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15/02/2010

Et cependant cela joue encore un rôle dans l’Europe !

Satisfaction-life.jpg

 

 http://www.youtube.com/watch?v=ulVDM0a49Lw

 Pourquoi cette insatisfaction qui m'a rappelé ce titre des seventies ? sarkozydeux-presidence-sondage-satisfaction-a-L-2.pngUn amour contrarié ? Mal aux pieds ? Médaille de bronze ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Allez! cette insatisfaction je la chasse avec mon antidote favori : Voltaire !

Et puis, si ça intéresse un psy, je passe à l'ange : Angie (au volant, je passe aussi à l'or-ange ! ) :

http://www.youtube.com/watch?v=JMkFjYRWM4M&feature=re...

 

 

 

« A Frédéric II , roi de Prusse

 

A Ferney, 15 février [1775]

 

             Sire,

 

             Je ne suis point étonné que le grand baron de Polnitz se porte bien à l’âge de quatre-vingt-huit ans ; il est grand, bien fait, bien constitué . Alexandre, qui était très bien constitué aussi, et très bien pris dans sa taille  , mourut à trente ans, après avoir seulement remporté trois victoires ; mais c’est qu’il n’était pas sobre, et qu’il s’était mis à être ivrogne.

 

Quand je le loue d’avoir gagné des batailles en jouant de la flûte comme Achille, ce n’est pas que je n’aie toujours la guerre en horreur ; et certainement j’irais vivre chez les quakers en Pensilvanie[m1] ,  si la guerre était partout ailleurs.

 

             Je ne sais si Votre Majesté a vu un petit livre qu’on débite actuellement à Paris, intitulé Le Partage de la Pologne, en sept dialogues, entre le roi de Prusse, l’impératrice-reine et l’impératrice russe. On le dit traduit de l’ anglais ; il n’a pourtant point l’air d’une traduction [m2] . Le fond de cet ouvrage est surement composé par un de ces Polonais qui sont à Paris. Il y a beaucoup d’esprit, quelquefois de la finesse, et souvent des injures atroces . Ce serait bien le cas de faire paraître certain poème épique   [m3] que vous eûtes la bonté de m’envoyer il y a deux ans . Si vous savez vaincre et vous arrondir[m4] , vous savez aussi vous moquer des gens mieux que personne. Le neveu de Constantin[m5] , qui a rit et qui a fait rire aux dépens des Césars, n’entendait pas la raillerie aussi bien  que vous.

 

             Je suis très maltraité  [m6] dans les sept dialogues ; je n’ai pas soixante mille hommes pour répondre ; et Votre Majesté me dira que je veux me mettre à l’abri sous votre égide . Mais en vérité, je me tiens glorieux de souffrir pour votre cause.

 

             Je fus attrapé comme un sot quand je crus bonnement, avant la guerre des Turcs, que l’impératrice de Russie s’entendait avec le roi de Pologne pour faire rendre justice aux dissidents, et pour établir seulement la liberté de conscience. Vous autres rois, vous nous en donnez bien à garder, vous êtes comme les dieux d’Homère, qui font servir les hommes à leurs desseins sans que ces pauvres gens s’en doutent.

 

             Quoi qu’il en soit, il y a des choses horribles dans ces sept dialogues qui courent le monde.

 

             A l’égard de d’Etallonde-Morival, qui ne s’occupe à présent que de contrescarpes et de tranchées, je remercie Votre Majesté de vouloir bien me le laisser encore quelque temps. Il n’en deviendra que meilleur meurtrier, meilleur canonnier, meilleur ingénieur ; et il vous servira avec un zèle inaltérable dans toutes les journées de Rosbac qui se présenteront.

 

             J’espère envoyer à Votre Majesté, dans quelque mois, un petit précis de son aventure velche[m7] , vous en serez bien étonné . Je souhaiterais qu’il ne plaidât que devant votre tribunal . C’est une chose bien extraordinaire que la nation velche ! Peut-on réunir tant de superstition et tant de philosophie, tant d’atrocité et tant de gaieté, tant de crimes et tant de vertus, tant d’esprit et tant de bêtises ?  Il ne faudrait qu’un Louvois et qu’un Colbert pour rendre ce rôle passable ; mais Colbert, Louvois et Turenne ne valent pas celui dont le nom commence par une F, et qui n’aime pas qu’on lui donne de l’encens par le nez .

