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29/03/2025

rien ne serait plus déplacé et plus préjudiciable

... Tel est le constat fait par les entreprises françaises après le diktat trumpien contre ce qu'il nomme "discrimination positive" : https://www.france24.com/fr/am%C3%A9riques/20250329-en-gu...

 

 

« A Gabriel Cramer

[vers le 15 septembre 1769] 1

Le vieux malade prie instamment monsieur Cramer de ne pas envoyer un seul exemplaire en France avant que M. le maréchal de Richelieu ait reçu les siens . Monsieur Cramer sent bien que rien ne serait plus déplacé et plus préjudiciable à son ami .

Le vieux malade se charge aussi d'envoyer un exemplaire à Mme Lobreau 2.

Monsieur Cramer peut en dépêcher tant qu'il voudra pour l'Allemagne . Mais il est averti de n'en pas laisser passer à Lausanne, car ils y seraient contrefaits sur-le-champ . Il est prié d'envoyer aussi quelques exemplaires du recueil. »

1 Original . Ed. Gagnebin qui place la lettre dans la première moitié de 1761 ; mais elle se réfère manifestement aux Guèbres ; et le recueil peut être celui des anciens évangiles .

Il leur envoie son petit cuisinier

... Voir Top Chef !

 

 

« A François de Caire

et à

Marie-Elisabeth de Caire

14è septembre 1769 à Ferney

Le vieux solitaire malade est aux ordres de monsieur de Caire et de madame . Il leur envoie son petit cuisinier . Il leur présente ses respects, et il les supplie de vouloir bien présenter ce petit billet à M. de Bourcet . »

28/03/2025

n’y a-t-il point quelque méprise ?

.... Est-ce vraiment vrai que nous serons appelés à préparer un "sac de survie" ? https://www.msn.com/fr-fr/lifestyle/shopping/sac-de-survi...

La France se contentera modestement de publier le "manuel de survie " qui fera de nous, comme en 14, une armée à qui ne manquera pas un bouton de guêtre . Quand on voit comment fonctionne notre premier ministre, -complètement jobré, bazu triste, comme dit ma grand-mère-, notre avenir est plus qu'inquiétant .

 

 

« A Augustin-Marie, marquis de Ximénès

13è septembre 1769 1

Vraiment, monsieur le marquis, vous auriez rendu un grand service à trois ou quatre cent mille hommes qui soupirent après la tolérance, si vous aviez engagé M. le maréchal de Richelieu à faire jouer Les Guèbres à Fontainebleau. Mais n’y a-t-il point quelque méprise ? N’a-t-on point pris Les Scythes pour Les Guèbres ? Le jeune auteur n’est pas à portée de se mêler de cette affaire. On m’a dit qu’il vivait dans la plus profonde retraite, loin du tripot de la Comédie, et loin de tous les autres tripots. Personne ne s’est chargé de solliciter les représentations des Guèbres, personne n’en a été prié ; vous êtes le seul qui en ayez parlé à M. le maréchal de Richelieu, et c’est à vous seul qu’on en aurait l’obligation si la chose réussissait.

On m’a mandé que l’auteur y a fait quelques additions. Je suis persuadé qu’il vous enverrait sa pièce avec ses changements, et qu’il serait infiniment sensible à vos bons offices.

Je ne vois pas pourquoi le premier gentilhomme de la chambre aurait besoin, à Fontainebleau, du lieutenant de police de Paris pour faire jouer une tragédie imprimée. Le roi n’est-il pas le maître chez lui, et l’empereur Gallien ne peut-il pas débiter devant lui les maximes les plus sages et les plus favorables aux hommes, sans l’approbation par écrit d’un censeur royal ?

Au reste, je doute fort que le magistrat de la police prenne sur lui d’approuver ouvertement cette pièce ; il est trop circonspect, et les ennemis de la raison sont trop acharnés. Si vous pouvez l’encourager et le déterminer, vous ferez une bien belle action, et en qualité de tolérant, je vous aurai la même obligation que les premiers chrétiens avaient à ceux qui faisaient cesser les persécutions.

