02/02/2010
les suffrages d’un public toujours inconstant qui se plait à élever des idoles pour les détruire
Dédicace à celle qui ...
http://www.youtube.com/watch?v=cdje1bpjbgc
... et qui ...
http://www.youtube.com/watch?v=2kylDMPYFE8&NR=1
... ou inversement ?

Rameau, "tête à double croches" et Volti librettiste ... Je n'ai pas trouvé d'illustration musicale pour Samson, mais profitez de celle-ci quand même : "Règne Amour" (cri du coeur !!) extrait de Zoroastre : http://www.youtube.com/watch?v=gpDkWDQzN38
« A Berger
A Cirey [vers le 2] février 1736
Le succès de mes Américains [Alzire ou les Américains , jouée la première fois le 27 janvier 1736, 20 fois à la Comédie française et 2 fois à la cour] est d’autant plus flatteur pour moi, mon cher Monsieur, qu’il justifie votre amitié pour ma personne et votre goût pour mes ouvrages. J’ose vous dire que les sentiments vertueux qui sont dans cette pièce sont dans mon cœur, et c’est ce qui fait que je compte beaucoup plus sur l’amitié d’une personne comme vous dont je suis connu, que sur les suffrages d’un public toujours inconstant qui se plait à élever des idoles pour les détruire, et qui depuis longtemps passe la moitié de l’année à me louer et l’autre à me calomnier. Je souhaiterai que l’indulgence avec laquelle cet ouvrage vient d’être reçu pût encourager notre grand musicien Rameau à reprendre en moi quelque confiance et à achever son opéra de Samson sur le plan que je me suis toujours proposé [V* l’a commencé à l’automne 1733]. J’avais travaillé uniquement pour lui. Je ne m’étais écarté de la route ordinaire dans le poème que parce qu’il s’en écarte dans la musique. J’ai cru qu’il était temps d’ouvrir une carrière nouvelle à l’opéra comme sur la scène tragique les beautés de Quinault et de Lully sont devenues des lieux communs, il y aura peu de gens assez hardis pour conseiller à M. Rameau de faire de la musique pour un opéra dont les deux premiers actes sont sans amour ; mais il doit être assez hardi pour se mettre au dessus du préjugé . Il doit m’en croire et s’en croire lui-même. Il peut compter que le rôle de Samson, joué par Chassé, fera autant d’effet au moins que celui de Zamore [dans Alzire], joué par Dufresne. Tâchez de persuader cela à cette tête à double croches. Que son intérêt et sa gloire l’encouragent ; qu’il me promette d’être entièrement de concert avec moi ; surtout qu’il n’use pas sa musique en la faisant jouer de maison en maison ; qu’il orne de beautés nouvelles les morceaux que je lui ai faits. Je lui enverrai la pièce quand il le voudra, M. de Fontenelle en sera l’examinateur. Je me flatte que M. le prince de Carignan [Victor-Amédée de Savoie, prince de Carignan, directeur de l’Opéra] la protègera et qu’enfin ce sera de tous les ouvrages de ce grand musicien celui qui, sans contredit, lui fera le plus d’honneur.
A l’égard de M. de Marivaux, je serais très fâché de compter parmi mes ennemis un homme de son caractère et dont j’estime l’esprit et la probité. Il a surtout dans ses ouvrages un caractère de philosophie, d’humanité et d’indépendance dans lequel j’ai trouvé, avec plaisir, mes propres sentiments. Il est vrai que je lui souhaite quelquefois un style moins recherché et des sujets plus nobles. Mais je suis bien loin de l’avoir voulu désigner en parlant des comédies métaphysiques [pourtant si, dans les lettres à Formont d’avril 1732 et à Moncrif en avril 1733]. Je n’entends par ce terme que ces comédies [par exemple Le Triomphe de Plutus de Marivaux, 1730 ] où l’on introduit des personnages qui ne sont point dans la nature, des personnages allégoriques propres tout au plus pour le poème épique, mais très déplacés sur la scène, où tout doit être peint d’après nature. Ce n’est pas, ce me semble, le défaut de M. de Marivaux. Je lui reprocherai au contraire de trop détailler les passions et de manquer parfois le chemin du cœur, en prenant des routes un peu trop détournées. J’aime d’autant plus son esprit que je le prierais de le moins prodiguer ! [V* écrit à Formont le 29 mai 1732 : « Nous aurons aussi les Serments indiscrets de Marivaux, où j’espère que je n’entendrai rien. »] Il ne faut point qu’un personnage de comédie songe à être spirituel, il faut qu’il soit plaisant malgré lui et sans croire l’être. C’est la différence qui doit être entre la comédie et le simple dialogue. Voilà mon avis, mon cher Monsieur ; je le soumets au vôtre.
