05/03/2025
J'ai trois faveurs à vous demander
... Sera-ce la conclusion de l'allocution présidentielle de ce soir ? Ce serait étonnant venant de lui . Et ce serait tout à fait extraordinaire si c'était la phrase d'accroche ! enfin, on verra ...
« A Jacques Lacombe, Libraire
rue Christine
à Paris
A Ferney 26è auguste 1769
J'ai trois faveurs à vous demander, monsieur, la première, de vouloir bien faire mes compliment à M. et Mme de La Harpe .
La seconde , d'envoyer Les Guèbres contresignés aux directeurs des comédies de province, et particulièrement à celui de Bordeaux.
Le troisième, de vouloir bien m’envoyer par la poste aussi contresigné, un livre qu'on dit que vous avez imprimé sur les siècles de Louis XIV et de Louis XV, et qui est de M. de La Dixmerie 1. Ce sera une grande obligation que je vous aurai de me procurer des amusements dans ma solitude, et des consolations dans mes maladies .
Vous savez, monsieur, avec quels sentiments j'ai l’honneur d''être votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire. »
1 Nicolas Bricaire de La Dixmérie, Les Deux Âges du goût et du génie français, sous Louis XIV et sous Louis XV, 1769 : https://www.digitale-sammlungen.de/de/view/bsb10093109?page=7
Voir : https://dictionnaire-journalistes.gazettes18e.fr/journaliste/114-nicolas-de-bricaire-de-la-dixmerie
et : https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Bricaire_de_La_Dixmerie
18:42 | Lien permanent | Commentaires (0)
Vous avez soutenu la gloire de la nation dans des occasions un peu plus sérieuses, et vous ne l’abandonnerez pas
... Mais à qui donc s'adresse-t-on ici ? Je ne pense pas à un.e politicien.ne de quelque bord qu'il/elle soit plus soucieux.se de gloriole personnelle que du bien public, mais plus à nos sportifs qui ont brillé aux Jeux olympiques et qui continuent leurs efforts . Vive la France et les patates frites !
« A Louis-François-Armand du Plessis , duc de Richelieu
21è auguste 1769 à Ferney
Mon héros souffrira-t-il qu’on donne de vieille musique à une jeune princesse 1? Je lui répète et je l’assure que l’opéra de M. de La Borde est rempli de morceaux charmants, qui tiennent de l’italien autant que du français.
Qui favorisera un premier valet de chambre du roi, si ce n’est un premier gentilhomme de la Chambre ? L’amie 2 de mon héros ne doit-elle pas s’intéresser à faire donner une belle fête ? Cela ne lui fera-t-il pas honneur ? Je crois qu’elle n’a qu’à témoigner sa volonté. Je ne doute pas que M. le duc d’Aumont ne se fasse un plaisir de lui donner l’opéra qu’elle demandera. Si j’osais répondre de quelque chose, ce serait du succès de cette musique. En vérité, il est honteux de donner du réchauffé à une dauphine. Vous avez soutenu la gloire de la nation dans des occasions un peu plus sérieuses, et vous ne l’abandonnerez pas quand il s’agit de plaisirs. Il ne vous en coûtera que trois ou quatre paroles, et à votre amie autant.
Ne rejetez pas la prière du plus ancien, du plus tendre et du plus respectueux de vos courtisans. Tout mourant qu’il est, il s’intéresse fort aux plaisirs des vivants ; mais il vous est encore plus attaché qu’à tous les plaisirs de la cour.
Il vous supplie, monseigneur, d’agréer son profond respect.
V. »
1 Marie-Antoinette.
2 La Du Barry.
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04/03/2025
Voici, mon cher ami, un petit mémoire sur la facétie en question
... De Zelensky à Trump ? De l'outragé au maître chanteur, ce dernier, au demeurant, me semblant se dégonfler devant un Poutine aussi amoral que lui , et cognant tous deux sur plus petit qu'eux . Donald , you are a coward ! Your speeches are bullshit !
« A [Charles Bordes ?]
