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20/10/2010

comme les anciens initiés qui sans s'être jamais vus se connaissaient et s'aimaient

 

Note rédigée le 21 août 2011 pour parution le 20 octobre 2010 .

 A cette date, Volti était encore loin d'être un frère maçon, initié et initiateur qu'il était alors dans le domaine de la philosophie , et par dessus tout de la tolérance .

voltaire franc maçon.jpg

 http://mvmm.org/c/docs/voltaire.html

 

« A Etienne-Noël Damilaville

 

20 octobre 1761

 

Je suis avec vous, mon cher frère, comme les anciens initiés qui sans s'être jamais vus se connaissaient et s'aimaient . Lisez, je vous prie, les Car 1 qu'on m'a envoyés et que j'envoie à M. d'Alembert . Ils sont dans son paquet . Vous cachetterez le tout proprement . Au nom des frères répandez les Car . Ils ôteront, à la cour, le crédit dont Pompignan veut accabler nos chers frères . Unissons-nous tous contre ces barbares . La paix soit avec nous . Mais que jamais on ne sache que j'ai envoyé ces Car à moi parvenus par un frère de province . »


Un fripon armé des armes de la calomnie et de la vraisemblance peut faire beaucoup de mal

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Note rédigée le 20 août 2011 pour parution le 20 octobre 2010

 

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

 

Aux Délices 20è octobre 1764

 

Mon divin ange, je vous ai écrit un petit mot par M. le duc de Praslin ; j'ai écrit à Mme d'Argental, qui vous communiquera ma lettre 1. Le petit ex-jésuite 2 est toujours plein de zèle et d'ardeur, et quand il reverra ses Roués, il attendra quelque moment d'enthousiasme pour faire réussir votre conspiration ; vous connaissez l'opiniâtreté de sa docilité .

 

Pour moi, vieux ex-parisien, et vieux excommunié, je suis toujours occupé de ce malheureux Portatif qu'on s'obstine à m'imputer . Un petit abbé d'Estrées, dont je vous ai, je crois, parlé dans mon billet, qui a travaillé autrefois avec Fréron, qui s'est fait généalogiste 3 et faussaire, à qui ce dernier métier a obtenu un petit prieuré dans le voisinage de Ferney, et qui a tous les vices d'un fréronien et d'un prieur, ce petit monstre, dis-je , est celui qui a eu la charité de se rendre mon dénonciateur .

 

Il faut que vous sachiez que ce polisson vint l'année passée prendre possession de son prieuré dans une grange, en se disant de la maison d'Estrées, promettant sa protection à tout le monde, et se faisant donner des fêtes par tous les gentilshommes du pays . Je n'eus pas l'honneur de lui aller faire ma cour, il m'écrivit que j'étais son vassal pour un pré qui relevait de lui, que mes gens étaient allés chasser une fouine auprès de sa grange épiscopale, qu'il voulait bien me donner à moi personnellement permission de chasser sur ses terres, mais qu'il procéderait par voie d'excommunication contre mes gens qui tueraient des fouines sur les siennes .

 

Comme je suis fort négligent, je ne lui fis point de réponse ; il jura qu'il s'en vengerait devant Dieu, et devant les hommes, et il clabaude aujourd'hui contre moi chez M. l'évêque d'Orléans 4, et chez monsieur le procureur général 5. Un fripon armé des armes de la calomnie et de la vraisemblance peut faire beaucoup de mal .

 

On m'impute le Portatif, parce qu'en effet il y a quelques articles que j’ai destinés autrefois à l'Encyclopédie, comme Amour, Amour-Propre, Amour socratique, Amitié etc . Mais il est démontré que le reste n'en est pas . J'ai heureusement obtenu qu'on remît entre mes mains l'article Messie, écrit tout entier de la main de l'auteur 6. Je ne vois pas ce qu'on peut répondre à une preuve aussi évidente . Tout le reste est pris de plusieurs auteurs connus de tous les savants .

 

En un mot, je n'ai nulle part à cette édition, je n'ai envoyé le livre à personne, je n'ai d'autres imprimeurs que les Cramer, qui certainement n'ont point imprimé cet ouvrage . Le roi est trop juste et trop bon pour me condamner sur des calomnies aussi frivoles qui renaissent tous les jours , et pour vouloir accabler sur une accusation aussi vague et aussi fausse un vieillard chargé d'infirmités .

