09/02/2026
Malheur aux derniers venus
... Condamnation de tous les candidats tardifs pour les élections municipales ?
« A Gabriel Cramer
[août 1770]
Il est très important que j'envoie à Fontainebleau quelques exemplaires de la réponse au Système de la nature . Je prie monsieur Cramer de vouloir bien m'indiquer où l'on en vend dans Genève . On a donné les ordres les plus rigoureux contre tout ce qui est moulé 1 fût-ce la bible .
Peut-être laissera-t-on entrer quelques exemplaires des Questions mais cela n'est rien moins que sût . Je vous répète que ce Système a tout perdu .
Deux reliés pour Mme Denis, trois ou quatre douzaines en feuilles pour moi si vous le voulez bien . »
1 Moulé, vieux mot équivalent à imprimé ; il restait d’usage dans la langue populaire, et c'est sans doute par plaisanterie que V* l'emploie ici .
« A Gabriel Cramer
[août 1770]
On a attendu monsieur Cramer à souper comme il l'avait promis .
Voici un Errata pour les deux premiers volumes des Questions .
On prétend toujours que le premier volume de l'Encyclopédie suisse paraîtra au mois de janvier . Celui de Lucques va son train . C'est la foire des encyclopédies . Malheur aux derniers venus .
Mille tendres compliments à monsieur et madame Cramer et à monsieur Jean-Louis . »
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08/02/2026
Je présume, à la quantité de procès qu’il a essuyés, qu’il descend en droite ligne de la comtesse de Pimbêche
... Voltaire parle de vous délinquant Sarkozy, vous êtes démasqué .

Comtesse Yolande Cudasne de Pimbesche , Aïeule de Nicolas Sarkozy
« A Louis-François-Armand du Plessis, duc de Richelieu
15è auguste 1770 à Ferney
Je me dis toujours, monseigneur, que vos occupations et vos plaisirs partagent vos journées, que je ne dois pas fatiguer vos bontés, et qu’il n’appartient pas à ceux qui sont morts au monde d’écrire aux vivants.
Cependant il faut que je vous informe d’un gros paquet que j’ai reçu, et qui vous regarde . Il est d’un M. de Castera 1, qui me paraît très malheureux, et qui me fait juger, par son style, qu’il s’est attiré ses malheurs. Je doute même si sa tête n’est pas aussi dérangée que ses lettres sont prolixes. En ce cas il n’est que plus à plaindre. Il m’a mis au fait de toute sa conduite avec assez de naïveté. Je présume, à la quantité de procès qu’il a essuyés, qu’il descend en droite ligne de la comtesse de Pimbêche 2. S’il a dit des injures, on les lui a bien rendues.
Je vois, par tout ce qu’il me mande que sa plus grande ambition est de rentrer dans vos bonnes grâces. Sa destinée me paraît déplorable . C’est un homme chargé de onze enfants. Je m’acquitte du devoir de l’humanité en vous rendant compte de son état, sans prétendre le justifier auprès de vous, ni vous demander autre chose que ce que votre sagesse et votre justice vous prescrivent. Vous connaissez l’homme dont il s’agit, et c’est à vous seul de voir ce que vous devez faire. Il me semble qu’il avait un oncle chargé des affaires de France en Pologne 3 ; c’est tout ce que je connais de sa famille.
Après avoir achevé la mission que m’a donnée M. de Castera, que puis-je dire à mon héros du fond de ma solitude, sinon que je lui souhaite une santé meilleure que la mienne, et des jours plus brillants ? Il ne m’appartient pas de parler des tracasseries de la France. Je m’intéressais fort à celles des Turcs, c’est-à-dire que je souhaitais passionnément qu’on les chassât de l’Europe, parce qu’ils ont asservi les descendants des Alcibiades et des Sophocles. J’entends dire que ces circoncis ont repris le Péloponèse 4. En ce cas, je me raccommoderai avec eux, car j’ai établi, des débris de Genève, une petite société qui est fort en relation avec Constantinople 5.
