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24/09/2026

Nous ne guérirons jamais bien de cette blessure mortelle

... C'est ainsi que je vois l'esprit et la conclusion du discours d'Emmanuel Macron à l'ONU face à un Netanyahou et ses colons infects , sans oublier la rapacité meurtrière de Poutine : https://www.lemonde.fr/international/video/2026/09/22/un-...

 

 

 

« A Jean Le Rond d'Alembert

Je demande, mon cher ami, la bénédiction de l'évêque de Senlis 1, nouveau père du concile académique. Vous aurez donc M. Gaillard 2 pour successeur du président Hénault . Tout cela est dans l'ordre ; un évêque succède au faiseur de cantiques de la reine, et un historien succède à un historien . Mais pourquoi M. Marin ne remplacerait-il pas M. l'abbé Alary 3 ? Il vaut certainement mieux que cet abbé . Il a cultivé presque tous les genres de littérature ; il est zélé pour la bonne cause ; il a du nerf dans l'esprit . La liberté académique lui serait infiniment chère ; il a rendu service à tous les gens de lettres et l'abbé Alary n'avait jamais rendu service qu'à des petits garçons 4.

Je crois être bien sûr que la sévérité exercée aujourd'hui contre la littérature vient de plus haut que du bureau de la cire 5 . Ce maudit Système de la nature a achevé de nous perdre, et nous voilà perdus pour un livre que tous les gens sensés méprisent . Fut-il aussi bon qu'il est mauvais, il n'aurait pas fallu le faire . Nous ne guérirons jamais bien de cette blessure mortelle . Si l'auteur avait su quel mal il faisait aux lettres, il aurait jeté son livre dans le feu .

J'ai écrit fortement à M. le maréchal de Richelieu et à M. le duc de Nevers 6. Il serait bien triste d'avoir fait des tentatives inutiles et d'avoir dans la compagnie un ennemi implacable .

Pour vous , mon illustre ami, à qui je dois reconnaissance, amitié et admiration, je vous paie comptant tous les jours de ma vie .

V.

A Ferney ce 18 janvier 1771 . »

2 Gaillard devait être effectivement élu au fauteuil de l'abbé Alary ; sa lettre de remerciement à V* est parfaitement connue ( du 18 février 1771 ).Voir : https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/gabriel-henri-gaillard

et : https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/pierre-joseph-alary

3 Malgré les recommandations répétées de V* et pour l'honneur de la compagnie, Marin ne fut pas élu à l'Académie ; voir lettre du 19 décembre 1770 à d'Alembert : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2026/07/18/quels-bons-ouvrages-a-t-il-faits-dira-t-on-6602206.html

4 Formule employée d'abord par le marquis d'Argenson à propos des mœurs de l'abbé .

5 La chancellerie ; V* pense au Roi.

6 La lettre du 16 janvier 1771 à Richelieu : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2026/09/23/helas-nous-avons-assez-de-presidents-encore-si-on-nous-donnait-un-president.html

Une lettre similaire fut adressée vers la même date au duc de Nivernois qui était le dernier petit-fils du duc de Nevers .

Hélas ! nous avons assez de présidents. Encore si on nous donnait un président **** ! mais nous n’en aurons plus de si aimable

... Tout juste .

 

« A Louis-François-Armand du Plessis, duc de Richelieu

16è janvier 1771 à Ferney

Mon héros,

Je vous représentai mes raisons fort à la hâte par le dernier courrier 1, étant fort pressé par le temps. Permettez que je vous parle encore de cette petite affaire qui ne vous intéresse en aucune façon, et qui m’intéresse infiniment. Pour peu que vous fussiez lié avec l’homme en question 2, vous savez avec quel plaisir je sacrifierais mes répugnances à vos goûts ; mais vous ne le connaissez point du tout, et moi, je le connais pour m’avoir trompé, pour m’avoir ennuyé, et pour m’avoir voulu dénoncer. Si vous aviez eu le malheur de lire ses Fétiches et ses Terres australes, vous ne voudriez pas assurément de lui. Hélas ! nous avons assez de présidents. Encore si on nous donnait un président Hénault ! mais nous n’en aurons plus de si aimable.

