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11/11/2009

Nous nous ramentevons ici qu’il y a six semaines en ça que nous prîmes la liberté

http://www.dailymotion.com/video/x6pvib_erroll-garner-196...

Entre quelques pots de confiture (que je fais de mes rouges mains ) et pendant le repassage, je ne sais quelle idée m'a pris de réécouter du bon vieux jazz , d'où ce morceau d'Errol Garner qui me donne envie de sautiller et qui en tout cas ne rend pas morose. J'aimerais bien toucher le clavier du PC aussi lestement que lui, celui de son piano !

 

errol garner.jpg

 

 

 

 

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d’Argental

 

                            Le vieux ministre de Statira [personnage de la tragédie intitulée Statira ou Cassandre ou Olympie] ci-devant épouse d’Alexandre ayant reçu très tard la déduction du comité [les critiques de d’Argental et ses amis] , ne peut  aujourd’hui que remercier Leurs Excellences, et leur faire les plus sincères protestations de la reconnaissance qu’il leur doit. Mais n’ayant pu consulter encore sa cour il est très fâché de ne pas apporter un aussi prompt redressement qu’il le voudrait, aux griefs de Leurs Excellences. Son auguste souveraine Statira a pris le mémoire ad referendum mais comme elle est malade d’une suffocation qui la fera mourir au quatrième acte, son conseil aura l’honneur d’envoyer incessamment à votre cour les dernières volontés de cette auguste autocratrice.

 

                            J’aurai l’honneur de vous donner part que j’envoyai il y a onze jours la feuille importante concernant les intérêts de la demoiselle Dangeville, attachée à la cour de France [c’est_à-dire : actrice de la Comédie française ; elle aurait été mécontente de n’avoir pas le premier rôle], et pour laquelle nous aurons tous les égards à elle dus ; que cette pièce importante était adressée à M. de l’Amilaville [Damilaville] avec un gros paquet de Grizel,[Conversation de M. l’intendant des menus en exercice avec M. l’abbé de Grizel, datée du 20 mai 1761 ; elle répond au réquisitoire de maître de Dains qui attaquait le théâtre, les comédiens et leur défenseur Huerne ; voir lettres des 6 mai, 31 mai, 21 juin, 7 août 1761], de Car, de Ah ah [qui attaquent Lefranc de Pompignan (et ses œuvres) qui avait prononcé un discours de réception à l’Académie antiphilosophique], et de chansons intitulées Moïse Aaron [à savoir la Chanson en l’honneur de maître Lefranc de Pompignan, qui commence par : « Moîse, Aaron, / Vous êtes des gens d’importance » ; Lefranc aurait « prié M. Dupré de Saint-Maur, qui (le) recevait à l’Académie , de (le) comparer à Moïse …, et M. (son) frère à Aaron. ». Tous ces pamplets sont de V*]. Nous craignons que malgré la bonne harmonie et correspondance des deux cours on  n’ait saisi notre paquet comme trop gros, et qu’on l’ait porté à Sa Majesté Très Chrétienne qui sans doute en aura ri, et auquel nous souhaitons toutes sortes de prospérités.

 

                            Nous avons aussi dépêché à Vos Excellences copie des dits mémorials intitulés Grizel, Gouju [La Lettre de Charles Gouju à ses frères au sujet des révérends pères jésuite], Car, Ah ah, Moïse et Aaron ; et nous sommes en peine de tous nos paquets, pour lesquels nous réclamons le droit des gens.

 

                            Et pour n’avoir rien à nous reprocher, non seulement nous vous expédions par le présent courrier les lettres patentes pour le cinquième acte de la demoiselle Dangeville au confident Damilaville, recommandant expressément que le tout soit intitulé Le Droit du Seigneur.

 

                            Nous nous ramentevons ici qu’il y a six semaines en ça que nous prîmes la liberté de vous adresser un paquet énorme pour Mme du Deffand duquel paquet et de laquelle dame nous n’avons depuis entendu parler.

 

                            Nous laissons le tout à considérer à votre haute prudence et nous vous renouvelons les assurances de notre sincère et respectueux attachement ; donné à Ephèse dans la cellule de  sœur Statira.

