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03/04/2013

Quelles que soient les vues du ministère de France ne parait-il pas à l'homme supérieur qui vous développe ses sentiments qu'il faut toujours saisir cette ouverture

... N'est-ce pas François Hollande ? Il m'a paru , comme trop rarement, ferme et sincère, expressif et précis, tant le Jérôme Cahuzac le gonfle .

Confier le budget de la France à un expert du placement juteux mais frauduleux, mais voilà qui était une bonne idée là dis-donc ! C'est comme donner la clé du poulailler au renard .  Lequel renard a eu des larmes de crocodile en cèdant sa place avec des allures de martyr , -je le comprends,- c'est comme passer à coté de l'euromillion à un numéro près, ça émeut (meuh ! je passe toute la ménagerie en revue, non ? ) . Que risque-t-il avec les avocats qu'il peut s'offrir ? Qu'est-ce que l'Etat va pouvoir récupèrer ?

Une bonne chose dans tout ça, c'est que certains journalistes font la démonstration de la qualité de leurs investigations, et mettent le nez dans leur kk à ceux qui pronent la présomption d'innocence, particulièrement et presque uniquement, quand il s'agit de personnalités politiques , sacro-saintes ô combien, du style DSK ou Sarko . A suivre ...

 Saisissons l'ouverture

 DSCF1344 saisir l ouverture.jpg

 

« A Jean-Robert Tronchin

A Lausanne 29 janvier [1758]

J'écris mon cher monsieur, à M. Bouret 1, fermier général et je lui donne votre adresse . S'il arrive une permission pour les flambeaux 2, à la bonne heure, sinon il faudra payer ces prétendus droits qu'on exige .

L'affaire que vous savez est un peu plus importante, et en qualité de bon Français je m'y intéresse davantage . Quelles que soient les vues du ministère de France ne parait-il pas à l'homme supérieur qui vous développe ses sentiments qu'il faut toujours saisir cette ouverture et entretenir une correspondance laquelle ne compromettrait point le maître , qui serait uniquement entre les mains de Son Excellence 3 et dont on pourrait tirer un très grand avantage dans une conjoncture favorable 4? Le cardinal de Richelieu disait qu'on devait toujours négocier avec ses ennemis . Je ne dis peut-être là que des sottises , mais aussi je parle d'un métier qui n'est pas le mien .

Je ne sais quel jour part M. le maréchal de Richelieu . On ne débite à présent que de fausses nouvelles du roi de Prusse, du roi de Pologne, des Suédois et des Russes . L'enlèvement d'un magasin de farine par M. de Voyer ne paraît pas une affaire décisive si ce n'est pour les boulangers 5.

Avez-vous toujours M. et Mme de Montferrat 6 à Lyon ? Si vous les voyez, je vous prie de vouloir bien leur présenter mes respects .

Je suppose que dans le compte que vous avez la bonté de faire vous employez les 30 000 livres d'annuités et les 30 000 livres de loterie afin que je voie de quoi je puis disposer .

Mme Denis et moi nous vous sommes toujours bien sincèrement attachés .

V. »

3 Le cardinal de Tencin .

4 Le 30 janvier , écrivant de Paris au comte de Choiseul ambassadeur à Vienne, Bernis lui parlait d'une « lettre que la margrave de Baireuth a écrite au cardinal de Tencin avec qui elle avait fait connaissance à son passage à Lyon . M. de Voltaire a été mis au fait sur-le-champ de cette ouverture . »

5 L'incident était survenu une quinzaine de jours auparavant, près d'Halberstadt .

 

02/04/2013

Rendez-vous les maîtres absolus, ou abandonnez tout

 ... Votre ouvrage, votre pays, vos amis, vos chats et vos cafards , vos femmes et vos maitresses, votre percepteur et le loto, Money drop et Cauet, ... ! J'arrête ici, je ne veux pas y passer la nuit .

 Je tiens à rester parfaitement maître de moi-même, au moins .

