25/01/2026
J’ai été tout émerveillé de la petite galanterie que vous m’avez envoyée . J’en suis très touché. Vous sentez combien je suis sensible à une telle marque d’amitié
... Au deuxième degré, même au troisième, en grinçant des dents, voici ce qu'aurait pu dire Volodymyr Zelensky au sortir de la réunion avec les émissaires russes et U.S., alors que Poutine dans le même temps envoie encore bombes et drones à qui mieux-mieux sur les civils ukrainiens . Que dit le fantoche Trump ? Il se défile, ne sachant frapper que les plus faibles .
« A François Achard Joumard Tison, marquis
d'Argence, Brigadier des armées
du roi , etc.
à Angoulême
3è auguste 1770
Mon cher philosophe militaire, vous m’aviez mandé, il y a deux mois, que vous passeriez chez nous, et je vous attendais. J’imaginais que vous alliez voir messieurs vos enfants 1, et ç’aurait été une grande consolation pour moi de vous embrasser sur la route. Je suis tombé dans un état de faiblesse dont j’ai l’obligation à ma vieillesse et à un travail un peu forcé ; mais il faut travailler jusqu’à la fin de sa vie. Job, un de mes patrons, dit que l’homme est né pour travailler, comme l’oiseau pour voler 2.
J’ai été tout émerveillé de la petite galanterie que vous m’avez envoyée . J’en suis très touché. Vous sentez combien je suis sensible à une telle marque d’amitié.
Vous ne saviez pas apparemment l’autre galanterie que les gens de lettres de Paris ont bien voulu me faire. Si vous étiez venu à Ferney, vous y auriez vu M. Pigalle, qu’ils m’ont envoyé, et qui a fait le modèle d’une statue dont ils honorent ma très chétive figure. Je n’ai point un visage à statue ; mais enfin il a bien fallu me laisser faire. Il n’y a pas eu moyen de refuser un honneur que me font cinquante gens de lettres des plus considérables de Paris . Cette faveur est rare. Ils ont fait un fonds pour donner à M. Pigalle un honoraire convenable . J’en ai été surpris, et le suis encore. Je ne puis attribuer une chose si extraordinaire qu’au désir qu’on a eu de consoler votre ami des choses dont vous parlez. Il doit actuellement les oublier. Une statue de marbre annonce un tombeau, et j’y descendrai en vous étant aussi attaché que je l’ai été depuis que j’ai eu l’honneur de vous connaître.
V.»
1 D'Argence a trois enfants : Louise, Françoise et François-Isaac . Voir : https://www.google.com/url?sa=t&source=web&rct=j&opi=89978449&url=http://www.pastellists.com/Genealogies/Achard.pdf&ved=2ahUKEwicot-rwaSSAxWMcKQEHa3XKc8QFnoECBcQAQ&usg=AOvVaw17Jp34rqeTo2q3IcRLxUKO
2 Job, chapitre V, verset 7 : https://www.aelf.org/bible/Jb/5
00:05 | Lien permanent | Commentaires (0)
24/01/2026
On ajoute le mot « Boire », dont la grande Encyclopédie n' a point parlé, ce qui forme un article important pour tous les cabarets du royaume
... La législation du XXème siècle a ajouté le fameux et ridicule "avec modération" : car qui connait ce "Modération" ? Franchement, on préfère bien boire avec un ami ou un parent, sans excès, mais surtout pas avec ce fumeux modération .
« A Gabriel Cramer
[juillet-août 1770]
J'envoie à monsieur Cramer un petit renfort de B. Brame, Bourges, Bulles . C'est tout prêt . Je suis à lui par toutes les lettres de l'Alphabet . »
« A Gabriel Cramer
[juillet-août 1770]
On renvoie ces deux épreuves à monsieur Cramer, et on le supplie de les recommander à son Suisse .
On ajoute le mot « Boire », dont la grande Encyclopédie n' a point parlé, ce qui forme un article important pour tous les cabarets du royaume .
Il faut que le Suisse se souvienne préalablement de l’article de « Bœuf ». »
00:05 | Lien permanent | Commentaires (0)
23/01/2026
loger les marchands qui fourniront tout le pays des choses qu'on achète trop chèrement à Genève
... C'est fait, pour le plus grand plaisir des Genevois et Lausannois , les super et hypermarchés ont poussé dans le pays de Gex comme des champignons après l'averse (une royée de francs suisses ).
