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18/11/2010

un auteur est peu propre à corriger les feuilles de son propre ouvrage. Il lit toujours comme il a écrit, et non comme il est imprimé.

Tout à fait en accord avec l'esprit voltairien !

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« A Georg Conrad Walther i

 

[à Potsdam ce 18 novembre 1752]

 

J'ai oublié, mon cher Walther, de vous prier dans ma dernière lettre d'envoyer sur le champ un exemplaire de l'édition en sept volumes avec un exemplaire de la nouvelle édition du Siècle de Louis XIV à M. Roques, conseiller ecclésiastique du landgrave de Hesse Hombourg, à Fridericsdorf dans le pays de Hesse Hombourg par Francfort-sur-le-Mein. Il connait le libraire qui contrefait votre édition du Siècle à la faveur de quelques notes que La Beaumelle y ajoute ii et il peut vous servir. Il travaille au journal de Francfort. Il connait tous les tours de ce La Beaumelle qui a été obligé de quitter successivement Copenhague, Berlin, Leipzik et Gotha et qui ne vit à présent à Francfort que du produit de sa plume.

 

Je vous donne tous les éclaircissements que je peux, et vous recommande toujours de vous hâter. Quand vous ne m'enverriez à présent qu'un seul exemplaire relié pour le roi de Prusse, vous me feriez un plaisir sensible. Les autres manuscrits ne pourront être prêts que dans le mois de janvier. Adieu, je vous embrasse.

 

V.

 

Mandez-moi le nom de l'imprimeur du journal de Francfort, c'est celui qui contrefait votre édition.

Je viens de faire relire l'édition en sept volumes par un correcteur habile. On y a trouvé deux cent quatre fautes de plus que celles que j'y avais remarquées : un auteur est peu propre à corriger les feuilles de son propre ouvrage. Il lit toujours comme il a écrit, et non comme il est imprimé. Je vous félicite d'avoir un correcteur habile à présent. C'est un meuble indispensable. Les fautes innombrables dont cette édition en sept volumes fourmille sont pour la plupart si ridicules, et altèrent le sens si étrangement qu'il est impossible qu'elle ne soit décriée. Ne manquez pas au moins d'en envoyer des exemplaires à ceux des auteurs des journaux qui pourraient la décrier et vous faire tort.

 

Croyez-moi, vendez-la vite et à bon marché, il n'y a là rien à gagner. Je vous plains beaucoup mais aussi pourquoi ne m'avoir pas envoyé les feuilles à corriger ? Je les aurais fait revoir par M. de Francheville, père de mon secrétaire, et encore par son fils.

 

Francheville le père a fait un poème sur les vers à soie. Je ne sais si on cultive les mûriers chez vous, si on aime en Allemagne les vers à soie et les vers. Francheville voudrait avoir une douzaine d'écus de son poème, et des exemplaires reliés pour en faire des présents.

 

Réponse sur tous ces articles.

 

Envoyez-moi, je vous prie, par le chariot de poste les Lettres iii de Maupertuis. Je vous serai très obligé. Joignez aussi, je vous prie, la Physique de Mushembroek. Je vous rendrai bientôt tous vos livres.

 

Je ne sais si vous avez fait mettre quelque avertissement dans les gazettes.

En cas que vous ne l'ayez pas fait, en voici un qu'il est très important que vous fassiez insérer :

 

...avertit qu'il débite avec privilège la nouvelle édition du Siècle de Louis XIV, la seule que l'auteur reconnaisse. Les fautes sans nombre des premières éditions y sont exactement corrigées. L'ouvrage augmenté d'un tiers contient des anecdotes tirées des manuscrits du marquis de Torcy, deux écrits dont l'original est de la main de Louis XIV, et beaucoup d'articles curieux sur les arts, les lettres, l'État et l'Église.

