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18/10/2026

La petite prétendue bienséance française est en pareille occasion une puérilité froide et misérable...on n’est pas de fer . Un peu de patience

... Déclaration des forces de l'ordre après ces inutiles manifestations de samedi . Jeunes gens ne vous laissez pas couillonner par les partis des politicards  et les zozos syndicalistes qui vont tous à la chasse aux adhérents/fric . Ne croyez surtout pas à leur sincérité, nous sommes en période électorale : bizness is bizness .

A propos que rapporte la chasse à la bonne paye en politique : https://www.journaldunet.com/patrimoine/finances-personnelles/1059791-le-salaire-des-politiques-et-des-elus/1059793-president-de-la-republique#utm_source=MagNews&utm_medium=email&utm_campaign=Magazine_17/10/2026&een=1095eec8bc664062d1a95639d539f2db&seen=2&gbmlus=07b4a7d1c939ab997cf79b6a4ccbeb1a30d147d579fd564bdc05ad0bec70d8e4

 

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

6è février 1771

Mes anges, notre jeune homme m’a remis enfin son manuscrit 1, que je vous envoie. Je ne chercherai point à vous séduire en sa faveur ; je ne remarquerai point combien le sujet était difficile ; je ne vous dirai point que Sénèque fut un plat déclamateur, et que Jolyot de Crébillon fut un plat barbare ; je n’insisterai point sur l’artifice des premiers actes et sur la terreur des derniers : c’est à vous de juger, et à moi de me taire.

Je vous prierai seulement de songer que mon jeune homme aurait très grand besoin d’un succès. Ce succès servirait à faire voir qu’il n’est pas possible qu’il fasse tous les ouvrages qu’on lui impute contre l’infâme tandis qu’il est tout entier à sa chère Melpomène.

Notre adolescent pourrait alors prendre cette occasion pour venir faire un petit tour en tapinois dans la capitale des Welches. Je vous avertis qu’il fait beaucoup plus de cas des Pélopides que de la Sophonisbe, et qu’il n’y met aucune comparaison. C’est à Pâques qu’il faudrait donner la fille de Tantale : c’est à présent qu’il aurait fallu donner Sophonisbe. Si Lekain se donne au genre tempéré, il devrait débuter par Massinisse, qui ne demande aucun effort, et qui n’exige un peu de véhémence qu’au 5è acte.

J’ai parlé à M. Lantin de votre plaisante idée, que Sophonisbe fasse des façons comme une femme qui se défend au premier rendez-vous, ou comme une fille qui combat pour son pucelage. Une femme telle que Sophonisbe, m’a-t-il dit, doit se marier sur la cendre chaude de Siphax, sans délibérer. L’horreur de l’esclavage et la haine des Romains doivent dresser l’autel sur-le-champ, et allumer les flambeaux de l’hymen pour en brûler le camp des Romains, et pour la conduire en triomphe au camp d’Annibal.

La petite prétendue bienséance française est en pareille occasion une puérilité froide et misérable.

À ces conditions j’accepte la couronne ;
Ce n’est qu’à mon vengeur que ma fierté se donne 2.

Voilà ce qu’il faut que Sophonisbe dise ; elle n’est pas une petite fille sortant du couvent.

Je me suis rendu au sentiment de M. Lantin, et je lui ai seulement souhaité des acteurs qui pussent rendre sa tragédie de Mairet, dans laquelle il n’y a pas, Dieu merci, un seul mot de Mairet.

Il m’a assuré qu’il avait envoyé à M. de Thibouville ces vers dont je vous parle, et vous êtes prié de les mettre sur votre copie.

Quant au Dépositaire, nous en parlerons une autre fois. On vous enverra Barmécide 3 ; vous aurez aussi le Roi de Danemark 4. Mais la journée n’a que vingt-quatre heures ; les Questions sur l’Encyclopédie 5 en prennent douze ; le reste du temps est employé à souffrir, j’ai la goutte, je suis presque aveugle . J’ai de plus une colonie à conduire ; on n’est pas de fer . Un peu de patience.

Mme d’Argental aura sa chaîne et sa montre dans quelques jours.

Que dites-vous de M. le maréchal de Richelieu, qui se met à la tête d’une faction en faveur du nasillonneur de Brosses ? Parlez fortement à M. de Foncemagne, à M. de Sainte-Palaie, à M. de Mairan. Il faut, malgré ma tendresse pour notre doyen, qu’il ne remporte pas cette victoire. Ne passons pas sous le joug comme le duc de Cumberland à Closter-Severn 6. Il a d’ailleurs assez d’avantage, et son dernier triomphe 7 est assez complet.

