14/05/2026
Je sais bien qu’il y aura toujours des gens qui feront la guerre à la raison
... Il n'est pas une heure qui passe sans vérifier ce fait .
« A Bernard-Joseph Saurin
10è novembre 1770 1
Votre épître, mon cher confrère, est aussi philosophique qu’ingénieuse 2 ; elle est surtout d’un bon ami . Vous avez raison sur tous les points, hors sur ce qui me regarde. Je sais bien qu’il y aura toujours des gens qui feront la guerre à la raison, puisqu’en effet nous avons des soldats payés uniquement pour servir contre elle ; mais on a beau faire, dès que cette étrangère a des asiles chez tous les honnêtes gens de l’Europe, son empire est assuré et il ne faut point qu'il soit ailleurs.
On peut longtemps, chez notre espèce,
Fermer la porte à la raison ;
Mais dès qu’elle entre avec adresse,
Elle reste dans la maison,
Et bientôt elle en est maîtresse.
Son ennemi perd de son crédit chaque jour, de Moscou jusqu'à Cadix . Les moines ne gouvernent plus , quoiqu’un moine soit devenu pape 3.
J’ai été très fâché qu’on ait poussé trop loin la philosophie. Ce maudit livre du Système de la Nature est un péché contre nature. Je vous sais bien bon gré de réprouver l’athéisme, et d’aimer ce vers 4:
Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer.
Je suis rarement content de mes vers, mais j’avoue que j’ai une tendresse de père pour celui-là.
Les ennemis des causes finales m’ont toujours paru plus hardis que raisonnables. S’ils rencontrent des chevilles et des trous, ils disent, sans hésiter, que les uns ont été faits pour les autres, et ils ne veulent pas que le soleil soit fait pour les planètes.
Vous faites trop d’honneur, mon cher confrère, aux rogatons alphabétiques que vous voulez lire 5. Je tâcherai de vous les faire parvenir au plus tôt. Je les crois sages ; mais ils n’en seront pas moins persécutés.
Je suis tout glorieux du baiser de Mme Saurin ; elle est bien hardie à cent lieues : elle n’oserait de près. Les pauvres vieillards ne s’attirent pas de telles aubaines. J’ai été heureux pendant quinze jours : j’ai eu M. d’Alembert et M. de Condorcet . Ce sont là de vrais philosophes.
Adieu, vous qui l’êtes ; conservez-moi votre amitié.
V. »
1 Original, initiale autographe ; éd. « édition encadrée », 1775, abrégée, adressée à « M. S*** ; de l'Académie française » ; Kehl.
2 Lettre en vers et en prose du 2 novembre 1770 (Best. D 167.40 .)
En 1772, Saurin fera paraître « Épîtres sur la vieillesse et la vérité... » : https://dn721806.ca.archive.org/0/items/eptressurlavie00sauruoft/eptressurlavie00sauruoft_bw.pdf
3 Clément XIV avait été franciscain ; voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome12.djvu/346
4 C’est le vers 22 de l’Épître à l’auteur du livre des Trois Imposteurs ; voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome10.djvu/413
Saurin avait écrit : « C'est toi qui nous l'a dit, j'aime à le répéter, / Si Dieu n’existait pas il faudrait l'inventer . »
5 Les Questions sur l’Encyclopédie.
Saurin avait demandé , en vers, les Questions dont lui avait parlé Schomberg .
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13/05/2026
Il est bon qu'un peuple ennemi des arts soit enfin chassé de l'Europe
... A vous de choisir l'exclu . Je vois bien la Turquie, pays faussement laïc, qui mérite bien de rester hors Europe , tout comme au XVIIIè siècle .
« A François-Louis-Claude Marin
10è novembre 1770
Mon cher correspondant, voulez-vous bien ajouter à vs faveurs celle de me dire quel est l'homme de Toulouse qui protège La Beaumelle 1? Comptez que je n'abuserai pas de votre confidence .
Les Mémoires de Manstein 2 ont été imprimés dans le pays étranger, mais je ne sais où . Je les avais vus autrefois, je les avais même corrigés ; ils étaient fort vrais et assez curieux . Les mémoires de Catherine le seront bien davantage . Je ne désespère pas qu'au printemps prochain elle ne soit dans Constantinople . On confirme que Moustapha a perdu l’Égypte . Il est bon qu'un peuple ennemi des arts 3 soit enfin chassé de l'Europe .