 

Il faut absolument envoyer cela à Cologne, à Utrecht, à Amsterdam, et me mander à quels gazetiers et à quels journalistes vous enverrez de ma part un exemplaire. Informez vous de leurs noms. Il faut prendre toutes les précautions possibles pour que l'édition de Francfort ne fasse pas tomber la vôtre. Je travaille de mon côté, mais surtout je vous recommande M. Roques. »

 

i http://c18.net/vo/vo_textes_siecle.php?div1=45

Voir pages 300-303 : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rd...

ii Nouvelle édition augmentée d'un très grand nombre de remarques par M. de B***, 1753.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k72769s.image.f4...

Le texte était celui de l'ancienne édition, celle de Berlin. V* rejettera la responsabilité sur Maupertuis qu'il accusera de s'être servi de La Beaumelle, de l'avoir excité contre lui en disant qu'il avait « averti ( le roi) à souper de la manière dont La Beaumelle avait parlé de sa cour ... dans son livre intitulé Le qu'en dira-t-on » ;

Laurent Angliviel de La Beaumelle : http://fr.wikipedia.org/wiki/Laurent_Angliviel_de_La_Beau...

http://dictionnaire-montesquieu.ens-lyon.fr/index.php?id=...

cf. lettres à Roques du 3 février et du 4 avril 1753 notemment.

http://www.voltaire-integral.com/Html/15/03ROQUES.html

 

iii Vingt trois lettres parues en septembre -octobre 1752 à Dresde.

http://www.flipkart.com/lettres-de-mr-maupertuis-pierre-b...

 

A l'égard des adoucissements sur la prêtraille, c'est là véritablement la chose impossible qui est au- dessus des talents du diable

 

Note rédigée le 2 août 2011 pour parution le 18 novembre 2010 .

http://www.deezer.com/listen-10239903

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« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

et à

Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental

 

18 novembre 1768

 

Mes anges avaient très grande raison de s'endormir comme au sermon aux deux premières scènes du Vè acte des Guèbres ; le diable qui affligeait alors le petit possédé 1 était un diable très soporatif, un diable froid, un diable à la mode . Ces scènes n'étaient que des jérémiades où l'on ne faisait que répéter ce qui s'était passé et ce que le spectateur savait déjà . Il faut toujours dans une tragédie que l'on craigne, qu'on espère à chaque scène ; il faut quelque petit incident nouveau qui augmente ce trouble ; on doit faire naitre à chaque moment dans l'âme du lecteur une curiosité inquiète . Le possédé était si rempli de l’idée de la dernière scène, quand il brocha cette besogne, qu'il allait à bride abattue dans le commencement de l'acte, pour arriver à ce dénouement qui était son unique objet .

 

A peine eut-il lu la lettre céleste des anges qu'il refit sur-le-champ les trois premières scènes qu’il vous envoie . Il ne s'en est pas tenu là, il a fait au IVè acte des changements pareils ; il polit tout l'ouvrage . Ce n'est plus le seul Arzemon qui tue le prêtre, c'est toute la troupe honnête qui le perce de coups . Il n'y a pas une seule de vos critiques à laquelle votre exorcisé ne se soit rendu avec autant d'empressement que de reconnaissance . Le diable de La chose impossible 2 n'était pas plus docile .

 

A l'égard des adoucissements sur la prêtraille, c'est là véritablement la chose impossible qui est au- dessus des talents du diable . La pièce n’est fondée que sur l'horreur que la prêtraille inspire, mais c'est une prêtraille païenne . Mahomet a bien passé, pourquoi Les Guèbres ne passeraient-ils pas? si on craint les allusions, il y en avait cent fois plus dans le Tartuffe .

 

Trouveriez-vous à propos que Marin montrât la pièce au chancelier 3, ou plutôt que quelqu'un de ses amis la lui confiât comme un ouvrage posthume de feu La Touche, auteur de l'Iphigénie en Tauride ? Un homme fraichement sorti du Parlement ne s’effrayera pas de l'humiliation des prêtres . Il m' a écrit une lettre charmante sur Le Siècle de Louis XIV .

