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26/10/2026

tout devient difficile

... Yes !

...  « C'est vraiment trop injuste ! »

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« A Jean Le Rond d'Alembert

13 de février [1771]

Je crois notre doyen 1 converti, et je me flatte qu’il ne s’opposera point à M. Gaillard.

Vous devez avoir reçu, mon cher philosophe, trois volumes 2 l’un après l’autre. Je n’ai pu vous les envoyer plus tôt ; tout devient difficile.

J’ai peur que l’Épître au roi de Danemark sur la liberté de la presse ne paraisse dans un temps bien peu favorable. J’ai pourtant grande envie que vous m’en disiez votre sentiment, mais je tremble toujours de la laisser courir le monde.

Est-il bien vrai qu’on va restreindre le ressort du parlement de Paris à l’Île-de-France 3? Ce pourrait être un grand bien : il est cruel de se ruiner pour aller plaider en dernier ressort à plus de cent lieues de chez soi.

Je ne sais comment je suis avec Mme Necker ; j’ai peur qu’elle ne m’ait entièrement oublié.

Ne comptez-vous pas un jour avoir parmi vos quarante M. le marquis de Condorcet 4?

Je vous embrasse bien tendrement, mon très cher philosophie. Je suis bien malade. Est-il vrai que M. de Mairan se meure ?

Il faut passer dans ma barque. »

1  Le maréchal de Richelieu .

2 Les trois premiers volumes des Questions sur l’Encyclopédie.

3 C'était en effet à peu près le cas ; voir lettre du 27 février 1771 au président de Ruffey : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1771/Lettre_8222

4 Condorcet ne fut élu à l'Académie qu'en 1782 .

25/10/2026

endettés de près de trois millions . En ce cas, ils ont besoin d’une nouvelle vertu, la seule peut-être qui leur manquât, et qu’on appelle l’économie

... Vertu passée à la moulinette de budgets délirants par les candidats à la présidence , du RN à LFI : effarant ! Il est vrai que l'on parle actuellement de milliards .

Note mise en ligne le 26 pour le 25 suite à mise en sécurité du site .

 

« A Marie de Vichy de Chamrond, marquise Du Deffand

11è février 1771

Votre camarade le quinze-vingt, madame, affligé de la goutte et de la fièvre, ramasse le peu de forces qui lui reste pour vous écrire, et pour vous supplier de faire passer à votre grand-maman la lettre ci-jointe 1.

Je n’ai depuis huit jours aucune nouvelle de Paris dans mon enceinte de neiges. Enfermé dans mon sépulcre blanc, j’ignore où vous en êtes, si vous allez trouver votre amie à la campagne, si la personne que vous me disiez devoir être nommée 2 lundi a été en effet nommée et déclarée, si les avocats se sont remis à plaider, si le Châtelet continue à faire ses fonctions, si l’Opéra-Comique attire toujours tout Paris. Je suis mort au monde ; ce serait un état assez doux, si je ne souffrais pas horriblement.

Vous faites cas de la nation anglaise ; vous avez raison de l’estimer. Elle a trouvé un très-beau secret, c’est qu’aucun particulier chez elle ne va à la campagne que quand il lui en prend envie.

On m’a mandé que M. et Mme Barmécide 3 sont endettés de près de trois millions . En ce cas, ils ont besoin d’une nouvelle vertu, la seule peut-être qui leur manquât, et qu’on appelle l’économie.

Mais vous, madame, comment vous êtes-vous tirée d’affaire dans les réductions qu’on a faites sur votre revenu ? Vous n’êtes pas une personne à devoir des trois millions.

Comment vous portez-vous, madame ? comment passez-vous vos vingt-quatre heures ? comment supportez-vous la vie ? La mienne est à vous, mais très inutilement ; et probablement je ne vous reverrai jamais, ce dont je suis beaucoup plus affligé que de ma goutte et de ma fièvre. Vous ne savez pas combien le vieil ermite vous regrette. »

2 Je crois qu’il ne s’agit pas ici d’une personne, mais du parlement nouveau qu’on devait former, et qui ne fut nommé que le 13 avril. (Beuchot.)