« A Louis-Gaspard Fabry
Monsieur,
Je vous remercie bien sensiblement de toutes vos attentions obligeantes . Il y a plus de trois mois que j'ai commandé quarante chars de chaux à Gex la vile, et sans ce secours il serait impossible que les émigrants fussent logés .
Brillon travaille que pour moi . Nous bâtissons encore des maisons pour une nouvelle compagnie d'émigrants . Tous ces nouveaux établissements échoueraient si nous n'avions pas les secours nécessaires .
J'ai l'honneur décrire à M. de Caire ainsi que vous le jugez à propos .
Le sieur Resseguerre 1 , monsieur, ne travaille dans la maison de Raffo, et ne fait de petites fenêtres nécessaires à ses ouvriers qu'après la déclaration que Raffo a faite de vendre sa maison . Resseguerre en a proposé l'achat, et il est prêt de payer le prix qui sera convenu . J'ai prié M. Emery de vouloir bien fixer le prix de cette maison que Raffo acheta cent douze louis, en lui tenant compte des dépenses qu'il y a faites . Il sera payé comptant .
Notre boucher a toujours fourni de très bon bœuf, et sa viande a toujours été débitée en moins de deux heures , mais il n'a point d'ordre . Il ne peut tenir de compte, ne sachant point écrire . Sa fortune d’ailleurs ne lui permet pas de faire les établissements nécessaires . Peut-être sera-t-on obligé d'en faire venir un autre 2.
Nous sommes aussi très pressés d'achever la maison dans laquelle doivent venir loger les marchands qui fourniront tout le pays des choses qu'on achète trop chèrement à Genève .
Si on ne met aucun empêchement à nos bâtiments, on pourra se passer absolument de Genève dans deux mois , et c'est ce dont je me suis fait fort auprès de M. le duc de Choiseul .
Voilà , monsieur, un compte exact de la colonie de Ferney, en attendant que Gex et Versoix prennent sous votre administration les accroissements qui feront fleurir cette petite province .
J'ai l'honneur d'être avec les sentiments les plus respectueux,
monsieur,
votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire.
30è juillet 1770 à Ferney. »
1 Daniel Resseguerre, fils de Jacob Resseguerre, et frère cadet de Guillaume Resseguerre, dont l’emprisonnement avait occasionné les troubles du 25 février 1770 . Voir : https://archives.bge-geneve.ch/ark:/17786/vtaa6d342147f48eea3
2 Voir lettre du 15 août 1770 à Fabry : « Le boucher établi à Ferney pour le première fois depuis que ce hameau existe a été utile, tout ignorant et tout pauvre qu'il est . Il fournit tous les environs . »
16:44 | Lien permanent | Commentaires (0)
Nous serons d'ailleurs entièrement à vos ordres
... Dit une majorité . Quand il faut y aller, faut y aller dit le premier ministre en brandissant le 49-3 : https://www.france24.com/fr/france/20260123-budget-s%C3%A9bastien-lecornu-affronte-deux-motions-de-censure-avant-un-nouveau-49-3
« A François de Caire
Commandant etc.
à Versoix
30è juillet [1770]
Monsieur,
Nous vous prions très instamment Mme Denis et moi de vouloir nous laisser prendre les quarante chars de chaux que nous avons commandée il y a plus de trois mois à Gex la ville , pour lesquels nous avons déjà payé des avances, et qui nous sont d'une nécessité absolue pour achever nos maisons . Nous nous flattons que vous nous ferez cette grâce . Nous serons d'ailleurs entièrement à vos ordres .
J'ai l'honneur d'être avec les sentiments les plus respectueux,
monsieur,
votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire. »
15:47 | Lien permanent | Commentaires (0)
Le pays des Chicachas et des Topinamboux est la patrie de la raison et de l’humanité, en comparaison de ces horreurs . Et voilà de quels hommes nos vies et nos fortunes dépendent !
... On peut le dire de tant de chefs d'Etats en ce moment que notre rage seule peut nous en débarrasser : https://ici.radio-canada.ca/info/long-format/2216111/dix-...