21è auguste 1769 1
Voici, mon cher ami, un petit mémoire sur la facétie en question. Je tâcherai de faire partir, par la première poste, deux exemplaires. Je pourrai même les corriger à la main, afin qu’ils soient plus dignes de vos bontés et de vos remarques.
Je vous embrasse en idée, avec l’espérance consolante de vous revoir. »
1 Original ; éd. Cayrol .
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Il ne sera pas mal aussi de faire répandre chez les comédiens que la tolérance ne leur fera pas de mal
... A-t-on fait preuve de tolérance pour la remise des César et des Oscars, je ne sais . Show must go on !
Entente cordiale
« A Augustin-Marie, marquis de Ximénès
rue Sainte-Anne près des Nouvelles catholiques
à Paris
20è auguste 1769
J'ai été si malade, monsieur, que j'ai été obligé de me priver du plaisir de répondre à votre obligeante lettre du 8è auguste 1. Vous faites réellement une très belle action de protéger la mémoire de ce Des Mahis qui nous a été enlevé dans la fleur de son âge . Il avait de bons sentiments . Je regarde ses Guèbres comme le testament d'un apôtre de la tolérance . Je ne doute pas qu'un jour cette pièce qui m'a paru très édifiante ne soit représentée à Paris, puisqu'elle l'est déjà en province . Je crois qu'il faut attendre un temps favorable, et surtout le retour de Lekain . L'ombre de Des Mahis vous sera très obligée si alors vous voulez bien dire à M. de Sartines combien cette pièce vous paraît raisonnable . Il ne sera pas mal aussi de faire répandre chez les comédiens que la tolérance ne leur fera pas de mal .
On tâchera de vous renvoyer sous l'enveloppe de M. de Sainte-Foix des choses dans le goût que vous les demandez . Ce goût-là est fort à la mode aujourd'hui, de Pétersbourg jusqu'à Madrid .
Je ne pouvais deviner que vous eussiez quitté le Palais-Royal . Si c'est par raison d’économie je vous en fais mon compliment, car vous voilà père de famille, ou du moins en passe de l'être .
Permettez-moi de glisser dans ce paquet un petit mot pour monsieur votre beau-père 2, et de présenter mes respects à madame la marquise de Chimène. »
1 Non connue .
2 Voir lettre du 12 mai 1769 à Ximénès : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2024/11/20/je-lui-souhaite-un-bonheur-durable-quoiqu-il-n-y-en-ait-guere-de-cette-espe.html
08:50 | Lien permanent | Commentaires (0)
03/03/2025
Je voudrais que mon âge et ma santé me permissent d'être un jour le témoin de vos progrès
... Paroles papales de François qui est heureusement soigné par des médecins qui font plus d'effet que les moulins à prières sur pattes de la place Saint Pierre .
What's new : https://www.vaticannews.va/fr/pape.html
« A Jean Houel 1
et à Hubert Robert 2
Du château de Ferney 20 auguste 1769 3
Vous pardonnerez, messieurs, à un vieillard malade, s'il n'a pas répondu plus tôt à votre lettre obligeante . Je ne manquerai pas de vous faire tenir sa médaille, dès qu'elle sera finie ; vous me faites beaucoup d'honneur de l'accepter .
Je voudrais que mon âge et ma santé me permissent d'être un jour le témoin de vos progrès, et de renouveler, dans l'ancienne métropole des arts, les sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être, messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur .
Voltaire. »
3 Original signé passé aux enchères , Karl et Faber (Munich le 16 mai 1936 ) ; éd. Œuvres complètes de Voltaire, 1873 . D'après le catalogue, la lettre est adressée à « Messieurs Houel et Robert à l'académie royale de Rome » dont la lettre ne nous est pas parvenue .
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02/03/2025
je ne crois pas que les postes soient assez dérangées ou assez infidèles pour que mes paquets n'aient pas été reçus
... C'est un des services publics qui marche encore et que des raisons financières font rétrécir comme peau de chagrin .
