08/12/2009
On nuit plus au progrès de l’esprit en plaçant mal les récompenses qu’en les supprimant

Accrochez-vous bien !
Je peux témoigner que "tomber" amoureux n'est pas toujours figuré .
(NDLR : un conseil d'ami : méfiez-vous des chaises à roulettes ;- ))
« A Charles-François Hénault
Au château de Potsdam, 8 décembre [1751]
Vous me croirez paresseux, mon cher confrère, mais c’est parce que je ne le suis point que j’ai été si longtemps sans vous écrire. J’étais occupé à finir mon essai du Siècle de Louis XIV, à tâcher de vous imiter et de mériter votre suffrage et vos bontés. Il s’est glissé beaucoup de fautes tant de ma part que de l’éditeur, et je fais des cartons. J’ai pris la liberté de vous voler la liste des maréchaux de France et des ministres que j’ai mise à la suite de l’ouvrage [emprunt au Nouvel abrégé chronologique de l’Histoire de France de Hénault ]. Elle est suivie d’un catalogue de presque tous les artistes qui ont immortalisé ce siècle en tant de différents genres. Je vous supplie de jeter les yeux sur une petite partie de ce catalogue et de renvoyer ensuite ces deux feuilles à Mme Denis. J’avais, comme vous le voyez, prévenu cet énorme abbé Lambert, [Claude-François Lambert, auteur de Histoire littéraire du règne de Louis XIV (Paris 1751) ], et je crois ni ne penser ni écrire comme lui. Franchement son gros livre déshonore la nation qu’il a cru honorer ; mais des barbouilleurs ont beau défigurer les grands hommes et peindre des pygmées à coté d’eux, les pygmées disparaissent, les barbouilleurs sont oubliés et les grands hommes restent.
A propos de grands hommes, il est triste que le roi de Prusse ait supprimé la vie de son père dans l’Histoire de Brandebourg [ le règne de Frédéric-Guillaume est peu traité dans l’édition hollandaise de Mémoires pour servir à l’histoire de la Maison de Brandebourg (1751), mais il était traité dans l’édition faite « Au donjon du château » et le sera à nouveau dans la Continuation (1757) ]; mais vous m’avouerez, Monsieur, que les trois dissertations sur la religion, les mœurs, le gouvernement de son pays sont d’un vrai philosophe, et que Salomon, Marc Aurèle et Julien n’eussent pas mieux fait. Au reste je n’ai d’autre part aux ouvrages de cet homme très extraordinaire que celle d’avoir fait avec lui mon métier d’académicien et d’avoir servi à perfectionner en lui la connaissance de notre langue. C’est un faible mérite auprès du génie.
Je ne sais si on lui pardonne d’avoir comparé l’Electeur, son bisaïeul, à Louis XIV. On ne connait en France cet Electeur que pour avoir été surpris et bien battu par le maréchal de Turenne, et pour avoir été contraint malgré tous ses artifices à recevoir une paix honteuse. Mais cet Electeur, qui a dans Berlin le nom de Grand, a fait réellement de grands biens à son pays, et par là cette comparaison devient excusable dans la bouche de celui qui d’ailleurs l’a si prodigieusement surpassé.
Cet homme singulier doit être cher à votre ministère pour avoir abaissé la maison d’Autriche, affaibli l’Empire, changé la face de l’Allemagne et tenu la balance du Nord. Il doit l’être de tous les êtres pensants par sa philosophie libre, par la culture des lettres, et surtout aux Français puisqu’il a appris d’eux seuls à penser et à écrire. Il a donné une telle vogue à notre langue qu’elle est devenue langue générale du Nord et qu’on vient d’établir une académie française à Copenhague. Un officier poméranien qui a servi longtemps en Russie [Manstein qui écrit les Mémoires de Russie (édités 1770), publiés par David Hume ; V* retouchera le texte français ], et qui est actuellement à Potsdam, y compose en français l’histoire des dernières révolutions de la Russie. Il fera connaitre le premier une nation qui est bien plus redoutable qu’on ne pense. Enfin, Monsieur, je vous assure que j’habite Sparte devenu Athènes, et cette nouvelle Athènes n’est qu’une colonie de Paris. Vous seriez peut-être étonné aux soupers du roi de croire être chez vous.
