11/10/2026
Quoi ! Ce brutal de Sardanapale turc veut encore faire une campagne ?
... Comme il en a quasiment fini avec le PKK, ce cher Erdogan a les mains libres pour détruire toute opposition ( politique et comportementale ), heureux dictateur, tendance tyran, qui doit trouver que nos répressions des manifestations françaises sont de gentille parties de campagne : https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2026/09/turkiyes-crackdown-on-lgbti-groups-and-activists-is-part-of-an-escalating-rights-crisis/
Il a quelques soucis du côté de ses frontières , mais ça ne peut expliquer ni excuser les répressions précédentes . Si jamais vous voulez visiter ce beau pays mené par un sale individu, voir les zones que notre ministère des Affaires étrangères met en rouge : https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/information-par-pays/turquie/conseils-aux-voyageurs-securite
On est loin du pays des Mille et une nuits .
« A Catherine II, impératrice de Russie
[vers le 1er février 1771] 1
Je reçois dans ce moment la lettre dont votre Majesté Impériale m'honore du 12/23 décembre . Je me doutais bien que la lettre de l'ambassadeur d'Angleterre en Turquie était de l'imagination d'un pensionnaire de nos gazetiers . Je remercie plus que jamais vos bontés qui me fournissent de quoi faire taire nos badauds welches .
Quoi ! Ce brutal de Sardanapale turc veut encore faire une campagne ? Ah ! Madame, Dieu soit béni ! Il ne vous faudra qu’une seule victoire sur le chemin d'Andrinople pour détrôner cet homme indigne du trône, et que j'ai entendu vanter par quelques uns de nos Welches comme un génie . Mais où ira-t-il ? Voilà un Ali-Bey ou Beg qui ne le recevra pas dans le pays d'Osiris . Voilà un Bacha d'Acre qui se révolte . Il y a une destinée . La vôtre est sensible . Votre empire est dans la vigueur de son accroissement et celui de Moustapha dans sa décadence . Le chevalier du Tot 2 ne le sauvera pas de sa ruine .
Je me mets aux pieds de Votre Majesté Impériale plein de joie et d'espérance avec le plus profond respect et la reconnaissance la plus vive .
L'ermite de Ferney. »
1 Copie contemporaine ; éd. Kehl dans laquelle le présent texte est annexé à la lettre du 22 janvier 1771, mais il doit s'agir d'une lettre différente, quelque peu postérieure . Au reste la lettre à laquelle celle-ci répond nous est parvenue : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1770/Lettre_8141
C'est certainement V* qui, après avoir reçu cette lettre, fournit aux Nouvelles de divers endroits du 26 janvier 1771 la matière de l'article suivant : « Des environs de Genève, le 3 janvier [lire 23 janvier] : « … Elle [Catherine] daigne mander qu'il est très faux que l'ambassadeur d'Angleterre ait des audiences du sultan Mustapha deux fois par semaine, et s'entretienne avec lui en italien ; le sultan n'ayant jamais appris ni cette langue ni aucune autre . Il est encore très faux que l'impératrice ait fait arrêter plusieurs personnes de qualité, comme on l’a dit dans quelques gazettes ; elle est trop aimée dans ses États pour avoir besoin d'arrêter personne . Ce sont des mensonges imprimés, que ses sujets, au nombre de vingt-cinq millions , peuvent détruire. »
2 Sur le baron de Tott, voir lettre du 20 novembre 1770 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2026/05/28/il-ne-faut-jamais-faire-la-guerre-qu-avec-l-extreme-probabil-6596742.html
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10/10/2026
On était consterné dans Paris à midi ; on dansait à huit heure du soir
... Puisses-tu dire vrai mon cher Voltaire !
