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20/11/2012

je souhaite un juste châtiment à ceux qui troublent le repos du monde

... Ils sont nombreux, mais je suis d'accord avec Voltaire qui demande un "juste" châtiment , celui-ci étant mérité . Je crains bien que tous les juges du monde ne suffisent pas .

Il faudra compter sur une justice divine, pour autant qu'elle existe !

 crime et chatiment.jpeg


 

 

 

« A Gaspard le COMPASSEUR de CREQUY -MONTFORT, marquis de COURTIVRON

 Aux Délices le 12 juillet [1757]

 Monsieur, vous savez qu'il faut pardonner aux malades ils ne remplissent pas leurs devoirs comme ils voudraient . Il y a longtemps que je vous dois les plus sincères remerciements de votre lettre obligeante et instructive .1

 Je commence par vous prier de vouloir bien faire souvenir de moi M. le comte de Lauraguais 2, je ne savais pas qu'il fut aussi chimiste . Le sujet de ses deux mémoires est bien curieux . Non seulement il est physicien mais il est inventeur . On lui devra une opération nouvelle .

 A l'égard de Constantin je vous répondrai que si je ne m'étais pas imposé une autre tâche celle-là me plairait beaucoup , mais on serait obligé de dire des vérités bien hardies et de montrer la honte d'une révolution qu'on [a] consacrée par les plus révoltants éloges .

 Il est vrai que dans les États Généraux les députés de la noblesse mettaient un moment un genou en terre, il est vrai aussi que les usages ont toujours varié en France . Ce sont des fantômes que le pouvoir absolu a fait disparaître .

 Ce que vous me dîtes des chapitres de Bourgogne, de Lorraine et de Lyon fait voir que les usages de l'empire ont plus longtemps subsisté que ceux de la France . La Lorraine, la Comté et tout ce qui borde le Rhône était terre d'empire .

 À l'égard de la petite anecdote sur le premier président de Mesmes il est très vrai que l'abbé de Chaulieu le régala de ce petit couplet :3

 Juge qui te déplaces

 Courtisan berné,

 Des grands noms que tu lasses

 Jouet obstiné,

 Sur notre parnasse

 Le laurier d'Horace

 T'est donc destiné .

 Mais cela n'a rien de commun avec l'affaire de Rousseau 4 qui est un chaos d'iniquités et de misères, et l'opprobre de la littérature .

 Le dernier maréchal de Tessé 5 est en effet un terme impropre, c'est un anglicisme, the late marschall. J'étais anglais alors, je ne le suis plus depuis qu'ils assassinent nos officiers en Amérique 6 et qu'ils sont pirates sur mer, et je souhaite un juste châtiment à ceux qui troublent le repos du monde .

 Ce que je souhaite encore plus, monsieur, c'est la continuation de vos bontés pour votre très humble, etc . »

 1 Voir la lettre du 22 juillet 1755 à propos d'un précédent envoi scientifique : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2012/02/23/j...

 2 Louis-Léon-Félicité de Brancas, comte de Lauraguais, puis duc de Brancas, est âgé de 24 ans et s'intéresse à la chimie de la porcelaine ; il fut élu à l'Académie des Sciences le 19 mars 1758 comme « adjoint mécanicien » . Voir : http://books.google.fr/books?id=JCRCAAAAcAAJ&pg=PA402...

 3 En citant ces vers dans son Histoire des membres de l'Académie française (éloge de Jean-Antoine de Mesmes : voir aussi page 2 : http://www.bibliotheque-institutdefrance.fr/archives/prec...

), d'Alembert les attribue à Jean-Baptiste Rousseau .

 4 Jean-Baptiste Rousseau : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Baptiste_Rousseau

 5 V* cite le maréchal de Tessé dans son Siècle de Louis XIV, mais on n'y trouve pas l'expression incriminée, elle doit remonter à un texte bien antérieur .

 6 Allusion possible à l'affaire dans laquelle fut tué Joseph Coulon de Jumonville surpris sans déclaration de guerre par Washington ; voir aussi lettre du 4 juin à Jean-Robert Tronchin : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2012/11/05/j...

