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29/03/2012

Le seul prix de tous mes travaux est votre suffrage, et celui de tous les hommes qui pensent comme vous

Décidément, les allusions au monde électoral / illusions du monde électoral sont aisées à trouver . Merci Voltaire !

 

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 http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/20...

 

 

« A M. DE MALESHERBES

Aux Délices, 12 septembre [1755]

J'ai l'honneur, monsieur, de vous envoyer le premier exemplaire d'une pièce représentée loin de moi, et imprimée sous mes yeux. Je vous dois cet hommage. J'ai fait don de la pièce au sieur Lambert pour la France, et aux Cramer pour les pays étrangers. Je n'ai d'autres intérêts avec les libraires et les comédiens que celui de leur être utile. Le seul prix de tous mes travaux est votre suffrage, et celui de tous les hommes qui pensent comme vous.

Vous sentez, monsieur, combien la conversation que M. l'abbé Mignot a eue avec vous a pénétré de douleur Mme Denis, et moi, et toute ma famille. Je n'ai appris que fort tard cette cruelle affaire, que Mme Denis me tenait cachée dans ma dernière maladie. Jugez quelle dut être ma crainte, quand elle me dit qu'on imprimait à Paris une partie de l'histoire du roi, que le ministre m'avait recommandé de tenir longtemps secrète. Et quelle histoire encore? des mémoires informes, des minutes de rebut, volées indignement et vendues à un libraire. Mon désespoir fut au comble, quand j'appris que vous-même vous pensiez que j'étais d'accord de cette manœuvre qui pouvait me perdre. Mme de Pompadour et M. d'Argenson étaient les seuls qui avaient mon véritable manuscrit; je les offensais, ainsi que le roi lui-même, si je le donnais au public dans les circonstances où est l'Europe.
Cependant ce manuscrit est près de paraître, le libraire ne daigne pas seulement m'en avertir. On lui parle, il refuse de me consulter; on mande enfin à Mme Denis, de plusieurs endroits différentes, que l'auteur du larcin est connu, qu'il a vendu les brouillons de cet ouvrage, volé chez elle, vingt-cinq louis d'or , que vous le savez; que le libraire Prieur vous l'a avoué, comme à plusieurs autres personnes le fait devient public. Que devait, que pouvait faire Mme Denis, que de vous écrire, monsieur, et d'écrire à Mme de Pompadour? Elle vous soumet toute sa conduite; elle ne fait pas une démarche sans vous en instruire , elle compte sur votre amitié et sur votre justice , elle fait tout pour m'épargner les suites funestes de ce larcin, qui seraient aussi cruelles que celles de cette prétendue Histoire universelle, volée de même, falsifiée de même, connue par toute l'Europe littéraire pour m'avoir été dérobée, et qui cependant m'a perdu auprès du roi.

Je suis très-persuadé, monsieur, que vous, qui êtes à la tête des lettres, vous ne voudrez point qu'un homme qui les a préférées à tout, et qui ne les cultiva que pour elles-mêmes, soit continuellement la victime de la calomnie et de la rapine, c'est une affreuse récompense. Je dois croire qu'une âme comme la vôtre entre dans ma juste douleur, bien loin de la redoubler.

 

M. d'Argenson m'avait flatté qu'il pouvait recevoir sous votre enveloppe; vous me pardonnerez cette liberté.

J'ai l'honneur d'être avec respect, monsieur, votre très- humble et très-obéissant serviteur. »

 

Vous avez le droit de vous élever contre eux; c'est à la vertu d'être intrépide

 EUX ! "... [s'] élever contre eux" , contre ces amuseurs tristes qui nous promettent tout et son contraire, qui ne rêvent que d'assurer leur avenir historiquement (et matériellement ), si ce n'est honorablement .

Eux, ces candidats qui se bagarrent au lieu de s'unir en gardant les meilleures voies de chaque parti ( plutôt que seulement les voix des électeurs abusés ! ).

Intrépide , "LA" vertu ! c'est encore au genre féminin d'intervenir !

Reste-t-il des vertus masculines ?

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« A M. le comte d'ARGENTAL.

Aux Délices, 12 septembre [1755]

Je vous ai déjà mandé, mon cher ange, que j'ai envoyé la pièce à Lambert que la seule chose importante pour moi, dans le triste état où je suis, c'est qu'elle paraisse avec les petits boucliers qui repoussent les coups qu'on me porte.