Voulez-vous bien avoir la bonté de faire rendre cette lettre à M. Saurin ? »
1 Voici encore une demande d'informations qui montre en Marin un agent attitré de V* à Paris . Il est à noter que les lettres qui répondent à de telles questions ne nous sont pas parvenues .
2 Voir lettre du 22 juillet 1770 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2026/01/10/on-me-mande-que-tout-le-fond-de-ce-qu-on-dit-de-lui-est-vrai-6578548.html
3 Et qui, surtout, ne pratique pas le théâtre comique ou tragique ; le grief rappelle celui que V* fait à Rousseau à propos du théâtre de Genève .
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12/05/2026
j'aime encore mieux voir notre adorable duc pacificateur que victorieux . Dieu soit loué, la guerre aurait achevé de nous ruiner
... Cher Jupiter Macron, recevez les compliments du Patriarche de Ferney, et gardez vous bien de mettre le doigt entre l'écorce et l'arbre , moins on en dit mieux c'est quand on a à faire à des tueurs iraniens face à un Trump embourbé qui fait craindre une victoire à la Pyrrhus . Comme on dit "ça peut péter à tout moment !" et nous ruiner, comme le pressent mon philosophe préféré .
« A Joseph Vasselier
9è novembre 1770 1
Je vous aime bien mieux, mon cher correspondant, à Lyon qu'à l'armée ; et j'aime encore mieux voir notre adorable duc pacificateur que victorieux 2 . Dieu soit loué, la guerre aurait achevé de nous ruiner .
J'ai un besoin extrême de savoir ce qu'est devenu l'étrange procès de la Lerouge et des Perra 3 . On dit que cela n'est pas fini . Je vous demande en grâce de me dire ce que vous en savez . Si vous pouvez me faire réponse sur-le-champ vous me ferez un très grand plaisir .
Les plus tendres compliments à M. Tabareau .
J'ajoute à ma lettre que voici encore une cargaison pour Marseille, que notre petite manufacture recommande à vos extrêmes bontés . »
1 Original . Le même jour, Choiseul écrit aux autorités de Genève pour les remercier d'avoir offert « l'honneur de la Bourgeaoisie […] gratis et sans finance » à la famille Calas .
2 V* pense au duc de Choiseul pour lequel il fait, du reste, des souhaits inverses de ceux qu'il formule pour Catherine II .
3Voir lettre du 16 février 1770 à Elie de Beaumont : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2025/07/24/m-6556559.html
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11/05/2026
ils ne m'ont pas voulu quitter que je n'aie pris une note de leurs principales créances
... Encore du Trump in texto après s'être fait renvoyer sur la touche par les Iraniens qui manient le chantage mieux que lui : https://www.20minutes.fr/monde/etats-unis/4222767-2026051...
« A Catherine II, impératrice de Russie
A Ferney 9 novembre 1770
Madame,
Je ne parlerai pas aujourd'hui à Votre Majesté impériale de Moustapha et d'Ali-Beg . Je suis assailli par une troupe de Genevois qui s'adressent à moi pour être payés de l'argent que leur doit M. Tschoglokoff, lieutenant-colonel 1. Ils disent qu’il a fait un abandon de ses biens à ses créanciers . Ils demandent à y être compris en vertu de votre code de lois . Ils disent que je dois être leur avocat auprès de Votre Majesté . Ils ont ouï dire que j'avais quelquefois l'honneur de vous écrire et de là ils concluent que je dois vous importuner . Ils prétendent que Votre Majesté daigne entrer dans les plus petites affaires comme dans les plus grandes ; ils disent qu'il savent très bien que vous rendez la justice à tout le monde . Enfin ils ne m'ont pas voulu quitter que je n'aie pris une note de leurs principales créances .
Je prends donc la liberté d'envoyer cette note qui est très exacte 2 . M. de Tschoglokoff convient de cette dette . Et supposé qu'il ait du bien et qu'il paie ses créanciers, supposé encore qu'il y ait de l'argent de reste pour les Genevois ( vos sujets préalablement payés ) , alors Votre Majesté pourra ordonner d'un mot que justice soit faite à tout le monde .
