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07/04/2024

Je n’ai d’autre intention que de tout souffrir pour tout pacifier. J’aime mieux être opprimé qu’oppresseur ... la chose est difficile

... Et, disons-le tout net, impossible quand on a un pays à sauver , et qu'il faut rendre/ donner coup pour coup jusqu'à épuisement .

Bilan non exhaustif des pays en guerre : https://www.bbc.com/afrique/articles/cd1pvr5z3zdo

Que dit-on à l'ONU : https://www.ohchr.org/fr/press-releases/2024/04/le-conseil-adopte-cinq-resolutions-dont-celle-demandant-quun-cessez-le-feu

 

 

 

« A Germain-Gilles Richard de Ruffey, etc.

à Dijon

24è septembre 1768 à Ferney

J’ai suivi votre conseil, mon très cher président, j’ai écrit à M. Legouz 1 ; je l’ai supplié de porter M. De Brosses à un accommodement honorable, digne de sa place et digne de l’Académie dont il est membre. Je vous supplie donc d’envoyer à M. Legouz la copie de ma lettre écrite au président de Brosses 2, afin qu’il soit au fait.

Vous et M. Legouz, vous frémiriez d’horreur si je vous informais du procédé que M. De Brosses a eu en dernier lieu. Promettez-moi le secret, et je vous dirai de quoi il s’agit.

Je n’ai d’autre intention que de tout souffrir pour tout pacifier. J’aime mieux être opprimé qu’oppresseur 3. Je sais perdre avec ceux qui veulent absolument gagner, et je ne prétends que prévenir un procès entre M. De Brosses et ma famille après ma mort. M. De Brosses a cru qu’ayant acheté une charge de président à mortier au parlement de Dijon, il pourrait écraser facilement ma famille. Il se trompe ; j’ai des neveux conseillers au parlement de Paris et au grand conseil 4, qui ont l’âme aussi noble que la sienne est intéressée, et qui se feront un devoir de mettre au jour des procédés dont j’ai bien voulu jusqu’à présent cacher la honte.

Pour moi, je veux mourir en paix. Il me menace de me persécuter : la chose est difficile . Mais l’idée en est abominable, et c’est le comble de l’infamie. Ensevelissez dans l’oubli, mon cher ami, des choses aussi monstrueuses. Ce sera d’ailleurs une action digne de vous d’engager M. Legouz à faire rentrer, s’il se peut, M. De Brosses en lui-même, ou plutôt à le faire sortir un moment de lui-même. Je vous aurai obligation de la paix, et M. De Brosses vous aura une obligation encore plus grande. J’ai en vous, mon cher président, une confiance entière. J’attends tout de votre sagesse et de l’amitié dont vous m’honorez.

Je vous embrasse avec les plus respectueux sentiments et la plus tendre reconnaissance.

V. »

1 Benigne Legouz de Gerland ; voir lettre du 24 août 1761 à d'Argental : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/07/28/il-est-bon-de-fixer-le-public-par-un-nom-de-peur-que-le-mien-5830890.html

La lettre dont il est question ici est pardue .

3 Phrase extraordianiare d ela part de V* quii montre à quel point il redoute son adversaire, ce à juste titre .

4 Le conseiller au grand conseil était l’abbé Mignot, frère de Mme Denis et de Mme de Fontaine, et le conseiller au parlement M. de Dompierre d’Hornoy, fils de Mme de Fontaine, mort en janvier 1828.

06/04/2024

Destinataire inconnu

...  Pas mieux ! Un follower ...

 

« [Destinataire inconnu]

Ferney, 21 [ou 22] septembre 1768 1

[Pas de texte disponible.]

1 L'original signé d'une seule page de texte passa à la vente John H. V. Arnold ( New York 8 mars 1905 ), puis à la vente Merwin Clayton ( 13 mai 1907). La date donnée par le premier catalogue est le 21, celle du second catalogue le 22 . Il s'agit évidemment de deux lectures d'un même chiffre qui doit être 1, car c'est généralement sur 1 et non sur 2 que se produisent les confusions .

vous rencontrerez des Arlequins en soutane, qui ne me feraient plus rire.

... Vous les trouverez facilement en ce Moyen-Orient de cinglés qui se disent honorer Allah et YHWH, et n'oublient pas dans leurs prières le dieu pétrole qui leur fourni les armes . Barbus comme Ali Khamenei ou imberbes comme Netanyahou ne savent que donner des coups de pieds dans la foumilière, destructeurs confirmés uniquement . Il ne reste qu'à attendre la "riposte inexorable" iranienne pour voir s'étendre la destruction : https://www.aa.com.tr/fr/monde/nasrallah-liran-ripostera-...

