20/05/2026
J'ai grand peur d'avoir trop tôt dit que tout le monde était innocent
... Non, ce n'est pas de mon fait .
« A Joseph Vasselier
Mais mon cher ami pourquoi mêle-t-on le duc de Pecquigny dans cette horrible affaire ? Il me paraît clair que la petite Lerouge a été noyée, et que la Forobert est une maquerelle . J'ai grand peur d'avoir trop tôt dit que tout le monde était innocent 1.
13 novembre [1770]. »
1 On apprécie cet aveu sincère ; voir lettre du 16 février 1770 à de Beaumont : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2025/07/24/m-6556559.html
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19/05/2026
gardez-vous de bien lui faire envisager qu'il peut un jour demander sa retraite . Parlez encore moins de finances
...
« A Mathieu-Henri Marchant de La Houlière 1
Immédiatement après avoir envoyé ma lettre à la poste, je reçois, mon cher neveu, votre paquet du 4 novembre 2. Il faut que l'excès de votre reconnaissance pour M. le duc de Choiseul vous ai rendu bien disert . Vous faites vraiment une belle prosopopée du roi au ministre . Permettez-moi de vous dire qu'on n'écrit pas sur ce ton . À grand seigneur, peu de paroles, et surtout point de main potelée et bienfaisante . Ces familiarités ne sont permises que quand le ministre les a longtemps autorisées par un commerce suivi . Il ne faut d'inférieur à supérieur que cinq ou six lignes qui ne disent ni trop ni trop peu . Ôtez la main potelée . Arrêtez-vous à ces mots : il ne vous dira jamais non, et surtout gardez-vous de bien lui faire envisager qu'il peut un jour demander sa retraite . Parlez encore moins de finances . Il faut que vous soyez bien mal informé de ce qui se passe à la cour .
Je ne saurais trop vous dire combien votre lettre aurait fait un mauvais effet . Vous avez été très bien inspiré quand vous me l'avez envoyée . Je vous le répète , parlez, en six lignes, de la reconnaissance de l'oncle et du neveu et de votre désir de servir toujours le roi . Tout le reste serait superflu et tout ce que vous avez écrit serait très dangereux .
Je vous embrasse de tout mon cœur.
V.
A Ferney le 12 novembre 1770 .
1 Voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome36.djvu/215
et https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1743/Lettre_1592
2 Voir lettre du 21 novembre 1770 à Vasselier : « … le même paquet contenait un brevet de brigadier pour mon neveu La Houlière commandant à Salses;et c'est ce même brevet que je lui envoie aujourd'hui par Lyon acheté de mon cachet ;... »
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18/05/2026
Que de choses tristes, funestes, étonnantes, ridicules, extravagantes
... Mon cher Voltaire ! où vois-tu donc tout cela ? En 2026 ? ça m'étonne [sic]! mais sans avoir à beaucoup réfléchir, je ne peux que signer le même constat ; le nom des responsables change, mais ils sont toujours faits comme auparavant et font comme auparavant, simplement avec les moyens actuels . On ne peut faire pire, je crois .
« A Charlotte-Sophie von Altenburg, comtesse Bentinck 1
12è novembre au château de Ferney par Lyon 2
Quoi ! Madame, vous daignez vous souvenir de moi ! Savez-vous bien que c’est une des plus grandes consolations que j’éprouve dans la vieillesse et dans ma retraite ? Que de choses tristes, funestes, étonnantes, ridicules, extravagantes arrivées depuis que je ne vous ai fait ma cour ! Je regretterai jusqu'à mon dernier moment votre amitié et votre société . Vous devez être aussi heureuse qu'on peut l'être dans ce monde entre Mgr le prince Charles et madame la princesse . Puissent-ils tous deux faire longtemps le bonheur d'un pays où ils sont adorés ! Puissiez-vous passer tous vos jours auprès d'eux, au lieu de ne leur donner que six mois dans l'année !
