11/03/2026
je n’ai point du tout le nez tourné à la plaisanterie pour le moment présent
... No comment .
« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental
Envoyé de Parme
en son hôtel
Quai d'Orsay
à Paris
10è septembre 1770
Mon cher ange, j’ai passé bien du temps sans vous écrire ; je n’avais que mes petits désastres à vous mander ; des ouragans qui m’ont arraché le fruit de douze ans de travail ; une assez longue maladie qui voulait m’emporter dans le pays où il n’y a point d’ouragans et où l’on ne sent pas le moindre vent coulis ; des contradictions dans mes établissements, auxquelles je me suis toujours bien attendu.
La petite-fille d’Adrienne Lecouvreur 1 m’a fait entrevoir qu’elle pourrait bien aller à Paris, et demeurer chez moi en attendant. Il n’y a rien que je ne fisse pour elle, et je vous prie de l’en assurer ; mais je me trouve dans la situation la plus embarrassante . Il a fallu fournir aux frais immenses d’une colonie, et ces frais ne seront remboursés qu’à mes héritiers. Je me suis ruiné pour faire quelque bien.
Pendant ce temps-là, le contrôleur général a manqué à la parole qu’il avait donnée au nom du roi de payer les arrérages de cent soixante millions dont l’emprunt a été enregistré au parlement ; et non-seulement il a manqué à sa parole, mais il n’a pas fait délivrer, depuis six mois, les contrats d’acquisition ; de sorte que je me trouve, avec la plus grande partie de ma fortune, comme si j’étais entièrement ruiné. C’est pourtant un dépôt d’argent comptant, un bien de famille, un bien hypothéqué par contrat de mariage, qu’on m’a pris sans me donner le plus léger dédommagement.
Tant de malheurs venus coup sur coup, surchargés d’une maladie considérable, ne m’ont pas trop laissé la liberté d’écrire, et me mettent encore moins en état de faire ce que je voudrais pour la petite-fille d’Adrienne. Si j’avais quelque petite ressource au moment où je me trouve, je lui donnerais du moins un petit entresol 2 auprès de Mme Denis ; mais je suis si accablé et si désorienté, que je ne puis rien faire.
Je ne vous parle point des deux cent mille francs de M. Garant 3; je suis trop en peine des miens, et je n’ai point du tout le nez tourné à la plaisanterie pour le moment présent.
Je vous demande pardon, mon cher ange, de vous écrire une lettre si triste. Quand vous croirez qu’il sera temps de jouer Le Dépositaire, donnez-moi vos ordres : cela me ragaillardira.
Je me flatte que Mme d’Argental et vous, vous jouissez tous deux d’une bonne santé, et que vous menez une vie charmante. Cela fait ma consolation. Recevez tous deux les assurances de mon tendre et respectueux attachement.
V. »
1 Mlle Daudet, fille de Mlle Lecouvreur. Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Adrienne_Lecouvreur
2 Entrepôt dans l'édition Besterman .
3 Personnage du Dépositaire. Il est question des deux cent mille francs dans la scène iv de l’acte Ier ; voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome6.djvu/417
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10/03/2026
Dès que vous pourrez m'en faire tenir un second je vous serai très obligé
... " dit Nicolas Sarkozy en apprenant que sa demande de confusion de peine est rejetée et que le deuxième bracelet est prévu normalement : https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/03/09/bygmalion-le-tribunal-decide-que-nicolas-sarkozy-doit-purger-sa-peine-ferme_6670115_3224.html
« A Gaspard-Henri Schérer Banquier
à Lyon
9è septembre 1770 à Ferney
Lorsque je ne mets point, monsieur, de jour désigné au paiement de mes lettres de change sur M. de La Borde, elles sont toujours payées à vue .
J'ai reçu aujourd'hui dimanche le group d'or d'Espagne que vous avez bien voulu m'envoyer . Dès que vous pourrez m'en faire tenir un second je vous serai très obligé .
J'ai l'honneur d'être bien véritablement, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire. »
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faire payer à vue pour mon compte, six louis d'or neufs
... et plus si possible, afin d'en faire profiter Sarah Knafo qui détient un pack de voix désirables pour moi." Bon , ce n'est pas Rachida Dati-Bling-bling qui dit ceci , mais elle est prête à tout pour se concilier les bonnes grâces de l'extrême droite : https://www.huffingtonpost.fr/politique/article/a-une-sem...