 

A l'égard des acteurs, j'oserais presque dire que la pièce n'en a pas besoin . C'est une tragédie qu'il faut plutôt parler que déclamer . Les situations y feraient tout, les comédiens peu de chose ; et le sujet est si piquant , si intéressant, si neuf, si conforme à l'esprit philosophique du temps, que la pièce aurait peut-être le succès du Siège de Calais 4, et du Catilina de Crébillon 5, quoique ces deux pièces soient inimitables .

 

Il y a plus encore, c'est que cette tragédie pourrait faire du bien à la nation . Elle contribuerait peut-être à éteindre les flammes où le chevalier de La Barre a péri, à la honte éternelle de ce siècle infâme .

 

Si on ne peut jouer Les Guèbres, il se trouvera un éditeur qui la fera imprimer avec une préface sage dans laquelle on ira au-devant de toutes les allusions malignes . Un jour viendra que les Welches seront assez sages pour jouer Les Guèbres . C'est dans cette douce espérance que je me mets à l'ombre de vos ailes avec toute la tendresse imaginable .

 

Est-ce Villars qu'on appelle aujourd'hui Praslin ? ou est-ce Praslin auprès de Chalons ?

 

Croyez-vous que Moustapha l'imbécile déclare la guerre à ma Catau Sémiramis ?6 Ne pensez-vous pas que le pape aide sous main les Corses ?7 Si vous ne faites pas rentrer l'infant dans Castro 8, je vous coupe une aile .

 

Et du blé, en aurez-vous ? Je vous avertis que j'ai été obligé de semer trois fois le même champ . L’Évangile ne sait ce qu'il dit quand il prétend que le blé doit pourrir pour germer 9; les pluies avaient pourri mes semences, et malgré l’Évangile, je n'aurais pas eu un épi . Je suis un rude laboureur .

 

V. »


4 Tragédie de du Belloy, créée le 13 février 1765, réimprimée en 1769  : http://books.google.com/books?id=rJdDAAAAcAAJ&printse...

Voir aussi la critique : http://www.jstor.org/pss/40519848

5 V* en a voulu à Mme de Pompadour d'avoir soutenu cette pièce .

6 A savoir le sultan de Turquie et Catherine II de Russie .

7 Les Corses en révolte, guidés par Paoli ; voir lettre du 26 octobre à Mme Denis : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/10/26/ma-bonne-sante-et-ma-mort-sont-egalement-fausses.html#more

8 L'infant de Parme, dont d'Argental est l'envoyé à Paris, est en conflit avec le pape ; voir lettre à Richelieu du 13 juin : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2011/06/05/il-ne-reste-dans-la-memoire-des-hommes-que-les-evenements-qu.html

En représailles de l'excommunication prononcée par le pape contre le duc et ses conseillers en janvier , on avait aussi menacé de reprendre Castro et Ronciglione (Précis du Siècle de Louis XV)

9 Évangile de Jean .

 

 

17/11/2010

Vous m'avez fait grand plaisir de m'emprunter un peu d'argent

 

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« A Bonaventure Moussinot

Cloître Saint-Merri à Paris.

 

Ce 17 [novembre 1736]

 

J'ai envoyé à Troyes, mon cher abbé, j'ai payé les frais d'un procès que je n'avais pas fait, et j'ai eu mon ballot de livres.

 

J'ai eu aussi celui où était mon portrait i. Je voudrais qu'il fût un peu plus empâté et plus vif de couleurs. Pourriez-vous en faire exécuter quelque copie un peu plus animée ?

 

On dit qu'il y a un homme à Paris qui fait les portraits en bague d'une manière parfaite. J'ai vu un portrait de Louis XV de sa façon très ressemblant. Vous trouverez impertinent que la même main peigne le roi et moi chétif, mais on le veut, et j'obéis. Ayez donc la bonté de déterrer cet homme. Envoyez de ma part savoir où il demeure à M. le chevalier de Villefort, chez Mgr le comte de Clermont pds ii.

