07/03/2009
les grands doivent protéger les petits

« A Marie de Vichy de Chamrond, marquise du Deffand
Vous dites des bons mots, Madame, et moi je fais de mauvais contes ; mais votre imagination doit avoir de l’indulgence pour la mienne, attendu que les grands doivent protéger les petits. Vous m’avez ordonné expressément de vous envoyer quelquefois des rogatons, j’obéis ; mais je vous avertis qu’il faut aimer passionnément les vers pour goûter ces bagatelles[son conte en vers « Macare et Thélème » critiqué par Mme du Deffand ; V* dira : « Vous savez d’ailleurs que dans la société on dit du bien et du mal du même individu vingt fois par jour… »]. Si ce pauvre Formont vivait encore il me favoriserait auprès de vous, il vous ferait souvenir de votre ancienne indulgence pour moi ; il vous dirait qu’un demi Quinze-Vingt a droit à vos bontés. Il faut bien que j’y compte encore un peu, puisque j’ose vous envoyer de telles fadaises [« Les Trois Manières »]. J’ose même me flatter que vous n’en direz du mal qu’à moi ; c’est là le comble de la vertu pour une femme d’esprit. Vous me direz que la chose est bien difficile, et que la société serait perdue si l’on ne se moquait pas un peu de ceux qui nous sont le plus attachés. C’est le train du monde, mais ce n’est plus le vôtre, et nous n’avons dans l’état où nous sommes, vous et moi, de plus grand besoin que de nous consoler l’un l’autre . Je voudrais vous amuser davantage, et plus souvent . Mais songez que vous êtes dans le tourbillon de Paris, et que je suis au milieu de quatre rangs de montagnes couvertes de neige. Les jésuites, les remontrances, les réquisitoires, l’histoire du jour servent à vous distraire, et moi je suis dans la Sibérie. Cependant, vous avez voulu que ce fût moi qui me chargeas[se] quelquefois de vos amusements ; pardonnez-moi donc quand je ne réussis pas dans l’emploi que vous m’avez donné ; c’est à vous que je prêche la tolérance. Un de vos plus anciens serviteurs, et assurément un des plus attachés en mérite un peu.
Voltaire
Aux Délices 7 mars 1764. »
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06/03/2009
Sur toutes les oppressions que le peuple souffre
Yes, we can’t !! La boite à images a encore une fois montré une vérité qui dérange, qui doit déranger !! Hier, jeudi 5 mars, immersion dans la vie de pauvres gens qui, très agés, ont encore à subir l’imbécilité d’un système de retraite inadéquat. Je ne dis pas pauvre vie car ils sont touchants et exemplaires de modestie. Notre monde est encore capable de balancer des millions en foutaises (vins d’honneur pour inaugurations de pissotières, déplacements lointains pour arroser des pots de fleurs –pardon, dépôts de gerbes-, meetings pour brasseurs d’air, personnalisation de bagnoles ministérielles, remue-ménages à grand renfort de flics –touche pas à mon pote le bronzé-corse -, etc.), mais pas un fifrelin pour une aide de proximité . Le sacro-saint budget ne l’a pas prévu . Pourtant, on trouvera l’argent pour payer des escrocs patentés , loueurs de chambres à la petite semaine, dans des hôtels sordides le plus souvent . Décideurs, décidez une fois pour toute que ça a assez duré. Que les rois des ministères et des deux assemblées daignent enfin regarder et aider les sans grade. Bien sûr, ceux-ci ne seront pas capables d’ériger des barricades, sinon de leurs matelas et leur valise quand on est assez inhumain pour les exproprier. Proprios sans coeur, je vous déteste ; je vous souhaite mille tourments et mourir seuls et sans secours.
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Volti, heureusement, quoique chicanier en diable (vieil emmerdeur !), a utilisé son argent et son génie, pour lui-même bien sûr, et aussi pour les nécessiteux. On ne pourra pas lui enlever ses bonnes actions.
« A Marie-Jean-Antoine-Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, etc.