Mais voici une autre affaire genevoise qui vous prouvera, madame, qui vous prouvera que vous étendez votre empire au-delà de vos vastes États . Il y a six mois que la discorde est dans la petite république de Genève comme dans la Perse et dans l'inde . Les Genevois s’avisèrent au mois de février d'assassiner quelques-uns de leurs compatriotes . Le parti des assassinés se réfugia dans ma petite terre de Ferney . Il sont tous horlogers . Ils se sont mis à faire des montres, et je puis dire que ce sont d'excellents artistes . Ils ont un double mérite, celui de bien travailler, et celui d'être moins chers de moitié que les horlogers de Londres et de Paris . Ils viennent d'achever une montre ornée de diamants, mais surtout du portrait de Votre Majesté impériale, qui m'a paru très bien fait . Ils se sont flattés que vous daigneriez permettre qu'ils vous envoyassent cet ouvrage , et même ils pourraient vous en fournir d'autres pour faire vos présents au grand vizir que vous prendrez prisonnier, ou aux dames du sérail que vous délivrerez ou à Sa Majesté le roi Ali-Beg ou à l'ambassadeur que l'empereur de la Chine doit vous envoyer pour vous demander votre amitié .
Quoiqu'il en soit, madame, j'ai bien plus à cœur l’hommage des montres de Ferney que la liquidation des dettes de M de Tschoglokoff, parce que réellement vous auriez des montres pour la moitié de ce que les Anglais et les Français les vendent et qu'à force de battre les Turcs sur terre et sur mer il faut que vous soyez économe autant que généreuse .
Je vous demande pardon de la multiplicité de mes lettres ; mais je vous en écris moins que vous ne gagnez de victoires et que vous ne prenez de villes .
Je suis avec le plus profond respect, et l'admiration la plus constante,
madame,
de Votre Majesté impériale
le très humble, très obéissant serviteur et sujet par le cœur
le vieux malade de Ferney. »
1 Sur cet homme , chambellan de l'impératrice, et sa femme, voir les Mémoires de Catherine II : https://www.gutenberg.org/cache/epub/44749/pg44749-images.html
2 Elle est ainsi conçue : « Isaac Souchay, marchand à Genève, répète la valeur de six cent trent roubles , que M. de Tschoglokoff lui doit depuis quatre ans, compte attêté et signé Jean- Jacques Mouser, marchand à Genève, répète la valeur de quatre mille deux cent cinquante roubles, compte arrêté et signé . »
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10/05/2026
Le mot d’impôt, et tout ce qui a le moindre rapport à cette espèce de philosophie, me fait frémir...L’idée qu’on ne nous charge que parce que nous sommes utiles est très vraie. On ne fait porter des fardeaux qu’aux bêtes de somme
... Est-ce ainsi que vous le concevez M. Roland Lescure ? Sommes-nous tous des ânes bâtés pour vous ? Attention à la surcharge qui empêche d'avancer davantage . Utiles, mais pas inusables .
Voir : https://www.economie.gouv.fr/ministres/roland-lescure
« A Louise-Florence-Pétronille de Tardieu d'Esclavelles d'Épinay
6è novembre 1770
La fièvre me prit, madame, dans le temps que j’allais vous écrire. Il n’est pas étrange qu’on ait le sang en mouvement quand on est occupé de vous. Franchement, je suis bien malade ; mais le plaisir de vous répondre fait diversion.
Oui, madame, j’ai lu le troisième volume qui contient la réfutation du Pernetti 1, et je sais très bon gré à ce Pernetti de nous avoir valu un si bon livre.
Comment pouvez-vous me dire que je ne connais point l’abbé Galiani ? Est-ce que je ne l’ai pas lu 2 ? Par conséquent je l’ai vu. Il doit ressembler à son ouvrage comme deux gouttes d’eau, ou plutôt comme deux étincelles. N’est-il pas vif, actif, plein de raison et de plaisanterie ? Je l’ai vu, vous dis-je, et je le peindrais.
On fait actuellement un petit Dictionnaire encyclopédique 3, où il n’est pas oublié à l’article « Blé ».
Le mot d’impôt, et tout ce qui a le moindre rapport à cette espèce de philosophie, me fait frémir, depuis que le philosophe M. l’abbé Terray m’a pris deux cent mille francs, qui faisaient toute ma ressource, et que j’avais en dépôt chez M. de La Borde. Il n’y a que vous, madame, qui puissiez me faire supporter la philosophie sur la finance, parce que sûrement vous mettrez des grâces dans tout ce qui passera par vos mains.
Je veux croire qu’on a très bien raisonné ; mais le pain vaut quatre à cinq sous la livre au cœur du royaume, et à l’extrémité où je suis.