 

 

19/11/2012

Je ne sais encore si l'absurdité de ces gens-là doit me faire pouffer de rire ou d'indignation. Rire vaut mieux; mais il y a encore tant de sots que cela met en colère

... Ou : la droite la plus bête du monde , qui , de minoritaire tend à devenir doublement minoritaire , et je m'en fiche ! Explosion des égos, disparition des égaux .

 Vieux fou

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« A M. Jean le ROND d'ALEMBERT.

Aux Délices, 8 juillet [1757].

Voilà encore de l'érudition orientale de mon prêtre 1 il est infatigable. Vous avez sans doute quelque correcteur hébraïque? Si tous les articles étaient dans ce goût, les libraires n'y trouveraient pas leur compte.
Il faut que je vous dise, mon cher et illustre philosophe, que j'ai fait la recrue d'un jésuite. Il est venu à Genève pour se faire guérir son estomac par Tronchin , il ferait tout aussi bien de se faire guérir de la rage de son fanatisme. Ne vous ai-je pas déjà parlé de ce vieux fou? Il s'appelle Maire 2; il était théologien de l'évêque de Marseille, Belsunce. Je crois vous avoir déjà mandé tout cela. Dieu me pardonne! Vous ai-je dit que ce capelan m'a donné un mandement contre les déistes, composé par lui, Maire, sous le nom de son évêque ? Vous ai-je dit avec quelle fureur il déclame contre tous ceux qui croient un Dieu? Il attaque en cent endroits M. Diderot; il lui reproche de croire en Dieu, avec une amertume, avec un fiel si étrange! Il exhorte tous les Marseillais à n'y point croire. Je ne sais encore si l'absurdité de ces gens-là doit me faire pouffer de rire ou d'indignation. Rire vaut mieux; mais il y a encore tant de sots que cela met en colère.
On prétend les affaires du roi de Prusse pires que jamais. On dit qu'il lève en Silésie ce qu'ils appellent le quatrième homme, et que ce quart des habitants ne veut pas se faire tuer pour lui , que les officiers désertent, qu'il en a fait arquebuser quarante. Quel diable de Salomon! Mais peut-être que tout cela n'est pas vrai. Interim, vale. »

1 Un article de l'Encyclopédie qui doit apparemment beaucoup à dom Calmet .

2 Charles-Antoine Maire, mort en 1765.

 

18/11/2012

Ce n'est point avoir vaincu que de ne pas poursuivre vivement son ennemi et de le pas chasser du pays qu'il usurpe , c'est seulement n'avoir pas été battu

 ... Les occasions de rire se renouvellent sans cesse pour qui se défie de l'imbécilité .

A cette heure, 23h 40, Copéfillon et Filloncopé sont dans un bateau, les rameurs s'engueulent, on tourne en rond, la tricherie , commune chez ces gens-là, est d'actualité , je leur propose en dernier recours de faire des contrôles anti-dopage sur les urnes . Voir : http://www.lexpress.fr/actualite/politique/en-direct-ump-derniere-ligne-droite-du-duel-cope-fillon_1188793.html , c'est édifiant, quand on sait que Sarko sort du même tonneau.

 Selon la définition de Voltaire sur la victoire, qui pourra à l'U(n) M(auvais) P(arti) s'en vanter demain ?

 

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« A Jean-Robert TRONCHIN

6 juillet [1757]

Je respecte fort les nouvelles d'Oullins 1 mon cher correspondant mais si le prince Charles avait battu les Prussiens le 20 juin pourquoi m'écrit-on le 24 de Vienne qu'on est très affligé que le prince Charles soit sorti de Prague si tard et si inutilement, qu'il n'ait su que par hasard le décampement du maréchal Keit, qu'il n'ai pu atteindre que quinze chariots de vivandiers ? pourquoi dit-on que l'armée du marquis de Brandebourg et du maréchal Keit se sont rejointes ? qu'elles étaient au beau milieu de la Bohème le 22 ? et qu'on craignait beaucoup une seconde bataille ? Attendons toujours le boiteux 2.

