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25/12/2010

que leurs traits ne se méprennent point, et ne détruisent pas la religion que je respecte infiniment, et que je pratique

C'est Noël, et en guise de cadeau je vous donne cette lettre de Volti à Mme du Deffand qui avait la chance/malchance d'avoir du temps à perdre et qui parfois, pour se désennuyer demandait "du Voltaire" ; elle aurait pu tomber plus mal en guise de distraction .

http://www.deezer.com/listen-1150471 

nounours noel animé.gif

http://www.deezer.com/listen-7578479 : "I believe" dit le King, tout comme -(là j'extrapole un peu, un tout petit peu !-) )- Volti .

Etonnante citation-titre aux yeux de certains , évidente pour ceux qui connaissent notre malicieux et prudent -(de temps en temps)- Volti .

http://www.deezer.com/listen-540427

 

 Quant à moi, -paraphrasant Volti,- je déclare à Mlle Wagnière :

"Ce n'est pas assurément, Mam'zelle, une lettre de bonne année que je vous écris, car tous les jours m'ont paru fort égaux, et il n'y en a point où je ne vous sois très tendrement attaché."

Et je n'ajoute ni ne retranche rien à cette déclaration .

 Fidèlement : http://www.deezer.com/listen-2544872

 

« A Marie de Vichy de Chamrond, marquise du Deffand

 

26è décembre 1768

 

Ce n'est pas assurément, Madame, une lettre de bonne année que je vous écris, car tous les jours m'ont paru fort égaux, et il n'y en a point où je ne vous sois très tendrement attaché.

 

Je vous écris pour vous dire que votre petite mère ou grand-mère i(je ne sais comment vous l'appelez) a écrit à son protégé Dupuits une lettre où elle met sans y songer, tout l'esprit et les grâces que vous lui connaissez. Elle prétend qu'elle est disgraciée à ma cour, parce que je ne lui ai envoyé que Le Marseillais et le Lion de Saint Didier, et qu'elle n'a point eu Les Trois Empereurs de l'abbé Caille ii. Mais je n'ai pas osé lui envoyer ces trois têtes couronnées, à cause des notes qui sont un peu insolentes, et de plus il m'a paru que vous aimiez mieux Le Marseillais et le Lion ; c'est pourquoi elle n'a eu que ces deux animaux . Il y a pourtant un vers dans Les Trois Empereurs qui est le meilleur que l'abbé Caille fera de sa vie . C'est quand Trajan dit aux chats fourrés de la Sorbonne :

Dieu n'est ni si méchant, ni si sot que vous le dites iii.

 

Quand un homme comme Trajan prononce une telle maxime, elle doit faire un très grand effet sur les cœurs honnêtes.

 

Votre petite mère ou grand-mère a un cœur généreux et compatissant . Elle daigne proposer la paix entre La Bletterie et moi. Je demande pour premier article qu'il me permette de vivre encore deux ans, attendu que je n'en ai que 75, et que pendant ces deux années il me serait loisible de faire une épigramme contre lui tous les six mois iv. Pour lui il mourra quand il voudra.

 

Saviez-vous qu'il a outragé le président Hénault autant que moi ? Tout ceci est la guerre des vieillards. Voici comme cet apostat janséniste s'exprime, page 235, tome II : En revanche, fixer l'époque des plus petits faits avec exactitude, c'est le sublime de plusieurs prétendus historiens modernes ; cela leur tient lieu de génie et de talents historiques v.

 

Je vous demande , Madame, si on peut désigner plus clairement votre ami ? Ne devrait-il pas l'excepter de cette censure aussi générale qu'injuste ? ne devrait-il pas faire comme moi qui n'ai perdu aucune occasion de rendre justice à M. Hénault, et qui l'ai cité trois fois vi dans le Siècle de Louis XIV avec les plus grands éloges ? Par quelle rage ce traducteur pincé du nerveux Tacite outrage-t-il le président Hénault, Marmontel, un avocat Linguet et moi, dans des notes sur Tibère ? Qu'avons-nous à démêler avec Tibère ? Quelle pitié ! et pourquoi votre petite mère n'avoue-t-elle pas tout net que l'abbé de La Bletterie est un mal avisé ?

 

Et vous, Madame, il faut que je vous gronde. Pourquoi haïssez-vous les philosophes quand vous pensez comme eux ? Vous devriez être leur reine, et vous vous faites leur ennemie . Il y en a un dont vous avez été mécontente vii, mais faut-il que le corps en souffre ? est-ce à vous de décrier vos sujets ?