Les derniers chapitres de l’Histoire dont vous me parlez ne peuvent pas sans doute être de la même main que les autres. Ils sont remplis de fautes grossières et de faussetés évidentes : les noms sont estropiés, les méprises sont absurdes 2. »

1 Original ; éd. Voltaire à Ferney qui change la date en 1er septembre [1767].

2 Fin de la seconde page , la fin de cette lettre manque.

27/03/2025

confondre le fanatisme des sots et [d’]enhardir la timidité des sages

... Vaste programme, comme aurait-dit le Général !

 

 

« A Jean-François-René Tabareau

Je ne vous appellerai plus mon cher ami, puisque vous m’appelez monsieur , mais je prie instamment votre raison, votre zèle pour la bonne cause et vos bontés pour moi, de confondre le fanatisme des sots et d’enhardir la timidité des sages.

On me mande que Les Guèbres doivent être joués à Fontainebleau, mais j’en doute beaucoup. Tout ce que je sais certainement, c’est qu’un de mes amis doit en parler avec vigueur à M. de Sartines. Il doit le prévenir sur le dessein de représenter la pièce à Lyon, afin que les fanatiques de Paris aient moins de prétextes pour crier. Je pense qu’il suffira que M. de Sartines vous mande qu’il ne s’oppose point aux spectacles que vous donnez dans votre ville, et qu’il s’en remet au goût et à la volonté de vos magistrats.

Je demandais le nom d’un médecin de Lyon pour avoir un prétexte de faire un petit voyage, en cas qu’on joue Les Guèbres. Comme je suis toujours malade, le prétexte est valable. La véritable raison était de venir vous embrasser.

Je pourrais comme un autre vous dire, monsieur, que je suis votre très humble et très obéissant serviteur , mais j’aime bien mieux être votre ami.

Voici un exemplaire 1 où il se trouve des changements qui n’étaient pas dans l’autre. 

13 septembre 1769.2»

1 Des Guèbres.

2 Original ; éd. Voltaire à Ferney qui suppose la lettre écrite à Marin, ou peut-être à Tabareau . Nous pensons, avec Moland, que la seconde identification est la bonne ; Tabareau est lyonnais, non pas Marin .

Vous savez quel brigandage a régné ... Voilà ce qui m’avait déterminé à sortir de France

... Déclaration impossible de Gérard Depardieu qui cherche par ailleurs tous les faux-fuyants possibles pour échapper à sa punition d'agresseur sexuel .

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« A Louis-François-Armand du Plessis, duc de Richelieu

13è septembre 1769 à Ferney

En voici bien d’une autre, monseigneur ; M. de Chimène me mande que vous avez la bonté de faire jouer à Fontainebleau Les Guèbres. Je prends donc la liberté de vous les envoyer, quoiqu’ils me soient dédiés.

Vraiment, je vous serais très obligé si, au lieu de Tancrède ou de Mérope, qu’on connaît assez, on jouait Les Guèbres et Les Scythes, qu’on ne connaît point. Cela mettrait, ce me semble, plus de vivacité dans vos amusements de Fontainebleau ; et ce serait pour moi une grande consolation et beaucoup d’honneur de contribuer un moment à vos plaisirs.

Si vous avez lu l’Histoire du Parlement, vous avez trop de pénétration et de goût, avec trop de connaissance du temps présent, pour ne pas vous apercevoir que ces chapitres ne sont pas de la même main qui a écrit les premiers. Presque toutes les anecdotes sont fausses. On a pris le conseiller Vesigny pour le vieux président de Nassigny. On suppose que tous ceux qui ont assisté au procès de Damiens ont eu des pensions, ce qui est également faux et ridicule. D’ailleurs, ces chapitres sont écrits très grossièrement, et avec une impropriété de langage qui révolte 1.

Vous savez quel brigandage a régné dans la Compagnie des Indes et au Canada ; il n’y en a pas moins dans la république des lettres. Voilà ce qui m’avait déterminé à sortir de France, et si j’y suis rentré, ce n’est pas bien avant. Vos bontés me consolent de tout. Agréez le tendre respect de votre vieux serviteur, qui sera pénétré pour vous tant qu’il vivra de son inutile et inviolable attachement.

V. »

26/03/2025

Je ferai probablement comme tous les autres hommes, je mourrai en ayant des projets et des désirs inutiles

... Dure réalité . En attendant, faisons le maximum possible d'utile .

C'est dit . Hier était la journée de la procrastination; aujourd'hui, en avant ...