A quand la reconstruction ?

 

 

« A Marc-Antoine-Louis Claret de La Tourrette 1

18è septembre 1768 à Ferney

Vous allez vous réjouir, monsieur, et vous faites fort bien. On ne peut mieux prendre son temps pour aller voir le pape, que lorsqu’on lui donne des nazardes en lui baisant les pieds. Je ne suis lié à présent avec personne en Italie, et je me suis retranché presque toutes mes correspondances. Il n’y a peut-être que deux personnes à qui je pourrais écrire : l’une est le marquis Beccaria, à Milan ; l’autre, le marquis Albergati, à Vérone. Celui-là joue la comédie tant qu’il peut, et est, dit-on, bon acteur. Si vous voulez, je leur écrirai, et je me vanterai d’avoir l’honneur de vous connaître. J’attends sur cela vos ordres. Pour moi, je ne dois attendre de Rome que des excommunications. Vous recevrez plus de bénédictions des dames que du pape. Vous entendrez de la belle musique, qui n’est plus faite pour mes oreilles dures . Vous verrez de beaux tableaux dont mes yeux affaiblis ne pourraient plus juger ; et vous rencontrerez des Arlequins en soutane, qui ne me feraient plus rire.

Je vous souhaite un bon voyage. J’ai l’honneur d’être avec les sentiments les plus respectueux et les plus tendres, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

V.

Je présente mes respects à toute votre famille. »

05/04/2024

Apparemment qu’on a voulu la dédommager un peu de ses pertes, et qu’on a cru qu’avec votre protection elle pourrait continuer plus heureusement son petit commerce

... La ministre déléguée auprès du ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire, Agnès Pannier-Runacher, sans doute accro au sucre, laisse la bride sur le cou de l'industrie betteravière , grosse utilisatrice de pesticides cancérigènes reconnus, dans le même temps que les députés bannissent les PFAS sauf ceux de nos batteries de cuisine qui sont nos amis du quotidien bien entendu .

Voir :

https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/04/05/agricul...

et (bon appétit , l'ennemi est déjà en nous) : https://www.ecoconso.be/fr/content/comment-se-proteger-des-pfas

 

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol,comte d'Argental

18 septembre 1768

Il y a un Tronchin 1, mon cher ange, qui, lassé des tracasseries de son pays, va voyager à Paris et à Londres, et qui n’est pas indigne de vous. Il a souhaité passionnément de vous être présenté, et je vous le présente. Il doit vous remettre deux paquets qu’on lui a donnés pour vous. Je crois qu’ils sont destinés à cette pauvre sœur d’un brave marin 2 tué en Irlande, laquelle fit, comme vous savez, un petit voyage sur terre 3, presque aussi funeste que celui de son frère sur mer. Apparemment qu’on a voulu la dédommager un peu de ses pertes, et qu’on a cru qu’avec votre protection elle pourrait continuer plus heureusement son petit commerce. Je crois qu’il y a un de ces paquets venu d’Italie, car l’adresse est en italien . L’autre est avec une surenveloppe 4 à M. le duc de Praslin.

Pour le paquet du petit Desmahis, je le crois venu à bon port ; il fut adressé, il y a quinze jours, à l’abbé Arnaud, et je vous en donnai avis par une lettre particulière.

Je crois notre pauvre père Thoulier 5, dit l’abbé d’Olivet, mort actuellement, car, par mes dernières lettres, il était à l’agonie. Je crois qu’il avait quatre-vingt-quatre ans. Tâchez d’aller par-delà, vous et Mme d’Argental, quoique, après tout, la vieillesse ne soit pas une chose aussi plaisante que le dit Cicéron 6.

Vous devez actuellement avoir Lekain à vos ordres. C’est à vous à voir si vous lui donnerez le commandement du fort d’Apamée 7, et si vous croyez qu’on puisse tenir bon dans cette citadelle contre les sifflets. Je me flatte, après tout, que les plus dangereux ennemis d’Apamée seraient ceux qui vous ont pris, il y a cent ans, Castro et Ronciglione 8 ; mais, supposé qu’ils dressassent quelque batterie, n’auriez-vous pas des alliés qui combattraient pour vous ? Je m’en flatte beaucoup, mais je ne suis nullement au fait de la politique présente ; je m’en remets entièrement à votre sagesse et à votre bonne volonté. 

Je n’ai point vu le chef-d’œuvre d’éloquence de l’évêque du Puy 9 ; je sais seulement que les bâillements se faisaient entendre à une lieue à la ronde.