 

Mais pourquoi Chevalier ne pourrait-il pas travailler sous mes yeux iii? On dit du bien de lui, et il n'a pas encore assez de réputation pour être indocile.

 

Si Boucher voulait venir travailler à Cirey, nous lui ferions faire cinq tableaux de La Henriade. Ensuite quinze aunes de courre iv en tapisserie couteraient environ sept mille francs, et 1500 ou 2000 livres tournois pour le peintre ; le tout ne reviendrait peut-être pas à 10 000 livres tournois, mais nous en raisonnerons plus à fond.

 

En attendant, j'accepte le marché que vous me proposez de la succession de La Verchère. Je m'en rapporte à vous. Mais où mettrez-vous les effets ? Ecrivez-moi sur cela vos idées, et suivez les .

 

Vous m'avez fait grand plaisir de m'emprunter un peu d'argent, tous ce que j'ai est à votre service. Si ce chevalier de Mouhy vient vous voir, dites-lui que je suis prêt à lui faire tous les plaisirs qui dépendront de moi. Mais ne lui donnez point des espérances trop positives, et ne vous engagez pas v.

 

Envoyez-moi, je vous prie, par le coche deux belles et très grandes boucles de soulier à diamants, des boucles de jarretières à diamants, deux des grandes ou quatre des petites estampes de mon petit visage.

 

Je vous demande en grâce de renvoyer à M. Berger son billet avec une petite excuse de ne l'avoir point fait plus tôt. Il demeure à l'hôtel Soissons.

 

Je vous embrasse tendrement, mon cher abbé. »

 

i V* a commandé le 12 avril à Quentin La Tour une copie du portrait exécuté vraisemblablement en avril 1735.

ii PDS = prince du sang.

iii Pour travailler aux tapisseries inspirées par La Henriade, selon une lettre du 10.

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iv C'est-à-dire : de chasse à courre.

v Fin novembre, V* écrira à Moussinot de prêter 300 livres tournois à Mouhy, de lui en promettre 300 autres et lui demander d'envoyer «  les petites nouvelles à Cirey, deux fois par semaine, avec promesse de paiement... »

16/11/2010

cet Arioste est mon homme , ou plutôt un dieu

 

Note rédigée le 3 août 2011 pour mise en ligne le 16 novembre 2010.

http://www.deezer.com/listen-2712822   Gotan project, dont je suis fan .

 

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« A Sébastien-Roch-Nicolas Chamfort

 

19è novembre 1774, à Ferney

 

Monsieur,

 

Quand M. de La Harpe m'envoya son bel Éloge de La Fontaine 1 qui n'a point eu de prix, je lui mandai qu'il fallait que celui qui l'a emporté fût le discours le plus parfait qu'on eût vu dans toutes les académies de ce monde 2. Votre ouvrage 3 m'a prouvé que je ne me suis pas trompé . Je bénis Dieu dans ma décrépitude de voir qu'il y ait aujourd'hui des genres dans lesquels on est bien au dessus du grand siècle de Louis XIV . Ces genres ne sont pas en grand nombre, et c'est ce qui redouble l'obligation que je vous ai . Je vous remercie du fond de mon cœur usé, de tous les plaisirs nouveaux que votre ouvrage m'a donnés . Tout ce que je peux vous dire, c'est que La Fontaine n'aurait jamais pu parler d’Ésope et de Phèdre aussi bien que vous parlez de lui .

 

A propos, Monsieur, vous me reprochez, mais avec votre politesse et vos grâces ordinaires, d'avoir dit autrefois qu'il n’était pas assez peintre . Il me souvient en effet d'avoir dit autrefois 4 qu'il n'était pas un peintre aussi fécond, aussi varié, aussi animé que l'Arioste, et c'était à propos de Joconde . J'avoue mon hérésie au plus aimable prêtre de notre église .

