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04/11/2026

il y a des tigres acharnés à dévorer les hommes, comme il y a des singes occupés à faire la culbute 

... Mon bienfaisant Patriarche , de nos jours la liste des guerres en cours est pharamineuse et leurs bilans à vomir . Tout ça sous des chefs d'Etats, grand-guignolesques à la Trump, et autres lâches bien à l'abri dans leurs palais . Ce monde est décidément défiguré , la gueule de traviole, dur-dur à réparer .

 

 

« A Louis-François-Armand du Plessis, duc de Richelieu

À Ferney, 18è février 1771

Oui, mon héros, je vous l’avoue, j’ai ri un peu quand vous m’avez mandé que vous aviez la goutte ; mais savez-vous bien pourquoi j’ai ri ? c’est que je l’ai aussi. Il m’a paru assez plaisant qu’ayant pensé comme vous presque en toutes choses, ayant eu les mêmes idées, j’aie aussi les mêmes sensations. Dieu m’avait fait pour être réformé à votre suite ; c’est bien dommage que je sois toujours si éloigné de vous, et que je sois une planète si distante du centre de mon orbite.

D’Argens vient de mourir à Toulon 1 ; il ne vous reste plus que moi de vos anciens serviteurs bafoués ou par vous ou par les rois. Je le suis fort aussi par la nature ; mes yeux à l’écarlate sont absolument aveuglés par la neige à l’heure que je vous écris.

Je cours actuellement ma soixante et dix-huitième année, et vous êtes un jeune homme de près de soixante-quinze. Voilà, si je ne me trompe, le temps de faire des réflexions sur les vanités de ce monde. Deux jours que j’ai à vivre, et une vingtaine d’années qui vous restent, ne diffèrent pas beaucoup.

Je ris des folies de ce monde encore plus que de ma goutte ; mais je ne ris point quand mon héros me gronde, selon sa louable coutume, de ne lui avoir pas envoyé je ne sais quels livres imprimés en Hollande, dont il me parle. Voulait-il que je les lui envoyasse par la poste, afin que le paquet fût ouvert, saisi, et porté ailleurs ? m’a-t-il donné une adresse ? m’a-t-il fourni des moyens ? ignore-t-il que je ne suis ni en Prusse, ni en Russie, ni en Angleterre, ni en Suède, ni en Danemark, ni en Hollande, ni dans le nord de l’Allemagne, où les hommes jouissent du droit de savoir lire et écrire ?

Ne se souvient-il plus du pauvre garçon apothicaire qui fut, il y a deux ans 2, fouetté, marqué d’une fleur de lis toute chaude, condamné aux galères perpétuelles par Messieurs, et qui mourut de douleur le lendemain avec sa femme et sa fille, pour avoir vendu, dans Paris, une mauvaise comédie intitulée La Vestale , laquelle avait été imprimée avec une permission tacite ?

Ne vous souvient-il plus qu’un des plus horribles crimes mentionnés dans le procès du chevalier de La Barre était d’avoir, dans son cabinet, des livres qu’on appelle défendus ? ce qui, joint à l’abomination de n’avoir pas ôté son chapeau pendant la pluie devant une procession de capucins, engagea les tuteurs des rois à lui faire couper le poing, à lui arracher la langue, et à faire jeter dans les flammes sa tête d’un côté et son corps de l’autre ?

Ne saviez-vous pas, mon héros, que, parmi ces Welches pour lesquels vous avez combattu sous Louis XIV et sous Louis XV pendant soixante ans, il y a des tigres acharnés à dévorer les hommes, comme il y a des singes occupés à faire la culbute ?

J’ai été assez persécuté, je veux mourir tranquille. Dieu merci, je ne fais point de livres, puisqu’il est si dangereux d’en faire. J’achève ma vie au pied du mont Jura, et j’irai mourir au pied du Caucase, si on me persécute encore. J’eusse aimé mieux rire avec vous à Richelieu ; mais mon héros est incapable de porter la philosophie jusque-là. Il sera dans le tourbillon jusqu’à l’âge de quatre-vingt-dix ans, comme le duc d’Épernon, qui ne le valait pas. Il faut que chaque individu remplisse sa destinée.

