10/04/2016
vous êtes plus sages que nous, vous laissez dormir les lois ridicules, faites dans les temps de barbarie, et nous sommes assez barbares pour réveiller ces lois
... Je crains bien que ça ne soit pas demain la veille que ces paroles soient dites par les intégristes religieux de tous bords, à ceux qui, tout autant religieux qu'eux mais heureusement fraternels, ont abandonné tous les dogmes mortifères . Ecrasons l'infâme !
A part celà, les lois ridicules de notre vie civile sont foisonnantes et remontent parfois à l'Ancien Régime . Notre Code Civil et notre Code du Travail ont une croissance qui me rappelle l'apport de scories des volcans les plus actifs, énormes et inabordables .

« Au comte Francesco Algarotti
Au château de Ferney en Bourgogne
par Genève , 1er mai 1761 1
Si je suivais mon goût, j'écrirais toutes les semaines au cygne de Padoue, mais un vieux malade ne fait pas tout ce qu'il veut, la vieillesse est le partage des désirs impuissants . J'ai pourtant écrit une lettre de quatre pages en envoyant un petit paquet, qui doit être parvenu à Venise . Je crois que mon cygne fait actuellement entendre ses chants mélodieux à Bologne ; pourrait-il avoir la bonté de me mander, si en Italie c'est la coutume de jeter à la voirie les acteurs qui ont joué les opera de Métastasio ? C'est une querelle qui se renouvelle actuellement en France ; nous prétendons qu'on ne doit point refuser la sépulture à des citoyens qui sont aux gages du roi ; il est plaisant qu'on enterre le bourreau avec cérémonie, et qu'on ait jeté à la voirie Mlle Lecouvreur . Je sais bien que les rituels de l'Italie et des Gaules sont les mêmes, je sais que dans les uns et dans les autres on excommunie les sorciers, les farceurs qui vendent de l'orviétan dans la place publique pendant la messe, les sauterelles, et ceux qui ne paient pas les dîmes à l’Église ; mais vous êtes plus sages que nous, vous laissez dormir les lois ridicules, faites dans les temps de barbarie, et nous sommes assez barbares pour réveiller ces lois ; c'est que nous avons des jansénistes, et que vous n'en avez point . Les gouvernements tranquilles sont modérés ; et les gouvernements contredits sont de mauvaise humeur .
Je fais ce que je peux pour rendre les jésuites et les jansénistes ridicules . Dieu bénit quelquefois mes petits soins . S'il voulait bénir aussi les jardins que j'ai plantés, il me ferait grand plaisir, mais nous avons nous autres Allobroges des vents de bise, que vous autres Bolognais ne connaissez pas . Sans cet abominable vent du nord, qui gâte tout, notre petit pays vaudrait mieux que celui du pape . Nous allons avoir la paix, ferez-vous un petit tour à Sans-Souci ? Pour moi je ne crois pas que je refasse le voyage . Bonsoir, le plus aimable des hommes ; je suis le plus malingre, mais je ne suis pas le plus triste .Vi abbraccio teneramente 2.
V. »
1 Les derniers mots italiens sont autographes . Le même jour Mme du Bocage écrivait de Paris à Algarotti : « […] il [Voltaire] a mis en vers croisés le Tancrède, que j'ai, comme vous, peine à goûter ; Mlle Clairon le rend de façon qu'on ne sait comment il est rimé ; on croit qu'Apollon le dicte par la bouche de Melpomène ». L'indication sur la diction de Mlle Clairon est précieuse : elle montre que l'actrice dit les vers « comme de la prose », ce dont V* se plaindra dans une note de l'édition des Mémoires de Mme de Caylus .
2 Je vous embrasse tendrement .
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09/04/2016
tant que je vivrai je serai fâché que les truites du lac de Genève soient si loin des saucissons de Bologne
... On dirait bien un de ces messages surréalistes de Radio Londres adressés aux résistants .
https://www.youtube.com/watch?v=9BDyEB4T84g
Si on veut en revenir au XXIè siècle, on peut proposer ce rapprochement aux candidats de Top Chef ; j'ai déjà goûté aux truites du lac de Genève ( lac, qui pour tout Suisse autre qu'un Genevois se nomme impérativement lac Léman ), mais j'ignore tout des saucissons bolognais, quoique fort amateur de sauce du même nom .
