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04/09/2023

laisse-les dire, et bois sec. » Puis il mourut

... Le conseilleur , qui visiblement ne connait que la canicule, reste un mortel malgré tout . Comme moi ...

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Proverbe pas plus français que javanais, souhaitons-le universel

 

« A Pierre-Joseph Thoulier d'Olivet

Doyen de l'Académie française

rue Saint-Nicaise

à Paris

29è janvier 1768

Vous m'écrivez, sans lunettes, des lettres charmantes de votre main potelée, mon cher maître et moi, votre cadet d'environ dix ans, je suis obligé de dicter d'une voix cassée.

Je n'aimerai jamais Rends-moi guerre pour guerre 1, par la raison que la guerre est une affaire qui se traite toujours entre deux parties. L'immortel, l'admirable, l'inimitable Racine, a dit :

Rendre meurtre pour meurtre, outrage pour outrage.2

Pourquoi cela ? C'est que je tue votre neveu quand vous avez tué le mien , c'est que, si vous m'avez outragé, je vous outrage. S'ils me disent pois, je leur répondrai fève, disait agréablement le correct et l'élégant Corneille. De plus, on ne va pas dire à Dieu: Rends-moi la guerre. Peut-être l'aversion vigoureuse que j'ai pour ce misérable sonnet de ce faquin d'abbé de Lavaux 3 me rend un peu difficile.

Et dessus quel endroit tombera ma censure,

Qui ne soit ridicule et tout pétri d'ennui . 4

Tartara non metuens, non affectatus Olympum 5 est un vers admirable : je le prends pour ma devise. Savez-vous bien que s'il y a des maroufles superstitieux dans votre pays, il y a aussi un grand nombre d'honnêtes gens d'esprit qui souscrivent à ce vers de Tartara non metuens ?

Vivez longtemps, moquez-vous du Tartara. « Que dis-tu de mon extrême-onction ? disait le Père Talon 6 au Père Gédoyn, alors jeune jésuite 7. « Va, va, mon ami, continua-t-il, laisse-les dire, et bois sec. » Puis il mourut 8. Je mourrai bientôt, car je suis faible comme un roseau. C'est à vous à vivre, vous qui êtes fort comme un chêne. Sur ce, je vous embrasse, vous et votre prosodie, le plus tendrement du monde.

N. B. Je suis obligé de vous dire, avant de mourir, qu'une de mes maladies mortelles est l'horrible corruption de la langue, qui infecte tous les livres nouveaux. C'est un jargon que je n'entends plus ni en vers ni en prose. On parle mieux actuellement le français ou françois à Moscou qu'à Paris. Nous sommes comme la république romaine, qui donnait des lois au dehors quand elle était déchirée au dedans. »

 

 

1 Répondant à la lettre de V* du 5 janvier 1767 ( http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2022/04/12/le-deplace-le-faux-le-gigantesque-semblent-vouloir-dominer-a-6376206.html ) d'Olivet avait défendu cette expression C’est le second hémistiche du onzième vers du fameux sonnet de Desbarreaux voir tome XIV, page 63 : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres...

3 Attribué à Desbarreaux, ce que niait V*, et d'Olivet lui donne raison dans sa réponse .

4 Parodie de la fin du sonnet de Desbarreaux .

5 D'Olivet a écrit à V* : « Desbarreaux avait fait un portrait en vers latins, dont voici le dernier : « Tartara non metuens, non affectatus Olympum, c'est-à-dire : Sans craindre le Tartare, sans désirer l'Olympe » (soit l'enfer et le paradis).

6 L'oratorien Jacques Talon .Voir : https://books.openedition.org/pur/9189?lang=fr#ftn73

8 En face de cette anecdote , d'Olivet a porté sur l'original de la lettre « faux, archi-faux ». On s'en doutait un peu .

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