Je vous conjure encore une fois de ne nous point charger de celui qui se présente . Ce serait un affront pour moi, dans l’état où sont les choses, et ce ne serait pas une grande satisfaction pour lui. Il est même dit dans nos statuts qu’un homme obligé par sa place de résider toujours en province ne peut être de l’Académie 3.

Vous me demandez si je veux qu’on joue Sophonisbe. Hélas ! je veux sur cela tout ce qu’on voudra, et surtout ce que vous ordonnerez. Ce que je voudrais principalement, ce sont des acteurs, et on dit qu’il n’y en a point. Laissera-t-on ainsi tomber le théâtre, qui faisait tant d’honneur à la France dans les pays étrangers, et n’aurons-nous plus que des opéras-comiques ? Il y va de la gloire de la nation, et vous êtes accoutumé à la soutenir.

Vous me parlez du carillon de mon village et de mes montres démontées. Je puis vous assurer que c’est une entreprise qui mérite toute la protection du ministère. Il est assez singulier qu’un petit particulier comme moi ait peuplé un désert, et ait bâti douze maisons pour des artistes qui ont déjà établi leur commerce dans les pays étrangers. Le roi lui-même a pris quelques-unes de nos montres, et en a fait des présents. Nous avons quelques-uns des meilleurs ouvriers de l’Europe, et nous étendrions notre commerce en Turquie avec un grand avantage, s’il plaisait à Catherine IIde de faire la paix. Je n’ai aucun intérêt dans cet établissement. Je suis comme les gens qui fondent les hôpitaux, mais qui ne s’y font point recevoir. M. le duc de Duras a eu la bonté d’encourager nos fabriques, en prenant quelques-unes de nos montres pour les présents du mariage de Mgr le comte de Provence. Nous vous demanderions la même grâce, si vous étiez d’année. Ma nièce soutiendra cette manufacture après moi ; vous lui continuerez les bontés dont vous m’avez honoré si longtemps, et elle vous attestera que vous êtes l’homme de l’Europe à qui j’ai été attaché avec le plus de respect et de tendresse.

V »

2 Le président de Brosses.

22/09/2026

vous trouverez Paris insupportable, et vous l’aimerez...cette grande ville est un peu folle pour le moment présent, et que tout le monde y fait son château en Espagne

... Vous allez vérifier les propos du Patriarche , très saint père Léon XIV . Les marchands du Temple sont à tous les coins de rues et sont loin d'être touchés par la grâce, l'instinct d'usurier persiste chez tous les propriétaires,  cette visite papale va leur rapporter plus que la tournée de Céline . Les valeurs chrétiennes ne résistent pas à l'appât du gain , ce serait trop beau .

 

 

« A Louise-Florence-Pétronille de Tardieu d'Esclavelles d’Epinay

place Vendôme

à Paris 1

16è janvier 1771

Je vous ai envoyé, madame, l’article « Blé » 2, et vous avez dû trouver qu’on n’y traite pas l’abbé Galiani avec la même dureté qu’ont les économistes 3. Je ne vous ai point écrit, parce que j’étais très malade . Je perds les yeux dès qu’il y a de la neige sur la terre, et bientôt je les fermerai pour toujours. J’ai cru d’ailleurs que cet article « Blé » valait mieux que mes lettres . La différence entre les économistes et moi, c’est qu’ils écrivent, et que je sème ; et bien m’en a pris d’avoir été plus laboureur qu’écrivain. La famine est dans notre pays ; il y a trois mois qu’une livre de pain blanc coûte neuf sous . Vous êtes plus heureux à Paris. Si vous vouliez vous réduire à venir mener chez nous la vie patriarcale, comme vous le disiez dans votre dernière lettre, vous auriez peut-être de la peine à vous y accoutumer. Les patriarches n’étaient point dans les neiges six mois de l’année ; et puis, toute philosophe que vous êtes, serez-vous jamais assez philosophe pour quitter Paris ? Vous n’en ferez rien, madame ; vous trouverez Paris insupportable, et vous l’aimerez. On prétend que cette grande ville est un peu folle pour le moment présent, et que tout le monde y fait son château en Espagne . J’aimerais bien mieux que vous eussiez un beau château dans mon voisinage.

