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24/11/2017

nous crûmes ne pouvoir mieux faire que de tâcher de lui procurer par votre protection la place que vous savez . Cet emploi était précisément à notre porte

... Mais comment la droite en est-elle arrivée là ? pourrait être le sous titre .

Fillon , Wauquiez, Sarkozy, LR, soupe à la grimace et combinazione à tout va . On va encore avoir de quoi rire (jaune ? ) .

 

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Les ravis de la crêche : Touche pas à mon pote !

 

 

« Voltaire et Marie-Louise Denis

à Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

et à Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental

10 janvier [1763] 1

Mes divins anges, si les mariages sont écrits dans le ciel, celui de M. de Cormont et de notre marmotte a été rayé. Encore une fois, comment pouvions-nous ne pas croire que vous 2 intéresseriez vivement à ce mariage ? Le futur était venu avec une copie d’une de mes lettres . Il s’était annoncé de votre part . Il se disait sûr du consentement de ses parents . Il avait débuté par demander si la souscription du Corneille n’allait pas déjà à quarante mille livres , et la première confidence qu’il fit était que son dessein était de voyager en Italie avec cet argent. Il nous avoua qu’il avait cru que 3 mademoiselle Corneille était élevée dans notre maison comme une personne qu’on a prise par charité. Il lui parla comme Arnolphe 4, à cela près qu’Arnolphe aimait, et que le futur n’aimait point. Il fut un peu surpris de voir que mademoiselle Corneille était élevée, et mise, et considérée chez nous, comme le serait une fille de la première distinction qu’on nous aurait confiée. Nous rectifiâmes, madame Denis et moi, les idées de notre homme. Cependant l’affaire s’ébruitait, comme je vous l’ai mandé . Il fallait prendre un parti. M. de Cormont nous apprit lui-même que ses parents n’étaient ni si vieux, ni si riches qu’on nous l’avait dit ; mais il attendait toujours le consentement. M. Micaut 5 nous assurait qu’il était honnête homme, quoique un peu dur, entier, et bizarre. Il devait avoir un jour cinq mille livres de rente ; mais en attendant, il n’avait rien du tout. Dans cette perplexité, et surtout dans l’idée que vous vouliez bien vous intéresser à sa personne, nous crûmes ne pouvoir mieux faire que de tâcher de lui procurer par votre protection la place que vous savez 6. Cet emploi était précisément à notre porte ; les terres de son père sont assez voisines des nôtres ; rien ne nous paraissait plus convenable pour notre situation. Nous savions que cette place dépend absolument de votre ami 7, qu’on la donne à qui l’on veut, que ce n’est point d’ordinaire une récompense de secrétaire d’ambassade, puisque ni le présent titulaire 8 (qu’on aurait pu placer ailleurs), ni Champeaux 9 son prédécesseur, ni Closure 10, ni aucun de ceux qui ont eu cet emploi, n’ont été secrétaires d’ambassade. Nous vous représentons tout cela, non pas pour désapprouver les arrangements que M. le duc de Praslin a pris, et que nous trouvons très justes, mais seulement pour justifier notre démarche auprès de vous ; démarche qui n’a été fondée que sur la persuasion où nous devions être, par les discours du prétendu, et par la copie de mes lettres dont il était armé, que vous souhaitiez ce mariage. La seule manière d’y parvenir était d’obtenir la place que nous demandions ; car le père ne voulant absolument rien donner, le fils n’ayant que des dettes, et n’ayant précisément pas de quoi vivre, à la réforme de sa compagnie, quel autre moyen pouvions-nous imaginer ? Nous n’avons pas laissé d’avoir quelque peine à faire partir ce jeune homme, qui, sans avoir le moindre goût pour mademoiselle Corneille, voulait absolument rester chez nous, uniquement pour avoir un asile. Toute cette aventure a été assez triste. Il est vraisemblable que M. de Cormont a toujours caché à M. de Valbelle et à mademoiselle Clairon l’état de ses affaires ; sans quoi nous serions en droit de penser que ni l’un ni l’autre n’ont eu pour nous beaucoup d’égards. Nous serions d’autant plus autorisés dans nos soupçons, que mademoiselle Clairon ayant dit qu’elle allait marier mademoiselle Corneille, Lekain nous écrivit qu’elle épouserait un comédien, et nous en félicitait. J’estime les comédiens quand ils sont bons, et je veux qu’ils ne soient ni infâmes dans ce monde, ni damnés dans l’autre ; mais l’idée de donner la cousine de M. de La Tour-du-Pin à un comédien est un peu révoltante 11, et cela paraissait tout simple à Lekain. En voilà beaucoup, mes anges, sur cette triste aventure : nous nous en sommes tirés très honorablement ; et la conduite de mademoiselle Corneille n’a donné aucune prise à la malignité des Genevois ni des Français qui sont à Genève ; car il y a des malins partout.



Je me joins à mon oncle et je vous dirais les mêmes choses s'il ne vous les avait déjà dites . J'y aoute seulement les tendres assurances du plus sincère et du plus inviolable attachement .



J'arrache la plume à Mme Denis pour vous dire mes anges que dans le temps où le prétendu mariage commençait à être public dans la province et à Genève, j'écrivis à M. le premier président de La Marche dans le dessein de placer sur sa terre la dot de Mlle Corneille, cet arrangement était d'autant plus convenable que la terre de Vaugrenant touche précisément à celle de La Marche . Tout est changé, tout est évanoui . Il n'y a rien là de surprenant . Mais est-il vrai que le fou de Verberie qu’on a pendu était un jésuite ? Avez-vous la bonté de me faire lire le discours du fou au mortier ? M. de La Salle 12, ce M. de La Salle, conseiller de Toulouse, qui était si persuadé de l’innocence des Calas, et qui les a fait rouer en se récusant est-il à Paris , est-il venu chez vous ? Le beau Cramer, qui sait par ouï-dire qu’il imprime le Corneille, est-il venu s’entretenir avec vous des intérêts des princes ? Savez-vous à présent à quoi vous en tenir sur les souscriptions ? Savez-vous que ni madame de Pompadour, ni prince, ni seigneur, n’ont donné un écu ? N’êtes-vous pas fatigué de mes longues lettres ? Ne pardonnez-vous pas à votre créature ?

V. »



1 Date complétée sur le manuscrit par d'Argental . L'édition de Kehl et suivantes omettent les deux derniers paragraphes jusqu'à rien là de surprenant . Voir : http://www.monsieurdevoltaire.com/2014/06/correspondance-annee-1763-partie-1.html

2 V* a oublié le second vous .

3 Qu'il avait cru que : ces cinq mots au bas de la page sont répétés par mégarde sur le debut de la page suivante du manuscrit .

4 L'Ecole des femmes ; de Molière, III, 2 : http://www.toutmoliere.net/acte-3,405402.html

5 Ou Micault .

6 La place de résident de France à Genève .

7 Montpéroux depuis le 8 mai 1750 .

8 Le comte de Choiseul .

9 Gérard Levesque de Champeaux, du 1er juin 1739 au 28 décembre 1749 .

10 Pierre Cadiot de la Closure , du 1er septembre 1715 au 6 mai 1739 .

11 V* garde malgré tout quelques préjugés défavorables à l'égard des comédiens .

12 Sur Lassalle, seul conseiller du parlement de Toulouse qui eût soutenu publiquement Calas, voir lettre du 15 novembre 1762 à Debrus : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2017/10/02/l-esperance-d-etre-recompense-s-il-rend-gloire-a-la-verite-e-5985625.html

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