Je vous remercie très tendrement d’avoir favorisé M. Gaillard 3, qui en est digne.

Je crois votre goutte aussi légère que votre brillante imagination. Il n’est pas possible que, vous étant baigné presque tous les jours, l’accès soit bien violent et bien douloureux. La mienne est peu de chose aussi ; mais mes yeux, mes yeux, voilà ce qui m’accable. Je ne conçois pas comment Mme Du Deffand peut être si gaie et si sémillante après avoir perdu la vue. Dieu vous conserve vos deux yeux, qui ont été tant lorgneurs et tant lorgnés ! Dieu vous conserve tout le reste ! Ne grondez plus votre vieux serviteur, qui assurément ne le mérite pas.

Vous souvenez-vous de Couratin, qui avait toujours tort avec vous, quelque chose qu’il fit ?

Permettez-moi de me mettre aux pieds de Mme la comtesse d’Egmont 4.

Le vieil Ermite. »

1 D'Argens est effectivement mort à Toulon le 11 janvier .

Voir lettre du 1er février à Mme la marquise d'Argens : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1771/Lettre_8192

2  Voltaire veut sans doute parler de la condamnation du 24 septembre 1768 ; voir  l'avertissement de Beuchot : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome21.djvu/24

3 Pour la place à l’Académie française.

4 Fille du maréchal de Richelieu.

03/11/2026

On dit que le roi a fait lui-même l'éloge de ce ministre devant ses ennemis

...  Le roi peut-être, mais Jupiter pas du tout . Peut-être par méconnaissance, ou parce que nul ministre est digne d'éloge , car pour avoir des ennemis , il n'y a que l'embarras du choix ? Sort commun à tous les membres du gouvernement , y compris celui de Marine si le diable veut bien lui accorder le pouvoir ; seule consolation, ça va la faire vieillir plus vite, on va la voir devenir comme son défunt père  : moche . 

Ecoutons quelque chose de beau pour nous ragaillardir , comme au temps du Patriarche : https://www.youtube.com/watch?v=_3io4Rv1Yvo&list=RD_3io4Rv1Yvo&start_radio=1

 

 

« A Alexandre-Marie-François de Paule de Dompierre d'Hornoy etc .

À Sancoins

18è février 1771 1

On est très fâché de ne pouvoir héberger monsieur et madame de Sancoins . On prétend que M. de Laverdy ou M. de l'Haverdy 2 , a livré les lettres de M. le duc de Choiseul, lesquelles étaient sans date, et qui regardent l’expulsion des révérends pères jésuites ; qu'on a voulu faire passer ces lettres pour des preuves de l'intelligence secrète de M. le duc de Choiseul avec le Parlement contre l'autorité du roi, ce qui est absurde .

On dit que le roi a fait lui-même l'éloge de ce ministre devant ses ennemis .

On prétend qu'on a déjà reconnu quelques calomnies dont il avait été chargé .

On attend tout de la justice et de la bonté du roi .

Les remontrances du parlement de Rouen ont paru bien fortes .

Monsieur et madame de Sancoins sont sans doute informés de tout ce qui se passe .

Les solitaires leur font les plus tendres compliments . »

1 Original, de la main de Wagnière, mais déguisée .

2 Charles-Clément-François de Laverdy qui a remplacé Bertin comme contôleur général le 12 décembre 1763 ; voir lettre du 19è décembre 1763 aux d'Argental : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2018/12/25/est-il-controleur-general-il-me-semble-qu-on-ne-vieillit-point-dans-cette-p.html

et lettre de Septembre – octobre 1768 à Tabareau , qui fait état de son renvoi en septembre 1768 . http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2024/04/15/il-voulait-de-l-ordre-et-de-l-economie-on-n-aime-ni-l-un-ni-6494178.html

Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_de_L%27Averdy

02/11/2026

Pesez cette idée et voyez si elle vous convient

... Par exemple .

