27/01/2010
La baronne fut inflexible et voulut absolument dispenser toute sa maison de la douleur de la regretter
http://www.dailymotion.com/video/x1smbz_freres-jacques-la...
Pomme sur confiture-gelée de coing maison
Si quelqu'un peut m'identifier cette pomme, à la chair très blanche et murissement tardif, qu'il ou elle parle sans peur et sans crainte ! ce n'est pas de la délation !...
Très agréable amis, parfois, que ceux de Voltaire ! Les envois de nourritures terrestres ( y compris des pâtés ) n'étaient pas trop rares et de temps en temps étaient source de bons empoisonnements et gastro qui ramonent . La baronne en question ci-dessous, n'aura pas eu le temps de voir la couleur des pots de confiture et grâce au déiste Voltaire aura gagné un billet de paradis (?) pour l'au-delà.
« A Jean-Baptiste-Nicolas Formont
Ce 27 janvier [1733]
Les confitures que vous aviez envoyées à la baronne [Mme de Fontaine-Martel], mon cher Formont, seront mangées probablement par sa janséniste de fille [Mlle d’Estain, sur laquelle il courut le bruit qu’elle était fille illégitime] qui a l’estomac dévot, et qui héritera au moins des confitures de sa mère à moins qu’elles ne soient substituées comme tout le reste à Mlle de Clerc. Je devais une réponse à la charmante épître dont vous accompagnâtes votre présent, mais la maladie de notre baronne suspendit toutes nos rimes redoublées ; je ne croyais pas il y a huit jours que les premiers vers qu’il faudrait faire pour elle seraient son épitaphe. Je ne conçois pas comment j’ai résisté à tous les fardeaux qui m’ont accablé depuis quinze jours. On me saisissait Zaïre [Rouillé, responsable de la Librairie, interdit que l’épître dédicatoire au négociant Fawkener paraisse dans l’édition de Zaïre publiée avec privilège] d’un coté, la baronne se mourait de l’autre, il fallait aller solliciter le garde des Sceaux et chercher le viatique. Je gardais la malade pendant la nuit et j’étais occupé du détail de la maison tout le jour. Figurez-vous que ce fût moi qui annonçai à la pauvre femme qu’il fallait partir. Elle ne voulait point entendre parler des cérémonies du départ ; mais j’étais obligé d’honneur à la faire mourir dans les règles. Je lui amenai un prêtre moitié janséniste, moitié politique qui fit semblant de la confesser, qui vint ensuite lui donner le reste. Quand ce comédien de Saint Eustache lui demanda tout haut si elle n’était pas bien persuadée que son Dieu, son créateur était dans l’eucharistie, elle répondit ah, oui ! d’un ton qui m’eut fait pouffer de rire dans des circonstances moins lugubres. Je fis tout ce que je pus pour engager la mourante à laisser quelque chose à ses domestiques et surtout à une jeune personne de condition qu’elle avait prise depuis peu auprès d’elle, et qu’elle avait arrachée à sa famille sur l’espérance qu’elle lui avait donnée de la mettre sur son testament [Mlle de Grandchamp, nièce de Mme Dandrezel ; la duchesse d’Orléans s’occupera d’elle.]. La baronne fut inflexible et voulut absolument dispenser toute sa maison de la douleur de la regretter. Il y avait trois ans qu’elle avait fait un testament pour déshériter sa fille unique autant qu’elle le pouvait. Mais depuis ce temps elle avait renouvelé deux ou trois fois sa maison et ses amis. Pour moi je suis à présent dans l’embarras de chercher un logement et de réclamer mes meubles qui étaient confondus avec ceux de la baronne. Sans tous ces malheureux contretemps ma nouvelle tragédie serait bien avancée [Adélaïde du Guesclin]. A l’égard des Lettres anglaises je les ai envoyées à Thiriot qui compte en tirer à Londres beaucoup d’utilité [En 1733, Thiriot fait imprimer à Londres les Letters concerning the English nation, comprenant les lettres écrites directement en anglais et une partie des lettres récentes écrites en français et traduites en anglais ; il avait commencé à les composer au printemps 1728 et les rédigera à nouveau en 1732 en français]. Je ne sais si je les ferai imprimer dans ce pays ci et si je me hasarderai à braver encore l’inquisition qui persécute la littérature. J’attends le retour de Jore [imprimeur rouennais] à Paris pour me résoudre. Adieu, je vais être trois mois entiers tout à ma tragédie, après quoi je veux me consacrer le reste de ma vie à de amis comme vous. Adieu, je vous aime autant que je vous estime.
V. »
Dédicace spéciale à Jean-Baptiste-NICOLAS Formont : http://www.ina.fr/fictions-et-animations/feuilletons-et-s...
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26/01/2010
Votre Majesté fait de beaux vers mais elle se moque du monde.
"Je suis là pour qu'on me dise la vérité"
Nicolas S. je vous saurai gré que ce soit réciproque !! Tant de votre part que celle de vos ministres !
Auriez-vous copié sur Coluche pour préparer votre intervention qui , à mes yeux, est comme un emplâtre sur une jambe de bois ! http://video.google.fr/videoplay?docid=790778664406252206...#
"... les perspectives électorales qui me concernent [présidentielles] ne rentrent en rien en ligne de compte dans mes décisions." : que Benoît Treize et trois ne referme pas le livre des saints en devenir et commande une auréole (qui résiste aux détachants de droite et de gauche ! ) pour saint Nic ( tout le monde ! ).