 

Permettez-moi de vous faire cette remontrance en qualité de votre avocat général . Tout notre parlement sera à vos genoux quand vous voudrez, mais ne le foulez pas aux pieds quand il s'y jette de bonne grâce .

 

Votre petite mère et vous, vous me demandez L'A.B.C. Je vous proteste à toutes deux, et à l'archevêque de Paris, et au syndic de la Sorbonne, que L'A.B.C. est un ouvrage anglais, composé par un M. Huet très connu traduit il y a six ans, imprimé en 1762 viii, que c'est un rostbif anglais, très difficile à digérer par beaucoup de petits estomacs de Paris. Et sérieusement, je serais au désespoir qu'on me soupçonnât d'avoir été le traducteur de ce livre hardi dans mon jeune âge, car en 1762 je n'avais que 69 ans. Vous n'aurez jamais cette infamie qu'à condition que vous rendrez partout justice à mon innocence, qui sera furieusement attaquée par les méchants jusqu'à mon dernier jour.

 

Au reste il y a depuis longtemps un déluge de pareils livres. La Théologie portative ix pleine d'excellentes plaisanteries et d'assez mauvaises ; L'Imposture sacerdotale x traduite de Gordon ; La Riforma d'Italia xi, ouvrage trop déclamatoire qui n'est pas encore traduit mais qui sonne le tocsin contre tous les moines ; Les Droits des hommes et les Usurpations des papes xii, Le Christianisme dévoilé xiii par feu Damilaville ; Le Militaire philosophe xiv de Saint Hyacinthe ; livres tout de raisonnements, et capables d'ennuyer une tête qui ne voudrait que s'amuser. Enfin, il y a cent mains invisibles qui lancent des flèches contre la superstition. Je souhaite passionnément que leurs traits ne se méprennent point, et ne détruisent pas la religion que je respecte infiniment, et que je pratique.

 

Un de mes articles de foi, Madame, est de croire que vous avez un esprit supérieur . Ma charité consiste à vous aimer quand même vous ne m'aimeriez plus, mais malheureusement je n'ai pas l'espérance de vous revoir. »

 

 

i La duchesse de Choiseul .

 

iii Vers 101 .

 

iv Le 20 avril, d'Alembert signala à V* que La Bletterie « dans une des notes du second volume » de son Tibère, ou les six premiers livres des Annales de Tacite, traduits par ... Jean-Philippe-René de La Bletterie, 1768, « s'exprime avec beaucoup de mépris sur les écrivains autrefois célèbres qui veulent mourir la plume à la main et qui font dire au public: « Le pauvre a oublié de se faire enterrer »... Ses amis savent et publient que c'est à vous qu'il adresse cette belle diatribe ... »   Voir pages 97-98 : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/cr...#                                                   V* avait déjà envoyé une épigramme dans sa réponse à d'Alembert le 27 avril.                                                                               Pages 341-343 : http://books.google.be/books?id=zzQHAAAAQAAJ&printsec...

 

v Citation exacte mot pour mot, sauf que le texte porte « avec la plus grande exactitude ».

 

vi Deux fois dans le chapitre sur la campagne et la mort de Turenne et quatre fois dans le Catalogue.

 

vii D'Alembert, notamment en 1760 où elle l'accuse d'avoir été son délateur auprès de V*.

 

viii Lieux et dates de publication sont fictifs, l'ouvrage L'A.B.C., dialogue curieux traduit de l'anglais de M. Huet est bien de V*. http://www.voltaire-integral.com/Html/27/16_A-B-C.html

 

xi De Carlo Antonio Pilati di Tassulo ; http://it.wikipedia.org/wiki/Carlantonio_Pilati

 

xiii Sans doute effectivement de Damilaville, attribué aussi au baron d'Holbach . http://www.voltaire-integral.com/Html/31/07_Devoile.html

http://visualiseur.bnf.fr/CadresFenetre?O=NUMM-88619&...

xiv Publié par Naigeon, entre autres, à partir d'un manuscrit : Les Difficultés sur la Religion proposées au père Malebranche. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k86225z/f1.image.pag...

 

La théologie m'amuse : la folie de l'esprit humain y est dans toute sa plénitude

 

 

Le titre de cette note est le reflet de ma conviction, que j'ai l'honneur de partager avec Volti . Dieu nous garde , ou Dieu nous en garde comme dirait Benoit xvi !!

