21/06/2010
pour avoir des Filles ... J'ai peur que cela ne demande un délai de quelques jours
http://www.youtube.com/watch?v=eUqfyQgVbDE&feature=re...
« A Jean de Vaines
21è juin 1775
J'ai le coeur ulcéré, monsieur, de ne vous avoir présenté aucune des Filles de Minée [Le Dimanche, ou les Filles de Minée, prétendue « mauvaise plaisanterie de feu La Visclède » ; cf. lettre à Mme du Deffand du 17 mai]. Ces demoiselles, dont M. de La Visclède , secrétaire de l'académie de Marseille, est le parrain, étaient en effet plus plaisantes qu'une Diatribe sur les blés [la Diatribe à l'auteur des Ephémérides, datée du 10 mai 1775 à l'abbé Baudeau, éditeur des Nouvelles Ephémérides économiques qui succédaient aux Ephémérides du citoyen].
Je viens d'écrire à Gabriel Cramer pour avoir des Filles ; s'il n'en a point il faut qu'il en fasse, et qu'il les imprime pour votre amusement. J'ai peur que cela ne demande un délai de quelques jours ; car après l'aventure de cette famille il y a une longue Lettre de M. de la Visclède sur Jean de La Fontaine [Lettre de M. de La Visclède au Secrétaire perpétuel de l'académie de Pau ; V* le 16 novembre 1774, à Chamfort : « La Fontaine est un charmant enfant que j'aime de tout mon coeur. Mais laissez-moi en extase devant messer Ludovico [Ariosto]... »], le tout est plus volumineux que la Diatribe. Je suis honteux pour La Visclède qu'il soit si prolixe, et pour moi que ma lettre soit si courte, car en vérité j'ai bien du plaisir à m'entretenir avec vous.
M.de La Harpe est possesseur d'un Minée, si je ne me trompe.
V[otre] t[rès] h[umble] et très o[béissant] s[erviteur]
V. »
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20/06/2010
J'ai un instinct qui me fait aimer le vrai
A l'heure programmée pour la parution de cette note, je devrais être en route pour ma première compétition de tir à l'arc en plein air de cette saison. Il est prévu du froid, avec vent du nord, et la météo suisse qui ne se trompe pas prévoit même des chutes de neige à moins de 2000 mètres . Vivement que finisse ce printemps pourri ! Réchauffement climatique, comme prévu par certains, ne veut pas dire beau temps mais moyenne des températures plus élevée, quitte à vivre sous une couche de nuages plus constante . Mais franchement, ça commence à me gonfler (comme gonflent les cumulus qui nous pissent dessus ! ).
Mais un bonheur est prévu !
Dans une semaine, -une longue semaine pour moi,- "Fête à Voltaire" à Ferney-Voltaire .

Notez tout de suite cette date : 26 juin 2010, et venez .
http://www.ferney-voltaire.fr/TPL_CODE/TPL_EVENEMENT/PAR_...
Grâce à ce lien, vous pouvez télécharger "l'inégralité" du programme (non, non, je ne suis pas l'auteur de cette faute de frappe, c'est la commission culturelle qui se marche un peu sur le sac ...)
Pour moi, ce sera la date anniversaire de ma rencontre de LoveVoltaire qui transmet sans relâche l'oeuvre de Volti en l'illustrant d'un manière remarquable . Quand vous voyez son blog "monsieurdevoltaire" vous êtes frappé par son élégance, élégance qui est l'exact reflet de son auteur. Puis vous serez ébahis par la puissance de travail qui est mise en oeuvre .
Je garderai toujours au coeur le plaisir de la connaitre. Et ce plaisir va être renouvelé . Merci à Voltaire !