Allons, instruisons-nous avant de passer à table : http://culture.ulg.ac.be/jcms/prod_618855/fr/saucisse-de-bologne

Pas terriblement glamour, mais nous vivons dans un monde où il faut parfois montrer des selfies qui déroutent !
« Au marquis Francesco Albergati
Capacelli, senatore di Bologna
à Bologna
Au château de Ferney en Bourgogne
par Genève 1er mai 1761 1
Monsieur, ne jugez pas de mes sentiments par mon long silence ; je suis accablé de maladies et de travaux . Horace pourrait me dire Tu secanda marmora locas sub ipsum funus 2. Figurez-vous ce que c'est que d'avoir à défricher des déserts, et à bâtir des maisons à l'italienne par des Allobroges, d'avoir à finir l'Histoire du czar Pierre, et d'ajuster un théâtre pour des gens qui se portent bien, dans le temps qu'on n'en peut plus . Je crois que le signor Goldoni y serait lui-même embarrassé, et qu'il faudrait lui pardonner s'il était un peu paresseux avec ses amis .
Je reçois, dans le moment , son nouveau théâtre 3. Je partage, monsieur, mes remerciements entre vous et lui ; dès que j'aurai un moment à moi, je lirai ses nouvelles pièces, et je crois que j'y trouverai toujours cette variété et ce naturel charmant qui font son caractère . Je vois avec peine en ouvrant le livre, qu'il s'intitule , poète du duc de Parme4 ; il me semble que Térence ne s'appelait point le poète de Scipion ; on ne doit être le poète de personne, surtout, quand on est celui du public . Il me paraît que le génie n’est point une charge de cour, et que les beaux-arts ne sont pas faits pour être dépendants .
Je présente les sentiments de la plus vive reconnaissance à M. Paradisi ; je me flatte qu'il aura un peu pitié de mon état , et qu'il trouvera bon que je le joigne ici, avec vous, monsieur, au lieu de lui écrire en droiture ; je ne lui manderais pas des choses différentes de celles que je vous dis . Je lui dirais combien je l'estime, et à quel point je suis pénétré de l'honneur qu'il me fait . Vous voyez, monsieur, que je suis obligé de dicter mes lettres . Je n'ai plus la force d'écrire, j'ai toutes les infirmités de la vieillesse, mais dans le fond du cœur tous les goûts de la jeunesse , je crois que c'est ce qui me fait vivre . Comptez, monsieur, que tant que je vivrai je serai fâché que les truites du lac de Genève soient si loin des saucissons de Bologne , et que je serai toujours avec tous les sentiments que je vous dois, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur di cuore,
Voltaire. »
1 Les derniers mots « di cuore » sont autographes .
2 Toi, tout près du tombeau, tu fais tailler des marbres à façon ; Horace, Odes, II, xviii, 17-18 .
3 Delle comedie di Carlo Goldoni avvocato veneto tomo 1 [etc.], 1761 ; voir : http://doc.studenti.it/appunti/letteratura/edizioni-commedie-carlo-goldoni.html
4 Dans sa dédicace à Philippe, duc de Parme, Goldoni se désigne lui-même comme son « serviteur, poète et pensionnaire. »
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08/04/2016
Et mes prêtres, qui me chicanent sur des os de morts . Ah ! Je les mènerai bon train
...

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental
et à
Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental
[avril-mai 1761] 1
Divins anges, daignez me renvoyer icelle quand vous l'aurez lue . Je n'ai que cet exemplaire .
Ce maître Le Dains 2 est un maître fat .
Et mes prêtres, qui me chicanent sur des os de morts .
