08/01/2026
Pourquoi ne sait-on rien ni par Marseille, ni par Bayonne ?
... Parce que ni le foot ni le rugby ne sont influencés par Trump et sa soif du pétrole vénézuelien ; voyons ça : https://www.lemonde.fr/international/video/2026/01/07/pou...
« A François de Caire, Commandant
à Versoix
[vers le 20 juillet 1770]
Il est bien honteux pour l'humanité que le peuple n'ait pas tiré un troisième coup de canon etc., etc., etc. Mais comment l'ambassadeur de France n'en aurait-il rien mandé ? Pourquoi ne sait-on rien ni par Marseille, ni par Bayonne ? Pourquoi ne sait -on le nom d'aucun des assassinés ? Il faut attendre confirmation de cette Saint-Barthélémy . Il faut attendre aussi M. de Bourcet 1.
Mille respects à monsieur et madame de Caire . »
1 Pierre-Joseph Bourcet qui a servi comme lieutenant général en Corse : https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Joseph_de_Bourcet
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07/01/2026
L'idée seule de cette aventure fait frémir
... Trump tout puissant annexant le Groenland les armes à la main ! Oserons-nous lui botter le cul ( qu'il a fort gras , d'ailleurs ) ?
« A Jean-François-René Tabareau, Directeur
général des Postes etc.
à Lyon
20è juillet 1770 1
Vous ne me mandez point , monsieur, si Mme Denis peut faire remettre de l'argent au caissier des postes de Paris pour être payé à Lyon . Il me semble que MM. Les fermiers généraux des Postes ont toujours établi cette facilité . Mais pour peu qu'il y ait la moindre gène, Mme Denis abandonnera sa proposition .
Savez-vous quelque chose de l'effroyable nouvelle du Portugal ? On dit qu'elle n'est venue que par Rome et par l'Angleterre . Si elle était vraie ne la saurions-nous pas par l'ambassadeur de France à Lisbonne 2, par nos consuls et par nos marchands ? L'idée seule de cette aventure fait frémir .
Mille amitiés à M. Vasselier .
Je crois que vous êtes accablé d'affaires, je souhaite qu'elles ne prennent pas sur votre santé . Les conclusions du procureur général contre saint Billard sont terribles ; je ne connais pas celles contre saint Grizel . Votre très humble et très obéissant serviteur
V. »
1 Original, formule et initiale autographes ; éd. Kehl limitée au second alinéa ; voir lettre du 9 juillet 1770 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2025/12/21/vous-savez-que-tout-est-arbitraire-et-que-le-parlement-aime-6575844.html
2 Jean-Baptiste-Charles-François, chevalier (plus tard marquis ) de Clermont d'Amboise ; voir :
et : https://www.vivantdenon.fr/l-homme/le-reseau/les-diplomates/clermont-d-amboise/
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J'espère que les secours que je leur donne les mettront en état de faire prospérer leur manufacture
... La chasse aux projets et aux subventions correspondantes est ouverte , par exemple : https://www.fimeco-walter-allinial.com/aap-zone-geographique/france/
ça décoiffe !
« A Gaspard-Henri Schérer, Banquier
à Lyon
Je vois, monsieur, que MM. Solikoffre 1 sont méfiants ; c'est apparemment depuis qu'un Solikoffre a eu à faire aux jésuites . Les Marseillais ont affaire actuellement aux Turcs, et font beaucoup de banqueroutes .
Jamais les Dufour et Céret ne tireront sur eux ni sur vous sans me le demander la permission et à chaque lettre de change je vous en donnerai avis . J'espère que les secours que je leur donne les mettront en état de faire prospérer leur manufacture . Je crois qu'ils font venir actuellement des pistoles du Mexique en droiture de Cadix .
Je vous suis obligé, monsieur, des bons offices que vous voulez bien rendre à ces artistes qui me paraissent mériter toute sorte d'encouragement .
Si vous saviez quelque chose touchant la fatale nouvelle du Portugal 2 vous me feriez grand plaisir de m'en informer .
J'ai l'honneur d'être bien véritablement, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire.
