Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

18/02/2021

persécuter un homme de lettres ! Ce serait reprocher à Mélancthon d'avoir fait condamner Luther à Rome

... Philippe Mélanchthon a eu le mérite d'être franc et clair , alors que Jean-Luc Mélenchon est clair comme les notions de médecine de Jean-Marie Bigard, et, jaloux comme un pou, pleure que lui on ne l'écoute pas plus qu'un bateleur de foire qui vend le fil à couper le beurre .

Image

Pour une fois, je me suis résolu à consulter Twitter : ô misère ! A fuir !

https://twitter.com/JLMelenchon/status/136233731869527244...

 

 

« A Jean-André De Luc

à Genève

Au château de Ferney

20è octobre 1765, au soir

C'est un grand bonheur pour moi, monsieur, que votre recherche des anciens titres de Ferney m'ait valu votre visite . J'en aime mieux ma terre depuis que je sais que vos ancêtres l'ont possédée ; et après avoir eu l'honneur de vous entretenir, j'ai souhaité que vous voulussiez bien regarder ma maison comme la vôtre .

Quant à M. Rousseau je ne suis pas encore revenu de mon étonnement . Comment a-t-on pu imaginer que j'aie eu la moindre part au décret contre lui à Genève ? Moi, monsieur ! j'aurais plutôt coupé la main du syndic qui a signé cet arrêt . Moi persécuter un homme de lettres ! Ce serait reprocher à Mélancthon 1 d'avoir fait condamner Luther à Rome . Cette calomnie est absurde, et la plupart des calomnies le sont .

Je n'ai jamais mérité que M. Rousseau m'insultât, cependant vous savez quelles lettres il m'a écrites . Que m'importe que M. Rousseau ait été, ou non , secrétaire d'ambassade ? Pourquoi m'écrit-il ces étranges mots ? Vous avez menti si vous avez dit que je n'ai pas été secrétaire d'ambassade ; et j'ai menti si je n'ai pas été secrétaire d'ambassade ?2

Pourquoi s'en prendre à moi, qui en dix ans n'ai pas mis le pied quatre fois dans Genève, et qui n'ai ni écrit, ni parlé contre lui à personne ?

Qu'arriverait-il si je faisais imprimer la lettre qu'il m'a écrite et ses lettres de Venise ? Quel peut avoir été son dessein en m'enveloppant dans ses querelles ? Il faut absolument qu'on ait voulu nous aigrir l'un contre l'autre 3, et cela est bien injuste et bien maladroit .

Quand vous me connaitrez mieux, monsieur, vous verrez combien je suis éloigné d'accabler les infortunés, et de flatter les persécuteurs . L'exemple des Calas, et quelques autres, pouvaient vous faire connaître mon caractère . Vous verrez qu'il est digne du vôtre, et si je mérite que vous soyez touché des intérêts respectueux avec lesquels j'ai l'honneur d'être, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire . »

2 Citation pas entièrement exacte ; voir lettre du 12 juin 1765 à François Tronchin : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2020/10/12/tout-ce-qui-est-a-ferney-vous-dit-les-choses-les-plus-tendre-6269139.html

3 Selon Th. Besterman, il y a là peut-être l'une des explications de la durée de la brouille entre V* et JJ Rousseau : Théodore Tronchin et d'autres Genevois pourraient l'avoir entretenue pour des motifs de parti . Il n'en reste pas moins que l'attitude de Rousseau contre le théâtre est pour V* un motif de ressentiment primordial .

qui est un des deux conservateurs des grâces de la gaieté française ?

... Roselyne ? Jean ? Gérald ? Elisabeth ? Olivier ?

Oui, qui va rendre le sourire aux acteurs de nos distractions en même temps qu'à nous-mêmes ?

Ah ! heureusement Koh-Lanta est bientôt de retour ! https://sports.konbini.com/culturesport/voici-les-20-cand...

Koh-Lanta, Les Armes secrètes.