"A Henri Pitot
Le 20 juin [1737]
Vous devez avoir actuellement, monsieur, tout l'ouvrage [Eléments de la philosophie de Newton] sur lequel vous voulez bien donner votre avis. J'en ai commencé l'édition en Hollande, et j'ai appris depuis que le gouvernement désirait que le livre parût en France, d'une édition de Paris . M. d'Argenson sait de quoi il s'agit [le marquis René-Louis de Voyer] ; je n'ai osé lui écrire sur cette bagatelle. La retraite où je vis ne me permet guère d'avoir aucune correspondance à Paris, et surtout d'importuner les gens en place de mes affaires particulières. Sans cela, il y a longtermps que j'aurais écrit à M. d'Argenson, avec qui j'ai eu l'honneur d'être élevé, et qui , depuis vingt-cinq ans, m'a toujourqs honoré de ses bontés. Je compte qu'il m'a conservé la même bienveillance.
Je vous supplie, Monsieur, de lui montrer cet article de ma lettre , quand vous le trouverez dans quelque moment de loisir. Vous l'instruirez mieux que je ne le ferais touchant cet ouvrage. Vous lui direz qu'ayant commencé l'édition en Hollande, et en ayant fait présent au libraire qui l'imprime [Ledet], je n'ai songé à le faire imprimer en France que depuis que j'ai su qu'on désirait qu'il y parût avecprivilège et approbation.
Ce livre est attendu ici avec plus de curiosité qu'il n'en mérite, parce que le public s'empresse de chercher à se moquer de l'auteur de La Henriade devenu physicien. Mais cette curiosité maligne du public servira encore à procurer un prompt débit à l'ouvrage, bon ou mauvais.
La première grâce que j'ai à vous demander, Monsieur, est de me dire , en général, ce que vous pensez de cette philosophie, et de me marquer les fautes que vous y aurez trouvées. J'ai un instinct qui me fait aimer le vrai ; mais je n'ai que l'instinct, et vos lumières le conduiront.
Vous trouvez que je m'explique assez clairement; je suis comme les petits ruisseaux ; ils sont transparents parce qu'is sont peu profonds . J'ai tâché de présenter les idées de la manière dont elles sont entrées dans ma tête . Je me donne bien de la peine pour en épargner à nos Français qui, généralement parlant, voudraient apprendre sans étudier.
Vous trouverez dans mon manuscrit, quelques anecdotes semées parmi les épines de la physique. Je fais l'histoire de la science dont je parle, et c'est peut-être ce qui sera lu avec le moins de dégoût. Mais le détail des calculs me fatigue et m'embarasse encore plus qu'il ne rebutera les lecteurs ordinaires. C'est pour ces cruels détails surtout que j'ai recours à votre tête algébrique et infatiguable ; la mienne poétique et malade, est fort empêchée à peser le soleil.
Si madame votre femme est accouchée d'un garçon, je vous en fais compliment. Ce sera un honnête homme et un philosophe de plus, car j'espère qu'il vous ressemblera.
Sans aucune cérémonie, je vous prie de compter sur ma reconnaissance autant que sur mon estime et mon amitié ; il serait indigne de la philosophie d'aller barbouiller nos lettres d'un Votre très humble, etc.
P.-S. - Vous vous moquez du monde de me remercier comme vous le faites et encore plus de parler d'acte par devant notaire [prêt d'argent ? Le 2 août 1738 , à Moussinot, il demandera de lui prêter 800 livres tournois ; il dira qu'"il ne faut point, (lui) semble, de notaire avec un philosophe", mais précisera quand même les modalités de remboursement et parlera d'un "billet de M. et Mme Pitot portant paiement sur leur terre"] ; je le déchirerais. Votre nom me suffit, et je ne veux point que le nom d'un philosophe soit deshinoré par des ogligations en parchemin. S'il n'y avait que des gens comme nous, les gens de justice n'auraient pas beau jeu."
A " nos Français qui, généralement parlant, voudraient apprendre sans étudier", je dédie ceci qui vient de Français qui ont étudié sans apprendre :
http://www.linternaute.com/humour/betisier/photo/les-perl...
Au milieu de ces perles qui sont une source immédiate de rire, j'ai une pensée émue pour celui (ou celle , ) qui évoque la pensée de JJ Rousseau . Je vous laisse découvrir, et je pense à ma bloggueuse préférée qui va en rester hilare . La vérité sort de la bouche des (grands) "enfants" ?