J’aimerais encore mieux de bons acteurs et de bonnes pièces au théâtre de Paris, sous la protection du premier gentilhomme de la chambre . Mais cette manufacture paraît furieusement tombée.
Me permettez-vous, monseigneur, de me mettre aux pieds de Madame la comtesse d’Egmont, quoiqu’elle soit alliée à la maison d’un Pape 6 ? Vous devez juger combien j’ambitionne ses bontés, puisqu’elle a toutes les grâces de votre esprit, sans compter les autres.
Agréez, avec votre bienveillance ordinaire, le très tendre respect du vieux solitaire des Alpes.
V. »
1 Ce personnage est le neveu de Louis-Adrien Du Perron de Castera, chargé d'affaires français en Pologne de 1746 à 1752 .Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis-Adrien_Duperron_de_Ca...
2 Personnage de la comédie des Plaideurs, de Racine, comédie que V* a souvent à l'esprit .
3 Voir note 1.
4 La nouvelle était exacte ; selon Hennin, les Russes avaient envoyé trop de bateaux et pas assez d'hommes en Morée .
5 Depuis longtemps, Constantinople était un débouché intéressant pour l'industrie horlogère ; une petite colonie suisse s'y était même établie .voir Antony Babel, « L'horlogerie genevoise à Constantinople et dans le Levant du XVIè au XVIIIè siècle. », Étrennes genevoises, 1927, p. 67-74.
6 Antonio Pignatelli (Innocent XII) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Innocent_XII
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07/02/2026
Je ne doute pas, monsieur, que vous n'ayez dans vos papiers quelques détails sur cette cause de la pauvreté où la province est réduite
... Et c'est pourtant elle qui nourrit la capitale, au gré de décideurs d'ici et d'ailleurs, Français et Européens sans oublier le reste du monde qui impose des taxes disproportionnées .
« A Louis-Gaspard Fabry
A Ferney 15è auguste 1770
Monsieur,
Le boucher établi à Ferney pour la première fois depuis que ce hameau existe a été utile, tout ignorant et tout pauvre qu'il est . Il fournit tous les environs . Cela fait voir évidemment qu'il n'y a qu’à vouloir pour se tirer de la dépendance de Genève .
Un négociant assez intelligent compte s'y établir . Mais il faut pour lui procurer quelque succès présenter au ministère un mémoire, dans lequel on fasse voir les avantages pernicieux qu'on a jusqu'ici donnés aux étrangers, aux dépens de la nation, et la raison pour laquelle toutes les marchandises sont à meilleur marché à Genève qu'à Gex .
Je ne doute pas, monsieur, que vous n'ayez dans vos papiers quelques détails sur cette cause de la pauvreté où la province est réduite . Je vous serai très obligé de vouloir bien me mettre au fait . Ce sera un nouveau service que vous aurez rendu à la province . Il est temps de briser des entraves si odieuses . Si on attend que Versoix soit bâti on attendra trop longtemps . Vous avez toujours montré qu'on ne peut trop se hâter de faire du bien .
J'ai l'honneur d'être avec un attachement respectueux,
monsieur,
votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire . »
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06/02/2026
Je pense que ma petite drôlerie sur l'Être éternel pourrait obtenir au moins une de ces permissions qu'on appelle tacites
... Mon pauvre Voltaire, les intégristes de toutes confessions sont loin d'avoir la moindre once de tolérance dès qu'on dit quoi que ce soit, si peu que ce soit , qui se moque d'une déité qu'ils veulent défendre bec et ongles , bombes et kalashnikov . Piètre dieu que celui qui est loué par de si détestables fidèles .
Ami Souchon, homme de paix, ( avec Voulzy ), je te suis : https://www.youtube.com/watch?v=JoXJyvFzO7I
Voir aussi : https://fr.wikipedia.org/wiki/Et_si_en_plus_y%27a_personne
« A François-Louis-Claude Marin
13è auguste 1770
Il n'est pas juste, mon cher correspondant, que M. Bergier me prévienne 1, tout prêtre qu'il est . Je pense que ma petite drôlerie sur l'Être éternel 2 pourrait obtenir au moins une de ces permissions qu'on appelle tacites . Elle [est] si honnête et si indulgente , que je n'ose demander une permission publique .
