14/11/2023
nous avons surtout été les dupes de tous ceux qui ont continuellement mangé à notre table et qui n'ont pas eu ensuite la plus légère attention pour vous et pour moi
... La reconnaissance du ventre n'est plus de mise, pas plus que chez le patriarche ferneysien .

« A Marie-Louise Denis
22è mars [1768]
Je vous prie, ma chère nièce, de considérer que jamais vous ne retrouverez ce que Jacob Tronchin, tout émerveillé de son lot de quatre-vingt-dix mille livres, vous a proposé, et qu'il ne proposera plus . Il vous faut une somme considérable d'argent comptant pour être agréablement meublée à chez vous Paris . Je vous l'ai dit, je vous le répète, il n'y a point de fermier qui donnât trois mille livres par an de la terre . Les Detournes en ont offert cent soixante mille livres et se sont dédits le lendemain . Les Genevois achètent à bon marché et vendent cher . M. de Boisy nous a trompés en distrayant de sa terre une montagne et un pré considérable qu'il a vendus depuis à d'autres 1. Le président De Brosses m'a trompé plus indignement . Nous avons été les dupes de tous ceux avec qui nous avons eu affaire, excepté dans les acquisitions de l’Ermitage, et du domaine Déodati 2, et nous avons surtout été les dupes de tous ceux qui ont continuellement mangé à notre table et qui n'ont pas eu ensuite la plus légère attention pour vous et pour moi . Vous sentez que le séjour de Ferney ne peut être supportable à une femme de Paris qu'en y ayant une cour ; et c'est ce qui n'est plus possible 3.
A peine êtes-vous partie que tout le monde est tombé sur moi , jusqu'à Shwert qui veut qu'on lui paye des mémoires soldés et payés depuis six ans, les sœurs de charité redemandent les terres que la Burdet a vendues, Brunet fait un procès pour des broussailles, Mme de Monthoux est devenue insolvable . On m'a présenté de Genève vingt mémoires que je ne connaissais pas . Il faut payer au fermier de la chambre des finances de Genève des cens et lods et ventes, dont Boisy n'avait eu garde de me donner connaissance . Il faut payer considérablement à Mme Donop 4. Je ferai face à tout, j'acquitterai tout, mais il faut absolument vendre ce château d'Armide ou vous résoudre à n'en tirer jamais rien . Les premiers moments de la défaite du Conseil ont fait penser quelques Genevois à se retirer dans des terres au pays de Gex . Dans trois mois ils n'y songeront plus : ils supporteront tranquillement leur petite honte, vous n'avez que ce moment et vous le laissez échapper . Cent mille francs d'argent comptant valent mieux pour vous dans la situation où vous êtes que quatre terres de Ferney ; soit que vous vivez avec l'abbé 5, soit avec l'enfant 6 il vous faut une maison commode, et des soupers agréables . Vous retrouverez à Paris vos anciens amis qui n’écrivaient point à Ferney, mais qui ne vous quitteront pas, tant qu'ils pourront se rassembler chez vous à souper . Vous serez à portée de veiller sur votre fortune, à portée des bons médecins, et de tous les secours . Vous irez aux spectacles dans une petite loge, voilà votre vie arrangée .
Tout ce que je crains à présent, c'est que vous ne puissiez pas vendre Ferney dont le prix baisse tous les jours . Envoyez-moi à tout hasard une procuration pour le vendre . Je ne ferai rien sans Christin . Je tâcherai de renouer avec Tronchin . Envoyez la procuration chez Damilaville qui me la fera tenir contresignée pour plus de sûreté . Je recommande encore le maréchal et les héritiers du prince de Guise . Je ne vous ai parlé que d'affaires . Mon cœur n'en est pas moins tendre pour vous . »
1 Le marché a été conclu en octobre 1768 .
2 Voir lettre du 18 novembre 1758 à Jena-Robert Tronchin : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2013/12/12/voila-le-commencement-de-la-debacle-vous-aurez-un-peu-de-vir-5245118.html
3 Les causes du départ de Mme Denis sont loin d'être claires . Wagnière lui-même n'en était pas bien informé . Il peut pourtant être intéressant de savoir ce qu'il en dit à Damilaville dans une lettre presque exactement contemporaine de celle-ci, à savoir du 21 mars 1768 ; la voici .
