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30/05/2026

vous savez avec quelle tiédeur on parle pour les intérêts d'autrui . On insiste toujours faiblement, et le ministre, accablé d'affaires, oublie très promptement

... Rien de nouveau de ce côté là mon cher Voltaire, les ministres sont toujours des humains,  aussi faillibles que leurs concitoyens sont quémandeurs .

 

 

« A Mathieu-Henri Marchant de La Houlière

21 novembre 1770

Voici votre brevet, mon cher neveu . M. le duc de Choiseul me l'avait adressé avec un autre paquet pour vous, qui est, je crois, du bureau . Il y a eu deux ou trois malentendus dans cette affaire . Ce paquet du bureau s'est déchiré et j'ai été obligé de le renvoyer à Lyon, tel qu'il est, pour vous être remis à Salses . On avait oublié , aussi, de contresigner l'autre paquet que je vous envoie . Tout cela fait que vous recevez tard votre brevet de brigadier ; mais enfin, vous le recevez . Jouissez, soyez heureux, vous et les vôtres . Je ne vous écris qu'un mot, pour ne pas vous ruiner en port de lettres .

V.

Tous les gens puissants que vous me citez vous ont dit qu'ils avaient parlé : je veux les croire ; mais vous savez avec quelle tiédeur on parle pour les intérêts d'autrui . On insiste toujours faiblement, et le ministre, accablé d'affaires, oublie très promptement . Écrivez, vous dis-je, au plus vite, si vous ne l'avez déjà fait . »

29/05/2026

Il est bien vrai que la plupart des hommes se ressemblent, sinon en talents, du moins en vices ...Je ne sais pas ce que pense Moustapha sur cette affaire ; je pense qu’il ne pense pas, et qu’il vit à la façon de quelques Moustaphas de son espèce

... Les Moustaphas iraniens sont bien reconnus ici, et Trump peut être mis dans le même sac à embrouilles; comme faux jetons on peut faire difficilement mieux : https://information.tv5monde.com/international/liran-affi... 

Demain on rase gratis ! Comme d'hab !

 

« A Frédéric II, roi de Prusse

À Ferney, 21 novembre 1770

Sire,

Votre Majesté peut-être ciron ou mite 1 en comparaison de l’éternel architecte des mondes, et même des divinités inférieures qu’on suppose avoir été instituées par lui, et dont on ne peut démontrer l’impossibilité ; mais, en comparaison de nous autres chétifs, vous avez été souvent aigle, lion et cygne. Vous n’êtes pas à présent le rat retiré dans un fromage de Hollande, qui ferme sa porte aux autres rats indigents 2; vous donnez l’hospitalité aux pauvres familles polonaises persécutées ; vous devez vous connaître plus qu’aucune mite de l’univers en toute espèce de gloire ; mais celle dont vous vous couvrez à présent en vaut bien une autre.

Il est bien vrai que la plupart des hommes se ressemblent, sinon en talents, du moins en vices, quoique, après tout, il y ait une grande différence entre Pythagore et un Suisse des petits cantons, ivre de mauvais vin. Pour le gouvernement polonais, il ne ressemble à rien de ce qu’on voit ailleurs.

Le prince de Brunswick 3 était donc aussi des vôtres ; il faisait donc des vers 4 comme vous et le roi de la Chine. Votre Majesté peut juger si je le regrette.

J’ai autant de peur que vous qu’il ne sache rien du grand secret de la nature, tout mort qu’il est. Votre abominable homme, qui est si sûr que tout meurt avec nous, pourrait bien avoir raison, ainsi que l’auteur de l’Ecclésiaste, attribué à Salomon, qui prêche cette opinion en vingt endroits ; ainsi que César et Cicéron, qui le déclarent en plein sénat 5; ainsi que l’auteur de la Troade 6, qui le disait sur le théâtre à quarante ou cinquante mille Romains ; ainsi que le pensent tant de méchantes gens aujourd’hui ; ainsi qu’on semble le prouver quand on dort d’un profond sommeil, ou quand on tombe en léthargie.