Je ne puis finir ma lettre sans vous dire encore un mot des Pélopides. Faudra-t-il que je sois toujours reconnu, comme M. de Pourceaugnac ? ne pourrez-vous point, vous et M. de Thibouville, baptiser mon jeune homme ? M. de Thibouville ne peut-il pas connaître des jeunes gens de bonne volonté, parmi lesquels il choisirait un prête-nom, quelqu’un qui aurait une belle voix, et qui lirait la pièce aux comédiens comme si elle était de lui ? n’y aurait-il pas un plaisir infini de jouer ce tour au public et aux soldats de Corbulon 8? Rêvez à cela, mes anges ; ne m’oubliez pas auprès de votre ami le campagnard.

Adieu, mes anges gardiens ; veillez bien sur moi, car je ne puis rien par moi-même sans votre grâce.9 

V.»

1 Les Pélopides.

5  Il n’en avait encore publié que trois volumes ; voyez l’avertissement de Beuchot en tête du tome XVII : https://fr.wikisource.org/wiki/Dictionnaire_philosophique/Garnier_(1878)/Avertissement_pour_la_pr%C3%A9sente_%C3%A9dition

6 Par la convention de Klosterzeven du 10 septembre 1757 , le duc de Cumberland a accepté de signer une capitulation peu honorable devant Richelieu . Voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome15.djvu/357

7 La disgrâce de Choiseul .

9 V* se souvient de l'article « Grâce » des Questions sur l'Encyclopédie .

17/10/2026

Je pense fermement qu’il est de son intérêt de vous être favorable

... Avis au gouvernement face à la grogne ambiante estudiantine , paysanne et toutes branches de métiers esquintés par la canicule, le prix du fuel et des revenus insuffisants . L'hiver se présente mal .

 

« A Charles-Frédéric-Gabriel Christin

5è février 1771 1

Mon très cher avocat de l’humanité contre la rapine sacerdotale, voici deux lettres 2 que je vous envoie ; c’est tout ce que peut faire pour le présent votre ami moribond. Je ne crois pas que votre affaire soit sitôt jugée ; tout le Conseil est actuellement occupé à remplacer le Parlement.

Dès que vous serez près d’être jugés, je prendrai la liberté d’écrire 3 à monsieur le chancelier, à qui j’ai déjà écrit 4 sur cette affaire . Vous pouvez en assurer vos clients. Je pense fermement qu’il est de son intérêt de vous être favorable, et qu’il se couvrira de gloire .

Adieu, mon cher ami ; je suis à vous et à vos clients jusqu’au dernier jour de ma vie. »

1 Original ; éd. Kehl qui suivant le manuscrit et suivie des autres éditions amalgame en une lettre datée du 5 février des fragments de celle-ci et des lettres du 22 février et 27 février et 12 avril 1771 . Voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1771/Lettre_8198

3 Voir lettre du 4 février à Joly de Fleury où il indique la même intercession .

4 La lettre manque.

16/10/2026

Je sais depuis longtemps que vous n’employez qu’à faire du bien les talents de votre esprit et la considération dont vous jouissez

... A qui peut-on faire ce compliment dans notre monde ?

En France, doit-on remonter jusqu'à Coluche pour ça ? De nos jours, simplement, on peut considérer que le chef Thierry Marx fait partie des humains de bonne volonté .

Et dans le monde, quelques humains remarquables, comme Françoise Barré-Sinoussi :co-découvreuse du virus du VIH et prix Nobel de médecine en 2008. Elle a consacré toute son existence à la recherche scientifique et à la lutte contre le sida, tout en s'engageant fermement pour l'accès aux soins dans les pays en développement. 

Malala Yousafzai : Ayant survécu à une tentative d'assassinat pour avoir défendu le droit des filles à l'éducation, elle a transformé son traumatisme en une tribune mondiale. Elle utilise aujourd'hui son influence politique internationale pour financer des écoles et changer les lois dans les pays en développement.

 

 

« Au chevalier François-Jean de Chastellux

5è février 1771 à Ferney par Versoix

Monsieur,

Je sais depuis longtemps que vous n’employez qu’à faire du bien les talents de votre esprit et la considération dont vous jouissez.

Permettez que je prenne la liberté de vous adresser l’avocat d’une province entière 1. Les mémoires ci-joints 2 vous feront connaître de quoi il s’agit. Quinze mille infortunés, opprimés sans aucun titre par vingt chanoines, demandent votre protection auprès de M. d’Aguesseau, l’un de leurs juges. Il égalera la gloire de son père s’il contribue à l’abolition de l’esclavage ; et le genre humain vous devra des remerciements, si vous déterminez M. d’Aguesseau.