Il y a des gens qui pensent que l'affaire du 18 3 est très peu de chose, que les Prussiens après avoir attaqué huit fois se sont retirés en très bon ordre, qu'ils n'ont pas perdu un gros canon, que les prétendus étendards menés à Vienne en triomphe sont des enseignes de compagnie, chaque compagnie ayant en effet la sienne . Les Autrichiens sont si étonnés de s'être défendus et d'avoir repoussé les Prussiens qu'ils comptent ce premier avantage inouï parmi eux , pour une très grande victoire . Ce n'est point avoir vaincu que de ne pas poursuivre vivement son ennemi et de le pas chasser du pays qu'il usurpe , c'est seulement n'avoir pas été battu . Le temps nous apprendra si le succès du maréchal Daun a les suites qu’il doit avoir . Je ne croirai les Autrichiens pleinement victorieux que quand ils rendront la Saxe à son maître et qu'on fera le procès au marquis de Brandebourg dans Berlin . Je ne doute pas qu'il ne soit condamné selon les lois de l'empire s'il est malheureux et qu'on ne donne l'électorat à son frère . Je tremble cependant pour les vaisseaux du marquis Roux 4: quelque chose qui arrive à ce marquis roux et à celui de Brandebourg , je songe à vous faire manger des pêches à vous et vos hoirs . Je vous fais cinq ou six petits murs de refend dans votre potager mais aussi il faut que vous m'accordiez votre protection auprès du portier des Chartreux 5 dont vous devez être bien connu . J'ai besoin de cent pieds d'arbres du clos de ces bons pères . Voyez je vous prie comment il faut s'y prendre . Il fera beau qu'un huguenot mange des fruits des moines . Il est fort aisé je crois de trouver de la protection auprès du révérend père procureur ou du révérend père jardinier de Paris lequel pour mon argent m’accordera quatre-vingts pêches de plus d'une espèce et quelques autres arbres . Je joins ici le mémoire dont copie peut être présentée au chapitre de Paris .

Mme Denis remercie M. Camp de la bonté qu'il a de se charger de ses petites emplettes et moi, monsieur, je dois vous remercier tous les ordinaires . Quand vous jugerez à propos de prendre pour moi des annuités, à votre loisir et dans le temps le plus convenable à un virement de parties, vous obligerez toujours votre très honoré et obéissant serviteur ,

V. 

A l'égard des arbres fruitiers, les Chartreux auront le temps de les préparer pour la fin de l'automne et je veux encore espérer d'en manger quelques fruits avec vous .»

1 La demeure familiale du cardinal de Tencin était à Oullins, proche de Lyon .

2 Locution proverbiale qui « se dit en matière de nouvelles pour dire qu'il faut attendre la confirmation avant que de croire . », Dictionnaire comique de Leroux : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k113396j.r=Dictionnaire+Comique+Le+Roux+.langFR

3  Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Kolin . Le roi de Prusse, battu par le maréchal Daun, et poursuivi par le prince Charles de Lorraine, recula sur la montagne des Géants, après avoir levé le siège de Prague, essaya vainement de défendre les défilés pour garder ses communications avec la Saxe et la Silésie, et fit sa retraite sur Bautzen et Görlitz.

4 On ne sait qui est ce marquis , V* ne donnant pas assez de détails sur lui.

5 Les vergers du couvent des Chartreux à Paris étaient célèbres et le « portier des Chartreux » a donné matière à des pièces de vers, et roman, parfois grivois ou érotique .Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_Dom_Bougre,_portier_des_Chartreux

 

je ne mets pas la main à l'encensoir.

 ... Pour honorer Coppé ou Fillon, dont je me fiche comme d'une guigne .Quelque soit l'élu à la tête de l'UMP, il sera un élément de division de cette foutue ex-majorité, et l'hypocrisie de la fausse entente va aller bon train , alleluia !

Par contre je le fais volontiers pour le XV de France qui pour son deuxième test match, face à une pugnace équipe de Pumas, a remporté une nouvelle belle victoire .

 

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« A M. Jean le ROND d'ALEMBERT.