Je ne sais pas ce que pense Moustapha sur cette affaire ; je pense qu’il ne pense pas, et qu’il vit à la façon de quelques Moustaphas de son espèce. Pour l’impératrice de Russie et la reine de Suède votre sœur, le roi de Pologne, le prince Gustave, etc., j’imagine que je sais ce qu’ils pensent. Vous m’avez flatté aussi que l’empereur était dans la voie de la perdition 7. Voilà une bonne recrue pour la philosophie. C’est dommage que bientôt il n’y ait plus d’enfer ni de paradis . C’était un objet intéressant . Bientôt on sera réduit à aimer Dieu pour lui-même, sans crainte et sans espérance, comme on aime une vérité mathématique ; mais cet amour-là n’est pas de la plus grande véhémence , on aime froidement la vérité. Au surplus, votre abominable homme n’a point de démonstration, il n’a que les plus extrêmes probabilités. Il faudrait consulter Ganganelli ; on dit qu’il est bon théologien . Si cela est, les apparences sont qu’il n’est pas un parfait chrétien . Mais le madré ne dira pas son secret . Il fait son pot à part, comme le disait le marquis d’Argenson d’un des rois de l’Europe.

S’il n’y a rien de démontré qu’en mathématiques, soyez bien persuadé, sire, que, de toutes les vérités probables, la plus sûre est que votre gloire ira à l’immortalité, et que mon respectueux attachement pour vous ne finira que quand mon pauvre et chétif être subira la loi qui attend les plus grands rois comme les plus petits Welches. »

1 Voir la lettre de Frédéric du 30 octobre 1770 : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1770/Lettre_8066

2 La Fontaine : Le Rat qui s'est retiré du monde : https://www.la-fontaine-ch-thierry.net/raretir.htm

4« Il a ébauché un poème épique, c'est la conquête du Mexique par Fernand Cortès . L'ouvrage contient douze chants, mais la vie lui a manqué pour le rendre moins défectueux. » C'est ainsi que le roi de Prusse avait décrit son œuvre à V* dans sa lettre du 30 octobre 1770 : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1770/Lettre_8066

5 Ces mots « ainsi que César et Cicéron, qui le déclarent en plein sénat ». omis par Beuchot, sont tirés de l’édition de Kehl.

6 Sénèque. Voltaire a souvent cité et traduit les vers de Sénèque sur la mort ; voir page 43 :

; page 155 : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome28.djvu/165

; page  336 : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome29.djvu/346

, et 522 : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome29.djvu/532

V* pense à un passage qu'il cite ou auquel il songe souvent ( Poème sur le désastre de Lisbonne, Traité sur la tolérance ; Dieu et les Hommes ; De l'âme ; Un chrétien contre six juifs ) et qui consiste en trois vers de la Troade (397, 407-408) :

Post mortem nihil est, epiaque mors nihil [...]

Quaeris quo jaceant post obitum loco ?

Quo non nata jacent

Traduction : Après la mort il n'y a rien et la mer elle-même n'est rien, tu me demandes où vont [lhttps://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome25.djvu/53es hommes] après la mort ? Là où sont ceux qui ne sont pas nés .

7 « Il aime vos ouvrages » avait écrit Frédéric dans une lettre du 18 août 1770 : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1770/Lettre_7995

28/05/2026

Il ne faut jamais faire la guerre qu’avec l’extrême probabilité d’y gagner beaucoup. Puisse la guerre contre Moustapha finir par le détrôner, ou du moins par l’appauvrir pour trente ans

... Trump semble ignorer ce principe de base et se retrouve dans une guerre sans fin, la nation la plus faible restant menaçante simplement grâce à deux atouts sur le terrain et un jusqu'au boutisme absolu dans cette partie de poker menteur iranienne .

A suivre : https://www.tf1info.fr/international/direct-guerre-moyen-orient-aujourd-hui-trump-iran-accord-de-paix-ormuz-pays-du-golfe-les-informations-du-jeudi-28-mai-2026-2443946.html

 

 

 

« A Catherine II, impératrice de Russie

À Ferney, 20 novembre 1770 1

Madame,

Votre Majesté impériale l’avait bien prévu, vos ennemis n’ont servi qu’à votre gloire, et, de quelque manière que vous finissiez cette grande guerre, votre gloire ne sera point passagère. Victorieuse et législatrice à la fois, vous avez assuré l’immortalité à votre nom. Je suis un peu affligé, en qualité de Français, d’entendre dire que c’est un chevalier de Tot 2 qui fortifie les Dardanelles. Quoi ! c’est ainsi que finissent les Français, qui ont commencé autrefois la première croisade ! Que dirait Godefroi de Bouillon si cette nouvelle pouvait parvenir jusqu’à lui dans le pays où l’on ne reçoit de nouvelles de personne ?