Voyons  Edouard Philippe  au pied du mur : sauter par dessus ou le démolir au marteau-piqueur car "la réussite ça passe par l"effort !" : https://www.youtube.com/watch?v=Ek8Ep6ApaWc

Dans le domaine économique, le gouvernement veut faciliter l'ouverture des commerces le dimanche : https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/11/02/en-reponse-aux-commercants-eprouves-par-les-violences-du-17-octobre-le-gouvernement-demande-aux-prefets-de-faciliter-l-ouverture-des-commerces-le-dimanche_6805243_3234.html

On voit bien qui doit encore faire l'effort .

 

 

« A Gabriel Cramer

[février 1771] 1

Mon cher Gabriel, je perds la vue ; je suis accablé de maladies ; il y a un mois que je n'ai pu rien faire . S'il est encore pour moi quelques beaux jours votre premier garçon continuera à travailler pour vous .

Si vous vouliez éviter les contrefaçons n'y aurait-il pas un moyen ? Ce serait de faire mettre dans les gazettes que ceux qui ont déjà reçu les trois volumes, peuvent s’adresser à votre gros Suisse ou à Boissier 2, qui les leur font tenir par la voie qu'ils indiqueront ; et vous auriez soin alors de n'en envoyer qu'à ceux qui n'auraient rien de commun avec les libraires . Pesez cette idée et voyez si elle vous convient . »

1 Original ; éd. Gagnebin qui place la lettre au printemps de 1771 ; l'année est juste mais c'est précisément en février que V* se dit aveugle .

2 Boissier était un des employés de Cramer ; voir lettre de janvier-février 1766 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2021/05/17/actuellement-que-nous-avons-un-neveu-de-corneille-chez-nous-6316504.html

Permis à tout libraire d'imprimer mes sottises vraies ou prétendues à ses risques, périls et fortunes

... Ce n'est pas un Jordan Bardella, menteur et dégonflé, qui aurait cette hauteur de vue voltairienne . 

 

« A Gabriel Cramer

[ vers le 15 février 1771]

Je n'ai jamais entendu parler de cette édition de Berlin. Permis à tout libraire d'imprimer mes sottises vraies ou prétendues à ses risques, périls et fortunes . Mais pourquoi M. de Fontanelle n'a-t-il rien dit de vos trois premiers volumes 1 ? Ils sont fort honnêtes, et le roi de Prusse en est très édifié . »

1En effet, malgré les envois qu'avait pris soin de leur faire V* ( voir lettre du 15 décembre 1770 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2026/06/29/partout-hors-de-france.html ) , ni le Mercure de France de La Harpe, ni le Journal encyclopédique de Fontanelle ne publièrent de compte rendu des Questions sur l'Encyclopédie .

01/11/2026

On dit d'étranges nouvelles, il faut en attendre la confirmation

... D'abord consulter un média fiable : https://www.lemonde.fr/societe/live/2026/10/31/en-direct-...

 

 

« A Gabriel Cramer

[vers le 15 février 1771] 1

Je renvoie la feuille f corrigée . On dit que monsieur Cramer et M. de Tourne vont employer quatre presses à réimprimer l'Encyclopédie . Il a vu sans doute le bel éloge que les typographes d'Yverdon font d'eux-mêmes dans la gazette de Berne 2 . Ne répondront-ils pas par une préface ? ne feront-ils pas voir les âneries de ces messieurs et leur mauvaise foi ? ne donneront-ils pas les étrivières à ceux qui se donnent les violons ?

Je le prie de presser un peu son gros Suisse . A-t-il besoin du manuscrit ? Tout est prêt .

Il y a un article « Géométrie » qui demande beaucoup de figures . Il ne serait pas mal que j'en conférasse avec monsieur Cramer quelque dimanche .

On dit d'étranges nouvelles, il faut en attendre la confirmation . »

1 Original ; éd. Gagnebin qui date la lettre d'août-septembre 1771 ; cette date est trop tardive comme celle de la plupart des lettres de la période dans la même édition . L'article « Géométrie » apparaît en effet dans le volume VI des Questions sur l'Encyclopédie dont l'impression était achevée en septembre au pus tard, puisque V* envoie des exemplaires du volume suivant à la fin de ce mois , et que la Société typographique de Neuchâtel en accuse réception le 7 octobre à Durey ( cf. Besterman, D 17393, note générale ). D'autre part , en juin, V* envoyait force manuscrits à Cramer . La date est donc précisée par la note suivante .

