16/05/2026
Quand on remercie d'une grâce promise, on met le bienfaiteur dans la nécessité d'en hâter l'accomplissement...les petits servent quelquefois mieux que les grands
... Voilà bien une preuve encore que le Patriarche connait bien l'art de la diplomatie . Et de surcroit, il reconnait la place remarquable des femmes, et particulièrement des épouses ( et maîtresses ) ; ami Voltaire tu es bien féministe dans l'âme .
« A Mathieu-Henri Marchant de La Houlière
A Ferney 12 novembre 1770
Je vous dirai donc , mon cher neveu, que , selon moi, vous n'avez pas trop bien fait de ne pas remercier sur-le-champ M. le duc de Choiseul et M. Gayot . Quand on remercie d'une grâce promise, on met le bienfaiteur dans la nécessité d'en hâter l'accomplissement .
Vous feriez très bien aussi d'écrire un petit mot à Mme la duchesse de Choiseul . C'est par elle que passent toutes mes lettres à monsieur le duc, afin qu'elles ne soient point confondues dans la foule . C'est elle qui a fait la fortune de M. Dupuits, mari de Mlle Corneille . Ne manquez pas de lui mander que je vous ai appris que vous êtes au nombre de ceux qui lui ont obligation . Deux mots suffisent . Vous n'aurez probablement point de réponse, mais on se souviendra de vous .
Je me flatte encore que vos très courtes lettres à monsieur le duc et à M. Gayot seront d'une écriture lisible .
Je vous fais cette annonce, supposé que vous n'ayez pas encore votre brevet 1, car si vous l'avez reçu sans doute vous avez remercié ; mais encore une fois, il ne faut pas oublier la duchesse .
Je m'étonne que votre frère ne vous avance pas les deux chétives années de pension qu'on vous doit . Ce n'est pas la peine d'être fermier général, s'il ne vous aide pas à provigner vos belles vignes . N'allez pas, s'il-vous-plait, vous mettre en frais pour m'envoyer du vin du cap de Salses ; ma faible machine n'est pas digne d'une telle liqueur . Si vous voulez m'envoyer une très petite caisse seulement, pour rendre honneur et gloire à vos travaux, il n'y a qu'à l'adresser à Lyon, chez M. Schérer, banquier, avec un mot d'avis . Mme Denis en boira dans une cuiller à café, comme une dame d'honneur . Mme Denis et moi, nous vous faisons les plus tendres compliments, ainsi qu'à madame la brigadière, à madame votre fille et à l’amateur de la lecture 2, le tout sans cérémonie .
Quand il se présentera quelque chose à votre bienséance, avertissez-moi, sans faire de bruit ; les petits servent quelquefois mieux que les grands . Comptez, du moins, sur mon zèle et sur ma promptitude, tout vieux et tout malade que je suis . »
1 Voir la lettre du 21 novembre 1770 : « Voici votre brevet, mon cher neveu . M. le duc de Choiseul me l'avait adressé avec un autre paquet pour vous, qui est, je crois, du bureau. Il y a eu deux ou trois malentendus dans cette affaire . »
2 Stanislas-Jules Lemoyne d'Aubermesnil ( gendre de Mathieu de La Houlière ) mari de Marie-Françoise, épousée le 20 juin 1769 .
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15/05/2026
discute de questions métaphysiques
... Qui donc ? Mais le Donald national US ! Ou plus exactement le pasteur qui vient de bénir la statue dorée de l'olibrius qui essaie de nous persuader que les USA sont la plus grande nation au monde, aveuglé qu'il est par sa mèche rebelle qui lui cache la Chine . Le réveil va être dur d'ici peu .
« A Frédéric II, roi de Prusse
[vers le 10 novembre 1770] 1
[Lui envoie l’Épître au roi de la Chine 2; fait mention des victoires russes et des exploits d'Ali Bey ; discute de questions métaphysiques.]