Bientôt nous aurons des guichets de poste couplés avec ceux de la banque et du dépôt de colis, menant tout droit vers une cabine de consultation médicale couplée à un drugstore et une borne de recharge électrique, tout ça avec une personne sensée originellement vendre tabac et journaux . Pourquoi ne fait-on pas le même raisonnement pour réduire les frais causés par nos élus et nos ministres ?
« A Marie-Louise Denis
rue Bergère vis-à-vis l'hôtel des Menus
à Paris
[19 août 1769] 1
Je répondis hier au soir vendredi à la lettre reçue par M. Des Franches . Je réponds aujourd'hui samedi 19 à 2 heures de l’après-midi, à la lettre du 15 août ou auguste 2 . Il y a dix jours que j'écrivis à M. le duc d'Aumont . Vous devez, ma chère amie, avoir reçu la copie de cette lettre par M. de La Borde, à qui j'en envoyai aussi une copie . M. d'Argental a eu la sienne 3 . Je fais aujourd'hui sur-le-champ ce qu'on me prie de faire, et je ne crois pas que les postes soient assez dérangées ou assez infidèles pour que mes paquets n'aient pas été reçus .
Je crois qu'on va jouer Les Guèbres à Bordeaux et à Lyon ; mais Dieu me préserve de demander qu'on les joue sitôt à Paris .
Ne me grondez donc point quand je pense en tout comme vous, et quand je fais à la minute tout ce qu'on veut que je fasse . La poste part ; je n'ai que le temps de vous dire combien je vous aime . »
1 Original, cachet « de Lyon » daté par Mme Denis « ce 11 auguste 1769 » mais on connaît ses démêles courants avec les dates .
2 Lettre Best., D 15826.
3 Mme Denis a demandé à V* d'écrire au duc d'Aumont pour Pandore ( lettre du 30 juillet 1769 ) et à Richelieu pour Les Scythes . Voir lettre à d'Aumont du 9 août 1769 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2025/02/15/blame-qui-ne-pourra-retomber-que-sur-moi-6535528.html
et à Richelieu du 30 août 1769 : https://www.monsieurdevoltaire.com/2015/09/correspondance-annee-1769-partie-29.html
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J'oublie entièrement les choses auxquelles il n'y a point de remède
.... C'est dit, c'est fait .
« A Marie-Louise Denis
rue Bergère vis-à-vis l'hôtel des Menus
à Paris
Par Lyon ce 18 août au soir 1769
Je reçois dans ce moment votre lettre du 10 août 1 par M. Des Franches, ma chère amie . Elle est curieuse . D'abord je vous envoie par M Lefèvre la seconde édition d'un livre qui parait dans les pays étrangers 2 . Vous ne recevrez par ce courrier que le second volume pour ne pas faire un trop gros paquet . Il y en a encore d'autres éditions, mais elles ne sont pas parvenues jusqu'à moi .
Il y a quelques jours que j'envoyai par M. de La Sourdière à Mme la présidente 3 une petite édition fort jolie du Siècle de Louis XIV et de Louis XV, dans laquelle on avait inséré de petits papiers qui indiquaient les endroits les plus gérables pour son notaire et pour M. de La Sourdière lui-même . Peut-être n'y aura-t-on pas fait beaucoup d'attention, mais on ne me saura pas mauvais gré .
Venons au fait actuellement . Je suis bien vieux et bien faible ; je ne suis pas fait pour habiter auprès de Gonesse 4, à moins que je n'y vécusse dans la plus profonde solitude . Je touche à ma soixante et seizième année, tout fracas me tuerait en trois jours . Si j'allais auprès de Gonesse, ce ne serait que pour vous voir et pour y être ignoré .