 DSCF2011 maitre de moi .png


 

 

« A M. Jean Le Rond d'ALEMBERT.
A Lausanne, de mon lit, d'où je vois

dix lieues de lac,
29 de janvier [1758]
N'appelez point vos lettres du bavardage 1, mon digne et courageux philosophe; il faut, s'il vous plaît, s'entendre et parler de ses affaires.
On fait une grande profession de foi à Genève ; vous aurez le plaisir d'avoir réduit les hérétiques à publier un catéchisme. On se plaint de l'article des Comédiens, inséré dans celui de Genève; mais vous avez joint ce petit mot de la comédie à la requête des citoyens qui vous en ont prié. Ainsi d'un côté vous n'avez fait que céder à l'empressement des bourgeois, et de l'autre vous n'avez fait que répéter le sentiment des prêtres, sentiment publié dans le catéchisme d'un de leurs théologiens 2, et débité publiquement devant vous dans toutes les conversations.
Quand je vous ai supplié de reprendre l'Encyclopédie,`j'ignorais à quel excès de brutalité on avait poussé les libelles, et j'étais bien loin de soupçonner qu'ils fussent autorisés. Je vous ai écrit une grande lettre par Mme de Fontaine 3, elle est votre voisine ne pourriez-vous pas passer chez elle ?
Il serait triste qu'on crût que vous quittez l'Encyclopédie à cause de l'article Genève, comme on affecte d'en faire courir le bruit; mais il serait encore plus triste de continuer en étant exposé à des dégoûts qui doivent vous révolter autant qu'ils déshonorent la nation. Êtes-vous bien uni avec M. Diderot et les autres associés ? Funiculus triplex difficillime rumpitur 4. Quand vous signifierez tous ensemble que vous ne travaillerez qu'avec l'assurance de la liberté honnête qu'il vous faut, et de la protection qu'on vous doit, il faudra bien qu'on en vienne à vous prier de ne pas priver la France d'un monument devenu nécessaire. Les criailleries passeront, et l'ouvrage restera.
Il est beau de quitter tous ensemble et de donner des lois ; il serait désagréable pour vous de quitter seul, il ne faut point que la tête se sépare du corps.
Quand vous donnerez le premier volume, faites rougir dans une préface les lâches qui ont permis qu'on insultât à ceux qui seuls aujourd'hui travaillent pour la gloire de la nation et, pour Dieu, ne souffrez plus les insipides déclamations qu'on insère dans votre Encyclopédie. Ne donnez pas à nos ennemis le droit de se plaindre que ceux qui n'ont eu aucun succès dans les arts, où ils ont même été sifflés, osent donner les règles de ces arts, et prendre pour règles leurs ridicules imaginations. Bannissez la morale triviale dont on enfle certains articles. Le lecteur veut savoir les différentes acceptions d'un mot, et déteste un fade lieu commun sur ce mot. Qui vous force à déshonorer l'Encyclopédie par cet entassement de fadeurs et de fadaises qui donne un si beau champ aux critiques? et pourquoi joindre du velours de gueux à vos étoffes d'or? Rendez-vous les maîtres absolus, ou abandonnez tout. Malheureux enfants de Paris, il fallait faire cet ouvrage dans un pays libre. Vous avez travaillé pour des libraires 5; ils ont recueilli le profit, et vous recueillez les persécutions.
Tout cela me fait trouver ma retraite charmante. Je vous y regrette de tout mon cœur. Plût à Dieu que vous n'eussiez point vu de prêtres quand vous vîntes chez nous Mettez-moi au fait de tout, je vous en prie. » 

1 Voir lettre du 20 janvier 1758 de d'Alembert à V* : … vous avez dû recevoir il y a plusieurs jours une longue lettre de moi dont le bavardage vous aura sans doute ennuyé. »

4 Ecclésiaste ; IV, 12 : Un triple câble rompt difficilement .

5 Voltaire, quoique l'un des collaborateurs de l'Encyclopédie, à laquelle il n'avait pu souscrire qu'à la fin de 1756, ne manquait pas d'en payer chaque volume à Briasson, comme le confirme la fin de la lettre du 13 novembre 1756 à d'Alembert : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2009/11/13/8b7616856c4cc63e00eca0a0f081b4f5.html

 

01/04/2013

j'ai bien peur d'être condamné à rester sur les bords de mon lac, du moins ces bords sont paisibles

... Mon cher Volti, je crains bien de faire le contraire .