Adieu, madame ; probablement je n’aurai jamais la consolation de vous revoir, mais vous serez toujours ma chère et belle philosophe.

V. »

1 Une autre main a ajouté rue Sainte-Anne.

3 L'abbé Fernandino Galiani, auteur anonyme des Dialogues sur le commerce des blés, 1770 ; voir lettre du 12è janvier 1770 à Turgot : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2025/06/23/l...

Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ferdinando_Galiani et

https://www.persee.fr/doc/ecoru_0013-0559_1992_num_210_1_4482

21/09/2026

Sa Majesté me permettra-t-elle de la féliciter sur le bien qu’elle fait à ses sujets ?

... On a là l'exact opposé de cette formule de politesse concernant Charles III ; sale temps sur la famille royale britannique , soyons un peu people un instant, plus fun que Tiktok : https://www.pointdevue.fr/royal/royaume-uni/mon-mari-est-...

It's a shame, isn't it?

 

« A Christian VII, roi de Danemark

À Ferney par Genève 15è janvier 1771 1

Sire, rien n’est si ennuyeux que trop de vers : je demande pardon à Votre Majesté de lui en présenter une si énorme quantité 2 . Mais, en récompense, je prends la liberté de lui envoyer beaucoup plus de prose 3. Le paquet doit lui arriver par les voitures publiques.

Sa Majesté me permettra-t-elle de la féliciter sur le bien qu’elle fait à ses sujets ? La liberté qu’elle veut donner aux hommes est assurément plus précieuse que la liberté des livres.

Je suis avec le plus profond respect et la plus sincère reconnaissance,

de Votre Majesté,

le très humble et très obéissant serviteur

Voltaire. »

1 Original signé ; éd. « Lettres de M. de Voltaire au roi de Danemark », Journal encyclopédique du 1er avril 1771 qui parut presque simultanément dans l’Épître à Sa Majesté le roi de Danemark, 1771 de même que l’Épître est reproduite partiellement à la fin de l'article du Journal encyclopédique .

2 Le manuscrit de l’Épître au roi de Danemark ( https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome10.djvu/431 ) qui figure encore à côté de la lettre dans les archives royales de Copenhague . Voir lettre du 25 décembre 1770 à Cramer : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2026/07/30/triste-patrie-ou-il-est-si-difficile-d-avoir-des-auditeurs-d-6603380.html

3 Presque certainement les Questions sur l'Encyclopédie.

20/09/2026

il n’a fait qu’abuser de ma confiance et me tromper de la manière la plus indigne dans des affaires d’intérêt

... Tel est le constat trumpien pour expliquer l'exclusion de CNN (et quelques autres chaînes d'information) : https://www.20minutes.fr/monde/etats-unis/4246958-20260919-etats-unis-cnn-autres-medias-recales-maison-blanche-trump-explique-scandale

La belle affaire ! Comme s'il n'était pas lui-même une fake news incarnée . 

 

 

« A Louis-François-Armand du Plessis, duc de Richelieu

14è janvier [1771], à quatre heures après midi à Ferney 1

Je reçois la lettre de mon héros. La poste va partir ; j’ai à peine le temps de vous dire, monseigneur, que la plus grande grâce que vous puissiez me faire est de ne me point donner pour confrère un homme dont j’ai à me plaindre si cruellement 2. Je me suis tu, quand il n’a fait qu’abuser de ma confiance et me tromper de la manière la plus indigne dans des affaires d’intérêt, qui sont publiques dans toute la province où son caractère est très connu.