Mon illustre ami, vous voyez que les monstres noirs [les membres de l’ancien Parlement de Paris, rappelés après la mort de Louis XV et le départ de Maupéou ] mordent hardiment le sein qui les a réchauffés. Notre Rosny [= Sully = Turgot] a contribué à les établir, et ils veulent le perdre, cela est dans l’ordre. Ils viennent de faire brûler par leur bourreau le livre le plus sage et le plus patriotique que j’ai lu sur les corvées, sur toutes les oppressions que le peuple souffre, et que notre grand homme veut détruire. Ils pensent brûler sa barbe en brûlant cet ouvrage [« Les inconvénients des droits féodaux » de Pierre-François Boncerf, commis de Turgot]. Il faut espérer qu’ils en feront tant qu’ils obligeront la main qui les a tirés de l’abîme à les y laisser retomber.
En attendant, il n'y a sorte d’horreurs que la secte des convulsionnaires ne prépare. Il faut que Panckoucke ait perdu le sens commun, s’il ne renvoie pas sur le champ l’infâme édition qui va le perdre [les Œuvres de Voltaire ]. Je conçois encore moins le silence de sa sœur [ Mme Suard]. Il y a dans tout cela un esprit de vertige . Je suis très instruit, et je leur prédis malheur . Je souffre de leurs peines et des miennes .
Envoyez-moi, je vous prie, par M. de Vaines, la feuille que vous savez [ un écrit anonyme attribué à Condorcet, sur l’abolition de la corvée] .
Voltaire
6 mars 1776. »
18:39 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voltaire, condorcet, panckoucke, turgot, corvée, pauvreté, proprios
28/02/2009
Il est impossible de désirer se voir en égalité avec des oignons, des chats, des veaux, des peaux d’ânes
Hier soir, grand plaisir : le XV de France a fichu la pâtée aux Gallois ! Normal, les Gaulois ont vu rouge et les roastbeefs sont devenus des steaks hachés ! Sic gloria transit ! Et encore, la correction aurait pu être plus sévère si nous avions eu un buteur top niveau . Parra a fait du bon boulot quand même .
Il y a quelques soirs de cela, j’ai revu Platoon. Là aussi, ça saignait fort. Il en est qui désirent un rendu total au cinéma, le relief du son et de l’image, et pourquoi pas les odeurs ! Je vous laisse imaginer Platoon avec ce réalisme ! Gore ! comme dit mon gothique de fils !!La sélection du spectateur irait en faveur de ceux qui ont l’estomac bien accroché ou le nez bouché, sans quoi, on trouvera des sacs adéquats sous les sièges comme dans les avions et les ferries . Gare à l’effet boule de neige –en l’occurrence, gerbe à tous les étages-.
Passons à des œuvres moins perverses .
« A Jean-François Marmontel , chez Madame de Geoffrin, rue et quartier Saint-Honoré, à Paris
Chancelier de Bélisaire [œuvre de Marmontel ], on me dit que la Sorbonne demande des cartons . Ce n’est pas Bélisaire qui est aveugle, c’est la Sorbonne . Voici les propres mots d’une lettre de l’impératrice de Russie [Catherine a écrit : »je ne voudrais point être mise au rang de ceux que le genre humain a adorés pendant si longtemps…. Il est impossible de désirer se voir en égalité avec des oignons, des chats, des veaux, des peaux d’ânes,… des bêtes de toutes espèces,… »] en m’envoyant son édit sur la tolérance : « L’apothéose n’est pas si fort que l’on pense, on la partage avec des veaux, des chats, des oignons, etc., etc., etc. Malheur aux persécuteurs, ils méritent d’être rangés avec ces divinités là ! »
Elle ambitionnera votre suffrage, mon cher confrère, dès qu’elle aura lu votre Bélisaire, et n’y fera pas assurément de carton. Cet ouvrage fera du bien à notre nation, je peux vous en répondre . Tout ce que je vous écrit est toujours pour Mme de Geoffrin [de retour de Pologne], car j’ai la vanité de croire que je pense comme elle . Si le roi de Pologne et l’impératrice de Russie ne s’entendaient pas sur la tolérance, je serais trop affligé .
Bonsoir mon cher confrère, jouissez de votre gloire, et du ridicule des docteurs [de la Sorbonne, qui publient un Indiculus… ex libro…Bélisaire.].
Voltaire
28 février 1767. »
11:29 | Lien permanent | Commentaires (0)
25/02/2009
Les miennes sont fanées, mes divins anges !