Je sais maintenant où se trouve le vaccin : en Polynésie ! On peut toujours l'attendre, debout sur nos poteaux avec l'espace réglementaire .

 

 

« A Claude-Henri de Fuzée de Voisenon

19è octobre 1765 au château de Ferney

par Genève 1

J'avais un arbuste inutile

Qui languissait dans mon canton,

Un bon jardinier de la ville

Vient de greffer mon sauvageon .

Je ne recueillais dans ma vigne

Qu'un peu de vin grossier et plat ;

Mais un gourmet l'a rendu digne

Du palais le plus délicat .

Ma bague était fort peu de chose,

On la taille en beau diamant.

Honneur à l'enchanteur charmant

Qui fit cette métamorphose .

 

Vous sentez bien, monsieur l’Évêque de Montrouge, à qui ces mauvais vers sont adressés . Je vous prie de présenter mes remerciements à M. Favart 2, qui est un des deux conservateurs des grâces de la gaieté française .

Comme il y a environ dix ans que vous me m'avez écrit, je n'ose vous dire, ô mon ami, écrivez-moi, mais je vous dis, ah ! mon ami, vous m’avez oublié net. »

1 Edition « Lettre de M. de Voltaire à M. l'abbé de Voisenon », Mercure de France, décembre 1765, et simultanément dans le Journal encyclopédique du 1er décembre 1765 ; la première édition à donner la date correcte est celle des Œuvres complètes de M. l'abbé de Voisenon, III, 303, 1781 .

Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Claude-Henri_de_Fus%C3%A9e_de_Voisenon

et : https://books.google.fr/books?id=gd8-ylJ2Va0C&pg=PA508&lpg=PA508&dq=%C5%92uvres+compl%C3%A8tes+de+M.+l%27abb%C3%A9+de+Voisenon,+III,+303,&source=bl&ots=06d8h_EoHE&sig=ACfU3U0kgfpJzMpjccT3VTT5wc5Cq9eF8g&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwjKnY2JlvPuAhWLnxQKHdhXC1IQ6AEwEXoECAUQAw#v=onepage&q=%20303%2C&f=false

2 Favart vient de prendre le sujet du conte L’Éducation d'une fille (paru dans les Contes de Guillaume Vadé ) pour en faire Isabelle et Gertrude, opéra-comique en un acte, représenté au Théâtre-Italien le 14 août 1765 .

Voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Contes_en_vers_(Voltaire)/L%E2%80%99%C3%89ducation_d%E2%80%99une_fille

et : https://data.bnf.fr/fr/15067784/andre-ernest-modeste_gretry_isabelle_et_gertrude/

17/02/2021

tout ce que j'avais était au service de M. Rousseau

... La preuve, France 2 s'y met aussi : https://www.20minutes.fr/arts-stars/serie/2978363-2021021...

 

 

« A Jean-André De Luc 1

M. Marc Chapuis sait que je lui dis à Genève et chez moi en 1754 et en 1755 que tout ce que j'avais était au service de M. Rousseau .

Pour récompense, M. Rousseau m'écrivit de Montmorency en 1759, Monsieur, je ne puis vous aimer, vous corrompez ma république en donnant des spectacles chez vous . Est-ce là le prix de l'asile qu'elle vous a donné ?2

Vous remarquerez qu'il faisait alors des opéras, des comédies et des romans , que sa République depuis ce temps lui a donné peu d'asile ; que l'asile prétendu que m'a donné sa République était une maison de campagne à moi vendue par le conseiller Mallet ; que par mon marché j'en payai soixante et dix-sept mille livres à condition que j'en recevrais tente-huit mille livres quand je la quitterais ; que le conseiller Jaquet disputa avec le conseiller Mallet à qui me vendrait sa maison ; qu'ils rendirent le Petit Conseil arbitre de leurs prétentions ; qu'enfin je n'ai point besoin d'asile, et que j'en donne aux autres dans mes terres .

Je ne répondis point à la lettre de M. Rousseau, et je le plaignis d'outrager un homme qui ne lui avait fait que des offres de service .