 

             En toute humilité, et avec les mêmes sentiments que j’avais il y a environ quarante ans.

 

             Le vieux malade de Ferney. »


 [m1] Pour les idées que se fait V* sur la Pennsylvanie, voir les Lettres philosophiques, et l’Histoire de Jenni (1775)

 

 [m2] Le Partage de la Pologne en septt dialogues en forme de drame (Londres 1774), traduction de Joseph Mathias Gérard de Rayneval du texte attribué à Théophilus Lindsey (alias Gottlieb Pansmouser) ou à John Lind. Le 26 mars, réponse de F II : « L’auteur de cet ouvrage est un anglais nommé Lindsey, théologien de profession, et précepteur du jeune prince Poniatowski », qu’il a « composé sa satire en anglais », qu’on a envoyé ces Dialogues à traduire « à un certain Gérard » consul de France à Dantzig, que ce Gérard  qui le « hait cordialement » a retouché les Dialogues où « il y a par-ci par-là des grossièretés et des platitudes insipides » mais aussi « des traits de bonne plaisanterie ».

 

 [m3] La Guerre des Confédérés, poème de Frédéric envoyé à V* en novembre , imité de La Guerre civile de Genève de V* ; F II répondra le 2 mars qu’il a fait ce poème « pour se désennuyer » quand il était « alité de la goutte », que « dans cet ouvrage il est question de bien des personnes qui vivent encore, et (qu’il) ne doi(t) ni ne veu(t) choquer personne ni plus ni moins » . Le 26 mars, après avoir lu les Dialogues, il dit qu’il « n’ira point ferrailler à coups de plume contre ce sycophante ».

 

 

 

 [m5] L’empereur, dans ces Césars, sorte de tragi-comédie. Le 10 mars 1771, F II avait écrit à V* qu’il appréciait peu cette plaisanterie.

 

 [m6] On y dit que V* « a survécu à son influence » (celle de F II).

 

 [m7] Le 4 février, V* écrivait au roi : « … d’Etallonde-Morival … compte écrire dans quelque temps, ou au chancelier de France, ou au roi de France lui-même … Il ne fera partir sa lettre qu’après que … vous l’aurez approuvée . Vous serez étonné de cette affaire qui est … cent fois pire que celle des Calas  Vous y verrez un jeune gentilhomme innocent, condamné au supplice des parricides, par trois juges de province, dont l’un était un ennemi déclaré, et l’autre un cabaretier, marchand de cochons, autrefois procureur, et qui n’avait jamais fait le métier d’avocat… ». Le 28 mars, V* envoie « le mémoire de d’Etallonde … fondé sur les pièces originales qu’on (leur) cachait » et qu’ils ont « résolu d’envoyer à tous les jurisconsultes de l’Europe » pour avoir « l’Europe entière contre trois gredins d’Abbeville ». cf lettre du 16 avril à d’Argental ; Pour l’affaire de La Barre, cf lettres des 14 et 28 juillet 1766, des 13 et 31 décembre 1773, du 11 décembre 1774.

 

 

 

 

 

 

 

Une chanson que l'on aimerait vivre : http://www.dailymotion.com/video/x2ed4y_nicole-croisille-...

 

14/02/2010

c’est une chose infâme de n’être pas tous unis comme des frères dans une occasion pareille.

http://www.dailymotion.com/video/x1d7dd_the-rasmus-in-the...

Voilà un générique d'émission dont je cherchais le titre depuis quelque temps, et le hasard m'a permis de le trouver et apprécier en entier ! GO !!!