Je me suis fait une agréable retraite, mais vous y serez toujours l'objet de mes regrets . J'ai sans cesse présent à l'esprit le temps heureux où vous daigniez m'assurer d'un peu d'amitié . Conservez-moi, madame, des bontés qui font le charme de mes derniers jours ; et soyez bien persuadée du très respectueux et inviolable attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être, madame, votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire . »
1 Voir : https://www.voltaire.ox.ac.uk/publication/voltaire-et-sa-grande-amie-correspondance-compl%C3%A8te-de-voltaire-et-de-mme-bentinck-1740-1778/
2 Original signé .
Tout dans cette lettre désigne Mme de Bentinck comme la destinataire . Le seul élément de doute provient de notre ignorance des mouvements de la comtedsse à cette époque ; Mrs Aubry Le Blond, Charlotte Sophie, countess Bentinck ( Londres, 1912 ) dit seulement qu'elle passa les trente trois dernières années de sa vie à Hambourg ( elle mourra en 1800 ) .Voir : https://archive.org/details/charlottesophiec01lebliala/pa...
et : https://archive.org/details/charlottesophiec01lebliala/page/n101/mode/2up?q=voltaire
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17/05/2026
Il faut laisser crier, tâcher d'être supportable, et supporter tout le monde . Plus on est sceptique plus on est de bonne composition . Je passe ma vie à prêcher la paix, et à tourner en ridicule ses ennemis
...
« A François-Louis Allamand
Monsieur le Ministre
à Corsier
près de Vevey
12è novembre 1770
Je vous dois depuis longtemps une réponse , monsieur le prédicant philosophe, mais un vieux malade ne fait pas toujours ce qu'il veut . C'est une opinion reçue en Angleterre qu'Abadie était Socinien . Vous savez que Jérôme dans sa lettre à Pammaque avoue qu’il écrit souvent d'une façon et qu'il pense d'une autre 1 . je ne dis pas cela pour accorder le fatum avec Dieu et la liberté . Tout cela s’arrange à merveille chez Homère, chez les Turcs et chez nous, quand on veut s'entendre sans se manger les yeux, comme on faisait il n'y a pas si longtemps . Il en est dit quelque chose à l'article « Destin » 2 , mais ce n'est que pour le quatrième tome . Les trois premiers sont à peine pour A, B, C. Cet alphabet pourra faire crier quoiqu’il soit d'un bon catholique . Il faut laisser crier, tâcher d'être supportable, et supporter tout le monde . Plus on est sceptique plus on est de bonne composition . Je passe ma vie à prêcher la paix, et à tourner en ridicule ses ennemis . Par cette manœuvre je fais un peu de bien . C'est ce qui me fait trouver grâce devant vous . J'aurai l'honneur de vous faire parvenir les trois rogatons alphabétiques le plus tôt que je pourrai .
Je vous prie de me conserver vos bontés dont je sens tout le prix et de compter sur mon très sincère dévouement.
V.
L'abbé Terray m'avait pris deux cent mille francs dans son expédition de houzard, avant qu'il fût question d'Alexandre . »
1 Voir lettre du 30 juin 1770 à Moultou : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2025/12/03/stultorum-infinitus-est-numerus-le-nombre-des-sots-est-infin-6573098.html
L'Epistola ad Pammachium traite des devoirs du traducteur de livres sacrés et conseille de respecter l'esprit plutôt que la lettre du texte ; voir : https://remacle.org/bloodwolf/eglise/jerome/pammaque3.htm
2 Des Questions sur l'Encyclopédie, dans un passage déjà publié pour une large part dans l'édition de 1764 du Dictionnaire philosophique .
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16/05/2026
Quand on remercie d'une grâce promise, on met le bienfaiteur dans la nécessité d'en hâter l'accomplissement...les petits servent quelquefois mieux que les grands
... Voilà bien une preuve encore que le Patriarche connait bien l'art de la diplomatie . Et de surcroit, il reconnait la place remarquable des femmes, et particulièrement des épouses ( et maîtresses ) ; ami Voltaire tu es bien féministe dans l'âme .
« A Mathieu-Henri Marchant de La Houlière
A Ferney 12 novembre 1770
Je vous dirai donc , mon cher neveu, que , selon moi, vous n'avez pas trop bien fait de ne pas remercier sur-le-champ M. le duc de Choiseul et M. Gayot . Quand on remercie d'une grâce promise, on met le bienfaiteur dans la nécessité d'en hâter l'accomplissement .
Vous feriez très bien aussi d'écrire un petit mot à Mme la duchesse de Choiseul . C'est par elle que passent toutes mes lettres à monsieur le duc, afin qu'elles ne soient point confondues dans la foule . C'est elle qui a fait la fortune de M. Dupuits, mari de Mlle Corneille . Ne manquez pas de lui mander que je vous ai appris que vous êtes au nombre de ceux qui lui ont obligation . Deux mots suffisent . Vous n'aurez probablement point de réponse, mais on se souviendra de vous .