Comme nous sommes ici fort libres, permettez-moi d’user de cette liberté pour ne point croire la réponse de Louis XIV à l’ambassadeur Stairs [A la fin de 1714, dans le Nouvel Abrégé de Hénault, on trouve cette réponse de Louis XIV : « Monsieur l’ambassadeur, j’ai toujours été maitre chez moi, quelque fois chez les autres, ne m’en faites pas souvenir . » V* a demandé le 15 août à Hénault « d’adoucir par un on dit cette réponse étonnante de Louis XIV ».]. Dans tout le reste je me range sous vos étendards.
Je vous supplie de vouloir bien faire quelque commémoration de moi à M. d’Argenson et à M. de Paulmy. Ils m’honoraient autrefois d’un peu de bonté, et s’ils daignaient se souvenir de moi avec quelque prédilection, je regretterais trop ma patrie.
J’ai lu avec bien de la satisfaction, dans l’excellent discours de M. d’Alembert, ces paroles remarquables : On nuit plus au progrès de l’esprit en plaçant mal les récompenses qu’en les supprimant. [introduction à l’Encyclopédie ] Peut-être trouverait-on dans cette réflexion des raisons pour justifier ma retraite si les bontés, les biens, les honneurs dont me comble un grand roi, et la vie très libre dont je jouis, je ne dis pas dans sa cour, mais dans sa maison, ne me justifiaient pas.
Cependant, mon cher et illustre confrère, croyez que malgré la petite vengeance que j’ai prise en me rendant heureux, malgré une liberté plus entière à la table d’un si grand roi que dans les soupers anglais, malgré tous les agréments attachés à la faveur d’un souverain, je vous regrette très sincèrement ; je vous voudrais à Potsdam, ou bien le roi de Prusse à Paris. Mme la marquise du Deffand m’inspire les mêmes sentiments. Ayez la bonté, je vous en prie, de lui présenter mes respects. Elle n’a guère de serviteur ni plus éloigné ni plus attaché. Je lui souhaite une meilleure santé que la mienne .Je suis si malade, je deviens si faible que je ne peux guère soutenir d’autre vie que celle de Potsdam, c'est-à-dire une liberté parfaite pour mon régime, et une suppression entière des moindres devoirs. Avec cela je traine gaiement. Monsieur, vivez aussi heureux que vous méritez de l’être. Qu’un bon estomac soit le prix etc [extrait de l’Epitre à Hénault du 13 juillet 1744 ]. Conservez-moi une amitié dont j’ai grand besoin, même en jouissant, j’ose le dire et répéter sa propre expression, de celle dont m’honore un homme qui aura dans la postérité le nom de Grand. Songez que vous irez aussi à la postérité.
Voltaire. »
A tous ceux qui ont tout lu, pour récupèrer, installez-vous confortablement et écoutez :
http://www.youtube.com/watch?v=0NYN3-g8RxM
Beau programme , non ?
05:04 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voltaire, hénault, alembert, frédéric, prusse, russie, potsdam, louis xiv, lambert, brandebourg, salomon, vengeance
07/12/2009
On ne doit pas couvrir son cul de diamants
« A Nicolas-Claude Thiriot
chez M. de La Popelinière.
6 Xbre 1738
Mon très cher ami, mitonnez-moi le manipulateur [le physicien-chimiste qui doit venir à Cirey], vous aurez dans peu notre décision.
Comme on imprimait en Hollande les 4 épitres [les Discours sur l’Homme], je viens de les envoyer corrigées, très corrigées, surtout la première et mon cher T. est à la place d’Hermotime [dans le premier Discours V* s’adressait à « Hermotime »].
Vous me faites tourner la tête de me dire qu’il ne faut point de tours familiers. Ah ! mon ami, ce sont les ressorts de ce style. Quelque ton sublime qu’on prenne, si on ne mêle pas quelques repos à ces écarts on est perdu. L’uniformité de sublime dégoûte. On ne doit pas couvrir son cul de diamants comme sa tête. Mon cher ami, sans variété jamais de beauté. Etre toujours admirable c’est ennuyer. Qu’on me critique, mais qu’on me lise. Passons du grave au doux, du plaisant au sévère [citation de Boileau, Art poétique]. Gare que le père Voltaire ne soit père Savonarole. Eh ! pour Dieu communiquez vite à M. d’Argental l’épitre sur la nature du plaisir, et envoyez-moi les 8 ou 10 vers que j’ai perdus après
C’est à la douleur même,
Que je connais d’un Dieu la justice suprême.