 

Vous me faites sentir plus que jamais combien La Fontaine est charmant dans ses bonnes fables ; je dis dans les bonnes, car ses mauvaises sont bien mauvaises . Mais que l'Arioste est supérieur à lui et à tout ce qui m'a jamais charmé ! par la fécondité de son génie inventif , par la profusion de ses images, par la profonde connaissance du cœur humain, sans faire jamais le docteur, par ces railleries si naturelles dont il assaisonne les choses les plus terribles ! J'y trouve toute la grande poésie d'Homère avec plus de variété ; toute l'imagination des Mille et Une Nuits ; la sensibilité de Tibulle, les plaisanteries de Plaute, toujours le merveilleux et le simple . Les exordes de tous ses chants sont d'une morale si vraie et si enjouée ! N'êtes-vous pas étonné qu'il ait pu faire un poème de plus de quarante mille vers dans lequel il n'y a pas un morceau ennuyeux, et pas une ligne qui pêche contre la langue, pas un tour forcé, pas un mot impropre ? Et encore ce poème est tout en stances .

 

Je vous avoue que cet Arioste est mon homme , ou plutôt un dieu, comme disent messieurs de Florence, il divin Ariosto . Pardonnez-moi ma folie. La Fontaine est un charmant enfant que j'aime de tout mon cœur . Mais laissez-moi en extase devant messer Ludovico, qui d'ailleurs a fait des épitres comparables à celles d'Horace . Multae sunt mansiones in domo patris mei 5. Vous occupez une de ces places . Continuez, Monsieur, réhabilitez notre siècle, je le quitte sans regret . Ayez surtout grand soin de votre santé . Je sais ce que c'est que d'avoir été quatre-vingt et un ans malade .

 

Agréez, Monsieur, l'estime sincère, et les respects du vieux bonhomme .

 

V.

 

 

Je suis toujours très fâché de mourir sans vous avoir vu . »


1 Éloge de La Fontaine, qui a concouru pour le prix de l'académie de Marseille en 1774 ; http://www.gedhs.ulg.ac.be/recherches/espritdesjournaux/pdf/750106.pdf

Mais c'est Chamfort qui a eu le prix .http://www.shanaweb.net/les-fabulistes/chamfort/notes-de-chamfort.html

2 Le 2 octobre, V* a écrit à La Harpe : « Il faut donc que l’ouvrage de M. Chamfort soit un chef-d’œuvre, et que ce soit Phidias qui l'ait emporté sur Praxitèle »

3 Éloge de La Fontaine, ouvrage qui a remporté le prix , au jugement de l'Académie de Marseille : http://www.archive.org/stream/logedelafontai00chamuoft#page/n5/mode/2up

4 Dans le Discours aux Welches : chercher « le Joconde » : http://www.voltaire-integral.com/Html/25/12_Welches.html

5 Évangile de Jean ; il y a de nombreuses demeures dans la maison de mon père .

 

 

 

 

nécessité indispensable d'avoir justice d'un libelle qui flétrirait ma réputation s'il était impuni

 

Note rédigée le 4 juillet 2011 pour partion le 16 novembre 2010 .

 

 

 

« A Claude-Henri Feydeau de Marville 1

 

Monsieur,

 

Je crois que ce n'est point l'usage qu'on vende publiquement des libelles diffamatoires aux spectacles quand même ces libelles seraient signés du nom d'un avocat 2. Je vous supplie, Monsieur, de vouloir bien faire ordonner que ce scandale qui révolte tous les honnêtes gens, cesse à l'Opéra et à la Comédie . On y vend sur le théâtre le mémoire du nommé Travenol .