« Je n'ai point le cœur moins navré que vous, monsieur,de la séparation de Mme Denis d'avec M. de Voltaire . Son départ est réellement un problème bien difficile à résoudre . Les causes qu'en donne votre ami sont trop peu essentielles pour qu'on les croie . On ne s'imaginera jamais qu'un départ aussi précipité et la manière dont il a traité Mme Denis, M. et Mme Dupuits soient occasionnés par le besoin de l’arrangement de leurs affaires, et pour la raison qu'il vous donne encore dans sa lettre d'aujourd'hui .
Le commencement de la querelle vient de ce qu'elle lui dit que les Repré[sentant]s de Genève ne l'aimaient pas plus que les Négatifs, et cela en plaisantant . Sur ces seules paroles il la força de partir, et réforma sa maison, en convenant avec elle de dire que leurs affaires demandaient absolument sa présence à Paris .
Par toutes les réflexions que j'ai pu faire et par ce qu'il m'a dit, j'ai vu que son parti était pris dès longtemps ; qu'il était las d'être l'aubergiste de tous les passants et de la dépense que l'on faisait . Voilà, monsieur, les seules raisons que je connais d'une séparation bien extraordinaire, et qui doit le paraître à tout le monde .
Il veut vivre seul, il ne veut recevoir personne, pas même ses amis les plus attachés à lui qui lui ont offert de venir le voir .
J'ignore absolument si la personne dont vous me parlez a déployé son caractère dans cette aventure . Je vous avoue en bon Suisse que je ne le crois pas, quoique je la connaisse bien . Elle est utile parce qu'elle joue aux échecs, aussi voilà toute son utilité . Mais jamais elle n'aura d'empire, et je suis intéressé à y veiller .
M. de Voltaire ne m' a pas caché qu'il ne voulait point que Mme Denis revint dans ce pays ; il voulait vendre la terre pour aller à Tournay ; je ne sais encore s'il le fera , il n'a aucune résolution fixe . Cela me mettrait au désespoir . Je lui ai dit tout ce qu'on peut dire ; je désirerais qu'il finit sa carrière heureusement . Je l'aime, je lui suis attaché comme à un père depuis quatorze ans, et je vous assure qu'il faut que je l'aime bien pour ne m'être pas séparé de lui , lorsque au bout de quatorze ans qu'il m'a rendu un petit service qu'il m'avait offert, il me le fait sentir souvent d'une manière humiliante et bien sensible à mon cœur ; lorsqu'ayant perdu ma jeunesse et ma santé pour remplir mon devoir et cherché à lui plaire, je me vois sans la moindre fortune et sans le moindre fruit de mes peines . Malgré tout cela je donnerais ma vie pour prolonger la sienne, tant je lui suis tendrement attaché et j'oublie tous mes chagrins .
Je vous ai parlé avec confiance, je parle à son vrai ami, et je ne parle qu'à cet ami seul, et je le supplie de ne pas faire mention d'un seul mot de tout ceci à qui que ce soit, pas même à Mme Denis, et je suis bien sûr de votre discrétion sans quoi je serais perdu et regardé comme un traître à mon maître . Il est dune défiance étonnante ; le moindre mot lui fait ombrage, il en tire des conséquences qui n'y ont nul rapport .
J'ai réussi à le détourner d'aller en Suisse où il voulait aller s'établir .
Quoique M. de La Harpe lui ait fait une indiscrétion qui aurait pu retomber sur moi et qu'il soit d'une arrogance insupportable, cependant son sort fait pitié, et il sera perdu ; et pour que M. de Voltaire l'oublie, il ne faut absolument pas lui en parler davantage ; c'est une remarque que j'ai faite depuis longtemps .