Envoyez S’Gravesende chez l’abbé [Thiriot doit envoyer chez l’abbé Moussinot les Philosophiae neutonnianae institutiones in usus academicos de S’Gravesende]. Il ne faut jamais attendre d’occasion pour un bon livre. L’abbé le mettra au coche sur-le-champ.
Il me faut le Borehave français [Institutiones et experimenta chemiae (Parisiis 1724) ? Non traduites en français. Ce sont ses traités de médecine qui seront traduits en 1739], je le crois traduit. Il y a une infinité de drogues dont je ne sais pas le nom en latin.
Ai-je souscrit pour le livre de M. Brémond ? [Il a demandé le 21 juillet à Moussinot de souscrire pour cette traduction des Transactions philosophiques] Aurai-je quelque chose sur les marées par quelque tête anglaise ?
Je crois que je verrai demain Wallis [John Wallis, traités de mathématique] et l’Algarotti français [Neutonianismo per le dame traduit en français par Duperron de Castera (Paris 1738)]. J’avais proposé à M. Algarotti que la traduction se fit sous mes yeux. Je vous réponds qu’il eût été content de mon zèle. Demandez si M. l’abbé Franquini lui a donné le Neuton que je lui ai adressé.
Je ne sache pas qu’on ait imprimé rien de mes lettres à Maffei, mais ce que j’ai écrit soit à lui soit à d’autres sur l’abbé Desfont. a beaucoup couru. Si on m’avait cru on aurait plus étendu, plus poli, et plus aiguisé cette critique [Le Préservatif ou Critique des Observations sur les écrits modernes. Desfontaines répondra par la Voltairomanie datée du 13 décembre]. Il était sans doute nécessaire de réprimer l’insolente absurdité avec laquelle ce gazetier attaque tout ce qu’il n’entend point, mais je ne peux être partout et je ne peux tout faire.
Au reste je ne crois pas que vous balanciez entre votre ami, et un homme qui vous a traité avec le mépris le plus insultant dans le Dictionnaire néologique, dans un ouvrage souvent imprimé, ce qui redouble l’outrage. Il ne m’a jamais ni écrit ni parlé de vous que pour nous brouiller. Jamais il n’a employé sur votre compte un terme honnête .Si vous aviez la faiblesse honteuse de vous mettre entre un tel scélérat et votre ami, vous trahiriez également ma tendresse et votre honneur. Il y a des occasions où il faut de la fermeté. C’est s’avilir de ménager un coquin [Thiriot revint effectivement sur les accusations portées contre Desfontaines le 16 août 1726 : « Ce scélérat d’abbé Desfont… dit que vous ne lui avez jamais parlé de moi qu’en termes outrageants… Il avait fait contre vous un ouvrage satirique dans le temps de Bicêtre que je lui fis jeter au feu et c’est lui qui a fait une édition du poème de La Ligue dans lequel il a inséré des vers satiriques de sa façon ».]. Il a trouvé en moi un homme qui le fera repentir jusqu’au dernier moment de sa vie. J’ai de quoi le perdre. Vous pouvez l’en assurer. Adieu, je suis fâché que la colère finisse une lettre dictée par l’amitié.
M. des Alleurs, M. de Formont, M. Dubos ; M. Clément, quelles nouvelles ? Il faut absolument un autre portait en bague à la place de celui qui a été brûlé [reproduction sur bague du portrait fait par La Tour]. Je suis fâché de l’incident. N’est-ce point quelque dévot qui aura fait cette action ? Eh ! morbleu qu’on brûle le portrait de Rousseau. Depuis qu’il fait des sermons, il mérite mieux que jamais d’être brûlé. Mais moi ? et brûler ce qui devait être au doigt d’Emilie ? Cela est bien dur. Vale.