 

Ma famille , Monsieur, m'a obligé de faire poursuivre ce Travenol en justice, et il est bon d'ailleurs que les auteurs de ces infamies qui inondent le public sachent que les lois ont décerné des peines contre eux 3. Vous avez eu la bonté, Monsieur, de me promettre que quand je requerrais judiciairement communication des pièces déposées chez le commissaire La Vergée au sujet de cette affaire, vous voudriez bien permettre que l'on m'aidât de ces originaux ou des copies authentiques . Je vous supplie, Monsieur, de trouver bien que je fasse à présent usage de vos bontés . Je ne veux point faire cette démarche sans auparavant vous en avoir demandé la permission . Je vous supplie, Monsieur, de considérer que la nouvelle charge dont le Roi vient de m'honorer 4, et qui m'approche quelquefois de la personne de Sa Majesté, me met dans la nécessité indispensable d'avoir justice d'un libelle qui flétrirait ma réputation s'il était impuni . J'attends de vous, Monsieur, la grâce que je vous demande, et la continuation de vos bontés .

 

J'ai l'honneur d'être avec la reconnaissance et l'attachement le plus inviolable,

Monsieur,

votre très humble et très obéissant serviteur ,

 

Voltaire 

 

A Paris, rue Traversière, mercredi 16 novembre [1746]

 

Je vous supplie de me donner vos ordres par écrit, Monsieur, ou de me faire dire quand je pourrai avoir l'honneur de vous parler .»


1 Sur cette affaire, voir lettres du 17 mai : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/06/13/homme-qui-fait-des-nouvelles-a-la-main-qui-preche-qui-produi.html

et 3 juillet : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/07/03/je-m-en-remets-a-votre-justice-et-a-votre-misericorde.html

Des perquisitions ont confirmé que les libelles de Roy et autres auteurs éataient difffusées par le musicien Louis Travenol . Comme il avait pris la fuite et qu'on n'avait trouvé que son vieux père, celui-ci avait été emprisonné quelques jours en juin .

http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-1979-05-0276-042

 

2 Le Mémoire signifié pour Louis Travenol, de l'Académie royale de musique, contre le sieur Arouet de Voltaire, de l'Académie française, de l'avocat Jean-Antoine Rigoley de Juvigny .

3 Maurepas répondit à Marville, le 19, qui lui avait transmis une lettre, que « ce n'est pas en effet la place du débit d'un mémoire. »

4 Gentilhomme ordinaire de la chambre du roi .

Pour sauver la peau des grands hommes, Il faut la faire corroyer.

http://video.google.com/videoplay?docid=-7588898461606073... : une pause dans notre monde de brutes !

 

tambour-du-garde-champetre-carrieres-sur-seine.jpg

 

 

Oyez !Oyez!

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« A Frédéric II, roi de Prusse

 

A Lille, ce 16 novembre [1743]

 

Est-il vrai que dans votre cour

Vous avez placé cet automne

Dans les meubles de la couronne

La peau de ce fameux tambour

Que Zisca fit de sa personne ?i

 

La peau d'un grand homme enterré

D'ordinaire est bien peu de chose,

Et, malgré son apothéose,

Par les vers il est dévoré.

 

Le seul Zisca fut préservé

Du destin de la tombe noire ;

Grâce à son tambour conservé,

Sa peau dure autant que sa gloire.

 

C'est un sort assez singulier.

Ah ! Chétifs mortels que nous sommes !

Pour sauver la peau des grands hommes,

Il faut la faire corroyer.

Ô mon roi, conservez la vôtre ;

Car le bon Dieu qui vous la fit

Ne saurait vous en faire une autre

Dans laquelle il mît tant d'esprit.

 

Il n'est pas infiniment respectueux de pousser un grand roi de questions ; mais on en usait ainsi avec Salomon, et il faut bien , Sire, que le Salomon du Nord s'accoutume à éclairer son monde.

 

Sa Majesté me permettra donc que j'ose lui demander encore ce que c'est qu'un arc trouvé à Glats ii. Votre Majesté me dira peut-être qu'il faut m'adresser à Jordan ; mais ce Jordan, Sire, est un paresseux, tout aimable qu'il est ; et vous avez plutôt réglé quatre ou cinq provinces, et fait deux cents vers et quatre mille doubles croches, qu'il n'a écrit une lettre.