Je serais encore très aise de faire voir à ce professeur du Plessis, secrétaire des juifs 3, que cet homme ne se connaît point du tout en statue d'or .
Je vous supplie de donner les exemplaires ci-joints à qui il vous plaira . Ils ne conviennent qu'à des métaphysiciens et à des forgerons ; le nombre en est petit .
Mille tendres amitiés .
V. »
1 Il n'en fit rien, son livre, [Nicolas-Sylvestre Bergier] , Examen du matérialisme ou réfutation du Système de la nature ne parut, à Paris, qu'en 1771 : https://books.google.fr/books?id=8oBLIbA8xtoC&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false
2 Dieu ; voir lettre du 1er juin 1770 à Cramer : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2025/11/01/disposer-favorablement-les-esprits-il-serait-meme-tres-bon-d-6568860.html
3 Guénée ; voir lettre du 11 août à Marin : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2025/11/01/disposer-favorablement-les-esprits-il-serait-meme-tres-bon-d-6568860.html
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05/02/2026
Ne vous fatiguez point à me répondre ; vous devez être déjà assez fatigué
... Et moi aussi , je suis las d'entendre, --je ne dis pas d'écouter ce serait mentir--, tous ces guignols de tous partis qui se posent en sauveurs à élire d'urgence pour notre bien . Esbrouffe à tous les étages ! Compissons tous ces aigre-pisseux.ses, ça soulage .
Voyons par exemple : https://www.tf1.fr/tmc/quotidien-avec-yann-barthes/videos/morning-glory-presidentielle-2027-quatre-candidats-declares-en-24-heures-99586308.html
« A Alexandre-Marie-François de Paule de Dompierre d'Hornoy, Conseiller
au Parlement
chez M. de Magnanville, Garde
du trésor royal
à Paris
Les fleurs de notre jardin arriveront bien tard, mon cher conseiller . Elles ne partent que d'aujourd'hui . Je les adresse à M. d'Osny, intendant des postes de France .
Mme Denis envoie ses diamants qui sont fort beaux . Ma montre n'a d'autre mérite que celui d'avoir été faite dans mon village . Je n’ai pu y mettre votre portrait . Mme Denis a voulu absolument que le mien y fût ; j'en demande bien pardon à madame d'Hornoy ; mais nous sommes des gens de village pour qui elle aura de l'indulgence . Ne vous fatiguez point à me répondre ; vous devez être déjà assez fatigué ; attendez que vous soyez hors du fracas d'une noce .
Présentez , je vous prie mes respects à toute la famille de madame votre femme . On dit que vous serez très heureux avec elle , et elle avec vous ; il ne me manque que d'en être le témoin, mais je ne suis plus de ce monde . Souvenez-vous quelque fois du vieux solitaire.
V.
13è auguste 1770. »
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04/02/2026
Je vous supplie, mon cher correspondant, de lire, et de faire lire ces honnêtes réponses
... du Quai d'Orsay, sur le net, aux fake news US (entre autres) : https://www.franceinfo.fr/internet/reseaux-sociaux/reseau...
« A François-Louis-Claude Marin
11è auguste 1770
Je vous supplie, mon cher correspondant, de lire, et de faire lire ces honnêtes réponses 1, et de me mander ce que j'en dois penser . Croyez-vous que cela puisse se débiter à Paris ? Le secrétaire des juifs 2 sera bien attrapé quand il pourra juger ainsi qu'il n'est pas si aisé qu'il le pense de trouver trente-deux mille pucelles dans un village . Mille embrassades .
V. »
1 Voir la lettre du 1er juin 1770 à Cramer : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2025/11/01/disposer-favorablement-les-esprits-il-serait-meme-tres-bon-d-6568860.html
2 Guénée : https://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_Gu%C3%A9n%C3%A9e
et voir lettre du 3 juillet 1769 à Rochefort d'Ally : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2025/01/05/il-y-a-des-expressions-tres-peu-mesurees-6529843.html
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nous disons prodigieusement de sottises, nous en faisons beaucoup
... Il n'est qu'à voir comment nous sommes gouvernés, quels représentants nous avons élus, quels sont nos pôles d'intérêts, et comment nous sommes inconséquents . On dit tout et son contraire, on ne fait rien en réclamant tout . Bande de zozos que nous sommes ...