On parle toujours de peste en Allemagne : on la craint, on exige partout des billets de santé ; et l’on ne songe pas que si on avait aidé Votre Majesté à chasser cette année les Turcs de l’Europe, on aurait pour jamais chassé la peste avec eux. On oublie les plus grands, les plus véritables intérêts, pour un intérêt chimérique, pour une politique qui me paraît bien déraisonnable. Il me semble que l’on fait bien des fautes de plus d’un côté . C’est le défaut 3 de la plupart des ministères.

On se prépare à la guerre en France, et on espère la paix, dont on a le plus grand besoin. Il serait trop ridicule qu’on éprouvât le plus grand des fléaux pour une méchante île inhabitée  . Il ne faut jamais faire la guerre qu’avec l’extrême probabilité d’y gagner beaucoup. Puisse la guerre contre Moustapha finir par le détrôner, ou du moins par l’appauvrir pour trente ans ! Puisse Votre Majesté impériale jouir d’un triomphe très durable, et pacifier la Pologne après avoir écrasé la Turquie !

Vous avez deux voisins qui font des vers, le roi de Prusse et le roi de la Chine . Frédéric en a déjà fait pour vous : j’en attends de Kienlong.

Je me mets à vos pieds victorieux, et plus blancs que ceux de Moustapha, avec le plus profond respect et la plus grande passion. 4

le vieil  ermite de Ferney.»

1 Copie contemporaine ; éd . Kehl . La copie donne juin comme date ; novembre donné par Kehl semble plus correct .

2 François, baron de Tott ; voir à son sujet la lettre du 11 avril 1767 à Mme de Fontaine, marquise de Florian : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2022/09/29/on-ne-sait-plus-ou-se-fourrer-pour-etre-bien-je-sais-qu-il-f-6403824.html

3 L'édition Garnier porte sort pour défaut .

4 On remarque que cette lettre de V* ne répond à aucune lettre de Catherine ; celle que l'impératrice lui avait écrite, dont nous avons le texte, ne lui est pas parvenue . Voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1770/Lettre_8071

son goût et ses connaissances qui faisaient le charme de sa conversation ; ils me rendraient les heures délicieuses

... C'est bien vous Mam'zelle Wagnière dont il s'agit et dont je regrette infiniment le départ . Voltaire, votre ami et le mien, nous unis, je ne le dis pas au passé , vous êtes tous deux vivants pour moi, et chers à mon coeur, sans limite autre que celle de la nature .

 

 

« A Bonomo Algarotti etc. 1

à Venise

Monsieur,

J'irai bientôt trouver monsieur votre frère ; ma vieillesse et mes maladies me font envisager ce moment comme fort prochain . J'ai employé à le regretter tous les jours que la nature m 'a laissés . Votre lettre et ses ouvrages font ma consolation . Je vois que vous partagez le talent qu'il avait d'écrire avec sentiment et avec grâce, et que je dois aux deux frères l'estime infinie que j'avais pour celui que nous avons perdu . Ma reconnaissance et ma consolation seraient parfaites si je pouvais avoir tous ses ouvrages . J'y retrouverais son goût et ses connaissances qui faisaient le charme de sa conversation ; ils me rendraient les heures délicieuses que j'ai passées avec lui .

Je vois par la lettre dont vous m'honorez que je les retrouverais encore plus dans monsieur son frère .

J'ai l'honneur d'être avec tous les sentiments que je vous dois,

monsieur,

votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire .

19è novembre 1770 au château de Ferney par Genève . 2»

1 Frère aîné de Francesco Algarotti (1712-1764) . Voir la correspondance des deux frères : https://www.storiaeletteratura.it/catalogo/lettere-a-bonomo-algarotti-i/21216

2Original signé, mention « franco Milano » ( bibliothèque de l'université de Princeton, relié dans un ouvrage de John Doran, A Lady of the last century, 1873 . : https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=pst.000001680430&seq=15 )

27/05/2026

cela prenait un beau train ; les étrangers venaient peupler ce désert, les maisons se bâtissaient de tous côtés, le commerce, l’abondance, commençaient à vivifier ce petit canton ; un mot a tout perdu

... Car tel est notre bon plaisir !

Nous n'avons plus de roi, mais encore pire : un.e président.e qui peut se vanter d'être l'élu.e du peuple quand l'autre était élu de Dieu . N'oublions pas dans le pouvoir de réussite ou d'échec les élus des élus précédents : les ministres , et les prétendus représentants du peuple : les députés et sénateurs , grands pourvoyeurs de textes pinailleurs, basse-cour de cheffaillons tenus en laisse par leurs partis qui financent leurs campagnes électorales . Tous semblent bien avoir perdu le contact avec la réalité du vivre au jour-le-jour : ce n'est plus notre plaisir .