06:29 | Lien permanent | Commentaires (2)
19/06/2010
Rongez cet os là en attendant mieux, et continuez à m'aimer

http://www.ina.fr/divertissement/humour/video/CPC84050811...
« A Nicolas-Claude Thiriot [qu'il appelle "la trompette", V* dit souvent ce qui doit être répété]
chez madame de La Popelinière
rue de Ventadour à Paris
Aux Délices 19 juin [1755]
Voilà qui va fort bien, mon ancien ami, mais vous ne me dites pas comment il faut faire tenir le petit paquet [le manuscrit de La Pucelle corrigé]. M. Darget a un exemplaire détestable, et il ne devrait en avoir aucun. Il y a dans sa copie une quantité énorme de mauvais vers insérés par un nommé Tinois, moitié fou moitié poète que j'avais mené avec moi à Berlin. Il a vendu son maudit exemplaire cinquante ducats à un grand prince, et ce grand prince [Henri, frère de Frédéric II] aurait bien fait de le jeter au feu.
Voici des vers qui sont de moi, et qui n'en sont pas meilleurs. Rongez cet os là en attendant mieux, et continuez à m'aimer. »
15:55 | Lien permanent | Commentaires (0)
18/06/2010
Je suis presque fâché de mourir quand je vois l'aurore du jour le plus heureux
"Je suis presque fâché de mourir quand je vois l'aurore du jour le plus heureux" : rassurez-vous, mourir n'est pas au programme pour moi (je vais faire attention avant de traverser la rue quand même !) et le jour heureux correspond à celui du vidage de nos guignols des pelouses sud-africaines .

"Vous qui entrez ici, abandonnez tout espoir", voici ce que j'aurais bien vu écrit en grand sur la porte des chambres accueillant douillettement -beaucoup trop douillettement- ces chochottes de l'équipe de France de foot (je sais ! je sais ! pourquoi préciser le sport ! ) . Mais dès ce jour, ils vont pouvoir rentrer pantoufler et profiter de leur fric sans puiser davantage dans les caisses de la fédération .
Rama Yade , votre tacle était régulier !
Bachelot, Roselyne vous avez encore la vue courte et la myopie démagogique ! Les frais sont payés par la FFF , oui, certainement, mais qui fait rentrer des sous dans ses caisses ?
Je vous invite à voir l'article de Wikipedia sur le sujet : que lisez-vous à la rubrique "budget et financement" ?
- [modifier] ? c'est aussi mon avis, modifier !! Pour autant que je sache, une bonne partie de l'argent vient des jeunes et moins jeunes praticants qui payent leurs cotisations et licences à cette magnifique association à but non lucratif (loi 1901); une autre partie vient de subventions, donc des impôts de tous ordres, le footballeur de base payant donc deux fois pour gaver les instances dirigeantes et des Bleus qui baignent dans le fric à longueur d'année (les Bleus que je préfère ce sont bien sûr les Schtroumpfs ) .
http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%A9d%C3%A9ration_fran%C3%A7aise_de_football#Budget_et_Financement
M. Domenech, vous et vos sélectionnés, vous entrez dans le livre des records de suffisance et inefficacité, ce qui ne surprend personne de lucide . Faites-vous oublier vite !
Revenons aux vraies valeurs de la vie : pour une amie très chère (et pour vous aussi aimables lecteurs ! ) : http://www.deezer.com/fr/#music/rhoda-scott
Par contre, souvenons-nous toujours de Volti et de sa pensée et ses actes autrement plus féconds .
« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental
18è juin 1774
Mais mon cher ange, écrivez-moi donc. Ne me faites pas languir. Vous ne connaissiez pas le petit ouvrage De la Fatalité [de V* ; 1774, De la mort de Louis XV et de la fatalité]. J'en faisais peu de cas, et je ne savais pas qu'il eût produit un très grand bien.[V* écrivait le 17 à d'Hornoy qu'il lui envoyait « un petit écrit qui n'a pas peu contribué à faire inoculer quelques personnes »]
Est-il vrai qu'on a demandé au roi le retour de l'ancien parlement ?
