22/11/2008
attention, gel dans 74000 ans

"A Marie-Jean-Antoine-Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet, secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences, rue Louis le Grand à Paris.
Raton {Voltaire}, mon respectable philosophe, est depuis vingt ans l'ami de Mme l'Enveloppe {M. l'Enveloppe des pensées= Necker}, et lui a eu, en divers temps quelques obligations. Il ne faut point être ingrat envers ses amis parcequ'il leur arrive quelque bonne fortune.
.....
Toutes ces disputes sont des balivernes. L'essentiel pour moi est que la petite ville que je batissais tout doucement est détruite avant d'être achevée, et que ses ruines m'écrasent. Je ne pourrai pas dire en mourant,
Urbem ridiculum statui, mea moenia vidi,
Et nunc parva mei sub terras ibit imago.
= J'ai fondé une ville ridicule, j'ai vu des murailles qui étaient à moi, et maintenant une petite image de moi va descendre sous terre.
Mes pauvres horlogers qui avaient fondé la ville sont persécutés. Je ne suis pas assez sot pour les soutenir. J'abandonne tout, je meurs ruiné. Jean s'en alla comme il était venu.
Cependant Gilles Shakespear [William Shakespeare] et maître Guénée triomphent. Peut-être tout cela changera dans soixante et quatorze mille ans, quand tout sera gelé.
Je vous embrasse très tendrement du fond de ma caverne.
Voltaire.
Ferney, le 22 novembre 1776."
Notre latiniste distingué avait un peu le blues en voyant que des tracasseries gouvernementales et fiscales faisaient fuir des travailleurs émigrés qui avaient le plus contribué à transformer le "hameau misérable peuplé de quarante sauvages" de 1758 en petite ville prospère de près de mille habitants. Nous étions déjà dans un état où les normes pouvaient entraver certaines pratiques, en l'occurrence, "la liberté de travailler l'or et l'argent à des titres inférieurs à ceux prescrits par les ordonnances", autorisation pourtant accordée par "le feu roi" (=Louis XV). Voltaire en arrivera à conclure que le meilleur moyen d'améliorer la situation est "qu'on nous oublie", particulièrement les fermiers généraux, le fisc de l'époque .
Je crois qu'en cette période riche en demande pécunière de l'Etat, taxes diverses et variées dont celle d'habitation, nous aussi formulons cette prière :"oubliez nous", nous saurons bien utiliser au mieux ce que vous prélevez !
Quand aux prédictions de gel de toute la terre, c'était une théorie du grand Buffon. Alors réchauffement ou pas ? A suivre...
16:47 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voltaire, condorcet, ferney, raton, necker, shakespeare
21/11/2008
Un Gessien faché de plus !?
"A Élie Bertrand
Mon cher ami, je suis bien fâché d'avoir perdu un temps précieux à répondre au misérable qui devait oublier les morts et respecter les vivants. Mais un homme d'un très grand mérite et d'un très bon conseil, qui m'apporta ces jours passés le Mercure suisse 1 me dit qu'il fallait absolument faire rougir et faire repentir l'ennemi de ma société. J'ai rempli les devoirs d'un homme et d'un ami ; et c'est à ces deux titres que je vous demande votre suffrage.
Voltaire " Au château de Ferney, pays de Gex, par Genève, 20 novembre 1758.
1 Le Journal helvétique ( appelé le Mercure suisse) d'octobre 1758 avait publié une lettre d'un nommé Jean-Pierre Le Resche dans lequel celui-ci avait attaqué V* au sujet de l'article « Saurin » du Catalogue [… ] des écrivains joint au Siècle de Louis XIV, et spécialement à propos des passages où V* fait l'apologie de la libre pensée de Saurin et de la façon dont il avait hypocritement dupé Bossuet qui s'était imaginé l'avoir converti . V* répondit par une longue lettre au même journal, intitulée Réfutation, qui occupe les pages 617-625 du numéro de décembre du Journal helvétique : http://books.google.fr/books?id=V6EGAAAAQAAJ&pg=PA617&lpg=PA617&dq=journal+helv%C3%A9tique+octobre+1758&source=bl&ots=ut12KAspkV&sig=Wsx1CfVvlVXlNghQwtNmCf_2RB4&hl=fr&sa=X&ei=GueqUtiaBfD50gX0-oDwAg&ved=0CDEQ6AEwAA#v=onepage&q=journal%20helv%C3%A9tique%20octobre%201758&f=false
. Seigneux de Correvon fait allusion à toute l'affaire dans une lettre à Haller du 30 décembre 1758 : « Vous avez vu, monsieur, le carillon que commençaient à faire les pièces concernant feu Joseph Saurin . M. de Voltaire m'écrit que les seigneurs avoyers [de Berne] ont blâmé l'anonyme [Le Resche] qui a écrit contre lui dans le Journal helvétique et lui en ont témoigné leur indignation ; et j'apprends qu'après la Réfutation on n'écrira plus rien là-dessus . » On ne sait rien de plus de la lettre de V* à laquelle Seigneux de Correvon fait allusion .
