27/01/2012
Je vous prie de donner à M. de Thibouville cet âne honnête
Honnête, sans aucun doute !
Patient, remarquablement !
Qui a dû trop entendre d'histoires à dormir debout !(débat Hollande-Juppé !!)
« A M. le comte d'ARGENTAL.
Aux Délices, près de Genève, 28 mai [1755]
Pardon, mon cher ange, nous ne savons pas précisément la demeure de Corbi 1, et nous vous supplions de lui faire tenir cette lettre. Il est très-certain que Grasset n'est qu'un prête-nom, que c'est à Paris qu'on a fabriqué les additions à cet ancien poème; que c'est à Paris qu'elles courent, et qu'on veut les imprimer, que des protecteurs de Corbi les ont eues, que Corbi ne les a obtenues que par eux, et que, en un mot, Corbi peut faire beaucoup de mal en les publiant, et beaucoup de bien en s'opposant à l'édition.
Vous devez avoir reçu un paquet par M. Bouret2. Je vous prie de donner à M. de Thibouville cet âne honnête 3, en attendant que je sois en état de refaire la fin du quatrième acte et le commencement du cinquième. La pièce tomberait dans l'état où elle est. Il faut qu'elle soit digne de votre goût et de votre amitié; mais, pour cela, il me faut santé et repos d'esprit. Je n'ai ni l'un ni l'autre.
Si vous avez quelques gros paquets à me faire tenir, je vous prie de les adresser chez M. Bouret.
Le vieux Hibou des Alpes»
2 Intendant ou fermier général des postes, auquel est adressée une lettre du 13 août 1768. V* le nommera « le bienfaisant Bouret » pour les services rendus .
3 Allusion au Chant de l'Ane de la Pucelle dont circule une version scabreuse .Le paquet est L'Orphelin de la Chine .
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un peu de gaze sied bien, même à un âne.
Gaze sur le Jura...
... Pluie sur le petit âne

« A M. le maréchal duc de RICHELIEU.
Aux Délices, 26 mai [1755]
Est-il possible, monseigneur, que votre santé soit si longtemps à revenir ? Comment avez-vous pu soutenir tant de douleurs et tant de privations ? A quoi donc avez-vous passé le temps, dans ce désœuvrement si triste et si étranger pour vous ? Une tragédie chinoise ne vaut pas la belle porcelaine de la Chine. Vous vous connaissez à merveille à ces deux curiosités-là, et vous avez dû bien sentir que la tragédie n'était point encore digne de paraître sous vos auspices. Ces cinq magots de la Chine ne sont encore ni cuits ni peints comme je le voudrais. Il faut attendre l'année de votre consulat 1 pour les présenter, et employer beaucoup de temps pour les finir.
Mais je suis actuellement très-incapable de cuire et de peindre. Ce maudit ouvrage d'une autre espèce 2, dont on vous a régalé pendant votre maladie, me rend bien malade. On m'en a envoyé des morceaux indignement falsifiés, qui font frémir le bon goût et la décence. Ces rapsodies courent; on veut les imprimer sous mon nom. L'avidité et la malignité se joignent pour me tuer. Je vous conjure de parler à ceux qui vous ont fait lire ces misères, ils sont à portée d'empêcher qu'on ne les publie. J'aurai l'honneur de vous faire tenir le véritable manuscrit; il vous amusera , il n'en vaut que mieux pour être plus décent; un peu de gaze sied bien, même à un âne. Un nommé Corbi est fort au fait de toute cette horreur 3. Si vous daignez l'envoyer chercher, il renoncera au projet d'imprimer quelque chose d'aussi détestable et de si dangereux, dans l'espérance de faire des profits plus honnêtes.
Mme Denis et moi, nous nous mettons entre vos mains, et nous espérons tout de vos bontés. »
1 Richelieu ne dut être d'année, ou de service, qu'en 1757, comme premier gentilhomme de la chambre; mais l'Orphelin fut joué le 20 août 1755.
3 Voir lettre du même jour à François Grasset, éditeur .http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2012/01/26/il-ne-vous-resterait-apres-avoir-perdu-votre-argent-que-la-h.html
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26/01/2012
il ne vous resterait, après avoir perdu votre argent, que la honte et le danger d'avoir imprimé un ouvrage scandaleux
http://www.deezer.com/music/track/14529547
Mr Grasset François, Your heart is as black as the night !