3 Le duc et la duchesse de Choiseul.

24/10/2026

Il n’y a plus de générosité musulmane sur la terre ; Allah nous en punit

... Que tous les pays où l'on vit sous le régime de la charia écoutent le Patriarche .

 

Note mise en ligne le 26 pour le 24 octobre suite à la maintenance du site .

 

« A Louise-Honorine Crozat du Châtel, duchesse de Choiseul

11è février 1771 à Ferney

Vous prétendez donc, madame, être fort orgueilleuse 1? Il y a bien des personnes qui en effet le seraient, si elles étaient à votre place. Je m’imagine que vous mettez votre orgueil à être bien douce, bien égale, bien préparée à tout : c’est un fort bon vice que cet orgueil-là. Il n’y a point de vertu cardinale et théologale qui approche de ce péché mortel. Pour moi, je suis obligé de mettre mon petit orgueil à souffrir l’aveuglement presque total où je suis réduit dans une enceinte de quatre-vingts lieues de neiges, la goutte, et tous ses accompagnements, et tout ce que la vieillesse traîne après elle. Ainsi quand, dans mes premiers transports, je disais que je me ferais porter en brancard, du mont Caucase où je demeure, sur les bords de l’Oronte, chez le grand Barmécide 2, comme homme à lui appartenant, c’était supposer que je fusse encore en vie, et que j’eusse un firman par écrit. Madame sait ce que c’est qu’un firman en arabe et en turc 3. Je suis, madame, un mort fort orgueilleux, mais non pas indiscret.

Je ne sais si le bienfaisant Barmécide trouvera bon que le jour même qu’on sut au mont Caucase la nouvelle de son voyage à la campagne, les commis des douanes du Calife aient fouillé dans les poches de mes nouveaux colons, et leur aient pris tout ce qu’ils portaient . Pour moi, j’ai trouvé ce trait abominable. Il n’y a plus de générosité musulmane sur la terre ; Allah nous en punit . Nous éprouvons la famine en attendant la peste ; car, pour la guerre, le bienfaisant Barmécide nous en a préservés immédiatement avant que d’aller à sa belle campagne sur l’Oronte.

Je m’imagine à présent que vous placez ce bel orgueil, dont vous me parlez, à mettre de l’ordre dans vos affaires, après que le vizir s’est amusé pendant douze ans à régler celles de l’Europe. C’était ainsi qu’en usait Scipion à Linterne. Je ne crois pas que Linterne valût Chanteloup, ni que Scipion eût fait d’aussi grandes dépenses, ni qu’il eût été aussi généreux, ni que Mme Scipion valût Mme Barmécide.

Il aimait un peu les vers de Térence ; il avait raison, car Térence écrivait très purement dans sa langue, et il n’employait jamais que le mot propre. Comme je n’ai pas le même talent, je n’ose vous envoyer une Épître au roi de Danemark 4 sur la liberté qu’il a donnée, dans ses États, d’écrire et d’imprimer tout ce qu’on voudrait. Il est ridicule que je fasse des vers arabes à mon âge aussi vous voyez que je ne les montre qu’en tremblant.

Je me mets en prose à vos pieds, madame, tout imperceptibles qu’ils sont. Je présente mon respectueux et inviolable attachement au généreux Barmécide, ainsi qu’à madame la Duchesse de la grande montagne. Au reste, les échos du mont Caucase se joignent à tous les autres échos.

Partout également on vous chante, on vous loue ;
On vous voit partout du même œil ;
Vous êtes adorée, et tout le monde avoue
Que vous avez raison d’avoir beaucoup d’orgueil.
 »

1 Dans le premier paragraphe de la lettre de la duchesse le 24 janvier 1771 : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1771/Lettre_8188

2 Sur le Barmécide, voir lettre du 19 janvier 1771 à Mme Du Deffand :

3 Mot turc d'origine persane, désignant un décret ou ordre du souverain revêtu de son sceau .

23/10/2026

Le bruit courait hier à Genève, qu'il y avait eu une grande sédition dans Paris

... Note écrite le 23 octobre et mise en ligne le 26 pour le 23, suite à mise en sécurité du site .