Est-il vrai que M. le duc de Choiseul soit revenu ? n'aurait-il pas été plus beau et plus digne de lui de ne se point presser ?
Voilà de bons commencements . Je suis presque fâché de mourir quand je vois l'aurore du jour le plus heureux. Je vous ai écrit par M. Bacon [substitut du procureur général, sis Place Royale à Paris] . Vous recevez ce petit paquet par Mme de Sauvigny, et vous pourrez m'ouvrir votre cœur par la même voie. »
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17/06/2010
Sans cette espérance je vous aurais conseillé de vous habiller de gaze.

http://www.youtube.com/watch?v=DJ1yPz14LrU
"Coquin" de Cromvel, comme dit Volti, certainement pas dans le sens, ou plutôt "non-sense" envisagé par lui ; "drame barbare" : je pense que vous ne le verrez plus avec le même oeil !
« A Henri-Louis Lekain
17 juin [1764]
J'ai vu, mon cher et grand acteur, ce jeune ex-jésuite auteur de ce drame barbare [le prétendu auteur du Triumvirat ! cf. lettre du 21 mai aux d'Argental]. Il dit qu'un opéra-comique est beaucoup plus agréable ; il prétend que ces trois coquins qu'on donne immédiatement après ce coquin de Cromvel [Cromwell, d'Antoine Maillet du Clairon, représenté le 7 juin 1764] révolteront le public, et que voilà trop de barbaries. Il dit qu'on mourra de chaud au mois de juillet, et que la pièce fera mourir de froid. Il dit qu'il ne faut aux Welches que de la tendresse. Je ne peux du pied des Alpes savoir quel est le goût de Paris. Je m'en rapporte à vous, et je vous plains de jouer la comédie pendant l'été. Heureusement votre salle est fraiche aux pièces nouvelles. Il est à croire que votre ex-jésuite en fera une belle glacière. Sans cette espérance je vous aurais conseillé de vous habiller de gaze.
Je vous embrasse du meilleur de mon cœur.
V.
Sérieux :doc sur Cromwell :
http://www.youtube.com/watch?v=gqMKiWCEkBM&feature=re...
Kamini, barbare moderne que je vais aller écouter et voir ce WE pour la fête de la musique à Prévessin ; quelle que soit la température, je pense qu'il saura la faire monter.
http://www.youtube.com/watch?v=OWgZu4WW64Q&feature=Pl...
16:57 | Lien permanent | Commentaires (0)
16/06/2010
cet animal-là est un vilain gnome.
http://www.youtube.com/watch?v=7GN1I7M3yCc
« A François-Augustin Paradis de Moncrif
Je n'avais, mon cher sylphe,[Moncrif, auteur de Zélindor, roi des Silphes, 1745] supplié Mme de Luynes de présenter ma rhapsodie [poème La Bataille de Fontenoy] à la reine , que parce qu'il paraissait fort brutal d'en laisser paraître tant d'éditions sans lui en faire un petit hommage. Mais je vous prie de lui dire très sérieusement que je lui demande pardon d'avoir mis à ses pieds une pauvre esquisse que je n'avais jamais osé faire donner au roi.
Enfin Sa Majesté ayant bien voulu que je lui dédiasse sa bataille, j'ai mis mon grain d'encens dans un encensoir un peu plus propre, et le voici que je vous présente. C'est à présent que vous pouvez dire hardiment à la reine que cela vaut mieux que la maussaderie de notre ami le poète Roy [Discours au roi sur le succès de ses armes, 1745, de Pierre-Charles Roy, contenant ce vers : « Et suivant son caprice adjuger les lauriers »]. Je ne crois pas qu'aucun de ceux que j'ai si justement célébrés soit fort content que cet honnête homme ait dit en style d'huissier priseur que j'ai adjugé des lauriers selon mon caprice. Mais c'est une des moindres peccadilles de M. le chevalier de Saint-Michel. Mon aimable sylphe, cet animal-là est un vilain gnome.