Et une belle version de I put a spell on you , juste pour rappeler des souvenirs de slows qu'on trouvait toujours trop courts : http://www.deezer.com/music/track/14529548
C'était des hiers : Yesterdays :
http://www.deezer.com/music/track/14769765
Qui sont un seul Yesterday :
http://www.paroles-musique.com/paroles-The_Beatles-Yester...
« A M. GRASSET 1
Aux Délices, le 26 mai [1755]
On m'a renvoyé de Paris, monsieur, une lettre que vous avez écrite au sieur Corbi. Vous lui mandez que vous allez faire une édition d'un poème intitulé la Pucelle d'Orléans, dont vous me croyez l'auteur, et vous le priez de la débiter à Paris. On m'a envoyé, en même temps, des lambeaux du manuscrit que vous achetez. Je dois vous avertir que vous ne pouvez faire un plus mauvais marché; que ce manuscrit n'est point de moi; que c'est une infâme rapsodie aussi plate, aussi grossière qu'indécente; qu'elle a été fabriquée sur l'ancien plan d'un ouvrage que j'avais ébauché il y a trente ans, que c'est l'ouvrage d'un homme qui ne connaît ni la poésie, ni le bon sens, ni les mœurs, que vous n'en vendriez jamais cent exemplaires et qu'il ne vous resterait, après avoir perdu votre argent, que la honte et le danger d'avoir imprimé un ouvrage scandaleux. J'espère que vous profiterez de l'avis que je vous donne ; je serai d'ailleurs aussi empressé à vous rendre service qu'à vous instruire du mauvais marché qu'on vous propose. Si vous voulez m'informer de ce que vous savez sur cette affaire, comme je vous informe de ce que je sais positivement, vous me ferez un plaisir que je reconnaîtrai, étant tout à vous.
VOLTAIRE, gentilhomme ordinaire du roi. »
1 François Grasset,(1722-1789) né à Lausanne, où il fut libraire, est souvent nommé dans la Correspondance, de 1755 à 1760. Il se fit l'instrument des adversaires de V* par ses publications . Son frère cadet Gabriel, après avoir travaillé avec les frères Cramer, s'établit à son compte et publia V* qui le fit venir chez lui en 1763 . Quant à Corbi, digne correspondant de Grasset, son nom est écrit tantôt Corbo, Corbie, et tantôt Corbier, dans les lettres originales de Voltaire. C'était un facteur en librairie, à Paris. (CL.)
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24/01/2012
Il paye bien cher sa réputation par l'avidité de ceux qui se servent si souvent de son nom pour tromper le public
Fontaine, je ne boirai pas de ton eau !
« DE MADAME DENIS
A M. LE COMTE D'ARGENSON, MINISTRE DE LA GUERRE. 1
Des Délices, près Genève, 25 mai 1755.
Mon oncle étant trop malade, monseigneur, pour avoir l'honneur de vous écrire, je vous supplie, en son nom et au mien, de vouloir bien employer vos bontés pour nous, votre autorité et votre équité, pour prévenir une chose très-désagréable, sur laquelle je vous ai confié mes craintes depuis si longtemps.
On fait courir dans Paris des morceaux très-informes de ce poème intitulé la Pucelle, fait il y a plus de vingt années. Comme ces fragments sont imparfaits, chacun se donne la liberté de remplir les lacunes à sa fantaisie. On m'en a envoyé des morceaux dont la licence n'est pas tolérable; cela est fait par des gens qui ont aussi peu de décence que de goût. Des libraires cherchent, dit-on, à imprimer ces rapsodies un ordre de votre part, monseigneur, pourrait prévenir ce scandale.
Nous vous supplions, mon oncle et moi, avec la plus vive instance, de rendre ce service aux belles-lettres et au bon goût, dont vous êtes le protecteur, ce sera une nouvelle obligation que nous vous aurons. Il serait bien cruel que mon oncle, à son âge, accablé de maladies dans sa retraite, eût l'affliction de voir paraître sous son nom un ouvrage qui n'a jamais été fait pour être imprimé, et qu'on a rendu si indigne de lui. Il paye bien cher sa réputation par l'avidité de ceux qui se servent si souvent de son nom pour tromper le public. Mais que ne fait-on pas pour de l'argent et pour nuire aux talents qui excitent l'envie? La mienne serait de vous convaincre du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, monseigneur, votre très-humble et très-obéissante servante.