Mais, dans la crainte que je ne lui fisse un procès, il m’a menacé de me dénoncer comme auteur d’un livre que je n’ai point fait. Jugez quelle douleur ce serait pour moi de me voir à son côté, et s’il est digne d’être au vôtre . Je me flatte que vous ne voudrez pas, après cinquante ans d’attachement, me donner une pareille mortification. Je vous conjure de me l’épargner. Il faut finir. Je me recommande à vos bontés avec la tendresse la plus respectueuse.

V. »

1 Original ; éd. Cayrol . On n'a pas la lettre de Richelieu à laquelle répond V*.

2 Le président de Brosses.

19/09/2026

veillez à l'éducation de vos enfants, vous les rendrez dignes de vous

... Pas mieux !

 

« A Catherine-Josephte de Loras du Saix, baronne de Monthoux 1

à Chambéry

14è janvier 1771 à Ferney

Je suis très sensible, madame au souvenir dont vous m’honorez . Je me flatte que vos affaires sont actuellement en ordre , et votre cœur en paix 2 . Vous êtes dans une ville agréable et pleine de gens de mérite, vous y veillez à l'éducation de vos enfants, vous les rendrez dignes de vous, et je me flatte qu'ils contribueront à votre bonheur auquel je m'intéresserai toujours .

J'ai l’honneur d'être avec bien du respect, madame, votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire. »

2 Allusion aux affaires financières et sentimentales de Mme de Monthoux ; voir lettre du 18 août 1768 à Hennin : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2024/03/08/toutes-les-regles-ont-ete-observees-dans-mon-contrat-6488703.html

18/09/2026

je me trouve dans la situation la plus triste, ayant fondé dans mes déserts une colonie et des manufactures assez considérables ,me trouve à présent sur le point d’être ruiné avec elles... si on ne me paye point ce qu’on me doit

... Confidences de Marianne à son délégué Lecornu qui bachote sur son budget 2027 : https://www.la-croix.com/politique/budget-2027-sebastien-...

On a encore des chiffres qui décoiffent .

 

 

« A Maigrot 1

À Ferney, 14 janvier 1771 2

Je ne savais pas, monsieur, les obligations que je vous avais, et je vous assure que vous ne pouviez pas placer vos bontés plus à propos. On me dit que monseigneur le duc de Bouillon me doit cinq années de mes rentes . C’est ce que j’ignore entièrement. Tout ce que je sais, c’est que je me trouve dans la situation la plus triste, ayant fondé dans mes déserts une colonie et des manufactures assez considérables, que M. le duc de Choiseul avait protégées avec la plus grande générosité. Je me trouve à présent sur le point d’être ruiné avec elles, si on ne me paye point ce qu’on me doit.

Je vous demande en grâce de vouloir bien prendre un peu mon parti auprès de M. Bérard 3. Il faut que je fournisse de l’or tous les jours à mes colons qui travaillent en horlogerie. Je leur ai établi un commerce en Espagne, en Turquie et en Russie . Tout cela va tomber si je ne suis pas secouru.

Monseigneur le duc de Bouillon fera subsister deux cents familles 4, s’il ordonne à M. Bérard de me payer tout ce qui m’est dû.

Je vous supplie, monsieur, de lui présenter mes respects et mes besoins. Je compte sur sa générosité et sur sa justice, comme sur la vôtre.

J’ai l’honneur d’être, avec les sentiments que je vous dois, monsieur, etc. »

1 Maigrot banquier ou plus exactement homme d'affaires et commissionnaire , intermédiaire , à qui Voltaire écrit en privé pour essayer de sauver ses rentes malmenées par la crise des finances royales.

2 Copie contemporaine ; autre copie contemporaine ; copie ancienne ; éd. Cayrol.

3 Capitaine d'un des vaisseaux affrétés par V* dans la compagnie des Indes, qui disparut et lui emporta beaucoup d’argent.Il en sera question dans la lettre du 6 janvier 1777 à Florian : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1777/Lettre_9931

4 Les manuscrits 2 et 3 ainsi que la première édition donnent personnes au lieu de familles .