 

 

 

« A Jean Le Rond d’Alembert

des Académies française et des sciences etc.

rue Michel-le-Comte

à Paris

 

 

Lausanne 13 février [1758]

 

                            Je vous demande en grâce, mon cher et grand philosophe, de me dire  pourquoi Duclos en a  mal usé avec vous [le 26 février d’Alembert écrira que leur « brouillerie vient de que (Duclos) a voulu faire mettre dans l’Encyclopédie des choses auxquelles (d’Alembert) (s’est) opposé. »]? Est-ce là le temps où les ennemis de la superstition devraient se  brouiller ? Ne devraient-ils pas au contraire se réunir tous contre les fanatiques et les fripons ? Quoi ! on ose dans un sermon devant le roi traiter de dangereux et d’impie un livre approuvé, muni d’un privilège du roi, un livre utile au monde entier, et qui fait l’honneur de la nation ! Je ne parle que d’une bonne moitié du livre [V* critique certains articles de théologie et les « déclamations » qu’on trouve dans l’Encyclopédie]. Et tous ceux qui ont mis la main à cet ouvrage ne mettent pas la main à l’épée pour le défendre ! Ils ne composent pas un bataillon carré ! Ils ne demandent que justice ! M. de Malesherbes n’a-t-il pas été attaqué comme vous et vos confrères dans ce discours d’harengère  appelé sermon prononcé par Garasse-Chapelain [sermon de Charles-Jean-Baptiste Chapelain, jésuite,  publié en 1760 sous le titre de Sermon sur l’incrédulité des esprits forts de ce siècle, dans Discours sur quelques sujets de piété et de religion], qui prêche comme Chapelain faisait des vers ?

 

                            Je vous ai déjà mandé que j’avais écrit à Diderot [vers le 5 et le 8 janvier ; le 8, entre autres V* lui écrit : « On vous engage à demander une rétractation à M. d’Alembert. Il se déshonorerait à jamais, lui et le dictionnaire. »], il y a plus de six semaines, premièrement pour le prier de vous encourager sur l’article Genève en cas que l’on eut voulu vous intimider, secondement pour lui dire qu’il faut qu’il se joigne à vous, qu’il quitte avec vous , qu’il ne reprenne l’ouvrage qu’avec vous . Je vous le répète, c’est une chose infâme de n’être pas tous unis comme des frères dans une occasion pareille. J’ai encore écrit pour que Diderot me renvoie mes lettres, mon article Histoire, les articles Hauteur, Hautain, Hémistiche, Heureux, Habile, Imagination, Idolâtrie etc. Je ne veux pas dorénavant fournir une ligne à l’Encyclopédie. Ceux qui n’agiront pas somme moi sont des lâches, indignes du nom d’hommes de lettres, et je vous prie de le leur signifier. Mais je veux absolument que Diderot remette mes lettres et mes articles chez M. d’Argental en un paquet bien cacheté. Je ne sais pas ce qui peut autoriser son impertinence de ne me point répondre, mais rien ne peut justifier le refus de me restituer mes papiers [d’Alembert répondra que les articles sont restés entre ses mains et « n’en sortitront que sur ordre exprès » de V*. Le 25, à d’Argental, V* précise au sujet des papiers qu’  « il s’agit de papiers … au sujet de l’article « Genève » et des Kakouacs, de lettres … ». Le 19 février, Diderot finira par répondre à V*, mais en lui disant qu’il faut malgré tout continuer l’Encyclopédie pour ne pas « tromper l’espérance » des souscripteurs ]. Il faut avoir un style net, et un procédé net.

 

                            Les Russes sont à Koenigsberg [le 21 janvier]. L’année 1758 vaudra bien la dernière. D’ailleurs on ne fait que mentir. La fessade et le carcan de l’abbé de Prades sont des contes, mais qu’il est triste qu’on les fasse . Quiconque est là s’expose au moins à faire dire qu’il est fessé. Feliciter vivit qui libere vivit [vit heureux qui vit libre]. Que fait Jean-Jacques chez les Bataves ? [en fait JJ est à Montmorency] que va-t-il imprimer ? Sa rentrée dans le giron de l’Eglise de Genève ?

