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02/04/2012

En approuvant une publication qui me fait honneur, et qui peut vous être utile,

... lecteur , je vous l'assure, vous ne perdez pas de temps en prenant celui de lire Voltaire , dont je me fais l'écho .

JJ R. aime encore Volti, le premier coup de canif est tout frais (réponse du 30 août ), la déchirure attendra l'an 1760 et n'en sera que plus brutale.

 

allée des charmilles 3734.JPG

 

 

 

 

 

« DE J.-J. ROUSSEAU.

Paris, le 20 septembre [1755]

En arrivant, monsieur, de la campagne, où j'ai passé cinq ou six jours, je trouve votre billet, qui me tire d'une grande perplexité car, ayant communiqué à M. de Gauffecourt 1, notre ami commun, votre lettre 2 et ma réponse, j'apprends à l'instant qu'il les a lui-même communiquées à d'autres, et qu'elles sont tombées entre les mains de quelqu'un qui travaille à me réfuter, et qui se propose, dit-on, de les insérer à la fin de sa critique.
M. Bouchaud 3, agrégé en droit, qui vient de m'apprendre cela, n'a pas voulu m'en dire davantage; de sorte que je suis hors d'état de prévenir les suites d'une indiscrétion que, vu le contenu de votre lettre, je n'avais eue que pour une bonne fin.
Heureusement, monsieur, je vois par votre projet que le mal est moins grand que je n'avais craint. En approuvant une publication qui me fait honneur, et qui peut vous être utile, il me reste une excuse à vous faire sur ce qu'il peut y avoir eu de ma faute dans la promptitude avec laquelle ces lettres ont couru sans votre consentement ni le mien.
Je suis avec les sentiments du plus sincère de vos admirateurs, monsieur, etc.
Je suppose que vous avez reçu ma réponse du 10 de ce mois. »

3 Antoine Bouchaud, auteur d'un Commentaire sur la Loi des douze Tables; mort en 1804. Voir par exemple : http://books.google.fr/books?id=YwHO0qnf-8IC&pg=PA514&lpg=PA514&dq=Commentaire+sur+la+Loi+des+douze+Tables&source=bl&ots=uVaFXG9l10&sig=BvdLUa5JQ0gDmDZHxlo47_MbPvs&hl=fr&sa=X&ei=aZp5T8K2FM6o8QOUkaXVDQ&ved=0CEUQ6AEwBA#v=onepage&q=Commentaire%20sur%20la%20Loi%20des%20douze%20Tables&f=false

Bouchaud aimait beaucoup la musique, et ce fut sans doute ce qui le mit en relations avec l'auteur du Devin du village. (CL.)

 

01/04/2012

Je me le dis aujourd'hui et peut-être demain je serai assez fou pour recommencer! Qui peut répondre de soi?

Pourquoi attendre à demain pour être fou ?

L'insensé était de mise ce jour au château, la preuve !

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« A M. DE CIDEVILLE.

Aux Délices, 19 septembre [1755]

 



Oui, ma muse est trop libertine;

Elle a trop changé d'horizon;

Elle a voyagé sans raison

Du Pérou jusques à la Chine.

Je n'ai jamais pu limiter

L'essor de cette vagabonde;

J'ai plus mal fait de l'imiter;

J'ai, comme elle, couru le monde.

Les girouettes ne tournent plus

Lorsque la rouille les arrête;

Après cent travaux superflus,

Il en est ainsi de ma tête.

Je suis fixé, je suis lié,

Mais par la plus tendre amitié,

Mais dans l'heureuse indépendance,

Dans la tranquille jouissance

De la fortune et de la paix,

Ne pouvant regretter la France,

Et vous regrettant à jamais.