Vale, je vous aime de tout mon cœur.
V.
Il a fait une petite satire dans laquelle il dit de moi :
Il a loué depuis Noailles
Jusqu'au moindre petit morveux
Portant talon rouge à Versailles.[i]
On débite cette infamie avec les noms de M. d'Argenson, Castelmoron et d'Aubeterre en notes.[V* précise que l'auteur de la satire a « mis en marge … les d'Aubeterre et les Castelmoron »]
Vous êtes engagé d'honneur à faire connaître à la reine ce misérable. Si je n'étais pas malade, j'irais me jeter à ses pieds. Je vous supplie instamment de lui faire ma cour. Comptez que je vous aimerai toute ma vie .
16 juin [1745] au soir »
i C'est ici,
La Requête du curé de Fontenoy au roi, en réalité de Jean-Henri Marchand . V* justifiait le 3 juin, à Cideville, son éloge de Noailles : « Il était délicat de parler de M. le maréchal de Noailles, l'ancien du maréchal de Saxe, n'ayant pas le commandement. Les deux vers qui expriment qu'il n'est point jaloux, et qu'il ne regarde que l'intérêt de la France, sont un petit trait de politique …; ces allusions aux faits qu'on ne doit pas dire hautement, mais qu'on doit faire entendre, ce sont là … ces petites finesses qui plaisent aux hommes comme vous ... »
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15/06/2010
vous avez négligé l'esprit de la morale pour l'esprit de conquête
« A Frédéric II
[vers le 15 juin 1743]
Grand roi, j'aime fort les héros,
Lorsque leur esprit s'abandonne
Aux doux passe-temps, aux bons mots
Car alors ils sont en repos,
Et ils ne font de tort à personne.
J'aime César, ce bel esprit,
César dont la main fortunée
A tous les lauriers destinée,
Agrandit Rome, et lui prescrit
Un autre ciel, une autre année.
J'aime César entre les bras
De la maitresse qui lui cède ;
Je ris et ne me fâche pas
De le voir , jeune et plein d'appas,
Dessus et dessous Nicomède.
Je l'admire plus que Caton,
Car il est tendre et magnanime,
Éloquent comme Cicéron,
Et tantôt gai, tantôt sublime
Comme un roi dont je tais le nom.
Mais je perds un peu de l'estime
Quand il passe le Rubicon,
Et je pleure quand ce grand homme,
Bon poète et bon orateur,
Ayant tant combattu pour Rome,
Combat Rome pour son malheur.
Vous êtes plus heureux, Sire, après votre prise de la Silésie, que votre devancier après Pharsale. Vous écrivez comme lui des commentaires ; vous aimez comme lui la société ; vous en faites le charme ; vous m'envoyez des vers bien jolis [Frederic se moquait de V* dans une lettre du 21 mai car il avait fait une lettre à la platitude servile à Boyer pour entrer à l'Académie ; il lui envoyait aussi une préface de son Histoire de mon temps ] et une préface digne de vous, qui annonce un ouvrage digne de la préface. Je n'y puis tenir ; le côté de votre aimant m'attire trop fort, tandis que le côté de l'aimant de la France me repousse. S'il y avait dans la Cochinchine un roi qui pensât, qui écrivit et qui parlât comme vous, il faudrait s'embarquer et aller à ses pieds. Tous les gens qui ont une étincelle de goût et de raison doivent devenir des reines de Saba.