 

                            Ce n’est point Huber qui a dit que les prédicants étaient occupés à donner un état à Jésus-Christ, c’est la Cramer [Claire Cramer, femme de Gabriel cramer, imprimeur ; le 5 février, V* avait écrit à d’Alembert que c’était Huber]. Elle en dit parfois de bonnes. La lenteur et l’embarras de ces gens là vous justifient à jamais [Le Conseil s’est abstenu une deuxième fois de prendre position, après la rédaction de la Déclaration de le Compagnie des pasteurs].

 

                            V »

 

13/02/2010

Je m’en suis guéri avec de l’eau .C’est un cordial qui guérit tout

Café des Délices : http://www.youtube.com/watch?v=f22oesdlRjI : pourquoi pas ?

 Volti était un grand buveur de café !

C'est un alibi pour placer cette chanson qui est moin d'être ma préférée, mais ma foi, encore, pourquoi pas ?

Délices d'aujourd'hui !délices.jpg

 

délices gravure.jpg

 Délices voltairiennes !

Oui! amours, délices et orgues sont féminines au pluriel et masculines au singulier !!

Ou  : amour, délice et orgue sont masculins au singulier et féminins au pluriel !!!

 

 

 

 

 

 

 

 

« A Louis-François-Armand du Plessis, duc de Richelieu

 

A Prangins 13 février [1755]

 

                            Mon héros,

 

                            J’apprends que monsieur le duc de Fronsac [fils de Richelieu qui a eu la variole ; le 1er mai V* vantera à Richelieu les mérites de l’inoculation, comme il le fait depuis longtemps et qui est pratiquée à Genève par Théodore Tronchin ; il dira : « Heureusement, la nature a servi M. le duc de Fronsac aussi bien que s’il avait été inoculé. »] est tiré d’affaire, et que vous  êtes revenu, de Montpellier [Richelieu est gouverneur du Languedoc] avec le soleil de ce pays là sur le visage, enluminé d’un érésipèle. J’en ai eu un, moi indigne, et je m’en suis guéri avec de l’eau [à Potsdam en juin 1752 : « Je me baigne, je prends les eaux » disait –il à la comtesse  Bentinck.] . C’est un cordial qui guérit tout. Il ne donne pas de force aux gens nés faibles comme moi. Mais vous êtes né fort, et votre corps est tout fait pour votre belle âme. Peut-être  êtes-vous à présent quitte de vos boutons

 

                            J’eus l’honneur en partant de Lyon d’avoir une explication avec M. le cardinal de Tencin sur le concile d’Embrun. Je lui fournis des preuves que les écrivains ecclésiastiques appellent petits conciles les conciles provinciaux, et grands conciles les conciles œcuméniques. Il sait d’ailleurs mon respect pour lui et mon attachement pour sa famille [Tencin est l’oncle de d’Argental]. Etc.

 

                            Je n’ai qu’à me louer à présent des bontés du roi de Prusse, etc. ; mais cela ne m’a pas empêché d’acquérir sur les bords du lac de Genève une maison charmante et un jardin délicieux [le 29 janvier, il écrit à la duchesse de Saxe-Gotha qu’il ne se laisserait pas « ramener » et qu’il ne retournerait pas en Prusse malgré ce qu’on lui écrivait]. Je l’aimerais mieux dans la mouvance de Richelieu. J’ai choisi ce canton séduit par la beauté inexprimable de la situation, et par le voisinage d’un fameux médecin [Théodore Tronchin], et par l’espérance de venir vous faire ma cour quand vous irez dans votre royaume. Il est plaisant que je n’aie de terres que dans le seul pays où il ne m’est pas permis d’en acquérir . La belle loi fondamentale de Genève est qu’aucun catholique ne puisse respirer l’air de son territoire. La république a donné en ma faveur une petite entorse à la loi, avec tous les petits agréments possibles [à Saint-Jean, face à Genève, il a acheté une maison, (qu’il baptise les Délices), sous le nom de Tronchin en prenant des garanties : il « prête 87 200 livres de France à l’acquéreur réel ; lequel ne viole la loi en aucune manière » écrivait-il à François Tronchin le 7 février]. On ne peut ni avoir une retraite plus agréable ni être plus fâché d’être loin de vous. Vous avez vu des Suisses, vous n’en avez point vu qui aient pour vous un plus tendre respect que

 

                                                                  V. et D. »

 

 

 

 

 

 

 

Volti connaissait-il cette station thermale ? Va savoir : http://www.auvergne-thermale.com/fr/der-dermatologie.php

A recommander à Richelieu ? A vous ? A moi ?