L’idée qu’on ne nous charge que parce que nous sommes utiles est très vraie. On ne fait porter des fardeaux qu’aux bêtes de somme, et Dieu nous a faits chevaux et ânes. Si nous étions oiseaux, on s’amuserait à nous tirer en volant.
En voilà trop pour un pauvre vieillard qui n’en peut plus, et qui est entre les mains des contrôleurs généraux et des apothicaires.
Mes compliments à vos beaux yeux, ma charmante philosophe, quoique les miens ne voient goutte. Mille respects.
V. »
1 L’abbé Pernety (Antoine-Joseph), né en 1716, mort en 1801, avait publié un Examen des Recherches philosophiques sur l’Amérique, 1770, in-12 ( https://archive.org/details/examendesrecherc02pern )
. De Pauw publia, en réponse, Défense des Recherches sur les Américains, 1770, in-8°, qui forme le troisième volume de son ouvrage.
P*** (Cornelius de Pauw) a publié des Recherches philosophiques sur les Américains ou mémoire intéressant pour servir à l’histoire de l'espèce humaine, 1768-1769 en 2 vol. (https://archive.org/details/recherchesphilos17701pauw )
Une nouvelle édition suivit en 1770 , « augmentée d'une dissertation critique par dom Pernetty (Antoine-Joseph Pernety), et de la défense de l'auteur des Recherches contre cette dissertation . »
2 Voir lettre du 12 janvier 1770 à Turgot : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2025/06/23/l-6552459.html
3 Les Questions sur l’Encyclopédie, qui sont fondues dans le Dictionnaire philosophique. L’article Blé est au tome XVIII. V* fait effectivement une mention très favorable de l'abbé Galiani dans cette troisième édition : https://fr.wikisource.org/wiki/Dictionnaire_philosophique/Garnier_(1878)/Index_alphab%C3%A9tique/B
09:25 | Lien permanent | Commentaires (0)
09/05/2026
il établit déjà un commerce considérable avec toutes les nations trafiquantes
... Ce cher truand Poutine est dans ce cas, et cet écervelé Trump , grenouille qui veut se faire boeuf, lui a facilité les choses en enflammant l'Iran, comme son modèle guerrier Israël qui tire sur tout ce qui bouge .
« A Catherine II, impératrice de Russie
A Ferney 6è novembre 1770 1
Madame,
Si Bender est pris l’épée à la main, comme on le dit 2, j’en rends de très humbles actions de grâces à Votre Majesté impériale : car, dans mon lit, où je suis malade, je n’ai d’autre plaisir que celui de vos victoires, et chacune de vos conquêtes est mon restaurant.
On confirme encore de Marseille qu’Ali Beg est roi d’Égypte, et qu’il s’est emparé d’Alexandrie, où il établit déjà un commerce considérable avec toutes les nations trafiquantes.
Plaise à la vierge Marie, à qui Ali Beg ne croit point du tout 3, que tout cela soit exactement vrai !
Ce qui me fait une peine extrême, c’est que vos troupes victorieuses ne sont point encore dans Andrinople. Votre Majesté dira que je suis un vieillard bien impétueux que rien ne peut satisfaire , que vous avez beau, pour me faire plaisir, battre Moustapha tous les jours, que je ne serai content que lorsque vous serez sur les bords de l’Euphrate. Eh bien ! madame, cela est vrai. La Mésopotamie est un pays admirable ; on peut s’y transporter en litière, ce qu’on ne peut pas faire à Pétersbourg vers le mois de novembre. Mgr le prince Henri y est bien ! Oui, mais c’est un héros, quoiqu’il ne soit pas un géant . Il est juste qu’il voie l’héroïne du Nord, car il est aussi aimable qu’il est grand général.
Au reste, madame, je suppose qu’Ali Beg garde l’Égypte en dépôt à Votre Majesté impériale , car ma passion veut encore vous donner l’Égypte, afin que votre Académie des sciences, dont j’ai l’honneur d’être, connaisse bien les antiquités de ce pays-là, et c’est ce que probablement on ne fera jamais sous un Aly Bey.
On dit que la peste est à Constantinople. Il faut que Moustapha ait fait le dénombrement de son peuple, car Dieu d’ordinaire envoie la peste aux rois qui ont voulu savoir leur compte. Il en coûta soixante et dix mille Juifs au bon roi David 4, et il n’y avait pas grande perte. J’espère que Votre Majesté chassera bientôt de Stamboul la peste et les Turcs.