« A Guillaume-Claude de Laleu
Secrétaire du roi, Notaire
rue du Temple
à Paris
Je vous prie, monsieur, de vouloir bien avoir la bonté de faire payer à vue pour mon compte, six louis d'or neufs, à l’ordre de MM. Dufour et Ceret, valeur entendue .
Votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire.
A Ferney 8è septembre 1770.1 »
1 Original signé ; endos « Il vous plaira de payer à l’ordre de monsieur Gédéon Vincent valeur en compte avec le dit s[ieu]r . Les Dufour et Ceret. Ferney 10 septembre. Pour acquit Vincent. »
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09/03/2026
si vous en avez et si cela ne vous gène point
... je vous saurai gré de bien vouloir me fournir missiles et drones en quantité ." est sans doute la requête la plus formulée à Chypre en ce moment : https://fr.euronews.com/infos/europe/chypre
« A Gabriel Cramer
M. le procureur général de Besançon 1 qui a dîné chez moi, qui est à Genève pour un moment et qui part pour Besançon, voudrait mon cher Gabriele avoir un exemplaire de mes œuvres . Vous me ferez un grand plaisir d'en donner un à son domestique, si vous en avez et si cela ne vous gène point . Je vous embrasse de tout mon cœur .
V.
8 septembre [1770].»
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08/03/2026
Je ne crois point la canaille turque si barbare, quoiqu’elle le soit beaucoup.
... "Mais je ne m'y frotterai pas ." En effet, le président Masoud Pezeshkian ne tirera plus sur les états musulmans, sans doute pour économiser ses drones et missiles et les réserver pour détruire les biens U.S. et autres forces alliées occidentales :
C'est du moins ce que je suppose .
« A Etienne-François de Choiseul-Stainville, duc de Choiseul
À Ferney, 7è septembre 1770
Notre bienfaiteur,
Vous savez probablement que le roi de Prusse a été sur notre marché, et qu’il fait venir dix-huit familles d’horlogers de Genève. Il les loge gratis pendant douze ans, les exempte de tous impôts, et leur fournit des apprentis dont il paye l’apprentissage . C’est du moins une preuve que les Natifs de Genève ne veulent pas rester dans cette ville ; mais ces dix-huit familles de plus nous auraient fait du bien . Elles sont presque toutes d’origine française. Je suis fâché qu’elles se transportent si loin de leur ancienne patrie ; mais je me flatte que votre colonie l’emportera sur toutes les autres.
Dieu me préserve des lettres de Venise, qui disent qu’après la bataille navale contre les Turcs, ces messieurs ont voulu assassiner l’ambassadeur de France parce qu’il portait un chapeau ; que l’ambassadeur d’Angleterre a été obligé de se sauver déguisé en matelot, et que l’ambassadeur de Venise a échappé à la faveur d’une garde ! Je ne crois point la canaille turque si barbare, quoiqu’elle le soit beaucoup.
J’ai eu la visite d’un serf et d’une serve 1 des chanoines de Saint-Claude. Ce serf est maître de la poste de Saint-Amour, et receveur de M. le marquis de Choiseul votre parent 2, et, par conséquent, vous appartient à double titre . Mais les chapitres de Saint-Claude n’en ont aucun pour les faire serfs. Ils diront comme Sosie :
Mon maître est homme de courage ;
Il ne souffrira pas que l’on batte ses gens3.
On les bat trop ; les chanoines les accablent : et vous verrez que tout ce pays-là, qui doit nourrir Versoix, s’en ira en Suisse si vous ne le protégez. Le procureur général de Besançon 4 est dans des principes tout à fait opposés aux vôtres quand il s’agit de faire du bien.
Le vieil ermite de Ferney, très-malade, et n’en pouvant plus, se met à vos pieds avec la reconnaissance et le respect qu’il vous conservera jusqu’au dernier moment de sa chétive existence. »
1 Ce féminin de serf n'existait plus à l’époque que comme terme de jurisprudence féodale .
2 Claude-Antoine-Clériardus de Choiseul ,marquis de Choiseul- Baupré, connu sous le nom de marquis de Choiseul-la-Baume : https://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine-Cl%C3%A9riadus_de_Choiseul-Beaupr%C3%A9
3 Molière, Amphitryon, acte III, scène v., vers 1639 : https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&q=1.....
4 Doroz. Voir lettre du 20 août 1770 à Christin : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2026/02/17/dieu-ne-peut-empecher-que-ce-qui-est-fait-ne-soit-fait-6584025.html
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07/03/2026
Si ces nouvelles étaient vraies ..., quels princes de l’Europe n’armeraient pas sur-le-champ pour venger le droit des gens ?