Noël !

Prions comme Brel ! http://www.deezer.com/listen-3559253

Et non comme ces fanatiques qui se collent le front au sol pour attendrir un Dieu vengeur et mériter par leurs simagrées un paradis à eux seuls réservé ! Pauvres fous *!

[NDLR : l'auteur pense fortement à c....*, mais ce serait insulter les dames comme le dit si bien Pierre Perret ! ou plus gentiment, en jouant avec Juliette : http://www.deezer.com/listen-909274 ]

mère noel.gif 

Pour ne pas faillir à la tradition, quoique ! 

Les traditions se perdent disent certains, surtout ceux que l'on ne fête plus et se voient privés de cadeaux ; alors je leur recommande d'écrire, avant péremption, une Lettre à la Mère Noël :

http://www.deezer.com/listen-2716015, persiste et signe .

 

Et pour en savoir autant que Volti sur Noël :

http://www.monsieurdevoltaire.com/article-dictionnaire-ph...

Mlle Wagnière, permettez que je vous invite à une messe qui n'est pas seulement de minuit, mais de tout temps :

http://www.deezer.com/listen-909276

.....  Tchin-tchinn !!.....

 

 

« A Etienne-Noël Damilaville

 

26 décembre [1762]

 

Mon frère, renvoyez-moi, je vous prie, mon Moïse i et mon canevas de chapitre pour l'Histoire ii, dûment revu par les frères .

 

Il me parait que l'affaire des Calas prend un bon tour dans les esprits. L'élargissement des demoiselles Calas prouve bien que le ministère ne croit point Calas coupable . C'est beaucoup . Il me parait impossible à présent que le Conseil n'ordonne pas la révision . Ce sera un grand coup porté au fanatisme . Ne pourra-t-on pas en profiter ? Ne coupera-t-on pas à la fin les têtes de cette hydre ?

 

Je certifie toujours que je n'ai reçu de frère Thiriot qu'un petit billet du 1er novembre . Je lui avais demandé la meilleure histoire du Languedoc, car ce Languedoc est un peu le pays du fanatisme, et on pourrait y trouver de bons mémoires . Dieu merci, ce monstre fournit toujours des armes contre lui-même.

 

Mon cher frère voudrait-il me faire avoir presto, presto, un petit Dictionnaire des conciles iii qui a paru, je crois, l'année passée ? Cela cadrerait fort bien avec mon dictionnaire d'hérésies iv. La théologie m'amuse : la folie de l'esprit humain y est dans toute sa plénitude.

 

Je voudrais savoir ce que frère Thiriot a fait d'un sermon dont il avait trois exemplaires . Il doit au moins avoir converti trois personnes .

 

Aimez-moi, mes chers frères ; écrasez l'Infâme. »

 

 

i  V* lui a envoyé le 30 novembre ce qui devrait constituer la seconde partie de l'article « Moïse » du Dictionnaire philosophique. http://www.voltaire-integral.com/20/moise.htm

ii  Chapitre LXI du huitème volume de l'Essai sur l'Histoire, ajouté en 1763 ; cf. lettre du 13 décembre. http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2009/12/13/l...

Cf. : http://www.voltaire-integral.com/Html/14/02BEUCHO.html

iii  Dictionnaire portatif des conciles, 1758, de Pons-Augustin Alletz . http://books.google.fr/books?id=DjgAAAAAMAAJ&printsec...

iv  Dictionnaire philosophique ; le 17 novembre d'Alembert écrivit : « J'ai bien entendu parler de ce dictionnaire des hérésies dont vous ne me dites qu'un mot ... » ; voir fin de lettre CXI page 203 et suivantes : http://books.google.fr/books?id=l4lBAAAAcAAJ&printsec...

 

24/12/2010

j'admire sa veuve, je l'aime à la folie

Ecoutez bien ce message de mon chanteur préféré, homme plein et entier, droit dans l'esprit voltairien : http://www.deezer.com/listen-3559254

 

Le titre de cette note va conforter Mam'zelle Wagnière dans sa foi en l'amour de Volti pour Catherine ; je lui laisse le soin de trouver la même affirmation de Catherine pour mon homme préféré .