« A Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d’Argental
J’ai acquitté votre lettre de change, Madame, le lendemain de sa réception, mais je crains de ne vous avoir payée qu’en mauvaise monnaie [vers demandés en l’honneur de Maurice de Saxe]. L’envie même de vous obéir ne m’a pu donner de génie. J’ai mon excuse dans le chagrin de savoir que votre santé va mal. Comptez que cela est bien capable de me glacer. Vous ne savez peut-être pas, M. d’Argental et vous, avec quelle passion je prends la liberté de vous aimer tous deux. Si j’avais été à Paris, vous auriez arrangé de vos mains la petite guirlande que vous m’avez ordonnée pour le héros de Flandre et des filles, et vous auriez donné à l’ouvrage la grâce convenable. Mais aussi pourquoi moi ? quand vous avez la grosse et brillante Babet [le futur cardinal de Bernis surnommé Babet la bouquetière] dont les fleurs sont si fraiches ? Les miennes sont fanées, mes divins anges ; et je deviens pour mon malheur plus raisonneur et plus historiographe que jamais.
Mais enfin il y a remède à tout et Babet est là pour mettre quelques roses à la place de mes vieux pavots .
Vous n’avez qu’à l’ordonner.
Mon prétendu exil [la reine se serait fâchée suite à un compliment adressé à Mme de Pompadour, et non comme il le prétend pour une lettre adressée à la dauphine ] serait bien doux ici si je n’étais pas trop loin de mes anges. En vérité ce séjour-ci est délicieux. C’est un château enchanté dont le maître fait les honneurs. Mme du Châtelet a trouvé le secret d’y jouer Issé [« Pastorale héroïque en musique » de Houdar de La Motte] trois fois sur un très beau théâtre et Issé a fort réussi. La troupe du roi m’a donné Mérope ; croiriez- vous, Madame, qu’on y a pleuré tout comme à Paris ? et moi qui vous parle je me suis oublié au point d’y pleurer comme un autre. On va tous les jours d’un palais dans un kiosque, ou d’un palais dans une cabane, et partout des fêtes, et de la liberté.

Mme du Châtelet qui joue aujourd’hui Issé en diamants vous fait mille compliments. Je ne sais pas si elle ne passera pas ici sa vie. Mais moi qui préfère la vie unie et les charmes de l’amitié à toutes les fêtes j’ai grande envie de revenir dans votre cour.
Si M. d’Argental voit Marmontel, il me fera le plus sensible plaisir de lui dire combien je suis touché de l’honneur qu’il me fait [dédicace de Denys le Tyran]. J’ai écrit à mon ami Marmontel il y a plus de dix jours pour le remercier. J’ai accepté tout franchement sans aucune modestie un honneur qui m’est très précieux, et qui à mon sens rejaillit sur les belles lettres. Je trouve cent fois plus convenable et plus beau de dédier son ouvrage à son ami et à son confrère qu’à un prince. Il y a longtemps que j’aurais dédié une tragédie à Crébillon, s’il avait été un homme comme un autre. C’est un monument élevé aux lettres et à l’amitié. Je compte que M. d’Argental approuvera cette démarche de Marmontel, et que même il l’y encouragera.
Adieu vous deux qui êtes pour moi si respectables et qui faites le charme de la société. Ne m’oubliez pas, je vous en conjure, auprès de monsieur votre frère ni auprès de M. de Choiseul et de vos amis. J’attends avec impatience le temps de vous faire ma cour.
Voltaire
A Lunéville ce 25 février 1748. »
10:57 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voltaire, argental, bernis, pompadour
22/02/2009
Voilà bien du bruit
« A Charlotte-Sophie Von Altenburg, comtesse Bentinck
J’ai certainement gagné mon procès, Madame, puisque l’homme de l’ancienne loi [le juif Hirschell, verdict rendu le 18 février ], instrument des nouvelles cabales [menées par les amis de Baculard d’Arnaud -(dont V* a obtenu le renvoi)- avec le major Chazot ] , a été condamné à la prison et à me rendre x mille écus de lettres de change qu’il me volait .
J’ai gagné l’autre partie du procès puisque cinq joailliers qui se connaissent mieux en diamants que cinq chanceliers, ont jugé que l’Hébreu m’a trompé de moitié.
Un Juif m’a volé. Voilà bien du bruit pour une bagatelle. [copié sur l’anecdote qu’il raconta : « voilà bien du bruit pour une omelette au lard »]
Conservez-moi vos bontés, Madame, et je me moquerai de l’Ancien testament et du Nouveau.