 

 

« A Marie-Louise Denis

11è septembre 1769

J’ai tant de choses à vous dire, ma chère amie, que je ne vous dirai presque rien . J'ai été fort malade, je le suis presque toujours ; cet état est à mon sens le plus triste de tous . On n'ose alors faire aucun projet ; le corps, et ce qu’on appelle l'âme sont également accablés ; l'amitié même, loin d'être une consolation, augmente nos peines, parce que nous sentons alors que nous allons quitter tout ce que nous aimons . Songez à votre santé, c'est de là que tout dépend . L'hiver qui s'approche me fait frémir pour vous et pour moi . Je me suis amusé cet été à nourrir des vers à soie ; j’ai fait de la soie ; j'ai fait quelques mailles à une paire de bas qu'on tricote pour vous ; mais cet ouvrage est plus long à faire qu'une tragédie ; il y a un mois qu'on tricote, et nous n'en sommes encore qu'à la moitié .

J'ai pris le parti d'en faire travailler une paire au métier pour Mme la duchesse de Choiseul pour qu'elle eût le premier bas de soie qu'on ait fait dans le pays de Gex, et pour que son mari qui fait bientôt bâtir sa ville de Versoix, vit qu'on peut établir des manufactures dans sa colonie .

J'avais demandé à Mme de Choiseul, qu'on dit posséder le plus joli petit pied du monde, un de ses souliers pour prendre juste ma mesure . Elle m'a envoyé un soulier de treize pouces de long . Je l'ai appelée Mme Gargantua , et je lui ai envoyé des bas pour les enfants de Mme Gigogne .

L'intendant de Bourgogne 1 est actuellement à Versoix ; et l'on attend M. de Bourcet 2 . On va tracer la ville , et acheter les terrains ; M. Amelot est venu chez moi avec toute sa suite . Je ne suis pas en état de lui rendre sa visite et de grossir sa cour .

De vous dire ce que je deviendrai, c'est ce que je n'ose faire, car je n'en sais rien . Je ferai probablement comme tous les autres hommes, je mourrai en ayant des projets et des désirs inutiles .

Je me suis bien douté que M. de Wim 3 ne répondrait pas à Mme Lelong 4. C'est une affaire qu'il faut abandonner . C'est depuis longtemps un assez grand chagrin pour moi d'être exposé aux caprices de M. de Wim, avec qui je ne voulais jamais avoir rien à démêler ; qui a de l'humeur très mal à propos ; et qui est opiniâtre dans les plus petites choses .

Il serait bien plus convenable et bien plus utile que vous priassiez sérieusement M. d'Hornoy de demander à M. de Laleu le contrat passé avec feu M. le prince et Mme la princesse de Conti ; il n'y aurait qu'à me l'envoyer, et je ferais faire sur-le-champ les diligences nécessaires, et signifier nos droits au régisseur de Régicourt en Lorraine .

Vous savez peut-être que votre sœur, à qui j'ai déjà cédé 2 800 livres de rente, demande encore une petite cession, mais il est juste que vous ayez toujours une part beaucoup plus forte ; c'est à quoi je travaillerai au mois d'octobre, temps auquel j'espère que les affaires de Montbéliard seront pleinement arrangées . On m'a manqué de parole depuis six mois, comme vous le verrez par la lettre de Dupont dont je vous envoie l'original 5 .

Nous vivrions sans doute beaucoup plus commodément réunis que séparés . Je ne crains pour vous que l'horreur de l'ennui dans de longs hivers au milieu des frimas et des neiges, avec un vieillard qui a renoncé à toute société, hors à la vôtre, et qui n'a de consolation que celle de se faire lire et de dicter 6, ses yeux ne lui permettant plus de lire ni d’écrire, dès que la neige est sur la terre .

Il faut absolument que Dupuits et sa femme tiennent leur ménage, élèvent leur fille, et prennent soin de leur bien de campagne .

Le frère de Mme de Sauvigny 7 ne peut pas toujours rester chez moi ; je ne l'ai pris pendant quelque temps que par pure compassion, et pour lui donner le loisir de payer ses dettes criardes . Sa société ne vous amuserait pas quoiqu’il soit infiniment complaisant et qu'il sache rester dans sa chambre toute la journée . On n'a rien à se dire dans la retraite ; on n'est point soutenu par l'histoire du jour. Très peu de gens ont dans eux-mêmes un fonds de conversation utile . C'est ce qui m'a déterminé à substituer pendant mon frugal dîner et mon frugal souper des lectures instructives à l'ennui de ne rien dire, ou de dire de ces choses frivoles dont il ne reste rien, et qui forment pourtant tout le brillant de la société de Paris .