J'ai pris, sur les occupations cruelles, sur les maux qui m'accablent, sur le sommeil que je ne connais guère, un peu de temps à la hâte, pour corriger, pour arrondir ce que j'ai pu. Si la pièce était malheureusement imprimée de la manière dont les comédiens la jouent, elle me ferait d'autant plus de peine que les copies en seraient très-incorrectes, et c'est ce que j'ai craint; c'est ce qui est arrivé à Rome sauvée, transcrite aux représentations. Il n'y a nulle liaison dans les choses qu'on a été obligé de substituer pour faire taire des critiques très- injustes. Ces critiques disparaissent bientôt, et il ne faut pas qu'il reste de vestige de la précipitation avec laquelle on a été forcé d'adoucir les ennemis d'un ouvrage passable, avec des vers nécessairement faibles, par lesquels on a cru les désarmer. S'il reste quelques longueurs, si l'impatience française ne veut pas que le dialogue ait sa juste étendue, on peut, aux représentations, sacrifier des vers mais les yeux jugent autrement. Le lecteur exige que tout ait sa proportion, que rien ne soit tronqué, que le dialogue ait toute sa justesse. Je ne parle point de certains vers énergiques, tels que

Les lois vivent encore, et l'emportent sur vous .1 ( Acte IV, scène IV.)

vers que Mme de Pompadour a approuvés, vers qui donnent quelque prix à mon ouvrage. Me les ôter sans aucune raison, c'est jeter une bouteille d'encre sur le tableau d'un peintre. Ne joignez pas, je vous en conjure, aux désagréments qui m'environnent, celui de laisser paraître mon ouvrage défiguré. Je serai peut-être dans la nécessité d'employer plus de soins à faire jouer ma pièce à Fontainebleau, comme elle doit l'être, qu'on en a mis à satisfaire les murmures inévitables à une première représentation dans Paris. Un peu de fermeté, quelques vers retranchés, suffiront pour faire passer la pièce au tribunal de ce parterre si indocile; mais, au nom de Dieu, que mon ouvrage soit imprimé comme je l'ai fait. Mon cher ange, j'exige cette justice de votre amitié.

Quant à M. de Malesherbes, il a tort, et il faut avoir le courage de lui faire sentir qu'il a tort, il n'y a que votre esprit aimable et conciliant qui puisse réussir dans cette affaire. N'y êtes-vous pas intéressé? Quoi! un Ximenès vole des manuscrits, et ce lâche insulte! et il vous traite d'espèce! et M. de Malesherbes a protégé ce vol! Contre qui? contre celui que ce vol pouvait perdre. Parlez, parlez avec le courage de votre probité, de votre honneur, de votre amitié. Les hommes sont bien méchants! Vous avez le droit de vous élever contre eux; c'est à la vertu d'être intrépide. Je vous embrasse mille fois. Comment va le pied de madame d'Argental? Je vous envoie, par M. de Malesherbes même, l'édition de Genève. Prault n'aura rien. Lambert aura la France, les comédiens auront mon travail. Il ne me reste que les tracasseries, mon cher ange vos bontés l'emportent sur tout. »

 



 

1 La crainte que la police ne vit une allusion dans ce beau vers avait engagé un des amis de Voltaire à y substituer un vers insignifiant. Voir lettre du 8 octobre à Mlle Clairon : page 478 :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k411354g/f481.image.r=oeuvres+completes+voltaire.langFR

 

28/03/2012

puisque ces magots chinois ont trouvé grâce devant vos yeux, il fallait bien qu'ils réussissent en France

Réussir en France  ...

... Selon Plantuplantu_16.jpg

 

 

 

 

« A MADAME LA DUCHESSE DE SAXE-GOTHA
Aux Délices, 12 septembre 1755.

Madame, ce n'est pas Jeanne que je mets cette fois-ci à vos pieds, c'est cet Orphelin de la Chine. Votre approbation m'a donné la hardiesse de le faire jouer à Paris et puisque ces magots chinois ont trouvé grâce devant vos yeux, il fallait bien qu'ils réussissent en France. Les Français qui ont du goût, madame, sont faits pour penser comme Votre Altesse sérénissime. J'ignore si elle a reçu la lettre que j'eus l'honneur de lui écrire, il y a plus d'un mois, en faveur de Jeanne. Je lui demandais ses ordres; je lui disais, dans ma lettre, que j'avais donné à cette grosse et singulière héroïne un habit décent, pour qu'elle pût faire la révérence à la petite-fille des héros, à celle qui est l'honneur de son sexe.