Je pris hautement son parti dans son malheur, et lorsqu’on le décréta de prise de corps à Genève, je blâmai publiquement cette dureté, comme je la blâme encore . Ceux qui ont dit que je sollicitai cette sentence me connaissent peu, et sont des calomniateurs .

Si j'avais agi contre M. Rousseau je l'avouerais publiquement et j'agirais encore contre lui, j'en aurais le droit, puisqu'il m'a offensé indignement sans aucune raison .

Il lui a plu de m'écrire il y a trois mois de Môtiers-Travers cette lettre honnête :

Monsieur, s'il est vrai que vous avez dit que je n'ai pas été secrétaire d'ambassade à Venise, vous en avez menti ; et moi j'en ai menti s'il n'est pas vrai que j'aie été secrétaire d'ambassade et que j'en aie eu tous les honneurs 3.

Observez que j'ai à présent en main ses lettres écrites du 8 au 15 août 1744 à M. du Theil premier commis des Affaires étrangères, dans lesquelles il dit ; Il y a quatorze mois que je suis entré au service de M. le comte de Montaigu (ambassadeur à Venise) . J'ai mangé son pain . -- M. l'ambassadeur en me renvoyant comme un valet m'a fait mon compte ; il m'a proposé en termes très nets de souscrire à une réduction, ou de me faire jeter par la fenêtre . J'implore votre protection contre les cruels traitements que M. l'ambassadeur exerce sur le plus fidèle de ses domestiques .-- Je sais que dans les démêlés entre le maître et le domestique , c'est toujours le domestique qui a tort . -- J’aime mieux négliger quelques moyens de défense contre un maître que j'ai servi, que d'être son délateur .4

Cependant, dans cette lettre il se rend délateur de M. le comte de Montaigu son maître .

Il a été le mien dans les Lettres de la montagne, dans ces mêmes lettres où il dit qu'il a été le premier secrétaire d'ambassade . Il m'y accuse d'une brochure que tout le monde sait être du médecin La Mettrie . Il a cru qu'en me calomniant il se justifierait, et il s'est trompé .

Si vous voulez publier ses lettres de Venise il serait couvert d'opprobre .

S'il écrit contre moi je les publierai.

Si la personne qui s'intéresse à lui veut lui rendre un vrai service, elle lui dira exactement la vérité parce qu'il faut qu'il la connaisse pour en rougir, et pour se corriger .

S'il avait entendu ses intérêts et ceux de ses amis, il aurait eu une conduite moins insensée et moins malhonnête . S'il est possible qu'il se repente et qu'il se corrige je lui pardonnerai sincèrement .

Fait au château de Ferney le 19è octobre 1765 5

Voltaire ,

gentilhomme ordinaire du roi. »

4 « Extrait » de la lettre de JJ Rousseau à Jean-Gabriel de La Porte du Theil datée du 8 août 1744 . voir pages 17, 200, 205 251 : https://doc.rero.ch/record/10643/files/Bibliographie_Rousseau_Dufour_volume2.pdf

5 En tête de la lettre, V* a noté « Mémoire ». En fait, de Luc considéra seulement comme une lettre et y répondit le même jour, V* lui répondant immédiatement le 20 octobre .

On ne réussit dans ce monde qu'à la pointe de l'épée

... Je préfère , pour ma part, à la "pointe de l'aiguille" qui vaccine, nettement plus désirable . De nouveaux vaccins anti-covid-19 sont annoncés ; reste à les fabriquer, les acheminer, les administrer : c'est là que le bât blesse en France, particulièrement . Faut-il se réduire à être contaminé pour s'auto-vacciner ? La roulette russe au virus , le loto du covid ...

 

RENDEZ-VOUS EN LIGNE INDISPONIBLE ACTUELLEMENT

Vous devez connaitre aussi . Pour info, l'actuellement dure depuis 4 semaines ! qui dit mieux ?

