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01/02/2026

Il se peut qu'on mente

... Tous, sauf moi !

Et François-Xavier Verger administrateur du château de Voltaire à Ferney (entre autres fonctions et qualités, excellent conférencier ) qu'il met en valeur remarquablement  : https://www.chateau-ferney-voltaire.fr/

Ecoutez-le : https://www.radiozones.com/cdl50_francoisxavierverger.php

 

 

« A Gabriel Cramer

[Vers le 10 août 1770] 1

Que monsieur Caro soit le bien revenu . Le gros Suisse a imprimé correctement les deux chapitres de Dieu et la statue 2, et je prie Dieu qu'ils fassent un bon effet. J'en attends des exemplaires .

On lui a envoyé le commencement de la lettre B pour le troisième volume .

Point de saint François-Xavier 3 . On aurait eu grand besoin d'un saint tel que lui dans notre Saint-Domingue abîmée .

On persiste toujours à dire qu'il y a eu une exécution à Lisbonne, mais très secrète . Il se peut qu'on mente .

Je ne sais plus sur quoi je demandais une réponse . Apparemment que les lettres s'étaient croisées . Est-il vrai qu'on va débiter le premier tome de l'Encyclopédie suisse 4 à Bâle et à Yverdon ? Voilà une encyclopédie encore plus à la mode que persécutée . Les trois petits volumes de Questions ne seront que des courriers et des batteurs d'estrade de la grande Encyclopédie, ce sont domestiques qui annoncent leurs maîtres . Cela ne peut faire que du bien . Pressez-vous donc monsieur le gros Suisse , car le sanhédrin de Paris 5 se sépare à la fin du mois . »

1 Original ; éd. Gagnebin . La lettre est datée par la mention du retour de Cramer ; voir lettre du 20 juillet 1770 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2026/01/08/bon-voyage-donc-6578296.html

4 Ce premier tome fut annoncé en août et publié en septembre -octobre .

5 L'assemblée du clergé .

31/01/2026

Et vite, et vite, et vite

... Il y a urgence pour délivrer ces médecins iraniens qui sont emprisonnés et menacés de mort pour avoir soigné les blessés lors des manifestations . La lâcheté des gardiens de la révolution n'a pas de limite, tueurs patentés, pourris confirmés .

Sans entrer dans les outrances de Trump, tout doit être fait pour libérer ces soignants méritants : https://www.huffingtonpost.fr/international/article/en-ir... 

 

 

« A Gabriel Cramer

[vers le 10 août 1770]

Monsieur Cramer est-il revenu ? a-t-il bien réussi ? aura-t-il la bonté de se souvenir des cartons et de l'Errata qu'il faudra faire aux deux premiers tomes ?

À propos j'ai un besoin pressant, urgent des Décrétales 1. Ce sont là les matériaux les plus curieux, les plus piquants pour une encyclopédie . Je me maudis de n'y avoir pas pensé plus tôt . Il y a sûrement un recueil des Décrétales chez MM. de Tournes . Et vite, et vite, et vite Caro . »

1 L'article « Décrétales » ne fut pas publié par V* ; il apparut pour la première fois dans l'édition de Kehl, XXXIX, 234-242 . Voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Dictionnaire_philosophique/Garnier_(1878)/D%C3%A9cr%C3%A9tales

30/01/2026

J’ai des affaires un peu plus sérieuses et plus agréables, mais je ne néglige rien 

... Plus sérieuses, sans doute pas ; plus agréables, parfois ; l'UE par la voix de Ursula Van der Leyen, qualifie ouvertement -enfin- les gardiens de la révolution iraniens de terroristes : https://www.lefigaro.fr/international/iran-l-union-europe...

Vivement, que le peuple iranien puisse se débarrasser de cette plaie .