 

12/02/2010

nous pourrons avoir incessamment le plaisir de nous ruiner à votre parlement

Il est des rencontres qui laissent au fond de soi un rappel de l'enfance, la joie de créer avec ce qui nous tombe sous la main. Le gaillard entre les mains de qui je vais vous laisser va vous étonner, et le mot est faible . Original ? oui, et je crois même unique au monde !

Et nous avons la chance de l'avoir tout près

http://www.associations-blanquefort.fr/arbrassons/index.php?option=com_content&view=article&id=17&Itemid=25

arbrason concert.jpg

 

 

« A Claude-Philippe Fyot de La Marche

ancien premier Président de Bourgogne

chez M. de Pont de Veyle

rue du Faubourg Saint-Antoine numéro quatorze [indication de numéro rare à cette époque]

à Paris

 

12è février [1763] à Ferney

 

                            Comme je deviens un tant soit peu aveugle, Monsieur, permettez que j’aie l’honneur de vous écrire par mon clerc. Nous marions demain Mlle Corneille à un Bourguignon fort joli, officier des dragons de son métier, et fils d’un maître des comptes [de Dôle]. Mes anges M. et Mme d’Argental ont si bien fait par  toutes leurs bontés, ont tellement suppléé à notre ignorance d’une publication de ban qui devait se faire à Paris, que rien ne nous retarde plus. Un enfant, qu’on dit plus aveugle que moi, et qui est beaucoup plus puissant [Cupidon ! ], se mêle de la cérémonie. Nous avons signé le contrat de mariage ; j’ai usé de la permission que vous m’avez donnée, d’assigner à Mlle Corneille désormais Mme Dupuits, vingt mille livres sur la plus belle terre de Bourgogne. Comme il faut que je fasse apparoir, et que j’annexe au contrat que ces vingt mille livres m’appartiennent, j’ai recours à vos bontés [V* essayait depuis quelque temps mais en vain de faire faire par son vieil ami, une reconnaissance de dettes en bonne et due forme ; il saisit donc l’occasion du contrat].

 

                            On nous flatte dans nos déserts que nous pourrons avoir incessamment le plaisir de nous ruiner à votre parlement. Si Mme la comtesse de Pimbêche avait été bourguignonne, elle serait morte de chagrin ces deux années-ci [La comtesse de Pimbèche est la plaideuse invétérée dans les Plaideurs de Racine, ; or, le parlement de Bourgogne, en conflit avec le roi, refusait de juger les procès ].

 

                            Je crois qu’on débusquera à la fin les jésuites nos voisins [ceux d’Ornex, à qui V* veut faire rendre la terre qu’ils ont enlevée aux jeunes frères de Crassier] que vous connaissez ; il y en a un pourtant qui fait notre mariage demain à minuit [père Adam]. Je pense qu’il ne leur restera bientôt pour tout bien que les sacrements [La Compagnie a déjà été dissoute par le parlement de Paris et les parlements de province] ; on les lapide au bout de soixante et dix ans avec les pierres de Port-Royal [quelques jours plus tard, V* raconte à Damilaville, et le 25 février aux d’Argental, qu’il « y avait chez (lui), ces jours passés » deux ou trois jésuites « avec une nombreuse compagnie » et qu’on « joua une parade » : il s’était « établi premier président » et avait jugé les jésuites ; la sentence se terminait par : « La cour vous condamne à être lapidés sur le tombeau d’Arnaud avec les pierres de Port-Royal. »].

 

                            Conservez-moi vos bontés et agréez mon tendre respect.

 

                            V. »

 

11/02/2010

j’ai cédé au désir de vous dire ce qu’en pense une femme

 

Coupe America !!