 

                            Voltaire

                            Le 11 novbre 1761 au soir. »

 

 

 

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Marie-Anne Botot Dangeville par Quentin Latour

10/11/2009

La justice rendue gratuitement...

"La justice rendue gratuitement..." : ça ne vous épate pas un tel projet ?

Et c'est Voltaire, au dix-huitième siècle qui demande celà . C'est un gaillard qui, - bec et ongles-, se bat contre l'injustice ( le bec et ongles est voulu, il se battait avec son arme favorite : la plume ! ), qui est outré par les frais de justice (si on peut encore parler de justice ! ) . Il serait encore malheureusement outré de nos jours .

Point de pognon, point de défense !

Point de défense = croupir dans des prisons qui font la honte d'un pays prétendu civilisé ! Songez-y, braves bloggers et lecteurs ! Pas besoin d'aller dans des pays exotiques pour connaitre l'école de la haine et du crime par l'enfermement !

Pauvre France ! Ta justice fout le camp !!! Ta justice est foutue !!!

 

 

 

justice.jpg

 

 

 

 

 

« Au chevalier Jacques de Rochefort d’Ally

 

                            9 novembre 1771

 

 

                   Vous pardonnerez sans doute, mon cher militaire philosophe [allusion au Militaire Philosophe de Naigeon, imprimé d’après un ancien manuscrit ], au vieux malade qui parait si négligent, mais il sera toujours pénétré pour vous de la plus tendre amitié. Je prends la liberté d’en dire autant  à Mme Dix-neuf ans [jeune femme du chevalier que V* appelait auparavant « madame Dix-huit ans »] qui est tout aussi philosophe que vous.

 

                            Je ne vous ai point envoyé La Méprise d’Arras [La Méprise d’Arras (Lausanne 1771), composée en faveur de Monbailli et de sa femme accusés d’avoir tué la mère de Monbailli]. Premièrement le paquet était trop gros ; en second lieu, ayant été mieux informé j’ai su que l’avocat avait fait un roman plutôt qu’un factum [Le Mémoire à consulter pour François-Joseph Monbailli, daté du 8 janvier 1771, et signé Louis ], et qu’il avait joint au ridicule de la déclamation puérile le malheur de mentir en cinq ou six endroits importants. Ce bavard m’avait induit en erreur. Ainsi on est obligé de supprimer La Méprise. Le malheureux qui a été condamné à la roue était assurément très innocent. Sa femme condamnée à être brûlée était plus innocente encore ; mais l’avocat n’en est qu’un plus grand sot d’avoir affaibli une si bonne cause par des faussetés, et d’avoir détruit des raisons pitoyables. J’ignore actuellement où cette affaire abominable en est ; je sais  seulement que la malheureuse veuve de Monbailli n’a point été exécutée [elle fut acquittée et son mari réhabilité]. Il est arrivé à cette infortunée la même chose qu’aux prétendus complices du chevalier de La Barre : le supplice de ce jeune officier qui serait certainement devenu un homme de très grand mérite arracha tant de larmes et excita tant d’horreur, que les misérables juges d’Abbeville n’osèrent jamais achever le procès criminel de ces pauvres jeunes gens qui devaient être sacrifiés au fanatisme. Ces fatales catastrophes qui arrivent de temps en temps, jointes aux malheurs publics, font gémir sur la nature humaine. Mais que mon militaire philosophe soit heureux avec Mme Dix-neuf ans : il est de l’intérêt de la Providence que la vertu soit quelquefois récompensée.

 

                            On vient de réformer le parlement de Dijon ; on en fait autant de Rennes et à Grenoble. Celui de Dombes, qui n’était qu’une excroissance inutile, est supprimé. Voilà toute cette grande révolution finie plus heureusement et avec plus de tranquillité qu’on avait osé l’espérer. La justice rendue gratuitement, et celle des seigneurs exercée aux dépens du roi, seront une grande époque et la plus honorable de ce siècle. Il y a de quoi se consoler de tant de malheurs attachés à notre pauvre espèce.