 

 

« A Nicolas-Claude Thieriot

l'aîné rue

Hyacinthe près la place Saint-Michel

de l'hôtel d'Ormesson

à Paris

8è d'auguste 1770 1

Je vous envoyai, il y a plus d’un mois, mon ancien ami, un tome de ce que vous me demandiez, sous l’enveloppe de M. d’Ormesson, et je comptais vous faire parvenir le reste, volume par volume . Mais, comme vous ne m’aviez point accusé la réception de mon paquet, je n’ai pas osé faire un second envoi. Je commence à croire qu’on a ouvert le paquet à la poste, et qu’on l’a retenu. Je pense que le Système de la Nature a produit cette attention sévère : c’est un terrible livre, et qui peut faire bien du mal.

Je crois qu’on aura Le Dépositaire à la Comédie vers la fin de l’automne.

Il y a des gens assez absurdes pour m’attribuer les Anecdotes sur Fréron. Je suis obligé d’en appeler à votre témoignage : vous savez ce qui en est. J’ai encore l’original que vous m’avez envoyé ; j’ignore quel en est l’auteur : il serait très-important que je le susse.

Comme, Dieu merci, je n’ai jamais vu ni Fréron, ni aucun de ceux qui sont cités dans ces Anecdotes , et comme, Dieu merci encore, mon style est très différent de celui de l’auteur, sans être meilleur, il faut être absurde pour m’imputer un tel ouvrage. J’ai des affaires un peu plus sérieuses et plus agréables, mais je ne néglige rien ; je ne néglige point surtout l’amitié. »

1 Original, cachet comportant lettres et chiffres dans un cercle ; éd. Pièces inédites qui place la lettre en 1771 ; l'erreur est corrigée par Avenel dans l'éd. Moland : « C’est à tort qu’on a toujours classé cette lettre à l’année 1771. Elle est de 1770. » (Georges Avenel.)

Les mots de l'adresse entre crochets droits ont été ajoutés d’une autre main .

29/01/2026

Je n'ai point oublié les anecdotes russes et je tâcherai de vous en faire tirer un bon parti incessamment.

... C'est vrai, M. Zelensky est reconnaissant envers la France qui vient d'arraisonner un navire russe en situation illégale : https://www.republicain-lorrain.fr/defense-guerre-conflit/2026/01/23/le-petrolier-de-la-flotte-fantome-russe-intercepte-par-la-france-va-etre-convoye-vers-marseille

 

 

« À François Louis Claude Marin

8e Auguste 1770

J'ai reçu, mon cher correspondant, le livre anglais 1 que vous m'avez envoyé.
C'est une traduction des Églogues de Théocrite en vers, et la meilleure, sans contredit qu'on ait jamais faite. Ce Théocrite, à mon sens, était supérieur à Virgile en fait d'églogue.

Vous m'avez demandé trois volumes des Questions sur l'Encyclopédie. Il n'y en a encore que deux d'imprimés; et les trois ne paraîtront que vers le mois de novembre; cela ne sera pas trop bon, mais il y aura des choses très curieuses.

Vous m'avez promis une estampe de M. le Duc de Choiseul, vous l'avez oubliée.

Je n'ai point oublié les anecdotes russes et je tâcherai de vous en faire tirer un bon parti incessamment.

Ne croyez point vos Marseillais sur les Russes d'aujourd'hui; ils craignent si fort de perdre leurs marchandises dans la Morée que le moindre petit avantage des Turcs leur parait une bataille de Pharsale. Je vous réponds que Catherine fera repentir Moustapha de s'être mêlé de ce qui ne le regardait pas.

Il est bon qu'on traite Fréron de Turc à Maure, mais c'est la honte de notre siècle de mettre un Fréron en état de payer le journal des savants, et de faire des pensions aux gens de lettres. Quoi! donner à un coquin le privilège de médire, pour payer des hommes qui écrivent sagement! C'est là le comble de l'ignominie.

Est-ce que vous ne pourriez point savoir quel est l'auteur des Anecdotes? Mr Dorat m'a écrit que j'en étais accusé. C'est une absurdité égale à l'infamie de Fréron.

Voulez vous bien avoir la bonté, mon cher correspondant, de faire mettre à la poste ma lettre pour l'Angleterre 2, et de faire parvenir à Mr Gaillard celle qui est pour lui 3?

V.