20è juillet 1770 à Ferney. 3»
1Les banquiers Zollikofer : https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/022830/2025-03-31/
; voir Herbert Lüthy, La Banque protestatnte en France, 1959 : https://www.persee.fr/doc/rbph_0035-0818_1964_num_42_2_2524_t1_0669_0000_2
2 Voir lettre du 15 juillet 1770 à Cramer : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2025/12/28/chef-d-oeuvre-de-sottise-fanatique-6576682.html
3 Original signé, cachet en relief « Versoix » ; endos « Reçue le 23 juillet ».
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06/01/2026
Pourquoi donc faire la paix quand on peut pousser si loin ses conquêtes ?
... Trump, Poutine, Xi Jinping même combat, mêmes salop...s ; ces vieux birbes empoisonnent le monde depuis trop longtemps , plus que jamais écrasons l'infâme !
« A Catherine II, impératrice de Russie
20è juillet 1770 à Ferney 1
Madame,
Votre lettre du 6 juin, que je soupçonne être du nouveau style 2, me fait voir que Votre Majesté impériale prend quelque pitié de ma passion pour elle. Vous me donnez des consolations, mais aussi vous me donnez quelques craintes, afin de tenir votre adorateur en haleine. Mes consolations sont vos victoires, et ma crainte est que Votre Majesté ne fasse la paix l’hiver prochain.
Je crois que les nouvelles de la Grèce nous viennent quelquefois un peu plus tôt par la voie de Marseille qu’elles n’arrivent à Votre Majesté par les courriers. Selon ces nouvelles, les Turcs ont été quatre fois battus, et tout le Péloponèse est à vous.
Si Ali Beg s’est en effet emparé de l’Égypte 3, comme on le dit, voilà deux grandes cornes arrachées au croissant des Turcs ; et l’étoile du Nord est certainement beaucoup plus puissante que leur lune. Pourquoi donc faire la paix quand on peut pousser si loin ses conquêtes ?
Votre Majesté me dira que je ne pense pas assez en philosophe, et que la paix est le plus grand des biens. Personne n’est plus convaincu que moi de cette vérité ; mais permettez-moi de désirer très fortement que cette paix soit signée de votre main dans Constantinople. Je suis persuadé que si vous gagnez une bataille un peu honnête en deçà ou en delà du Danube, vos troupes pourront marcher droit à la capitale.
Les Vénitiens doivent certainement profiter de l’occasion ; ils ont des vaisseaux et quelques troupes. Lorsqu’ils prirent la Morée[1] 4, ils n’étaient appuyés que par la diversion de l’empereur en Hongrie ils ont aujourd’hui une protection bien plus puissante . Il me paraît que ce n’est pas le temps d’hésiter. Moustapha doit vous demander pardon, et les Vénitiens doivent vous demander des lois.
Ma crainte est encore que les princes chrétiens, ou soi-disant tels, ne soient jaloux de l’étoile du Nord . Ce sont des secrets dans lesquels il ne m’est pas permis de pénétrer.
Je crains encore que vos finances ne soient dérangées par vos victoires mêmes ; mais je crois celles de Moustapha plus en désordre par ses défaites. On dit que Votre Majesté fait un emprunt chez les Hollandais . Le padisha turc ne pourra emprunter chez personne, et c’est encore un avantage que Votre Majesté a sur lui.
Je passe de mes craintes à mes consolations. Si vous faites la paix, je suis bien sûr qu’elle sera très glorieuse, que vous conserverez la Moldavie, la Valachie, Azoph, et la navigation sur la mer Noire, au moins jusqu’à Trébizonde. Mais que deviendront mes pauvres Grecs ? que deviendront les nouvelles légions de Sparte ? Vous renouvellerez, sans doute, les jeux isthmiques, dans lesquels les Romains assurèrent aux Grecs leur liberté par un décret public ; et ce sera l’action la plus glorieuse de votre vie. Mais comment maintenir la force de ce décret, s’il ne reste des troupes en Grèce ? Je voudrais encore que le cours du Danube et la navigation sur ce fleuve vous appartinssent le long de la Valachie, de la Moldavie, et même de la Bessarabie. Je ne sais si j’en demande trop, ou si je n’en demande pas assez . Ce sera à vous de décider, et de faire frapper une médaille qui éternisera vos succès et vos bienfaits. Alors Tomyris se changera en Solon, et achèvera ses lois tout à son aise. Ces lois seront le plus beau monument de l’Europe et de l’Asie : car, dans tous les autres États, elles sont faites après coup, comme on calfate des vaisseaux qui ont des voies d’eau ; elles sont innombrables, parce qu’elles sont faites sur des besoins toujours renaissants . Elles sont contradictoires, attendu que ces besoins ont toujours changé ; elles sont très mal rédigées, parce qu’elles ont presque toujours été écrites par des pédants, sous des gouvernements barbares. Elles ressemblent à nos villes bâties irrégulièrement au hasard, mêlées de palais et de chaumières dans des rues étroites et tortueuses.
