’il m’en soit parvenu six contre-signés Choiseul et chancelier. Tous ces six étaient des factums de plaideurs. Cependant je ne crois pas être de la chambre des vacations, encore moins du conseil d’État.
Pour moi, je vous envoie le factum de Massinisse contre Scipion, par l’avocat Lantin 1. Il a réformé son plaidoyer dans plusieurs points pour captiver la faveur de ses juges. Je ne sais si Lekain pourra plaider cette cause à Fontainebleau, devant le duc de Praslin et M. le duc de Choiseul . Je vous adresserai d’autres exemplaires dès que vous l’ordonnerez.
Si vous êtes à Fontainebleau, j’ai bien fait d’adresser ce paquet à M. le duc de Praslin ; et si vous êtes à Paris, j’ai encore bien fait, parce que ce paquet lui arrivera plus sûrement.
Qu’il ait la bonté de me permettre de le féliciter et de le remercier d’avoir mis Tunis à la raison. Comme on aime passionnément dans ce pays-là les montres de France, et qu’elles sont à bien meilleur marché que celles d’Angleterre, la fabrique de Ferney offre ses très humbles services à M. le duc de Praslin.
Pour moi, mon cher ange, je ne vous offre pour le présent que des vers de six pieds en tout genre. Je me flatte que Mme d’Argental est en bonne santé . Mme Denis vous fait les plus tendres compliments.
V. »
1 La Sophonisbe, bien entendu : https://www.theatre-classique.fr/pages/pdf/VOLTAIRE_SOPHONISBE.pdf
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14/04/2026
Je ne sais plus où sont ces messieurs
... dit la présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet devant les rangs désertés par les députés qui se fichent du tiers comme du quart des autorisations de travailler le 1er mai , eux qui sont payés -grassement- pour glander .
« A Jean-François-René Tabareau
Directeur général des Postes
à Lyon
et à Joseph Vasselier
Comment se portent monsieur Tabareau et monsieur Vasselier ? M. d'Alembert et M. le marquis de Condorcet sont-ils encore à Lyon ? J'ai envoyé à M. de Condorcet une lettre qui lui avait été adressée à Ferney, et je l'ai mise sous enveloppe à l'adresse de Lyon . Je ne sais plus où sont ces messieurs .
Je remercie monsieur Vasselier de la petite galanterie qu'il a bien voulu faire à M. Dupont avocat de Colmar .
Y a-t-il un M. de Sorry 1 qui soit connu à Lyon ? Y a-t-il une maison de campagne ou un village sous le nom de Saint-Rambert ?2
Mille compliments, mille amitiés . »
1 S'agit-il du Sorry à qui V* voulait jadis faire remettre par Brossette à Lyon un exemplaire de l'Histoire de Charles XII ? D'après Brossette, il s'agissait en fait d'un M. de Sozzi.
2 Ce Saint-Rambert n'est pas la localité sise comme le dit Besterman « à mi-chemin de Lyon et de Genève » ; c'est une petite commune située sur la Saône, dite de nos jours Saint-Rambert-l'île-Barbe, à quelques kilomètres au nord de Lyon . Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-Rambert-l%27%C3%8Ele-Barbe
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