Mais par parenthèse s’il ne vous faut qu’une apparence d’emprunt de 200 mille écus [en novembre 1750, elle cherchait 300 000 écus, séparée de son mari ; V* intervenait plus ou moins en sa faveur, ce qui déplaira à Fréderic II], ne pouvez-vous pas avoir l’air de les emprunter d’un négociant ? sans tant de façons et de peines ?
Voltaire
22 février 1751. »
« A Charles-augustin Ferriol, comte d’Argental er à Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d’Argental
Ô anges,
Vous connaissez les faibles mortels . Ils se trainent à pas lents. Quatre vers le matin, six le soir, dix ou douze le lendemain, toujours rentrayant [c.à.d. cousant des morceaux avec couture invisible], toujours rapetassant, et ayant bien de la peine pour peu de chose. Renvoyez-moi donc ma guenille, afin que sur le champ elle reparte avec pièces et morceaux, et que la hideuse créature se représente devant votre face, toute recousue et toute recrépie.
Mais, ô mes divins anges, le drame de Cassandre [d’abord nommé Statira, puis plus tard Olympie ] est plus mystérieux que vous ne pensez.
Vous ne songez qu’au brillant théâtre de la petite ville de Paris ; et le grave auteur de Cassandre a de plus longues vues. Cet ouvrage est un emblème ; que veut-il dire ? que la confession, la communion, la profession de foi etc. etc. sont visiblement prises des Anciens. Un des plus profonds pédants de ce monde, et c’est moi, a fait une douzaine de commentaires par A et par B à la suite de cet ouvrage mystique, et je vous assure que cela est édifiant et curieux [V* : « J’ai choisi ce sujet moins pour faire une tragédie que pour faire un livre de notes à la fin de la pièce… »]. Le tout ensemble fera un singulier recueil pour les âmes dévotes.
J’ai lu la belle lettre de Madame Scaliger à la nièce [lettre de Mme d’Argental à Mme Denis ]. Nous sommes dans un furieux embarras.
Si Mlle Dumesnil est ivre, adieu le rôle de Statira. Si elle n’est pas ivre, elle sera sublime. Mlle Clairon, vous refusez Olympie [ ce n’est pas le premier rôle, et V* proposera de nommer sa pièce Olympie pour « qu’elle paraisse jouer le premier rôle »], mais vraiment vous n’êtes pas trop faite pour Olympie, et cependant il n’y a que vous : car on dit que cette
Dubois est une grande marionnette et que Mlle Hus n’est qu’une grande catin .Tirez-vous de là, mes anges. Vous serez bien habiles.
Et ma tracasserie avec cet animal de Guy Duchesne [= Pierre Guy qui travaille chez Duschesne, libraire qui sans permission, fait paraitre Zulime d’après une copie utilisée et très modifiée à la Comédie française ]? Vous ne me l’avez jamais mise au net. Encore une fois je ne crois pas avoir fait un don positif à Guy Duchesne, et je voudrais savoir précisément de quel degré est ma sottise.
Mon plus grand malheur, vous dis-je, est la mort d’Élisabeth. Je crois mon Showalow disgracié. On m’a dit la paix faite entre Pierre III et Frédéric III [en comptant Frédéric –Guillaume, le traité sera signé le 5 mai]. Ma chère Élisabeth détestait Luc. Je n’y avais pas peu contribué, et je riais dans ma barbe, car je suis un drôle de corps. Mais je ne ris plus. Mlle Clairon m’embarrasse.
Je baise le bout de vos ailes.
Accusez-moi donc la réception de Jean Meslier, c’est un élixir pour les âmes chancelantes.
Voltaire
22 février 1762. »
http://fr.wikipedia.org/wiki/Mademoiselle_Hus
http://fr.wikipedia.org/wiki/Mademoiselle_Dumesnil
http://www.poster.net/de-largilliere-nicholas/de-largilli...