6 de juillet [1757]

Voici encore ce que mon prêtre de Lausanne m'envoie. Un laïque de Paris qui écrirait ainsi risquerait le fagot; mais si, par apostille, on certifie que les articles sont du premier prêtre 1 de Lausanne, qui prêche trois fois par semaine, je crois que les articles pourront passer pour la rareté. Je vous les envoie écrits de sa main, je n'y change rien je ne mets pas la main à l'encensoir.
Je vous conseille, mon illustre ami, de faire transporter sur le trésor royal de Paris votre pension de Berlin. Si les choses continuent du même train, je compte faire une pension au roi de Prusse; mais il me semble qu'on chante trop tôt victoire. »

1 Antoine-Noël Polier de Bottens .Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine-No%C3%A9_de_Polier_de_Bottens

 

17/11/2012

C'est bien . Je ne souhaite rien de plus .

 ... Ce que je me dis parfois, peu souvent, mais n'allez pas me déclarer insatisfait chronique . Ne rien souhaiter de plus n'est-ce pas ne plus vouloir évoluer, s'améliorer, se bonifier tant soit peu ( comme le vin de Voltaire ) ?

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 Si proches et si lointaines

 

 

«A  Antoine-Jean-Gabriel Le Bault

conseiller au Parlement à Dijon

Aux Délices près de Genève 3 juillet [1757]

Je vous demandais monsieur, avec humilité deux cents ceps de vigne sentant parfaitement combien ma terre maudite, mon vigneron et moi, nous sommes indignes d'une telle faveur . Vous daignez m'en faire parvenir davantage .

Dii melius fecere, bene est, nihil amplius opto .1

Je ne prétends pas faire cent bouteilles de vin d'un bourguignon allobroge . Je ne veux que plaisanter avec mon terrain calviniste . Le terrain païen des Hottentots est un peu plus béni de Dieu, c'est là que les vignes de Bourgogne se perfectionnent, mais nous ne sommes pas dans notre Allobrogie au trente quatrième degré de latitude comme le cap de Bonne Espérance . Puisque vous avez, monsieur, la condescendance de vous prêter à mes fantaisies j'attendrai vos bienfaits mais vous voudrez bien que je vous supplie de permettre que je paye les ceps et la peine de ceux qui les auront déplantés . Il est bien doux de s'occuper à ces amusements tandis qu'on s'égorge sur terre et sur mer , que l'Allemagne s'épuise de sang et la France d'argent .

Je présente mes respects à Mme Le Bault et j'ai l'honneur d'être avec les mêmes sentiments,

monsieur

votre très humble et très obéissant serviteur.

V. »

1 Horace : Satires II, vi, 4 : Les dieux ont mieux fait les choses . C'est bien . Je ne souhaite rien de plus .

 

14/11/2012

Qui! moi, que je me donne avec mon héros le ridicule de parler de ce qui n'est pas de mon métier ? Non assurément, je n'en ferai rien

 ... Aussi ne dirai-je pas un mot sur l'oeuvre poétique de Voltaire, si ce n'est pour dire que si tout ne m'emballe pas, tout me plait .

 Et comme il me plairait de voir ces drôles de machines de l'Île à Nantes

voir les machines de l ile nantes.jpg

 

 

 

« A M. le maréchal duc de RICHELIEU.

Aux Délices, 2 juillet [1757].

Qui ! moi, que je me donne avec mon héros le ridicule de parler de ce qui n'est pas de mon métier ? Non assurément, je n'en ferai rien. Si vous avez envie d'avoir le modèle en question, envoyez vos ordres. Faites prier de votre part, ou Florian 1, ou Montigny 2, de l'Académie des sciences, de venir chez vous. Tous deux ont travaillé à cette machine. Elle est toute prête. C'est à mon héros à en juger, et ce n'est pas à moi chétif à l'ennuyer par des explications qui ne donnent jamais une idée nette. Il n'y a que les yeux qui puissent bien comprendre les machines.
Vous avez sans doute, monseigneur, tous les détails de la bataille donnée le 18 en Bohême 3, et de la sortie exécutée le 21 par le prince Charles 4. Il paraît qu'on peut battre les Prussiens sans le secours d'une nouvelle machine. Mais, malgré les vingt- deux postillons sonnant du cor à Vienne, et malgré les cent bouches de la Renommée, on ne voit pas encore que les Prussiens aient évacué la Bohême. Ils paraissent encore être en force au camp de Kollin et auprès de Prague.
Je voudrais, pour bien des raisons, que ce fût mon héros qui les battit complètement. Ah! quelle consolation charmante ce serait pour votre ancien courtisan, pour votre vieux idolâtre, de vous voir avant et après vos triomphes . Je ne sais pas trop ce que pourra mon corps malingre mais je réponds bien de mon âme. Où ne me conduirait-elle pas pour vous faire ma cour ? J'irais partout, hors à Paris. J'imagine que vous ferez plus d'un tour au delà du Rhin que vous verrez l'électeur palatin; que vous passerez quelquefois dans la maison de campagne 5 qu'il achève. Il m'honore de beaucoup de bontés. Ce ne sont pas les caresses du roi de Prusse, il ne me baise pas la main, et il ne met pas de soldats, la baïonnette au bout du fusil, au chevet du lit de ma nièce mais il daigne me témoigner quelque confiance. Je ne sais s'il ne serait pas mieux que j'allasse vous faire ma cour dans ce pays-là que dans Strasbourg, où vous n'aurez pas un moment à vous. J'aimerais mieux vous tenir un jour à la campagne, que quatre dans une ville bruyante. Mais où ne voudrais-je pas vous voir, vous entendre, vous renouveler mon tendre et profond respect  »