 

 


Voilà à peu près mon sort, mon cher et ancien ami, je ne lui pardonne pas de nous avoir presque toujours séparés, et je suis très-affligé si nous avons l'air d'être heureux si loin l'un de l'autre, vous sur les bords de la Seine, et moi sur ceux de mon lac. J'ai renoncé de grand cœur à toutes les illusions de la vie, mais non pas aux consolations solides, qu'on ne trouve qu'avec ses anciens amis. Mme Denis me fait bien sentir combien cette consolation est nécessaire. Elle s'est consacrée à me tenir compagnie dans ma retraite. Sans elle mon jardin serait pour moi un vilain désert, et l'aspect admirable de ma maison perdrait toute sa beauté. J'ai été absolument insensible à ce succès passa-
ger de la tragédie 1 dont vous me parlez. Peut-être cette insensibilité vient de l'éloignement des lieux. On n'est guère touché d'un applaudissement dont le bruit vient à peine jusqu'à nous et on voit seulement les défauts de son ouvrage, qu'on a sous les yeux. Je sens tout ce qui manque à la pièce, et je me dis

 


Solve senescentem (Horace., lib. I, ep. i, v. 8.) 2

Je me le dis aujourd'hui et peut-être demain je serai assez fou pour recommencer! Qui peut répondre de soi? Je ne réponds bien positivement que de la sincère et inviolable amitié qui m'attache à vous pour toute ma vie.

 

V. »

 

1 L'Orphelin de la Chine.

 

2 Horace (liv. I, épît. i, v. 8) donne ce conseil non seulement aux écrivains, mais encore à tous ceux qui l'âge avertit de songer à la retraite :

Solve senescentem mature sanus equum, ne

Peccet ad extremum ridendus et Ilia ducat.

«Réformez à temps votre cheval qui vieillit, si vous ne voulez que, poussif et exténué, il ne fasse rire à vos dépens.»

 

vous qui parlez bien, et qui êtes jeune et gai

 Chante, beau merle du château de Voltaire !

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« A M. DEVAUX

Aux Délices, 18.[septembre 1755]

Je peux, mon cher Panpan, vous prêter quelque triste élégie, quelque épître chagrine, cela convient à un malade mais pour des comédies, faites-en, vous qui parlez bien, et qui êtes jeune et gai. Voyez si vous vous contenterez d'un billet aux comédiens, pour vous donner votre entrée 1. Il se peut faire qu'ils aient cette complaisance pour moi, et je risquerais volontiers ma requête pour vous obliger. Comme je leur ai donné quelques pièces gratis, et, en dernier lieu, des magots chinois, j'ai quelque droit de leur demander des faveurs, surtout quand ce sera pour un homme aussi aimable que vous.

Mille respects, je vous prie, à Mme de Boufflers, et à quiconque daigne se souvenir de moi à Lunéville.

 

V. »

 

 

30/03/2012

Je suis dans un âge où je dois renoncer à ces fleurs qu'il vous appartient de cueillir

- ... Ce qui ne m'empêche pas de les trouver belles ... et de me retourner sur elles, parfois ! Est-ce un péché , padre ?

- Non, mon fils, c'est un pêcher !

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« A M. DESMAHIS 1

 

[septembre 1755]2

Quand on écrit d'aussi jolies lettres que vous, monsieur, il faudrait avoir la bonté d'instruire de votre demeure ceux qui ont des remerciements à vous faire. Je hasarde les miens, je ne sais s'ils vous parviendront mais si cette lettre vous est rendue, vous verrez que votre prose m'a fait autant de plaisir que les jolis vers dont vous avez embelli notre Parnasse et amusé la société, lorsque j'avais autrefois le bonheur de vous voir. Je rends grâce à mes Magots de la Chine, et à Mlle Clairon qui les a vernis, de ce qu'ils m'ont valu les témoignages flatteurs de votre souvenir. Je suis dans un âge où je dois renoncer à ces fleurs qu'il vous appartient de cueillir. La poésie ne doit plus être mon amusement, il ne faut plus que je sacrifie à Melpomène mais vous avez longtemps à sacrifier aux Grâces. Mme Denis est aussi sensible que moi à votre souvenir. Adieu, monsieur; je vous réitère mes remerciements et les assurances des sentiments bien sincères avec lesquels j'ai l'honneur d'être toujours votre, etc. »

 

 

 

 

 

1 Desmahis, Joseph-François-Édouard de Corsembleu (1722-1761), poète,

http://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph-Fran%C3%A7ois-%C3%89d... .