« A Gabriel Cramer
à Genève
[vers le 31 janvier 1771]
Mon neveu d'Hornoy est dans un village submergé appelé Sancoins, à six lieues de Nevers, entouré de canards et d'oies qui nasillent les louanges du chancelier . Chaque conseiller est dans un village où il se forme à l'agriculture . Le premier président 1 est à Corbeil qui est vraiment une ville . Les charges sont confisquées au profit du seigneur roi . On était consterné dans Paris à midi ; on dansait à huit heure du soir .
Si j'étais à la place de monsieur Cramer, je sais bien que je donnerais au public mon 4è volume à présent. Je sais surtout que je me presserais d'imprimer les autres, parce que l'auteur âgé de soixante-dix-sept ans pourrait me faire faux bon d'un jour à l'autre ; et qu'alors je ne trouverais que des papiers informes dont je ne pourrais rien faire .
Si monsieur Gabriel avait voulu imprimer cet ouvrage au lieu de perdre son temps et son papier à faire deux volumes d'abominables rogatons, il en aurait recueilli plus d'avantage .
Il est encore prié de considérer que ces sortes de dictionnaires se vendent toujours très aisément volume à volume, et très difficilement trois ou quatre volumes à la fois .
Je l'embrasse de tout mon cœur, et le félicite d'être né dans un pays où l'on n'envoie personne à Sancoins 2.
Voici « Économie » : vous verrez comment on peu vivre splendidement avec douze mille livres de rente .
Tâchez donc de presser le gros Suisse, et ne quittez point cet ouvrage pour des choses aussi insipides que vos deux derniers tomes des Mélanges .
Vous demandez un nouveau chapitre 3 du Parlement . Sans doute il en faut un ; mais il faut attendre la fin de la catastrophe commencée .
Si vous envoyez des livres à Paris ou ailleurs, je ne conçoit pas comment vous n'y mettez pas le 4è tome . Je conçois encore moins comment vous êtes une année à en imprimer trois, tandis qu'on dit que ces trois sont imprimés en trois semaine à Yverdon . »
1 Le président du parlement de Paris était Etienne-François d'Aligre, comte de Maran : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tienne_Fran%C3%A7ois_d%27Aligre
2 Où d'Hornoy est exilé : https://fr.wikipedia.org/wiki/Sancoins
3 Un nouveau chapitre de l'Histoire du Parlement, intitulé « Cassation de Parlement de Paris et des autres parlements. Création de parlements nouveaux » ne fut publié qu'en 1773 . Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_parlement_de_Paris
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09/10/2026
Du moins à Genève on est sûr de coucher chez soi, ou dans le lit de sa voisine, rien n'est plus consolant
... Avec son consentement évidemment ! Sacré.e.s Genevois.es ! Rendez-vous au pied du jet d'eau .
« A Gabriel Cramer
[ vers le 31 janvier 1771] 1
Le malade fait ses très humbles remerciements à monsieur et à madame Cramer . Il n'a pu leur écrire de tous ces jours-ci ; il était dans les plus grands tourments .
Il envoie à monsieur Cramer les feuilles imprimées ; il lui enverra demain du manuscrit ; il ne désespère point du tout que cet ouvrage n'entre à Paris dans quelque temps . Il conseille à monsieur de joindre le quatrième volume aux trois premiers, et de donner la suite tome à tome . Il pense toujours que c'est la meilleure méthode , et il prie instamment monsieur Cramer de la suivre .
On croit actuellement les deux tiers du Parlement exilés . On ne sait pas même s’il n'y a pas quelques membres en prison 2.
Celui qui a deux cent mille soldats à ses ordres est toujours le maître, et ces bonnes gens n'ont pas songé assez à cette vérité . Du moins à Genève on est sûr de coucher chez soi, ou dans le lit de sa voisine, rien n'est plus consolant . »
1 Original ; éd. Gagnebin . Pour la date on a tenu compte notamment de la façon dont V* parle de sa santé ; Mme Gallatin écrit en effet le 29 janvier au landgrave de Hesse-Cassel qu'elle vient de trouver Voltaire « au lit, ayant très mal aux yeux, tout rouges en dedans et en dehors » et se plaignant qu'il était « mourant ». On remarque du reste qu'on n'a guère de lettre de lui dans les quelques jours précédents .
