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06/06/2026

j’ai cru que vous pourriez pardonner la hardiesse en faveur de la plaisanterie

... Oui, on l'a cru , hélas , point de clémence , voir par exemple : https://www.youtube.com/watch?v=LP5IOexqzzk

Quelques réflexions sont nécesaires . 

Les ministres semblent bien loin de comprendre l'humour et profitent de leurs privilèges de nantis . Liberté-Egalité-Fraternité : mon oeil !

 

 

« A Louis-François-Armand du Plessis, duc de Richelieu

À Ferney, 26 novembre 1770 1

Mon héros me gronde quelquefois de ce que je ne l’importune pas de toutes les sottises auxquelles se livre un vieux malade dans sa retraite. Je ne sais si mon commerce avec le roi de la Chine 2 vous amusera beaucoup. Comme il est assez gai, j’ai cru que vous pourriez pardonner la hardiesse en faveur de la plaisanterie. Je crois que je suis à présent en correspondance avec tous les rois, excepté avec le roi de France . Mais de tous ces rois, il n’y en a pas un jusqu’à présent qui protège la manufacture que j’ai établie dans mon hameau. On y fait pourtant les meilleures montres de l’Europe, et bien moins chères que celles de Londres et de Paris. M. le cardinal de Bernis pouvait très aisément favoriser cet établissement en cour de Rome, et il ne l’a point fait. Je ne me suis jamais senti mieux excommunié.

Vous savez bien, monseigneur, que la Sophonisbe rapetassée est de M. Lantin, de Dijon 3. Cette pièce, à la vérité, ridicule, mais qui l’emporta autrefois sur la Sophonisbe de Corneille, non moins ridicule et beaucoup plus froide, mérite votre protection, puisque c’est la première qui ait fait honneur au Théâtre-Français. Il y a cent quarante ans qu’elle est faite.

Je prends la liberté de vous demander plus vivement votre protection pour M. Gaillard, qui sollicite la place du jeune Moncrif 4. L’historien de François Ier vaut mieux que l’historien des chats 5. Conservez toujours vos bontés à celui de Louis XIV et au vôtre.

V. »

1 Copie Beaumarchais-Kehl . Le manuscrit est passé à la vente Charavay le 15 décembre 1879 ; éd. Kehl .

5 Sur L'Histoire des chats, de Moncrif, voir : https://journals.openedition.org/clio/21280

05/06/2026

Il faut vouloir ce qu’on ne peut empêcher...on obligera ce gros Moustapha à vous demander la paix ...faites-la-lui payer bien cher

... Marre du pouvoir de nuisance de Mojtaba Khamenei et sa clique de tueurs !

 

 

« A Catherine II, impératrice de Russie

À Ferney, 26 novembre 1770 1

Madame,

Il faut vouloir ce qu’on ne peut empêcher. Je vois qu’on obligera ce gros Moustapha à vous demander la paix ; mais, au nom de Jésus-Christ notre sauveur, faites-la-lui payer bien cher. Quand Votre Majesté impériale sera devenue son amie, je l’appellerai Sa Hautesse. On a débité qu’il voyait familièrement l’ambassadeur d’Angleterre deux fois par semaine 2, et qu’il lui parlait en italien 3. j’ai bien de la peine à le croire . Les Turcs apprennent l’arabe tout au plus. Je connais des souveraines fort supérieures en tout aux Moustapha, qui parlent plusieurs langues en perfection ; mais, pour le padisha de Stamboul, je doute fort qu’il ait ce mérite, et qu’il ait chez lui une académie.

On dit aussi qu’il va confier ses armées invincibles à son frère 4, ce qui contredit un peu les desseins pacifiques qu’on lui attribue . Mais son frère en sait-il plus que lui ? et puisqu’il est padisha, pourquoi ne commande-t-il pas ses armées lui-même ?

Je m’imagine qu’il tremblerait de peur devant l’un des quatre Orlof, qui valent mieux que les quatre fils Aymon, et qui sont des héros plus réels.