2 Cet éloge figure dans une annonce publicitaire parue dans le numéro du 9 février 1771 .

31/10/2026

les parlements font des représentations respectueuses, mais elles ne seront que respectueuses

... Et le budget n'en est encore qu'un motif de discorde et signe d'incapacité générale . La balle est chez les sénateurs ; ça sent le hors jeu !

 

« A Joseph Vasselier, Secrétaire

des Postes etc.

à Lyon

15è février [1771]

Je doute que M. de La Harpe ait été arrêté 1 comme on vous l'a mandé . Je doute encore plus qu'il ait eu la folie de faire des vers contre M. le maréchal de Richelieu, doyen de notre Académie , dans le temps qu'il sollicitait une place d'académicien .

Je prie monsieur Vasselier ou monsieur Tabareau de vouloir bien protéger la colonie de leur bibliothécaire auprès du consul de Rome 2 . Comme la colonie donne ses montres à un tiers meilleur marché que l'Angleterre ce consul pourrait en faire vendre aisément une ou deux .

Tous les parlements font des représentations respectueuses, mais elles ne seront que respectueuses .

Monsieur Vasselier veut-il bien avoir la bonté de faire rendre le paquet de livres que je lui adresse aujourd’hui à M. Burel, maître de pension ? »

1 Nouvelle effectivement fausse .

2 On se souvient que V* avait insisté auprès de Bernis , ambassadeur à Rome, pour qu'il lui procure des clients pour les montres de Ferney ; Bernis avait répondu négativement à la dernière lettre de V*  du 28 décembre 1770 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2026/08/02/je-ne-peux-m-empecher-de-vous-dire-que-vous-m-avez-infiniment-afflige-je-n.html

Sans se décourager, V* sollicite une nouvelle intervention auprès de Bernis .

30/10/2026

on avait à Genève la liste des maisons de campagne de messieurs du Parlement

... Qu'en dit Mediapart ? Rien . 

Car hormis les logements des parlementaires suisses, les maisons de parlementaires français sont uniquement intéressantes par les impôts que leurs propriétaires peuvent verser . Pour le reste, motus , l'argent n'a pas d'odeur, les banques suisses sont championnes de la discrétion, et encore du blanchiment, bien qu'elles aient signé, à leur corps défendant, des accords de bonnes pratiques de transparence ; voir : Convention relative à l’obligation de diligence des banques (CDB 20) .

 

 

 

« Voltaire et Marie-Louise Denis

à Pierre-Michel Hennin

M. de Voltaire et Mme Denis font bien des compliments à M. Hennin. Ils ont oui dire que l’on avait à Genève la liste des maisons de campagne de messieurs du Parlement 1. Ils seraient très obligés à M. Hennin s’il voulait bien avoir la bonté de la leur procurer 2.

15è février 1771. »

1 Ces « maisons de campagne » désignent ironiquement les lieux dans lesquels les membres du parlement ont été assignés à résidence ; ladite liste a été publiée par Mathieu-François Pidansat de Mairobert et Moufle d'Angerville ; voir ci-dessous .

2 Les membres du parlement, persistant à refuser de faire leur service, furent exilés par lettres de cachet des 21 et 22 janvier, qui assignaient à chacun sa résidence. La liste des exilés, avec l’indication du lieu où chacun doit se rendre, est imprimée pages 47-58 du tome Ier du Journal historique de la révolution opérée dans la constitution de la monarchie, par M. de Maupéou, chancelier de France, 1774-1776, sept volumes in-12. ; voir : https://books.google.fr/books?id=vuObymXyRJMC&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

; https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=ufl.31262044152345&seq=7

; https://books.google.fr/books?id=X3JgAAAAcAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false

; https://books.google.fr/books?id=aXJgAAAAcAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false

; https://books.google.fr/books?id=iXJgAAAAcAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false

; https://books.google.fr/books?id=eUaPIhEbPJEC&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false

; https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=ufl.31262044152592&seq=7

Voir réponse de Hennin du 17 février : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1771/Lettre_8212