1 L'existence de cette lettre est attestée par la réponse de Frédéric du 4 décembre 1770 . Elle répondait à une lettre du roi du 30 octobre ( voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1770/Lettre_8066 ) dans laquelle de dernier niait la Providence, l’immortalité de l'âme ( « post mortem , nil est ») et réduisait Dieu , au maximum, au « principe intelligent du mouvement et de tout ce qui anime la nature ». Ce que l'on sait de la lettre de V* s'infère , très approximativement, de la réponse de Frédéric du 4 décembre, dont voici le texte : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1770/Lettre_8106
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Leur mot de ralliement est Dieu et la tolérance
... Que les sans-culottes ont traduit/détruit en liberté-égalité-fraternité, en raccourcissant bon nombre de ci-devants et révolutionnaires qui n'avaient pas l'heur de plaire à ceux qui voulaient le pouvoir ; car c'est bien connu, traduttore, traditore , en paroles et en actions . On est loin de la tolérance voltairienne et Dieu n'est plus qu'un juge menaçant servi par des fidèles souvent malhonnêtes et malveillants .
« A Joseph Vasselier
10è novembre 1770 à Ferney
Vous m'avez écrit une lettre charmante , mon cher correspondant . Vous blâmez également et le Système de la nature et le système du réquisitoire . Il me semble que tous les honnêtes gens pensent comme vous . Leur mot de ralliement est Dieu et la tolérance . Il faut que vous soyez d'une bien bonne religion pour tolérer mes importunités .
Voici encore un paquet que je vous supplie de vouloir bien faire parvenir franc de port à un homme qui aime la lecture et qui n'est pas riche .
J'embrasse de tout mon cœur M. Tabareau, je ne le sépare jamais de vous . »
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14/05/2026
Je sais bien qu’il y aura toujours des gens qui feront la guerre à la raison
... Il n'est pas une heure qui passe sans vérifier ce fait .
« A Bernard-Joseph Saurin
10è novembre 1770 1
Votre épître, mon cher confrère, est aussi philosophique qu’ingénieuse 2 ; elle est surtout d’un bon ami . Vous avez raison sur tous les points, hors sur ce qui me regarde. Je sais bien qu’il y aura toujours des gens qui feront la guerre à la raison, puisqu’en effet nous avons des soldats payés uniquement pour servir contre elle ; mais on a beau faire, dès que cette étrangère a des asiles chez tous les honnêtes gens de l’Europe, son empire est assuré et il ne faut point qu'il soit ailleurs.
On peut longtemps, chez notre espèce,
Fermer la porte à la raison ;
Mais dès qu’elle entre avec adresse,
Elle reste dans la maison,
Et bientôt elle en est maîtresse.
Son ennemi perd de son crédit chaque jour, de Moscou jusqu'à Cadix . Les moines ne gouvernent plus , quoiqu’un moine soit devenu pape 3.
J’ai été très fâché qu’on ait poussé trop loin la philosophie. Ce maudit livre du Système de la Nature est un péché contre nature. Je vous sais bien bon gré de réprouver l’athéisme, et d’aimer ce vers 4:
Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer.
Je suis rarement content de mes vers, mais j’avoue que j’ai une tendresse de père pour celui-là.
Les ennemis des causes finales m’ont toujours paru plus hardis que raisonnables. S’ils rencontrent des chevilles et des trous, ils disent, sans hésiter, que les uns ont été faits pour les autres, et ils ne veulent pas que le soleil soit fait pour les planètes.
Vous faites trop d’honneur, mon cher confrère, aux rogatons alphabétiques que vous voulez lire 5. Je tâcherai de vous les faire parvenir au plus tôt. Je les crois sages ; mais ils n’en seront pas moins persécutés.
Je suis tout glorieux du baiser de Mme Saurin ; elle est bien hardie à cent lieues : elle n’oserait de près. Les pauvres vieillards ne s’attirent pas de telles aubaines. J’ai été heureux pendant quinze jours : j’ai eu M. d’Alembert et M. de Condorcet . Ce sont là de vrais philosophes.
Adieu, vous qui l’êtes ; conservez-moi votre amitié.
V. »
1 Original, initiale autographe ; éd. « édition encadrée », 1775, abrégée, adressée à « M. S*** ; de l'Académie française » ; Kehl.