 

Je finis, mon cher ange, parce que cette idée m'attriste ; et je ne veux songer qu'à vos bontés qui me rendent ma gaieté .

 

N.B.- Non, je ne finis pas . Le roi a chargé quelqu'un d'examiner le livre, et de lui en rendre compte, c'est ou le président Hénault ou M. d'Aguessau : je soupçonne que l'illustre abbé d'Estrées a diné avec le président chez le procureur général , dont il fait sans doute la généalogie . Cet abbé d'Estrées a mandé à son fermier qu'il me perdrait, il toujours sa fouine sur le cœur . Dieu le bénisse !

 

J'ai actuellement les yeux dans un pitoyable état, cela peut passer, mais les méchants ne passeront point .

 

Malgré mes yeux j'ajoute que Montpéroux, résident à Genève, aurait mieux fait de me payer l'argent que je lui ai prêté que d'écrire ce qu'il a écrit à M. le duc de Praslin 7.

 

Sub umbra alarum tuarum . »


1 Le comte étant à Fontainebleau, à la cour, V* écrivit à la comtesse une lettre de reniement du Dictionnaire philosophique qu'elle doit communiquer à son mari pour que, profitant de l'occasion, celui-ci obtienne des protections en haut-lieu : « M. d'Argental est à Fontainebleau , la vérité a là un bon appui . Je compte sur les bontés de M. le duc de Praslin ... »

2 Le toujours prétendu auteur d'Octave ou Le Triumvirat .

3 D'où ce passage dans la lettre du 22 :

page 92 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k80037z/f97.image.r=...

« Le petit abbé d'Estrées … emploie toutes les ressources de son métier de généalogiste pour prouver que le diable engendra Voltaire et que Voltaire a engendré le Dictionnaire philosophique . »

4 Louis Sextius de Jarente de La Bruyère .

http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Sextius_Jarente_de_La_...

5 Le 19 décembre à d'Alembert : page 121 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k80037z/f126.image.r...

« (l'abbé) était à la campagne, en qualité de généalogiste et de polisson, chez M. de La Roche-Aymon, dont la terre touche à celle du procureur général »

6 Polier de Bottens, voir lettres du 19 octobre à d'Alembert et à Damilaville : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/10/16/a...

et : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/10/18/j...

7 Voir le texte cité dans une note de la lettre du 24 septembre à Damilaville : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2009/09/24/c...

A cette lettre du résident qui lui signalait l'indignation soulevée par le Dictionnaire, et sa condamnation à Genève;le duc répondait : « Il serait à désirer que le Conseil de Genève usât plus souvent de la sévérité avec laquelle il a traité le Dictionnaire philosophique . »

un jeune philosophe ...amoureux de la tolérance, de la liberté et de Henri IV, a été enlevé par lettre de cachet, ...c'est apparemment pour ces trois délits .

 

Note rédigée le 19 août 2011 pour parution le 20 octobre 2010.

 

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« A Jean Le Rond d'Alembert

 

Mon cher et véritable philosophe, il y a d'étranges rencontres . Le réquisitorien 1 arrive à Ferney le même jour que vous, et Palissot arrive à Genève la veille de votre départ 2. Il y est encore . On dit qu'il y fait imprimer un bel ouvrage contre la philosophie 3. Je n'ai eu l'honneur de voir ni l'ouvrage, ni l'auteur 4.

 

On prétend qu'un jeune philosophe 5, avocat général de Bordeaux, amoureux de la tolérance, de la liberté et de Henri IV, a été enlevé par lettre de cachet, et conduit à Pierre-Encise ; c'est apparemment pour ces trois délits . Mais Palissot aura probablement une place considérable à son retour à Paris ; et Fréron sera fait maître des requêtes .

 

Si vous pouvez vous arracher de Montpellier où il y a tant d'esprit et de connaissances  ; si vous allez à Aix comme c’était votre intention, on vous recommandera une affaire 6 auprès de M. Castillon qui pense comme M. Dupaty, et qui cependant n'habitera point, à ce que j'espère, le château de Pierre-Encise ; il vaudrait pourtant mieux y être que d'avoir fait certain réquisitoire .