Voltaire. »
05:10 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voltaire, thiriot, cul, diamant, wallis, algarotti, desfontaines, maffei, préservatif, rousseau
06/12/2009
il ne m’est pas permis de parler d’un si grand homme sans le connaitre
http://www.youtube.com/watch?v=kILbhPUe8LE&feature=re...
Puisqu'il va être question de bagatelles, avez-vous apprécié celle qui précède ?
« A Jean-Baptiste-Nicolas Formont
A Paris ce samedi [6 décembre 1732]
Il y a mille ans, mon cher Formont, que je ne vous ai écrit ; j’en suis plus fâché que vous. Vous me parliez dans votre dernière lettre de Zaïre et vous me donniez de très bons conseils. Je suis un ingrat de toutes façons. J’ai passé deux mois sans vous en remercier et je n’en ai pas assez profité. J’aurai dû employer une partie de mon temps pour vous écrire et l’autre à corriger Zaïre. Mais je l’ai perdu tout entier à Fontainebleau à faire des querelles entre les actrices pour les premiers rôles et entre la reine et les princesses pour faire jouer des comédies, à former de grandes factions pour des bagatelles et à brouiller toute la cour pour des riens [V* tenait à faire jouer sa Mariamne à Fontainebleau devant la cour, et à empêcher qu’on en jouât la Critique comme le voulait le duc de Mortemart . Il se forma deux partis, V* obtint l’appui de la reine et eut gain de cause . Il en parle le 19 octobre dans sa lettre à Mlle de Lubert. Le 28, Mathieu Marais en donna des précisions à Bouhier]. Dans les intervalles que me laissaient ces importantes billevesées je m’amusai à lire Newton au lieu de retoucher notre Zaïre. Je suis enfin déterminé à faire paraître ces Lettres anglaises, [Il avait commencé à les composer au printemps 1728 Letters concerning the English nation, publiées à Londres en 1733 par les soins de Thiriot. En 1732, il les rédige en français. Dès le 26 octobre 1726, dans une lettre à Thiriot, V* avait déjà dit son intention de les écrire ] et c’est pour celà qu’il m’a fallu relire Newton ; car il ne m’est pas permis de parler d’un si grand homme sans le connaitre. J’ai refondu entièrement les lettres où je parlais de lui et j’ose donner un petit précis de toute sa philosophie. Je fais son histoire et celle de Descartes. Je touche en peu de mots les belles découvertes et les innombrables erreurs de notre René. J’ai la hardiesse de soutenir le système d’Isaac qui me parait démontré. Tout cela fera quatre ou cinq lettres [finalement quatre : 14è, 15è, 16è, 17è.] que je tâche d’égayer et de rendre intéressantes autant que la matière peut le permettre ; je suis aussi obligé de changer tout ce que j’avais écrit à l’occasion de M. Locke [13è lettre ], parce qu’après tout je veux vivre en France, et qu’il ne m’est pas permis d’être aussi philosophe qu’un Anglais. Il me faut déguiser à Paris ce que je ne pourrais dire trop fortement à Londres. Cette circonspection malheureuse mais nécessaire me fait rayer plus d’un endroit assez plaisant sur les quakers et les presbytériens. Le cœur m’en saigne. Thiriot en souffrira [il devait en toucher les droits !]; vous regretterez ces endroits et moi aussi, mais
Non me fata meis patientur scribere nugas
Auspiciis, et sponte mea componere cartas.