DENIS. »
1 Voir lettre de V* à d'Argental de la veille : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2012/01/24/en-fait-de-guerre-on-peut-bien-se-meprendre-ainsi-qu-ailleur.html
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En fait de guerre, on peut bien se méprendre,/ Ainsi qu'ailleurs

Point d'image de guerre, mais seulement des lumières de la ville d'un des sièges de l'ONU sensé oeuvrer pour la paix, Genève .
« A M. LE COMTE D'ARGENTAL.
24 mai [1755]
Comptez, mon cher ange, que tant que j'aurai des mains et un petit fourneau encore allumé, je les emploierai à recuire vos cinq magots de la Chine 1. Soyez bien sûr qu'il n'y a que vous et les vôtres qui me ranimiez, mais je vous avoue que mes mains sont paralytiques, et que ma terre de la Chine est à la glace. Par tout ce que j'apprends des infidélités de ce monde, il y a un maudit âne2 qui me désespère. Vous l'avez, cet âne, et vous savez qu'il est bien plus poli et bien plus honnête que celui qui court. J'ai relu le chant onzième3; il y a depuis longtemps :
En fait de guerre, on peut bien se méprendre,
Ainsi qu'ailleurs; mal voir et mal entendre
De l'héroïne était souvent le cas,
Et saint Denis ne l'en corrigea pas.
Vous auriez eu la vraie leçon, si vous aviez apporté la défectueuse à Plombières. Il y a dans le chant onzième4 :
Ce que César sans pudeur soumettait
A Nicomède, en sa belle jeunesse;
Ce que jadis le héros de la Grèce
Admira tant dans son Éphestion;
Ce qu'Adrien mit dans le Panthéon
Que les héros, ô ciel, ont de faiblesse
Enfin je n'ai rien vu dans la bonne leçon que de fort poli et de fort honnête mais il arrivera sans doute que quelqu'une des détestables copies qui courent sera imprimée. Vous ne sauriez croire à quel point je suis affligé. L'ouvrage, tel que je l'ai fait il y a plus de vingt ans, est aujourd'hui un contraste bien désagréable avec mon état et mon âge et, tel qu'il court le monde, il est horrible à tout âge. Les lambeaux qu'on m'a envoyés sont pleins de sottises et d'impudence; il y a de quoi faire frémir le bon goût et l'honnêteté c'est le comble de l'opprobre de voir mon nom à la tête d'un tel ouvrage. Mme Denis écrit à M. d'Argenson5, et le supplie de se servir de son autorité pour empêcher l'impression de ce scandale. Elle écrit à M. de Malesherbes6; et nous vous conjurons tous deux, mon cher et respectable ami, de lui en parler fortement, c'est ma seule ressource. M. de Malesherbes est seul à portée d'y veiller. Enfin ayez la bonté de me mander ce qu'il y a à craindre, à espérer, et à faire. Veillez sur notre retraite , mettez-moi l'esprit en repos. Ne puis-je au moins savoir qui est ce possesseur du manuscrit, qui l'a lu à Vincennes tout entier ? si je le connaissais, ne pourrais-je pas lui écrire? ma démarche auprès de lui ne me justifierait-elle pas un jour? ne dois-je pas faire tout au monde pour prouver combien cet ouvrage est falsifié, et pour détruire les soupçons qu'on pourrait former un jour que j'ai eu part à sa publication ? Enfin il faut que je sois tranquille pour penser à la Chine; et je ne songerai à Gengis-kan que lorsque vous m'aurez éclairé, au moins sur ce qui me trouble, et que je me serai résigné. Adieu, mon cher ange. Jamais pucelle n'a tant fait enrager un vieillard mais j'ai peur que nos Chinois ne soient un peu froids, ce serait bien pis.
Parlez à M. de Malesherbes; échauffez-moi, et aimez-moi. »
2 C'était alors le chant XIX de la Pucelle. Voyez les variantes du chant XXI. Voir : http://www.monsieurdevoltaire.com/article-la-pucelle-d-orleans-avertissement-des-editeurs-de-khel-82780272.html
4 Dans les premières éditions, c'était au chant X que se lisaient les six vers transcrits par Voltaire, et qui sont aujourd'hui dans le XIIè.
5 Le comte d'Argenson : http://fr.wikipedia.org/wiki/Marc-Pierre_de_Voyer_de_Paulmy_d%27Argenson
6 Guillaume de Lamoignon de Malesherbes , directeur de la Librairie royale, donc responsable de la censure, aura une attitude favorable aux Encyclopédistes : http://fr.wikipedia.org/wiki/Chr%C3%A9tien_Guillaume_de_L... . Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Encyclop%C3%A9die_ou_Dictionnaire_raisonn%C3%A9_des_sciences,_des_arts_et_des_m%C3%A9tiers
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20/01/2012
on imprimera ce que je n'ai pas fait, à la faveur de ce que j'ai fait

"Il faut casser mes magots ..."