Dites-moi pourquoi, depuis Bossuet et Fléchier, nous n’avons point eu de bonne oraison funèbre ? est-ce la faute des morts ou des vivants ? les pièces qui pèchent par le sujet et par le style sont d’ordinaire sifflées.

Auriez-vous lu un Examen de l’Histoire d’Henri IV 10, écrite par un Bury ? Cet Examen fait une grande fortune, parce qu’il est extrêmement audacieux, et que, si le temps passé y est un peu loué, ce n’est qu’aux dépens du temps présent. Mais il y a une petite remarque à faire, c’est qu’il y a beaucoup plus d’erreurs dans cet Examen que dans l’Histoire d’Henri IV. Il y a deux hommes bien maltraités dans cet Examen : l’un est le président Hénault en le nommant, et l’autre que je n’ose nommer 11. Le peu de personnes qui ont fait venir cet Examen à Paris en paraissent enthousiasmées . Mais, si elles savaient avec quelle impudence l’auteur a menti, elles rabattraient de leurs louanges.

Adieu, mon cher ange ; adieu, la consolation de ma très languissante vieillesse.

N.B. Vous sentez bien que la crême des fromages qu'on envoie à la sœur du marin est pour vous 12 .

V.»

4 Littré ne cite aucun exemple de ce mot ; il s'explique par le fait que l'usage de l'enveloppe est encore exceptionnel à l'époque.

5 L’abbé d’Olivet n’est mort que le 8 octobre 1768.

6 Dans son traité De seneclute = «  De la vieillesse ».

8 Voir page 204 https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome27.djvu/212

Ces deux places appartenaient au duc de Parme et ont été saisies par le pape en représailles des actions de force commises contre lui ; V* en parle au chapitre V de sa brochure Les Droits des hommes et les Usurpations des autres.

11  Louis XV, désigné sous le nom de petit-fils de Shah-Abbas .

Le roi lui-même ; voir lettre à Hénault du 13 septembre 1768: http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2024/03/26/m-6491423.html

12 Ce nota bene est omis dans l'édition de Kehl . Il s'agit de brochures évidemment .

04/04/2024

Votre sagesse qui prévenait l'âge et les agréments de votre conversation me charmaient

... D'Emmanuel Macron à Gabriel Attal pour expliquer son choix . La reconnaissance d'un président qui aime diriger seul à un ministre du même tonneau ?

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« Au comte Alexandre Romanovitch Vorontsov

17è septembre [1768] au château de Ferney 1

Monsieur,

Par la dernière lettre dont vous m'honorez, vous m'ordonnez de vous écrire à Pétersbourg . Je vous fais mon compliment d’être auprès de la législatrice du Nord . J'eus l'honneur de lui envoyer il y a six mois un gros paquet qu'elle avait daigné demander . Je me flatte que les bons serviteurs du pape et des jésuites, qui sont en si grand nombre en Pologne, n'auront pas intercepté mon paquet . Mon gros paquet partit au mois de mars , de Genève , revêtu d'une toile cirée, et fut adressé à Hambourg. Il est vrai que le chemin est long et que vous auriez plutôt pris deux ou trois provinces polonaises, qu'un paquet ne serait venu de Genève chez vous .

Je suppose que M. le prince de Galitzin est actuellement dans votre cour . Un de mes grands regrets est de n'avoir pu avoir l'honneur de le voir avant son départ de France . C'est un des hommes pour qui je conserverai toute ma vie la plus respectueuse estime . Vous mettriez le comble à vos bontés, monsieur, si vous vouliez bien lui dire à quel point je lui suis dévoué .

J'ai été plus heureux auprès de M. le comte de Schouvaloff, chambellan Sa Majesté impériale, et de Mme la comtesse sa femme. Je me souviendrai toujours qu'ils ont daigné passer quelques jours dans mon ermitage , et des plus jolis vers qu'il fait dans notre langue . Je vous demande en grâce de ne me pas oublier quand vous le verrez .

Mais ce qui sortira bien moins de ma mémoire, c'est le bonheur que j'ai eu de vous faire ma cour dans ma petite maison des Délices, quand vous étiez à Genève . Vous aviez une espèce de Mentor avec vous mais il ne valait pas son Télémaque . Votre sagesse qui prévenait l'âge et les agréments de votre conversation me charmaient . Je vis combien vous étiez digne des plus grands emplois qui seront sans doute votre partage .

Je deviens bien vieux, je n'en serai pas témoin, mais jusqu'au dernier moment j'aurai l’honneur d’être avec tous les sentiments les plus vrais et les plus respectueux,

monsieur,

votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire. »

1 Original signé (Odessa) ; copies anciennes ; édition Vorontsov . Notre texte est pris des copies de la B.N. qui paraissent fidèles.