2 Le 20 janvier 1771, le roi Louis XV et son chancelier René-Nicolas de Maupeou font arrêter et exiler les magistrats du Parlement de Paris lors d'un coup de force royal destiné à briser l'opposition des parlements et à réformer la justice.
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08/10/2026
je voudrais, savoir , si on prépare un nouveau code dont nous avons tant besoin
... Hey M. Lecornu que faire face à une opposition qui souhaite le maximum de désordre dans le moindre délai ?
« A François-Louis-Claude Marin
27 janvier. [1771] 1
Si j’avais accès auprès de monsieur le chancelier comme vous, je voudrais, mon cher correspondant, savoir s’il est bien vrai que les pauvres gens de province ne seront plus obligés d’aller plaider à cent cinquante lieues de chez eux, si on prépare un nouveau code dont nous avons tant besoin. Il faudra en même temps préparer 2 une couronne civique pour monsieur le chancelier 3.
Je ne reviens point de l’insolence de ce petit Clément 4, qui décide à tort et à travers, et qui s’associe avec Lebrun pour louer Lebrun aux dépens de M. Delille 5. Il est vrai qu’il n’est coupable que d’être un fat, cela ne méritait pas la prison 6.
Croyez-vous que nous aurons un ministre des Affaires étrangères ? Nomme-t-on 7 M. le duc d’Aiguillon ? On peut être très entaché dans le Parlement, et très bien servir le roi. Mais le grand point est qu’on se réjouisse à Paris. Je dis toujours : Ô Welches ! ayez du plaisir, et tout ira bien. Mais pour avoir du plaisir, il faut de l’argent et on dit que M. l’abbé Terray n’en donne guère 8. »
1 Copie destinée à Mme Du Deffand, suivie de l'Avis important d'un gentilhomme à toute la noblesse du royaume ; éd. Beuchot , ( à voir par l'IA ).
2 Ed. 1 ; qu'on prépare .
3 Cette approbation de la politique du chancelier Maupéou connue de Choiseul peut-être par la copie de cette lettre que Mme Du Deffand lui aurait envoyée semble être la cause de l'irritation qu'il témoigne à l’égard de V* dans une lettre à Mme Du Deffand du 11 mars 1771 : https://books.google.fr/books?id=bTtAAAAAYAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q=363&f=false
4 Voir lettre du 2 février 1771 à d'Alembert : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1771/Lettre_8193
5 Jean-Marie-Bernard Clément : Observations critiques sur la nouvelle traduction en vers français des Georgiques de Virgile et sur les poèmes des Saisons, de la Déclamation et de la Peinture : https://books.google.fr/books?id=ScwTAAAAQAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false
Sur les Georgiques, voir la lettre du 6è février 1770 à Chabanon : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2025/07/13/n... ; les autres poèmes sont respectivement Les Saisons de Saint-Lambert ( voir lettre du 15 novembre 1760 ) et La Déclamation de Dorat ( voir lettre du 5è décembre 1766 à Lacombe ) ; l'Art de peindre de Watelet ( voir lettre du 25 avril 1760 )
6 Sur la plainte de Saint-Lambert, Clément avait été mis au Fort-l’Évêque pour une très courte période . Voir la Correspondance littéraire, Ed. Tourneux et une lettre de Saint Lambert publiée dans le Mercure de France de février 1773 .
7 Ed. 1 suivi par toujours .
8 Les Choiseul furent très-indignés de cette lettre. Voyez la lettre de la duchesse de Choiseul à Mme du Deffand, du 11 mars 1771. Correspondance complète de Mme du Deffand avec la duchesse de Choiseul, etc., publiée par M. le marquis de Sainte-Aulaire, tome I, pages 363 et suiv. : https://books.google.fr/books?id=bTtAAAAAYAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q=363&f=false
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07/10/2026
vivez heureux chez vous, tandis qu'on ne sait point l'être à Paris, que le Parlement embarrasse toujours
...
