16/06/2026
le gros de la nation est ridicule et détestable...mais n’est pas gai qui veut, et ce monde, en général, ne réjouit pas les esprits bien faits
...Pour preuve , en ce monde dit "nouveau", ils ont élu Donald Trump ; tant pis pour eux .
Un peu d'humour salvateur avec François Morel génial et attachant : https://www.youtube.com/watch?v=Q9YicIZn_Mg
« A Marie de Vichy de Chamrond, marquise
Du Deffand
à Saint-Joseph
à Paris
5è décembre 1770
Vous avez vu, madame, finir votre ami que vous aviez déjà perdu. C’est un spectacle bien triste . Vous l’avez supporté pendant plus de deux années. Le dernier acte de cette fatale pièce fait toujours de douloureuses impressions. Je suis actuellement, sans contredit, le premier en date de vos anciens serviteurs. Cette idée redouble mon chagrin de ne vous point voir, et de me dire que peut-être je ne vous reverrai jamais. Je regrette jusqu’au fond de mon cœur le président Hénault 1. Je le rejoindrai bientôt ; mais où ? et comment ? On chantait à Rome et sur le théâtre public, devant quarante mille auditeurs : où va-t-on après la mort ? où l’on était avant de naître 2. »
On voudrait cuire aujourd’hui, devant quarante mille hommes, celui qui répéterait ce passage de Sénèque. Nous sommes encore des polissons et des barbares. Il y a des gens d’un très grand mérite chez les Welches, mais le gros de la nation est ridicule et détestable. Je suis bien aise de vous le dire avec autant de franchise que je vous dis combien je vous aime, combien j’estime votre façon de penser, à quel point je regrette d’être loin de vous.
Je voudrais bien savoir s’il y a quelques particularités intéressantes dans le testament du président 3. Je serais bien fâché qu’il y eût quelque trait qui sentît encore le père de l’Oratoire. Je voudrais que, dans un testament, on ne parlât jamais que de ses parents et de ses amis.
Adieu, madame ; conservez votre santé, et quelquefois même de la gaieté ; mais n’est pas gai qui veut, et ce monde, en général, ne réjouit pas les esprits bien faits. Mille tendres respects. »
1 Mort le 24 novembre 1770.
2 Voir le texte de Sénèque : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome29.djvu/532
Voir lettre à Frédéric II du 21 novembre 1770 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2026/05/30/je-ne-sais-pas-ce-que-pense-moustapha-sur-cette-affaire-je-p-6596916.html
3 Mme Du Deffand était loin d'être satisfaite de ce testament . Le 25 novembre, elle écrit à Walpole : « Il n'y a que des legs pour ses parents, pour ses domestiques ; il ne dit pas un mot d'aucun de ses amis . » Mme Du Deffand était aussi amère de voir que le président Hénault avait laissé à Mlle de Lespinasse divers papiers et manuscrits, et ne lui avait fait aucun legs, même de principe . V* tirera rapidement parti de cette situation .
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Je ne sais si on oublie Pékin quand on est à Paris
... Oublie-t-on Paris quand on est à Pékin ? Un peu beaucoup .
A peu près trois cent mille Chinois ( sur un milliard quatre cent millions , potentiels ) chaque année nous font le plaisir de venir faire quelques dépenses chez nous, essentiellement à Paris . Nous ne leur rendons pas la monnaie . Mais les pickpockets les allègent et à force vont tuer la poule aux oeufs d'or .
Au passage, n'oublions pas le fameux et remarquable "Les Chinois à Paris" de Jean Yanne .
« A Marie-Jean-Nicolas-Antoine de Caritat, marquis de Condorcet, de l'Académie des
sciences, etc.
rue de Bourbon Faubourg Saint-Germain
à Paris
5è décembre 1770
Puisque M. le marquis de Condorcet tolère les vers, le roi de la Chine le prie de le tolérer. Il avait envoyé un exemplaire pour vous, monsieur, à votre compagnon de voyage. Je ne sais si on oublie Pékin quand on est à Paris. Cet exemplaire français n’est imprimé que dans une sorte de caractères. Vous savez qu’à la Chine on en a employé soixante et quatre pour rendre l’impression et la lecture plus faciles. C’est de la pâture pour messieurs des inscriptions et belles-lettres. Au reste, je ne doute pas que le roi de la Chine n’aime aussi les mathématiques. Pour moi, monsieur, j’aime passionnément les deux mathématiciens qui ont autant de justesse que de grâce dans l’esprit.