Il se porte très bien, il est fort gai, et quelquefois de mauvaise humeur . Il travaille, il s'amuse ; et j'espère que la belle saison lui fera perdre l'envie de quitter la maison qu'il a bâtie, et qu'il finira tranquillement ses jours dans son agréable retraite .
Je suis pénétré de tout ce que vous voulez bien me dire d'obligeant ; je sens tout le prix de votre amitié .
Si l'on débite des sottises dans vos quartiers, il n'y a sorte de bêtises que l'on ne dise pas ici .
Adieu, monsieur, conservez votre bienveillance à une personne qui la mérite par ses sentiments pour vous .
J'ai pris la liberté de vous adresser il y a quelques jours un paquet sans adresse pour Mme Denis pour des affaires particulières . Je la plains bien, car je l'aime sincèrement ; c'est le meilleur cœur du monde . »
4Voir sur Mme Donop la lettre du 16 février 1755 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2011/12/01/tout-le-pays-ou-je-suis-s-est-empresse-a-me-donner-les-marqu.html
5 Abbé Mignot .
6 Mme Dupuits .
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Les chagrins, les inquiétudes, les repentirs, les craintes, aigrirent son sang et pourrirent son cul...il était haï du public...dans le temps qu'il était loué par des lâches
... Je verrais bien ce constat concernant Poutine, et quelques autres tel Erdogan, Bachar al-Assad, Xi Jin Ping, Kim Jung un, Trump, et tant d'autres encore :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Dictature

https://www.nicolasvadot.com/fr/chroniques/la-dictature-de-linstantaneite/
« Au chevalier Pierre de Taulès
21è mars 1768
J'ai déjà eu , monsieur, l'honneur de vous répondre 1 sur l'accord honnête de deux puissants monarques pour partager ensemble les biens d'un pupille. Je vous ai dit même, il y a longtemps, que j'avais déjà fait usage de cette anecdote. Je ne vous ai pas laissé ignorer que, dans la nouvelle édition du Siècle de Louis XIV (commencée il y a plus d'un an, et retardée par les amours du chauve Gabriel Cramer), il est marqué2 expressément que ce fait est tiré du dépôt improprement nommé des Affaires étrangères. Les Anglais disent archives, ils se servent toujours du mot propre ; ce n'est pas ainsi qu'en usent les Welches. Je vous répéterai encore ce que j'ai mandé à M. le duc de Choiseul 3, c'est que la vérité est la fille du temps 4, et que son père doit la laisser aller à la fin dans le monde.
Comme il y a assez longtemps que je ne lui ai écrit, et que ma requête en faveur de la vérité était jointe à d'autres requêtes touchant les grands chemins de Versoix, il n'est pas étonnant qu'il ait oublié les grands chemins et les anecdotes.
A l'égard du cardinal de Richelieu, je vous jure que je n'ai pas plus de tendresse que vous pour ce roi ministre. Je crois qu'il a été plus heureux que sage, et aussi violent qu'heureux. Son grand bonheur a été d'être prêtre. On lui conseilla de se faire prêtre lorsqu'il faisait ses exercices à l'Académie, et que son humeur altière lui faisait donner souvent sur les oreilles. J'ajoute que, s'il a été heureux par les événements, il est impossible qu'il l'ait été dans son cœur. Les chagrins, les inquiétudes, les repentirs, les craintes, aigrirent son sang et pourrirent son cul. Il sentait qu'il était haï du public autant que des deux reines, en chassant l'une et voulant coucher avec l'autre, dans le temps qu'il était loué par des lâches, par des Boisrobert, des Scudérys, et même par Corneille. Ce qui fit sa grandeur abrégea ses jours. Je vous donne ma parole d'honneur que, si j'avais vécu sous lui, j'aurais abandonné la France au plus vite.
A l'égard de son testament, s'il en est l'auteur, il a fait là un ouvrage bien impertinent et bien absurde un testament qui ne vaut pas mieux que celui du maréchal de Belle-Isle.