2 Lettre en vers et en prose du 2 novembre 1770 (Best. D 167.40 .)
En 1772, Saurin fera paraître « Épîtres sur la vieillesse et la vérité... » : https://dn721806.ca.archive.org/0/items/eptressurlavie00sauruoft/eptressurlavie00sauruoft_bw.pdf
3 Clément XIV avait été franciscain ; voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome12.djvu/346
4 C’est le vers 22 de l’Épître à l’auteur du livre des Trois Imposteurs ; voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome10.djvu/413
Saurin avait écrit : « C'est toi qui nous l'a dit, j'aime à le répéter, / Si Dieu n’existait pas il faudrait l'inventer . »
5 Les Questions sur l’Encyclopédie.
Saurin avait demandé , en vers, les Questions dont lui avait parlé Schomberg .
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13/05/2026
Il est bon qu'un peuple ennemi des arts soit enfin chassé de l'Europe
... A vous de choisir l'exclu . Je vois bien la Turquie, pays faussement laïc, qui mérite bien de rester hors Europe , tout comme au XVIIIè siècle .
« A François-Louis-Claude Marin
10è novembre 1770
Mon cher correspondant, voulez-vous bien ajouter à vs faveurs celle de me dire quel est l'homme de Toulouse qui protège La Beaumelle 1? Comptez que je n'abuserai pas de votre confidence .
Les Mémoires de Manstein 2 ont été imprimés dans le pays étranger, mais je ne sais où . Je les avais vus autrefois, je les avais même corrigés ; ils étaient fort vrais et assez curieux . Les mémoires de Catherine le seront bien davantage . Je ne désespère pas qu'au printemps prochain elle ne soit dans Constantinople . On confirme que Moustapha a perdu l’Égypte . Il est bon qu'un peuple ennemi des arts 3 soit enfin chassé de l'Europe .
Voulez-vous bien avoir la bonté de faire rendre cette lettre à M. Saurin ? »
1 Voici encore une demande d'informations qui montre en Marin un agent attitré de V* à Paris . Il est à noter que les lettres qui répondent à de telles questions ne nous sont pas parvenues .
2 Voir lettre du 22 juillet 1770 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2026/01/10/on-me-mande-que-tout-le-fond-de-ce-qu-on-dit-de-lui-est-vrai-6578548.html
3 Et qui, surtout, ne pratique pas le théâtre comique ou tragique ; le grief rappelle celui que V* fait à Rousseau à propos du théâtre de Genève .
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12/05/2026
j'aime encore mieux voir notre adorable duc pacificateur que victorieux . Dieu soit loué, la guerre aurait achevé de nous ruiner
... Cher Jupiter Macron, recevez les compliments du Patriarche de Ferney, et gardez vous bien de mettre le doigt entre l'écorce et l'arbre , moins on en dit mieux c'est quand on a à faire à des tueurs iraniens face à un Trump embourbé qui fait craindre une victoire à la Pyrrhus . Comme on dit "ça peut péter à tout moment !" et nous ruiner, comme le pressent mon philosophe préféré .
« A Joseph Vasselier
9è novembre 1770 1
Je vous aime bien mieux, mon cher correspondant, à Lyon qu'à l'armée ; et j'aime encore mieux voir notre adorable duc pacificateur que victorieux 2 . Dieu soit loué, la guerre aurait achevé de nous ruiner .
J'ai un besoin extrême de savoir ce qu'est devenu l'étrange procès de la Lerouge et des Perra 3 . On dit que cela n'est pas fini . Je vous demande en grâce de me dire ce que vous en savez . Si vous pouvez me faire réponse sur-le-champ vous me ferez un très grand plaisir .
Les plus tendres compliments à M. Tabareau .
J'ajoute à ma lettre que voici encore une cargaison pour Marseille, que notre petite manufacture recommande à vos extrêmes bontés . »
1 Original . Le même jour, Choiseul écrit aux autorités de Genève pour les remercier d'avoir offert « l'honneur de la Bourgeaoisie […] gratis et sans finance » à la famille Calas .
2 V* pense au duc de Choiseul pour lequel il fait, du reste, des souhaits inverses de ceux qu'il formule pour Catherine II .