17:09 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voltaire, hirschell, bentinck, juif, argental, clairon, hus, cassandre
21/02/2009
Le diable est partout , tout est sous les armes
« A Charles-Joseph Panckoucke
Consolez-vous, Monsieur ; il est impossible que les captifs qui sont à Alger [ les 3 premiers volumes de l’Encyclopédie, sous scellés à la Bastille ] ne soient pas délivrés par les mathurins [ ordre créé pour racheter les captifs chrétiens ] quand le temps sera favorable ; puisqu’on a rendu les premiers [ les volumes suspendus en 1759, première édition ], on rendra les seconds. Les cadets ne peuvent être traités plus durement que les ainés.
J’ai dû à M. d’Alembert et à M. Diderot la politesse que j’ai eue pour eux. Il n’était pas juste que mon nom parût avant le leur [dans le Prospectus de l’Encyclopédie ], et il faut surtout qu’il n’y paraisse point. Ceux qui travaillent à deux ou trois volumes de Questions sur l’Encyclopédie croient vous rendre un très grand service. Ils donnent les plus grands éloges à la première édition, ils annoncent la seconde ; ils espèrent décréditer un peu les contrefaçons, et ils s’amusent.
Je n’ai point vu mon ami Cramer ; tout est en combustion dans Genève, tout est sous les armes ; on a assassiné sept ou huit personnes juridiquement dans les rues, dans les maisons ; un vieillard de quatre-vingts ans a été tué en robe de chambre ; une femme grosse bourrée à coups de crosse de fusil est mourante ; une autre est morte. Cramer [Gabriel ] commande la garde. Il faut espérer que son magasin ne sera pas brûlé. Le diable est partout. J’espère que je l’exorciserai en qualité de capucin ; car il faut que vous sachiez que je suis agrégé dans l’ordre des capucins par notre général Amatus de Lamballa, résidant à Rome, qui m’a envoyé mes lettres patentes. C’est une obligation que j’ai à saint Cucufin [voir sa Canonisation de Saint Cucufin ], et j’en sens tout le prix. Je prie Dieu pour vous. Recevez ma bénédiction.
Frère François V., capucin indigne .
21 février 1770. »
Pour rester dans l'indignité, petit cadeau d'un poète du XXI ème siecle ; vous me remercierez plus tard !!
http://video.google.fr/videoplay?docid=699540148749833844...
18:48 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voltaire, cucufin, diderot, alembert, genève, diable, encyclopédie
Cette querelle n’est pas prête à finir,
La journée commence bien, soleil, bon gel, air sec, vent nul, Banania, miel. Jusque là tout va bien. Et puis, vers 8h20, sur la RSR1 (émission « le grand 8 ») où il est question de la « rédemption » de Mickey Rourke, je ne sais pas exactement quel journaliste –Antoine Duplan, je pense- admirateur éclairé de quelques films tournés avec Mickey R*, ose émettre cette co…ie magistrale : « James Dean n’a tourné que trois films, tous les trois mauvais ! ». Bougre de tête à claques ! « La fureur de vivre », « A l’est d’Éden » et « Géant » : mauvais ?! Je n’aurais pas eu la patience de Jean-Luc Bideau, invité de l’émission, qui a pris la défense de ces films, à mon gré trop mollement, - pour une fois infidèle à son image de trublion et rentre-dedans. Dommage !! Monsieur le critique de cinéma, je vous laisse à votre admiration du Mickey et son œuvre impérissable (car bien conservée dans l’alcool !!). Me faire un coup comme ça, au petit déj, ce n’est pas charitable ! Si vous avez l’occasion de voir les trois films cités, allez-y sans crainte. Je vous parle sans haine et sans peur, et je dois ajouter qu’un de mes livres favoris est « A l’est d’Éden » de John Steinbeck. Cet auteur est « top niveau » à mes sentiments. En cette période de crise, certains seraient bien inspirés de lire « Les raisins de la colère » ! Colère surchauffée dans nos iles tropicales où l’on retrouve une ambiance de république bananière : hors-la-loi et dictature de la peur. Le sang a coulé, des chômeurs malintentionnés ont trouvé un nouveau job : fauteur de trouble. « Vacances » musclées pour les gardes mobiles ; ils ne reviendront surement pas bien bronzés, le casque est supérieur comme isolant et pour arrêter les cailloux meilleur que l’ « écran total ». Tristes tropiques !!!