Souffrez, monsieur, que je joigne ma faible et mourante voix aux cris de la reconnaissance d’une province que vous aurez fait jouir des droits de l’humanité.

J’ai l’honneur d’être, avec respect,

monsieur,

votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire. »

1 Christin .

15/10/2026

Jugez quel est le plus digne, et songez à ce que dira de vous la postérité, si vous me bafouez dans cette affaire

... Est-ce ainsi que M. Raphaël Glucksmann a harangué le mini peuple électoral de Gauche ?

 

 

« A Louis-François-Armand du Plessis, duc de Richelieu

4è février 1771 à Ferney

Mon héros passe sa vie à m’accabler de bontés et de niches. On me mande qu’il est à la tête d’une faction brillante contre M. Gaillard 1. Je le supplie de descendre un moment du grand tourbillon dans lequel il plane, pour considérer que M. Gaillard travaille au Journal des Savants depuis vingt-quatre ans, qu’il a remporté des prix à l’Académie, qu’il a fait l’Histoire de François Ier, laquelle est très estimée 2, et qu’il n’a fait ni les Fétiches, ni les Terres australes.

Je supplie notre respectable doyen, le neveu de notre fondateur, de ne pas contrister à ce point ma pauvre vieillesse toute décrépite. Je sais bien qu’il ne fera que rire de mes lamentations, et qu’il se moquera de moi jusqu’au dernier moment de ma vie. Mon héros est très capable de me venir voir, et de m’accabler de plaisanteries. Il daigne m’aimer depuis longtemps, et me tourner parfois en ridicule. Je suis accoutumé à son jeu, et il sait que je supporte la chose avec une patience angélique.

Il me reproche toujours des chimères, des préférences qu’il imagine, des négligences qui n’existent pas ; et, sur ce beau fondement, il mortifie son très humble et très obéissant serviteur.

L’Europe croit que j’ai beaucoup de crédit sur l’esprit de mon héros : l’Europe se trompe, et je lui certifierai, quand elle voudra, que je n’en ai aucun, et qu’il passe sa vie à se moquer de moi ; cependant il faut qu’il soit juste.

Là, mon héros, mettez la main sur la conscience ; vous avez fait serment devant Dieu de donner votre voix au plus digne, sans écouter la brigue et les cabales. Jugez quel est le plus digne, et songez à ce que dira de vous la postérité, si vous me bafouez dans cette affaire de droit. Je vous avertis que cette postérité a l’œil sur vous, quoique vous soyez continuellement occupé du présent. Je me plaindrai à elle, comme font tous les mauvais poètes, et, toute prévenue qu’elle est en votre faveur, elle me rendra justice. Ne désespérez point le très vieux et très raillé solitaire du mont Jura, qui vous a toujours aimé et révéré d’un culte de dulie 3, et qui en est pour son culte. 

V.»

1 Richelieu s’était déjà opposé à la candidature de Gaillard lorsqu'il l'avait posée au fauteuil de Moncrif ; voir lettre du 23 novembre 1770 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2026/06/01/vous-voyez-mon-cher-ami-que-les-philosophes-n-ont-pas-beau-j-6597133.html

Mais cette fois il lui fut favorable ; voir lettre du 18 février 1771 : https://www.monsieurdevoltaire.com/2016/01/correspondance-annee-1771-partie-6.html

 

2 Gabriel-Henri Gaillard, Histoire de François Ier roi de France, 1769, dont Gaillard avait envoyé les quatre premiers volumes (sur 8 ) à V* le 11 février 1766 .

3 Le culte de dulie est un culte « de respect et d'honneur, par opposition au culte de lâtrie qu'on rend à Dieu seul » (Littré). On a déjà vu V* employer l'expression pour Frédéric et surtout pour les d'Argental.

14/10/2026

Il a cru que quinze mille cultivateurs pouvaient être aussi utiles à l’État, du moins dans cette vie, que vingt chanoines qui ne doivent être occupés que de l’autre

...

 

« A Jean-François Joly de Fleury 1

A Ferney le 4è février 1771 2

Monsieur,

Vous ne serez point surpris qu’un homme qui a eu l’honneur de vous faire sa cour pendant que vous étiez intendant de Bourgogne vous implore pour des infortunés ; il vous voyait alors occupé du soin de les soulager.

L’avocat que je prends la liberté de vous présenter 3 n’est point un homme que l’on doive juger par la taille . Il joint à la plus grande probité une science au-dessus de son âge. Il est le défenseur de douze ou quinze mille bons sujets du roi, que vingt chanoines veulent rendre esclaves. Il a cru que quinze mille cultivateurs pouvaient être aussi utiles à l’État, du moins dans cette vie, que vingt chanoines qui ne doivent être occupés que de l’autre.