03/04/2024

Le monde est rempli d’automates qui ne méritent pas qu’on leur parle

... Ce sont tous ces suiveurs  qui consomment du  réseau social "d'influenceurs" compulsivement et perdent tout sens raisonnable, de même que ceux qui se pâment d'admiration en croyant que Cyril Hanouna est un bienfaiteur et que ses chroniqueurs sont payés pour être francs , tout ceux-là sont de lamentables spectateurs bornés .

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«  A Jean-Chrysostome Larcher, comte de La

Touraille, Premier gentilhomme de

la chambre de S.A.S. Monseigneur le

Prince de Condé

à l'hôtel de Condé

à Paris

À Ferney, 16è septembre 1768

Je reconnais, monsieur, la justesse de votre esprit et la honte de votre cœur dans la lettre dont vous m’honorez. J’ai toujours pensé que les athées étaient de très mauvais raisonneurs, et que cette malheureuse philosophie n’est pas moins dangereuse qu’absurde. La plupart des hommes, et encore plus des dames, jugent sans réfléchir, et parlent sans penser. Une femme, dirigée par un janséniste, croit que c’est être athée que de nier la grâce efficace, comme les dévotes des jésuites accusaient d’athéisme ceux qui doutaient de la grâce versatile 1. Je suis persuadé qu’actuellement les dévotes de Rome regardent le roi de France, le roi d’Espagne, le roi de Naples et le duc de Parme, comme de francs athées 2. Le monde est rempli d’automates qui ne méritent pas qu’on leur parle. Le nombre des sages sera toujours extrêmement petit. Vous êtes non-seulement, monsieur, de ce petit nombre des élus, mais encore du plus petit nombre des bienfaisants. Pour moi, à qui mon âge et mes maladies ne laissent que peu de temps à vivre, je serai jusqu’au dernier moment de ma vie au nombre, non moins petit, des reconnaissants. »



1 La grâce versatile est, d'après certains théologiens, particulièrement aux molinistes, ce qui peut être obtenu par le simple effort de la volonté .

2 Tous ces princes avaient chassé les jésuites de leurs États et confisqué des biens ecclésiastiques .

02/04/2024

On ne fait pas toujours tout ce dont on serait capable

... Y compris mettre en ligne au jour le jour les notes de son blogounet . Heureusement il y a la post-synchronisation ...

 

 

« A Charles Bordes

16è septembre 1768 1

Mon cher correspondant, si les ouvrages gais guérissent les vapeurs, il faut vous dire : Médecin, guéris-toi toi-même 2 ; vous êtes à la source des remèdes. Qui fait, quand il le veut, des choses plus gaies, plus agréables, plus spirituelles que vous ?

Il est très vrai que Jean-Jacques a mis tous ses petits bâtards à l’hôpital. Je suis fort aise qu’il fasse une fin, et que la sorcière termine ses amours en épousant son sorcier 3. Je ne croyais pas qu’il y eût dans le monde quelqu’un qui fût fait pour Jean-Jacques.

Il est bien vrai que j’avais promis, il y a trois mois, à l’Électeur palatin, d’aller lui faire ma cour 4; mais ma détestable santé m’a privé de cet honneur et de ce plaisir.

Je n’ai point entendu parler des prétendues faveurs du parlement de Paris. J’ai un neveu actuellement conseiller à la Tournelle, qui ne m’aurait pas laissé ignorer tant de bontés. On ne fait pas toujours tout ce dont on serait capable.

Je vous embrasse de tout mon cœur, mon cher ami ; portez-vous bien. J’espère recevoir encore quelques amusettes pour vous. »

1 L'édition de Kehl amalgame des extraits de la présente lettre et des lettres de septembre-octobre 1768, du 18 novembre , du 29 novembre et du 17 décembre 1768 pour ne faire une seule lettre datée du 17 décembre 1768, en supprimant le paragraphe sur Rousseau. Cayrol rétablit en grande partie la situation .

2 Evangile de Luc, iv, 2 : https://saintebible.com/luke/4-23.htm

3 J.-J. Rousseau a épousé Thérèse Levasseur le 28, le 29 ou plus probablement le 30 août 1768 . Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Th%C3%A9r%C3%A8se_Levasseur

4Par la lettre du 24 mai 1768 à Collini , dans laquelle il lui promet, « mort ou vif », de l’embrasser à la fin de juillet : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2024/01/15/je-veux-avant-de-mourir-remplir-mon-devoir-et-jouir-de-quelq-6480363.html