L'amusement du théâtre, et l’affluence du monde vous a soutenue pendant quelque temps, mais ce sont des plaisirs de passage qui nous sont désormais interdits .voyez si vous avez en effet le courage de venir affronter la solitude . C'est une très grande entreprise que je souhaite pour ma consolation, et que je crains extrêmement pour vous . Les premiers jours sont agréables, les autres peuvent être affreux . La campagne est un séjour horrible pour une femme de Paris , à moins qu'elle n'en aime passionnément les détails, et qu'elle ne soit entourée d'une société convenable . Recevoir chez soi des officiers qui viennent en bottines jouer une partie de wisk 8, avec lesquels on ne peut former aucune liaison, , et qui dans six mois vont se transplanter à cent lieues de vous, ne voir que des oiseaux de passage, aller à deux lieues faire une visite, cela n'est pas bien délicieux, et à la longue c'est un supplice .

Consultez-vous donc bien, encore une fois ; gardez-vous du repentir . Je suis prêt d'immoler toutes mes consolations à votre bonheur ; je ferai tout ce que vous voudrez . Le premier de mes désirs est que vous soyez heureuse avec moi, et le second que vous soyez heureuse sans moi .

On devait jouer Les Guèbres à Lyon ; mais la seule crainte de déplaire à l'archevêque qu'on suppose avoir du crédit, à grand nombre de protestants qui sont à Lyon, les applications toutes naturelles des Guèbres aux protestants, en un mot , les préjugés qui gouvernent le monde, ont empêché le prévôt des marchands de hasarder la pièce ; il n'a pas même osé en parler à l'archevêque . L'intendant a voulu les faire jouer à sa campagne, et je ne sais s'il en aura le courage . Lyon attend que la pièce soit représentée à Paris, et Paris attend qu'elle le soit à Lyon .

On donnera le divertissement de La Princesse de Navarre à Fontainebleau, Mérope et Tancrède . J’aimerais mieux qu'on donne Les Scythes. À l’égard de Pandore, M. d'Argental m'a proposé des changements qui me paraissent impraticables, et qu'il m’est impossible de faire . Voilà tout ce que je sais sur le chapitre des bagatelles . L'essentiel pour moi est que je puisse contribuer à votre félicité .

J'aurais voulu, ma chère amie, vous écrire de ma main mais je suis trop faible . Je vous embrasse bien tendrement .

V. »

1 Antoine-Jean Amelot de Chaillou

2 Sur ce « de Bourcet » voir lettre du 27 avril 1768 à Mme Denis : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2023/12/30/nous-mettrons-tout-cela-au-net-dans-un-mois-6477846.html

Son nom véritable est Pierre-Joseph Bourcet ; il a été envoyé en Corse en qualité de lieutenant général en mars 1769 .

3 Louis XV . La transformation de Vimes, proposé comme pseudonyme par Mme Denis, en Wim, proche de l'anglais whim « caprice » répond peut-être de la part de V* à une intention ; voir la suite du paragraphe .

4  Mme Du Barry .

5 Cette lettre ne nous est pas parvenue, mais voir la lettre du 19 septembre 1769 à Dupont qui est la réponse .

6  Mot significatif . Le 22 août, Hennin a écrit à Mme Denis , en parlant bien entendu de V* ( « le patron » ) : « Il est très vrai qu'il a des moments de vide, qu'il sent la différence de votre société à celle à laquelle il se réduit, mais un autre motif le retient . Sa fureur d'imprimer qui continue toujours, qui augmente même, ne lui laisse pas envisager sans peine d'avoir auprès de lui quelqu'un qui soit en droit de lui en représenter les dangers . Croyez, madame, que c'est à cette passion que vous êtes sacrifiée ; » Le témoignage est d'autant plus intéressant qu'Hennin guettait , pour le compte de Mme Denis, les « bons moments » de son oncle à son égard .