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De son côté, Volti chante à tue-tête : Ma p'tite folie :  http://www.deezer.com/listen-6536881

 

 

« A Etienne-Noël Damilaville

 

22 décembre 1766

 

Mon cher ami, l'autre Sémiramis ne valait pas celle-ci i. Le Ninus ii n'était qu'un vilain ivrogne ; j'admire sa veuve, je l'aime à la folie . Les Scythes deviennent nos maîtres en tout : voila pourtant ce que fait la philosophie . Des pédants chez nous poursuivent les sages et des princesses philosophes accablent de biens ceux que nos cuistres voudraient bannir iii.

 Que M. de Beaumont fasse comme il voudra,mais je veux avoir son mémoire ; je veux donner aux Sirven la consolation de l'imprimer . Songez bien encore une fois que si nous n'avons pas le bonheur d'obtenir une évocation iv, nous aurons pour nous le cri de l'Europe qui est le plus beau de tous les arrêts . Je compte toujours que M. de Chardon sera le rapporteur . Pour moi, si j'étais juge, je condamnerai le bailli de Mazamet v à faire amende honorable, à nourrir et à servir les Sirven le reste de sa vie .

 Je doute fort que le roi permette la convocation des pairs au parlement de Paris vi; ou je me trompe fort ou il en sait beaucoup plus qu'eux tous . Il apaise toutes les noises en temporisant vii.

 Genève est un peu plus difficile à mener que notre nation ; mais à la fin on en viendra à bout.

 Je me suis aperçu qu'il y a bien des fautes dans la scène du Scythe ; mais en gros je voudrais savoir comment vous et Platon viii l'avez trouvée.

 J'embrasse tendrement le favori de ma Catherine ix. Je vais écrire à ma Catherine et lui dire tout ce que je pense d'elle.

 Mandez-moi des nouvelles de la pomme de Guillaume Tell x. Vous êtes normand, vous devez vous intéresser aux pommes . Oh ! Comme je vous embrasse !

 Je vous prie , mon cher ami, de m'envoyer une lettre de change sur Lyon de cinquante louis dont voici la quittance . L'affaire de Lamberta xi traine un peu en longueur, mais elle se fera malgré le dérangement où l'on est . »

 

i Catherine II.

 

ii Pierre III, tsar, qu'on la soupçonnait d'avoir fait assassiner, tout comme Sémiramis avait fait assassiner Ninus.

 

iii Cf. lettre à Grimm du 14 août 1765. http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2009/08/16/2...

 

iv Du Conseil du roi .

 

v Sirven a d'abord été condamné à Mazamet.

 

vi Affaire La Chalotais-d'Aiguillon ; cf. lettre du 27 novembre 1765 aux d'Argental et du 1er avril 1766 à Damilaville . Page 1028 : http://books.google.fr/books?id=RSsTAAAAQAAJ&printsec...

Cf. : http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis-Ren%C3%A9_Caradeuc_de_...

Cf. : http://www.glnf.asso.fr/provinces/bret/old/ducdaiguillon....

 

vii Il en parlait déjà à Damilaville le 28 novembre, évoquant les querelles entre parlements et évêques .

 

viii Surnom de Diderot.Il s'agit de la tragédie des Scythes.

 

ix Diderot, à qui Catherine a acheté sa bibliothèque, lui en laissant la jouissance jusqu'à sa mort et accordant une pension supplémentaire .

 

x Guillaume Tell, pièce de Le Mierre. http://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine-Marin_Lemierre

 

xi A savoir l'impression de l'ouvrage de d'Alembert (anagramme Lamberta) par Cramer .

 

 

 

23/12/2010

vous prétendez que j'ai écrit que tous les hommes sont nés avec une égale portion d'intelligence . Dieu me préserve d'avoir jamais écrit cette fausseté

 Pour développer concentration et relaxation, quoi de plus nécessaire qu'un peu d'Intelligence : http://www.deezer.com/listen-5930405

Après écoute, selon les désirs de Dieu comme dit Volti, je ne me sens ni plus intelligent , ni plus couillon non plus (il ne faut pas exagèrer quand même, je n'en suis pass encore au stade de la régression, enfin , je crois !).

Et maintenant, Work hard, -Bosse dur- , c'est le fondement de la vie de Volti, mais pour vous en douceur quand même :  http://www.deezer.com/listen-5930406

 

 

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J'adore écouter les grandes orgues et pour la rédaction de cette note j'ai été accompagné par le papa de Pierre-Louis, Louis-Claude d'Aquin ; vu ma proximité de la frontière, je vous offre un Noël suisse : http://www.deezer.com/listen-7344685

Et je reviens encore à ce grand et génial musicien , Bach J.-S. : http://www.deezer.com/listen-2752316 ; http://www.deezer.com/listen-2752317  ; http://www.deezer.com/listen-2752318 

 

« A Pierre-Louis d'Aquin de Château-Lyon i


Au château de Ferney, 22 décembre [1760]

 

Vous êtes donc, monsieur, devenu censeur et hebdomadaire ii. Comme censeur vous avez pour moi de l'indulgence, et je vous prie comme hebdomadaire de me faire part de vos semaines.