 

                            Vous ne retournerez à Paris qu’à la fin de décembre ; il faudra que vous alliez servir votre quartier, vous n’aurez guère le temps de voir M. d’Alembert ; mais si vous le voyez, je vous prie de lui dire que je voudrais passer le reste de ma vie entre vous et lui.

 

                            Notre ermitage vous renouvelle les sincères assurances de l’amitié la plus inviolable.

 

 

                            Voltaire »

 

08/11/2009

Elles s’en retournent guéries et embellies

http://www.youtube.com/watch?v=a5zUqpK65p0&feature=related

 

Surprise ?!

 

 

 

guérison.jpg

 

 

 

« A Jean –Robert Tronchin

à Lyon

 

8 novembre 1757 aux Délices

 

                            Mon cher correspondant, je vous fais mon compliment sur le galga. [Le bateau anglais qu’on a pris en Méditerranée est chargé de tapis de Turquie que V* peut avoir à « fort bon compte » par J-R Tronchin et Ami Camp.] . C’est à vous d’avoir des tapis de Turquie. Que le baron [Labat, baron de Grancour] prenne les plus larges, les plus beaux et moi chétif je me contenterai de ceux de dix pieds, onze pieds, douze pieds carrés, attendu que j’en ai d’immenses de vile et misérable moquette. Grand merci des deux paniers de vin de liqueur. Mme de Montferrat en boit fort peu. Elle est actuellement chez moi et M. de Montferrat couche à Genève auprès de son petit inoculé. Esculape Tronchin nous attire ici toutes les jolies femmes de Paris. Elles s’en retournent guéries et embellies. Il est allé au devant de Mme d’Epinay qui s’est trouvée mal sur le chemin de Lyon à Genève. Il lui rendra la santé, comme aux autres. Je ne crois d’autres miracles que les siens. Nous avons aussi l’abbé de Nicolaï qu’il arracha dans Paris à dix-huit saignées et à la mort. Enfin je vis et je le remercie pour ma part. Je vous dois aussi quelques actions de grâce pour vos bâtons de casse. Vous avez pris en ma faveur la dignité d’apothicaire. Vivons et que les annuités soient bien payées. Bonsoir, mon cher Monsieur.

 

 

                            V.

"Vivons et que les annuités soient bien payées" : ce voeu de Volti je l'adopte, bien que non actionnaire en quoi que ce soit . Vivons avec ce que nous avons serait plutôt mon crédo actuel .

07/11/2009

de petits brouillons, de petits intrigants, à qui les petits talents qui font parvenir aux grandes places ne servent qu’à montrer leur ineptie aussitôt qu’ils y sont parvenus

Après l’orage d’hier (tempête sous un crâne, exactement !), un peu de calme sans mollesse, quand même , et le choix du titre de ce jour n'y est pas étranger (NDLR : je parle de la note).

 

Pour les plus doués d'entre vous, vous pourrez tout à votre guise, mettre le nom qui vous plait sur "petit intrigant" , je n'assure pas le SAV (Sarkozy A Venir ).

 

Relax:

http://www.youtube.com/watch?v=0mKV-mL0Mgg&NR=1&f...

 

 

 

 

 

 

 

Quant à la lettre de ce jour, je vous invite à aller voir illico la page de ce jour sur le "Dictionnaire philosophique" : article "P comme ..." http://www.monsieurdevoltaire.com/

(non pas comme ce que dit sans discontinuer un copain qui a décidé d'arrêter de fumer ; on se croirait à Amsterdam ! oui, à cause des p'tains, s'il faut que je vous explique mes blagues à deux balles !! Ignares que vous êtes !! )

 

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d’Argental et à Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d’Argental

 

7è novembre 1766

 