On trouvera l'article de Le Resche dans Besterman, D 7980 et la réponse de V* dans Moland , t. XXIV, p. 79-84.
Voir : http://data.bnf.fr/ark:/12148/cb31602533c
et lettre du 7 février 1759 à de Brenles : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2009/02/07/tout-est-decouvert-et-constate.html
Il était bon d'être des amis de ce patriarche qui ne laissait pas passer les attaques contre ses protégés, qu'ils soient défunts ou bien vivants. Pointilleux, chercheur de poux dans la tonsure, chicanier et bien autres choses encore, ce nouvel habitant du pays de Gex va laisser une trace indélébile dans le paysage et dans les esprits . Raleur, oui, mais quel talent ; on en redemande !
Note : Elie Bertrand a publié en 1757 "Mémoires historiques et physiques sur les tremblements de terre"

13:17 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voltaire, ferney, chateau, anniversaire
19/11/2008
sus aux fanatiques et aux fripons !
Lettre à Etienne -Noël Damilaville , le 19 novembre 1765 , à Ferney
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Détruisez les plates déclamations, les misérables sophismes, les faussetés historiques, les contradictions, les absurdités sans nombre ; empêchez que des gens de bon sens ne soient les esclaves de ceux qui n'en ont point. La génération naissante vous devra sa raison et sa liberté.
...
Je peux mourir cet hiver, et je ne veux point mourir sans avoir entre mes mains tout le dictionnaire philosophique. Je commencerai par lire l'article "Vingtième".
Voltaire
Il ne pensait pas que cette "génération naissante " allait faire une révolution pour enfin acquérir "sa raison et sa liberté", mais quel excellent esprit d'anticipation sur ce point là . Il était un maître dans l'art de désorganiser la désinformation, sans doute aussi parce qu'il était un artiste dans l'art de tromper son monde quand ça "sentait le roussi" pour lui-même . Qu'il en soit remercié d'un côté , et absout de l'autre.
18:16 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fanatiques, fripons, liberté
06/11/2008
vie éternelle ?
"La résurrection est une chose naturelle : il n'est pas plus étonnant de naître deux fois qu'une ."
Voltaire dixit
Voici un Lazare encore ébahi d'être encore sur terre grace au talent de Da Gate publié dans : Galerie d'trognes et autres portraits
14:33 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : résurrection, lazare
la bourse en feu
"-Papa, explique moi ce que c'est que la Bourse et les actions.
-Eh bien, voici, mon fils. La Bourse c'est le jeu de l'allumette auquel tu joue quelquefois avec tes petits camarades. L'action, c'est l'allumette. Elle passe de main en main. Le dernier qui l'a se brûle.Tous ceux qui se sont brûlés crient et hurlent. Voilà pourquoi la Bourse est un endroit bruyant."
Explication qui en vaut de plus savantes et qui le croirez-vous date de 1926. Qu'a pensé l'auteur lors du krach de 1929 ? En tout cas, l'année 2008 ne donne pas une ride à cette image teintée d'humour après les horreurs de la Grande Guerre.
On écrivait aussi en 1926 :" L'avarice des Ecossais est aussi célèbre que l'égoïsme des Anglais, l'obséquiosité des Allemands, la paresse des Russes, l'amour du lucre des Grecs, les fanfaronnades des Italiens et l'incapacité des ministres des Finances français." Toujours vrai ? Peut-on encore le dire dans notre Europe à 27 ? Je vous laisse juges. Cependant, pour le dernier point, rien de neuf sous le soleil du fisc et du fric ...
Et pour ne pas laisser Voltaire de coté, lui qui a été plutot bon homme d'affaires, une adresse instructive : http://www.ville-ge.ch/bge/imv/gazette/19/clin_d_oeil.html
14:27 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bourse, actions
03/11/2008
le président y croit !
Il y a eu Mitterand qui consultait Elisabeth Teissier astrologue pour canards boiteux et gobeurs de bobards en tous genres, un président donc qui a eu le mérite d'être un menteur fieffé guidé par une fieffée effrontée ( essayez de le dire dix fois de suite le plus vite possible ;-) ). Il avait une excuse, nous n'étions encore qu'au vingtième siècle .