« A Jean-Baptiste-Jacques Élie de Beaumont
Le 30 juillet [1770] à Ferney
On me dit, il y a un mois, mon cher Cicéron, que vous étiez en Normandie. Je ne vous écrivis point, attendant votre retour. Je ne sais où vous êtes ; mais je ne puis rester plus longtemps sans vous remercier de votre dernière lettre. J’ignore si vous embellissez Canon, si vous faites vos moissons, ou si vous prenez la défense de quelque innocent persécuté. Vous donneriez bien tous vos vergers et tout votre froment pour secourir quelque infortuné. Sirven ne l’est plus. Il est toujours demandeur en réparation, dommages et intérêts, qu’il obtiendra difficilement. Je ne sais pas un mot des procédures . Je sais seulement que nous avons affaire à un procureur général un peu dur.
Savez-vous bien que ce M. Riquet avait conclu à pendre Mme Calas, et à faire rouer son fils et Lavaysse ? Je tiens cette horrible anecdote de Mme Calas elle-même. Le pays des Chicachas 1 et des Topinamboux 2 est la patrie de la raison et de l’humanité, en comparaison de ces horreurs . Et voilà de quels hommes nos vies et nos fortunes dépendent !
L’affaire de Sirven ne sera décidée qu’après la Saint-Martin. Il y a huit ans que cette pauvre famille combat contre l’injustice.
Avez-vous su l’histoire des deux amants 3 de Lyon ? Un jeune homme de vingt-cinq ans et une fille de dix-neuf, tous deux d’une figure charmante, se donnent rendez-vous avec deux pistolets dont la détente était attachée à des rubans couleur de rose ; ils se tuent tous deux en même temps . Cela est plus fort encore qu’Arrie et Petus 4. La justice n’a fait nulle infamie dans cette affaire . Cela est rare.
Avez-vous lu le Système de la Nature ? Il ne me paraît pas consolant . Mais nous avons d’autres systèmes qui le sont encore moins, par exemple celui des jansénistes.
Adieu, mon cher Cicéron ; ne m’oubliez pas, je vous prie, auprès de madame Terentia. »
1 V* songe à une tribu indienne d'Amérique du Nord, les Chikasaws, branche des Muskhogeans.
2 Les Topinambous étaient une tribu brésilienne dont le nom avait pris une valeur générique pour désigner des sauvages arriérés et féroces .
3Cette aventure, dont on parle avec quelques détails dans une lettre insérée au Journal encyclopédique du 15 juin 1770, est le sujet d’un quatrain de J.-J. Rousseau, et a fourni à Léonard le sujet d’un roman intitulé Lettres de deux Amants habitants de Lyon, 1783, trois volumes in-12. Le 16 juin 1812, on représenta sur le théâtre de l’Odéon Célestine et Faldoni, ou les Amants de Lyon, drame historique en trois actes et en prose, par M. Augustin *** (Hapdé), imprimé la même année. Voltaire a parlé du suicide des amants de Lyon dans l’article « Caton » de ses Questions sur l’Encyclopédie ; le jeune homme s’appelait Faldoni ; la jeune personne, Thérèse Monier. (Beuchot.)
Voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome18.djvu/103
4 Voir lettre du 6 juin 1770 à Tabareau : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2025/11/10/il-dit-que-la-providence-l-appelait-a-voler-la-caisse-6569872.html
10:58 | Lien permanent | Commentaires (0)
22/01/2026
Nous nous servions autrefois de la voie de Genève ; mais vous savez que l’intention du ministère est que dorénavant nous fassions tout par la France
... Serais-ce une solution raisonnable et inespérée émise par l'iGNobel de la charognerie Trump ? Non pas ! cette outre continue son racket et ses chantages et trouve suffisamment de lâches qui veulent se mettre sous sa coupe pour avoir des miettes : https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites/trump-propose-un-conseil-de-paix-concurrent-de-l-onu-et-totalement-a-sa-main-e36850b4ff4e0264730ce38c7d4aad7a
J'ai tenté de suivre jusqu'au bout son intervention hier, et j'ai craqué, il est tout ce que je hais : hâbleur, menteur, voleur, une âme dégueulasse, un pourri . J'irai(s) cracher sur sa tombe, comme dit Boris Vian .
Il en est au stade où l'on va bientôt lui préférer un Poutine ou un Xi Jinping
Je suis heureux de voir que notre président reste réservé , et quelques autres Etats aussi . Qu'avons-nous fait au bon Dieu pour avoir un allié de la sorte ? Comme dit le patriarche : mon Dieu gardez-moi de mes amis, quant à mes ennemis je m'en charge .