Je plains beaucoup plus l’anarchie polonaise que l’insolence ottomane . Toutes les deux sont dans la détresse qu’elles méritent. Vive le roi de la Chine, qui fait des vers, et qui est en paix avec tout le monde !

J’avoue à Votre Majesté que je déteste le gouvernement papal 5. Je le trouve ridicule et abominable . Il a abruti et ensanglanté la moitié de l’Europe pendant trop de siècles. Mais le Ganganelli, qui règne aujourd’hui, est un homme d’esprit qui sent apparemment combien il est honteux de laisser la ville de Constantin à des barbares, ennemis de tous les arts ; et qu’il faut préférer des Grecs, quoique schismatiques, à des mahométans. Le roi de Sardaigne, qui a des droits à l’île de Chypre 6, n’aime point ces barbares. Mais, encore une fois, je ne comprends pas l’indifférence des Vénitiens, qui pourraient reprendre Candie en trois mois ; encore moins l’impératrice-reine, à qui Belgrade, la Bosnie et la Servie, étaient ouvertes. On est devenu bien modéré avec les Turcs, et bien honnête.

Pardon, madame, de mes réflexions ; mais vous avez daigné m’accoutumer à dire ce que je pense, et on pardonne tout aux grandes passions.

Que Votre Majesté impériale daigne agréer toujours le profond respect et l'attachement inviolable du vieil ermite de Ferney.»

1 Copie contemporaine ; éd. Kehl qui omet le dernier alinéa .

3 L’italien était une langue familière à la chancellerie ottomane .

4 Ce dernier succéda à son frère à la fin de 1773 sous le nom de Abd-ul Hamid Ier : https://fr.wikipedia.org/wiki/Abd%C3%BClhamid_Ier

5 V* a apparemment reçu la lettre suivante de Catherine (https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1770/Lettre_8044 )

qui contient en effet un éloge inattendu du gouvernement papal que les éditeurs de Kehl prirent soin de censurer 

En revanche il ne fait aucune allusion à une lettre un peu antérieure, envoyée par Catherine le 7/18 octobre 1770 ( https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1770/Lettre_8054 ) dans laquelle celle-ci lui annonce brièvement l'arrivée du prince Henri de Prusse à Pétersbourg, suivie de la prise de Bender . Elle signale aussi, sans le confirmer que les « nouvelles publiques » annoncent la prise de Lemnos par le comte Orlof . Voir la fin de sa lettre : « Vous direz, monsieur, [...]. »

6 Le roi de Sardaigne prenait les titres de roi de Chypre et de Jérusalem.

04/06/2026

il faut annoncer tout le monde dans une bonne maison, c’est la politesse du théâtre

... Il est deux bonnes maisons aux acteurs richement bien nantis dans notre république : l'Assemblée nationale et le Sénat : https://www.tf1info.fr/politique/les-petites-mains-de-l-assemblee-nationale-2056948.html

Belles planques ! Pas de risque de surmenage . Belles retraites .

Où vont nos impôts ? Vous avez une partie de la réponse ...

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

26è novembre 1770

J’ai changé d’avis, mon cher ange, depuis ma dernière lettre . Je me suis repris d’amitié pour Ninon, pour Gourville et pour Mme Aubert 1. Cette madame Aubert n’était point annoncée, et il faut annoncer tout le monde dans une bonne maison : c’est la politesse du théâtre.

J’ai ri en la relisant. Si le public ne rit pas, il a tort : on riait autrefois. La comédie larmoyante n’est qu’un monstre. Vous verrez avec M. Marin s’il faut jouer, ou imprimer avec la préface de M. l’abbé de Châteauneuf.

À l’ombre de vos ailes.

V. »

Son livre est fondé sur deux grands ridicules

... Deux, ou davantage ! Quelques exemples : "Le suicide français" de l'inénarrable Zemmour qui devrait bien commencer par le sien, "En homme libre" du collégien Gabriel  Attal, copieur de formules toutes faites, "2027 La liberté ou la mort" du décérébré Nicolas Dupont-Aignan révolté de pacotille, sans oublier une pièce majeure dans la littérature biographique "Le journal d'un prisonnier" de Nicolas Sarkozy qui n'est pas loin d'être en pôle position quant aux ridicules .