Je suis toujours, madame, dans cette maison que monseigneur le prince votre fils a honorée de son séjour. Plus je l'embellis, plus je regrette de n'être pas à vos pieds. Il n'y a rien à mes yeux de beau que votre cour; je n'aurais jamais dû la quitter. Daignez, madame, me conserver des bontés si chères et si consolantes. Puissiez-vous jouir aussi longtemps que je le désire, vous et toute votre famille, et la grande maltresse des cœurs, d'un bonheur que vous méritez si bien

 


Je renouvelle à Votre Altesse sérénissime mon inviolable attachement et mon très-profond respect. »


 

 



 

Un simple compliment n'est guère lu, s'il n'est soutenu par des choses utiles.

 Professeur Bernard DEVAUCHELLE

Congrès France ADOT 01 

 30è anniversaire - 24 mars 2012- Bourg-en-Bresse

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N'oubliez pas ce regard d'homme de bonne volonté, ni cette main qui redonne un visage et donc une vie à des êtres défigurés .

N'oubliez pas de dire à vos proches si vous êtes pour le don de vos organes ou non .

N'oubliez pas que votre mort peut n'être pas inutile , et être source de vie. 

 

 

 

« A M. le maréchal duc de RICHELIEU.

Aux Délices, 12 septembre [1755]

Je vous envoie, monseigneur, à la hâte, et comme je peux, votre filleul l'Orphelin, dont vous voulez bien être le parrain : ce sont les premiers exemplaires qui sortent de la presse 1. Je crois que vous joindrez à toutes vos bontés celle de me pardonner la dissertation que je m'avise toujours de coudre à mes dédicaces. J'aime un peu l'antique, cette façon en a du moins quelque air. Les épîtres dédicatoires des anciens n'étaient pas faites comme une lettre qu'on met à la poste, et qui se termine par une vaine formule; c'étaient des discours instructifs. Un simple compliment n'est guère lu, s'il n'est soutenu par des choses utiles. Il y a, à la fin de la pièce, une lettre à Jean-Jacques Rousseau 2, que j'ai cru nécessaire de publier dans la position où je me trouve.

Je suis honteux de vous entretenir de ces bagatelles, lorsque je ne devrais vous parler que du chagrin sensible que m'a causé la perte de votre procès 3. Je ne sais pas si une pareille décision se trouve dans l’Esprit des Lois. J'ignore la matière des substitutions, j'avais seulement toujours entendu dire que les droits du mineur étaient inviolables; et, à moins qu'il n'y ait une loi formelle qui déroge à ces droits, il me paraît qu'il y a eu beaucoup d'arbitraire dans ce jugement. Je ne puis croire surtout qu'on vous ait condamné aux dépens, et je regarde cette clause comme une fausse nouvelle. Je n'ose vous demander ce qui en est. Vous devez être surchargé d'affaires extrêmement désagréables. Il est bien triste de succomber, après tant d'années de peines et de frais, dans une cause qui, au sentiment de Cochin, était indubitable, et ne faisait pas même de question.
Vous êtes bien bon de me parler de tragédie et de dédicaces, quand vous êtes dans une crise si importante , c'est une nouvelle épreuve où l'on a mis votre courage. Vous soutenez cette perte comme une colonne anglaise 4 mais les canons ne peuvent rien ici, et ce n'est que dans votre belle âme que vous trouvez des ressources. C'est à cette âme noble et tendre que je serai attaché toute ma vie avec les sentiments les plus inviolables et les plus respectueux. Vous savez que ma nièce pense comme moi. Permettez que je revienne à la pièce qui est sous votre protection. Je vous demande en grâce qu'on la joue à Fontainebleau, telle que je l'ai faite, telle que Mme de Pompadour l'a lue et approuvée, telle que j'ai l'honneur de vous l'envoyer, et non telle qu'elle a été défigurée à Paris. En vérité, je ne puis concevoir comment elle a pu avoir quelques succès avec tant d'incongruités. Il faut que Mlle Clairon soit une grande enchanteresse. »

1 L'Orphelin de la Chine imprimé par les frères Cramer à Genève .

2 Lettre du 30 août : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2012/03/22/o... en réponse à la lecture de Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes .

3 On trouve dans les Ouvres de Cochin (édition in-8°, tome IV, page 391) un mémoire ou plaidoyer pour M. le duc de Richelieu, héritier substitué de M. le cardinal de Richelieu, son grand-oncle, contre M. de Chabezé, M. Payen, etc., etc., et autres possesseurs de maisons situées dans les environs du Palais-Royal, faisant partie de la substitution, et indûment aliénées. Le procès remontait aux environs de 1735. (Beuchot.)

Voir : http://books.google.fr/books?id=TVgOAAAAQAAJ&pg=PA398&lpg=PA398&dq=oeuvres+de+cochin+duc+de+richelieu&source=bl&ots=R2vxRMtSyc&sig=8ErSzKfhEwgpPI0TkXMm8E2uSYI&hl=fr&sa=X&ei=QgJzT-OHBM-u8QPN0_VY&sqi=2&ved=0CCAQ6AEwAA#v=onepage&q&f=false

4 Voltaire, trompé par des relations inexactes, et aveuglé par sa partialité pour son héros, croyait que celui-ci, à la bataille de Fontenoy, avait donné le premier l'avis de faire avancer quatre canons contre le front de la colonne anglaise. (CL.) Voir : http://www.monsieurdevoltaire.com/categorie-11835145.html

 

27/03/2012

beaucoup de savoir, un bon esprit, et un bon cœur. Je le crois votre ami à tous ces titres

Je mets simplement cette phrase au féminin en pensant, comme chaque jour, et plusieurs fois chaque jour, à mam'zelle Wagnière qui possède toutes ces qualités essentielles .

Promesse de printemps présent

 

neige d en haut neige d en basDSCF3421.JPG


 

 

« A M. Elie BERTRAND 1.

Aux Délices, 12 septembre [1755]

Je vous envoie, mon cher monsieur, le premier exemplaire qui sort de la presse 2. Je vous prie de vouloir bien en faire parvenir un à M. le banneret Freudenreich, aussi bien qu'à M. l'avoyer Steiger et à M. l'avoyer Tiller. Je vous demande bien pardon de la peine que je vous donne, mais j'ai cru que ces petits hommages ne pouvaient passer par de meilleures mains. Il y a aussi, si vous le permettez, un exemplaire pour M. Tshifeli, secrétaire de votre consistoire. Il m'a écrit une lettre qui fait voir beaucoup de savoir, un bon esprit, et un bon cœur. Je le crois votre ami à tous ces titres. J'ai cru devoir imprimer ma lettre à Jean-Jacques dans les circonstances présentes. Vous savez peut-être, monsieur, que le conseil de Genève a engagé celui de Lausanne à faire rendre, par Bousquet, l'original du mémoire calomnieux de Grasset. Il me paraît nécessaire qu'on en soit informé à Berne.
Maubert, son complice, est parti, dit-on, pour aller faire imprimer la rapsodie infâme 3 dont il espère de l'argent. Quel capucin ! Je me recommande à vos bontés.

 

V.

Je crois enfin que, malgré tous mes maux, je partirai dans quelques jours pour Monrion. Puissé-je avoir assez de santé pour venir vous embrasser ! »


 

1 Pasteur, littérateur et savant suisse .

 

2 De l'Orphelin de la Chine; édition des Cramer.

 

3 Une version scabreuse de La Pucelle .

 

Les circonstances où je me trouve me forcent, malgré moi, de faire débiter l'ouvrage incessamment

Ce que disent ces quelques auteurs ( auteurs par procuration, le métier de nègre étant terriblement tendance dans le milieu politicard )  candidats , à un moment donné au moins pour quelques uns, à la présidence . Je ne mettrai pas une roupie sur l'étal d'un libraire pour achter ces choses-là , soyez-en sûrs !

Ils sont aussi indigestes que ce qui suit, spécial grandes gueules !

 

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François Hollande : Le rêve français ( paru en 2011) et Changer de destin (en 2012)

François Bayrou : 2012, état d'urgence

Manuel Valls : L'énergie du changement

Arnaud Montebourg : Votez pour la démondialisation.

Ségolène Royal  : Lettre à tous les résignés et indignés qui veulent des solutions.