« A Jean-François-René Tabareau
Directeur général des Postes etc.
à Lyon
28è juillet 1770
Vous faites trop d’honneur, monsieur, à Versoix : le receveur de la poste de cette superbe ville est fort loin d’avoir deux cents louis d’or en caisse ; et c’est, je crois, deux cents louis d’or que Mme Denis a fait remettre à la caisse des postes de Paris pour les pouvoir faire venir de Lyon à Ferney.
Nous avions lu dans le mémoire de messieurs les fermiers des Postes que cet usage était établi ; ainsi c’est à la fête de saint Billard et de saint Grizel que vous devez attribuer cette importunité. Nous nous servions autrefois de la voie de Genève ; mais vous savez que l’intention du ministère est que dorénavant nous fassions tout par la France.
Vraiment oui, je n’ai pas manqué d’écrire à M. le duc de Choiseul que j’envoyais une petite caisse de montres à Marseille par la poste ; il le trouve très bon, et vous savez que lui-même a eu la bonté d’en faire parvenir une caisse à Cadix. Il est très important de donner à notre manufacture naissante toute la faveur possible ; c’est par là seul qu’elle peut se soutenir.
Versoix deviendra un lieu très considérable ; mais il ne l’est pas encore. Ferney est un petit entrepôt qui s’augmente de jour en jour. Nous faisons tout ce que nous pouvons pour reconnaître les bontés de M. le duc de Choiseul par notre zèle.
Je me flatte bien que les nouveaux établissements vous feront faire encore un voyage dans nos quartiers. Je n’ai point assez joui du bonheur de vous voir, vous et M. Vasselier. Adieu, monsieur ; personne ne vous est plus tendrement attaché que l’ermite de Ferney.
V. »
00:05 | Lien permanent | Commentaires (0)
21/01/2026
Non est hic vis tragica . Dans tout ce qui se passe aujourd’hui en France, il y a comica, mais non pas vis
... Voir : gouvernement, président, premier ministre, sénteurs, opposition de droite, d'extrême droite, de gauche, d'extrême gauche et tutti quanti . C'est le bordel !
« A Jean-François de La Harpe
27è juillet 1770 1
Suétone ne voit-il pas que l’ami Lantin a voulu rire quand il a exhorté les jeunes gens 2 à rapetasser les détestables pièces et les détestables sujets du raisonneur ampoulé 3, qui ne fut jamais tragique que dans trois ou quatre scènes, quand il fit un petit voyage en Espagne 4?
L’ami Lantin ne s’est amusé à ressemeler Sophonisbe que pour montrer qu’il y avait du tragique avant le raisonneur 5. Le cinquième acte de Mairet avait un très grand fond de tragique ; mais on ne pouvait pas faire grand-chose de Massinisse . Il en a fallu faire un jeune imprudent qui se laisse prendre comme un sot. Non est hic vis tragica 6.
Dans tout ce qui se passe aujourd’hui en France, il y a comica, mais non pas vis 7.
J’attends Suétone l’anecdotier 8; et je me doute bien que l’esprit mâle et judicieux qui l’a traduit et commenté aura pesé toutes ces anecdotes dans la balance de la raison.
On va jouer La Religieuse de Longchamp 9 à Lyon . Cela vaut mieux sans doute que vingt-quatre pièces du raisonneur, et cependant… Ô qu’il fait bon venir à propos ! »
1 Original ; éd.Kehl qui élimine les mots de Longchamp dans le dernier alinéa .
2 Dans la dédicace de Sophonisbe .
3 Pierre Corneille.
4 Dans Le Cid .
5 Selon V*, c'est donc pour rabaisser Corneille qu'il a modernisé la Sophonisbe de Mairet .
6 Ce n'est pas là de la force tragique .
Il y a vis comica dans les vers attribués à César, et rapportés ici ( article « Fanatisme ») : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome19.djvu/83
7Il y a comique mais pas force . La force comique est tirée de vers que V* attribue à César ; voir Les Honnêtetés littéraires.
8 Sur cet ouvrage de La Harpe, voir lettre du 17 avril 1769 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2024/10/20/il-a-fallu-passer-par-les-ceremonies-ordinaires-vous-savez-q-6519727.htm
9 De La Harpe bien entendu ; l'édition de Kehl supprime au passage cette petite hypocrisie en omettant les deux mots de Longchamp.
00:05 | Lien permanent | Commentaires (0)