Chère Carla, (très chère ), telle Marie de Magdala, je vous invite à parfumer les pieds de celui qui botte si facilement le cul de la France d'en bas afin de faire son bonheur malgré elle . On aura toujours aussi mal, mais on le sentira venir . Un peu comme le pou qui était éliminé par la Marie-Rose, "la mort parfumée des poux !" (publicité réaliste des années soixante ), nous serons condamnés mais nous aurons peut-être le temps de nous blinder. Après plusieurs applications, quelques-uns développeront des résistances salutaires . Ceux qui vont se gratter vont changer de coté !
Je suis un peu las -et là aussi !- d'entendre une version ministérielle un jour et son contraire trois jours plus tard !
Ras le bol aussi de ceux qui crient "au loup" quand on n'en voit pas même l'ombre !
Qui vous croira le jour où l'on en verra les dents, trop tard ? H1 N1 ? Soldes monstres pour du vaccin ! Du bon, du vrai, qui protège l'industrie pharmaceutique d'abord .
M. Proglio ! pauvre hère ! une tête et deux casquettes !
Il est bien protégé donc je me permets de taper sur sa tête golden globe : vous qui en dirigeant EDF n'allez plus payer de facture d'électricité (comme tous les EDFistes) -enfin , je veux dire une participation symbolique -, trouvez-vous normal d'augmenter les tarifs EDF pour le vulgum pecus dont je fais partie ? Oui ? Doit-on admirer ce courage extraordinaire qui vous fait renoncer au plus petit des deux salaires ? Ou plus réellement doit-on féliciter votre conseiller fiscal ? Je penche bien sûr pour cette option .
« A Frédéric II, roi de Prusse
A Cirey ce 26 janvier 1749
Sire,
Je reçois enfin le paquet dont votre Majesté m’a honoré du 28 novembre . Un maudit courrier , qui s’était chargé de ce paquet enfermé très mal à propos , dans une boîte adressée à Mme du Châtelet, l’avait porté à Strasbourg et de là dans la ville de Troyes où j’ai été obligé de l’envoyer chercher.
Tous les amiraux d’Albion
Auraient eu le temps de nous rendre
Les ruines du Cap Breton,
[réf à la prise de Louisbourg par les Anglais en 1745]
Et nous le temps de les reprendre ;
Pendant que cet aimable don
De mon Frédéric Apollon
À Cirey se faisait attendre.

On revient toujours à ses goûts, vous faites des vers quand vous n’avez plus de batailles à donner . Je croyais que vous étiez mis tout entier à la prose.
Mais il faut que votre génie
Que rien n’a jamais limité,
S’élance avec rapidité
Du haut du mont inhabité
Où baille la philosophie ;
Jusqu’aux lieux pleins de volupté,
Où folâtre la poésie.
Vous donniez sur les oreilles aux Autrichiens et aux saxons, vous donnez la paix dans Dresde, vous approfondissez la métaphysique , vous écrivez les mémoires d’un siècle dont vous êtes le premier homme, et enfin vous faites des vers et vous en faites plus que moi qui n’en peux plus, et qui laisse là le métier.
Je n’ai point encore vu ceux dont Votre Majesté a régalé M. de Maurepas, mais j’en avais déjà vu quelques uns de l’épître à votre président des xx, et des beaux arts.
Le neveu de Duguay-Trouin,
Demi-homme et demi-marsouin,
avait déjà fait fortune [épître à Maupertuis, de Frédéric II ; Maupertuis est de saint Malo comme Duguay-Trouin]. Nos connaisseurs disent : voilà qui est du bon ton, du ton de la bonne compagnie. Car, Sire, vous seriez cent fois plus héros, nos beaux esprits, nos belles dames vous sauraient gré surtout d’être du bon ton . Alexandre sans cela n’aurait pas réussi dans Athènes ni Votre Majesté dans Paris.
L’épître sur la vanité et sur l’intérêt [Frédéric le 15 avril 1740 avait envoyé ce qui sera imprimé sous le titre d’Epître sur la Gloire et l’Intérêt.] m’a fait encore plus de plaisir que ce bon ton et que la légèreté des grâces d’une épître familière. Le portrait de l’insulaire
Qui de son cabinet pense agiter la terre ,
De ses propres sujets habile séducteur,
Des princes et des rois dangereux corrupteur,
etc.
est un morceau de la plus grande force et de la plus grande beauté . Ce ne sont pas là des portraits de fantaisie [Frédéric écrivait le 29 novembre 1748 qu’il envoyait « l’amas des portraits / Qu’a peints (sa) verve diffuse ».]; tous les travers de notre pauvre espèce sont d’ailleurs très bien touchés dans cette épître.
Des fous qui s’en font tant accroire
Vous peignez les légèretés.
De nos vaines témérités
Vos vers sont la fidèle histoire,
On peut fronder les vanités
Quand on est au sein de la gloire.