Je me mets aux pieds de Votre Majesté impériale, du fond de mon désert et de mon néant, avec le plus profond respect, et une passion qui ne fait que croître et embellir.
Le vieux malade de Ferney. »
1 Minute corrigée par V* ; copie contemporaine ; éd. Kehl .
2 V* n'a donc pas encore reçu la lettre du 7/18 octobre 1770 : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1770/Lettre_8054
3 En tant que musulman, il n'y croit que comme étant la mère du prophète Jésus-Christ .
4 IIè livre de Samuel, XXIV, 1-15 : https://www.biblegateway.com/passage/?search=2%20Samuel%2024&version=LSG
Wagnière avait d'abord laissé un blanc sur la minute et V* a complété de sa main soixante-et-dix m.
17:23 | Lien permanent | Commentaires (0)
il faudrait savoir quelle idée ce mot fait passer dans la tête de votre adverse partie. Quand tout cela est fait, on peut disputer pendant toute sa vie sans convenir de rien.
... Trump contre l'Iran, exemple flagrant de l'idée voltairienne ci-dessus . Un bavard girouette d'un côté, des extrémistes assassins de l'autre : c'est mal barré à Ormuz . Wait and see : https://www.20minutes.fr/monde/etats-unis/4222651-2026050...
Qui va passer sous les Fourches caudines, et quand ?
« A Marc-René de Voyer de Paulmy marquis d'Argenson
6 novembre 1770
Auriez-vous jamais, monsieur, dans vos campagnes en Flandre et en Allemagne, porté les Satires de Perse dans votre poche ? Il y a un vers qui est curieux, et qui vient fort à propos :
De Jove quid sentis ? Minimum est quod scire laboro 1.
Il ne s’agit que d’une bagatelle : que pensez-vous de Dieu ?
Vous voyez que l’on fait de ces questions depuis longtemps. Nous ne sommes pas plus avancés qu’on n’était alors. Nous savons très bien que telles ou telles sottises n’existent pas, mais nous sommes fort médiocrement instruits de ce qui est. Il faudrait des volumes, non pas pour commencer à s’éclaircir, mais pour commencer à s’entendre. Il faudrait bien savoir quelle idée nette on attache à chaque mot qu’on prononce. Ce n’est pas encore assez : il faudrait savoir quelle idée ce mot fait passer dans la tête de votre adverse partie. Quand tout cela est fait, on peut disputer pendant toute sa vie sans convenir de rien.
Jugez si cette petite affaire peut se traiter par lettres. Et puis vous savez que quand deux ministres négocient ensemble, ils ne disent jamais la moitié de leur secret.
J’avoue que la chose dont il est question mérite qu’on s’en occupe très sérieusement ; mais gare l’illusion et les faiblesses !
Il y a une chose peut-être consolante : c’est que la nature nous a donné à peu près tout ce qu’il nous fallait ; et si nous ne comprenons pas certaines choses un peu délicates 2, c’est apparemment qu’il n’était pas nécessaire que nous les comprissions.
Si certaines choses étaient absolument nécessaires, tous les hommes les auraient, comme tous les chevaux ont des pieds 3. On peut être assez sûr que ce qui n’est pas d’une nécessité absolue pour tous les hommes, en tous les temps et dans tous les lieux, n’est nécessaire à personne. Cette vérité est un oreiller sur lequel on peut dormir en repos ; le reste est un éternel sujet d’arguments pour et contre.
Ce qui n’admet point le pour et le contre, monsieur, ce qui est d’une vérité incontestable, c’est mon sincère et respectueux attachement pour vous.
Le vieux malade. »
1 Perse, Satires . II, v. 17-18 avec une interversion des membres de phrase : Que pensez-vous de Jupiter ?C'est la dernière chose dont je me soucie . La traduction que donne V* est approximative .
2 Les mots un peu délicates manquent dans la copie manuscrite I.
3 L 'argument est peu-être suggéré à V* par la lecture du Militaire philosophe . C'est en effet un des thèmes favoris de Robert Challe dans ses Difficultés sur la religion proposées au père Malebranche que Dieu ne peut demander aux hommes que ce que leurs facultés naturelles ( au premier rang desquelles il met d'ailleurs la conscience morale ) leur permettent de connaître ; voir l'édition de ce texte , Paris et Oxford , 1983, 71, 287, etc. Voir : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k86225z/f1.item
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