« A Etienne-Noël Damilaville
Mon cher frère, j’ai lu une partie de ce Pluquet [Examen du fatalisme, ou Exposition et réfutation des différents systèmes de fatalisme qui ont partagé les philosophes sur l’origine du monde, sur la nature de l’âme… 1757, abbé André-Adrien Pluquet]. Cet homme est ferré à glace pour la métaphysique ; mais je ne sais s’il n’a pas fourni un souper dont plusieurs plats seraient assez du goût des spinozistes. Je voudrais bien savoir ce que les d’Alembert, les Diderot pensent de ce livre.
La Destruction doit être partie ou partira à la fin de cette semaine. Je ne suis pas exactement informé, trois pieds de neige interrompent un peu la communication. Je crois que cette neige refroidira les esprits de Genève qui étaient un peu échauffés ; on disputera, mais il n’y aura point de guerre civile [V* : « Le peuple qui se croit le souverain veut culbuter le pauvre petit gouvernement… Cette querelle n’est pas prête à finir, la démocratie ne pouvant subsister quand les fortunes sont trop inégales… » 25 janvier. Le 7 février, mille Représentants avaient apporté leurs revendications à la Maison de Ville, demandant entre autre la convocation de Conseil général].
Je crois que j’ai très bien pris mon temps pour me tirer de la cohue, et pour me défaire des Délices, [V*, 12 janvier : « Je remets à Monsieur Robert Tronchin la maison sur le territoire Saint Jean nommée les Délices avec toutes les dépendances suivant l’accord fait entre nous »], d’autant plus que mon bail était fini, et que je ne l’avais pas renouvelé. Un M. Labat qui avait dressé les articles du contrat me faisait quelques difficultés [ les transformations faites par V* sont qualifiées de « dégradations », M. Labat dit que si on a changé les cheminées de plâtre pour du marbre, il doit payer le plâtre ! ] comme vous l’avez pu voir. Ces difficultés ont du vous paraître extraordinaires, aussi bien que le contrat même. On ne ferait pas de tels marchés en France. Celui-là est plus juif que calviniste.
Je me flatte que tout s’accommodera à l’amiable, et beaucoup plus facilement que les affaires de Genève. MM. Tronchin qui sont mes amis m’y aideront [ de J-R Tronchin à son frère François : « il ne faut avoir ni difficultés ni procès, et je t’avoue que j’aime mieux être lésé que de lutter contre V. » ]; mais je serai toujours bien aise d’avoir le sentiment de M. Elie de Beaumont au bas de mes petites questions. J’attends avec impatience son mémoire pour les Calas [ Mémoire pour dame Anne-Rose Cahibel, veuve Calas, et pour ses enfants ]. Voilà un véritable philosophe, il venge l’innocence opprimée ; il n’écrit point contre la comédie ; il n’a point un orgueil révoltant, il n’est point le délateur de ceux dont il aurait dû être l’ami et le défenseur. Le cœur me saigne de deux grandes plaies, la première que Rousseau soit fou ; la seconde que nos philosophes de Paris soient tièdes. Dieu merci vous ne l’êtes pas. Vous m’avez glissé deux lignes dans votre lettre du 12 février qui font la consolation de ma vie.
Je soupçonne que le paquet de Franche-Comté est tombé entre les mains des barbares. Il faut mettre cette petite tribulation aux pieds du crucifix. Je me recommande à vos saintes prières.
J’entre aujourd’hui dans ma soixante et douzième année, car je suis né en 1694, le 20 février et non le 20 novembre comme le disent les commentateurs mal instruits [ le petit François-Marie, « né tué » comme il le dira, est déclaré né le 21 novembre 1694 sur son acte de baptême ; en réalité il serait né le 20 février, ondoyé, et seulement baptisé en novembre ]. Me persécuterait-on encore dans ce monde à mon âge ? Cela serait bien welche .Je me flatte au moins qu’on ne me fera pas grand mal dans l’autre. Je vous embrasse bien tendrement. Ecr[asez] l’Inf[âme].
Voltaire
20 février 1765. »
PS- cette note aurait dû paraître hier vendredi mais j'avais plusieurs fers au feu, entre autre, la préparation d'une assemblée générale de donneurs de sang bénévoles qui a mon grand plaisir s'est bien déroulée.
Puisqu'on parle d'anniversaire et que Volti n'aime pas trop les contrats juifs : http://www.juif.org/video/3925,gad-elmaleh-l-anniversaire...
15:21 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voltaire, james dean, mickey, colère, damilaville, pluquet, tronchin