1  Voir lettre du 1er novembre 1756 à Richelieu : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2012/08/29/j...

2  Voir lettre du 8 janvier 1756 à Mme de Fontaine : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2012/05/04/t...

3  Celle de Kollin, perdue par Frédéric le 18 juin.

4  Sortie de Prague assiégée .

5  Celle de Schwetzingen, où Voltaire ira voir Charles-Théodore, en juillet 1758.

 

13/11/2012

Il y a de belles imaginations, madame, que le repos effarouche, et cela me fait trembler

... Ce bourreau de travail, Voltaire, tremble devant le repos .

Alors que je connais une majorité de mes concitoyens (j'espère me tromper dans mes estimations ) qui fuit devant le travail et n'aspire qu'à la retraite, ne plus rien faire . Il n'est pas même besoin de leur souhaiter une vieillesse tristounette, ils sont vieux dans leur tête dès à présent .

Il sera toujours temps, pour ça

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« A Charlotte-Sophie von ALTENBURG, comtesse BENTINCK

 

Aux Délices près de Genève 30 juin [1757] [part le 2 juillet par Strasbourg]

Il y avait une demi-heure madame que ma nièce et moi nous sautions de joie dans notre ermitage quand votre belle lettre nous a confirmé  la nouvelle du gain d'une partie du procès de votre adorable duchesse 1. Ce n'est pas assez de gagner un incident il faut que votre chicaneur soit condamné aux dépens et à l'amende . J'espère beaucoup dans ce célèbre avocat de la meilleure cause du monde que vous avez l'avantage de voir quelquefois . Il est éloquent, il est actif, il est plein de ressources comme j'avais eu l'honneur de vous le mander . Il nous rendra bon compte de la partie adverse, et la manière dont il conduit ce procès le comblera de gloire .

J'ai envoyé votre proposition de louer pour l'année qui vient et je n'ai point encore eu de réponse . Vous aurez tout le temps de changer d'avis d'ici à un an mais moi je ne changerai jamais . Je souhaiterai toujours de partager avec vous la douceur de ma retraite . Je croirai qu'après avoir vu les cours les plus brillantes, après avoir essuyé les amertumes d'une vie agitée, il faut bien jouir enfin du repos . Mais c'est un bonheur qui n'est pas fait pour tout le monde . Il y a de belles imaginations, madame, que le repos effarouche, et cela me fait trembler .

Enfin vous viendrez être tranquille et heureuse quand vous pourrez : plût à Dieu que vous pussiez faire un accommodement stable et solide ! quel qu'il fût vous y gagneriez . Il n'est pas possible qu'un mari qui est retenu par l'amour de la réputation, que des enfants qui commencent à être grands, laissent une femme, une mère dans la peine et le besoin . Il y a des devoirs qu'il faut absolument remplir . Je ne vois vos affaire qu'à travers un nuage mais je les vois avec intérêt et avec douleur . Je fais peut-être inutilement des vœux pour votre bonheur, le mien serait de vivre avec vous et de vous renouveler tous les jours mon tendre respect .

V. »