[les destins ne me permettent pas d’écrire des bagatelles sous mes propres auspices
et de composer à ma guise mes œuvres. ]
J’ai lu au cardinal de Fleury deux lettres sur les quakers desquelles j’avais pris grand soin de retrancher tout ce qui pouvait effaroucher sa dévote et sage Eminence. Il a trouvé ce qui en restait encore assez plaisant, mais le pauvre homme ne sait pas ce qu’il a perdu .Je compte vous envoyer mon manuscrit dès que j’aurai tâché d’expliquer Newton et d’obscurcir Locke .Vous me paraissez aussi désirer certaines pièces fugitives [dont l’Epitre à Uranie ; en octobre 1722, V* avait terminé une Epitre à Julie qui devint plus tard (1726) l’Epitre à Uranie , puis dès 1735, Le Pour et le Contre publié sous ce titre en 1772 ; ce poême déiste est présenté comme une réponse à Mme de Ruppelmonde en proie aux « terreurs de l’autre vie »] dont l’abbé de Sade [Jacques-François-Paul-Aldonce de Sade, oncle du célèbre marquis ] vous a parlé. Je veux vous envoyer tout mon magasin, à vous et à M. de Cideville pour vos étrennes. Mais je ne veux pas vous donner rien pour rien. Je sais, monsieur le fripon, que vous avez écrit à Mlle de Launay [dame de compagnie de la duchesse du Maine, deviendra Mme de Staal et écrira ses Mémoires ] une de ces lettres charmantes où vous joignez les grâces à la raison, et où vous couvrez de roses votre bonnet de philosophe. Si vous nous faisiez part de ces gentillesses, ce serait en vérité très bien fait à vous et je me croirais payé avec usure du magasin que je vous destine. Notre baronne [Mme de Fontaine-Martel ] vous fait ses compliments. Tout le monde vous désire ici. Vous devriez bien venir reprendre votre appartement chez MM. des Alleurs et passer votre hiver à Paris. Vous me feriez peut-être faire encore quelque tragédie nouvelle. Adieu ; je supplie M. de Cideville de vous dire combien je vous aime, et je prie M. de Formont d’assurer mon cher Cideville de ma tendre amitié. Adieu. Je ne me croirai heureux que quand je pourrai passer ma vie entre vous deux. Mille compliments à MM. De Bourgtroulde [Du Bourg-Théroulde : Jean-Baptiste-François Lecordier de Bigars, marquis de La Londe, président à mortier à Rouen ] et Brevedent.
Voltaire. »
Le piano est un instrument à percussions, vous pourrez voous en rendre compte avec l'interprètation de cette bagatelle par Richter, slave au caractère enflammé , mais aussi nuancé :
05/12/2009
lui dire que je ne lui écris point parce que je suis malade

"Je ne lui écris point parce que je suis malade " : et s'il avait eu le téléphone, je parie que Volti aurait dit qu'il n'avait pas le réseau, ou plus de batterie, ou plus d'abonnement ! Visiblement il a le cul entre deux chaises avec ses illustrateurs de La Henriade et ménage la chèvre et le chou.
Dure vie que celle d'auteur du XVIII ème qui doit s'occuper de tout - je dis bien de TOUT - pour enfin paraitre et s'exprimer .
Douce vie pour les auteurs modernes à qui on mâche le travail dans les grosses maisons d'édition. Je parie qu'ils ne connaissent même pas leur bonheur d'écrire au XXIème siècle.
Mais cette fois encore, Volti mènera, par sa ténacité, son ouvrage au public.
« A Nicolas-Claude Thiriot
En arrivant à Ussé [chez le marquis d’Ussé, entre Tours et Chinon], j’avais la plume à la main pour vous écrire lorsque dans le moment j’ai reçu votre lettre datée du 3è ; la conversation de Genonville [ son « vieil ami » La Faluère de Genonville –fils d’un ancien président à mortier au parlement de Bretagne – avec qui V* est resté en bons termes quoique celui-ci lui eût enlevé sa maitresse Suzanne de Livry lors de son séjour à La Bastille, V* l’ayant reconquise ensuite ; les relations avec Genonville se refroidirent à propos de la publication de La Henriade ] , vous a inspiré un esprit de critique que je m’en vais adoucir ; vous saurez que dans le marché que j’ai fait avec Levier [Le Viers , car il n’a pas obtenu le privilège en France suite au véto de Fleury, précepteur de Louis XV] à La Haye j’ai stipulé expressément que je me réservais le droit de faire imprimer mon poème partout où je voudrais, je suis convenu avec lui que supposé que l’ouvrage pût se débiter en France je ferais mettre à la tête le nom du libraire de Paris qui le vendrait, avec le nom du libraire de La Haye . Mon dessein donc est que le public soit informé que le livre se débitera à Paris comme en Hollande afin de ne point effaroucher les souscripteurs [souscription annoncée dans la Gazette de Hollande les 6,16 et 23 octobre 1722, et dans le Mercure de France de novembre ], selon les idées que j’ai toujours eues sur cela et qui ont été invariables.