8è auguste 1770. »

3 Cette lettre n'est pas connue .

28/01/2026

C'est un secours qui est venu fort à propos pour des artistes

... Le "Centre National des Arts plastiques" a vécu, et devenu "Rebond, soutien au développement professionnel" remplace occasionnellement  le sponsor Voltaire  ; de nos jours , en voici le mode d'emploi ( à moins que Mme Dati y ait mis son veto ) : https://www.cnap.fr/soutien-creation/secours-exceptionnel

 

 

« A Gaspard-Henri Schérer, Banquier

à Lyon

Je vous remercie, monsieur, de l'avis que vous m'avez donné du paiement de 150 livres . C'est un secours qui est venu fort à propos pour des artistes qui travaillent chez moi .

Je vous remercie encore du vin que vous m'envoyâtes il y a quelques mois, il est devenu fort bon . Si vous pouvez m'en envoyer encore un gros tonneau je vous serai bien obligé ; sinon, je vous supplie de m'en faire venir de Languedoc par vos correspondants ; je compte toujours sur vos bontés, mais je crains d'en abuser .

J'ai l'honneur d'être, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire.

8è auguste 1770 à Ferney. 1»

1 Original signé, cachet en relief « Versoix ». Le manuscrit porte la mention :  « reçue le 9 août ».

Je ne puis vous dire à quel point je suis rempli d'estime pour vous

... Oui, mes cher.e.s soignant.e.s, je vous fais confiance, je sais que vous faites tout ce qui est possible et ce ne sont pas quelques margoulins, comme on en trouve dans toutes les professions, qui me feront changer d'avis : merci docteurs , longue et belle vie à vous .

 

« A Francis Fawkes 1

8è auguste 1770 au château de Ferney

Monsieur,

Vous m'avez fait dans ma solitude une faveur dont je sens tout le prix . Votre traduction de Théocrite 2 est sans doute la meilleure qu'on ait faite en aucune langue . Vous avez trouvé le secret de transporter toutes les grâces de la langue grecque dans la langue anglaise . J'ose dire que vous avez bien surpassé Pope dans le style de l'églogue . Voilà un ouvrage qui fait également d'honneur à notre siècle et à l'Antiquité . Je vous rends toute la justice qui vous est due dans une espèce de Dictionnaire encyclopédique 3 auquel je m'amuse dans ma retraite . J'aurai l'honneur de vous l'envoyer dès qu'on aura imprimé l'article « Églogue ».

Souffrez que je fasse mon compliment sur la préférence que vous avez donnée aux vers rimés sur les vers blancs . Je tiens que dans nos langues modernes la rime est absolument nécessaire . Je demandai un jour à Pope pourquoi Milton n'avait pas rimé son Paradis perdu ; c'est qu'il en était incapable, me dit Pope 4.

Je ne puis vous dire à quel point je suis rempli d'estime pour vous . Mon âge et mes maladies m’empêchent de vous écrire de ma main et de vous répondre en anglais .

J'ai l'honneur d'être avec bien de la reconnaissance,

monsieur,

votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire

gentilhomme ordinaire de la

chambre du roi . »

Ce polisson m’ennuie et m’indigne, et ses partisans me mettent en colère

... Valable pour une foule de malfaisants .

 

« A Marie de Vichy de Chamrond, marquise Du Deffand

8è auguste 1770

Eh bien, madame, je ne peux en faire d’autres ; je ne peux louer les gens sérieusement en face. Vous vous doutez bien que les six vers qui commencent par Étudiez leur goût 1 sont pour la petite-fille, et tout le reste pour la grand-maman 2. J’ai été bien aise de finir par La Harpe, parce que le mari de la grand-maman lui fait du bien, et lui en pourra faire encore.

Il faut un tant soit peu de satire pour égayer les louanges. La satire est fort juste, et tombe sur le plus détestable fou que j’aie jamais lu. Son Héloïse me paraît écrite moitié dans un mauvais lieu, et moitié aux petites-maisons. Une des infamies de ce siècle est d’avoir applaudi quelque temps à ce monstrueux ouvrage. Les dames qu’il outrage sont assurément d’une autre nature que lui. La Zaïde de Mme de La Fayette vaut un peu mieux que la Suissesse de Jean-Jacques 3, qui accouche d’un faux germe pour se marier. Ce polisson m’ennuie et m’indigne, et ses partisans me mettent en colère. Cependant il faut être véritablement philosophe et calmer ses passions, surtout à nos âges.