 

J'arrive à Lille, qui est une ville dans le gout de Berlin, mais où je ne reverrai ni l'opéra ni la copie de Titus iii, Votre majesté, et la reine mère, et Mme la princesse Ulrique ne se remplacent point. Je n'ai pas encore l'armée de trois cent mille homme avec laquelle je devais enlever la princesse, mais en récompense le roi de France en a davantage. On compte actuellement trois cent vingt cinq mille hommes, y compris les invalides : ce sont trois cent mille chiens de chasse qu'on a peine à retenir ; ils jappent, ils crient, ils se débattent, et cassent leurs laisses pour courir sus aux Anglais, et à leurs pesants serviteurs les Hollandais. Toute la nation, en vérité, montre une ardeur incroyable iv. Heureusement encore votre ami de Strasbourg v ne fera plus semblant de commander les armées, et l'empereur, appuyé de Votre Majesté et de la France, pourra bientôt donner des opéras à Munich vi.

 

Comme j'ai osé faire force questions à Votre Majesté, je lui ferai un petit conte, mais c'est en cas qu'elle ne le sache déjà.

 

Il y a quelques mois que Mlle Adélaïde, troisième fille du roi mon maître, ayant treize louis d'or dans sa poche, se releva pendant la nuit, s'habilla toute seule, et sortit de sa chambre. Sa gouvernante s'éveilla, lui demanda où elle allait. Elle lui avoua ingénument qu'elle avait ordonné à un palefrenier de lui tenir deux chevaux prêts pour aller commander l'armée et secourir l'empereur ; mais si elle apprend que Votre Majesté s'en mêle, elle dormira tranquillement désormais.

 

Au moment où j'ai l'honneur d'écrire à Votre Majesté, nos troupes sont en marche pour aller prendre le Vieux-Brisach vii. A l'égard des troupes de comédiens, j'apprends une singulière anecdote dans cette ville de Lille ; c'est que, tandis qu'elle fut assiégée par le duc de Malborough, on y joua la comédie tous les jours, et que les comédiens y gagnèrent cent mille francs. Avouez, Sire, que voilà une nation née pour le plaisir et pour la guerre.

 

Titus prie toujours Votre Majesté pour ce pauvre Courtils qui est à Spandau sans nez viii.

 

Je suis pour jamais aux pieds de Votre Humanité, etc. »

 

i Il s'agit du tambour dit recouvert de la peau de Jan Zizka, héros hussite de la fin du XIVè siècle; Frédéric confirmera, le 4 décembre, l'avoir rapporté de Bohème.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jan_%C5%BDi%C5%BEka

 

ii C'est l'arc de Valasca, ancienne souveraine païenne du comté de Glatz, redoutée pour ses sorcelleries. Le 24 octobre la Spenersche Zeitung signale que le tambour et l'arc sont arrivés à Glatz et portés au cabinet royal de curiosités.

Ici, page 369, il est question de cotte de maille de Valasca : http://books.google.be/books?id=qLl3sOhNChQC&pg=PA369...

 

iii Cf. lettre à Maupertuis du 16 octobre.

 

iv V* parle de la puissance militaire de la France à Frédéric qui en doute, ce qui fait partie de la mission diplomatique que V* veut assumer. Le a décembre, Frédéric répondra : « Vous voilà plus enthousiasmé que jamais de quinze cents gâteux de Français qui se sont placés sur une ile du Rhin et d'où ils n'ont pas le cœur de sortir. »

 

v Broglie qui fut relevé de ses fonctions en juillet 1742 . Cf. lettre à Frédéric du 26 mai 1742 où V* évoque le passage de Frédéric à Strasbourg en 1740 sous le nom de comte du Four.

 

vi Charles VII reprit Munich le 22 novembre.

 

vii Cédé en 1714.

 

viii Ce gentilhomme avait déserté et répondu insolemment à Frédéric-Guillaume qui lui fit couper le nez et les oreilles et envoya à Spandau en 1730. V* raconte l'histoire de ce gentilhomme dans ses Mémoires et demandera sa grâce en octobre 1743. Frédéric consentit à adoucir son sort et finit par gracier Courtils qui ne sortit de Spandau qu'en 1749 cependant.