Je suis très malade, et tout de bon, quoique l’hiver soit doux. La faculté digérante me quitte, et par conséquent la faculté pensante. Il me reste l’aimante ; j’en ferai usage pour vous tant que je serai dans l’état du président Hénault, dont j’approche fort . J’entends l’état où il était avant de finir 1. C’est peu de chose qu’un vieil académicien.
La faculté écrivante me quitte. Le vieil ermite vous assure de ses tendres respects. »
1 Hénault est mort le 24 novembre 1770 .
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15/06/2026
Le monde est rassasié de dissertations sur le monarchique, le démocratique, le métaphysique, le poétique, et le narcotique
... Hic !! Et le Golfe Persique !
« A Élie Bertrand
Conseiller du roi de Pologne , etc.
à Yverdon
Suisse
Mon cher philosophe, on peut tirer une très bonne quintessence de la grosse bouteille que vous m’avez envoyée. Sans précision et sans sel on ne tient rien. Le monde est rassasié de dissertations sur le monarchique, le démocratique, le métaphysique, le poétique, et le narcotique.
Si Bayle faisait aujourd’hui son Dictionnaire, son libraire serait ruiné.
Je vous prie de me mander si l’Encyclopédie in-4° réussit ; s’il y a des additions considérables ; si elle mérite qu’on l’achète, ou s’il faut s’en tenir à ne pas multiplier les êtres sans nécessité. Vale 1.
A Ferney 3è décembre 1770. »
1 Porte-toi bien .
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14/06/2026
vouloir bien ne pas oublier la promesse qu'il lui a fait
... Verra-t-on Donald Trump participer à une réunion avec Volodymyr Zelensky lors du G7 d'Evian ? Si non, ça ne sera pas étonnant tant mister Donald est ubuesque : https://www.lemonde.fr/international/live/2026/06/14/en-d...
« A Jacob Vernes
à Genève
Le vieux malade à qui monsieur Vernes a fait la faveur d'écrire, est actuellement dans un état déplorable . Dès qu'il sera un peu mieux il suppliera monsieur Vernes de vouloir bien ne pas oublier la promesse qu'il lui a fait de venir le voir avec son ami 1 . Il présente ses respects à l'un et à l’autre.
V.
31è novembre [1er décembre] 1770 à Ferney. 2»
1 Palissot . Dans ses Œuvres, éd. de 1788, Palissot , après avoir reproduit une lettre adressée par lui à V* ,[ page 420 et suiv. https://books.google.fr/books?id=ct8TAAAAQAAJ&printse... ] ajoute : « M. de Voltaire ne répondit pas directement à cette lettre ; mais le 30 novembre 1770, c'est-à-dire environ un mois après, il écrivit à M. Vernes le billet que voici . L'auteur ne résista plus à cette nouvelle invitation et ce fut la première fois qu'il vit M. de Voltaire dans sa retraite . Il lui lut deux chants de La Dunciade, celui, entre autres, où se trouvent ces vers :
Ô de Ferney sublime solitaire ! etc.
et M. de Voltaire le lui fit répéter deux fois de suite . Il n'eut avec lui aucune explication sur la lettre qu'on vient de lire . Seulement il parut y faire quelque allusion, en disant à l'auteur qu'il ressemblait à un jeune tigre qui venait relancer un vieux lion sur sa litière . Pour lui prouver qu'il n’était pas un tigre, l'auteur lui lut l'article qui le concernait dans ses Mémoires littéraires [en fait, dans la second volume de La Dunciade, 1771] qu'on imprimait alors à Genève . M. de Voltaire parut l'entendre avec une émotion qu’il eut peine à contenir . Il finit par embrasser le lecteur, en le pressant beaucoup de rester quelques jours à Ferney mais ce dernier partit aussitôt après dîner.
Ce qui détermina sa résistance c'est qu'il vit clairement que M. de Voltaire se croyait engagé par honneur à tenir toujours à ses philosophes quoique dans le vrai il ne les estimait guère ; mais il avait la faiblesse de les croire nécessaires à sa réputation . L'auteur sentit que par ménagement pour eux M. de Voltaire n'aurait jamais avec lui qu'une attitude très équivoque . »
Voir page 423 et suiv. : https://books.google.fr/books?id=ct8TAAAAQAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q=30%20novembre&f=false
2 Original ; éd. Œuvres de M. Palissot, 1777, très négligée et inexacte ; Œuvres de Voltaire, 1792 .
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13/06/2026
Je ne m’étonne pas que son titre ridicule ait excité la curiosité
... Par exemple ce "Journal d'un prisonnier" , stupide écrit d'un malfaiteur notoire : Sarkozy .