De toute manière, tu fais un pied de nez à ceux qui viennent auprès de ton tombeau : "parti au Panthéon pour cause de génie ".

Sans trucage

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« A Louise-Dorothée von Meiningen, duchesse de Saxe-Gotha.
A Lausanne, 27 janvier 1758.

 

Aux housards, et autres

 messieurs de cette espèce. 1

 

Meurtriers à brevet, avides de pillage,
Ne prenez point ma lettre; et souvenez-vous bien
Qu'en saisissant mes vers peu faits pour votre usage,
Vous n'y gagneriez jamais rien.

Housards, j'écris à Dorothée,
Aux grâces, à l'esprit, aux plus nobles appas,
A la douce vertu, de faiblesse exemptée;
Cela ne vous regarde pas.

Madame, après avoir présenté cette petite requête aux housards, je remercie d'abord Votre Altesse sérénissime de la lettre dont elle m'honore, en date du 17 janvier, et j'ose assurer que je rends bien à la grande maîtresse des cœurs toutes ses caresses. Ma lettre du 27 septembre de l'année passée 2 aurait eu le temps d'aller aux Indes, je l'avais donnée à M. le maréchal de Richelieu, dans l'idée qu'il viendrait vous faire sa cour, et me flattant, madame, que quand il verrait Votre Altesse sérénissime, on ne se battrait plus sur votre territoire. Apparemment que le dépit de ne pas jouir de l'honneur de vous voir lui aura fait longtemps garder ma lettre, et qu'il l'aura retrouvée en faisant ses paquets.
Je suis toujours Suisse, madame; mais quand serai-je Thuringien ? et quand la Thuringe n'entendra-t-elle plus parler de marches, de contre-marches et de combats? Hélas on ne nous fait pas espérer la paix pour cette année, ce meilleur des mondes possibles a encore quelques années à souffrir. Votre Altesse sérénissime reverra peut-être encore le héros formidable et aimable à qui elle a fait les honneurs de son palais, et qui semblait dans ce temps critique n'avoir rien à faire qu'à tâcher de lui plaire. Je vous avoue, madame, que j'aurais bien voulu me trouver là; mais j'ai bien peur d'être condamné à rester sur les bords de mon lac, du moins ces bords sont paisibles, et ceux des fleuves allemands ne le seront pas. On dit que le Danemark entre aussi dans la querelle 3. On dit qu'on va faire de tous côtés de nouveaux efforts.
Que me reste-t-il qu'à plaindre le genre humain dans ma retraite ?
J'avais procuré au roi de Prusse un abbé de Prades 4, prêtre, docteur, hérétique, et lecteur de Sa Majesté. On prétend qu'il a trahi son bienfaiteur, et qu'il est puni à Breslau d'un supplice bien étrange pour un prêtre. Je ne veux point le croire, mais je ne sais à qui en demander des nouvelles, c'est d'ailleurs bien peu de chose parmi tant de désastres publics. Je gémis sur ces misères, je souhaite à Votre Altesse sérénissime le bonheur qu'elle mérite. Je me mets à ses pieds et à ceux de son auguste famille avec le plus profond respect.
L'Ermite. »

2 Dans sa lettre du 14 janvier 1758, la duchesse de Saxe-Gotha répondait à la lettre du 22 septembre et non à celle du 27 (voir : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2012/12/25/voila-de-ces-revolutions-bien-capables-de-detromper-des-gran.html )

3 Le Danemark mit sur pied dix-huit mille hommes d'infanterie et six mille de cavalerie pour protéger Hambourg, Lubeck, et les possessions du duc de Holstein-Gottorp. La France lui fournit des subsides. (Georges Avenel.)