Enfin que Votre Majesté donne des lois à deux mille lieues de pays, après avoir donné sur les oreilles à Moustapha !
Voilà les consolations du vieux hermite 5 qui, jusqu’à son dernier moment, sera pénétré pour vous du plus profond respect, de l’admiration la plus juste, et d’un dévouement sans bornes pour Votre Majesté impériale. »
1 Minute corrigée par V* ; copie contemporaine (Moscou) : éd. Kehl.
2 En fait l s'agit du 6 juin vieux style (17 juin nouveau style ) ; Catherine II a répondu avec beaucoup de promptitude . La remarque de V* prouve que la lettre en question ne comportait qu'une date, et que la seconde mention portée dans l’édition de Kehl, 26 mai/7 juin, est une glose , comme dans beaucoup d'autres cas du même genre . Voir la lettre de Catherine : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire... : « A ma maison de campagne de Czarskoye Sélo ce 6 juin 1770 … »
3 Voir lettre du 4 juillet 1770 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2025/12/10/vous-auriez-bientot-fait-de-cette-prison-le-lieu-le-plus-del-6574192.html
4 Voir lettre du 26 février 1769 à Vorontsov : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2024/08/28/les-turcs-n-ont-que-ce-qu-ils-meritent-en-etant-gouvernes-pa-6512257.html
5 On trouve encore couramment au XVIIIè siècle la forme vieux , et non vieil, employée devant un nom commençant par une voyelle ou, comme ici, un h non aspiré ; Marivaux écrit couramment un vieux officier, et Rousseau suit le même usage jusque dans ses dernières œuvres, comme les Rêveries d'un promeneur solitaire .
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Les émigrants qui ont établi cette manufacture sont des gens de la probité desquels je réponds
... Voyons , par exemple, des suivants de Voltaire le philosophe promoteur : https://lafabriquenomade.com/
« A Pierre Paul, marquis d'Ossun 1
16è juillet 1770, au château de Ferney par Lyon 2
Monsieur,
J’ai l’honneur d’envoyer à Votre Excellence le tarif des prix de la manufacture de Ferney, entreprise par les sieurs Dufour et Céret 3. J’obéis aux ordres qu’elle a bien voulu me donner. On fait actuellement dans cette fabrique une montre à répétition fort belle, avec le portrait de M. le comte d’Aranda 4, et une autre avec le portrait de M. le duc de Choiseul.
Si Votre Excellence en veut quelques-unes pour elle dans ce goût, la compagnie est à vos ordres, et certainement, vous et vos amis, vous achèteriez un grand tiers meilleur marché tout ce que la fabrique vous fournirait.
M. le duc de Choiseul a acheté les six premières montres faites à Ferney ; il peut certifier ce que j’ai l’honneur de vous dire.
Les émigrants qui ont établi cette manufacture sont des gens de la probité desquels je réponds. J’ose vous demander encore une fois votre protection pour eux en Espagne, où ils comptent faire leur plus grand commerce.
J’ai l’honneur d’être, avec beaucoup de respect et de reconnaissance,
monsieur,
de Votre Excellence
le très humble et très obéissant serviteur
Voltaire. »
2 Original signé ; éd. Voltaire à Ferney . À cette lettre étaient joints un prospectus des ouvriers horlogers ( dont on a déjà parlé dans la lettre du 4 juin 1770 à d'Argental : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2025/11/02/vous-savez-comme-on-s-egorge-comme-on-massacre-et-comme-on-p-6568980.html ) et des vers au ministre réformateur de l’Espagne, le comte d’Aranda.
4 Voici les vers sur le comte d’Aranda :
« Le barbouilleur de mon village
À très mal peint, je l’avouerai,
Les traits du héros de notre âge :
Il est un peu défiguré ;
Mais dans les cœurs est son image.