 

 

« A Jean-François de La Harpe 1

On dit un grand bien de vos Dalécarliens 2, mon cher confrère . On dit que les pyrrhoniens seront écrasés par votre ouvrage ; je vous en félicite d'avance . Il faut que les Français vous aient l'obligation de soutenir leur théâtre , mais ils sont quelquefois plus ingrats que reconnaissants , et il y a autant d’arbitraire dans les jugements de parterre que dans ceux des parlements . J'avoue qu'il y a quelque chose de vrai dans ce que vous dites de la belle réception qu'on fit à cette Adélaïde du Guesclin longtemps avant que vous ne fussiez né . On ne réussit dans ce monde qu'à la pointe de l'épée . Le plaisant de l'affaire, c'est qu'il n'y a pas un mot de changé dans la pièce autrefois sifflée et aujourd'hui applaudie . Ces exemples doivent consoler la jeunesse . Songez que si vous travaillez pour des Français vous travaillez aussi pour des Welches qui ont approuvé une Electre amoureuse d'un Itis, qui ont préféré la Phèdre de Pradon à celle de Racine, et qui ont méprisé Athalie pendant trente ans . C'est bien pis dans les provinces où les présidents des élections et les échevins jugent d'un ouvrage par les feuilles de Fréron . Heureusement vous avez autant de courage que de génie . Quelqu’un a dit que la gloire réside au haut d'une montagne, les aigles y volent et les reptiles s'y trainent . Vous avez pris un vol d'aigle dans Warwick, et vos ailes sont bonnes .

Je vous embrasse de tout mon cœur . Mme Denis vous fait mille compliments .

19è octobre 1765 . »

1 L'édition de Kehl suivant la copie Beaumarchais omet les trois premières phrases . La lettre à laquelle répond V* n'est pas connue .

Le 18 octobre 1765, Formey écrit à Charles Bonnet de Berlin : « Quand on répondrait à tout le monde, il ne faudrait pas répondre à Voltaire . C'est un animal immonde qui se vautre dans son bourbier, et qui cherche à le faire rejaillir sur ceux qui ont quelque liaison avec lui . » Il faudrait être maître en double jeu pour expliquer en quoi la dernière lettre de V* à Formey (du 17 juin 1764 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2019/07/26/je-me-doute-que-ce-sont-des-radoteurs-et-c-est-pour-cela-meme-que-je-les-ve.html ) justifie une pareille calomnie .

2 La Dalécarlie est une région de Suède : V* fait allusion à Gustave Vasa , pièce d'Alexis Piron, qui sera jouée le 3 mars 1766 ; voir : http://www.theatre-classique.fr/pages/programmes/edition.php?t=../documents/PIRON_GUSTAVEWASA.xml

16/02/2021

Demande au roi

... Soyons brefs et directs !

 

 

« A Frédéric II, roi de Prusse

[16 octobre 1765]1

[Demande au roi son Extrait du Dictionnaire historique et critique de Bayle 2 et ses Poésies diverses 3.]

1 Lettre vue par Sander ; voir son édition des Hinterlassene Werke Friedrichs II, 1789, vol. I, p. xxxi . Voir : http://friedrich.uni-trier.de/fr/oeuvres/23/104/text/

15/02/2021

les exceptions rares n’ôtent rien à la force des lois générales

... L'exemple cité par Voltaire peut être rapproché de notre actualité . Aussi, un malade du Covid-19 guéri et à nouveau touché, sévèrement, ne doit pas être considéré comme statistiquement significatif et faire craindre à tous une récidive , qu'on croyait peu probable, sinon  impossible dans un bref délai , et de même n'hésitons pas à nous faire vacciner , une protection à 50% est toujours mieux qu'un risque à 100% . Enfin, c'est vous qui voyez !

Résultat de recherche d'images pour "les exceptions rares n’ôtent rien à la force des lois générales humour"

N'a pas été protégée ...