« A Mathieu-Henri Marchant de La Houlière
23 janvier 1771
Je ne fais point d'élégie, mon cher neveu, je ne fais que des montres . J'avais établi dans Ferney trois fabriques ; j'avais recueilli cent artistes, je leur ai bâti des maisons commodes ; je leur avais avancé des sommes très considérables pour un simple particulier comme moi ; leur commerce florissait ; j'avais changé un malheureux hameau en un séjour agréable et opulent … Une petite lettre de trois lignes a dérangé tout . Je ne peux plus rien, ni pour moi, ni pour les autres . Je ne conseille pas qu'on s'attende à 1 moi à moins qu'on ne veuille être placé en Russie , en Danemark ou en Prusse, car je suis fort bien avec le monarques de ces trois pays .
Je ne vous conseille pas de quitter le vôtre pour leurs frimas et pour leurs neiges . Vous devez être dans le climat le plus agréable de la nature . Je suis, moi, dans la plus belle situation après Constantinople ; mais je suis entouré, cinq mois de l'année, de neiges qui me rendent aveugle , et actuellement que je vous écris, j'ai perdu la vue pour deux mois . Si je ne tenais pas à ma bibliothèque et à mes établissements, j'irais certainement passer les hivers dans les pays chauds , supposé que la nature me garde encore quelques hivers .
Cultivez vos belles vignes, mon cher neveu, vivez heureux chez vous, tandis qu'on ne sait point l'être à Paris, que le Parlement embarrasse toujours la cour, qu'il a cessé ses fonctions et que l'on n'a encore nommé ni ministre des Affaires étrangères, ni ministre de la Marine .
Mon obéissance à madame votre femme et à toute votre famille .
Le vieux malade de Ferney. »
1 Au sens classique de « compter sur », comme dans « Ne t'attends qu'à toi seul, c'est un commun proverbe. » de La Fontaine : L'Alouette et ses petits avec le maître d'un champ ( https://www.la-fontaine-ch-thierry.net/alpetmait.htm)
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06/10/2026
Pour le climat de Paris on n’y voit que des orages, mais ils sont dans les fortunes, et c’est bien pis que la grêle et la neige
... Comment va se passer ce jour de manif' ? Combien de lycées délabrés pour en réclamer de meilleurs ? Combien de millions fichus à la poubelle ?
« A Marie-Elisabeth de Dompierre de Fontaine, marquise de Florian
23 Janvier 1771 1
Je ne sais, ma chère nièce, si vous avez compris quelque chose à une lettre 2 qui vous vint de Lyon.
Celle-ci sera plus claire. Je vous souhaite une santé aussi bien affermie que la mienne est délabrée. Pour peu que vous ayez chez vous de neiges, vous en avez dix fois moins que nous. Elles m’ont rendu aveugle. Conservez vos yeux, fortifiez 3 votre estomac, jouissez de la vie, et ne comptez dans ce monde sur rien que sur l’amitié de vos proches.
La perte que je viens de faire est irréparable pour moi. Cent artistes recueillis à grands frais, des maisons de pierre bâties pour eux en moins de temps que les fées ne les bâtissaient autrefois, des avances très considérables: tout cela est perdu par un trait de plume, ou du moins très hasardé. J’ai vu en peu de temps la naissance de ma colonie et sa ruine.
Joignez à cette belle aventure que je ne sors pas de mon lit depuis six semaines 4: il faut supporter tout cela, et se résigner. La vieillesse n’a d’autre parti à prendre que celui d’une grande patience: il en faut beaucoup à Ferney pendant l’hiver. Je crois votre climat un peu plus doux, mais la différence est médiocre: je ne connais que La Houlière de bien situé; il est au pied des Pyrénées dans un printemps perpétuel; et moi je suis au pied des Alpes, sans jamais y voir de printemps.