Si, parmi les raisons qui m'ont toujours convaincu que ce testament était d'un faussaire, l'article du comptant secret n'est pas une raison valable, ce n'est, à mon avis, qu'un canon qui crève dans le temps que tous les autres tirent à boulets rouges; et pour un canon de moins, on ne laisse pas de battre en brèche.
Demandez à M. le duc de Choiseul, supposé (ce qu'à Dieu ne plaise!) qu'il tombât malade, et qu'il laissât au roi des mémoires sur les affaires présentes, s'il lui recommanderait la chasteté ? s'il lui parlerait beaucoup des droits de la Sainte-Chapelle de Paris ? s'il lui proposerait de lever deux cent mille hommes, quand on en veut avoir cent mille ? et s'il ferait un grand chapitre sur les qualités requises dans un conseiller d'État ? etc.
Certainement, au lieu d'écrire de telles bêtises dignes de l'amour-propre absurde du petit abbé de Bourzeis, conseiller d'État ad honores, M. le duc de Choiseul parlerait au roi du pacte de famille, qui lui fera honneur dans la postérité; il pèserait le pour et le contre de l'union avec la maison d'Autriche, il examinerait ce qu'on peut craindre des puissances du Nord, et surtout comment on s'y peut prendre pour tenir tête sur mer aux forces navales de l'Angleterre. Il ne s'égarerait pas en lieux communs, vagues, et pédantesques, il n'intitulerait pas ce mémoire du nom ridicule de testament politique, il ne le signerait pas d'une manière dont il n'a jamais signé. Il est plaisant qu'on ait fait dire au cardinal de Richelieu, dans ce ridicule testament, tout le contraire de ce qu'il devait dire, et rien de ce qui était de la plus grande importance ; rien du comte de Soissons, rien du duc de Weimar ; rien des moyens dont on pouvait soutenir la guerre dans laquelle on était embarqué ; rien des huguenots qui lui avaient fait la guerre, et qui menaçaient encore de la faire ; rien de l'éducation du dauphin, etc., etc., etc.
Je ne finirais pas, si je voulais rapporter tous les péchés d'omission et de commission qui sont dans ce détestable ouvrage. Les hommes sont, depuis très longtemps, la dupe des charlatans en tout genre.
Je ne suis point du tout surpris, monsieur, que l'abbé de Bourzeis se soit servi de quelques expressions du cardinal. Corneille lui-même en a pris quelques-unes. J'ai vu cent petits-maîtres prendre les airs du cardinal de Richelieu, et je vous réponds qu'il y avait cent pédants qui imitaient le style du cardinal.
Si le cardinal a souvent dit fort trivialement qu'il faut tout faire par raison, malgré le sentiment du Père Canaye, il est tout naturel que l'abbé de Bourzeis ait copié cette pauvreté de son maître.
Au reste, monsieur, je hais tant la tyrannie du cardinal de Richelieu que je souhaiterais que le testament fût de lui, afin de le rendre ridicule à la dernière postérité. Si jamais vous trouvez des preuves convaincantes qu'il ait fait cette impertinente pièce, nous aurons le plaisir, vous et moi, de juger qu'il fallait plutôt le mettre aux Petites-Maisons que sur le trône de France, où il a été réellement assis pendant quelques années. Je vous garderai le secret et vous me le garderez. Je vous demande en grâce de faire mes tendres compliments au philosophe orateur et poète, M. Thomas, dont je fais plus de cas que de Thomas d'Aquin.
Je vous renouvelle mes remerciements et les assurances de mon attachement inviolable.
Laissons là le cardinal de Richelieu, tant loué par notre Académie, et aimons Henri IV, votre compatriote et mon héros.
V.»