Je viens d'en lire un morceau où vous assurez que je suis heureux iii. Vous ne vous trompez pas. Je me crois le plus heureux des hommes ; mais il ne faut pas que je le dise. Cela est trop cruel pour les autres.

Vous citez M. de Chamberland iv auquel vous prétendez que j'ai écrit que tous les hommes sont nés avec une égale portion d'intelligence . Dieu me préserve d'avoir jamais écrit cette fausseté . J'ai dès l'âge de douze ans senti et pensé tout le contraire . Je devinai dès lors le nombre prodigieux de choses pour lesquelles je n'avais aucun talent. J'ai connu que mes organes n'étaient pas disposés à aller bien loin dans les mathématiques. J 'ai éprouvé que je n'avais nulle disposition pour la musique. Dieu a dit à chaque homme : tu pourras aller jusque là, et tu n'iras pas plus loin. J'avais quelque ouverture pour apprendre les langues de l'Europe, aucune pour les orientales. Non omnia possumus omnes v. Dieu a donné la voix aux rossignols et l'odorat aux chiens , encore y a-t-il des chiens qui n'en ont pas. Quelle extravagance d'imaginer que chaque homme aurait pu être un Neuton ! Ah ! Monsieur, vous avez été autrefois de mes amis vi, ne m'attribuez pas la plus grande des impertinences. Quand vous aurez quelque semaine curieuse, ayez la bonté de me la faire passer par M. Thiriot, mon ami, il est , je crois, le vôtre. Comptez toujours sur l'estime, sur l'amitié d'un vieux philosophe qui a la manie à la vérité de se croire un très bon cultivateur, mais qui n'a pas celle de croire qu'on ait tous les talents. Je prends un intérêt très vif à tout ce qui vous touche, à vos succès, à votre bonheur. Soyez-en bien persuadé.

Volt. »

 

iPierre-Louis d'Aquin de Château-Lyon , littérateur, correspondant de V*, fils du musicien Louis-Claude d'Aquin: http://c18.net/dp/dp.php?no=84

http://books.google.fr/books?id=zac9AAAAcAAJ&printsec...

ii Éditeur du Censeur hebdomadaire (1760-1762) Page 595 : http://books.google.fr/books?id=2txvEw-voiEC&pg=PA595...

iii Dans le Censeur hebdomadaire 1760, III, 360.

iv Antoine Chamberland (1732-1803), ancien enseignat de langues vivantes à l'université d'Oxford et professeur de grammaire générale à Dijon, venait de publier Le Philosophe malgré lui dont d'Aquin fit le compte-rendu.

v Nous ne pouvons pas toutes choses.

vi D'Aquin lui a envoyé des vers en mars 1757.

 

 

22/12/2010

Les lettres de change, mon cher Monsieur, se traitent plus sérieusement que les almanachs du Courrier boiteux

Business is business !

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«  A Sébastien Dupont

 

Aux Délices, 22 décembre i[novembre 1755]

 

Les lettres de change, mon cher Monsieur, se traitent plus sérieusement que les almanachs du Courrier boiteux ii; Schoepflin n'a aucune raison ni aucun prétexte valable pour refuser le paiement d'un argent que j'ai bien voulu lui prêter, et que nul que moi ne lui aurait prêté. C'est trop abuser de mes bienfaits ; ils méritaient un autre retour ; l'état de mes affaires ne me permet pas d'attendre ; j'ai compté sur cet argent. Le sieur Schoepflin iii a promis de me le rendre ; rien ne doit le faire manquer à sa parole . Je vous prie donc très instamment de faire toutes les diligences nécessaires sans aucun délai, et de vouloir bien agir avec toute la promptitude que j'attends de votre amitié. Je vous aurai une très grande obligation. Je ne vous répèterai pas que les dépenses qui étaient indispensables dans ma nouvelle acquisition iv me mettent dans un besoin pressant de mon argent . Schoepflin n'a pas seulement daigné répondre à une lettre de Collini : son procédé est insoutenable ; en un mot faites-moi payer par justice, je vous en prie, puisque le sieur Schoepflin ne veut pas me payer par devoir . Je vous demande encore en grâce d'agir à la réception de ma lettre . Je me moque des pucelles v; et je veux poursuivre les mauvais débiteurs et les ingrats .