7  Durey de Morsan, dont Mme Denis et Hennin se plaignent souvent . Pour la première, écrivant au second, il est au premier rang des «  gens si atroces » qui peuplent la maison de son oncle (lettre du 11 septembre 1769 ) . Elle précise même : « Ce galant homme a empoisonné son père. […] Il faut vous dire que cet homme a un laboratoire chez le patron, qu’il fait des drogues toute la journée . Ce qui me rassure pour le patron c'est qu'il a intérêt à le conserver . Mais il en a beaucoup à faire du mal et je crains fort ses bouillons.". Noter que les relations entre Hennin et Mme Denis sont si intimes qu'il lui a dit de venir vivre avec lui dans une « espèce de mariage".

8 Le Whist .

25/03/2025

« Vous ne valez pas mieux que les prêtres de Pluton ; vous seriez, dans l’occasion, plus méchants qu’eux ». Si on ne le leur dit pas en face, on le dit si haut que tous les échos le répètent

... Avis à tous ces religieux de toutes obédiences qui bafouent les règles qui les régissent, comme par exemple dans les établissements scolaires de sinistre réputation qu'on ose enfin dénoncer .

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

11è septembre 1769 1

Non vraiment, on ne s’est point adressé à l’archevêque de Lyon, mon cher ange ; mais on a craint de lui déplaire : c’est pure poltronnerie au prévôt des marchands. L’intendant veut faire jouer la pièce à sa maison de campagne ; mais cette maison est tout auprès de celle du prélat, et on ne sait encore s’il osera élever l’autel de Baal contre l’autel d’Adonaï. Les petites additions aux Guèbres 2 ne sont pas fort essentielles. Je les ai pourtant envoyées à La Harpe. Il y a deux vers qu’il ne sera pas fâché de prononcer ; c’est en parlant des marauds d’Apamée :

Ils ont, pour se défendre et pour nous accabler,
César, qu’ils ont séduit, et Dieu, qu’ils font parler. 3

Le seul moyen de faire jouer cette pièce, ce serait de détruire entièrement dans l’esprit des honnêtes gens la rage de l’allégorie. Ce sont nos amis qui nous perdent. Les prêtres ne demanderaient pas mieux que de pouvoir dire : « Ceci ne nous regarde pas, nous ne sommes pas chanoines d’Apamée, nous ne voulons point faire brûler les petites filles ». Nos amis ne cessent de leur dire : « Vous ne valez pas mieux que les prêtres de Pluton ; vous seriez, dans l’occasion, plus méchants qu’eux ». Si on ne le leur dit pas en face, on le dit si haut que tous les échos le répètent.

Enfin je ne joue pas heureusement, et il faut que je me retire tout à fait du jeu.

Je vois bien que Pandore a fait coupe-gorge. Il est fort aisé de faire ordonner par Jupiter, à la dame Némésis, d’emprunter les chausses de Mercure, et son chapeau et ses talonnières ; mais le reste m’est impossible : Tu nihil invita dices facies ve Minerva 4. Ce sont de ces commandements de Dieu que les justes ne peuvent exécuter.

J’ai reçu une lettre d’un sénateur de Venise, qui me mande que tous les honnêtes gens de son pays pensent comme moi. La lumière s’étend de tous côtés ; cependant le sang du chevalier de La Barre fume encore. À l’égard de celui de Martin, ce n’est pas à moi de le venger . Tout ce que je puis dire, mon cher ange, c’est qu’il y a des tigres parmi les singes . Les uns dansent, les autres dévorent. Voilà le monde, ou du moins le monde des Welches ; mais je veux faire comme Dieu, pardonner à Sodome s’il y a dix justes 5 comme vous.

Mille tendres respects à mes deux anges. »

1 Copie Beaumarchais-Kehl ; éd. Kehl . Le même jour Diderot écrit à Sophie Volland qu'il a reçu Le dépositaire «  à présenter aux comédiens […] Je doute que les comédiens l'acceptent ; et quand les comédiens l'accepteraient, je doute que la police le permette »

2 Ni les additions ni la lettre d'accompagnement ne nous sont parvenues .

4 Horace, Art poétique ., v. 385 : https://bcs.fltr.ucl.ac.be/hor/pisonstrad.html

« Tu ne diras ou ne fera rien contre le gré de Minerve . »

5 Genèse, chap. xviii, 32 : https://saintebible.com/genesis/18-32.htm