15/11/2010

la colique , les lettres, les Russes et les arbres prennent tout mon temps

Colique ! petit délire ! ah , qu'en termes galants ces choses-là sont dites :

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Les lettres : inspiration plus romantique , bien que réaliste :

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Les Russes veulent-ils la guerre ? Niet !?

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Les arbres

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« A Jean-Antoine-Noé Polier de Bottens

premier pasteur à Lausanne.i

 

[vers le 15 novembre 1757]

 

Quand je suis voisin du naufrage

Je dois en affrontant l'orage

Penser, vivre et mourir en roi.

 

[Vo]ilà les derniers vers que la lettre du roi de Prusse [m']écrivit avant la bataille ii, il a pensé, il a agi en roi et il n'est pas mort. M. de Correvon iii me demandait ces trois derniers vers. Je lui ai écrit avant de savoir ce qu'il m'ordonnait. Je vous prie, mon cher ami, de lui communiquer ces trois lignes qu'il demande et que la journée du 5 rend si belles. Je n'ai pas un moment à moi dans ma retraite ; la colique , les lettres, les Russes iv et les arbres prennent tout mon temps. On me parle toujours des quatre Russes qu'il faut élever à la brochette v; mais ils sont aussi lents qu'Apraxin vi. Le diable est en Allemagne. La paix soit parmi vous.

 

Vale et ama tuum.

 

V.

 

P.S.- Si vous avez Palavicin vii voyez, je vous prie, s'il dit qu'en 1551 Philippe depuis devenu roi d'Espagne, passa à Trente, que les pères du Concile lui donnèrent un bal, lequel fut ouvert par le cardinal de Mantoue Léges viii. Dansez donc , vous autres pauvres diables. »

 

 

i http://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine-No%C3%A9_de_Polier_d...

Auteur entre autres de l'article Messie dans l'Encyclopédie : cf cet article dans : http://sites.univ-provence.fr/pictura/Voltaire/VoltaireGe...

 

ii Le 8 octobre avant la bataille de Rossbach où il fut vainqueur le 5 novembre.

iii Gabriel Seigneux de Correvon qui traduisit Usong, histoire orientale de Albrecht von Haller : http://books.google.fr/books?id=UYhaAAAAQAAJ&printsec...

Il écrivit : Voeux de l'Europe pour la paix : http://www.priceminister.com/offer/buy/79671964/seigneux-...

http://books.google.fr/books?id=VTP5gnTcr6cC&printsec...

Voir « les érudits » : http://www.culturactif.ch/revues/espaceseptembreoctobre20...

Et surtout : Essai sur l'usage, l'abus et les inconvénients de la torture : http://books.google.fr/books?id=pFc7AAAAcAAJ&printsec...

 

iv Son Histoire de Russie.

v « Élever à la brochette » = élever avec beaucoup de soin et d'application (dict. De Trévoux, 1752), la brochette étant un petit bâton utilisé pour donner la becquées aux petits oiseaux ; il s'agit ici sans doute des jeunes Russes dont parle V* dans sa lettre du 7 août à Schouvalov.

viLe maréchal Stepan Fédorovitch Apraksin après avoir battu les Prussiens le 30 août à Gross-Jaegersdorf , n'a pas exploité sa victoire.

vii Sforza Pallavicino auteur de Istoria del consilio di Trento, 1656-1657, page 15, chap. XI.

http://en.wikipedia.org/wiki/Pietro_Sforza_Pallavicino

http://fr.wikipedia.org/wiki/Francesco_Maria_Sforza_Palla...

 

viii Voltaire s'appuie sur les textes de Pallaviciono et Fra Paolo Sarpi pour discuter de ces questions particulières du concile de Trente dans un chapitre ajouté à l'Essai sur les mœurs.

Voir : http://www.voltaire-integral.com/Html/12/06ESS175.html#172