1Lettre du 11 août 1768 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2023/03/30/si-vous-aviez-d-ailleurs-quelques-instructions-a-me-donner-s-6435955.html
2 Dans le Siècle de Louis XIV, chap. VIII : https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Si%C3%A8cle_de_Louis_XIV/%C3%89dition_Garnier/Chapitre_08#cite_ref-4
3 Lettre inconnue .
4 Dans la Conversation du maréchal d'Hocquincourt avec le P. Canaye, de Saint-Evremond : https://fr.wikisource.org/wiki/Conversation_du_mar%C3%A9chal_d%E2%80%99Hocquincourt_avec_le_p%C3%A8re_Canaye
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13/11/2023
Satis est, domine, satis est
... Requête d'Emmanuel Macron (et quelques autres chefs d'Etats ) à Netanyahou qui pratique une guerre où les bombes tuent innocents et coupables comme d'habitude, Allah et Iaweh,-- s'ils existent,-- se chargeant de reconnaitre les justes .
Dans le même temps le ramassis d'assassins du Hamas hurle "Amplius, domine, amplius" . Saleté de guerre .
« Au chevalier Jacques de Rochefort d'Ally
A Ferney 21 mars 1768 1
Satis est, domine, satis est 2. Vous me donnez, monsieur, plus de vin de champagne que jamais le prince de Condé n'en donna à Santeul 3 ; et cet ivrogne disait encore , Amplius, domine, amplius 4 ; mais moi qui suis moins bon poète que Santeul et qui bois beaucoup moins de vin, je vous assure , monsieur, que vous m'en donnez beaucoup trop et et que je ne sais comment m'y prendre ni pour vous remercier ni pour le boire . Je ne tiens plus de maison. Nous allons peut-être, Mme Denis et moi, vendre Ferney . La fin de ma vie sera retirée, et probablement assez triste avec une santé déplorable . La nature m'a fait présent de soixante et quatorze ans, et la maladies de quatre-vingt-dix .
Jouissez, vous et madame votre femme, de votre brillante jeunesse . Buvez, s'il se peut, plus de vin de Champagne que vous ne m'en donnez . Je me flatte que vous voyez quelquefois M. d'Alembert . Il a eu avec moi des procédés charmants qui m'ont pénétré l'âme . Ô que j'aime qu'un philosophe soit sensible ! Pour moi je suis plus sensible que philosophe et je le suis passionnément à vos bontés, à votre mérite .
Je présente mes respects au couple heureux qui mérite tant de l'être . »
1 L’édition Supplément au Recueil, II, 104-105, donne , par suite d'une mauvaise lecture, 21 mai comme date .
2 Assez, monsieur, assez .
3 Le poète latin Jean-Baptiste Santeul ; voir : https://data.bnf.fr/fr/11986827/jean-baptiste_santeul/?vid=rss
4 Encore, monsieur, encore .
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12/11/2023
Il n'y a rien que je ne fasse pour adoucir l'état où vous êtes
... Hélas ! hélas, à quoi servent ces paroles, fussent-elles celles d'un président de la République, pour faire adopter une trêve entre Israël et le Hamas à Gaza ? A rien !
Une minorité d'islamistes fanatiques à allumé un feu qui rend fou et impitoyable , dans les deux camps . A quels extrêmes Netanyahou va-t-il forcer d'aller son armée ? Il va se retrouver seul, ayant coupé la branche de ceux qui l'appellent à la raison humanitaire . TROP DE HAINE ! Et aussi trop d'intérêts en jeu .
« A Catherine-Josèphe de Loras du Saix, baronne de Monthoux
21 mars 1768 à Ferney 1
Madame,
Il n'y a rien que je ne fasse pour adoucir l'état où vous êtes, j'ai proposé à votre homme d'affaires tous les tempéraments qui pourraient vous plaire ; j'attendrai d'ailleurs le terme de trois mois que vous prescrivez, et je tâcherai de vous témoigner en toute occasion les sentiments respectueux avec lesquels j'ai l'honneur d'être, madame,
votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire. »
1 Le manuscrit se trouve dans la collection Camille-Clermont ; édition Pommier .
Le même jour La Harpe écrit à Hennin de Paris : « Personne ne connaît encore ici […] quels motifs il [V*...] a pu avoir pour se séparer de tout ce qui devait lui être le plus cher . […] ce qui m'afflige le plus, c'est de le voir livré à un moine, à un ex-jésuite, le plus bas de ses valets et le plus dangereux des imposteurs . C'est un étrange spectacle pour l'Europe que de voir M. de Voltaire tête-à-tête avec le Père Adam. » La Harpe ne faisait alors qu'exprimer à Hennin les pensées de Mme Denis .