 

Ne pas manquer ce soir : http://www.monsieurdevoltaire.com/2021/02/information-sur-france-2-ce-soir-suite-des-aventures-au-jeune-voltaire.html

 

 

« À Marie de Vichy de Chamrond, Marquise Du Deffand

16è octobre1765 1

J’ai vu, madame, votre Écossais 2, qui aurait droit d’être fier comme un Écossais, si on pouvait être fier en proportion de ses connaissances et de son mérite. Il m’a dit que, malgré la mélancolie dont vous me parlez, vous conservez une imagination charmante dans la société. Il n’y a point de dédommagement pour les deux yeux, mais il y a de grandes consolations.

Voici bientôt le temps où je vais perdre la vue ; mes détestables fluxions me reprennent dans l’automne et l’hiver ; je suis précisément comme Pollux, qui ne voyait le jour que six mois de l’année. Nous avons beaucoup parlé de vous et de M. le président Hénault ; vous savez bien que je m’intéresserai tendrement à l’un et à l’autre jusqu’au dernier moment de ma vie. Il me manda, par sa dernière lettre, que tout doit finir, rien n’est plus vrai : tous les êtres animés ne sont nés qu’à cette condition ; mais il faut bien se souvenir que Cicéron, qui était premier président du parlement de Rome, dit souvent dans ses lettres, et quelquefois même au sénat romain, que la mort n’est que la fin des douleurs 3. César, qui a conquis et gouverné votre pays des Velches, pensait de même, et ces deux messieurs valaient bien le Père Elisée 4. En attendant, il faut s’amuser. Mme de Florian, ma nièce, vous fera tenir, avec cette lettre, quelques feuilles imprimées 5 que j’ai trouvées chez un curieux. Il y a une lettre sur Mlle de Lenclos écrite à un ministre huguenot, qui pourra vous égayer quelques minutes. Il y a quelques chapitres de métaphysique qui pourront vous ennuyer, et d’autres où l’on ne dit que des choses que vous savez, et que vous dites beaucoup mieux.

J’y joins un autre ouvrage qu’on appelle le Dictionnaire philosophique. Des méchants me l’ont imputé ; c’est une calomnie atroce dont je vous demande justice. Je suis fâché qu’un livre si dangereux soit si commode pour le lecteur ; on l’ouvre et on le ferme sans déranger les idées. Les chapitres sont variés comme ceux de Montaigne, et ne sont pas si longs. On m’assure que cette édition-ci est plus ample et plus insolente que toutes les autres 6. Je ne l’ai pas vue ; vous en jugerez , et je la condamne s’il y a du mal. Je vous dirai cependant, à ma honte, que j’aime assez en général tous ces petits chapitres qui ne fatiguent point l’esprit.

Je vais faire chercher encore une pucelle pour vous amuser ; mais je doute que j’aie le temps de la trouver avant le départ de Mme de Florian. On trouve rarement des pucelles chez ces marauds d’huguenots de Genève ; je ne sors jamais de chez moi, et je m’en trouve bien . On a tous ses moments à soi ; et la vie est si courte qu’il n’en faut pas  perdre un quart d’heure.

Je suis fâché que vous preniez en aversion mes pauvres philosophes ; si vous croyez qu’ils marchent un peu sur mes traces, je vous prie de ne pas battre ma livrée.

Je sais toute l’histoire de la petite vérole de Mme la duchesse de Boufflers 7. S’il était vrai qu’elle eût été en effet bien inoculée, et qu’elle eût eu la petite vérole naturelle après l’artificielle, cela serait triste pour elle. Mais ce serait un exemple unique entre vingt mille , et les exceptions rares n’ôtent rien à la force des lois générales.

Je n’étais pas instruit de la maladie de Mme la duchesse de Luxembourg. Elle n’a point répondu à une lettre qui méritait assurément une réponse 8; mais je m’intéresserai toujours à elle comme si elle répondait. Adieu, madame ; je vous aimerai toujours sans la plus légère diminution. Je souhaite que vous soyez la moins malheureuse qu’on puisse être sur ce ridicule petit globe.

V.