Il y a loin de la coupe à la mer amère.

http://www.youtube.com/watch?v=b8XdcG9VRg0

Allusion à deux géants, bateaux de course, tellement bien conçus qu'ils ne peuvent pas naviguer : pas assez de vent ! trop de vagues ! trop de vent ! y'a du brouillard ! le skipper s'est cassé un ongle !

Des motifs à n'en plus finir ! J'en passe et des meilleurs .

Tellement sophistiqués, tellement "pointus" qu'ils sont plus doués pour faire des ronds dans le bassin des Tuileries que sur mer.

C'est vrai que si tout se passait bien, cette course en trois manches (plus une quatrième , celle d'un avocat, dans laquelle on trouve tout , tout ce qu'il faut pour faire gagner le perdant  : c'est ça le sport nautique, oui, monsieur quand il ya autant de pognon en jeu !! ) pouvait être baclée en une semaine .

Je comprends que ceux qui sont bien payés à ne rien faire (si cracher dans l'eau pour faire des ronds !) ont intérêt à ce que leur engagement dure, dure ... Je viens négligemment de me mettre deux équipes de valeureux sportifs sur le dos ! Sans doute pas ! Je les vois mal tenir un winch d'une main et les écrits de Voltaire de l'autre , quoique ce ne soit pas incompatible , j'entends, une activité après l'autre ...

 

 

 

naufrage2.jpg

 

 

 

 

« A Pierre-Joseph Thoulier d’Olivet

 

A Cirey ce 12 février 1736

 

                            Si vous avez eu la goutte dans votre séjour du tumulte et de l’inquiétude [= Paris ! ], j’ai eu la fièvre, mon cher abbé, dans l’asile de la tranquillité.

 

                            Si bene calculum ponas, ubique naufragium invenies [si on calcule bien (les chances de la vie), partout on trouvera le naufrage ; Pétrone], mais il faut absolument que je vous apprenne que pendant mon indisposition Mme la marquise du Châtelet daignait me lire au chevet de mon lit. Vous allez croire peut-être qu’elle me lisait quelque chant de l’Arioste ou quelqu’un de nos romans. Non,  elle me lisait les Tusculanes de Cicéron, et après avoir goûté tous les charmes de cette belle latinité elle examinait votre traduction, et s’étonnait d’avoir du plaisir en français. Il est vrai qu’en admirant l’éloquence de ce grand homme, cette beauté de génie au caractère vrai de vertu et d’élévation qui règne dans cet ouvrage, et qui échauffe le cœur sans briller d’un vain éclat, après, dis-je, avoir rendu justice à la belle âme de Cicéron et au mérite comme à la difficulté d’une traduction si noble, elle ne pouvait s’empêcher de plaindre le siècle des Cicéron, des Lucrèce, des Hortensius, des Varron, d’avoir une physique si fausse et si méprisable, et malheureusement ils raisonnaient en métaphysique tout aussi faussement qu’en physique. C’est une chose pitoyable que toutes ces prétendues preuves de l’immortalité de l’âme alléguées par Platon. Ce qu’il  y a de plus pitoyable  peut-être est la confiance avec laquelle Cicéron les rapporte. Vous avez-vous-même dans vos notes osé faire sentir le faible de quelques unes de ces preuves, et si vous n’en avez pas dit davantage, nous nous en prenons à votre discrétion. Enfin le résultat de cette lecture était d’estimer le traducteur autant que nous méprisions les raisonnements de la philosophie ancienne. Mon lecteur ne pouvait se lasser d’admirer la morale de Cicéron et de blâmer ses raisonnements. Il faut avouer, mon cher abbé, que quelqu’un qui a lu Loke, ou plutôt qui est son Loke à soi-même, doit trouver les Platon des discoureurs et rien de plus. J’avoue qu’en fait de philosophie un chapitre de Loke ou de Clark est, par rapport au bavardage de l’Antiquité, ce que l’optique de Neuton est par rapport à celle de Descartes. Enfin vous en penserez ce qu’il vous plaira, mais j’ai cédé au désir de vous dire ce qu’en pense une femme conduite par les lumières d’une raison que l’amour-propre n’égare point, qui connait les philosophes anciens et modernes et qui n’aime que la vérité.  J’ai cru que c’était une chose flatteuse et rare pour vous d’être estimé d’une Française presque seule capable de connaitre votre original.