J’avais prêté quelque argent à feu M. de La Clède, mais sans billet. Je voudrais en avoir perdu dix fois davantage et qu’il fût en vie. Je vous supplie de m’écrire tout ce que vous apprendrez au sujet de mes Américains. Je vous embrasse tendrement.
Qu’est devenu l’abbé Desfontaines ? [condamné par la chambre de l’Arsenal pour avoir fait un libelle contre l’Académie.] Dans quelle loge a-t-on mis ce chien qui mordait ses maîtres ? Hélas ! je lui donnerais encore du pain, tout enragé qu’il est. Je ne vous écris point de ma main, parce que je suis un peu malade. Adieu.
Voltaire. »
Esprit peu contrariant, comme vous diront mes meilleurs amis, je place en conclusion une ouverture : http://www.youtube.com/watch?v=Uh4O6bGBQNo&NR=1
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01/02/2010
C’est ainsi à peu près que j’en use depuis quarante ans, disant toujours : j’aurai demain du régime
Je ne regrette pas mon abonnement au Point !
N'y voyez pas ici l'affichage de mes opinions politiques !
Non!
Seulement, le n° 1949 sous la plume de Claude Imbert donne un éditorial titré "Le glas d'Haïti" . A mon grand plaisir, il cite Voltaire qui écrivit un magnifique et poignant poème suite au désastre du tremblement de terre de Libonne en novmbre 1755. Quelle solidarité fut mise en branle à cette époque, je dois avouer que je ne le sais pas ; elle ne fut sans doute pas internationale comme de nos jours .
Claude Imbert écrit :"D'abord le chaos, l'effarement, la compassion . Mais très vite la compassion se périme." , ce que je mets en parallèle avec cette citation d'une lettre du 11 août 1770 de Voltaire à Catherine II, suite au terrible tremblement de terre de Saint Domingue de juin 1770 : "On apprend à Paris le tremblement de terre qui a bouleversé trente lieues de pays à Saint Domingue, on dit : "C'est dommage", et on va à l'opéra."
Les Français n'ont guère changé depuis le XVIIIème siècle ? Si ! quand même, la générosité a été manifeste, mais n'oublions pas qu'Haïti c'est loin, et que nos misères quotidiennes prennent le pas sur les gros coups durs des autres !
Pour l'avenir, Imbert dit : "Cultiver notre jardin ? Jouir d'être épargné ? Chacun sa recette ! Mais ce serait une encourageante surprise qu'en faveur d'Haïti le monde se bouge.... Mais on ne peut, d'avance, désespérer de tout.".
http://www.dailymotion.com/video/x29zaf_salut-a-toi-les-ogres-de-barback_music

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d’Argental
A Lunéville 1er février [1748]
Mes divins anges ont-ils reçu des copies bien pleines de fautes de cette Sémiramis qu’ils ont prise sous leur protection ? Me voici donc à Lunéville ! et pourquoi ? [en remerciement des honneurs reçus à la cour, V* avait rimé un compliment à Mme de Pompadour susceptible d’offenser le parti de la reine ; on dit donc qu’il était exilé volontairement ou sur ordre ] . C’est un homme charmant que le roi Stanislas, mais quand on lui joindrait encore le roi Auguste, tout gros qu’ils sont, dans une balance, et mes anges dans l’autre, mes anges l’emporteraient. J’ai toujours été malade, cependant, ordonnez, et s’il y a encore des vers à refaire, je tâcherai de me bien porter. M. de Pont de Veyle et M. de Choiseul [Choiseul-Praslin] sont-ils enfin contents de ma reine de Babylone ? [Sémiramis] . Comment va leur santé ? Sont-ils bien gourmands ? Oui, et ensuite on prend de l’eau de tilleul. C’est ainsi à peu près que j’en use depuis quarante ans, disant toujours : j’aurai demain du régime. Mais Mme du Châtelet qui n’en eut jamais se porte merveilleusement bien. Elle vous fait les plus tendres compliments. Je ne sais si elle ne restera point ici tout le mois de février. Pour moi qui suis une petite planète de son tourbillon, je la suis dans son orbite cahin-caha, et quoique je mène ici la vie la plus douce et la plus commode je reviendrai avec délices vous faire ma cour. Adieu, mes adorables anges, je vous serai fidèle jusqu’au dernier moment de ma vie et votre culte sera toujours dans mon cœur.