 

 

« A Jean-Baptiste Isoard Delisle de Sales 1

25 novembre [1770]

Je suis bien sûr, monsieur, que vos Mélanges sur Suétone  2 me donneront autant de plaisir que votre dernier ouvrage 3, et que j’y trouverai partout la main du philosophe.

Je mets une différence essentielle entre la Philosophie de la Nature et le Système de la Nature. Il y a, j’en conviens, deux ou trois chapitres éloquents dans le Système, mais tout le reste est déclamation et répétition.

L’auteur suppose tout, et ne prouve rien. Son livre est fondé sur deux grands ridicules : l’un est la chimère que la matière non pensante produit nécessairement la pensée, chimère que Spinosa même n’ose admettre : l’autre, que la nature peut se passer de germes. Je ne vois pas que rien ait plus avili notre siècle que cette énorme sottise. Maupertuis fut le premier qui adopta la prétendue expérience du jésuite anglais Needham, qui crut avoir fait, avec de la farine de seigle, des anguilles qui, le moment d’après, engendraient d’autres anguilles. C’est la honte éternelle de la France que des philosophes, d’ailleurs instruits, aient fait servir ces inepties de base à leurs systèmes.

Vous êtes bien loin, monsieur, de tomber dans de pareils travers ; et je n’ai vu, dans votre livre, que du génie, du goût, des connaissances et de la raison.

Vous vous défiez, sans doute, de tout ce que rapportent des voyageurs qui ont ignoré la langue des pays dont ils parlent . Défiez-vous aussi des écrivains qui vous ont dit que Newton, dans sa vieillesse, n’entendait plus ses ouvrages. Pemberton 4 dit expressément le contraire, et je puis vous le certifier. Sa tête ne s’affaiblit que trois mois avant sa mort, dans les douleurs de la gravelle.

J’ai l’honneur d’être, etc. »

1 Jean-Baptiste-Claude Isoard, connu sous le nom de Delisle de Sales, né à Lyon en 1743, mort le 22 septembre 1816. Sa Philosophie de la Nature avait paru en 1769, trois volumes in-12 ; 1774, six volumes in-8° ; 1777, six volumes in-8°. Cette édition fut condamnée par sentence du Châtelet du 21 mars 1777. L’Histoire des douze Césars de Suétone, traduite en français par H. Ophellot de La Pause avec des mélanges philosophiques et des notes, est en quatre volumes in-8°, porte millésime 1771.

2 Histoire des douze Césars […] traduite par Henri Ophellot de La Pause [J.B.C. Delisle de Sales] , avec des mélanges philosophiques et des notes, 1771 : https://books.google.fr/books?id=_03Bb-efmfUC&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false

4 Pemberton a exprimé ses opinions sur Newton dans un ouvrage connu de V* dès 1727 ( voir lettre du 204 ) . C'est aussi de Pemberton , joint à l’Éloge de Newton , par Fontenelle, qu'il tire l'essentiel de sa documentation sur Newton dans les Lettres philosophiques ; voir l'édition de cet ouvrage dans la collection Folio de Gallimard, 1985 ou : https://fr.wikisource.org/wiki/Lettres_philosophiques/Lettre_14

03/06/2026

Le vieux malade de Ferney se met aux pieds de madame

... Catherine Pégard, ministre de la Culture, et souhaite qu'elle n'oublie pas de soutenir les projets et actions entreprises par François-Xavier Verger, administrateur du château de Ferney, elle qui a bien étudié le mécénat : https://www.culture.gouv.fr/nous-connaitre/organisation-du-ministere/catherine-pegard-ministre-de-la-culture2

 

 

 

A Suzanne Necker

24è novembre 1770

Le vieux malade de Ferney se met aux pieds de madame Necker . Il souhaite qu'elle puisse s'amuser de cette petite plaisanterie . Le vieux malade lui renouvelle tous les sentiments du plus respectueux et du plus tendre attachement . Il espère que monsieur Necker et monsieur son frère voudront bien lui conserver la bienveillance qu'ils ont toujours eue pour lui . »

 

 

Croyez-vous, mon cher confrère, que M. *** se présente cette fois-ci pour remplir la place vacante ?