 

 

« A Jeanne-Louise Pavée de Provenchères de Rochefort d'Ally

A Ferney ce 19 novembre 1770 1

N’ayez donc point, madame, de colique hépatique, si vous ne voulez pas que j’aie le transport au cerveau ; et allez en Bourgogne, puisque vous me donnez l’espérance que je verrai l’une des deux personnes à qui je suis également attaché.

Il est vrai que l’orateur , M. l'avocat général Séguier, dont vous me parlez me vint voir le même jour que M. d’Alembert arriva. S’ils s’étaient rencontrés, la scène aurait été beaucoup plus plaisante ; mais quoiqu’il n’y eût que deux acteurs, elle n’a pas été sans agrément.

Le bout des ciseaux de M. l’abbé Terray a donc coupé aussi votre bourse ? C’est sans doute pour notre bien, puisque c’est pour celui de l’État : nous devons l’en remercier. Je lui ai le double, et au delà, de l’obligation que vous lui avez. Je ne sais pas s’il pourra contribuer à la colonie de Versoix, mais il a furieusement dérangé celle de Ferney. C’est grand dommage, cela prenait un beau train ; les étrangers venaient peupler ce désert, les maisons se bâtissaient de tous côtés, le commerce, l’abondance, commençaient à vivifier ce petit canton ; un mot a tout perdu, et ce mot est : Car tel est notre plaisir 2. Cette catastrophe empoisonne un peu mes derniers jours ; mais il faut se soumettre.

Je vous enverrai dans quelques jours un petit amusement 3. Vivez gaiement, couple heureux et si digne de l’être. Mille respects .
V.»

1Copie par Boissy d'Anglas ; éd. Vie privée. L'original avait été apparemment adressé à Mme de Rochefort à Vandoeuvre , Voir lettre du 30 avril 1770 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2025/10/04/pour-l-ame-elle-est-je-ne-sais-ou-6565259.html

Voir le texte retenu par Louis Moland, édition Garnier : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1770/Lettre_8037

2 C’était la formule des ordonnances du roi.

3 L’épître au roi de la Chine .

26/05/2026

Il faut orner un peu le pays qui vous a tant d'obligations

... Surtout quand quelques milliards de dollars inondent la famille, mister Donald . Et les travaux d'embellissement [sic] de la Maison Blanche ne sont qu'un trompe-couillons bon pour le bas peuple qui t'adore . N'est pas Napoléon ou empereur celui qui seulement bâtit un arc  de triomphe, n'oublie pas que plus tu te mets sur un piédestal, plus on voit ton cul .

 

 

« A Louis-Gaspard Fabry

19è novembre 1770 à Ferney

Voici, monsieur, une affaire de votre ressort . Je m'imagine qu'il suffira d'un mot de votre main pour autoriser les habitants de Ferney à se donner de l'eau, et que ce n'est pas la peine d'envoyer à Dijon . Quoi qu'il en soit, permettez que je vous adresse la délibération et la requête des habitants . Nous comptons décorer notre petit village d'une fontaine assez jolie 1. Il faut orner un peu le pays qui vous a tant d'obligations .

J'ai l'honneur d'être avec l'amitié la plus respectueuse,

monsieur,

votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire . »

25/05/2026

on n'a point répondu à la chose à laquelle je m'intéressais le plus

... Constat trumpien ? ou iranien ? A suivre : https://www.lemonde.fr/international/live/2026/05/25/en-d...

 

 

« A François de Caire

A Ferney 19è novembre 1770

Monsieur,

Je ne suis pas heureux sur la fin de cette année ; on m'abandonne ; on n'a point répondu à la chose à laquelle je m'intéressais le plus ; on n'a point encore donné le brevet de brigadier à un de mes neveux à qui on l’avait promis . M. l'abbé Terray est plus funeste que jamais . Il faudra que j'abandonne ma colonie ; mais il me restera probablement le plaisir de voir prospérer Versoix, et surtout de voir récompenser son commandant, pour lequel je sais très certainement qu'on est on ne peut pas mieux disposé .

J'ai l'honneur d'être avec l'amitié la lus respectueuse,

monsieur,

votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire. »