V. »
Un flash-back sur un remède de grand-mère qui vous soulageait et vous donnait une irrépressible envie de ne plus en avoir besoin : http://www.ina.fr/pub/alimentation-boisson/video/PUB3212825042/boldoflorine-tisane.fr.html

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31/01/2010
il vaut mieux obéir aux lois De son cœur et de son génie Que de travailler pour des rois !
« A Pierre-Robert Le Cornier de Cideville
A Versailles 31 janvier 1745
Mon aimable ami, je suis un barbare qui n’écrit point ou qui n’écris qu’en vile prose. Vos vers font mon plaisir et ma confusion. Mais ne plaindrez-vous pas un pauvre diable qui est bouffon du roi à cinquante ans, [a[f1] ] et qui est plus embarrassé avec les musiciens, les décorateurs, les comédiens, les chanteurs, les danseurs, que ne le seront les huit ou neuf électeurs pour se faire un César allemand [b[f2] ]? Je cours de Paris à Versailles, je fais des vers en chaise de poste. Il faut louer le roi hautement, Mme la dauphine finement, la famille royale tout doucement, contenter la cour, ne pas déplaire à la ville.
Oh qu’il est plus doux mille fois
De consacrer son harmonie
A la tendre amitié dont le saint nœud nous lie !
Qu’il vaut mieux obéir aux lois
De son cœur et de son génie
Que de travailler pour des rois !
Bonjour mon cher ami, je cours à Paris pour une répétition, je reviens pour une décoration [c[f3] ]. Je vous attends pour me consoler et pour me juger. Que n’êtes-vous venu pour m’aider ! Adieu, je vous aime autant que j’écris peu.
V. »
18:10 | Lien permanent | Commentaires (0)
si mes souffrances continuelles me permettent l’amusement du travail
http://www.youtube.com/watch?v=rCXlg7Amy3U&feature=re...
http://www.youtube.com/watch?v=9QjVDY2g7Cs&feature=re...
http://www.youtube.com/watch?v=I9oaS-zvIm8&feature=re...
http://www.youtube.com/watch?v=vt__em0aKFM&feature=re...
« A Jean Le Rond d’Alembert
31 de janvier [1770]
Rétablissez votre santé, mon très cher philosophe[f1] [ ], j’en connais tout le prix, quoique je n’en aie jamais eu, porro unum est necessarium[f2] [ ]; et sans ce nécessaire, adieu tout le plaisir qui est plus nécessaire encore. Je me souviens que je n’ai pas répondu à une galanterie de votre part, qui commençait par sic ille vir[f3] [ ]: soyez sûr que vir ille n’a jamais trempé dans l’infâme complot dont vous avez entendu parler[f4] [ ]. Il n’est pas homme à demander ce que certaines personnes avaient imaginé de demander pour lui[f5] [ ]; mais il désirerait fort de vous embrasser et de causer avec vous.
Je vous avais bien dit que l’aventure de Martin était véritable[f6] [ ]. Le procureur général travaille actuellement à réhabiliter sa mémoire ; mais comment réhabilitera-t-on les Martins qui l’ont condamné ? Le pauvre homme a expiré sur la roue, et le tout par une méprise. Qu’on dise à présent quel est l’homme qui est assuré de n’être pas roué !
Voici l’édit des libraires[f7] [ ], tel que je l’ai reçu ; c’est à vous de voir si vous l’enregistrerez. Pour moi, je déclare d’abord que je ne souffrirai pas que mon nom soit placé avant le vôtre et celui de M. Diderot, dans un ouvrage qui est tout à vous deux. Je déclare ensuite que mon nom ferait plus de tort que de bien à l’ouvrage, et ne manquerait pas de réveiller des ennemis qui croiraient trouver trop de liberté dans les articles les plus mesurés. Je déclare de plus qu’il faut rayer mon nom, pour l’intérêt même de l’entreprise.