Ah ! Je les mènerai bon train ; je leur apprendrai à respecter la piété d'un bienfaiteur de l'église . »
1 L'édition Suard place la lettre en 1761, et Moland précise « 8 mai » sur une suggestion de Suard à partir de l'envoi par V* à Damilaville d'un exemplaire unique de l'Appel aux nations ( voir les lettres des 8 et 9 mai 1761 à Damilaville ) ; mais « icelle » ne peut être cet ouvrage dont V* avait envoyé son « seul exemplaire » à d'Argental le 9 janvier 1761 ( voir lettre : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/01/08/i... ) ; la date est fixée par la référence au cimetière déplacé par V* (« les os des morts » ) ; voir lettre du 22 mai 1761 à JR Tronchin et Théodore Tronchin où il dit : « Nous pourrons envoyer à l'évêque d'Annecy tous les os de morts de son prétendu cimetière, il en fera s'il veut des reliques, ou les mangera s'il manque de foin. » )
2 Voir : http://www.monsieurdevoltaire.com/article-correspondance-philosophique-a-comme-avocat-107838405.html
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07/04/2016
il me fait l'honneur de venir dans ma petite cabane quand il en a envie
... Et pourquoi n'y revient-il pas aux beaux jours ?
En marche ! comme dit l'autre .
En marge ! comme le lui reprochent ceux de son parti .
« A Henry Fox
[28 avril 1761] 1
Sr ,
Yr son is an English lad, and I an old french man . He is healthy, and I am sick, jet I love him with all my heart, not only for his father, but for himself . We are very free together, he does me the honour to come to my little cabane when he pleases ; we are to dine just now and to drink your health . 'Tis for me a good fortune to receive the son of the amiable and honour'd mr Fox who was formerly so kind to me ; if I were but sixty years old, I would come again to England, but I will live here and dye with the utmost respect 2, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur .
Voltaire . »
1 Le manuscrit olographe se trouvait autrefois dans les archives de Holland house ; édition princesse Marie Liechtenstein, 1874 . Le destinataire de cette lettre devait devenir premier lord Holland, et son fils, Stephen Fox, second lord Holland . La date est portée sur le manuscrit d'une autre main .
2 Votre fils est un jeune Anglais, et moi un Français âgé . Il est en bonne santé, et je suis malade , néanmoins je l'aime de tout mon cœur, non seulement pour son père, mais pour lui-même . Nous vivons très librement ensemble , il me fait l'honneur de venir dans ma petite cabane quand il en a envie ; nous allons précisément dîner et boire à votre santé . C'est pour moi une bonne fortune de recevoir le fils de l’aimable et de l'honoré M. Fox qui fut autrefois si bon pour moi ; si je n'avais que soixante ans, je retournerais en Angleterre ; mais je veux vivre ici et y mourir avec le plus grand respect ,... »
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Qui magis clamat, magis sapit , comme dit Rabelais / Qui crie le plus est le plus sage
... Mais non, mais non ! c'est une blague . Humour rabelaisien !
Et tous ceux qui vocifèrent ne sont pas spécialement "sages", comme nous le prouvent les images des manifestants contre ci et mi, à tour de bras, et de gueules . Enormément d'opposition, propositions minuscules et/ou ridicules , comme d'hab' .
« A Pierre-Joseph Thoulier d'Olivet
[27 avril 1761] 1
Per deos immortales tibi incumbit ciceroniane Olivete officium (aut onus ) reddendi meam generoso Trubleto epistolam 2, qui a transmis la lettre doit transmettre la réponse, cela est du protocole des négociateurs . Je conçois vos peines care Olivete . Qui magis clamat, magis sapit 3, comme dit Rabelais . Si jamais vous êtes dégouté du sanctuaire des quarante, venez faire un petit tour chez vos compatriotes . Je serais enchanté de vous revoir et Mme Denis partagerait ma joie .
Je parle naïvement à l'abbé Trublet, vous verrez que je suis tout aussi simple que lui .
Qu'est-ce qu'une consultation de Mlle Clairon contre les excommunications 4? Quel effet cela fera-t-il? Je vous le demanderais si vous aimiez à écrire, mais vous êtes un paresseux … que j'aime .
V. »
1 La date donnée correspond au fait que V* répond à une lettre écrite vers le 20 avril 1761, elle-même réponse à la lettre du 10 avril 1761 à d'Olivet : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/03/27/il-est-temps-de-prevenir-j-ai-presque-dit-d-arreter-la-decad-5780249.html
2 Par les dieux immortels, il te revient , d'Olivet cicéronien, la charge (ou le fardeau ) de remettre ma lettre au généreux Trublet . (aut onus) est ajouté au dessus de la ligne .
3 cher d'Olivet . Qui crie le plus est le plus sage .