Je croirais volontiers que l’ode sur la guerre [Frédéric : La Guerre présente] est de quelque pauvre citoyen, bon poète d’ailleurs, lassé de payer le dixième, et le dixième du dixième, et de voir ravager sa terre pour des querelles de rois. Point du tout , elle est du roi qui a commencé la noise [en décembre 1740, Frédéric avait envahi la Silésie, province autrichienne], elle est de celui qui a gagné les armes à la main une province et cinq batailles . Sire, Votre Majesté fait de beaux vers mais elle se moque du monde.
Toutefois qui sait si vous ne pensez pas réellement tout cela quand vous l’écrivez ? Il se peut très bien faire que l’humanité vous parle dans le même cabinet où la politique et la gloire ont signé des ordres pour assembler des armées . On est animé aujourd’hui par la passion des héros . Demain on pense en philosophe. Tous cela s’accorde à merveille selon que les ressorts de la machine pensante sont montés. C’est une preuve de ce que vous daignâtes m’écrire il y a dix ans sur la liberté . J’ai relu ici ce petit morceau très philosophique . Il fait trembler . Plus j’y pense plus je reviens à l’avis de Votre Majesté. J’avais grande envie que nous fussions libres . J'ai fait tout ce que j’ai pu pour le croire . L’expérience et la raison me convainquent que nous sommes des machines faites pour aller un certain temps, et comme il plait à Dieu.
Remerciez la nature de la façon dont votre machine est construite, et de ce qu’elle a été montée pour écrire l’épître à Hermotime [Frédéric : Sur l’avantage des lettres ].
Le vainqueur de l’Asie en subjuguant cent rois
Dans le rapide cours de ses brillants exploits
Estimait Aristote ; et méditait son livre.
Heureux si sa raison, plus docile à le suivre,
Réprimant un courroux trop fatal à Clitus
N’eût par ce meurtre affreux obscurci ses vertus,
etc.
Personne en France n’a jamais fait de meilleurs vers que ceux-là. Boileau les aurait adoptés. Et il y en a beaucoup de cette force, de cette clarté et de cette élégance harmonieuse dans votre épître à Hermotime. Votre Majesté a déjà peut-être lu Catilina, elle peut voir si nos académiciens écrivent aussi purement qu’elle [V* reprendra cette flatterie le 17 mars pour contrer Crébillon, que défend plus ou moins Frédéric].
Sire, grand merci de ce que dans votre ode sur votre académie [Frédéric : Le rétablissement de l’Académie], vous daignez aux chutes des strophes employer la mesure des trois petits vers de trois pieds ou six syllabes . Je croyais être le seul qui m’en étais servi . Vous la consacrez . Il y a peu de mesures à mon gré aussi harmonieuses, mais aussi, il y a peu d’oreilles qui sentent ces délicatesses. Votre géomètre borgne dont Votre Majesté parle n’en sait rien [Euler, né à Bâle]. Nous sommes dans le monde un petit nombre d’adeptes qui nous y connaissons, le reste n’en sait pas plus qu’un géomètre suisse. Il faudrait que tous les adeptes fussent à votre cour.
J’avais en quelque sorte prévenu la lettre de Votre Majesté, en lui parlant de la cour de Lorraine, où j’ai passé quelques mois entre le roi Stanislas et son apothicaire, personnage plus nécessaire pour moi que son auguste maître, fût –il souverain dans la cohue de Varsovie.
J’aime fort cette Épiphanie
Des trois rois que vous me citez,
Tous trois différents de génie,
Tous trois de moi très respectés.
Louis mon bienfaiteur, mon maître,
M’a fait un fortuné destin.
Stanislas est mon médecin.
Mais que Frédéric veut-il être ?
Vous daignez, Sire, vouloir que je sois assez heureux pour vous venir faire ma cour ? Moi ! voyager pendant l’hiver dans l’état où je suis ? Plût à Dieu, mais mon cœur et mon corps ne sont pas de la même espèce. Et puis, Sire, pourrez-vous me souffrir ? J’ai eu une maladie qui m’a rendu sourd d’une oreille, et qui m’a fait perdre mes dents . Les eaux de Plombières m’ont laissé languissant . Voilà un plaisant cadavre à transporter à Potsdam ! et à passer à travers vos gardes ! Je vais me tapir à Paris au coin du feu . Le roi mon maître a la bonté de me dispenser de tout service [Louis XV permet à V* de vendre sa charge de gentilhomme ordinaire de la chambre tout en gardant le titre.] . Si je me raccommode un peu cet hiver, il serait bien doux de venir me mettre à vos pieds dans le commencement de l’été. Ce serait pour moi un rajeunissement mais dois-je l’espérer ? Il me reste un souffle de vie, et ce souffle est à vous . Mais je voudrais venir à Berlin avec M. de Séchelles que Votre Majesté connaît . Elle en croirait peut-être plus un intendant de l’armée qui parle gras, et qui m’a rendu le service de faire arrêter à Bruxelles la nommée des Vignes laquelle était encore saisie de tous les papiers qu’elle avait volés à Mme du Châtelet et dont elle avait déjà fait marché avec les coquins de libraires d’Amsterdam [vente de lettres de V*, de Mme du Châtelet et de Frédéric à Ledet qui les imprima et intervention de Séchelles intendant des pays conquis]. Votre Majesté pourrait très aisément s’en informer [V* le racontait à Frédéric dès le 22 septembre 1746]. Je vous avoue, Sire, que j’ai été très affligé que vous ayez soupçonné que j’eusse pu rien déguiser [le 29 novembre 1748, Frédéric évoquait ironiquement l’éventualité d’un vol de la cassette de V* et d’une impression des vers qu’il envoyait et qui s’y trouveraient ]. Mais si les libraires d’Amsterdam sont des fripons à pendre, le grand Frédéric après tout doit-il être fâché qu’on sache dans la postérité qu’il m’honorait de ses bontés ?