                            Vraiment, ça n’allait pas mal, j’étais en train. Je me disais : il y a là des choses qui plairont à mes anges [Allusion aux Scythes] ; cette idée me soutenait. Mais ô mes anges ! les tracasseries viennent en foule, elles tarissent la source qui commençait à couler. On me conteste la turpitude de notre ami Jean-Jacques. On soutient que Jean-Jacques était secrétaire d’ambassade à Venise, et qu’il avait seul le secret du ministère. M. le chevalier  de Taulès [Barrau-Taulès, à Genève, collaborateur de l’ambassadeur Beauteville ; il avait fait d’intéressantes remarques sur le Siècle de Luis XIV] m’a apporté les originaux des lettres de Jean-Jacques [adressées à du Teil les 8 et 15 août 1744] où il n’est question que de coups de bâton, et point du tout de politique. Il s’est avéré que ce grand homme, loin d’avoir le secret  de la cour [c'est-à-dire être le secrétaire d’ambassade], était copiste chez M. le comte de Montaigu, à deux cents livres de gages. M. l’ambassadeur et M. le chevalier de Taulès sont d’avis qu’on imprime ces lettres pour les joindre à l’éducation de l’Emile, dès qu’Emile sera reçu maître menuisier, et qu’il aura épousé la fille du bourreau [allusion à Emile, V].

 

                   Je conçois bien que la publication de la honte de Jean-Jacques pourrait servir à ramener à la raison le  parti qu’il a encore dans Genève, et refroidirait des têtes qu’il enflamme, et qui s’opposent à la médiation [V* attribuait un rôle à JJ Rousseau dans le début des dissensions de Genève dès le 30 janvier 1766]. Mais comme ces lettres sont tirées du dépôt des Affaires étrangères je n’ose rien faire sans le consentement de  M. le duc de Praslin et de M. le duc de Choiseul. Je remets cette affaire, mes divins anges, comme toutes les autres, à votre prudence et à vos bontés. Il me parait essentiel que le ministère de France soit lavé de l’opprobre qui rejaillirait sur lui, d’avoir employé un Jean-Jacques ; c’est trop que des d’Eon et des Vergy [accusés d’avoir desservi d’Argental, par V* ; Treyssac de Vergy notamment dans les Lettres à Monseigneur le duc de Choiseul,  Liège 1764]. La manière insultante dont ce malheureux Rousseau a parlé dans plusieurs endroits de la cour de France exige qu’on démasque ce charlatan aussi méchant qu’absurde [il écrivait le 6 novembre au chevalier de Taulès : « il n’est pas juste que Jean-Jacques passe pour avoir été une sorte de ministre de France, après avoir dit dans son contrat insocial, page 165, que ceux qui parviennent dans les monarchies ne sont que de petits brouillons, de petits intrigants, à qui les petits talents qui font parvenir aux grandes places ne servent qu’à montrer leur ineptie aussitôt qu’ils y sont parvenus. »]. Nous verrons si  Mme la duchesse de Luxembourg et Mme de Boufflers le soutiendront encore ; on me mande qu’il est en horreur à tous les honnêtes gens, mais je sais qu’il a encore des partisans.

 

                            Dites-moi, je vous en prie, des nouvelles de Mlle Durancy. On est toujours fou d’Olympie à Genève ; on la joue tous les jours, le bucher tourne la tête, il y avait beaucoup moins de monde au bucher de Servet quand vingt-cinq faquins le firent brûler.

 

                            Je me mets au bout de vos ailes.

 

                            V. »

 

 

http://www.youtube.com/watch?v=B1wxGPn75ok&NR=1

Et maintenant, en toute sérénité je vais tirer quelques flèches bien concrètes, elles …

06/11/2009

il n’y a point de fautes qui ne soient bien chères quand le cœur les fait commettre

"...il n’y a point de fautes qui ne soient bien chères quand le cœur les fait commettre"

 

Certains ont un portefeuille à la place du coeur, et ceux-là, pour ceux qui m'ont déjà lu, je considère que leurs fautes sont à mes yeux impardonnables . M.H. désormais le sait ! Ce que je raye est le nom d'un infréquentable qui sait de ce jour tout le bien que je pense de lui et je ne veux même pas écrire son nom ni le dire (sauf pour nécessité de service, comme on dit !).  

Le_Faux_cul.jpg

Grosse colère, rage qui devait sortir . Mort aux faux-culs !

 

 

Mais je n'oublie pas dans mon ire : le lèche-cul !

leche_cul_1_.jpg
Ce que je pardonne à un animal, qui se donne bien du mal pour faire plaisir à un congénère, je ne peux pas le supporter chez un  bipède lâche.
Vous me direz, il y a pire que le lèche-cul : oui, il y a le suce-pet, mais je n'ai pas d'image !!