 

                            On doit vous avoir rendu votre malheureux livre de la vie de Vanini [ Vanini, exécuté en 1619 ; La Vie et les sentiments de Lucilio Vanini, 1717, de David Durand, livre demandé par V* le 30 novembre 1735 . cf lettres du 4 octobre 1735 et 6 janvier 1736 à d’Olivet]. L’autre exemplaire n’était pas encore arrivé à Paris. Ainsi je reprends le pardon que je vous demandais de ma méprise.

 

                            Avez-vous lu la traduction de l’Essai de Pope sur l’homme ? C’est un beau poème en anglais quoique mêlé d’idées bien fausses sur le bonheur. Adieu, augmentez mon bonheur en m’écrivant.

 

                            J’ai bien des anecdotes sur Corneille et sur Racine, et sur la littérature du beau siècle passé. Vous devriez augmenter mon magasin [pour le Siècle de Louis XIV ].

 

                            V. »

 

10/02/2010

Le roi ne sait pas tout ... peut-il connaitre tous les trous que font les taupes dans les jardins

J'ai des envies de XVIIIème musical !

Haëndel, ça vous tente ? Alors musique de 1751 : http://www.youtube.com/watch?v=RrWfltFo8Mg

Foin du rap qui sincèrement me les gonfle et me les brise menu , alternativement ! Musicalement nul ! Parfois sauvé par le texte, mais je dois avouer que je manque de cours du soir pour arriver à suivre le débit de ces rappeurs-rapeurs ! Ne vous précipitez pas pour combler cette lacune, je vis très bien comme ça !

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« A Claude-Etienne Darget

 

[Vers le 10 février 1751]

 

                            Mon chien de procès n’étant point encore fini, et l’Ancien Testament [« le juif Hirschell » ; le jugement sera rendu le 18 février] me persécutant toujours, je ne sais que vous mander, mon cher ami. Ma maladie augmente, j’ai besoin d’un peu de courage. Car en vérité, si vous songez qu’après avoir suscité contre moi un d’Arnaud [on attribue à V* des « chansons pour les filles » sous le titre « Chanson de l’illustre Voltaire pour l’auguste princesse Amélie »], après avoir corrompu mon secrétaire [Tinois , que V* accuse de s’être laissé séduire par Baculard d’Arnaud et être à l’origine du vol d’un manuscrit de La Pucelle], et après m’avoir exposé par là aux suites les plus funestes, après m’avoir attaqué auprès du roi jusqu’à entrer dans les détails les plus bas [à Frédéric le 19 février il écrira : « Pourquoi vous fit-on dire dès le 29 novembre que j’avais acheté pour 80 mille écus de billets de la Stere [= la Steuer ; le traité de Dresde qui mettait fin à la guerre de Silésie, stipulait que tout Prussien porteur de ces effets tombés bien en dessous de leur valeur serait intégralement remboursé ; d’où un agiotage effréné ; Frédéric interdit en mai 1748 l’entrée de ces bons en Prusse] tandis que … j’avais dès le 24 novembre … défendu à Hirschell de prendre pour moi un seul billet en question ? Pourquoi dicta-t-on à Hirschell une lettre calomnieuse adressée à Votre Majesté, lettre dont tous les points sont reconnus autant de mensonges par un jugement authentique (celui du 18 février) ? » « On m’a fait passer auprès de Votre majesté pour un homme bassement intéressé. Voila pourquoi … j’avais prié Darget … de vous supplier de supprimer ma pension … pour convaincre Votre majesté qu’elle est mon unique objet ». On l’a aussi « accusé » auprès du roi « de ne pas faire assez de dépense » écrit-il à Darget à la mi-février.], on me poursuit encore ; si vous songez à toutes les mauvaises nouvelles que j’ai reçues à la fois de chez moi [V* est mécontent et inquiet de l’édition entreprise à Paris par Lambert ; et surtout de la « niche », écrit-il à Thibouville le 5 février, faite par «  un échappé du système (de Law) nommé André, qui s’est avisé de faire saisir tout (s)on bien à Paris pour une prétendue dette de billets de banque, qu’il a la mauvaise foi … de renouveler juste au bout de trente ans » ; il fera allusion à cette « saisie » en écrivant à Frédéric le 19 février. En sus, les « affaires » de Prusse sont répercutées en France.]; si vous ajoutez à tout cela une maladie affreuse et la privation de la vue de Sa Majesté [V* et Frédéric sont revenus à Berlin le 16 décembre, mais Frédéric est retourné à Potsdam du 16 au 18 janvier et 30 et 31 janvier.], vous m’avouerez qu’il me faudrait quelque fermeté. Je n’ai plus le bonheur de lire de beaux vers, de voir et d’entendre le seul homme sur la terre pour qui j’ai pu quitter ma patrie. Je me console en travaillant à l’histoire du siècle de Louis XIV, dans les heures où mes maux me laissent quelque relâche. Je suis continuellement dans la chambre que Sa Majesté a daigné m’accorder, pénétré de ses bontés, attendant la fin de ses rigueurs. Le roi ne sait pas tout ce que j’ai essuyé ; peut-il connaitre tous les trous que font les taupes dans les jardins de Sans-Souci ? Bonsoir, mon très cher ami. Ma nièce me mande que je dis trouver dans vous bien de la consolation, et elle a raison. On a créé pour Moncrif la place de secrétaire général des postes de France. Moncrif est plus vieux que moi. Il ne fait peut-être pas mieux des vers, mais il se porte bien. Ah ! Mon cher ami, la perte de la santé, à trois cent lieues de sa famille, est bien horrible ! Conservez la vôtre et goûtez le bonheur d’être auprès de votre adorable maitre.