Je déclare enfin que, si mes souffrances continuelles me permettent l’amusement du travail, je travaillerai sur un autre plan qui ne conviendra pas peut-être à la gravité d’un Dictionnaire encyclopédique[f8] [ ].
Il vaut mieux, d’ailleurs que je sois le panégyriste de cet ouvrage que si j’en étais le collaborateur.
Enfin ma dernière déclaration est que, si les entrepreneurs veulent glisser dans l’ouvrage quelques-uns des articles auxquels je m’amuse, ils en seront les maîtres absolus, quand mes fantaisies auront paru. Alors ils pourront corriger, élaguer, retrancher, amplifier, supprimer tout ce que le public aura trouvé mauvais ; je les en laisserai les maîtres.
Vous pourrez, mon très cher philosophe, faire part de ma résolution à qui vous jugerez à propos ; tout ce que vous ferez sera bien fait : mais surtout portez-vous bien. Mme Denis vous fait ses compliments ; nous vous embrassons tous deux de tout notre cœur.
Voltaire. »
[f1]Le 25 janvier d’Alembert se plaignait d’étourdissements et d’un « affaiblissement de la tête »
[f2]D’ailleurs une suele chose est nécessaire
[f3]Le 11 décembre 1769, d’Alembert avait écrit : « On dit … que vous avez du chagrin pour une cause qui me parait bien juste . Je ne saurais croire que cette cause soit réelle ; si par hasard elle l’était, elle me rappellerait la belle tirade de la péroraison pro Milone, qui commence par ces mots : Hiccine vir patriae natus etc » (= voici un homme né pour sa patrie).
[f4]C’est-à-dire les démarches entreprises pour le faire venir à Paris ; le 15 octobre 1769 Mme Denis renonçait au projet . V* écrivit pourtant à Mme du Deffand le 1er novembre : « si je suis en vie au printemps … je compte venir passer dix ou douze jours auprès de vous avec Mme Denis… »
[f5]La demande était faite par Mme Denis, ses amis, et même par Mme du Barry et Richelieu.
[f6]Cf lettres à d’Alembert du 28 octobre 1769 et du 11 décembre à Christin.
[f7]Le prospectus de Panckoucke qui annonçait le Supplément à l’Encyclopédie et dans lequel le nom de V* précède Diderot et d’Alembert. V* en cite le début à d’Alembert le 12 janvier en disant : « Il manquait … la formule : car tel est notre bon plaisir . Vous avez enrichi les libraires, et vous voyez qu’ils n’en sont pas plus modestes. »
[f8]V* a décidé de donner ses Questions sur l’Encyclopédie au lieu de travailler au Supplément . Il écrira aux Cramer : « Vous pouvez mander à Panckoucke que cet ouvrage de la manière dont il est conçu, ne convient point du tout au Dictionnaire encyclopédique. »
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30/01/2010
je hais et je méprise trop les persécuteurs pour m’abaisser à l’être
"... je hais et je méprise trop les persécuteurs pour m’abaisser à l’être" : ce ne sont pas des hommes politiques qui pourraient franchement dire ceci, en tout cas pas ceux dont on entend malheureusement trop parler .

Oserai-je donner des noms qui me viennent spontanément ?

Oui ! alors Sarkozy, Villepin, Frèche (dont le visage ressemble décidément de plus en plus à un cul un peu défait ), Le Pen (qui minaude comme une vieille punaise de sacristie quand il n'invective pas ), Ben Laden (qui explose plus blanc ! comme disait ma machine à laver ), Brice H. (dans le pays de Gex et le canton de Vaud, je propose qu'on le nomme Brice-laid, quoique ça ne soit pas flatteur pour cette délicieuse gaufrette qu'est le bricelet ), ...etc. La liste ne peut être exhaustive, et j'ai fait quelques rapprochements que les sus-nommés n'aimeront pas . Tant pis !

Parole de vautour affamé !!