Corinne Lepage : La vérité sur le nucléaire ,et  Déficit public

Marine Le Pen : Pour que vive la France

Eva Joly : Sans tricher

And last : Nico, dit NS (Nini Simplex ) : à voir ! il y a l'embarras du choix , le passé parle-t-il  pour/contre lui ? http://recherche.fnac.com/Search/SearchResult.aspx?Search...

 

 

 

« A M. Michel LAMBERT 1

10 septembre [1755]

Je vous demande pardon des frais du paquet; je tâcherai, par la poste prochaine, de vous envoyer le reste franc de port. Il y a une épître dédicatoire à M. le maréchal de Richelieu, et une lettre qu'il faut mettre à la fin de la pièce 2.

Les circonstances où je me trouve me forcent, malgré moi, de faire débiter l'ouvrage incessamment.

Je vous réitère que je vous ai fait don du total pour Paris, et aux frères Cramer pour les pays étrangers.

Comptez que je chercherai toujours à vous faire plaisir. »

 

1 Libraire et imprimeur .

 

2 L'Orphelin de la Chine .

 

25/03/2012

Lorsque des hommes comme vous élèvent leurs voix pour réprouver tous ces ouvrages que l'ignorance et l'avidité débitent

 

 

 

 

« A MESSIEURS DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE 1

Novembre 1755.

Messieurs, je crois qu'il n'appartient qu'à ceux qui sont, comme vous, à la tête de la littérature, d'adoucir les nouveaux désagréments auxquels les gens de lettres sont exposés depuis quelques années.

Lorsqu'on donne une pièce de théâtre à Paris, si elle a un peu de succès, on la transcrit d'abord aux représentations, et on l'imprime souvent pleine de fautes. Des curieux sont-ils en possession de quelques fragments d'un ouvrage, on se hâte d'ajuster ces fragments comme on peut; on remplit les vides au hasard, on donne hardiment, sous le nom de l'auteur, un livre qui n'est pas le sien. C'est à la fois le voler et le défigurer. C'est ainsi qu'on s'avisa d'imprimer sous mon nom il y a deux ans, sous le titre ridicule d'Histoire universelle 2, deux petits volumes sans suite et sans ordre, qui ne contenaient pas l'histoire d'une ville, et où chaque date était une erreur. Quand on ne peut imprimer l'ouvrage dont on est en possession, on le vend en manuscrit; et j'apprends qu'à présent on débite de cette manière quelques fragments, informes et falsifiés, des mémoires que j'avais amassés dans les archives publiques sur la Guerre de 1741 3. On en use encore ainsi à l'égard d'une plaisanterie 4 faite, il y a plus de trente ans , sur le même sujet qui rendit Chapelain si fameux. Les copies manuscrites qu'on m'en a envoyées de Paris sont de telle nature qu'un homme qui a l'honneur d'être votre confrère, qui sait un peu sa langue, et qui a puisé quelque goût dans votre société et dans vos écrits, ne sera jamais soupçonné d'avoir composé cet ouvrage tel qu'on le débite. On vient de l'imprimer d'une manière non moins ridicule et non moins révoltante.

Ce poème a été d'abord imprimé à Francfort, quoiqu'il soit annoncé de Louvain, et l'on vient d'en donner en Hollande deux éditions qui ne sont pas plus exactes que la première, cet abus de nous attribuer des ouvrages que nous n'avons pas faits, de falsifier ceux que nous avons faits, et de vendre ainsi notre nom, ne peut être détruit que par le décri dans lequel ces œuvres de ténèbres doivent tomber.

C'est à vous, messieurs, et aux Académies formées sur votre modèle, dont j'ai l'honneur d'être associé, que je dois m'adresser. Lorsque des hommes comme vous élèvent leurs voix pour réprouver tous ces ouvrages que l'ignorance et l'avidité débitent, le public, que vous éclairez, est bientôt désabusé.

Je suis avec beaucoup de respect, etc. »

 

1 Cette lettre, dont il n'existe aucune trace dans les archives de l'Académie française, avait été, ainsi que la réponse de M. Duclos, secrétaire de l'Académie, en novembre, mise par les éditeurs de Kehl dans une note de leur préface de la Pucelle.

3 Voir tome XV, l'avertissement de Beuchot placé en tête du Précis du siècle de Louis XV : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k411331n/f148.image

4 La Pucelle d'Orléans.