... Voilà, c'est fait ... !

« A Mme Marie-Elisabeth de FONTAINE.
Aux Délices, 23 mai [1755] 1.
Il faut casser mes magots de la Chine, ma chère enfant, l'infidélité qu'on m'a faite sur cette ancienne plaisanterie de la Pucelle d'Orléans empoisonne la fin de mes jours. On m'a envoyé quelques morceaux de cet ouvrage; tout est défiguré, tout est plein de sottises atroces. Il n'y a ni rime, ni raison, ni bienséance. Cependant on m'imputera cette indigne rapsodie, et il m'arrivera la même chose que dans l'aventure de l'Histoire générale, on imprimera ce que je n'ai pas fait, à la faveur de ce que j'ai fait. Le contraste de cet ouvrage avec mon âge et avec mes travaux me fait sentir la plus vive douleur. Je suis très-incapable de songer à une tragédie; il faut la liberté d'esprit, et ce dernier coup m'étourdit. Si, par hasard, vous savez quelques nouvelles, si vous pouvez voir Darget 2 et m'instruire, vous me ferez grand plaisir.
J'aimerais mieux vous voir ici , vous feriez ma consolation avec votre sœur 3. Comment vont les bénéfices de votre frère?4 Si Jeanne d'Arc avait fondé quelque bon prieuré, il serait juste qu'il le desservit , je lui souhaite des pucelles et des abbayes. »
1 La lettre que nous donnons ici comme entière n'est qu'un fragment d'une autre lettre qui, après avoir toujours figuré à cette place, avait été rejetée par M. Beuchot au 23 août. Or, M. Beuchot s'est trompé, non moins que ses devanciers. Il n'a pas vu que le commencement de la lettre suspectée est bien du 23 mai 1755, mais que la fin lui est étrangère et appartient à une lettre du 13 août. Si, maintenant, on détache d'une lettre du 2 juillet les deux derniers alinéas qui sont postérieurs à cette date, et si on reporte ces fragments au 23 août à titre de lettre entière, on aura, je crois, remis quelque ordre dans cette partie de la Correspondance. (Georges Avenel)
2 A qui il a écrit le 23 mai : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2012/01/17/toutes-les-sottises-qui-doivent-faire-rougir-le-lecteur-et-i.html
4 Alexandre-Jean des Aunais , qui après avoir été lieutenant aux armées en 1744, cherche depuis 1747 à obtenir le bénéfice d'une abbaye, ce sera Scellières en Champagne, sous le nom d'abbé Mignot .
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19/01/2012
Je suis enchanté d'avoir reçu des marques de votre souvenir; je ne les dois qu'à vos terreurs; mais je ne les en chéris pas moins
Un couple de pandas est arrivé ces jours derniers en France, et plus économiquement, j'ai , moi, mon petit panda joli à croquer .
http://www.youtube.com/watch?v=_4IRMYuE1hI
« DE M. DARGET
A Vincennes, le 1er juin 1755 i
Si vous êtes persuadé de mon amitié, monsieur, autant que vous devez l'être par les témoignages que j'ai été assez heureux de vous en donner à Potsdam et à Berlin, si vous pensez de ma probité un peu mieux que La Beaumelle ne vous en fait parler dans une de ses réponsesii, vous n'avez pas dû être inquiet de la lecture que j'ai faite de votre Pucelle à Vincennes. L'assemblée était composée de gens qui vous admirent et qui ont le droit de vous admirer; M. le chevalier de Croismareiii y présidait; Mme de Meyzieu iv en était; M. l'abbé Chauvelin devait y être; et l'on pourrait dire que l'auditoire était prévenu, si ce mot-là pouvait être employé quand il est question de vos ouvrages.
La copie que j'ai lue est une copie exacte, mais mal écrite, et qui avait été apportée d'Allemagne, où elle existe de votre aveu, pour être mise au net à Paris par une belle main. J'ai empêché cette opération, dont je connais le danger. Je me souviens que Tinoisv vous déroba une copie, en en faisant une sous vos yeux pour le roi de Prusse, et je me rappelle avec plaisir que je fus cause que cette copie furtive ne fut pas portée en Hollande. J'ai saisi avec le même zèle pour vous, monsieur, l'occasion, quoique ignorée, de vous servir de nouveau en empêchant que cet ouvrage, étant mis au net ici, ne pût être encore copié furtivement. N'en ayez donc aucune inquiétude, et soyez bien assuré que les intérêts de votre tranquillité et de votre amour-propre ne seront pas compromis, quand je serai assez heureux pour y pouvoir quelque chose.