 

J'ai peur que vous ne trouviez le requérant 7 à Montpellier . Vous venez toujours après lui partout où il va .

 

Persequitur pede poena claudo 8.

 

Bien des respects et des regrets à votre très aimable compagnon de voyage 9, autant à M. Duché 10, à M. Venel 11, et à quiconque pense . Mme Denis vous fait les plus tendres compliments . Mon cœur est à vous jusqu'au moment où j'irai trouver Damilaville 12.

 

20è octobre 1770 »

 

 

2 Dans Les Philosophes, sa pièce de 1760, Palissot attaquait nommément d'Alembert .

http://www.theatre-classique.fr/pages/programmes/edition.php?t=../documents/PALISSOT_PHILOSOPHES.xml

3 Il est venu réellement pour faire imprimer une nouvelle édition de la Dunciade dont le second volume comporte les Mémoires pour servir à l'histoire de notre littérature .

http://books.google.com/books?id=coasYYjNHfMC&printse...

4 Palissot écrivit à V*, fut invité à Ferney un mois plus tard fin novembre avec Vernes et par l'intermédiaire de Vernes ; il décrira dans ses Œuvres , 1788, cette visite au cours de laquelle il lut à V* des passages flatteurs pour lui de sa Dunciade proprement dite et de ses Mémoires littéraires « qu'on imprimait  alors à Genève »

Voir pages 363-477 : http://books.google.com/books?id=ct8TAAAAQAAJ&printsec=frontcover&dq=oeuvres+palissot+1788&hl=fr&ei=ncVOTuOtOcSgOqKduO8G&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=2&sqi=2&ved=0CC4Q6AEwAQ#v=onepage&q=ferney&f=false

5 Charles-Marguerite-Jean-Baptiste Mercier Dupaty : http://gw2.geneanet.org/jdupaty?lang=it;p=charles+marguerite+jean+baptiste;n=mercier+du+paty

Pierre-Encise est une prison aux environs de Lyon . V* bénissait Mercier Dupaty en 1769 parce qu'il avait fait frapper une médaille de Henri IV et parce qu'il avait prononcé à l'Académie un discours où il attaquait le fanatisme et les deux puissances ; voir lettres de janvier et de mars 1769 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2011/01/11/les-vieilles-tetes-rongees-de-la-teigne-de-la-barbarie-mourr.html

et http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/03/05/je-sais-que-ce-spectacle-est-aujourd-hui-le-favori-de-la-nat.html

6 Il s'agissait d'obtenir que le « parlement de Provence … déroge aux édits (de 1724) et valide (les) mariages (des protestants) » , (voir lettre à Moultou du 17 octobre )

7 Séguier .

8 Le châtiment le poursuit en boitant .

9 Condorcet .

10 Certainement Duché qui est avocat-général à Montpellier .

11 Sans doute le docteur Gabriel -François Venel, collaborateur de l'Encyclopédie .

12 Au cimetière ; Damilaville est mort le 13 décembre 1768.

Un homme sage et instruit est fort au dessus de cinquante mille fous enrégimentés.

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Brussel-Manneke1.jpg

Et tel ce petit bonhomme, que Volti a sans doute vu, je compisse tous ces aigre-pisseux (comme disait Rabelais), qui mettent le bordel (pardonnez moi cette comparaison, Mesdames ! ) en France actuellement. Ils sont en tout cas la preuve que l'enseignement a failli car ils sont incapables de faire une simple opération d'arithmétique . Le problème a des données simples : combien de temps doit-on travailler pour que les retraités en cours puissent être payés ? combien de temps doit-on travailler pour que les actifs puissent raisonnablement assurer la retraite des inactifs ?

 Les chiffres ont la tête dure et le naturel raleur des Welches n'y peut rien.

Semeurs de soukh de ce jour, finies les vacances dans la rue ! Vous êtes la risée des pays qui en profitent pour piquer vos parts de travail . Vous allez faire une belle promotion de nouveaux chomeurs .

Dites-moi alors quel sera le syndicat, quel sera le dirigeant syndical qui mettra la main au porte-monnaie pour vous assister de ses deniers ?