 

« A Joseph Vasselier

9è février 1771 à Ferney

Le bruit courait hier à Genève, qu'il y avait eu une grande sédition dans Paris . Apparemment que la petite émeute de quelques gueux de l’hôpital général a donné lieu à cette fausse nouvelle . On prétendait que M. le duc d'Aiguillon devait être déclaré ministre des Affaires étrangères cette semaine . Si la chose est faite je me flatte que monsieur Tabareau ou M. Vasselier voudra bien en informer le bibliothécaire .

On parle de quelque réforme dans la discipline militaire . Il y a des gens qui proposent trois parlements , à Paris, à Poitiers et à Clermont . Je voudrais que Lyon fût du parlement de Grenoble . Il est trop triste d'aller plaider à cent lieues, mais je m'aperçois que je fais le politique et cela ne me convient point .

V. »

22/10/2026

Il prétend que nous ne manquons de pain que parce que nous n’avons pas vendu assez de blé à l’étranger

... On croirait entendre un des prétendants à la présidence, remarquables trafiquants de budgets qu'ils sont bien en peine de chiffrer, ignares qu'ils sont dans ce domaine, uniquement attachés à brosser le contribuable électeur dans le sens du poil . La valse des milliards est une valse à l'envers, pas un slow rock ; le risque de marcher sur les pieds de la danseuse Marianne est inévitable avec de tels partenaires qu'un Mélenchon semeur d'embrouilles, pomme pourrie contagieuse à jeter au ruclon ( comme on dit dans le pays de Gex ), un Retailleau qui ne peut tenir la route, une Marine aigrie et superficielle, un Attal qui se croit  père Noël ou le messie, et quelques autres gugusses qui ne savent pas suivre la musique et dansent à contretemps .

 

 

« Au chevalier Jacques de Rochefort d'Ally

A Ferney 9 février 1771 1

Le vieux solitaire, monsieur, vous fait ses compliments du fond de son cœur sur votre sous-lieutenance des gardes. Vous êtes trop heureux de servir sous M. le duc de Noailles ; je vous supplie de lui présenter mes respects . C’est l’homme de cour qui a le plus d’esprit, et qui, en disant des choses fort plaisantes, s’est toujours conduit avec le plus de sagesse. Je serai sans doute attaché jusqu’au dernier moment de ma vie à la personne que nous regrettons 2. Je lui dois tout ; il n’est pas dans ma nature d’être ingrat. Je ferai partir lundi, 11 du mois, votre montre ; je l’adresserai à M. d’Osny, que sans doute vous avez prévenu.

Nous mourons de faim dans nos beaux déserts ; le setier de blé y vaut environ vingt écus depuis près de quatre mois.

Je ne sais si vous connaissez un journal qu’on appelle les Éphémérides du Citoyen 3. Il prétend que nous ne manquons de pain que parce que nous n’avons pas vendu assez de blé à l’étranger. Vende omnia quæ habes, et sequere me 4.

Adieu, monsieur ; mes respects à Mme Dix-neuf ans ; conservez vos bontés pour le vieux malade du mont Jura.

V. »

1 Copie par Boissy d'Anglas qui a été suivie ; copie contemporaine ; éd. Supplément au recueil qui remplace des par ses à la première ligne, lieutenance par sous-lieutenance, homme de la cour par homme de cour et omet très souvent à l'avant-dernière ligne de la page .

2 Le duc de Choiseul.

4 Vends tout ce que tu as, et suis-moi : Marc, X, 21 : https://www.aularge.eu/blog/2017/12/06/que-nous-veux-tu-jesus-de-nazareth/

21/10/2026

voir les trésors de l'Antiquité

... Heureux vacanciers profitez-en !

Conseil d'IA : https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&q=vo...

 

 

« A Francis Fawkes 1

9è février 1771 à Ferney 2

Monsieur,

Quoique l'état où je suis me permette à peine de voir les trésors de l'Antiquité que vous avez rajeuni 3 , je me hâte de vous en remercier de peur de mourir sans m'être acquitté de ce devoir . J'interromps l'agonie pour vous dire combien je suis sensible à votre mérite et reconnaissant de vos bontés . Si je réchappe de ma maladie, je vous remercierai plus au long, sinon je vous prierai de faire l'épitaphe de votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire . »

2 Original signé ; éd. Augusta Hall, Lady Llandover, The Autobiography and correspondance of Mary Granville, Mrs. Delany, 1861.