 

Je vous embrasse sans cérémonie.

 

VOLTAIRE. »

 

 

i Dupont a corrigé décembre en novembre .

 

ii Référence au Véritable Messager boiteux ou Almanach historique nommé le Messager boiteux de Bâle et Genève . http://fr.wikipedia.org/wiki/Messager_boiteux

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V* avait déjà demandé le 14 novembre à Dupont -avocat à Colmar au Conseil souverain d'Alsace- « d'instrumenter sur le champ » contre Schoepflin qui ne rend pas à V* l'argent prêté sans intérêt. Il s'agit d'une lettre de change de 9 800 livres tirée inutilement sur lui par V* trois mois auparavant.

 

iii Joseph Friedrich Schoepflin, -frère du professeur d'histoire-, son imprimeur de Colmar . Il a imprimé les Annales de l'Empire et le tome de l'Histoire universelle qui faisait suite aux deux de l'édition Néaulme.

 

iv Les Délices.

 

v Dupont lui a écrit le 14 novembre que l'imprimeur Schoepflin avait vu, disait-il, à Stasbourg une édition pirate de La Pucelle.

21/12/2010

Notre chute des anges qui a produit le diable qui a produit la damnation du genre humain, et la mort de Dieu pour une pomme, ne sont qu'une misérable et froide copie de l'ancienne théologie indienne

 

Rédigé le 20 juillet 2011 pour parution le 21 décembre 2010

 

 

 

« A Frédéric II, roi de Prusse

 

A Ferney , le 21 décembre [1775]

 

Sire,

Il n'y a jamais eu ni de roi ni de goutteux plus philosophe que vous . Il faut que vous soyez comme celui qui disait : Non , la goutte n'est pas un mal 1. Vos réflexions sur cette machine qui a, je ne sais comment, la faculté d'éternuer par le nez et de penser par la cervelle valent mieux que tout ce que les docteurs en grec et en hébreu ont jamais dit sur cette matière .

 

Votre majesté est actuellement dans le cas de Xénophon, qui s'occupait de l'agriculture dans le loisir de la paix . Mais ce n'est pas après une retraite de dix mille, c'est après des victoires de cinquante mille .

 

Je crois que vous aurez un peu de peine à faire produire à votre sablonnière du Brandebourg d'aussi riches moissons que celles des plaines de Babylone, quoique à mon avis vous valiez beaucoup mieux que tous les rois de ce pays-là . Mais du moins vos soins rendront la Marche et la nouvelle Marche 2 et la Poméranie plus fertiles que le pays de Salomon, qu'on appela si mal à propos la Terre promise, et qui était encore plus sablonneux que le chemin de Berlin à Sans-Souci .

 

Votre Majesté est trop bonne de daigner jeter les yeux sur mes petits travaux rustiques . Elle m'encourage en m'approuvant . Je n'ai qu'un petit coin de terre à défricher, et encore est-il un des plus mauvais d'Europe . Vous daignez encourager de même ma chétive faculté intellectuelle, en me persuadant qu'une demi- apoplexie n'est qu'une bagatelle : je ne savais pas que Votre Majesté eût jamais affaire à un pareil ennemi 3. Vous l'avez vaincu comme tous les autres, et vous triomphez enfin de la goutte qui est plus formidable . Vous tendez une main protectrice du haut de votre génie à ma petite machine pensante : je serai assez hardi dans quelque temps pour mettre à vos pieds des lettres assez scientifiques, assez ridicules, que j'ai pris la liberté d'écrire à M. Paw sur ses Chinois, ses Egyptiens et ses Indiens 4.

 

La barbare aventure du général Lally, le désastre et les friponneries de notre Compagnie des Indes m'ont mis à portée de me faire instruire de bien des choses concernant l'Inde et les anciens brahmanes . Il m'a paru évident que notre sainte religion chrétienne est uniquement fondée sur l'antique religion de Brahma . Notre chute des anges qui a produit le diable qui a produit la damnation du genre humain, et la mort de Dieu pour une pomme, ne sont qu'une misérable et froide copie de l'ancienne théologie indienne . J'ose assurer que Votre Majesté trouvera la chose démontrée .