Je vous demande en grâce de ne laisser prendre aucune copie de mes lettres . »

1 L'édition de Kehl, suivie des autres éditions, omet le post scriptum . On ne connait pas la lettre envoyée par Mme Du Deffand .

2 Sir James Macdonald of Sleat, comme le confirment une de ses lettres à même Du Deffand du 16 octobre 1765 de Genève, et la réponse de Mme Du Deffand à Voltaire du 28 octobre 1765 [en fait du 26]. James Mac-Donald, baronnet, mort à Frescati en Italie le 26 juillet 1766, âgé d’environ vingt-quatre ans ; voyez la Correspondance de Grimm, 1er septembre 1766 (https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1765/Lettre_5967).

3 Douglas A. Day, dans « Voltaire and Cicero », article paru dans la revue de littérature comparée, janvier-mars 1965, suggère que V* pense ici au rejet de la vie après la mort formulé par Cicéron dans Pro Cluentio, CLXXI .

4 Jean-François Copel, prédicateur à la mode, connu sous le nom du Père Élisée, était un carme qui prêcha avec quelque succès. Il va bientôt prononcer , en mai 1766, l'Oraison funèbre de [...] Stanislas I , roi de Pologne ( https://books.google.fr/books?id=FinHzWciS2cC&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false

).Ses sermons sont imprimés . Né à Besançon en 1726, il mourut à Pontarlier en 1783.

5 Certainement le tome III des Nouveaux Mélanges, ouvrant par le morceau Sur mademoiselle de Lenclos : https://fr.wikisource.org/wiki/Sur_Mlle_de_Lenclos/%C3%89dition_Garnier

6 Ces additions consistaient en huit articles : Catéchisme du jardinier, Enthousiasme, Liberté de penser, Nécessaire, Persécution, Philosophie, Sens commun, et Tolérance (seconde section). Une autre édition fut encore augmentée de seize articles ; voir L’Avertissement de Beuchot : https://fr.wikisource.org/wiki/Dictionnaire_philosophique/Garnier_(1878)/Avertissement_de_Beuchot

7 L’inoculation n’avait produit sur Mme de Boufllers aucune fièvre, ainsi que l’explique le docteur Gatti dans une Lettre imprimée dans la Gazette littéraire du 1er septembre 1765, et contenant l’histoire de l’inoculation de Mme de Boufflers : « Lettre de M. Gatti, médecin consultant du roi , à M.*** » ; voir note en page 4 : https://books.google.fr/books?id=gThCAAAAcAAJ&pg=RA1-PA4&lpg=RA1-PA4&dq=Lettre+de+M.+Gatti,+m%C3%A9decin+consultant+du+roi+,+%C3%A0+M.***+1765&source=bl&ots=bgJP9EXKb2&sig=ACfU3U1_Cc7vnmxBc0VkPwENS1hgso3Cmg&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwiKgvXpounuAhUKjRQKHdITCaEQ6AEwBHoECAUQAg#v=onepage&q=Lettre%20de%20M.%20Gatti%2C%20m%C3%A9decin%20consultant%20du%20roi%20%2C%20%C3%A0%20M.***%201765&f=false

14/02/2021

Y a-t-il rien de plus tyrannique, par exemple, que d’ôter la liberté de la presse ? Et comment un peuple peut-il se dire libre, quand il ne lui est pas permis de penser par écrit ?

... Qu'on se le dise et s'en souvienne en tout lieu !

Résultat de recherche d'images pour "liberté de la presse humour"

Jusqu'où peut-on supporter l'hypocrisie et la lâcheté de la censure ?

 

 

« A Etienne-Noël Damilaville

16è octobre 1765 1

J’ai passé de beaux jours avec vous, mon cher frère ; il me reste les regrets , mais il me reste aussi la douceur du souvenir et l’espérance de vous revoir encore avant que je meure. Qui vous empêcherait, par exemple, de revenir un jour avec M. et Mme de Florian ? Vous savez combien ils vous aiment, car vous avez gagné tous les cœurs.