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11/11/2023
pariez toujours qu'il n'y a pas un mot de vrai dans tout ce que l'on dit dans le monde et vous ferez en peu de temps une grande fortune
... La malice du cerveau humain ne suffisant pas à fournir suffisamment de mensonges, le dit cerveau a créé l'IA pour épauler ses manigances . On ne croyait plus ce qu'on lisait, ce qu'on entendait, ce qu'on voyait, et maintenant on sait faire revivre des morts . Plus besoin de faire tourner les tables dans des chambres obscures pour converser avec des disparus, l'IA est là à volonté . Géniale et pire des inventions . Bombe dont le détonateur n'est pas dans les mains de philanthropes , mais plus que souvent dans celles de bipèdes malveillants : https://www.boitmobile.fr/les-derives-de-lintelligence-ar...

https://www.youtube.com/watch?v=298dZWW-t3A&ab_channe...
« A Etienne-Noël Damilaville
21 mars 1768
Mon très cher et très vertueux ami, pariez toujours qu'il n'y a pas un mot de vrai dans tout ce que l'on dit dans le monde et vous ferez en peu de temps une grande fortune . Tout ce qu'on vous a conté du père Adam, de Mlle Guimard et de l'honnête criminel sont des romans à mettre dans Les Mille et une nuits . Le bon Adam est précisément tout le contraire du portrait qu'on a fait de lui . Il ne sait quelquefois ce qu'il dit, mais d'ailleurs c'est un très bon diable . Il est des nôtres et il travaille même actuellement à une conversion ; par conséquent jugez s'il est honnête homme .
Soyez très sûr mon cher ami, que le voyage de maman était d'une nécessité absolue . Vous ne savez pas à quel excès de fureur se portent les fanatiques et surtout le bœuf au cœur de tigre .
Il y a un autre excès bien funeste, c'est celui de l'acharnement à m'imputer tout ce que ce coquin de Marc-Michel Rey imprime depuis dix ans . Il n'y avait que maman qui pût opposer une digue à ce torrent très dangereux .
Voici la copie de ce que j'écris à M. le duc de Choiseul 1 . C'est un tour dont je me sers quelquefois avec lui . Ce tour est nouveau et lui a paru plaisant comme à moi .
Je vous envoie ma lettre pour La Harpe 2. Il a fait une énorme sottise par une légèreté condamnable . Il l'a soutenue par un orgueil féroce qu'on lui reproche . Mais j'en reviens toujours à dire qu'il n'a pas voulu me nuire, que cette leçon le corrigera, qu'il a du talent, qu'il faut lui pardonner, qu'il faut le gronder et l'aider, et surtout lui envoyer ma lettre . Je lui mande qu'on ne doit haïr que les Fréron et les ennemis de la société , et j'ai raison .
Je vous remercie tendrement, mon vertueux ami d'avoir vu maman, j’ai quelque espérance de passer avec vous la fin de ma vie . Cela me soutient et j'ai besoin d'être soutenu, du moins c'est la plus douce de mes illusions . »
1 Voir lettre du même jour : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2023/11/10/je-suis-actuellement-tres-devot-mais-je-crois-que-l-affaire-6470265.html
2 S'agit-il encore de la lettre du 17 mars 1768 ? Voir en effet la lettre du 18 mars 1768 à Damilaville : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2023/11/07/je-suis-excede-6469648.html
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10/11/2023
Je suis actuellement très dévot, mais je crois que l'affaire du salut n'entre pour rien dans les affaires de la guerre ni dans les affaires des finances, j'oserais même dire dans celles de la politique, mais ce serait trop fort
... Non, non, ce n'est pas trop fort . Je suis heureux que notre président ne soit pas un de ces dévots et soit capable d'accorder un peu de son temps au pape comme à la franc-maçonnerie .