« A Pierre Lullin
Monsieur,
Parmi les sottises dont ce monde est rempli, c’est une sottise fort indifférente au public qu’on ait dit que j’avais engagé le Conseil de Genève à condamner les livres du sieur Jean-Jacques Rousseau, et à décréter sa personne , mais vous savez que c’est par cette calomnie qu’ont commencé vos divisions . Vous poursuivîtes le citoyen [Charles Pictet ] qui, étant abusé par un bruit ridicule, s’éleva le premier contre votre jugement, et qui écrivit que plusieurs conseillers avaient pris chez moi et à ma sollicitation le dessein de sévir contre le sieur Rousseau, et que c’était dans mon château qu’on avait dressé l’arrêt. Vous savez encore que les jugements portés contre ce citoyen et contre le sieur Jean-Jacques Rousseau ont été les deux premiers objets des plaintes des représentants ; c’est là l’origine de tout le mal .
Il est donc absolument nécessaire que je détruise cette calomnie. Je déclare au Conseil et à tout Genève que s’il y a un seul magistrat, un seul homme dans toute votre ville, à qui j’aie parlé, ou fait parler contre le sieur Rousseau, avant ou après sa sentence , je consens à être aussi infâme que les secrets auteurs de cette calomnie doivent l’être. J'ai demeuré onze ans près de votre ville, et je ne me suis jamais mêlé que de rendre service à quiconque a eu besoin de moi . Je ne suis jamais entré dans la moindre querelle. Ma mauvaise santé même pour laquelle seule j’étais venu dans ce pays, ne m’a pas permis de coucher à Genève plus d’une seule fois .
On a poussé l’absurdité de l’imposture jusqu’à dire que j’avais prié un sénateur de Berne de faire chasser le sieur Jean-Jacques Rousseau de Suisse. Je vous envoie, Monsieur, la lettre de ce sénateur [Freudenreich, à qui il a demandé le 11 janvier de témoigner qu’il n’a « jamais sollicité personne … de faire chasser » Rousseau « du territoire " et qu’il n’a jamais écrit au pasteur Bertrand d’engager Freudenreich à le faire.] . Je ne dois pas souffrir qu’on m’accuse de persécution ; je hais et je méprise trop les persécuteurs pour m’abaisser à l’être . Je ne suis point ami de M. Rousseau, je dis hautement ce que je pense de bien ou de mal de ses ouvrages, mais si j’avais fait le plus petit tort à sa personne, si j’avais servi à opprimer un homme de lettres, je me croirais trop coupable, etc.
Voltaire
gentilhomme ordinaire
de la chambre du roi.
Au château de Ferney 30è janvier 1766.
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29/01/2010
Il est singulier qu'un père soit un trouble-fête dans une noce
« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental
et à
Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental
29è janvier 1763
Vraiment, mes anges, j'avais oublié de vous supplier d'empêcher François Corneille, père, de venir à la noce. Si c'était l'oncle Pierre, ou même l'oncle Thomas, je le prierais en grande cérémonie, mais pour François, il n'y a pas moyen . Il est singulier qu'un père soit un trouble-fête dans une noce ; mais la chose est ainsi, comme vous savez . On prétend que la première chose que fera le père, dès qu'il aura reçu quelque argent, ce sera de venir à Ferney. Dieu nous en préserve ! Nous nous jetons aux ailes de nos anges, pour qu'ils l'empêchent d'être de la noce . Sa personne, ses propos, son emploi [f1] , ne réussiraient pas auprès de la famille dans laquelle entre Mlle Corneille [f2] . M. le duc de Villars et les autres Français qui seront de la cérémonie feraient quelques mauvaises plaisanteries . Si je ne consultais que moi, je n'aurais assurément aucune répugnance [f3] ; mais tout le monde n'est pas aussi philosophe que votre serviteur, et patriarcalement parlant, je seras fort aise de rendre le père et la mère témoins du bonheur de leur fille.
C'est bien de la faute du père de M. de Colmont [f4] , si un autre que lui épouse Mlle Corneille . Il a été un mois sans lui répondre, et enfin sa mère a écrit à M. Micault [f5] quand il n'était plus temps . Il faut avouer aussi que ce Colmont s'est conduit de la manière la plus gauche ; enfin il n'était point aimé, et notre petit Dupuits l'est ; il n'y a pas à répondre à cela.
Je ne cesse d'importuner mes anges, et de leur demander pardon de mes importunités ; c'est ma destinée, mais que M. d'Argental me parle donc de ses yeux ; car comme je suis en train de perdre les miens, je voudrais savoir en quel état les siens se trouvent . Il ne m'en dit jamais mot ; cela vaut pourtant la peine qu'on en parle.