https://www.ecoledesloisirs.fr/livre/zozos
« A Catherine II, impératrice de Russie
À Ferney, 11 auguste 1770 1
Madame,
Chaque lettre dont Votre Majesté impériale m’honore 2 me guérit de la fièvre que me donnent les nouvelles de Paris. On prétendait que vos troupes avaient eu partout de grands désavantages ; qu’elles avaient évacué entièrement la Morée et la Valachie ; que la peste s’était mise dans vos armées ; que tous les revers avaient succédé à vos succès . Votre Majesté est mon médecin ; elle me rend une pleine santé. Je ne manque pas d’écrire sur-le-champ l’état des choses, dès que j’en suis instruit ; j’allonge les visages de ceux qui attristaient le mien.
Daignez donc, madame, avoir la bonté de me conserver cette santé que vous m’avez rendue ; il ne faut pas abandonner son malade dans sa convalescence.
J’ai encore de petits ressentiments de fièvre quand je vois que les Vénitiens ne se décident pas, que les Géorgiens n’ont pas formé une armée, et qu’on n’a nulle nouvelle positive de la révolution de l’Égypte.
Il y a un Brahilou, un Bender, qui me causent encore des insomnies . Je vois dans mes rêves leurs garnisons prisonnières de guerre, et je me réveille en sursaut.
Votre Majesté dira que je suis un malade bien impatient, et que les Turcs sont beaucoup plus malades que moi. Sans mes principes d’humanité, je dirais que je voudrais les voir tous exterminés, ou du moins chassés si loin qu’ils ne revinssent jamais.
Nous autres Français, madame, nous valons mieux qu’eux : nous disons prodigieusement de sottises, nous en faisons beaucoup, mais tout cela passe bien vite ; on ne s’en souvient plus au bout de huit jours. La gaieté de la nation semble inaltérable. On apprend à Paris le tremblement de terre qui a bouleversé trente lieues de pays à Saint-Domingue ; on dit : « C’est dommage » , et on va à l’opéra. Les affaires les plus sérieuses sont tournées en ridicule.
Nous sommes actuellement dans la plus belle saison du monde voilà un temps charmant pour battre les Turcs. Est-ce que ces barbares-là attaqueront toujours comme des houzards ? ne se présenteront-ils jamais bien serrés, pour être enfilés par quelques-uns de mes chars babyloniques ?
Je voudrais du moins avoir contribué à vous tuer quelques Turcs ; on dit que pour un chrétien c’est une œuvre fort agréable à Dieu. Cela ne va pas à mes maximes de tolérance ; mais les hommes sont pétris de contradictions, et d’ailleurs Votre Majesté me tourne la tête.
Encore une fois, madame, quelques nouvelles, par charité, de cinq ou six villes prises et de cinq ou six combats gagnés, quand ce ne serait que pour faire taire l’envie.
Je me mets aux pieds de Votre Majesté Impériale avec le plus profond respect et la plus vive impatience.
L’Ermite de Ferney. »
1 Minute signée, terminée et corrigée par V* ; copie contemporaine (Moscou) ; éd. Kehl .
2 Le manuscrit de Moscou porte, au lieu de ce début : « La lettre dont Votre Majesté m'honore du 1er juillet. » Cette lettre qui n'est ni celle du 6/17 juillet, à laquelle V* a déjà répondu, ni celle du 21 juillet / 1er août qui ne peut lui être encore parvenue, ne nous est pas connue . Il semble qu'il se soit agi d'un simple billet ; du reste V* ne fait guère allusion à beaucoup d’événements précis, et semble plutôt solliciter des nouvelles qu'en avoir reçu .
Voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1770/Lettre_7966
et : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1770/Lettre_7981
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