Ouf, ça fait du bien parfois de s'exprimer, même mal. Les aigreurs d'estomac devront trouver une autre victime .

 

 

 

 

 

 

 

 

Et puis, merci Volti , je te lis et tu me permets de retrouver un humain que j'aime (sans oublier une humaine que j'aime itou ! )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d’Argental

                   

                                                  Dans un cabaret hollandais sur le chemin de Bruxelles ce 4 novembre [1743]

 

                            Mon cher et respectable ami, voilà horriblement de bruit pour une omelette [Allusion à une histoire que raconte V* dans ses Lettres à S. A. Mgr le prince de *** sur Rabelais : « Le conseiller au parlement Des Barreaux … passa… pour un athée … sur un conte  qu’on a fait de lui … Un jeune homme … peut très bien dans un cabaret manger gras un samedi, et pendant un orage mêlé de tonnerre jeter le plat par la fenêtre en disant : Voilà bien du bruit pour une omelette au lard, sans … mériter l’affreuse accusation d’athéisme. » . Mme du Châtelet s’est plainte à plusieurs reprises à d’Argental, disant que V* ne lui avait écrit depuis longtemps qu’un billet en passant dans un cabaret et qu’il tardait à revenir. Elle demandera à d’Argental d’écrire à V*.]. On ne peut être ni moins coupable ni plus vexé. Je n’ai pas manqué une poste. Ce n’est pas de ma faute si elles sont très infidèles dans les chemins de traverse de l’Allemagne, et puisqu’on envoya en Touraine une de vos lettres adressée en Hollande, on peut avoir fait de plus grandes méprises dans la Franconie et dans la Vestphalie. J’ai été un mois entier sans recevoir des nouvelles de votre amie [Mme du Châtelet], mais j’ai été affligé sans colère, sans croire être trahi, sans mettre toute l’Allemagne en mouvement [Pour avoir des nouvelles de V*, Mme du Châtelet envoie un courrier en Hollande et en Allemagne ; V* le dit dans une lettre à Amelot de Chaillou le 10 octobre.] . Je vous  avoue que je suis très fâché des démarches qu’on a faites .Elles ont fait plus de tort que vous ne pensez, mais il n’y a point de fautes qui ne soient bien chères quand le cœur les fait commettre. J’ai les mêmes raisons pour pardonner, qu’on a eu de se mal conduire. Vous auriez grand tort, mon cher ange, de m’avoir condamné sans m’entendre. Et quel besoin même aviez-vous de ma justification ? Votre cœur ne devait-il pas deviner le mien ? et n’est-ce pas au maître à répondre du disciple ? Je me flatte que vous me  reverrez bientôt à l’ombre de vos ailes, que vous me rendrez plus de justice, et que vous apprendrez à votre amie à ne point obscurcir par des orages un ciel aussi serein que le nôtre. Mille tendres respects à tous les anges. 

 

 

                            V.

 

                            Ce 6 novembre.

                   J’arrive à Bruxelles, où je jouis du bonheur de voir  votre amie, en bien meilleure santé que moi, je me croirai parfaitement heureux quand l’un et l’autre nous aurons la consolation de vous embrasser.

 

                   Je sens ma joie toute troublée par la maladie de Mme d’Argental. J’ai reçu une ancienne lettre de M. le commandeur de Solare. Je vais lui répondre. Je me flatte que l’un de mes deux anges l’assurera bien qu’il n’est pas fait pour être oublié. Tous ces ministres de Sardaigne sont aimables. J’en ai vu dont je suis presque aussi content que de M. de Solare. Adieu couple charmant, adieu divinités de la société et de mon cœur.

 

                            V.

 

                           

 

05/11/2009

votre très humble et très pauvre secrétaire des niaiseries

http://www.youtube.com/watch?v=88dOSmJiuIs&feature=related

 

" Qu’est ce que tu voulais que j’lui  dise ? "

D'accord, pas grand chose à voir avec la lettre qui suit .