Le vingt-et-unième est arrivé et Sarko l'invincible, le grand pourfendeur de "pauvre cons", l'admirateur secret de Mc Cain et sa colistière, en est réduit à attaquer un créateur de poupée "vaudou" . Pourquoi ? Parce qu'il croit que la France entière va le "quimboiser" comme on dit aux iles antillaises. Il croit aux petites aiguilles et autres traitements dévastateurs sur une marionnette avec répercussions inéluctables pour sa petite personne . Pourtant ses tics , hochements de tête, haussements d'épaules, grimaces diverses (qui ne font pas rire les petits enfants ) ne datent pas d'hier et précèdent de longtemps la fumeuse poupée. A moins que le méchant parti socialiste ait fait déjà oeuvre de sorcellerie pour ruiner la vie de ce pauvre hère , le faire divorcer, épouser contraint et forcé un mannequin qui chante sans qu'on la touche , et voyager autour du globe pour oublier qu'il est seul au monde . Pauvre Caliméro !!
Ces prétendus grands de ce monde auraient bien fait rire et écrire Voltaire qui , ayant vécu sous la férule du "Bien Aimé" Louis XV, distributeur de lettres de cachet au gré de sa seule volonté, a été capable de résister à des prètres obtus et laisser un testament moral qui tient en une ligne :"Je meurs en adorant Dieu, en aimant mes amis, en ne détestant pas mes ennemis et en haïssant la superstition ". Cette superstition qui fait que certains en se moquant des peuples "crédules et ridicules" des pays sous-développés (appelons un chat, un chat!) sont tout à fait capables, sans souciller, de rendre grace à la Française des jeux et aux tickets d'Astro et Numéros de la Chance !
Du pain et des jeux !! That's all , folks!!
10:30 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sarko, vaudou, superstition
10/10/2008
Sainte Barbe priez pour Voltaire
J'ai un vieux parent qui a servi le roi cinquante-deux ans. Il s'est retiré dans la Haute Alsace, où il a une petite terre qu'il cultive dans le diocèse de Porentru. Il voulut un jour faire donner un dernier labour à son champ; la saison avançait, l'ouvrage pressait, ses valets refusèrent le service, et dirent pour raison que c'était la fête de la ste Barbe, la sainte la plus fêtée à Porentru.
"Eh! mes amis , leur dit mon parent, vous avez été à la messe en l'honneur de Barbe, vous avez rendu à Barbe ce qui lui appartient; rendez moi ce que vous me devez : cultivez mon champ, au lieu d'aller au cabaret. Ste Barbe ordonne-t-elle qu'on s'enivre pour lui faire honneur, et que je manque de blé cette année ?"
Me maitre-valet lui dit :" Monsieur, vous voyez bien que je serai damné si je travaillais dans un si saint jour. Ste Barbe est la plus grande sainte du paradis ; elle grava le signe de la croix sur une colonne de marbre avec le bout du doigt, et du même signe, elle fit tomber toutes les dents d'un chien qui lui avait mordu les fesses : je ne travaillerai pas le jour de la ste Barbe ."
Mon parent envoya chercher des laboureurs luthériens, et son champ fut cultivé. L'évêque de Porentru l'excommunia. Mon parent en appela comme d'abus ; le procès n'est pas encore jugé. Personne assurément n'est plus persuadé que mon parent qu'il faut honorer les saints ; mais il prétend aussi qu'il faut cultiver la terre .
Je suppose en France environ cinq millions d'ouvriers, soit manoeuvres, soit artisans, qui gagnent chacun, l'un portant l'autre, vingt sous par jour, et qu'on force saintement à ne rien gagner pendant trente jours de l'année, indépendemment des dimanches : cela fait cent cinquante millions de moins dans la circulation, et cent cinquante millions de moins en main-d'oeuvre. Quelle prodigieuse supériorité ne doivent point avoir sur nous les royaumes voisins qui n'ont ni la Ste Barbe, ni l'évêque de Porentru ! On répondrait à cette objection que les cabarets ouverts les saints jours de fête, produisent beaucoup aux fermes générales. Mon parent en convenait ; mais il prétendait que c'est un léger dédommagement ; et que d'ailleurs, si on peut travailler après la messe, on peut aller au cabaret après le travail. Il soutient que cette affaire est purement de police, et point du tout épiscopale ; il soutient qu'il vaut mieux labourer que de s'enivrer. J'ai bien peur qu'il ne perde son procès .
Qui est l'auteur de ce texte que l'on peut facilement mettre au goût du jour ?

16:21 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : barbe, chien, fesses