... Oui, si l'Iran disposait réellement de l'arme nucléaire ..., et s'il massacrait son peuple opprimé, ...les "princes" de l'Europe ne seraient-ils pas en droit d'intervenir contre cet Iran ?
Si !
« A Catherine II, impératrice de Russie
A Ferney 5è septembre 1770
Madame,
J’étais si plein des victoires de Votre Majesté impériale, et si bouffi d’enthousiasme et de gloire, que j’oubliai de vous envoyer les vers que le roi de Prusse m’écrivait 1 sur votre respectable personne, et sur le peu respectable Moustapha ; voici ces vers :
Si monsieur le mamamouchi
Ne s’était point mêlé des troubles de Pologne,
Il n’aurait point avec vergogne
Vu ses spahis mis en hachis ;
Et de certaine impératrice
(Qui vaut seule bien d'empereurs)
Reçu, pour prix de son caprice,
Des leçons qui devraient rabaisser ses hauteurs.
Vous voyez comme elle s’acquitte
De tant de devoirs importants :
J’admire avec le vieil ermite
Ses immenses projets, ses exploits éclatants :
Quand on possède son mérite,
On peut se passer d’assistants.
Je n’ai pas l’honneur de penser comme les têtes couronnées. Je crois fermement que cent mille hommes de troupes auxiliaires en Grèce et sur le Danube n’auraient fait nul mal. Il valait mieux, dans votre situation, être secourue qu’être louée. Votre gloire en a augmenté, mais les conquêtes en ont été retardées.
Les dernières lettres de Venise disent que, dans une émeute populaire, les fidèles musulmans se sont déchaînés contre tous les Francs, qu’ils ont tué l’ambassadeur de France et presque tous ses domestiques ; que l’ambassadeur d’Angleterre n’a pu échapper à la fureur du peuple qu’en se déguisant en matelot ; que le baile de Venise 2 s’est longtemps défendu dans sa maison , et qu’à la fin le grand seigneur lui a envoyé une garde de mille hommes.
Si ces nouvelles étaient vraies (ce que je ne veux pas croire), quels princes de l’Europe n’armeraient pas sur-le-champ pour venger le droit des gens ? Vous seule les soutenez, madame : aussi vous seule jouirez d’une gloire immortelle.
Que Votre Majesté impériale me permette de me mettre à ses pieds.
Le vieil Ermite de Ferney. »
1 Voir lettre du 7 juillet 1770 : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1770/Lettre_7950
2 Sur ce ministre de Venise, voir lettre du 2 septembre 1770 à Mme Du Deffand : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2026/03/01/apres-tout-ma-catau-vaut-beaucoup-mieux-que-moustapha-6585811.html
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06/03/2026
respects au jeune malade de Grenoble
... Vous avez deviné , on parle de Carignon, cheval de retour qui prétend faire le steeple-chase sans dommage : pitoyable et inutile .Voir la foire d'empoigne : https://www.affiches.fr/2026/03/municipales-2026-focus-su...
Il est tout à fait conforme, et ses concurrent.e.s aussi, à la citation de Servan, ami de Voltaire : "Dans les temps de dissensions civiles, chaque faction ne se défend des injures qu'elle craint de recevoir, ou qu'elle prétend avoir reçues, qu'en tachant de faire à ses ennemis de plus grands outrages. Comme la haine est extrême de part et d'autre, on la croit incurable ; et l'on suppose d'abord que toute réconciliation est impossible, opinion qui la rend réellement impossible."
« A Joseph-Michel-Antoine Servan 1
Monsieur,
Le vieux malade de Ferney présente ses respects au jeune malade de Grenoble qui est à Lausanne. Je souhaite que vous trouviez auprès de M. Tissot la santé que je ne cherche plus. Quand vous vous remettrez en route, souffrez que je vous offre du moins le repos et le régime dans ma retraite, où vous jouirez d’un air très pur, et où vous ne mangerez que ce que vous ordonnerez. Vous savez combien vos jours sont précieux à tous les hommes qui pensent 2. L’intérêt extrême que nous y prenons, ma nièce et moi, mérite que vous nous donniez la préférence sur les cabarets.
Ayez la bonté, monsieur, de nous faire avertir du jour de votre arrivée et du régime où vous êtes, afin que nous ne transgressions point les lois imposées par M. Tissot.
J’ai l’honneur d’être, avec les sentiments les plus respectueux et l’intérêt le plus vif,
monsieur,
votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire.
4è septembre 1770 à Ferney »
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