Il est heureux qu'il ne soit pas comme ces culs bénis américains qui prêtent serment sur la bible et puis se comportent comme des maffieux style Trump . Et dire que ce pourri risque de reprendre les rênes U.S. Ce n'est vraiment pas rassurant d'avoir pour alliés des désaxés de cet acabit .


« A Etienne-François de Choiseul-Stainville, duc de Choiseul
Vieux bavard, vieux radoteur, ne me remerciez point . J’ai accordé le congé gratis à votre cuisinier bonne sauce, soldat du régiment de Conti, car enfin puisque vous êtes dans un désert comme saint Pacôme, je veux au moins que vous ayez à manger, ce que Pacôme n'avait guère .
Je me suis souvenu de votre ami Damilaville, brave gentilhomme ci-devant garde du roi, lequel ainsi que Taulès se sert aussi bien de sa plume que de son épée : c'est un homme d'une probité rigide . Je suis fâché qu'il ne soit que premier commis des bureaux du vingtième, et j'ai été encore plus fâché qu'on ait voulu par dévotion le priver d'une meilleure place qu'il a méritée . Je suis actuellement très dévot, mais je crois que l'affaire du salut n'entre pour rien dans les affaires de la guerre ni dans les affaires des finances, j'oserais même dire dans celles de la politique, mais ce serait trop fort . Je donnerai volontiers un petit moment d'audience à votre nièce . Je sais qu'elle est venue à Paris après quinze ans d'absence pour arranger vos affaires et les siennes que quinze ans ont délabrées . De quoi vous mêlez-vous aussi de donner des fêtes comme M. de Pompignan qui mandait au roi qu'il avait donné un dîner de vingt couverts dans son marquisat de Le Franc ?
On dit que vous voulez m'envoyer encore des soumissions d'artisans pères de famille qui s'engagent à habiter ma ville de Versoix . Pour Dieu attendez qu'elle soit bâtie, vous êtes vif comme un jeune homme etc., etc. Comment trouvez-vous mes bonnets de cuir bouilli ? Etc., etc.
Le duc de Choiseul.
21 mars [1768] 1»
1 Copie contemporaine Darmstadt B. . Cette plaisanterie est la suite de la lettre du 16 mars 2023 .
Avant d'avoir reçu la réponse, V* écrivait à Choiseul la lettre que celui-ci était censé lui avoir écrite . La copie de Darmstadt est intitulée : « Drôle de minute ; l'original est parti : secret profond. ». Voici la lettre réelle de Choiseul, que celle-ci pastiche par avance, si on peut dire :
« Ce 21 mars [1768]
Je ne vous écrirai pas la lettre dont vous m'envoyez le projet, je la garde pour moi ; savez-vous que l'on est venu me dire que vous vous étiez fait chartreux ? Je me prosternais vis-à-vis ce coup de la Grâce, il n'aurait pas été petit . L'arrivée de Mme Denis a fait à Paris une sensation . Je ne sais pas si nous imitons le siècle de Louis XIV, mais je suis sûr que nous honorons et que nous chérissons, autant que l'on pouvait le faire alors, le seul grand génie que nous possédions . Ce que je désire plus que tout, c'est que vous soyez heureux et que l'on ne vous fasse rien ni que vous fassiez rien qui puisse vous empêcher de l'être . Si vous pouviez me mander les époques dont vous auriez besoin pour Le Siècle de Louis XIV, il me serait aisé de vous les procurer . Aimez-moi, ma cher marmotte ; soyez sage sur les objets délicats pour des consciences timorées, et comptez, je vous prie, sur ma tendre amitié à jamais . »
10:49 | Lien permanent | Commentaires (0)
il est essentiel d'avoir dans Paris une femme active et courageuse qui pare les coups et qui sache parler fortement aux ministres
... Non ! non ! non ! ce n'est certainement pas Anne Hidalgo.