 

Je ne connais point M. Paw . Mes lettres sont d'un petit bénédictin tout différend de M. Pernetty 5. Je trouve ce M. Paw un très habile homme, plein d'esprit et d’imagination, un peu systématique à la vérité, mais avec lequel on peut s'amuser et s'instruire .

 

J'espère mettre dans un mois ou deux ce petit ouvrage de saint Benoît à vos pieds .

 

On me mande qu'on a imprimé à Berlin une traduction fort bonne d'Ammien Marcellin avec des notes instructives 6 ; comme cet Ammien Marcellin était contemporain du grand Julien, que nos misérables prêtres n'osent plus appeler apostat, souffrez, Sire, que je prenne une liberté avec celui auquel il n'a manqué, selon moi, pour être en tout très supérieur à ce Julien, que de faire à peu près ce qu'il fît 7, et que je n'ose pas dire .

 

Cette liberté est de supplier Votre Majesté d'ordonner qu'on m'envoie par les Michelet et Gérard un exemplaire de cet ouvrage . Je vous demande très humblement pardon de mon impudence : tout ce qui regarde ce Julien m'est précieux , mais vos bontés me le sont bien davantage .

 

Je me mets à vos pieds plus que jamais ; je me flatte qu'ils ne sont plus enflés du tout . »

 

1 Mot attribué à Posidonius lors d'une visite de Pompée ; http://www.cosmovisions.com/Posidonius.htm

voir lettre à Bertrand, pasteur, du 18 février 1756 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2011/02/18/l-optimisme-est-desesperant-c-est-une-philosophie-cruelle-so.html

2 Respectivement le Brandebourg et les territoires pris à la Pologne lors du partage .

3 En 1747, Frédéric l'en avait alors informé .

4 Lettres chinoises, indiennes et tartares, de V* présentées comme adressées à « M. Paw par un bénédictin » . http://books.google.com/books?id=8jIHAAAAQAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false

Sur Paw, voir lettre du 5 septembre 1774 à d'Argental : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/09/05/24-jour-de-la-st-barthelemy-je-ne-sais-par-quelle-fatalite-s.html

5 Cornélius de Pauw avait publié en 1768-69 à Berlin des Recherches philosophiques sur les Américains, ou mémoires intéressant pour servir à l'histoire de l'espèce humaine ; une nouvelle édition avait paru en 1770 « augmentée d’une dissertation critique, par dom Pernety, et de la défense de l'auteur des Recherches contre cette dissertation ». http://www.archive.org/details/recherchesphilos17701pauw

6 Ammien Marcellin, ou les dix-huit livres de son histoire qui nous sont restés, traduits en français (par Guillaume de Moulines) , 1775. http://catalog.hathitrust.org/Record/008587933

7 Julien abjura le christianisme , il fut tolérant, mais devant l'attitude des chrétiens il alla jusqu'à leur interdire l'enseignement et les emplois civils et militaires .

faire encor de si beaux coups, Et d'être entre les deux genoux D'une coquine fraiche et belle .

Rédigé le 22 juillet 2011 pour parution le 21 décembre 2010

 

Dieu seul sait, et encore il n'en est pas sûr, ce qui se passa dans la chambre de Volti, une froide, -mais peut-être aussi torride,- journée de décembre 1772 ! Acceptons la version du principal intéressé . Un jour peut-être aurai-je aussi tous mes membres qui trembleront en compagnie d'une belle jeune femme ? Je fais des voeux pour ne pas m'évanouir .

 

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 http://melaniegribouillis.ultra-book.com/portfolio#imagin...

 

 

 

« A Louis-François-Armand du Plessis, duc de Richelieu

 

A Ferney, 21è décembre 1772

 

Quoi ! Toujours la cruelle envie

Poursuit ma réputation !

On dit qu'une nymphe jolie

Dans ma dernière maladie

M'a donné l'extrême-onction,

Et que j'emporte en l'autre vie

Ce peu de satisfaction ;

Voyez l'horrible calomnie !1

 

Seigneur, il n'appartient qu'à vous,

A votre jeunesse immortelle

De faire encor de si beaux coups,

Et d'être entre les deux genoux

D'une coquine fraiche et belle .

 

Je sens que je suis au tombeau.

Cet état me fait de la peine,

Mais il ne faut pas qu'un roseau

Vive aussi longtemps que le chêne.