Votre homme 4, qui ne s’intéressait qu’à ce qui le regardait, doit vous raccommoder avec la philosophie. Tout ce qui regarde le genre humain doit nous intéresser essentiellement, parce que nous sommes du genre humain. N’avez-vous pas une âme ? n’est-elle pas toute remplie d’idées ingénieuses et d’imagination ? s’il y a un Dieu qui prend soin des hommes et des femmes, n’êtes-vous pas femme ? s’il y a une Providence, n’est-elle pas pour vous comme pour les plus sottes bégueules de Paris ? si la moitié de Saint-Domingue vient d’être abîmée 5, si Lisbonne l’a été 6, la même chose ne peut-elle pas arriver à votre appartement de Saint-Joseph ?

Un diable d’homme, inspiré par Belzebuth, vient de publier un livre intitulé Système de la Nature, dans lequel il croit démontrer à chaque page qu’il n’y a point de Dieu. Ce livre effraye tout le monde, et tout le monde le veut lire. Il est plein de longueurs, de répétitions, d’incorrections ; il se trompe grossièrement en quelques endroits ; et, malgré tout cela, on le dévore. Il y a beaucoup de choses qui peuvent séduire ; il y a de l’éloquence ; et, sous ce rapport, il est fort au-dessus de Spinosa.

Au reste, croyez que la chose vaut bien la peine d’être examinée. Les nouvelles du jour n’en approchent pas, quoiqu’elles soient bien intéressantes. Ceux qui disent que les pairs du royaume ne peuvent être jugés par les pairs et par le roi sans le parlement de Paris me paraissent ignorer l’histoire de France. Il semble qu’à force de livres on est devenu ignorant. Je ne me mêle point de ces querelles je songe à celle que nous avons avec la nature. J’en ai d’ailleurs une assez grande avec Genève. Je lui ai volé une partie de ses habitants, et je fonde ma petite colonie, que le mari de votre grand-maman protège de tout son cœur. Il n’y a maintenant qu’un tremblement de terre qui puisse ruiner mon établissement ; mais je veux que celui à qui j’ai tant d’obligations donne son denier à la statue, et je veux surtout qu’il donne très peu : premièrement parce qu’on n’en a point du tout besoin ; secondement parce qu’il donne trop de tous les côtés. C’est une affaire très sérieuse ; je casserais à la statue les bras et les jambes si son nom ne se trouvait pas sur la liste.

Adieu, madame ; faites comme vous pourrez : vivez, portez-vous bien, digérez, cherchez le plaisir, s’il y en a, luttez contre cette fatale nature dont je parle sans cesse, et où j’entends si peu de chose ; ayez de l’imagination jusqu’à la fin, et aimez votre très ancien serviteur, qui vous est plus attaché que tous vos serviteurs nouveaux.

V. »

1 Épître à monsieur de La Harpe, vers 17 et suivants ; voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome10.djvu/418

Quand cette épître fut publiée pour la première fois, elle fut donnée comme adressée « à madame la duchesse de Choiseul ». Effectivement , une transcription de ces vers, intitulée « Pot pourri à madame la grand- maman » précède le texte de la présente lettre, copié par Wyart . Du reste Walpole a placé entre crochets, sur ce manuscrit, les six vers indiqués par V*, et noté en marge : « pour Mme Du Deffand ».

2Mme de Wolmar , de La Nouvelle Héloïse .

3 Mme Du Deffand avait écrit à V* le 29 juillet 1770 : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1770/Lettre_7979

4 Le président Hénault.

5  Par un tremblement de terre ; Mme Du Deffand avait annoncé la nouvelle de ce séisme de Saint-Domingue survenu le 3 juillet 1770 ; voir aussi lettre de V* à Catherine II : https://www.monsieurdevoltaire.com/article-correspondance-catherine-ii-et-voltaire-partie-7-37188231.html

Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-Domingue_(colonie_fra...)