Est-il vrai que M. de Courteilles est assez mal [f6] ? J'en serais bien fâché . Mme Denis, Mlle Corneille et moi nous baisons vos ailes.
V. »
[f1][Jean-François Corneille était « facteur de la petite poste dans les rues de Paris » dit V* ]
[f2][voir lettre du 24 janvier à Damilaville ]
[f3][cependant V* écrivit aux d'Argental le 10 janvier : « Mlle Clairon ayant dit qu'elle allait marier Mlle Corneille, Lekain nous écrivit qu'elle épouserait un comédien ... J'estime les comédiens quand ils sont bons, et je veux qu'ils ne soient ni infâmes dans ce monde, ni damnés dans l'autre, mais l'idée de donner la cousine de M. de La Tour du Pin à un comédien est un peu révoltante... »]
[f4][Colmont de Vaugrenand],
[f5][Micault, aide-major dans l'armée d'Estrées, neveu de Paris-Montmartel, était venu se faire soigner par T. Tronchin ]
[f6][en fait, il ne mourra qu'en 1767]
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28/01/2010
il ne peut avoir ni médecin ni médecine, ainsi il réchappera.
Les médecins du XVIIIème avaient parfois des parcours assez originaux, comme ce François Quesnay qui d'apprenti graveur devint chirurgien, médecin et bien davantage.
http://www.herodote.net/histoire/synthese.php?ID=422

« Au chevalier Jacques de Rochefort d'Ally
A Ferney , 28 janvier [1767]
Voici, Monsieur, les lettres que j'ai reçues pour vous [le chevalier a séjourné au château]. Je suis bien fâché de ne vous les pas rendre en main propre . Mme Denis partage mes regrets.
La malheureuse affaire [ affaire de contrebande de livres de Mme Lejeune ; on a saisi à cette occasion des exemplaires du Recueil nécessaire, les chevaux et un carrosse de Mme Denis dans lequel voyageait Mme Lejeune] dont vous avez la bonté de me parler ne devrait me regarder en aucune manière . J'ai été la victime de l'amitié [il rend d'Argental responsable de ses ennuis , cf lettre du 12 janvier ; le 13 janvier il écrit à Richelieu : « Vous seriez ... bien étonné de la raison principale qui peut me forcer ... à faire ce voyage. C'est un homme que vous connaissez, un homme ... dont vous vous êtes plaint quelquefois à moi-même, un homme qui est mon ami depuis plus de soixante années, un homme enfin qui par la plus singulière aventure du monde m'a mis dans le plus étrange embarras ; je suis compromis pour lui de la manière la plus cruelle, mais je n'ai à lui reprocher que de s'être conduit avec un peu trop de mollesse, et quoi qu'il arrive, je ne trahirai point une amitié de soixante années, et j'aime mieux tout souffrir que de le compromettre à mon tour . »], de la scélératesse [de Jeannin, lettres des 2 et 12 janvier ] et du hasard. Je finis ma carrière, comme je l'ai commencée, par le malheur.
Vous savez d'ailleurs que nous sommes entourés de soldats [blocus de Genève par les troupes françaises , Choiseul, ministre des affaires étrangères emploie la force, les médiateurs n'ayant pu mettre fin aux dissensions] et de neige . Je suis dans la Sibérie, je ne puis l'habiter, et je n'en puis sortir . J'ai des malades sans secours, cent bouches à nourrir et aucunes provisions . Vous avez vu Ferney assez agréable c'est actuellement l'endroit de la nature le plus disgracié et le plus misérable . Vous nous auriez consolés, Monsieur, et nous ne nous consolons de votre absence que parce que nous n'aurions et que nos misères à vous offrir.
Ce pauvre père Adam est malade à la mort, il ne peut avoir ni médecin ni médecine, ainsi il réchappera.
Conservez-moi vos bontés et soyez bien convaincu de mon tendre et respectueux attachement.
Voltaire. »
Puisqu'il est question du père Adam, jésuite que Volti a recueilli, voici quelques infos sur le Journal de Trévoux, production jésuite que Volti connaissait bien et critiquait tant et plus, en particulier certains rédacteurs :
http://s.bourdreux.free.fr/cabinet_Sigaud/chronologie/trevoux.htm
Et pour les curieux du XVIIIème :
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