Possiblement l'héroïne de "A Woman of Paris" de Charlie Chaplin , qui a ma préférence ? De 1923 . Qui sait ?
https://www.youtube.com/watch?v=9iSnTixkHos&ab_channe...

« A Jean Le Rond d'Alembert
21è mars 1768
Mon très cher et très vrai philosophe, oui je vous avoue que La Harpe m'a fait un tort qu'il ne pourra jamais réparer . Mauvaise honte, fille d’orgueil l'a empêché pendant trois mois de m'avertir du précipice où il m'avait jeté, et c'est de la même source que partit la lettre injurieuse qu'il m'écrivit de sa chambre à la mienne, lettre dans laquelle il me menaçait de faire un mémoire public . Je vous jure que je n'ai pas eu contre lui la moindre aigreur . J'ai plaint son état . J'ai aimé ses talents . Il est tombé avec moi de faute en faute, sans intention de me nuire, conduit d'abord par son imprudence, ensuite inspiré, par une fierté dure, qui tôt ou tard le perdra dans le monde . Mais que voulez-vous ? Lui et sa femme m'ont écrit de Paris . J'ai été touché, j'ai pardonné . Quand je me fâcherais, le mal qu'il fait ne sera pas réparé, je lui nuirais cruellement, sans en souffrir moins, et j'aime mieux souffrir que lui nuire . En un mot son intention n'ayant jamais été de me faire du mal, je ne lui en ferai certainement pas . C'est là votre arrêt, c'est mon avis, il faut être indulgent avec la jeunesse . Cette aventure lui servira de leçon . Qu'il fasse seulement une bonne tragédie, le public pardonne tout quand il a du plaisir, et j'en use de même .
Le voyage de maman était nécessaire . Nous étions ruinés . Des grands seigneurs fort aimables me devaient dix ou douze ans de mes pauvres rentes . Maman avait tout fricassé en bal, ballet et comédie, en festins donnés à deux cents personnes, dont personne ne nous sait gré . Vraiment c'était bien pis que le dîner à vingt-cinq couverts du grand Pompignan, et encore qui que soit n'en a parlé dans la chambre du roi . Les grands seigneurs qui nous doivent nous feront quelques politesses mais il faut qu'ils comptent avec maman .
De plus la fureur de l'homme au mufle de bœuf et au cœur de tigre 1 est si grande, son infâme barbarie est si pleinement développée dans une relation qu'un avocat a imprimé en Hollande, qu'il est essentiel d'avoir dans Paris une femme active et courageuse qui pare les coups et qui sache parler fortement aux ministres . Elle est venue à propos pour adoucir Tronchin qui est au désespoir du second chant publié par La Harpe . Ce qui contribue le plus à ma consolation, mon cher ami, c'est la tendresse que vous me témoignez . Je n'avais connu que Clairaut qui fût un géomètre tendre . Vous êtes le second . J'en suis pénétré.
Soyez sûr que je vous chéris,
De l'amitié dont Toxaris
Veut qu'on aime en son dialogue, etc.
comme dit Chapelle 2.
Où pourrait-on trouver la petite géométrie de Clairaut 3 que j'appelais la Physiométrie naturelle? »
1 Dans son poème de Michel et Michau, dont un fragment est conservé dans la Correspondance littéraire de La Harpe (lettre 147), Turgot a dit de Pasquier :
Deux gros yeux blous, ou la férocité
Prête de l’âme à la stupidité,
L’ont fait depuis surnommer le bœuf-tigre.
Voir : https://www.institutcoppet.org/oeuvres-de-turgot-xii-amis-de-turgot-caractere/#_ftnref14
Et voir lettre du 23 juillet 1766 à d'Alembert : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/07/23/se-venger-ou-du-moins-de-quitter-un-pays-ou-se-commettent-to.html
2 Voir page 166 de uvresdechapellee00chap.pdf
3 Voir lettre au futur Frédéric II de Prusse , vers le 1er novembre 1739 : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1739/Lettre_1214
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