Je me flatte encore que vos très courtes lettres à monsieur le duc et à M. Gayot seront d'une écriture lisible .
Je vous fais cette annonce, supposé que vous n'ayez pas encore votre brevet 1, car si vous l'avez reçu sans doute vous avez remercié ; mais encore une fois, il ne faut pas oublier la duchesse .
Je m'étonne que votre frère ne vous avance pas les deux chétives années de pension qu'on vous doit . Ce n'est pas la peine d'être fermier général, s'il ne vous aide pas à provigner vos belles vignes . N'allez pas, s'il-vous-plait, vous mettre en frais pour m'envoyer du vin du cap de Salses ; ma faible machine n'est pas digne d'une telle liqueur . Si vous voulez m'envoyer une très petite caisse seulement, pour rendre honneur et gloire à vos travaux, il n'y a qu'à l'adresser à Lyon, chez M. Schérer, banquier, avec un mot d'avis . Mme Denis en boira dans une cuiller à café, comme une dame d'honneur . Mme Denis et moi, nous vous faisons les plus tendres compliments, ainsi qu'à madame la brigadière, à madame votre fille et à l’amateur de la lecture 2, le tout sans cérémonie .
Quand il se présentera quelque chose à votre bienséance, avertissez-moi, sans faire de bruit ; les petits servent quelquefois mieux que les grands . Comptez, du moins, sur mon zèle et sur ma promptitude, tout vieux et tout malade que je suis . »
1 Voir la lettre du 21 novembre 1770 : « Voici votre brevet, mon cher neveu . M. le duc de Choiseul me l'avait adressé avec un autre paquet pour vous, qui est, je crois, du bureau. Il y a eu deux ou trois malentendus dans cette affaire . »
2 Stanislas-Jules Lemoyne d'Aubermesnil ( gendre de Mathieu de La Houlière ) mari de Marie-Françoise, épousée le 20 juin 1769 .
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15/05/2026
discute de questions métaphysiques
... Qui donc ? Mais le Donald national US ! Ou plus exactement le pasteur qui vient de bénir la statue dorée de l'olibrius qui essaie de nous persuader que les USA sont la plus grande nation au monde, aveuglé qu'il est par sa mèche rebelle qui lui cache la Chine . Le réveil va être dur d'ici peu .
« A Frédéric II, roi de Prusse
[vers le 10 novembre 1770] 1
[Lui envoie l’Épître au roi de la Chine 2; fait mention des victoires russes et des exploits d'Ali Bey ; discute de questions métaphysiques.]
1 L'existence de cette lettre est attestée par la réponse de Frédéric du 4 décembre 1770 . Elle répondait à une lettre du roi du 30 octobre ( voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1770/Lettre_8066 ) dans laquelle de dernier niait la Providence, l’immortalité de l'âme ( « post mortem , nil est ») et réduisait Dieu , au maximum, au « principe intelligent du mouvement et de tout ce qui anime la nature ». Ce que l'on sait de la lettre de V* s'infère , très approximativement, de la réponse de Frédéric du 4 décembre, dont voici le texte : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1770/Lettre_8106
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Leur mot de ralliement est Dieu et la tolérance
... Que les sans-culottes ont traduit/détruit en liberté-égalité-fraternité, en raccourcissant bon nombre de ci-devants et révolutionnaires qui n'avaient pas l'heur de plaire à ceux qui voulaient le pouvoir ; car c'est bien connu, traduttore, traditore , en paroles et en actions . On est loin de la tolérance voltairienne et Dieu n'est plus qu'un juge menaçant servi par des fidèles souvent malhonnêtes et malveillants .
« A Joseph Vasselier
10è novembre 1770 à Ferney
Vous m'avez écrit une lettre charmante , mon cher correspondant . Vous blâmez également et le Système de la nature et le système du réquisitoire . Il me semble que tous les honnêtes gens pensent comme vous . Leur mot de ralliement est Dieu et la tolérance . Il faut que vous soyez d'une bien bonne religion pour tolérer mes importunités .
Voici encore un paquet que je vous supplie de vouloir bien faire parvenir franc de port à un homme qui aime la lecture et qui n'est pas riche .
J'embrasse de tout mon cœur M. Tabareau, je ne le sépare jamais de vous . »
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