Vous connaissez cette affaire, monsieur ; vous en êtes juge. Il ne m’appartient pas d’oser vous parler en faveur d’aucune des parties ; mais il m’est permis de vous dire que l’impératrice de Russie a rendu libres quatre cent mille esclaves de l’Église grecque ; que le roi de Sardaigne a aboli la servitude dans ses États 4 ; et je puis encore ajouter à ces exemples celui du roi de Danemark, qui a la bonté de me mander qu’il est actuellement occupé à détruire dans ses deux royaumes cet opprobre de la nature humaine. Tout ce que désireraient les quinze mille hommes à qui on refuse les droits de l’humanité serait que vous en fussiez le rapporteur.

J’ai l’honneur d’être avec beaucoup de respect,

monsieur,

votre, etc. »

1 Voir :  Jean-François Joly de Fleury de La Valette, intendant de Bourgogne depuis 1749 ..

2Copie Beaumarchais-Kehl ; éd. Kehl .

3 M. Christin.

13/10/2026

Je n’ose encore vous envoyer ma facétie sur la liberté de la presse

... Mais si, mais si, Valdimir Despo[u]tine, ose ! On allait manquer de prose rigolote !

 

 

« A Jean Le Rond d'Alembert

Je vous suis infiniment obligé, mon cher ami, de votre discours prononcé devant le roi de Danemark 1. Jamais vous n’avez rendu la philosophie plus respectable. Ce discours est un bien beau monument. Toutes les académies de l’Europe doivent vous en remercier.

Je n’ose encore vous envoyer ma facétie sur la liberté de la presse 2, que ce monarque établit si hardiment dans ses États. Figurez-vous que je n’ai pas encore eu le temps de la faire copier. Ma colonie, qu’il faut soutenir malgré l’orage qui l’a presque renversée ; des occupations forcées, et mes maladies continuelles, ne m’ont pas laissé un moment dont je pusse disposer 3.

Je m’attendais bien que l'homme dont vous me parlez 4 se mettrait à la tête de la faction pour le nasillonneur 5. Il m’avait fait entendre, dans une de ses lettres, qu’il aimait mieux me servir dans mes amours que dans mes aversions. Il a passé sa vie à me faire des plaisirs et des niches, à me caresser d’une main et à me dévisager 6 de l’autre ; c’est sa façon avec les deux sexes. Il faut prendre les gens comme ils sont. Je lui ai écrit pourtant 7, et j’avoue ma honte à M. Gaillard 8. J’espère qu’après tout notre homme trouvera à qui parler. Il ne fera qu’en rire ; mais tout en plaisantant, sa faction aura le dessous, et cela est fort amusant. Si je vis, je dirai deux mots à l’ami Le Beau 9 : chaque chose vient en son temps 10.

Adieu, mon très illustre 11 philosophe ; adieu, l’honneur des lettres. Mme Denis est enchantée, comme moi, de votre discours.

V. 

4è février 1771.»

1 Discours prononcé en décembre 1768 ; D'Alembert en parle à V* dans une lettre du 6 décembre 1768 . Mais il venait apparemment d'être imprimé pour l'Histoire de l'Académie royale des sciences... 1771, et c'est en ce cas un tiré à part ou des épreuves que d'Alembert viendrait d'envoyer à V*.

Voir dans les Œuvres de D’Alembert le Discours prononcé à l’Académie des sciences en présence du roi de Danemark, le 3 décembre 1768. Ce discours est aussi dans la Correspondance de Grimm.

2 L’Épître au roi de Danemark Christian VII sur la liberté de la presse ; voir lettre du 28 décembre 1770 : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome10.djvu/431

3 Cet alinéa qui ne figure pas dans le manuscrit est sans doute emprunté à une autre lettre .

4 Les éditions remplacent l’homme dont vous parlez par le maréchal de Richelieu , ce qui est manifestement une glose .

5 Le président de Brosses.

6 Au sens ancien du mot, déchirer le visage de quelqu'un en le griffant.

8 Si l’aveu a été fait directement à Gaillard, la lettre qui le contient manque.

9 Sans doute faut-il lire Le Bault, mais on ne voit pas ce que Le Bault vient faire ici .

10 La fin de cet alinéa depuis J'espère … qui manque dans le manuscrit , peut avoir été emprunté à une autre lettre .

11 Les éditions remplacent très illustre par cher .

12/10/2026

Ne croyez pas un mot de tout ce que je vous disais dans mon dernier billet . Je parlais par économie

... Si Bardella avait un tantinet de dose de courage, c'est ce qu'il dirait, mais ce n'est qu'un opportuniste qui hurle avec les loups, un suiveur au fond lâche : https://www.lecanardenchaine.fr/politique/55149-jordan-bardella-a-efface-un-profil-facebook-pour-tenter-de-sauver-sa-tete

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« A Jean Le Rond d'Alembert

Mon très cher philosophe, c’est une consolation bien faible que les assassins du chevalier de La B[arre] soient à leurs maisons de campagne ; mais nous ne pouvons pas espérer plus de justice dans ce monde 1.