J’ai reçu votre lettre de Dijon, et Mme de Florian ne vous rendra la mienne qu’à Paris. Je me flatte que votre zèle, conduit par votre prudence, va servir la bonne cause avec toute la chaleur que la nature a mise dans votre cœur généreux, sincère et compatissant. Les indignes ennemis de la raison et de la vertu sentiront bientôt qu’il n’y a de raison et de vertu que chez les vrais philosophes. L’infâme Jean-Jacques est le Judas de la confrérie, mais vous ferez de dignes apôtres.

J'attends le factum d'Elie en faveur des Sirven, et les estampes de la famille des Calas . Vous avez la note de ceux qui ont payé entre mes mains, et si vous n'avez pas d'argent à moi vous en pourrez envoyer prendre chez M. de Laleu .

Vous savez avec quelle impatience j’attends les manuscrits de Fréret 2 que vous m’avez promis. Ceux que vous avez emportés 3 peuvent se multiplier aisément. La lumière ne doit pas demeurer sous le boisseau. Je me flatte que vous m’instruirez des querelles du Parlement et du clergé . Nous sommes cette fois-ci parlementaires et de dignes paroissiens de M. l’archevêque de Novogorod 4.

Les divisions de Genève éclateront bientôt. Il est absolument nécessaire que vous et vos amis vous répandiez dans le public que les citoyens ont raison contre les magistrats ; car il est certain que le peuple ne veut que la liberté, et que la magistrature ambitionne une puissance absolue. Y a-t-il rien de plus tyrannique, par exemple, que d’ôter la liberté de la presse ? Et comment un peuple peut-il se dire libre, quand il ne lui est pas permis de penser par écrit ? Quiconque a le pouvoir en main voudrait crever des yeux à tous ceux qui lui sont soumis . Tout juge de village voudrait être despotique . La rage de la domination est une maladie incurable.

Je commence à lire aujourd’hui le livre italien Des Délits et des Peines 5. A vue de pays, cela me paraît philosophique ; l’auteur est un frère.

Adieu, vous qui serez toujours le mien. Adieu, mon cher ami ; périssent les infâmes préjugés qui déshonorent et qui abrutissent la nature humaine, et vive la raison et la probité, qui sont les protectrices des hommes contre les fureurs de l’infâme ! Adieu, encore une fois, au nom de Confucius, de Marc-Antonin, d’Épictète, de Cicéron et de Caton. »

1 L'édition de Kehl suivant la copie Beaumarchais omet le troisième paragraphe, suivie par les éditions .

2 Des manuscrits de la Lettre de Trasybule à Leucippe, 1758 ; Les lettres à Eugénie, ou Préservatif contre les préjugés, 1768, sont l'une et l'autre sans doute d'Holbach et peut-être de Naigeon, et l'Examen critique des apologies de la religion chrétienne, 1766, qui peut être des mêmes ou de Lévêque de Burigny .

V* a écrit sur son exemplaire de la Lettre [...] « livre dangereux » et sur l'Examen [...] : « Je ne crois pas que cet examen soit de M. Fréret, il est très dangereux pour la foi. » ; voir : https://www.persee.fr/doc/jds_0021-8103_1978_num_4_1_1377

Voir : https://data.bnf.fr/fr/13328631/nicolas_freret_lettre_de_thrasybule_a_leucippe/

et : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1521153q.image

et : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k845348.image

3 Parmi ces manuscrits, peut-être celui de l'ouvrage mentionné à propos de la lettre du 25 novembre à Cramer, comme semble l'indiquer la suite ; voir : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2021/01/22/aussi-bien-dans-le-comique-que-dans-le-tragique-6292671.html

4 Voir le Mandement du révérendissime père en Dieu.

5 Du marquis Cesare Bonesana Beccaria : Dei delitti e delle pene, 1764, qu'on retrouvera par la suite . Voir : https://journals.openedition.org/asterion/2184?lang=fr

et : https://data.bnf.fr/fr/13328966/cesare_beccaria_dei_delitti_e_delle_pene/