3 Fawkes doit avoir envoyé à V* quelque manuscrit car il ne semble avoir publié aucune traduction à cette époque, à moins qu'il ne s'agisse des Idylles de Théocrite dont V* l'a déjà remercié le 8 août 1770 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2026/01/28/je-ne-puis-vous-dire-a-quel-point-je-suis-rempli-d-estime-po-6581043.html

Le destin fait de ces tours-là tous les jours sans y songer

... Faire recherche  par exemple "faits divers en france le 20 octobre" et toutes dates qui peuvent vous intéresser , ou pas , et tous lieux depuis votre rue jusqu'à la Station spatiale .

 

 

« A Catherine II, impératrice de Russie

A Ferney 8 février 1771 1

Madame,

On dit qu’enfin Moustapha se résout à demander grâce, qu’il commence à concevoir que Votre Majesté impériale est quelque chose sur le globe, et que l’étoile du Nord est plus forte que son croissant.

Je ne sais si le chevalier de Tot sera le médiateur de la paix. Je me flatte que du moins Sa Hautesse payera les frais du procès que sa petitesse vous a intenté si mal à propos, et qu’il se défera de sa belle coutume de loger aux Sept-Tours 2 les ministres des puissances auxquelles il fait la guerre, coutume qui devrait armer l’Europe contre lui.

Votre Majesté va reprendre ses habits de législatrice, après avoir quitté sa robe d’amazone . Elle n’aura pas de peine à pacifier la Pologne ; enfin mon étoile du Nord sera bien plus brillante que nos soleils du Midi.

Je suis toujours fâché que mon étoile n’établisse pas son zénith directement sur le canal de la mer Noire . Mais enfin si la paix est écrite dans le ciel, il faut bien que votre belle et auguste main la signe . Je me soumets aux ordres du destin. C’est une autre sacrée majesté qui de tout temps a mené les majestés de ce bas monde. Elle vient d’envoyer le duc de Choiseul, et le duc de Praslin, et le parlement de Paris 3, à la campagne, au milieu de l’hiver. Elle a fait un cordelier pape 4. Elle va ôter au pauvre Ali-bey l’espérance d’être pharaon en Égypte, et pourrait bien [le] réduire à l’état que Joseph prédit au grand panetier de Pharaon  5.

Le destin fait de ces tours-là tous les jours sans y songer ; les bons chrétiens comme vous, madame, disent que c’est la Providence, et je le dis aussi pour vous faire ma cour.

Cependant, si Votre Majesté est prédestinée à ne point convenir des articles avec le Divan, je supplie votre providence de faire passer le Danube à vos troupes victorieuses, et de donner des fêtes à M. le prince Henri dans l’Atméidan 6.

Je murmure un peu contre ce destin, qui m’a donné soixante-dix-sept ans, et une santé si faible, avec une passion si violente de voir la cour de mon héroïne garnie de ses héros.

J’ai le malheur de me mettre de loin à ses pieds avec le plus profond respect.

L’Ermite de Ferney.

P. S. J’ai écrit une lettre en vers au roi de Danemark, dans laquelle se trouve le nom de Votre Majesté impériale 7; mais je n’ose vous l’envoyer sans votre permission. »

1 Copie contemporaine ; éd. Kehl qui date à tort du 9 février 1770, erreur corrigée depuis longtemps en ce qui concerne l'année .

2 Les Sept-Tours sont la prison d’état.

3 Le duc de Choiseul, le duc de Praslin, et les membres du parlement venaient d’être exilés.

4 Ganganelli, qui prit le nom de Clément XIV.

5 Genèse, chapitre XL, versets 19 et 20 : https://www.biblegateway.com/passage/?search=Gen%C3%A8se%2019-20&version=LSG

L’État que Joseph prédit au panetier du pharaon est d'être décapité . Nouvel indice de la familiarité de V* avec l'Ancien Testament à cette époque, à l'occasion de la rédaction des Questions sur l'Encyclopédie .