 

 

 

 

 Après ceci, on peut remercier le Grand Architecte en chantant ! : http://www.youtube.com/watch?v=m3gd6uCD2FM&feature=related

 

Musique, soupers, bals, théâtres, amours, sciences, société ; il ne me manque ici que vous

"L'Europe ! l'Europe! l'Europe !" comme s'exclamait le général de Gaulle, la voici "galante", grâce à André Campra qui mourut en 1744, mais qui évoquait sans doute la déesse plus que l'entité géographique.

http://www.youtube.com/watch?v=BP3aJnm2k7s

 

 Frédéric II avec Schwerin  et von Podewils (à droite)

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« A Otto Christoph, comte de Podewils

Envoyé de Prusse à La Haye.

 

Ce lundi 10 février [1744] à trois heures du matin,

 doit partir demain mardi à dix heures.

 

                            Je crois, mon cher et respectable ami, que le prétendant est à Antibes [Charles-Edouard Stuart, débarqué à Antibes le 23 janvier]; du moins on le disait hier à Versailles. Ce n’est pas tout à fait le chemin de Londres. Notre flotte est à la voile [depuis le 6 février, pour envahir l’Angleterre], et tout Paris est au bal. On rejoue Mérope avec un succès prodigieux. Nous avons une mademoiselle du Meni [= Dumesnil] qui fait fondre en larmes pendant cinq actes. Je suis bien fâché que vous ne puissiez voir notre spectacle. Jamais il n’a été si parfait, j’entends de la part des acteurs. Je ne sais pas ce qu’on fera sur la frontière, mais  Paris sera toujours le paradis terrestre. Musique, soupers, bals, théâtres, amours, sciences, société ; il ne me manque ici que vous et votre adorable amie à qui je présente mes regrets et mes respects. Je vous envoie Acajou par M. de La Reynière [Acajou et Zirphile, de Duclos, roman composé, dit V*, pour être ajusté aux estampes qui avaient été faites pour un autre roman écrit et emporté par le comte Carl Gustav Tessin]. Ecrivez à M. de La Bonardière, près de l’hôtel Charost, faubourg Saint-Honoré. Mais quand vous enverrez gros paquets, adressez-les à M. de La Reynière.

                            Je vous embrasse tendrement.

                            J’ai tout reçu en son temps.

http://www.youtube.com/watch?v=BFKyWEZDvOM&feature=re...