Pour moi, Sire, je voudrais n’avoir jamais rien fait imprimer, je voudrais n’avoir écrit que pour vous, avoir passé mes jours à votre cour, et passer encore le reste de ma vie à vous admirer de près . J’ai fait une très grande sottise de cultiver les lettres pour le public . Il faut mettre cela au rang des vanités dangereuses dont vous parlez si bien . Et en vérité, tout est vanité hors de passer ses jours auprès d’un homme tel que vous.
Faites comme il vous plaira, mais mon admiration, mon très profond respect, mon tendre attachement ne finiront qu’ avec ma vie.
V. »
18:48 | Lien permanent | Commentaires (0)
25/01/2010
l’intolérance est aussi absurde qu’horrible
Suite à une charmante visite de l'équipe clunysienne ce jour au château de Voltaire , une visite "éclairs" ( au chocolat, et je m'en lèche encore les doigts !! ) , je me permets de leur faire un peu de pub pour le grand évènement qui va bien les occuper cette année : cluny a 1100 ans . Mazette ! Ils ont déjà plus de cent mille visiteurs par an, combien vont-ils en avoir cette fois ?
http://www.dailymotion.com/video/x98l2f_cluny-2010-en-lum...

Vous pouvez constater que l'esprit de tolérance est vif chez les voltairiens !
Et l'esprit de moquerie tout autant, ce qui justifie ce lien : http://www.youtube.com/watch?v=HE1sf-pDoUs
Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais dans le style kitch, il est difficile de faire mieux sur le sujet . Je ne sais si je dois rire ou admirer l'art et la manière de "lire-chanter le Bottin" ou ici, le document de visite .
J'ai peur qu'un jour un trouvère complètement allumé vienne conduire la visite à Ferney ! Je suis certain que ça aurait son charme, mais bon, nous avons assez de jours de pluie ici, n'en rajoutons pas !
Je m'offre le luxe de faire de la pub pour un monument "diablement" fréquenté, cible entre autres de colère voltairiennes qui n'appréciait pas du tout le luxe des abbayes ni les taxes diverses qu'elles récoltaient sur le dos des plus pauvres, ceux-ci étant maintenus dans une crainte supersticieuse déplorable.
Autre temps, autres moeurs! De nos jours l'Etat s'est substitué au clergé : les promesses de paradis laïc valent bien les promesses de paradis clérical ! Non ?
Mieux ou pire ?
Mé pi, pas pi ! comme on dit en Savoie (la "hiaute" ! )
Ici, il est d'actualité d'ouvrir le château dès le 3 avril, ce qui nous ferait gagner plus d'un mois d'ouverture. Je vous prie d'y penser et de profiter de cette saison où il n'y a pas encore trop de monde .
« A Etienne-Noël Damilaville
24 janvier 1763
Mon cher frère, on ne peut empêcher, à la vérité, que Jean Calas ne soit roué, mais on peut rendre ses juges exécrables, et c’est ce que je leur souhaite. Je me suis avisé de mettre par écrit toutes les raisons qui pourraient justifier ces juges, je me suis distillé la tête pour trouver de quoi les excuser, et je n’ai trouvé que de quoi les décimer.
Gardez-vous bien d’imputer aux laïques un petit ouvrage sur la tolérance qui va bientôt paraitre [il l’annonçait déjà le 6 décembre 1762 : « on dit qu’il paraitra quelque chose à l’occasion des Calas et des pénitents blancs », en spécifiant qu'« on attendrait que la révision eût été jugée »]. Il est, dit-on d’un bon prêtre ; il y a des endroits qui font frémir, et d’autres qui font pouffer de rire ; car Dieu merci, l’intolérance est aussi absurde qu’horrible.
Mon cher frère m’enverra donc la petite feuille qu’on attribue à M. Le Brun [La Renommée littéraire ; V* écrira à Le Brun pour lui faire part des fiançailles de Mlle Corneille le 26, et lui propose de signer le contrat (par procuration). Il écrira à Damilaville le 1er février : « C’est une aventure assez comique que j’ai eue avec Pindare-Le Brun en vous envoyant un paquet pour lui dans le temps que vous me dépêchiez ses rabâchages contre moi … Je l’accable de politesses qui doivent lui tenir lieu de châtiment.]. Mais est-il possible que Le Brun qui m’adressait de si belles odes pour m’engager à prendre Mlle Corneille et m’envoie souvent de si jolis vers, ne soit qu’un petit perfide ?