 

Mais ce jour je réécoute Benabar, - et je me permets même de faire des dédicaces par mail qui pourront paraitre sottes ou pire (pourvu que non !! ), mais j'assume (trop fort ce James ;-))- et je découvre. Ses chants d'amour décoiffent et ses descriptions de la société valent le détour.

 

"Pas contemporain des Pharaons, ni du siècle des Lumières..." dit-il (et je vous assure qu'il ne pense pas à cet instant aux guirlandes de Noël qui se tressent en ce moment ! ), ce gars-là m'a plû, et puis a été un peu noyé, -en tout cas à mes oreilles-, dans le souk radiophonique ambiant .

 

Ce jour, j'ai un peu de vague à l'âme, mêlé de joie, et Benabar tombe à point. Il connait tous les sentiments et les chante bien, en tout cas, moi je trouve !

Il a une immense qualité, comme Volti, il pratique l'humour et va même jusqu'à l'autodérision.

 

 

 

 

niaiseries.jpg

En temps que secrétaire des niaiseries modernes, je vous laisse apprécier ce qui suit .

 

 

 

 

 

« A Philippe II, duc d’Orléans, régent de France

 

                            Faudra-t’il que le pauvre Voltaire ne vous ai d’autres obligations que de l’avoir corrigé par une année de Bastille ? [Du 16 mai 1717 au 14 avril 1718, condamné comme auteur du Regnante puero / Veneno et incestis famoso/ Administrante … eu d’autres « vers très exécrables » contre le régent et sa fille, sur les rapports « des sieurs d’Argenteuil et Beauregard »  auxquels il avait accordé sa confiance sans se rendre compte qu’ils étaient de la police.].Il se flattait qu’après l’avoir mis en purgatoire, vous vous souviendriez de lui dans le temps que vous ouvrez le paradis à tout le monde. Il prend la liberté de vous demander trois grâces : la première de souffrir qu’il ait l’honneur de vous dédier la tragédie qu’il vient de composer [Œdipe , qui sera représentée le 18 novembre 1718, obtiendra un privilège le 19 janvier 1719, mais sera dédiée à « Son Altesse Royale Madame » = princesse Palatine, et non au Régent.], la seconde de vouloir bien entendre quelque jour les morceaux d’un poème épique [la Henriade] sur celui de vos aïeux auquel vous ressemblez le plus, et la troisième de considérer que j’ai l’honneur de vous écrire une lettre où le mot de souscription ne se trouve point.

 

Je suis avec un profond respect

         Monseigneur

         de Votre Altesse Royale

                 votre très humble et très pauvre

                                 secrétaire des niaiseries

                                                                          

                                                                Voltaire. [Il signe encore « Arouet » en mai 1718, dès juin certaines sont signées « Arouet de Voltaire ». Celle-ci dont on possède le manuscrit autographe est signée « Voltaire ». Vers mars 1719, il explique à Jean-Baptiste Rousseau qu’il «  a été si malheureux sous le nom d’Arouet qu’ (il) en (a) pris un autre surtout pour ne plus être confondu avec le poète Roy. »]

 

                            Novembre ( ?) 1718. »

23/10/2009

vous rendriez un grand service à elle et à ses amants de nous envoyer la joyeuse recette de la demoiselle Quinault.

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d’Argental

 

                            Voici encore , mon cher et respectable ami, un gros paquet de Babylone [Les « amples corrections qu’il leur envoie pour Sémiramis »]. Mais à présent le point essentiel est d’empêcher la parodie à la ville comme à la cour [La parodie de Sémiramis par Bidault de Montigny ne fut effectivement pas représentée, mais imprimée à Amsterdam en 1749]. J’ai eu lieu de penser que M. de Montmartel m’ayant écrit de la part de Mme de Pompadour, et m’ayant redit ses propre paroles, que le roi était bien éloigné  de vouloir me faire la moindre peine, et que  la parodie  ne serait certainement point jouée, j’ai lieu , dis-je, de me flatter que cette proscription d’un abus aussi pernicieux est pour Paris comme pour Versailles.