4 Voir lettre du 22 avril 1761 à Thieriot : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/04/01/m-damilaville-me-mande-qu-il-y-a-quelque-breche-a-votre-roto-5782839.html
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dans le fond je suis bon homme . Il est vrai qu'ayant fait réflexion depuis quelques années qu'on ne gagnait rien à l'être, je me suis mis à être un peu gai parce qu'on m'a dit que cela était bon pour la santé
... Et je pète la forme !

« A Nicolas-Charles-Joseph Trublet
Au château de Ferney 27 avril 17611
Votre lettre 2 et votre procédé, monsieur, sont des preuves que vous n'êtes pas mon ennemi , et votre livre vous faisait soupçonner de l'être . J'aime bien mieux en croire votre lettre que votre livre . Vous aviez imprimé que je vous faisais bailler 3, et moi j'ai laissé imprimer que je me mettais à rire 4; il résulte de tout cela que vous êtes difficile à amuser, et que je suis mauvais plaisant ; mais enfin en baillant et en riant vous voilà mon confrère , et il faut tout oublier en bons chrétiens et en bons académiciens .
Je suis fort content, monsieur, de votre harangue et très reconnaissant de la bonté que vous avez de me l'envoyer . À l'égard de votre lettre, Nardi parvus onix eliciet cadum 5. Pardon de vous citer Horace, que vos héros MM. de Fontenelle et de La Motte ne citaient guère 6. Je suis obligé en conscience de vous dire que je ne suis pas né plus malin que vous ; et que dans le fond je suis bon homme . Il est vrai qu'ayant fait réflexion depuis quelques années qu'on ne gagnait rien à l'être, je me suis mis à être un peu gai parce qu'on m'a dit que cela était bon pour la santé . D'ailleurs je ne me suis pas cru assez important, assez considérable, pour dédaigner toujours certains illustres ennemis qui m'ont attaqué personnellement, pendant une quarantaine d'années, et qui les uns après les autres ont essayé de m'accabler comme si je leur avais disputé un évêché ou une place de fermier général . C'est par pure modestie que je leur ai donné enfin sur les doigts, je me suis cru précisément à leur niveau, et in arenam cum aequalibus descendi,7 comme dit Cicéron .
Croyez, monsieur, que je fais une grande différence entre vous et eux, mais je me souviens que mes rivaux et moi quand j’étais à Paris, nous étions tous fort peu de chose, de pauvres écoliers du siècle de Louis XIV, les uns en vers, les autres en prose, quelques uns moitié prose moitié vers, du nombre desquels j'avais l'honneur d'être, infatigable auteur de pièces médiocres, grand compositeur de riens, pesant gravement des œufs de mouche dans des balances de toile d'araignée ; je n'ai presque vu que de la petite charlatanerie , je sens parfaitement la valeur de ce néant, mais comme je sens également le néant de tout le reste, j'imite le Vejanius d'Horace :
Vejanius armis
Herculis ad postem fixis, latet abditus agro 8.
C'est de cette retraite que je vous dis très sincèrement que je trouve des choses utiles et agréables dans tout ce que vous avez fait ; que je vous pardonne cordialement de m'avoir pincé ; que je suis fâché de vous avoir donné quelques coups d'épingle ; que votre procédé me désarme pour jamais ; que bonhomie vaut mieux que raillerie 9, et que je suis monsieur mon cher confrère, de tout mon cœur, avec une véritable estime, et sans compliment, comme si de rien n'était, votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire. »
1Il existe de nombreuses copies contemporaines de cette lettre ; le texte est pratiquement celui des éditions, dont la première est : Lettre de M. de Voltaire à M. le duc de La Vallière ; l'édition de Kehl reprend le texte des Lettres de M. de Voltaire à ses amis du Parnasse , 1766 .
2 La lettre de Trublet envoyée par d'Olivet , ne nous est pas parvenue ; d'après certains manuscrits elle aurait porté la date du 20 ou 22 avril 1761 .