Nous marions Mlle Corneille à un gentilhomme du voisinage, officier de dragons, sage, doux, brave, d’une jolie figure, aimant le service du roi et sa femme, possédant dix mille livres de rente, à peu près, à la porte de Ferney [Claude Dupuits de La Chaux]. Je les loge tous deux. Nous sommes tous heureux. Je finis en patriarche. Je voudrais à présent marier Mlles Calas à deux conseillers au parlement de Toulouse.
On dit la comédie de M. Dupuis [Dupuis et Desronais, comédie de Charles Collé, inspirée d’une nouvelle des Illustres Françaises de Robert Challe] fort jolie : cela est heureux. Le nom de notre futur est Dupuits [à Le Brun , il écrira que cette coïncidence « est d’un bon augure »]. Frère Thiriot doit être fort aise de la fortune de Mlle Corneille. Elle la mérite . Savez-vous que cette enfant a nourri longtemps son père et sa mère du travail de ses petites mains [Jean-François Corneille était « facteur de la petite poste dans les rues de Paris »] ? La voilà récompensée. Sa vie est un roman.
Je vous embrasse tendrement, mon cher frère. Ecrasez l’Infâme.
http://www.dailymotion.com/video/x84nla_generique-les-env...
PS. : Si vous regardez bien le petit doigt de la main droite de Gunzo -moine de gauche- (un moine peut-il être de gauche ? oui, si ça lui permet de se retrouver à la droite de Dieu ! ), pour ceux qui ont suivi la série culte "Les Envahisseurs", vous voyez que David Vincent aurait déjà eu du fil à retordre au Moyen Age . Gunzo, envahisseur déguisé en moine ! Trop fort !!
19:38 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voltaire, damilaville, dupuis, dupuits, corneille, le brun, tolérance, calas
20/01/2010
Travaillons tandis que nous avons encore du feu dans les veines
"La vie est courte. Il n’y a pas un moment à perdre à l’âge où je suis. La vie des talents est encore plus courte."
Bien que plus jeune que Volti lorsqu'il écrivit ceci, je sais pertinemment qu'il a raison .
Je ne sais quel sont mes talents actuels, mais je sais que certains ont pris du plomb dans l'aile. Le double-salto vrillé avec rattrappage sur le bord du guéridon du salon, ça je ne peux plus ! Comment ce fais-ce ?
Et curieusement, avec du plomb dans l'aile, je marche comme un canard boiteux ; je dois être comme Léon Zitrone qui criait lors d'un Intervilles un peu agité : "Guy Lux, je ne vous entends plus , on m'a cassé ( -pété- ) mes lunettes ! ".Pour une citation plus conforme à la réalité, voyez ce grand moment de Télé :
http://images.google.fr/imgres?imgurl=http://www.totalvod...
Il est heureux que d'autres talents s'améliorent, que certains prennent le relais grâce à l'expérience et que ma foi , l'amour de la vie aidant, l'amour présent, on garde l'oeil brillant et le coeur ouvert .

« A Charles–Augustin Ferriol, comte d’Argental
et
à Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d’Argental
20 janvier [1762]
Divins anges, ce n’est pas tout. Renvoyez-moi, je vous prie, tous mes chiffons sitôt la présente reçue. C’est-à-dire les deux leçons de cette œuvre de six jours [Statira ou Cassandre ou Olympie, tragédie retouchée et renommée] que je mets plus de six fois six autres jours à reprendre en sous-œuvre. Ou je suis un sot, ou cela sera déchirant ; et vous en viendrez à votre honneur. Vous pouvez être sûrs que si je reçois le matin votre paquet, un autre partira le soir pour aller se mettre à l’ombre de vos ailes. Ah ! que vous m’avez fait aimer le tripot ! Je relisais tout à l’heure une première scène d’un drame commencé et abandonné [Don Pedre : le plan en est donné aux d’Argental le 29 juin en leur disant qu’il pense avoir renoncé au sujet]. Cette première scène me réchauffe, je reprendrai ce drame. Mais il faut songer sérieusement à Pierre le premier de nos apôtres [Ici Pierre Corneille, premier des auteurs tragiques : Commentaires sur Corneille].
Je désire toujours ardemment de voir Le Droit du seigneur tel qu’il sera donné corrigé ou défiguré [représenté le 18 janvier]. La vie est courte. Il n’y a pas un moment à perdre à l’âge où je suis. La vie des talents est encore plus courte. Travaillons tandis que nous avons encore du feu dans les veines. Je suis content de l’Espagne [Pacte de Famille conclu entre la France et l’Espagne le 15 août 1761 et ratifié le 25 en Espagne ;l’’Espagne entre enfin en guerre contre l’Angleterre]. Il vaut mieux tard que jamais.
Il y a longtemps que je dis : gare à vous Joseph – je dis aussi : gare à vous Luc [Joseph = roi du Portugal : allusion à l’attentat de septembre 1758 contre José Ier . Luc= Frédéric II : tentative d’enlèvement à Strehlen à la fin de 1761 ].
Aux pieds des anges.
V. »
Un talent qui ne se dément pas : http://www.youtube.com/watch?v=Jha39ysASA0&feature=re...
Je l'aime toujours . N'en soyez pas jalouse Mam'zelle W. !