Je dis plus que jamais : Vanité des vanités, et tout n'est que vanité 5. Cependant j'aurais la vanité de souhaiter que Les Guèbres réussissent . Je suis persuadé qu'ils seront très bien joués par La Harpe . Vous faites très bien d'y aller, et je ne veux pas qu'il croient jamais que je me plaigne de lui 6 . J'oublie entièrement les choses auxquelles il n'y a point de remède 7. Ce serait pour moi une chose essentielle que cette tragédie réussit ; j'en suis le parrain, j'ai aidé l'auteur, je m'y intéresse comme si je l'avais faite . Mais quand on la jouerait actuellement sur le théâtre de Paris, je ne pourrais venir la voir, quelque envie que j'aie de vous embrasser . Non seulement il me faut du temps pour raccommoder un peu ma machine, mais la crise où je suis avec les agents de M. de Virtemberg ne me permet guère de m'écarter avant le mois de novembre ; je ne crois pas d'ailleurs qu'avant ce temps-là il faille faire la moindre tentative pour les affaires que je puis avoir avec le notaire Wim 8. Il serait bon sans doute de ménager les bonnes intentions de Mme la présidente Le Long . Je dois absolument ignorer si elle est bien ou mal avec votre beau-frère . Mon âge et mon éloignement me mettent à couvert de toutes ces tracasseries de famille .
La conduite de M. et Mme Binet ne me parait pas adroite , mais je le crois riche et au-dessus de ses affaires .
Pour moi tout ce que je puis dire pour le moment présent, c'est que je dois envisager une mort prochaine et qu'il faut que je vous embrasse avant de sortir de ce monde . Encore une fois, attendons jusqu'au mois de novembre . Si je suis assez heureux pour être en état de venir passer trois mois avec vous, et vous amener ensuite à votre campagne, je voudrais absolument ne prendre que l'appartement de Mme Dupuits ; j'y serais très bien, je n'irais souper chez qui que ce soit, je ne sortirais point ; nous donnerions à souper chez nous à nos amis trois ou quatre fois par semaine, après quoi vous viendriez voir votre château et votre Châtelard, qui consolent bien de toutes les amertumes de la vie, et qui font oublier toutes les illustres misères de ce monde .
Adieu ma chère amie, vous êtes ma consolation et mon espérance . »
1 Il s'agit d'une seconde lettre du même jour où Mme Denis parle librement des intrigues opposant à la cour Choiseul et Mme Du Barry . Mme Denis propose à V* de venir à Paris, en disant « que ce n'est que pour trois mois », puis éventuellement de s'y installer, en achetant une maison de campagne . Après avoir convenu d'un code pour désigner les principaux personnages de la cour ('« je serai en état de vous mander dans huit jours la réponse du roi . Je l'appellerai M. de La Vime, Mme Du Barry Mme Le Long, vous M. Talon, et M. de Choiseul mon beau-frère », elle conclut en disant à son oncle « Souvenez-vous bien qu'il faudra que vous accordiez Mme Du Barry avec M. de Choiseul » . Le porteur de la lettre devait être le sieur Des Franches, d’où la liberté d'expression de Mme Denis .
2La seconde édition de l'Histoire du Parlement de Paris
3 Cet exemplaire destiné à Mme Denis avait été envoyé en même temps que la lettre du 31 juillet 1769 à Richelieu : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2025/02/04/bien-presenter-cette-edition-telle-qu-elle-est-sans-oter-les-6533870.html
4 Dans la région Nord de paris ; allusion au projet de maison de campagne de Mme Denis .
5 L'Ecclésiaste, I, 2 : https://www.biblegateway.com/passage/?search=Eccl%C3%A9siaste%201-2&version=LSG
6 Dans la lettre évoquée plus haut, Mme Denis a rapporté à V* que La Harpe l'a invitée à assister à une représentation privée des Guèbres à Orangis, avec les d'Argental : « […] M. d'Argental a accepté et veut que j'y aille avec lui. Je me suis hasardée dans l’espoir que le ministre prendrait bien la chose . »
7 Par cette phrase, V* peint un aspect intéressant de son caractère . Il « oublie entièrement les choses auxquelles il n'y a point de remède » pour se consacrer à celles sur lesquelles il peut agir .
8 Wim est une variante du nom de code Vim, Vime ou Vimes désignait Louis XV ; voir lettre du 11 septembre 1769 à Mme Denis .
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