C’est lui, c’est d’Aranda, dit-on,
Par qui l’Espagne est florissante,
Qui sut avec religion
Dompter la superstition,
Et chasser la horde puissante
Des docteurs de l’attrition
Et de la grâce suffisante.
C’est lui qui, dans ses grands projets
Dont nous verrons un jour les suites,
Saura triompher des Anglais
Comme il triompha des jésuites. »
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05/01/2026
Rien n'est plus douloureux pour moi que de ne pouvoir vous faire jouir dès ce moment-ci
... Aussi me permets-je pour vous consoler de suivre ce podcast pour vous éclairer sur mon tourment ( ou plutôt pas, en vérité ) : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/serie-lumieres-anatomie-d-un-ideal
Bonne écoute !
Paranoia is in bloom : https://www.youtube.com/watch?v=w8KQmps-Sog
à écouter avec la poignée dans le coin !
« A Alexandre-Marie-François de Paule de Dompierre d'Hornoy , Conseiller
au Parlement
rue d'Anjou au Marais
à Paris
16è juillet 1770
Mon cher conseiller, je vous ai très bien entendu, le mot de votre énigme n'est pas difficile . Vous commencez de bonne heure à sentir le contrecoup des tracasseries . J'espère que votre mariage ne s'en fera pas moins .
Vous ne serez pas fort riche pour le moment présent, mais vous serez un jour un des plus opulents magistrats . Rien n'est plus douloureux pour moi que de ne pouvoir vous faire jouir dès ce moment-ci .
Qui m'aurait dit que les troubles de Genève mettraient un obstacle à mes desseins ! Il m'a fallu recevoir vingt familles, bâtir huit maisons et établir une manufacture à mes dépens . Nous sommes conduits dans ce monde par les événements et nous ne les conduisons guère .
Je crois que vous aurez toujours de petits orages dans votre Parlement ; il n'y a pas grand mal ; cela fortifie l'esprit, et étend les lumières .
Je vous embrasse de tout mon cœur, et je m'intéresse à votre bonheur comme si vous étiez mon fils .
V. »
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04/01/2026
Pour moi, qui suis citoyen du monde,...cette tolérance ne peut avoir aucun effet dangereux ...Liberté de conscience et liberté de commerce, monsieur, voilà les deux pivots de l’opulence d’un État, petit ou grand
... Et pendant ce temps Trump se prend pour Superman le justicier et arrête un président vénézuélien peu fréquentable il est vrai, mais , qualité remarquable, dirigeant d'un pays regorgeant de pétrole . Les autres dictateurs peuvent dormir tranquilles, on ne viendra pas les réveiller en sursaut s'ils sont dans des pays sans ressources attirantes . Les autres pays producteurs de cocaïne peuvent continuer leur trafic, point de motif de rapt selon les idées trumpiennes ; faute d'annexion du Groenland et du Canada, il se suffit du Vénézuela, jaloux sans doute de ses grands modèles Poutine et Xi Jinping qui agrandissent leur territoire les armes à la main . Il se fiche bien que Maduro ait eu un gouvernement détestable pour le peuple, pourvu que ça paye : un Trump ne fait rien gratuitement .
Pour en savoir un peu sur Maduro : https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicol%C3%A1s_Maduro
« A Pierre-Samuel Dupont de Nemours
Ferney ce 16è juillet 1770 1
M. Bérenger 2 m’a fait le plaisir, monsieur, de m’apporter votre ouvrage, qui est véritablement d’un citoyen 3. Bérenger l’est aussi, et c’est ce qui fait qu’il est hors de sa patrie. Je crois que c’est lui qui a rectifié un peu les premières idées qu’on avait données d’abord sur Genève. Pour moi, qui suis citoyen du monde, j’ai reçu chez moi une vingtaine de familles genevoises, sans m’informer ni de quel parti ni de quelle religion elles étaient. Je leur ai bâti des maisons, j’ai encouragé une manufacture assez considérable, et le ministère et le roi lui-même m’ont approuvé. C’est un essai de tolérance et une preuve évidente que, dans le siècle éclairé où nous vivons, cette tolérance ne peut avoir aucun effet dangereux : car un étranger qui demeurerait trois mois chez moi ne s’apercevrait pas qu’il y a deux religions différentes. Liberté de conscience et liberté de commerce, monsieur, voilà les deux pivots de l’opulence d’un État, petit ou grand.