05:32 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voltaire, argental, corneille, cassandre, droit, seigneur, espagne
19/01/2010
Je m’y suis ruiné, mais je ne suis pas découragé
Il en est qui dépourvus de talent se permettent de baver - je dis bien baver, pour moi ce sont des limaces - sur Voltaire . Ils le font à leur image, je n'en dirai pas plus, vous avez compris .
Dans le même temps, je les soupçonne -à tort peut-être ?- d'être des fans de Napoléon Ier qui, Ô merveille, sut si bien rétablir l'esclavage.
Ce Voltaire qu'ils se permettent de rabaisser (car eux ne peuvent s'élever ! ) était cet homme capable d'indignation devant les travers de ses contemporains , et ce n'est qu'un petit exemple parmi tant d'autres que je vous cite ci-après, en fonction de l'actualité.
Le 11 août 1770, Voltaire écrit à Catherine II de Russie :
"On apprend à Paris le tremblement de terre qui a bouleversé trente lieues de pays à Saint Domingue, on dit : "C'est dommage", et on va à l'opéra. Les affaires les plus sérieuses sont tournées en ridicule."
Ce tremblement de terre a eu lieu le jour de la Pentecôte , 3 juin 1770 . Voir détails ci-après : http://www.lnbtp.gouv.ht/publications/Seismes%20en%20Hait...
« A Charles–Augustin Ferriol, comte d’Argental
et
à Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d’Argental
19è janvier 1772
Or mes anges, voici le fait. Cette lettre sera pour vous et pour M. de Thibouville puisqu’il a trouvé son jeune homme [Le 6 février 1771, V* écrivait à Thibouville :"Trouvez quelque jeune homme ... qui passerait pout l'auteur, et qui pourra même lire la pièce aux comédiens ..." Il s'agissait des Pélopides . V* sera déçu :" ce jeune homme était un mauvais comédien de la troupe de Paris" (letr du 8 février 1773 à Thibouville).]; et je suppose que ce jeune homme lira bien et fera pleurer son monde.
Mon jeune homme à moi [le prétendu auteur], m’est venu trouver hier, et m’a dit ces propres paroles :
« A l’âge où je suis j’ai grand besoin d’avoir des protections à la cour comme par exemple auprès du secrétaire de M. le trésorier des Menus, ou auprès de MM. les comédiens ordinaires du roi. On m’a dit que Sophonisbe n’étant qu’un réchauffé [un « réchauffé » de Mairet, 1770 ], et les Pélopides ayant déjà été traités [par Crébillon qui avait écrit Atrée et Thyeste.], ces deux objets me procureraient difficilement la protection que je demande.
D’ailleurs des gens bien instruits m’ont assuré que pour balancer le mérite éclatant de l’opéra-comique et de Fax-hall [Il s’agit des Fêtes de Tempé, ouvertes par Torre en 1769 près de la porte Saint Martin ; voir article « franc » des Questions sur l’Encyclopédie : « du salon du sieur Vaux à Londres, nommé Vaux-hall, on a fait facs-hall à Paris. »] , pour attirer l’attention des Welches, et pour forcer la délicatesse de la cour à quelque indulgence, il fallait un grand spectacle, bien imposant, et bien intéressant ; qu’il fallait surtout que ce spectacle fût nouveau, et j’ai cru trouver ces conditions dans la pièce ci-jointe [Les Lois de Minos.] que je soumets à vos lumières . Elle m’a coûté beaucoup de temps, car je l’ai commencée le 18è septembre, et elle a été achevée le 12è janvier.
Il serait triste d’avoir perdu un temps si précieux. »
J’ai répondu au jeune candidat que je trouvais sa pièce fort extraordinaire, et qu’il n’y manquait que de donner bataille sur le théâtre, que sans doute on en viendrait là quelque jour, et qu’alors on pourrait se flatter d’avoir égalé les Grecs.
« Mais mon cher enfant, quel titre donnez-vous à votre tragédie ?
- Aucun, Monsieur. On ferait cent allusions, on tiendrait cent mauvais discours, et les Welches feraient tant que ma pièce ne serait point jouée. Alors je serais privé de la protection du secrétaire de M. le trésorier des Menus, et de celle de MM. les comédiens ordinaires du roi, et je serais obligé d’aller travailler aux feuilles de M. Fréron pour me pousser dans le monde. »
J’eus pitié de ce pauvre enfant, et je vous envoie son œuvre, mes chers anges. Si M. de Thibouville veut se trémousser et conduire cette intrigue, cela pourra l’amuser beaucoup, et vous aussi.
Il y a vraiment dans ce drame je ne sais quoi de singulier et de magnifique qui sent son ancienne Grèce, et si les Welches ne s’amusent pas de ces spectacles grecs, ce n’est pas de ma faute. Je les tiens pour réprouvés à jamais. Pour moi qui ne suis que Suisse, j’avoue que la pièce m’a fait passer une heure agréable dans mon lit où je végète depuis longtemps.
Je vous remercie mes chers anges, des ouvertures que vous me donnez avec tant de bonté pour établir un bureau d’adresse en faveur de mes montriers [fabricants de montre de Ferney]. Mme Lejeune [ La femme du libraire qui avait été arrêtée en décembre 1766, revenant de Ferney, pour avoir voulu faire entrer en France des livres prohibés, dont le Recueil nécessaire de Voltaire ] ne pourrait-elle pas être la correspondante ? On s’arrangerait avec elle.