Avez-vous entendu parler de ce nouveau législateur de la littérature, nommé Clément, qui juge à mort M. de Saint-Lambert et l’abbé Delille 2 ? J’ai lu cet animal, et me suis figuré que Messieurs avaient 3 tous une pareille dose d’orgueil. Est-il vrai que ce maroufle a l’honneur d’être mis au Fort-l’Évêque 4? J’admire ce ton décisif que prennent aujourd’hui tous les gredins de la littérature. Ce polisson, qui juge si impérieusement ses maîtres, présenta, il y a deux ans, une tragédie aux comédiens, qui ne purent en lire que deux actes 5. Ne pouvant parvenir à l’honneur d’être jugé, il s’est mis à juger les autres . C’est un petit élève de Fréron.

On me mande que M. de Mairan est fort malade 6. Voilà une quatrième place à donner bientôt. La mienne fera 7 la cinquième : mais ne me donnez le nasillonneur 8 ni pour confrère ni pour successeur.

Ne croyez pas un mot de tout ce que je vous disais dans mon dernier billet 9. Je parlais par économie (comme disent les Pères de l’Église 10). Si l’abbé Delille est un homme sociable, un philosophe, et un homme ferme, ne pourriez-vous pas l’acquérir ? Il mérite par son ouvrage cette réfutation de Clément ; mais il est de l’université, et je crains toujours que ces gens-là ne soient des Riballier, des Coger, des Tamponet.

Je vous demande en grâce, mon cher ami, de dire à M. de Condorcet combien je lui suis dévoué.

Je ne sais si Mme Necker a reçu un paquet de ma part. Je vous envoie le premier volume des Questions : vous aurez ensuite le second, puis le troisième 11; je continuerai ainsi autant que je pourrai 12.

Pleurons sur Jérusalem, et soyons tranquilles. L’oncle et la nièce vous embrassent bien tendrement.

V.

A Ferney ce 2è février 1771. 13»

1 Ce passage depuis c'est une consolation, manquant dans l'édition de Kehl a été rétabli par Renouard .

2 Clément avait publié à la fin de 1770, et sous la date de 1771, des Observations critiques sur la nouvelle traduction en vers français des Géorgiques de Virgile, et les poèmes des Saisons, de la Déclamation et de la Peinture ; un volume petit in-8°.

Voir lettre du 7 janvier 1771 à Marin : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2026/10/07/je-voudrais-savoir-si-on-prepare-un-nouveau-code-dont-nous-a-6611166.html

3 Les éditions donnent auraient .

4 Ce passage depuis et me suis figuré manquant dans l'édition de Kehl est restitué par Renouard .

5 Par une lettre du 5 décembre 1768,,Clément apprend à V* qu'il a remis à Lekain sa tragédie de Médée, laquelle ne fut représentée qu'en 1779 .

6 Mairan mourra le 20 février 1771, âgé de 93 ans .

7 L'édition Renouard donne sera .

8 Le président de Brosses ; voir lettre du 19 décembre 1770 à d'Alembert : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2026/07/18/quels-bons-ouvrages-a-t-il-faits-dira-t-on-6602206.html

10 Voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome18.djvu/474

L'expression est expliquée par V* lui-même dans l'article « Économie » des Questions sur l'Encyclopédie : « Parler par économie . C'est une expression consacrée aux Pères de l’Église et même aux premiers instituteurs de notre sainte religion ; elle signifie parler selon les temps et selon les lieux . »

11 On voit ici que V* qui distribuait libéralement ailleurs les Questions sur l'Encyclopédie ne les introduisait dans Paris qu’avec beaucoup de prudence .

12Les trois alinéas qui précèdent ne figurent pas dans le manuscrit . Peut-être sont-ils pris d'une autre lettre . Les deux derniers, depuis Je vous demande en grâce ne sont pas dans Kehl, et ont été rétablis par Renouard .

13 Copie contemporaine ; éd. Kehl ; Renouard .