3 Dans ses Essais sur divers sujets de littérature et de morale, 1760 . Trublet avait écrit : « On a osé dire de La Henriade, et on l'a dit sans malignité, Je ne sais pourquoi je baille en la lisant […] Ce n'est pas le poète qui ennuie et fait bailler dans La Henriade : c'est la poésie, ou plutôt les vers. » Cette remarque de Trublet s'explique en partie par l'hostilité des amis de Trublet, Fontenelle , La Motte, Marivaux même, à l'égard de la versification telle qu'elle était pratiquée à l'époque .
4 V* avait été plus dur qu'il ne le dit ici ; voir Le Pauvre Diable, vers 222-234 : http://www.monsieurdevoltaire.com/2014/07/satire-le-pauvr...
et L’Épître sur l'agriculture , vers 84-86 : http://www.monsieurdevoltaire.com/article-epitre-a-madame...
5 Un petit onyx plein de nard fera sortir une jarre [de vin ] ; Horace, Odes, IV, xii, 17 .
6 Fontenelle et La Motte étaient les « héros du parti moderne » comme les appelait Desfontaines . Trublet avait écrit et édité des Mémoires pour servir à l'histoire de la vie et des ouvrages de MM. Fontenelle et de La Motte, 1759 .
7 Je suis descendu dans l'arène avec mes égaux .
8 Vejanius, après avoir suspendu les armes d'Hercule au chambranle d'une porte, se tient caché dans un champ ; Horace, Épîtres, I, i, 4-5 .
9 Cette formule était souvent citée comme un jugement sur Marivaux . On voit qu'en réalité V* se l'applique à lui-même . C'est apparemment l'abbé Trublet qui, en répandant ce mot, l'a rapporté à Marivaux .
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06/04/2016
je vois qu'on ne fait rien sur terre , en enfer, et au ciel, que pour de l'argent
... Notre clairvoyant Voltaire apporte de l'eau au moulin de l'actualité Panama papers , sans accorder d'absolution cependant .
Dieu-fric , ta religion ne manque pas de pratiquants adorateurs : les ploutocrates !
http://www.lemonde.fr/panama-papers/article/2016/04/06/pa...

« A Charles-Augustin Ferriol , comte d'Argental
Ferney par Genève 27è avril 1761
J'envoie à mes anges , un morceau scientifique 1, en réponse à la généreuse lettre de M. le duc de La Vallière . Je crois que Thieriot fera imprimer tout cela pour l'édification du prochain ; mais si Thieriot n'a pas assez de crédit, je me mets toujours sous les ailes de mes anges . Je ne suis pas fâché de faire voir tout doucement, que le théâtre est plus ancien que la chaire, et qu'il vaut mieux .
Je ne sais qui a fait la consultation de Mlle Clairon à un avocat 2. Je ne connaissais pas l'anecdote du reposoir, et des mille écus ; je vois qu'on ne fait rien sur terre , en enfer, et au ciel, que pour de l'argent ; une religion qui veut attacher de l’infamie à Cinna, est elle-même ce qu'il y a de plus infâme ; il faut pourtant ne se pas mettre en colère ; mais comment lire sans se fâcher, le détestable style, du détestable avocat, qui a fait un mémoire inlisible 3?
On me mande qu'on n'entend pas un mot de ce que dit Lekain, qu'il étouffe de graisse, et que les autres acteurs, excepté 4 Mlle Clairon, font étouffer d'ennui ; cela est-il vrai ? J'en serais fâché pour Oreste ; daignez-vous toujours aimer cet Oreste ? Conservez au moins vos bontés, pour celui qui a purgé ce beau sujet des amours ridicules qui l'avaient défiguré .
J'ai peur que le congrès ne commence tard, et que la guerre ne dure longtemps .
M. de Chimènes achève de se ruiner à faire jouer son Don Carlos à Lyon, et moi à bâtir une église . Comme le monde est fait ! »
1 Voir lettre de la veille à La Vallière : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/04/05/le-peuple-ecoutait-ces-farces-theologiques-le-cou-tendu-les-5784411.html
2 Voir lettre du 22 avril 1761 à Thieriot : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/04/01/m-damilaville-me-mande-qu-il-y-a-quelque-breche-a-votre-roto-5782839.html
3 Sur inlisible, voir lettre du 5 décembre 1760 à JR Tronchin , V* utilise cette forme à plusieurs reprises, conformément à l'usage de l'époque .
4 Wagnière avait écrit exceptée , que V* a corrigé .
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