Il est arrivé de grands malheurs à notre colonie [V* a accueilli des émigrants de Genève suite aux troubles de février 1770, leur a prêté de l’argent pour fonder une fabrique de montres à Ferney, bâti des maisons, mais perdu le soutien de Choiseul disgracié en décembre]. Je m’y suis ruiné, mais je ne suis pas découragé. J’aurai toujours dans mon village le glorieux titre de fondateur. J’ai rassemblé des gueux. Il faudra que je finisse par leur fonder un hôpital.
Je me mets à l’ombre de vos ailes plus que jamais, mes divins anges.
Vous devez recevoir la drôlerie de mon jeune homme par M. Bacon, non pas le chancelier, mais le substitut du procureur général, lequel doit l’avoir reçue dûment cachetée de la main de M. le procureur général .Si ces curieux ont ouvert le paquet, je souhaite qu’ils aiment les vers, mais j’en doute.
Voltaire. »
19:19 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voltaire, argental, lejeune, minos, thibouville, fréron, welches, vaux-hall
Pierre Étaix a décidé de le faire revivre.... SUR SCÈNE ! "YOYO"

01:43 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pierre etaix, yoyo, bordeaux, 22 janvier, 23 janvier
16/01/2010
il est bien dangereux d’avoir été témoin des actions secrètes d’un homme puissant.
Puisqu'il va être question de Tombeau, en voici un qui s'écoute :
http://www.youtube.com/watch?v=GXRZQIfxlIU
http://www.youtube.com/watch?v=7jAPs2JigEQ&feature=re...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Tombeau_de_Couperin

Et un qui se fréquente ! J'en connais même qui se font une gloire d'avoir usé quelques fonds de culottes (pour ceux et celles qui en portent encore ! ) sur les bancs de cette vénérable chose . Grand titre de gloire que de présenter une thèse dans les mêmes lieux que Elisabeth Tessier, grande devineresse devant l'éternel ... Enfin, nul n'est parfait ! Admirez cette belle pièce montée ...

Volti est-il oui ou non l'auteur du Tombeau de la Sorbonne ?
Il le nie .
Que faire ? Que dire ?
Ne pas le croire , c'est irrespectueux , non ?
Le croire, c'est ne pas le connaitre !
Alors lisez !
http://www.voltaire-integral.com/Html/24/04_Tombeau.html
« A Marie-Louise Denis
[lettre autographe et authentique]
n° 28
Ecrit le seize janvier [1753] partira quand il pourra.
J’envoie un exprès hors des frontières des Etats du roi de Prusse. Je l’envoie où je voudrais assurément être moi-même. Il mettra ce paquet à la poste à l’adresse de M. Tirou de Mauregard. Je vais vous confier le secret de ma vie, mais si jamais votre main gauche sait ce qu’a fait votre main droite dans cette affaire je suis perdu sans ressource.
Peut-être avez-vous déjà engagé milord Maréchal [envoyé du roi de Prusse] et La Condamine à ne pas débiter dans Paris que je suis l’auteur du Tombeau de la Sorbonne. C’est un service que votre amitié et votre zèle éclairé m’auront déjà rendu.
Voici maintenant de quoi il s’agit. Vous le voyez assez par les papiers ci-joints, c’est à dire par une lettre de l’abbé de Prades, et par un morceau de la même main. Cet abbé de Prades est actuellement le favori du roi de Prusse en attendant Baculard d’Arnaud que Maupertuis fait revenir [V* avait fait chasser d’Arnaud en 1750 par le roi de Prusse]. Vous savez que ce prince a mandé à son envoyé que je suis l’auteur du Tombeau. Vous avez ici la preuve du contraire. Mais je vous avertis que vous risquez ma liberté et ma vie, si d’Alembert, si La Condamine, si La Virotte [Louis-Anne de La Virotte, entre autres, traducteur de l’Exposition des découvertes philosophiques de m. le chevalier Newton de Maclaurin Colin, 1749 ] ont jamais le moindre doute sur ce que je vous confie. Je suis bien loin de vouloir que le public et la Sorbonne imputent à l’abbé de Prades un écrit qui quoique pardonnable à son juste ressentiment [De Prades avait été contraint à la fuite après la condamnation de la thèse qu’il avait soutenue à la Sorbonne, et V* l’avait accueilli en Prusse] lui fermerait pour jamais le portes de sa patrie où il prétend retourner. Je ne veux pas manquer à l’abbé de Prades. Je ne le dois pas .Je ne veux pas non plus me manquer à moi-même. Il serait affreux d’être un délateur, il serait également cruel de passer pour l’auteur d’un tel libelle, surtout dans un temps où l’on veut faire passer pour un libelle scandaleux l’innocente plaisanterie faite sur les ouvrages de Maupertuis [Diatribe du docteur Akakia ]. Que faut-il donc faire ? Il faut montrer à M. d’Argenson sous le sceau du secret les deux papiers qui font voir évidemment que je ne suis pas l’auteur du Tombeau de la Sorbonne [A-t-il été rédigé par de Prades et corrigé par V* . On le met actuellement dans l’édition de ses Œuvre complètes .]. Ces deux papiers sont attachés ensemble avec une épingle. Ils sont de la même main et l’un des deux est une des feuilles mêmes de l’original du Tombeau de la Sorbonne. Par-là, M. d’Argenson sera convaincu. Il pourra certifier au roi que je ne suis pas l’auteur du libelle. C’est tout ce que je veux. Le public dira ce qu’il voudra, mais les connaisseurs ne m’imputeront pas un ouvrage où il est dit que la Sorbonne était dans un cul-de-sac et qu’elle a fracassé son vaisseau [en citant à peu près cette phrase, en octobre –novembre 1752, il écrit à Frédéric : « Cela ressemble au fameux plaidoyer fait contre les putains de Paris . Elles allèrent dans le rue Brisemiche chercher un abri contre les tempêtes élevées sur leurs têtes dans le rue Chapon . »], et qui est rempli de platitudes pareilles, un ouvrage où il n’est question que de gens dont je n’ai jamais entendu parler. Exigez de M. d’Argenson qu’il n’accuse jamais l’abbé de Prades, mais qu’il me justifie, et si je suis encore à Berlin ne m’écrivez sur cette affaire que d’une manière qu’on ne puisse pénétrer.