 

 

 

« A César de Missy

at Mr Nocholson's

the third door beyond Dufour's court up to Carneby market, London

 

J'ai fait , Monsieur, un petit voyage qui m'a empêché de répondre plus tôt à l'honneur de votre lettre. Je viens d'apprendre dans le moment qu'on a imprimé Mahomet à Paris sous le nom de Bruxelles. On me mande que cette édition est non seulement incorrecte, mais qu'elle est faite sur une copie informe qui m'a été dérobée.

 

Me voilà dans la nécessité d'en faire imprimer la véritable copie. Je serai charmé, Monsieur, de vous l'envoyer, si vous le trouvez bon [i]. Mais n'ayant plus ici l'édition de Genève de mes œuvres [ii] je ne pourrai vous la faire tenir que quand je serai de retour à Paris. Je vous demande bien pardon de ce contretemps. Je n'ai jamais reçu ni le Votton ni le Pancirole dont vous me parlez [iii], mais j'ai enfin trouvé un Pancirole à Amsterdam . C'est un livre qui ne méritait pas la peine que je me suis donnée de le chercher. Au reste, Monsieur, le seul mémoire détaillé que j'aie à donner au libraire dont vous voulez bien me parler, c'est qu'il imprime correctement et Mahomet et mes autres ouvrages. Je voudrais bien être, Monsieur,à portée de vous remercier à Londres de vive-voix et de jouir d'un entretien où je trouverais l'agréable et l'utile. Je vous prie de vouloir bien recommander aux libraires qui vendent l'Histoire universelle [iv] d'envoyer les feuilles depuis la captivité de Babylone jusqu'à la dernière, à M. Jean de Clèves, banquier à Bruxelles, qui en paiera le prix. Je suis dans un pays où on ne parle que de cavalerie et de fourrages. Tout cela est bien peu philosophe. Un homme sage et instruit est fort au dessus de cinquante mille fous enrégimentés. Aussi vous préféré-je à eux. Comptez, Monsieur, sur mon véritable attachement.

 

A Bruxelles 20 octobre 1742. »

i Le 20 septembre, Missy a proposé de faire imprimer Mahomet à Londres par un imprimeur qu'il connait.

http://fr.wikipedia.org/wiki/C%C3%A9sar_de_Missy

http://en.wikipedia.org/wiki/C%C3%A9sar_de_Missy

 

ii Chez Bousquet, 1742, à Genève, Œuvres mêlées de M. de Voltaire en 5 volumes.

 « VIII. Ce fut Marie-Jacques Barrois, libraire à Paris, qui donna l’édition des Oeuvres mêlées de M. de Voltaire, Genève, Bousquet, 1742, cinq volumes in-12, dont les frontispices sont gravés. »

 

iii Missy, le 20 septembre dit les lui avoir envoyés à sa demande . Il doit s'agir des Reflections on ancient and modern learning de William Woton, 1694, et des Rerum mirabilium ... libri duo, 1599-1602 , de Guido Panciroli.

 Woton:http://books.google.fr/books?id=WCBdAAAAMAAJ&printsec...

Panciroli : http://www.minrec.org/libdetail.asp?id=1083

iv Histoire universelle anglaise, traduite, en cours de publication, 45 volumes, 1742-1792.

J'ai imaginé comme un éclair et j'ai écrit avec la rapidité de la foudre . Je tomberai peut-être comme la grêle .

 

 

Note rédigée le 23 août 2011 pour parution le 20 octobre 2010 .

 

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« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

et à

Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental

 

20 octobre [1761]

 

Ô anges, ô anges,

Nous répétions Mérope (que nous avons jouée sur notre très joli théâtre, et où Marie Corneille s'est attiré beaucoup applaudissements dans le récit d'Isménie que font à Paris de vilains hommes 1) . Elle était charmante .

En répétant Mérope, je disais : voilà qui est intéressant . Ce ne sont pas là de froids raisonnements, de l'ampoulé et du bourgeois . Ne pourrais-tu pas, disais-je tout bas à V..., faire quelque pièce qui tînt de ce genre vraiment tragique ? Ton Don Pèdre sera glaçant avec tes États généraux, et ta Marie de Padille ! Le diable alors entra dans mon corps . Le diable ? non pas, c’était un ange de lumière, c'était vous . L'enthousiasme me saisit . Esdras n'a jamais dicté si vite . Enfin en six jours de temps j'ai fait ce que je vous envoie . Lisez, jugez, mais pleurez .