 

Mon héros exige que je lui conte le fait, parce qu'il veut être instruit de ce que ses sujets jeunes et vieux font dans son empire . Je lui dirai donc comme devant mon Dieu que Mme Denis faisant les honneurs d'un grand dîner, je mangeais dans ma chambre un plat de légumes, ainsi que vous en usâtes quand vous honorâtes mon taudis de votre présence . Une belle demoiselle de la compagnie plus grande que Mme de Ménage 2 de deux doigts, plus jeune, plus étoffée, plus rebondie, vint me consoler . Les Genevois sont malins, et les calvinistes sont toujours bien aises de jeter le chat aux jambes des papistes, mais le fait est que cette auguste demoiselle me faisait trembler tous les membres, et que si je m'évanouis, c'était de crainte et de respect .

 

Je vous jure que j'aurais plutôt fait la scène de Sylla, de César et de Pompée 3 dont vous me parlez que je n'aurais fait un couplet avec cette belle personne . Depuis que j'ai des lettres de capucin 4, je mets toutes ces impostures au pied de mon crucifix, et je ne dis à personne : ouvrez le loquet .

 

Au reste je présume toujours que les princesses de la comédie sont partout sous vos lois ainsi que dans leurs lits, et que vous êtes toujours le maître des autres à table, au lit et à la guerre .

 

Comme je crois que vous l'êtes aussi au spectacle, j'ai rapetassé toute la Sophonisbe, et j'aurai l'honneur de vous en envoyer deux exemplaires, l'un pour vous, l'autre pour la Comédie . Je ne suis pas bien sûr que vos ports soient francs de Lyon à Paris ; je sais seulement qu'ils sont exorbitants . Je vous demande vos ordres pour savoir si je dois faire partir ce paquet sous votre nom ou celui de M. le duc d'Aiguillon .

 

Je suis bien sensible à toutes les peines que mon héros daigne prendre d'écarter les sifflets préparés pour Les Lois de Minos . A l'égard de Sylla, cette entreprise était aisée pour le père de La Rue 5 et est fort difficile pour moi . Je vous avoue que je baisse beaucoup quoi qu'en disent mes panégyristes et ceux de la belle demoiselle qu'on suppose avoir eu pour moi tant de bontés . Il me semble que le goût de ma chère nation est un peu changé ; et si vous me permettez de vous le dire , je crois qu'elle n'est pas plus digne d'entendre Sylla, Pompée et César, que je ne suis digne de les faire parler . Cependant , s'il me venait quelque idée heureuse, je l'emploierais bien vite pour vous faire ma cour, mais les idées viennent comme elles veulent . Ma plus chère idée serait de ne point mourir sans avoir la consolation de vous revoir encore ; je ne suis le maître ni de chasser cette idée ni de l'exécuter . Je suis bien sûr seulement que ma destinée est de vous être attaché jusqu'à la mort avec le plus tendre respect.

 

Le vieux malade de Ferney

à qui on fait trop d'honneur . »

 

 

 

1 La Correspondance littéraire parle des « étranges bruits qui ont couru sur la conduite du seigneur patriarche pendant le mois dernier », et rapporte le « conte » que l'on a « bâti », donne le nom de la demoiselle : Mlle de Saussure, parente de la nouvelle Mme de Florian,

(Mme Rilliet de Saussure)

et ajoute « M. le maréchal de Richelieu a voulu tenir la vérité des faits du prétendu coupable lui-même, en l'assurant que le roi voulait qu'il se ménageât davantage ».

V* écrit à Hennin le 20 janvier : « On m'a fait mille fois trop d'honneur . Cette belle calomnie a été jusqu’au roi »

Selon Du Pan : « On a presque autant parlé à Paris de l'aventure de V* que du détronement de sa Catau »

2 Rappel du fait que , comme le rappelle Du Pan , le maréchal « étant à Ferney … s'enferma pendant un grand diner avec Mme Ménage »

3 Le maréchal lui a demandé de corriger la fin du quatrième acte de sa Sophonisbe .

4 Il a été fait père temporel des capucins de Gex ; voir lettre à Choiseul du 18 février : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2011/02/23/le-dieu-d-israel-est-irrite-contre-les-enfants-de-jacob-qui.html

5Auteur d'une tragédie nommée Sylla «  remplie de … brailler et (de) raisonné », qu'on attribua à Corneille à la suite d'une erreur de lecture, comme le racontait V* à Richelieu le 2 décembre : page 106 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k800416/f111.image.r=.langFR