... Combien seront-ils cette fois qui veulent évidemment notre bien , et qui sera l'élu qu'on devra supporter tant bien que mal au moins cinq ans  ? La place est tentante , jugez-en, elle permet , en toute hypocrisie, de féliciter une équipe de footeux , qui gagnent plus que soi ( monétairement et en popularité ), pour se faire bien voir du populo : ce n'est vraiment pas glorieux , à oublier au plus vite .

Presse people : https://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars/brigitte-et-emma... 

 

 

« A Jean-François Marmontel

24 novembre [1770] 1

Je prie instamment Bélisaire de faire succéder M. Gaillard au jeune Moncrif, que j’irai trouver incessamment.

À l’égard de l’empereur Kien-long, je crois qu’il faut lui donner une place d’honoraire à l’Académie des inscriptions, qu’il enrichira de soixante espèces de caractères.

Croyez-vous, mon cher confrère, que M. Riballier se présente cette fois-ci pour remplir la place vacante ?

V. »

1 Toutes les éditions donnent mal à propos ce billet à l’année 1773. (Georges Avenel.)

Copie ancienne ; éd. Supplément au recueil, qui suivant le manuscrit place la lettre en 1773 ; l'erreur est corrigée par Avenel dans l’édition Moland, mais cette fois avec une erreur sur le jour, 28 au lieu du 24, reproduite par toutes les éditions .

02/06/2026

vous pourrez me dire à cœur ouvert tout ce que vous penserez

... Oui, que peut bien penser Netanyahou après le compliment trumpien "tu es complètement fou" : https://www.youtube.com/watch?v=i0k55NQ1B4I

et : https://www.i24news.tv/fr/actu/international/artc-une-source-israelienne-relativise-les-informations-sur-un-appel-tendu-entre-trump-et-netanyahou

Pour une fois, Trump sait de quoi il parle . Netanyahou est plus que fou, c'est un assassin dans l'âme, immoral, à juger et condamner au plus tôt .

 

 

« A Claude-Germain Le Clerc de Montmercy

24 novembre 1770

Le vieux malade de Ferney, monsieur, vous doit depuis longtemps une réponse  1; il vous l’envoie de la Chine, et peut-être trouverez-vous les vers un peu chinois. Quand vous n’aurez rien à faire, et que vous voudrez écrire à ce vieillard, je vous prie de donner votre lettre à M. Marin ; vous pourrez me dire à cœur ouvert tout ce que vous penserez ; j’aime bien autant votre prose que vos vers.

C’est au bout de trois ans que j’ai su votre demeure par M. Marin, à qui je l’ai demandée. Si vous m’en aviez instruit, je vous aurais remercié plus tôt, tout malade que je suis. Je ne vous ai point écrit depuis la mort de M. Damilaville, notre ami 2; il se chargeait de mes lettres et de mes remerciements.

Il y a toujours dans vos vers des morceaux pleins d’esprit et d’imagination ; on se plaint seulement de la profusion qui empêche qu’on ne retienne les morceaux les plus marqués. Vous trouverez ma lettre bien courte, pour tant de beaux vers dont vous m’avez honoré ; mais pardonnez à un malade qui est absolument hors de combat, et qui sent tout votre mérite beaucoup plus qu’il ne peut vous l’exprimer. »

1 Le Clerc avait certainement envoyé à V* son Epître à M. A. Petit, docteur régent de la Faculté de médecine en l'université de Paris, 1770, qui n'a pas moins de 88 pages : https://web.explore-voltaire.org/v_studio/bv1986/