Vous me direz peut-être que l'ouvrage des six jours est souvent bafoué 2. D'accord, mais lisez le mien . Il y a deux ans que je cherchais un sujet ; je crois l'avoir trouvé . Mais, dira Madame d'Argental, c'est un couvent, c'est une religieuse, c'est une confession, c'est une communion . Oui, Madame, et c'est par cela même que les cœurs seront déchirés . Il faut se retrouver à la tragédie pour être attendri . La veuve du maître du monde des carmélites, retrouvant sa fille épouse de son meurtrier, tout ce que l'ancienne religion a de plus auguste, ce que les plus grands noms ont d'imposant, l'amour le plus malheureux, les crimes , les remords, les passions, les plus horribles infortunes ! En est-ce assez ? J'ai imaginé comme un éclair et j'ai écrit avec la rapidité de la foudre . Je tomberai peut-être comme la grêle . Lisez, vous dis-je, divins anges, et décidez .

Voici peut-être de quoi terminer les tracasseries de la comédie . Fi Zulime ! Cela est commun et sans génie . Donnez la veuve d'Alexandre à Dumesnil, la fille d'Alexandre à Clairon et allez .

Mlle Hus m'a écrit . Elle atteste des dieux contre vous . Qu'elle accouche . J'ai bien accouché , moi, et je n'ai été que six jours au travail . Que dites-vous de Mlle Arnould, 3 et du roi d'Espagne 4?

Ô charmants anges je baise le bout de vos ailes .

 

V, le vieux V, âgé de

soixante et huit commencés . »

 

1 Un personnage, Phanès, qui prend une partie du rôle d'Isménie et notamment son récit dans le V, 6., est ajouté dans une version de Mérope jouée par les Comédiens, et imprimée par Prault en 1758 .

2 Genèse.

3 La cantatrice d'opéra Sophie Arnould avait quitté pour l'amant de Mlle Hus (Bertin) le comte de Lauraguais pendant qu'il séjournait chez V* fin septembre-début octobre ; elle lui reviendra .

19/10/2010

je n'en suis pas l'auteur, mais je n'en serai pas moins persécuté

 http://www.deezer.com/listen-4957040 : Persécution !

I'm calling long distance (appel à Damilaville ? ;-) ) : http://www.deezer.com/listen-4957035

 

 

 

 

« A Etienne-Noël Damilaville

 

19 octobre 1764

 

Mon cher frère, je sais à n'en pouvoir douter que le procureur général a ordre d'examiner le livre et d'en poursuivre la condamnation. Je sais bien qu'il est prouvé que je n'en suis pas l'auteur, mais je n'en serai pas moins persécuté, et Dieu sait jusqu'où cette persécution peut aller. J'ai heureusement recouvré deux articles dont l'un est tout entier de la main de l'auteur [i].Il est clair comme le jour que l'ouvrage est de plusieurs mains [ii] et qu'on s'est servi de mon orthographe pour me l'attribuer [iii]; n'importe, mon innocence ne me servira de rien. C'est toujours pour moi une consolation bien chère que vous me rendiez justice et que la voix de nos frères se joigne à la vôtre pour publier la vérité. Je subis le sort de tous ceux qui se sont consacrés aux lettres ; on les a opprimés ; mais tous n'ont pas trouvé un ami tel que vous.

 

Je joins ici un petit mémoire [iv] que je vous prie d'envoyer à Briasson pour le communiquer aux Encyclopédistes et surtout à M. le chevalier de Jaucourt dont la nièce a acheté à Genève plusieurs exemplaires du Portatif. Les Encyclopédistes doivent sentir qu'on ira du Portatif à eux. Jam proximus ardet Ucalegon [v]. C'est un nommé l'abbé d'Estrées [vi], petit généalogiste et un peu faussaire de son métier, qui a donné le livre au procureur général. On trouve partout des monstres. Cher frère, il faut savoir souffrir. »

 

i Messie de la main de Polier de Bottens. Cf. Lettre du même jour à d'Alembert.

ii Cf. lettre du 19 à d'Alembert, , articles Apocalypse et Enfer.

iii V* a adopté l'orthographe ais, ait conforme à la prononciation ; il lui arrivera de demander à Cramer, imprimeur, de garder l'ancienne graphie pour nier la paternité de certains ouvrages.