3Voir lettre du 16 février 1770 à Elie de Beaumont : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2025/07/24/m-6556559.html
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11/05/2026
ils ne m'ont pas voulu quitter que je n'aie pris une note de leurs principales créances
... Encore du Trump in texto après s'être fait renvoyer sur la touche par les Iraniens qui manient le chantage mieux que lui : https://www.20minutes.fr/monde/etats-unis/4222767-2026051...
« A Catherine II, impératrice de Russie
A Ferney 9 novembre 1770
Madame,
Je ne parlerai pas aujourd'hui à Votre Majesté impériale de Moustapha et d'Ali-Beg . Je suis assailli par une troupe de Genevois qui s'adressent à moi pour être payés de l'argent que leur doit M. Tschoglokoff, lieutenant-colonel 1. Ils disent qu’il a fait un abandon de ses biens à ses créanciers . Ils demandent à y être compris en vertu de votre code de lois . Ils disent que je dois être leur avocat auprès de Votre Majesté . Ils ont ouï dire que j'avais quelquefois l'honneur de vous écrire et de là ils concluent que je dois vous importuner . Ils prétendent que Votre Majesté daigne entrer dans les plus petites affaires comme dans les plus grandes ; ils disent qu'il savent très bien que vous rendez la justice à tout le monde . Enfin ils ne m'ont pas voulu quitter que je n'aie pris une note de leurs principales créances .
Je prends donc la liberté d'envoyer cette note qui est très exacte 2 . M. de Tschoglokoff convient de cette dette . Et supposé qu'il ait du bien et qu'il paie ses créanciers, supposé encore qu'il y ait de l'argent de reste pour les Genevois ( vos sujets préalablement payés ) , alors Votre Majesté pourra ordonner d'un mot que justice soit faite à tout le monde .
Mais voici une autre affaire genevoise qui vous prouvera, madame, qui vous prouvera que vous étendez votre empire au-delà de vos vastes États . Il y a six mois que la discorde est dans la petite république de Genève comme dans la Perse et dans l'inde . Les Genevois s’avisèrent au mois de février d'assassiner quelques-uns de leurs compatriotes . Le parti des assassinés se réfugia dans ma petite terre de Ferney . Il sont tous horlogers . Ils se sont mis à faire des montres, et je puis dire que ce sont d'excellents artistes . Ils ont un double mérite, celui de bien travailler, et celui d'être moins chers de moitié que les horlogers de Londres et de Paris . Ils viennent d'achever une montre ornée de diamants, mais surtout du portrait de Votre Majesté impériale, qui m'a paru très bien fait . Ils se sont flattés que vous daigneriez permettre qu'ils vous envoyassent cet ouvrage , et même ils pourraient vous en fournir d'autres pour faire vos présents au grand vizir que vous prendrez prisonnier, ou aux dames du sérail que vous délivrerez ou à Sa Majesté le roi Ali-Beg ou à l'ambassadeur que l'empereur de la Chine doit vous envoyer pour vous demander votre amitié .
Quoiqu'il en soit, madame, j'ai bien plus à cœur l’hommage des montres de Ferney que la liquidation des dettes de M de Tschoglokoff, parce que réellement vous auriez des montres pour la moitié de ce que les Anglais et les Français les vendent et qu'à force de battre les Turcs sur terre et sur mer il faut que vous soyez économe autant que généreuse .
Je vous demande pardon de la multiplicité de mes lettres ; mais je vous en écris moins que vous ne gagnez de victoires et que vous ne prenez de villes .
Je suis avec le plus profond respect, et l'admiration la plus constante,
madame,
de Votre Majesté impériale
le très humble, très obéissant serviteur et sujet par le cœur
le vieux malade de Ferney. »
1 Sur cet homme , chambellan de l'impératrice, et sa femme, voir les Mémoires de Catherine II : https://www.gutenberg.org/cache/epub/44749/pg44749-images.html
2 Elle est ainsi conçue : « Isaac Souchay, marchand à Genève, répète la valeur de six cent trent roubles , que M. de Tschoglokoff lui doit depuis quatre ans, compte attêté et signé Jean- Jacques Mouser, marchand à Genève, répète la valeur de quatre mille deux cent cinquante roubles, compte arrêté et signé . »
10:42 | Lien permanent | Commentaires (0)