Je vous avouerai cependant , grand roi, avec ma franchise impertinente, que je trouve que vous vous sacrifiez un peu trop dans cette belle préface de vos Mémoires. Pardon, ou plutôt point de pardon ; vous laissez trop entrevoir que vous avez négligé l'esprit de la morale pour l'esprit de conquête.[dans ses Mémoires, V* écrira qu'il « eut soin de transcrire » l'aveu du roi et entre autres : « L'ambition, l'intérêt, le désir de faire parler de moi l'emportèrent ; et la guerre fut résolue » ; et il regrettera de lui avoir « fait retrancher ce passage »] Qu'avez-vous donc à vous reprocher ? N'aviez-vous pas des droits très réels sur la Silésie, du moins sur la plus grande partie ; et le déni de justice ne vous autorisait-il pas assez ? Je n'en dirai pas davantage ; mais sur tous les articles je trouve Votre Majesté trop bonne, et elle est bien justifiée de jour en jour. Votre Majesté est avec moi une coquette bien séduisante ; elle me donne assez de faveurs pour me faire mourir d'envie d'avoir les dernières. Quel temps plus convenable pourrais-je prendre pour aller passer quelques jours auprès de mon héros ? Il a serré tous ses tonnerres, et il badine avec sa lyre ; ici on ne badine point, et s'il tonne, c'est sur nous. Ce vilain Mirepoix est aussi dur , aussi fanatique, aussi impérieux, que le cardinal de Fleury était doux, accommodant et poli. Oh ! qu'il fera regretter ce bon homme ! et que le précepteur de notre dauphin est loin du précepteur de notre roi ! Le choix que Sa Majesté a fait de lui est le seul qui ait affligé notre nation; tous nos autres ministres sont aimés ; le roi l'est. Il s'applique, il travaille, il est juste, et il aime de tout son cœur la plus aimable femme du monde [future duchesse de Châteauroux]. Il n'y a que Mirepoix qui obscurcisse la sérénité du ciel à Versailles et à Paris ; il répand un nuage bien sombre sur les belles-lettres ; on est au désespoir de voir Boyer à la place des Fénelon et des Bossuet : il est né persécuteur. Je ne sais par quelle fatalité tout moine qui a fait fortune à la cour a toujours été aussi cruel qu'ambitieux. Le premier bénéfice qu'il a eu après la mort du cardinal vaut près de quatre-vint mille livres de rente ; le premier appartement qu'il a eu à Paris est celui de la reine, et tout le monde s'attend à voir au premier jour sa tête, que Votre Majesté appelle si bien une tête d'âne,[Boyer signait assez peu lisiblement « l'anc. évêq. de Mirepoix » et V* et Frédéric firent semblant de lire « l ' âne » au lieu de « l'anc. » et Boyer devint « l'âne de Mirepoix »] ornée d'une calotte rouge apportée de Rome.[il ne fut pas cardinal]
Il est vrai que ce n'est pas lui qui a fait Marie à la coque [c'est l'archevêque de Sens qui a écrit la Vie de la vénérable mère Marguerite-Marie Alacoque]; mais, Sire, il n'est pas vrai non plus que j'aie écrit à l'auteur de Marie à la coque la lettre qu'on s'est plu à faire courir sous mon nom ; je n'en ai écrit qu'une à l'évêque de Mirepoix, dans laquelle je me suis plaint à lui très vivement et très inutilement des calomnies de ses délateurs et de ses espions. Je ne fléchis point le genou devant Baal [dans cette lettre, V* se disait vrai catholique et reniait la plupart des Lettres philosophiques ! ]; et autant que je respecte mon roi, autant je méprise ceux qui, à l'ombre de son autorité, abusent de leur place, et qui ne sont grands que pour faire du mal.
Vous seul, Sire, me consolez de tout ce que je vois, et quand je suis prêt à pleurer sur la décadence des arts, je me dis : il y a dans l'Europe un monarque qui les aime, qui les cultive, et qui est la gloire de son siècle ; je me dis enfin : je le verrai bientôt, ce monarque charmant, ce roi homme, ce Chaulieu couronné, ce Tacite, ce Xénophon ; oui, je veux partir ; Mme du Châtelet ne pourra m'en empêcher ; je quitterai Minerve pour Apollon. Vous êtes, Sire, ma plus grande passion, et il faut bien se contenter dans la vie.
Rien de plus inutile que mon très profond respect, etc. »
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