Je prouve par les faits, dans mon hameau, ce que vous et M. l’abbé Roubaud 4 vous prouvez éloquemment par vos ouvrages.
J’ai lu, avec l’attention que mes maladies me permettent encore, tout ce que vous dites de curieux sur la Compagnie des Indes et sur le Système 5. Tout cela n’est pas à l’honneur de la nation ni à celui du Régent 6. Vous m’avouerez au moins que cet extravagant système n’aurait pas été adopté du temps de Louis XIV, et que Jean-Baptiste Colbert avait plus de bon sens que Jean Law.
À l’égard de la Compagnie des Indes, je doute fort que ce commerce puisse jamais être florissant entre les mains des particuliers 7. J’ai bien peur qu’il n’essuie autant d’avanies que de pertes, et que la Compagnie anglaise ne regarde nos négociants comme de petits interlopes 8 qui viennent se glisser entre ses jambes. Les vraies richesses sont chez nous, elles sont dans notre industrie ; je vois cela de mes yeux. Mon blé nourrit tous mes domestiques ; mon mauvais vin, qui n’est point malfaisant, les abreuve ; mes vers à soie me donnent des bas ; mes abeilles me fournissent d’excellent miel et de la cire ; mon chanvre et mon lin me fournissent du linge. On appelle cette vie patriarcale ; mais jamais patriarche n’a eu de grange telle que la mienne, et je doute que les poulets d’Abraham fussent meilleurs que les miens. Mon petit pays, que vous n’avez vu qu’un moment, est entièrement changé en très peu de temps.
Vous avez bien raison, monsieur, la terre et le travail sont la source de tout, et il n’y a point de pays qu’on ne puisse bonifier. Continuez à inspirer le goût de la culture, et puisse le gouvernement seconder vos vues patriotiques .
Mettez-moi, je vous prie, aux pieds de M. le duc de Saint-Mégrin 9, qui m’a paru fait pour rendre un jour de véritables services à sa patrie, et dont j’ai conçu les plus grandes espérances.
J’ai l’honneur d’être, avec la plus haute estime et tous les autres sentiments que je vous dois, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire .
P. S. Voulez-vous bien, monsieur, faire mes tendres compliments à M. l’abbé Morellet, quand vous le verrez ? »
1 Copie dans les archives Dupont ; éd. « Lettre de M. de Voltaire à M. Dupont, auteur des Éphémérides du citoyen, etc., Mercure de France septembre 1770, p. 209-211 : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3746631v/f211.item
2 Jean-Pierre Bérenger était un des Natifs bannis de Genève en février 1770 ; voir lettre du 5 avril à de Caire : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2025/09/13/les-lettres-aux-ministres-dans-lesquelles-on-ne-leur-demande-6562581.html
Il devait aussi publier un Mémoire justificatif pour les citoyens de Genève connus sous le nom de natifs, 1770, et d'autres ouvrages .
3Les Éphémérides du citoyen , envoyés par Dupont de Nemours le 1er septembre 1769 . Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89ph%C3%A9m%C3%A9rides_du_citoyen
4 Collaborateur de Dupont de Nemours ; voir lettre à Roubaud du 1er juillet 1769 : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome46.djvu/371
5 Dans les Éphémérides du citoyen.
6 Ce mot a été changé sur la copie en des gens qui la gouvernaient. Cette phrase ainsi que le post scriptum omis sur la copie Beaumarchais manquent dans toutes les éditions .
7 Allusion à l'ouvrage de Dupont intitulé Du Commerce et de la Compagnie des Indes, 1769 : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k10504087.texteImage
8 Le mot interlope, employé d'abord sous la forme interlopre, conforme à l’étymologie ( de l'anglais interloper, formé du préfixe latin inter et du mot hollandais looper, coureur ) désignait à l'origine des navires de commerce trafiquant en fraude soit dans les colonies concédées par une compagnie soit dans les ports en état de blocus , etc. Le mot est employé par V* dans un sens plus large quoique encore proche de l'acception primitive .
9 À qui est adressée la lettre du 4 novembre 1768 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2024/05/15/on-tient-en-esclavage-les-corps-et-les-esprits-autant-qu-on-6498440.htm
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