iv L'essentiel de ce mémoire est : « Un jeune homme ... ramassa il y a plusieurs années en Suisse quelques manuscrits, dont quelques uns étaient pour le Dictionnaire des Sciences et des Arts . Entre autres l'article Messie ... de M. Polier de Bottens ... Un extrait de l'article Apocalypse, manuscrit ... de M. Abauzit ... L'article Baptême , traduit ... du dr Midleton, Amour, Amitié, Guerre, Gloire destinés à l'Encyclopédie ... Christianisme et Enfer, tirés de la Légation de Moïse de ... Warburton ... Enfin plusieurs morceaux imités de Bayle, de Le Clerc, du marquis d'Argens ... Il en fit un recueil qu'il imprima à Bâle. Ce recueil parait très informe et plein de fautes grossières... »

http://www.voltaire-integral.com/Html/17/bapteme.htm...

http://www.voltaire-integral.com/Html/17/amour.htm

http://www.voltaire-integral.com/Html/17/amitie.htm...

http://www.voltaire-integral.com/Html/19/guerre.htm...

http://www.voltaire-integral.com/Html/19/gloire.htm...

http://www.voltaire-integral.com/Html/18/chretiens.htm...

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/William_Warburton

http://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres...

 

v Déjà tout près brûle Ucalegon.

vi Cf. lettre du 20 octobre 1764 à d'Argental.

18/10/2010

à l'âge de soixante-et-onze ans, malade et presque aveugle, je suis prêt à essuyer la persécution la plus violente

 

 

http://www.deezer.com/fr/#music/thetonkuenstler-ensemble-...

http://www.deezer.com/listen-3459671

Dédié à Ludovic, un de mes fils : http://www.deezer.com/listen-1888387

http://www.deezer.com/listen-730566

 

 

 

«A Jean Le Rond d'Alembert

 

19 octobre [1764]

 

Non, vous ne brairez point, mon cher et grand philosophe, mais vous frapperez rudement les Welches qui braient [i]. Je vous défie d'être plus indigné que moi de la maligne insolence de ces malheureux qui, dans leurs Lettres sur l'Encyclopédie [ii], vous ont attaqué si mal à propos , si indignement et si mal. Je voudrais bien savoir le nom de ces ennemis du sens commun et de la probité. Ils sont assez lâches pour réimprimer , à la fin de leur livre, les arrêts du Conseil contre l'Encyclopédie [iii]. Par là, ils invitent le parlement à donner de nouveaux arrêts ; ils embouchent la trompette de la persécution ; et, s'ils étaient les maîtres, il est sûr qu'ils verseraient le sang des philosophes sur les échafauds.

 

Vous souvenez-vous en quels termes s'exprima Omer dans son réquisitoire [iv]? On l'aurait pris pour l'avocat général de Dioclétien et de Galerius : on n'a jamais joint autant de violence à autant de sottise. Il prétendait que , s'il n'y avait pas de venin dans certains articles de l'Encyclopédie, il y en aurait certainement dans les articles qui n'étaient pas encore faits. Les renvois indiquaient visiblement les impiétés des derniers volumes ; au mot Arithmétique, voyez Fraction ; au mot Astre la religion chrétienne serait renversée : voilà la logique d'Omer.

 

Votre intérêt , celui de la vérité, celui de vos frères ne demande-t-il pas que vous mettiez dans tout leur jour ces turpitudes, et que vous fassiez rougir notre siècle en l'éclairant?

 

Il vous serait bien aisé de faire quelque bon ouvrage sur des points de philosophie , intéressants par eux-mêmes, qui n'auraient point l'air d'être une apologie ; car vous êtes au-dessus d'une apologie. Vous exposeriez au public l'infamie de ces persécuteurs ; vous ne mettriez point votre nom, mais ils sentiraient votre main, et ils ne s'en relèveraient pas [v]. Permettez-moi de vous parler encore de ce Dictionnaire portatif ; je sais bien qu'il y en a peu d'exemplaires à Paris, et qu'ils ne sont guère qu'entre les mains des adeptes . J'ai empêché jusqu'ici qu'il n'en entrât davantage, et qu'on ne le réimprimât à Rouen [vi]; mais je ne pourrai pas l'empêcher toujours. On le réimprime en Hollande. Vous me demandez pourquoi je m'inquiète tant sur un livre auquel je n'ai aucune part [vii]. C'est qu'on me l'attribue ; c'est que, par ordre du roi, le procureur général prépare actuellement un réquisitoire [viii]; c'est qu'à l'âge de soixante-et-onze ans, malade et presque aveugle, je suis prêt à essuyer la persécution la plus violente ; c'est qu'enfin je ne veux pas mourir martyr d'un livre que je n'ai pas fait. J'ai la preuve en main que M. Polier, premier pasteur de Lausanne, est l'auteur de l'article Messie ; ainsi c'est la pure vérité que ce livre est de plusieurs mains [ix], et que c'est un recueil fait par un libraire ignorant.