Quel démenti aurai-je donc ? et que pourra me reprocher la canaille d’auteurs quand mon ouvrage paraitra imprimé en Hollande et sera débité en France ? [Fuzelier se moque dans Arlequin-Persée de la souscription « urbi et orbi » ; cette édition franco-hollandaise est mal vue ] quel ridicule sera-ce à moi de voir mon poème être reçu dans ma patrie avec l’approbation des supérieurs ? Je n’ai que faire d’écrire au cardinal [Cardinal Dubois ]. Je viens de recevoir un billet du garde des Sceaux [ depuis février 1722 : Armenonville ] qui me croyait à Paris, et qui m’ordonnait de venir lui parler, apparemment au sujet de mon livre. C’est à lui que je vais écrire pour lui expliquer mes intentions.
A l’égard de M. de Troy, c’est de tout mon cœur et avec autant de plaisir que de reconnaissance que je verrai le dessin du frontispice exécuté de sa main, je vous prie de l’en remercier de ma part. Et de lui dire que je ne lui écris point parce que je suis malade. Vous pouvez fort bien dire à M. Coypel que les retardements qu’il apporte sont préjudiciables à l’édition de l’ouvrage, qu’ainsi vous croyez que je serai assez honoré et assez content quand je n’aurai que deux dessins de sa façon. S’il persiste à vouloir pour lui le dessin qui doit être à la tête, vous pourrez lui dire tout simplement qu’il est juste que ce soit un morceau pour le professeur [De Troy ] qui sans cette préférence ne voudra pas livrer ses dessins. Si cette déclaration le fâche, et si par là vous le mettez au point de refuser le tout, alors ce sera moi qui aurai à me plaindre de lui, et non lui de moi. En ce cas, vous exagèrerez auprès de lui l’estime que je fais de ses talents et la douleur où je serai de n’être point embelli par lui. Remerciez bien de Troy et Galloches, dites-leur que je leur écrirai incessamment, tâchez de consommer au plus vite cette négociation, j’ai trouvé Ussé un peintre qui me fera fort bien mes vignettes [ Durand , que V* dira à Thiriot avoir été « vu à la comédie. Il était mauvais acteur et il est assez bon peintre » 12 décembre ]. Écrivez moi un peu des nouvelles des actions .Genonville ne peut rien auprès des Pâris que par M. de Maisons qui a déjà été refusé comme vous savez. J’écrirai une lettre très forte à Mme la maréchale [Maréchale de Villars] et je profiterai de mon loisir pour en faire une en vers aux Pâris où je serai inspiré par mon amitié [V* veut obtenir que ces banquiers « fassent quelque chose » pour Thiriot ] qui est assurément un Apollon assez vif. Adieu.
Voltaire
Le 5 décembre 1722 à Ussé. »
Pour mieux apprécier ce Jean-Francois De Troy que Volti considère comme un « professeur » :
http://www.artcyclopedia.com/artists/troy_jean-francois_d...
http://www.universalis.fr/encyclopedie/T323193/DE_TROY_LE...
Quand au Coypel, (Charles-Antoine pour les intimes ), source de « retardements » mais dont on aura « la douleur de n’être point embelli par lui » :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Antoine_Coypel
http://www.artcyclopedia.com/artists/coypel_charles-antoi...

04/12/2009
Je vous crois, Monsieur, actuellement en train d’être grand-père ; car je m’imagine qu’on ne perd pas son temps dans votre beau climat

Toujours est-il que Volti, fidèle à sa pensée et qui garde un bon sens -à mes yeux : souverain- remarquable remet les pendules à l'heure vis à vis du droit d'entrée au paradis (si jamais il existe ! ) .
http://www.youtube.com/watch?v=9VsVjG8SNmw : écoutez, lui, doit y être, pour peu que Dieu lui ait laissé sa "gratte" !!!
« A François Achard Joumard Tison, marquis d’Argence
brigadier des armées du roi etc.