 

Je vais écrire dans cet esprit à M. Berryer et l’ordre du roi à Fontainebleau sera pour lui un nouveau motif de me marquer sa bienveillance, et une nouvelle facilité de faire entendre raison aux personnes qui pourraient  favoriser encore la cabale qui s’est élevée contre moi ; je suis fâché que M. le duc d’Aumont soit le seul qui ne réponde point à mes lettres [le 10 V* informait d’Argental qu’il écrivait à la reine – par l’intermédiaire et avec l’appui de Stanislas- , à Mme de Pompadour, à Mme d’Aiguillon, à la duchesse de Villars, à Mme de Luynes, au président Hénault, au duc de Fleury, au duc de Gesvres…], mais je n’en compte pas moins sur la fermeté et la chaleur de ses bons offices animés par votre amitié . Je vous demande en grâce de m’instruire de tout ce qui se passe sur cette affaire qui m’est devenue très essentielle.

 

                            La reine m’a fait écrire par Mme de Luynes que les parodies étaient d’usage, et qu’on avait travesti Virgile. Je réponds que ce n’est pas un compatriote de Virgile qui a fait l’Énéide travestie [Les parodies de Virgile les plus connues sont celles de Scarron, Perrault, Furetière]; que les Romains en étaient incapables ; que si on avait récité une Énéide burlesque à Auguste, et à Octave, Virgile en aurait été indigné ; que cette sottise était réservée à notre nation longtemps grossière, et toujours frivole ; qu’on a trompé la reine  quand on lui a dit que les parodies étaient encore d’usage, qu’il y a cinq ans qu’elles sont défendues ; que le théâtre français entre dans l’éducation de tous les princes de l’Europe et que Gilles et Pierrot ne sont pas faits pour former l’esprit des descendants de Saint Louis . Au reste si j’ai écrit une capucinade, c’est à une capucine [ V* avait entrepris la pièce pour les relevailles de la dauphine qui mourut avant qu’il eut fini].

 

                            Voici, mon divin ange, une autre grâce que je vous demande . C’est de savoir au juste et au plus vite de Mlle Quinault de quel remède elle s’est servie pour faire passer un énorme goitre dont elle s’est défaite. Il y a ici une femme beaucoup plus jolie qu’elle, qui a un cou extrêmement affligé de cette maladie, et vous rendriez un grand service à elle et à ses amants de nous envoyer la joyeuse recette de la demoiselle Quinault. Ajoutez cette grâce à tant d’autres bontés .

 

                            Tout ce que je vous dis est pour Mme d’Argental . Vous savez comme je vous adore tous les deux par indivis.

 

                            Et mes moyeux ? Ah ! Monsieur de Pont de Veyle, mes moyeux !

 

 

                            V.

                            A Lunéville ce 23 octobre 1748.

                                                                                     Ce 24.

 

                            Je reçois votre lettre , et je vous fais de nouveaux remerciements des ordres que vous avez donnés à Slodtz . Ils ont bien à réparer, et ils ont grand besoin d’être conduits par quelque homme qui entende l’effet des décorations. La grossièreté et l’ineptie de leur exécution a servi beaucoup à révolter le public qui s’attendait à du merveilleux.

 

                           Le roi de Pologne qui avait envoyé ma lettre à la reine, et qui en était très content a été fort piqué que nos adversaires aient prévalu auprès de la reine et que ce ne soit pas à elle à qui j’aie l’obligation de la suppression de l’Infamie. Les mêmes gens qui avaient fait la calomnie sur Zadig ont continué sous main leurs bons offices, et le roi de Pologne en est très instruit . Dites cela  à l’abbé de Bernis, et qu’il écrive à Mme de Pompadour pour la suppression de l’Infamie à la ville comme à la cour.

 

                            Je tâcherai, mes anges, de revenir à la fin de novembre, car j’ai besoin de vous dire combien je suis pénétré de tant de bontés. Mon dernier mémoire pour les comédiens ne doit être assurément présenté qu’à la dernière extrémité. C’est ce que j’ai dit expressément, et ce n’est qu’une ressource pour attendre l’année de M. de Richelieu, mais la meilleure de toutes les ressources, c’est vous .

 

                            Je suppose que les comédiens tout négligents qu’ils sont ont fait usage des premiers mémoires.