 

Par quelle cruauté a-t-on fait courir sous mon nom, dans Paris, quelques lignes de cet ouvrage ? Enfin, mon cher maître, je vous remercie tendrement d'élever votre belle voix contre celle des méchants. Je vous avertis que je serai très fâché de mourir sans vous revoir.

 

N.B.- Un abbé d'Estrées, jadis confrère de Fréron, a donné un Portatif au procureur général.[x]


i D'Alembert promettait à la fin de sa lettre du 10 octobre de crier que le Dictionnaire philosophique n'est pas de V* : « ... soyez tranquille, comptez que je vais braire comme un âne, mais à condition que vous ne me reprocherez pas d'avoir pris des précautions pour empêcher les ânes de braire après moi. »

 

ii Lettres sur l'Encyclopédie, pour servir de supplément aux sept volumes de ce dictionnaire, de l'abbé Jean Saas, 1764

http://www.jstor.org/pss/382002

http://books.google.be/books?id=jot8gc-j8AwC&pg=PA289...

 

V* tente de lier son sort à celui des encyclopédistes ; le 29 septembre à Damilaville : « Rien ne serait plus dangereux pour l'Encyclopédie que l'imputation d'un Dictionnaire philosophique à un homme qui a travaillé quelquefois pour l'Encyclopédie même. Cela réveillerai la fureur des Chaumeix, et le Journal chrétien ferait beau bruit. Je me flatte que Protagoras me défendra vivement contre la calomnie » ; le 19 octobre : « Les Encyclopédistes doivent sentir qu'on ira du Portatif à eux. »

http://c18.net/dp/dp.php?no=627

 

iii Arrêts de janvier et février 1759.

iv Réquisitoire du 23 janvier 1759 d'Omer Joly de Fleury devant le parlement.

Page 89 :

http://books.google.be/books?id=areMCQS9AGMC&pg=PA89&...

 

 

v Le 12 octobre, V* lui demande de « fournir un ou deux articles pour la nouvelle édition du Dictionnaire philosophique. »

vi Chez Besongne.

Chercher « besongne » dans :

http://www.gedhs.ulg.ac.be/ebibliotheque/articles/droixhe...

 

vii Le 10 octobre, d'Alembert : « Vous me paraissez ... bien alarmé pour peu de chose ... quelle preuve a-t-on que vous soyez l'auteur ...? » Le duc de Choiseul, non dupe, lui écrira d'être tranquille.

viii Le 12, à d'Alembert : « On en a déjà parlé au roi comme d'un livre dangereux, et le roi en a parlé sur ce ton au président Hénault. » Cf. lettre à d'Argental du 20 octobre.

ix Toujours le 12, à d'Alembert : « L'article Apocalypse est tout entier M. Abauzit ... Messie est tout entier de M. Polier, premier pasteur de Lausanne . Il envoya ce morceau avec plusieurs autres à Briasson, qui doit avoir encore l'original. Il était destiné à l'Encyclopédie. Enfer est en partie de l'évêque de Glocester Warburton... » ; ce même jour, à Damilaville : « ... l'original est entre mes mains et on en avait envoyé une copie ... aux libraires de l'Encyclopédie. »

http://www.voltaire-integral.com/Html/20/messie.htm...

http://www.voltaire-integral.com/Html/18/enfer.htm

http://www.voltaire-integral.com/Html/17/apocalypse.htm...

 

 

x « autrefois associé avec Fréron » ; sur d'Estrées, cf. lettre du 19 octobre à Damilaville et celle du 20 à d'Argental.