à Angoulême
Je vous crois, Monsieur, actuellement en train d’être grand-père ; car je m’imagine qu’on ne perd pas son temps dans votre beau climat. Notre petite Dupuits [Marie-Françoise Corneille] a perdu le sien, elle s’est avisée d’accoucher d’un petit drôle gros comme le pouce qui a vécu environ deux heures. On était fort en peine de savoir s’il avait l’honneur de posséder une âme ; père Adam, qui doit s’y connaître et qui ne s’y connait guère, n’était pas là pour décider la question ; une fille l’a baptisé à tout hasard, après quoi il est allé tout droit en paradis, où votre archevêque d’Auch prétend que je n’irai jamais [mandement de l’archevêque Jean-François de Chatillard de Montillet le 23 janvier 1764 (condamné au feu par le parlement de Bordeaux) ; V* répondit par la Lettre pastorale à m. l’archevêque d’Auch.], mais il devrait savoir que ce sont les calomniateurs qui en sont exclus, et que la porte est ouverte aux calomniés qui pardonnent et qui font du bien.
Permettez-moi de présenter mes respects à toute votre famille présente et à venir. Tout Ferney vous fait les plus sincères compliments.
4è décembre 1765.
22:05 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voltaire, argence, dupuits, grand père, adam, auch, archeveque, montillet, calomniateurs, paradis, âme
Pardonnez-moi mes saintes importunités

« A Gabriel Cramer
Aux Délices 4 décembre 1755
On me presse extrêmement, Monsieur, pour l’œuvre du seigneur. J’ai la fièvre, et je ne veux point mourir sans avoir satisfait mon zèle. Prenez cela, si vous voulez, pour un transport au cerveau ; mais je vous demande en grâce de vouloir bien me dire si vous avez donné à un imprimeur L’Oraison funèbre de Lisbonne [il s’agit d’un véritable sermon : de celui qui a été « prononcé à Berne dans l’église française, le 30 novembre 1755 » par le pasteur Bertrand (qui était ami de V* à ce moment là) . Ce sermon fut imprimé sous le titre de La Considération salutaire des malheurs publics, ou sermon prononcé dans l’église française, le 30 novembre 1755, après la nouvelle de la déplorable catastrophe arrivée à Lisbonne … (Genève 1755)], et encore à quel imprimeur. Si vous n’en avez point trouvé, ayez la bonté de me renvoyer le sermon ; je trouverai pratique sur le champ. Pardonnez-moi mes saintes importunités.
Le malade vous embrasse sans cérémonie.
V. »
19:36 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voltaire, cramer, lisbonne, sermon, berne, imprimeur
03/12/2009
il ne sied pas à un dévot comme moi de songer encore aux vanités de ce monde,
Un style de tango que j'aime : http://www.youtube.com/watch?v=as59Id4eHhc&feature=re...
« A Louis-François-Armand du Plessis, duc de Richelieu
3è décembre 1769
Enfin, Monseigneur, voici les Souvenirs de Mme de Caylus que j’attendais depuis si longtemps ; ils sont détestablement imprimés. C’est dommage que Mme de Caylus ait si peu de mémoire. Mais enfin, comme elle parle de tout ce que vous avez connu dans votre première jeunesse, et surtout de Mme la duchesse de Richelieu votre mère, et de M. le duc de Richelieu qui est votre père quoi qu’on die [sous cette forme, formule qui peut correspondre à celle des Femmes savantes ], je suis persuadé que ces souvenirs vous en rappellerons mille autres, et par là vous feront un grand plaisir. Je me flatte que le paquet vous parviendra, quoique un peu gros. Permettez-moi de vous faire souvenir des Scythes pour le dernier mois de votre règne des Menus [Menus plaisirs = spectacles, et en particulier ceux de la Comédie Française ; poste occupé en tant que premier gentilhomme de la chambre « de quartier » ]. On dit qu’ il ne sied pas à un dévot comme moi de songer encore aux vanités de ce monde, mais ce n’est pas vanité, c’est justice. Je vous supplie d’être assez bon pour me dire si les Souvenirs de Mme de Caylus vous ont amusé.
Recevez avec votre bonté ordinaire mon très tendre respect.
V. »

Quelques renseignements sur les Caylus :
Le comte de Caylus, fils de Mme de Caylus , auteur des Souvenirs ::
http://www.freres-goncourt.fr/caylusbis/caylusabsm.htm
http://fr.wikipedia.org/wiki/Marthe-Marguerite_Le_Valois_...
19:07 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voltaire, richelieu, caylus, scythes, menus, plaisirs