Il n'y a que le premier chant de ce poème qui soit connu ici; et encore y a-t-il très-peu de gens qui l'aient ; je n'ai pas entendu dire que les autres eussent été vus. Le très-petit comité où j'en ai lu quinze chants complets en a admiré l'imagination, la poésie, les images; mais on a trouvé quelques endroits que vous retoucherez sans doute, qui peut-être sont déjà corrigés, et qui ne sont pas du ton de décence et d'agrément que l'on retrouve si généralement dans tous vos ouvrages. Tout le monde s'est accordé à dire que celui-ci ne devrait pas être imprimé, ni même trop universellement répandu pendant la vie de son auteur, et que ce serait vous rendre un très mauvais office que de le donner au public. Pardonnez donc, sans vous en alarmer, mon ancien ami, les fragments qui peuvent courir, leur peu de correction sera toujours la preuve qu'ils ne viendront pas de vous; mais que l'amour de la paternité et l'envie de produire cet enfant, affranchi de tous les défauts qu'on pouvait lui prêter, ne vous engage jamais à le mettre dans le monde , c'est un conseil que mon amitié ose vous donner avec la liberté que vous lui avez accordée autrefois.
Je souhaite bien sincèrement que vous jouissiez longtemps du beau lieu que vous habitez, il ne tient qu'à vous, mon bon ami, de le rendre le délice des autres ; puisse-t-il toujours en être un pour vous, personne ne le désire plus que moi. Je suis enchanté d'avoir reçu des marques de votre souvenir; je ne les dois qu'à vos terreurs; mais je ne les en chéris pas moins. Je vis ici avec vos admirateurs, et vous admireriez et chanteriez vous-même cet établissement si vous pouviez le voir de près ; cela est-il sans espérance? M. le chevalier de Croismare, qui y commande en chef, me charge de vous faire ses compliments; il assure Mme Denis de ses respects, je m'acquitte du même devoir, et je vous prie d'être persuadé que je serai toute ma vie, avec un attachement bien tendre et des sentiments que j'ai conservés malgré bien des circonstances, et qu'il ne tiendra qu'à vous d'entretenir, etc. »
i Réponse à la lettre de V* du 23 mai : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2012/01/17/toutes-les-sottises-qui-doivent-faire-rougir-le-lecteur-et-i.html
ii La Beaumelle, à la page 129 de sa Lettre sur mes démêlés avec M. de Voltaire, imprimée à la suite de la Réponse au Supplément du Siècle de Louis XIV, 1754, in-12, fait dire à Voltaire que N. (c'est de Darget qu'il s'agit) est un homme sans honneur et sans foi. (Beuchot) .
Voir : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k717922/f129.image.r=bpt6k717922.langFR
iii Jacques-René de Croismare : page 62 http://books.google.fr/books?id=xss5AAAAcAAJ&pg=PA62&lpg=PA62&dq=le+chevalier+de+Croismare&source=bl&ots=Eo9NDvgDJN&sig=4WfU3YClzNv1X6_-MtXknmb_bZk&hl=fr&sa=X&ei=0hgYT9vZC8rz-gbauZnNCg&sqi=2&ved=0CD0Q6AEwBQ#v=onepage&q=le%20chevalier%20de%20Croismare&f=false
iv 3 Mme Paris de Meyzieu, nièce de Jean Pâris-Montmartel et de Joseph Pâris-Duverney. http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Baptiste_P%C3%A2ris_de_Meyzieu
Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_P%C3%A2ris_Duverney
et : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_P%C3%A2ris_de_Monmartel
v Voir page 347 : http://books.google.fr/books?id=WyQtAAAAYAAJ&pg=PA347&lpg=PA347&dq=Tinois+voltaire&source=bl&ots=dda5t4xKbS&sig=gjVWX7EcdgSjfW5vNWqHUkBOqB4&hl=fr&sa=X&ei=CiAYT7bREsWd-wbKx427Cg&ved=0CCMQ6AEwAQ#v=onepage&q=Tinois%20voltaire&f=false
et page 128, ce qu'en dit Colini : http://books.google.fr/books?id=xCHh2NnlkC0C&pg=PA339...
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