A l’égard des persécutions cruelles que Maupertuis m’a fait souffrir, je tâcherai de m’en tirer, je tâcherai d’obtenir mon congé du roi. Mais songez qu’on a voulu à la fois me perdre à Paris par le Tombeau de la Sorbonne, et à Berlin par la critique des œuvres de Maupertuis, qu’on veut me retenir pour m’accabler, et que le plus grand préalable est de me laver du Tombeau de la Sorbonne qui peut fort bien être brûlé à Paris.
Voici à présent l’histoire du procès de Maupertuis avec toutes les pièces. Si Lambert veut les imprimer, je crois qu’elles ne peuvent faire qu’un très bon effet. Mais il faut qu’il garde le plus profond secret, et qu’on ne sache jamais que cela a été imprimé à Paris.
Accusez-moi réception de mes numéros. J’ai bien peur que vous n’ayez de très mauvaises nouvelles à me mander .Il est important qu’on sache que j’ai tout remis au roi de Prusse [clé de chambellan et croix de l’ordre du mérite], qu’il m’a tout rendu, et qu’il parlemente un peu, mais sachez encore une fois qu’il est plus difficile de sortir d’ici que de la Sibérie, et qu’il est bien dangereux d’avoir été témoin des actions secrètes d’un homme puissant. Le roi de Prusse ne sait pas que je suis incapable de lui manquer jamais. S’il me connaissait, il ne me persécuterait pas d’une manière si horrible. Je vous parle avec confiance dans les lettres qui ne vont pas par ses Etats, mais dans les autres, il me semble que je me suis expliqué avec retenue.
Je reçois votre n° 25 du 27 décembre. Voilà une lettre prudente. Le résultat est qu’il faut vaincre. Il faut rendre de toutes façons Montjeu [= Frédéric] abominable, et démasquer des coutures. Le reste viendra dans son temps, ou ma mort aura tout fini.
Il ne faut montrer à Frémont [= d’Argenson ? ] la conviction de ce qui regarde le Tombeau qu’en cas que ce Tombeau fasse encore du bruit. Il faut qu’à force d’esprit vous fassiez savoir à la Barios [= Mme de Pompadour)] les horreurs où vous m’apprenez que ce Montjeu s’est emporté contre elle.
Il faut faire imprimer toute l’histoire du procès ci-jointe [ à Koenig, il écrit le 29 janvier : « On y vend (à Paris) le bon docteur Akakia avec une petite histoire de toute l’aventure » : c’est La Querelle qui parait dans le Journal de la Librairie le 15 janvier 1753] ou plutôt il faut faire ce que vous jugerez convenable. Mais je croirai toujours qu’il est de la plus grande importance que la Diatribe soit bien publique, et qu’on voie que ce n’est pas là un libelle. C’est la malheureuse brochure du R. d. P. qui est un libelle [ Lettre d’un académicien de Berlin à un académicien de Paris (œuvres de FrédéricII) qui fait référence à la Réponse d’un académicien de Berlin à un académicien de Paris, adressée par V* à la Bibliothèque raisonnée le 18 septembre ]. On a imprimé dans les Nouvelles littéraires de Leipzig que l’auteur d’un si innocent libelle méritait de louer Maupertuis après avoir fait l’éloge de La Mettrie. On imprime partout des choses aussi fortes. Je vous jure que je n’y ai nulle part. Je les apprends le dernier, mais on peut me les imputer. Que voulez vous ? je sais souffrir et mourir. Dites à votre sœur qu’elle prend très mal son temps pour m’envoyer des plaisanteries. Ayez la bonté, je vous en supplie, de faire mettre dans le Mercure cet avertissement.
Point de Rome sauvée dans ces circonstances. Ecrivez-moi hardiment tout ce qui se passe dans le goût de votre n° 19. Aimez-moi, et croyez que j’ai autant de courage que de tendresse pour vous. Au nom de Dieu ayez soin de votre santé.
Prenez bien garde à cette affairé délicate, songez que Bauprès [=Richelieu] est un babillard, que personne sur la terre ne doit être instruit que M. d’Argenson, qu’il faut instruire de tout.
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