Sur ses pièces , voir :

http://cesar.org.uk/cesar2/people/people.php?fct=edit&person_UOID=100315

 

2 Selon Beuchot .

 

faire quelque chose qui me rappellerait à votre souvenir, et qui vous marquerait au moins l'envie extrême que j'ai de mériter votre suffrage

"... mériter votre suffrage"

Aïe ! Aïe ! Aïe !! décidément je ne pense qu'aux élections ! Est-ce que c'est grave docteur ?

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«  A M. le comte de CHOISEUL 1

Aux Délices, 17 septembre [1755]

Je crois, monsieur, avoir reçu deux lettres de vous. Les bontés dont vous m'honorez redoublent la douleur que je porterai jusqu'au tombeau d'être éloigné pour jamais de vous et de la maison 2 où vous passez votre vie. J'aurais dû mériter ces bontés par des soins plus assidus pour cet Orphelin que vous avez pris sous votre protection. Plus d'une circonstance très-triste m'a empêché de songer à perfectionner un ouvrage auquel je devais retoucher, et m'a forcé de livrer trop tôt à l'impression ce que j'avais trop tôt livré au théâtre. Des traverses cruelles ont toujours été le fruit de mes travaux. S'il plaisait enfin à la destinée de me laisser des jours tranquilles, si la persécution me laissait respirer dans mon asile, peut-être aurais-je encore la force de faire quelque chose qui me rappellerait à votre souvenir, et qui vous marquerait au moins l'envie extrême que j'ai de mériter votre suffrage. J'explique plus en détail à M. d'Argental 3 tous les contre-temps qui m'ont jeté hors de mes mesures mais je n'ai point d'expression, monsieur, pour vous exprimer ma tendre et respectueuse reconnaissance.

 

V. »

 

 

 



 

 

2 Celle de M. d'Argental, dont il était voisin.

 

 

pour vous, pour votre frère, et pour qui vous voudrez.

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« A madame de FONTAINE

Aux Délices [16 septembre 1755] 1

Mon aimable nièce, je n'ai que le temps de vous mander que je vous envoie sous l'enveloppe de M. Bouret 2 trois exemplaires de l'Orphelin, pour vous, pour votre frère, et pour qui vous voudrez. Je me suis hâté, parce que j'ai craint que la pièce transcrite aux représentations ne fût imprimée, elle me couvrirait de honte si elle paraissait dans l'état où on la joue; je suis trop accoutumé à être défiguré et volé. »

 

1 Dans les Pièces inédites de Voltaire, 1820, cette lettre est datée du 6 auguste. Voir page 349 : http://search.incredimail.com/?q=pi%C3%A8ces+in%C3%A9dites+de+voltaire+1820&lang=french&source=017052021&u=92259101058975277&a=6OxXd6wYKp&cid=1

 

2 Etienne-Michel Bouret, fermier général, administrateur des Postes

 

29/03/2012

Les ministres n'ont guère le temps d'examiner les Magots de la Chine

Tout affairés qu'ils sont à tenter de sauver leurs précieux portefeuilles dans le meilleur des cas, ou à se trouver une sinécure avec de gras bénéfices dans le cas le plus probable de leur éjection du gouvernement  .

Donc point d'examen des "magots" de la Chine moderne ! Myopie remarquable concernant la démocratie de cette puissance économique . Efforts vains pour en faire des clients et non plus seulement des fournisseurs .

Allez ! du balai !!

 

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« A M. le comte d'ARGENSON.

Aux Délices, ou prétendues Délices, comme on dit prétendus réformés, 12 septembre [1755]

Les ministres n'ont guère le temps d'examiner les Magots de la Chine; mais si le plus aimable de tous les ministres a le temps de voir, à Fontainebleau, la morale de Confucius, en cinq actes, si l'auteur chinois peut amuser une heure et demie celui qui, depuis quarante ans 1 en çà, l'honore de ses bontés, il sera plus fier qu'un conquérant tartare.

Est-il permis de glisser dans ce paquet cinquante Magots pour le président Hénault? »

 

1 Ils se connaissent depuis leurs études au collège Louis Le Grand .