Pour le climat de Paris on n’y voit que des orages, mais ils sont dans les fortunes, et c’est bien pis que la grêle et la neige. Je crois votre fils 5 actuellement tout à travers ces tempêtes; mais elles ne servent qu’à son amusement. Il est comme les baleines qui ne sont jamais si aises que quand la mer est agitée. Vous irez donc lui rendre sa visite au mois de février: après quoi vous irez vous fixer dans votre joli château d’Hornoy. Jouissez y, monsieur et madame, d’une douce tranquillité: cultivez des fleurs et des fruits, lisez, promenez vous, mangez de bonnes perdrix qui nous manquent dans nôtre zone glaciale, ayez autant de faisans que nous avons de loups et de renards. Vivez heureux tous deux très longtemps et souvenez vous quelquefois du vieux malade de Ferney. »
1 Copie ancienne ; éd. Caussy H. qui n'indique pas sa source . Le jour où V* dicte cette lettre, Mme Gallatin écrit au landgrave de Hesse-Cassel : « Vous rajeunirez notre ami [le landgrave projetait un voyage à Ferney] qui m'a bien effrayée . On vint me dire qu'il avait pris une paralysie, ce qui s'est trouvé faux . Il est vrai qu'il eut une indigestion qui fut d'abord passée, et il m'a écrit deux fois depuis . Il est très bien à présent . J'y vais dîner demain . »
2 Sur cette lettre qui ne nous est pas parvenue, voir la lettre du 11 janvier 1771 à Louise-Sophie Savelette de Flacourt de Magnanville d'Hornoy : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2026/09/16/en-un-mot-il-ne-s-agit-uniquement-de-savoir-si-le-gouverneme-6608578.html
La présente lettre est apparemment la dernière lettre que V* écrivit à sa plus jeune nièce ; elle devait mourir le 22 février 1771 et fut enterrée dans l'église d'Hornoy.
3 Au lieu de ce mot l'édition porte conservez .
4 Sur la santé de V*, voir note 1 .
5 D'Hornoy qui était pour lors exilé à Sancoins, dans le Berry, à la suite de la fronde parlementaire .
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05/10/2026
Il n’y a pas un prodigieux effort dans des bouts de chandelles et dans des fusées volantes...en récompense il y régnait tant d’ordre qu’il y eut plus de monde tué et blessé que vous n’en avez eu dans votre première victoire remportée
... Mort où est ta victoire ?
Il serait temps que les lycéens révoltés sachent faire fuir les black blocks, pourris d'entre les pourris, avant qu'il y ait un mort .
Il serait aussi, et surtout , temps que LFI ferme sa grande mouillette : Mélenchon and C°, shut up !
« A Catherine II, impératrice de Russie
À Ferney, 22 janvier 1771 1
L'univers admire vos fêtes ,2
Nos Français en sont confondus,
Et je les admire encor plus
À la suite de vos conquêtes.
Ce qui est encore au-dessus de la magnificence, c’est l’esprit . Il n’y a jamais eu de fête imaginée avec plus de génie, mieux ordonnée, plus galante et plus noble. Nous avons eu à Paris des fusées et une illumination pour le mariage du dauphin de France et de la fille d’une impératrice. Il n’y a pas un prodigieux effort 3 dans des bouts de chandelles et dans des fusées volantes. Mais en récompense il y régnait tant d’ordre qu’il y eut plus de monde tué et blessé 4 que vous n’en avez eu dans votre première victoire remportée sur les Turcs.
Il est vrai que j’aurais voulu qu’Apollon eût présenté à Votre Majesté impériale l’étendard de Mahomet, et l’aigrette de héron que le gros Moustapha porte à son gros turban ; mais ce sera pour cette année, à la fin de la campagne.
Les choses sont bien changées chez nous. Les croisades furent autrefois commencées en France. Nous sommes à présent les meilleurs amis des Infidèles.
La France à l’Église échappe :
Nous avons pris le parti
De secourir le mufti,
Et de dépouiller le pape.