On peut en dire autant de tous ces verbiages dont nous inondent nos politiciens imbus de leurs personnes et qui croient bon de mettre par écrit leurs tristes programmes irréalistes et leurs bilans flatteurs pour eux, -détestables pour leurs opposants, bien sûr -. Ils croient entrer dans l'histoire, voire à l'Académie, alors que leurs pénibles copies sont juste bonnes à allumer le barbecue .
Je ne plains pas cependant leurs lecteurs, chacun est couillonné autant qu'il le veut ; et dire qu'on abat des forêts pour ça .
« A Pierre-Michel Hennin
[novembre-décembre 1770]
Je vous renvoie, monsieur, un des plus pitoyables et des plus insolents livres qu’on ait faits dans ce siècle du mauvais goût 1. Je ne m’étonne pas que son titre ridicule ait excité la curiosité . On croit que cette rapsodie est d'un avocat nommé Marchand. »
1Il s'agit du Testament politique de M. de V***, 1770, de Jean-Henri Marchand, que Mme Du Deffand a signalé à V* avec quelque malice ; il eut du succès et eut plusieurs éditions ; voir lettre du 23 novembre 1770 à d'Alembert : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2026/06/01/vous-voyez-mon-cher-ami-que-les-philosophes-n-ont-pas-beau-j-6597133.html
Voir : https://archive.org/details/testamentpoliti00vgoog/page/n15/mode/2up
et :https://data.bnf.fr/fr/see_all_activities/12089940/page1
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12/06/2026
Leur délit est constaté, les blés sont saisis par la justice, et c’est bien le moins qu’ils soient vendus à un prix raisonnable, dans le marché public, aux pauvres qui en ont besoin
...
« A de Veymerange
30è novembre 1770 à Ferney 1
Permettez, monsieur, que je joigne mes remerciements à ceux de toute la province. Vous lui rendez un service essentiel, vous et M. de Caire, en ne souffrant pas qu’on abuse de votre nom pour nous affamer. Le blé vaut aujourd’hui cinquante-quatre livres le setier, mesure de Paris.
Ceux qui ont abusé de vos passeports pour transporter le blé à l’étranger, et qui causaient chez nous la disette, ont été arrêtés près des terres de Genève, dans le chemin opposé à Versoix. Leur délit est constaté, les blés sont saisis par la justice, et c’est bien le moins qu’ils soient vendus à un prix raisonnable, dans le marché public, aux pauvres qui en ont besoin.
Vous sauverez réellement notre petit canton et nos colonies naissantes, en accélérant la construction des fours de Versoix, afin qu’on ne soit plus réduit à cuire le pain des troupes françaises sur le territoire de Genève, et qu’il n’y ait plus aucun prétexte aux monopoleurs qui exportent la nourriture du pays. L’état présent où nous sommes me force de réitérer mes instances et mes remerciements.
Mme Denis se flatte d’avoir l’honneur de vous voir ce soir. J’ai celui d’être, avec tous les sentiments que je vous dois, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,
Voltaire,
gentilhomme ordinaire
de la chambre du roi. »
1 Voir lettre du 29 novembre 1770 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2026/06/10/nous-avons-besoin-de-la-plus-prompte-justice-et-de-la-delivr-6598272.html
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11/06/2026
Il faut rester dans son lit jusqu’à midi au moins, se lever tard, se coucher de bonne heure
... Rester dans son lit, certes, mais en y travaillant, repos des muscles, travail cérébral, ainsi est le mode de vie prôné par le Patriarche ; il savait par ailleurs se remuer suffisamment . Mais c'est réservé à ceux qui ont les moyens, sachant par ailleurs que la faculté de médecine, à juste titre, n'est pas partisane du sédentarisme ; n'est pas Voltaire qui veut .
« A Joseph-Michel-Antoine Servan Avocat
général du parlement de Grenoble
Aux Balances
à Genève
Au nom de Dieu, monsieur, venez coucher chez nous ; vous serez mieux couché que dans une auberge. Je prends le matin des médecines qui me tuent. Je suis plus malade que vous. Il m’est impossible de voir personne le matin dans l’état cruel où je suis. Quittez la triste ville de Genève à portes fermantes ; venez dans notre hôpital , nos sœurs grises auront soin de vous. Il faut que les malheureux se consolent ensemble. Vous parlez de faire une visite du matin, comme si vous vous portiez bien. Il faut rester dans son lit jusqu’à midi au moins, se lever tard, se coucher de bonne heure , je n’ai trouvé que ce secret pour prolonger une misérable vie qui vous est entièrement dévouée.
V.
À Ferney, 30è novembre 1770.»
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