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19/01/2020

Quel remède à tout cela, s’il vous plaît ? je n’y vois que celui de la patience ; autrefois je m’en fâchais, j’ai pris le parti d’en rire

... Mais je dois avouer que j'en ris jaune quand je vois avec quel aveuglement tant de travailleurs suivent des dirigeants syndicaux obtus et malfaisants .

Vive la France et les patates frites !

 

 

« A François-Louis-Claude Marin

24 novembre 1764 1

Si jamais, monsieur, quelque homme de lettres vient vous dire que son métier n’est pas le plus ridicule, le plus dangereux, le plus misérable des métiers, ayez la bonté de m’envoyer ce pauvre homme. Il y a tantôt cinquante ans que je puis rendre bon témoignage de ce que vaut la profession. Un de ses revenants-bons est que chaque année on m’a imputé quelque ouvrage ou bien impertinent ou bien scandaleux. Je suis dans le cas du célèbre M. Arnoult et de l’illustre M. Lelièvre, deux braves apothicaires, dont on contrefait tous les jours les cachets et le baume de vie. On débite continuellement sous mon nom de plus mauvaises drogues. On a fabriqué une Histoire de la guerre de 1741, avec mon nom à la tête 2. Je ne sais quel fripier 3 prétend avoir trouvé mon portefeuille ; il a donné hardiment un recueil de vers tirés du Mercure, et cela est intitulé mon portefeuille retrouvé.4

M. Robinet, que je n’ai pas l’honneur de connaître,  a fait imprimer mes lettres secrètes, qui, si elles sont secrètes, ne devaient pas être publiques ; et M. Robinet 5 ne fera pas assurément fortune avec mes prétendus secrets.

En voici un autre qui donne mes œuvres philosophiques 6 ; et ces œuvres sont d’abominables rogatons imputé autrefois à La Mettrie, et indignes même de lui.

Quel remède à tout cela, s’il vous plaît ? je n’y vois que celui de la patience ; autrefois je m’en fâchais, j’ai pris le parti d’en rire. Je ne puis imiter les charlatans, qui avertissent le public de se donner de garde de ceux qui contrefont leur élixir. Il faut subir cette destinée attachée à la littérature. Il est très inutile de se plaindre au public, qui n’a jamais plaint personne, et qui ne songe qu’à s’amuser de tout.

Il faut qu’un homme de lettres se prépare à passer sa vie entre la calomnie et les sifflets. Si vous vous plaignez à votre ami d’un libelle fait contre vous, il vous demande vite où on le vend . Si vous êtes affligé 7 qu’on vous impute un mauvais ouvrage, il ne vous répond pas, et il court à l’Opéra-Comique . Si vous lui dites qu’on n’a pas rendu justice à vos derniers vers, il vous rit au nez : ainsi le mieux est toujours de rire aussi.

Je ne sais si votre Duchesne s’appelle André ou Guy, mais, soit Guy, soit André, il a impitoyablement massacré mes tragédies . Il les a imprimées comme je les ai faites, avec des fautes innombrables de sa part, comme moi de la mienne. De toutes les républiques, celle des lettres est sans contredit la plus ridicule. »

1 Minute corrigée par V* . V* a porté en tête du manuscrit « Lettre à M. Marin 24 novembre 1764 » et « concernant les infamies de La Haye ».

2En 1756 .

3Ce mot est ajouté sur le manuscrit d'une autre écriture .

4 Sur Le Porte-feuille trouvé, voir lettre du 24 février 1757 à Pierre Rousseau : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2012/10/06/calvin-etait-un-tres-mechant-homme-altier-dur-vindicatif-et.html

5 V* a ajouté le nom au dessus de la ligne .

6 L’Évangile de la raison. Ouvrage posthume de M. D. M...y [s.I.,1764] qui fut publié avec des titres ou faux titres tels que : Collection complète des œuvres de M. de Voltaire et ouvrages philosophiques pour servir de preuves à la religion de l'auteur . L'ouvrage contient quatre œuvres de V* : Saül et David, avec une pagination séparée, le Testament de Jean Meslier, le Catéchisme de l'honnête homme et le Sermon des cinquante, suivies par L’Examen de la religion ( voir lettre du 30 décembre 1761 à Cramer : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/12/29/les-francais-commencent-a-se-former-5892505.html ) .

On peut penser avec Bengesco que V* lui-même était responsable de cette publication . La première référence externe qu'on en trouve est fournie par les Mémoires secrets du 12 novembre 1764, mais la lettre du 6 décembre 1763 à Damilaville ( http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2018/11/30/quand-on-peut-servir-son-prochain-sans-risque-on-est-coupable-devant-dieu-d.html ) est déjà remplie d'allusions la concernant ( à Du Marsais notamment ) : ce qui renvoie à décembre 1763 . Voir encore la lettre du 25 décembre 1764 à Pierre Rousseau : http://www.monsieurdevoltaire.com/2014/09/correspondance-annee-1764-partie-41.html

7 vous lui dites corrigé par V* sur le manuscrit en vous êtes affligé .

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