Pour moi, qui suis trop peu de chose pour oser décider entre les églises grecque, latine et musulmane, je ne m’occupe que de votre gloire dans ma retraite. J’aime mieux vos fêtes que celles de saint Nicolas et de saint Basile, de saint Barjone, surnommé Pierre, et même que celle du Bairam 5.
Si j’ai pour sainte Catherine
Un peu plus de dévotion,
C’est parce que mon héroïne
Descend jusqu’à porter son nom.
Passe pour Hercule, voilà un digne saint celui-là ! Aussi est-il le patron d’un comte Orloff, et de tous les quatre. On dit qu’un de ces saints vient de faire encore une de ces actions qu’on ne trouve pas dans la légende ; qu’ayant pris un vaisseau turc où étaient les meubles et les domestiques d’un bacha, il les a renvoyés à leur maître.
Non seulement vos courtisans sont les maîtres des Turcs dans l’art de la guerre, mais ils leur apprennent à être polis ; voilà du véritable héroïsme, et c’est vous qui l’inspirez.
Vous voilà, madame, à mon avis, la première puissance de l’univers car je vous mets sans difficulté au-dessus du roi de la Chine, votre proche voisin, quoiqu’il fasse des vers, et que je lui aie écrit une épître 6 qu’il ne lira pas. Que Votre Majesté impériale jouisse longtemps de sa gloire et de son bonheur !
Sans les soixante-dix-huit ans qui me talonnent, Apollon m’est témoin que je n’aurais pas établi une colonie d’horlogers dans mon village. Elle serait actuellement vers Astracan, où je l’aurais conduite ; elle ne travaillerait que pour Votre Majesté.
Ma colonie fait réellement d’excellents ouvrages ; elle vous en fera parvenir quelques-uns incessamment, et vous verrez qu’on ne peut travailler mieux ni à meilleur compte. Vous dépensez trop en canons et en vaisseaux pour ne pas joindre à vos magnificences une juste économie, qui est au fond la source de la grandeur.
Vivez, régnez, madame, pour la gloire de la Russie, et pour l’exemple du monde.
Que Votre Majesté impériale daigne conserver ses bontés à son admirateur et à son sujet par le cœur.
L'ermite de Ferney. »
1 Copie contemporaine ; éd. Kehl qui fait suivre cette lettre du texte de la lettre du 12/23 décembre 1771 : « Je reçois dans ce moment la lettre dont Votre Majesté impériale m’honore, du 12 décembre, vieux style. Je me doutais bien que la lettre de l’ambassadeur d’Angleterre en Turquie était de l’imagination d’un pensionnaire de nos gazetiers. Je remercie plus que jamais vos bontés, qui me fournissent de quoi faire taire nos badauds welches.
Quoi ! ce brutal de Sardanapale turc veut encore faire une campagne ! ah ! madame, Dieu soit béni ! il ne vous faudra qu’une seule victoire sur le chemin d’Andrinople pour détrôner cet homme indigne du trône, et que j’ai entendu vanter par quelques-uns de nos Welches comme un génie. Mais où ira-t-il ? Voilà un Ali-bey ou beg qui ne le recevra pas dans le pays d’Osiris ; voilà un bacha d’Arc qui se révolte. Il y a une destinée ; la vôtre est sensible. Votre empire est dans la vigueur de son accroissement, et celui de Moustapha dans sa décadence ; le chevalier de Tott ne le sauvera pas dans sa ruine.
Je me mets aux pieds de Votre Majesté impériale, plein de joie et d’espérance, avec le plus profond respect, et la reconnaissance la plus vive.
En fait V* répond à chaque fois à une lettre différente, voici celle à laquelle il répond ce 22 janvier 1771: https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1770/Lettre_8121
3 L'édition de Kehl ajoute ici les mots de génie .
4 Le 30 mai 1770.
5 Le Beiram est la Pâque musulmane ; le Beiram de Constantinople était célèbre par son faste et son pittoresque .
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