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05/10/2016

Je voudrais, madame, me porter assez bien pour être un de vos garçons vendangeurs

... Et boire avec vous le vin de vos vignes à votre santé . Tchin tchin !!  (pas d'Afflelou ! )

[Mise en ligne le 4 pour le 5 depuis une médiathèque]

 

 

« A Louise-Suzanne Gallatin

[octobre 1761] 1

Je voudrais, madame, me porter assez bien pour être un de vos garçons vendangeurs . Je suis d'ailleurs entièrement à vos ordres . Vraiment je vous serai très obligé de permettre que mon jardinier prenne chez vous quelques rejetons de ces excellents figuiers . Il y a bien longtemps que nous n'avons eu l'honneur de manger avec lui les fruits de nos jardins .

Permettez que j'insère dans ce paquet une lettre pour Louis Corbot .

Votre très humble et très obéissant serviteur .

V. »

1 Manuscrit olographe sur lequel est noté 1761 ; le mois est déduit d'après les références aux récoltes .

 

04/10/2016

il est quelquefois plus difficile d'avoir de la richesse qu'une femme aimable .

... Ce qui veut dire que parfois il est plus facile d'avoir une femme aimable que de gagner au loto; je le crois bien, c'est difficile, certes, mais pas impossible, et c'est tant mieux .

[Mis en ligne le 4 depuis une médiathèque]

 

 

 

« A Bernard-Joseph Saurin

de l'Académie

A Ferney [vers le 15 octobre 1761] 1

Dieu soit loué mon cher confrère de votre sacrement de mariage 2. Si Moïse Lefranc de Pompignan fait une famille d'hypocrites, il faut que vous en fassiez une de philosophes . Travaillez tant que vous pourrez à cette œuvre divine . Je présente mes respects à madame la philosophe . Il y a beaucoup de jolies sottes, beaucoup de jolies friponnes . Vous avez épousé beauté, bonté et esprit, vous n'êtes pas à plaindre . Tâchez de joindre à tout cela un peu de fortune , mais il est quelquefois plus difficile d'avoir de la richesse qu'une femme aimable .

Mes compliments je vous en prie à frère Helvétius, et à tout frère initié . Il faut que les frères réunis écrasent les coquins . J'en reviens toujours là . Delenda est Carthago 3.

Ne soyez pas en peine de Pierre Corneille . Je suis bien aise de recueillir d'abord les sentiments de l'Académie, après quoi je dirai hardiment mais modestement la vérité . Je l'ai dite sur Louis XIV, je ne la tairai pas sur Corneille . La vérité triomphe de tout . J'admirerai le beau, je distinguerai le médiocre, je noterai le mauvais . Il faudrait être un lâche ou un sot pour écrire autrement . Les notes que j'envoie à l'Académie sont des sujets de dissertations qui doivent amuser les séances, et les notes de l’Académie m’instruisent ; je suis comme La Flèche, je fais mon profit de tout 4.

Adieu, mon cher philosophe , je vis libre, je mourrai libre 5. Je vous aimerai et vous estimerai jusqu'à ce qu'on me porte dans la chienne de jolie église que je viens de bâtir, et où je vais placer des reliques envoyées par le Saint-Père .

V. »

1 Datée d'octobre, édition de Kehl ; datée ici par rapport à l'affaire des reliques et au mariage de Saurin .

2 Saurin , dans sa cinquante-sixième année, épousa Marie-Anne-Jeanne Sandras ( née le 31 mars 1734 ) le 12 août 1761 ; voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard-Joseph_Saurin

et : http://www.academie-francaise.fr/les-immortels/bernard-jo...

3 Il faut détruire Carthage ; c'est le mot connu de Scipion l'Africain, que Caton le censeur aimait à citer en terminant ses harangues .

4 Réminiscence de L'Avare de Molière, I, 3 .

5 Sans doute une allusion au Spartacus de Saurin , derniers vers : Spartacus expirant brave l'orgueil du Tibre / Il vécut non sans gloire, et meurt en homme libre.

 

03/10/2016

Songez que vous avez des yeux et un estomac , conservez-les . Souvenez vous de ma Genevoise qui a cent trois ans

... Aucune allusion à une mienne relation chez les Helvètes .

Pour les yeux et l'estomac, je ne sais pourquoi, je pense à ce moment de la messe où le prêtre montre l'hostie consacrée aux fidèles affamés (on m'a appris , tout petit, qu'il faut être à jeun pour communier ) ce qui lie bien vue et estomac ; me trompè-je ?

[Mise en ligne le 4 depuis une médiathèque]

 

 

« A Marie-Ursule de Klinglin comtesse de Lutzelbourg

11è octobre 1761 au château de Ferney 1

par Genève

Je reçois, madame, le portrait de Mme de Pompadour . Il me manque les yeux pour le voir, mais j'en trouve encore pour conduire à peu près ma plume et pour vous remercier . Je perds la vue, madame, je ne vois pas ce que je vous écris . Songez que vous avez des yeux et un estomac , conservez-les . Souvenez vous de ma Genevoise qui a cent trois ans et qui vient de se tirer d'une hydropisie . Imitez la . Priez pour moi quelque saint afin que je puisse venir vous faire ma cour et vous embrasser l'année prochaine . J'ai reçu le même jour des reliques de Rome pour une église que je fais bâtir, et le portrait de Mme de Pompadour . Me voilà très bien pour ce monde-ci et pour l'autre .

Adieu madame, je vous suis attaché avec le plus tendre respect jusqu'au dernier moment .

V. »

1 Le 12 octobre, Diderot écrit à Sophie Volland : « Il est de retour de Genève, le petit fou [Lauraguais] . Il a passé huit jours auprès de Voltaire . ''' Nous avons bien fait , dit-il , de nous séparer . Deux grands poètes ne peuvent se souffrir plus longtemps .'' »

 

02/10/2016

Il a fait avec Le Droit du seigneur la même petite infamie qu'avec Mahomet . Il prétexta la religion pour empêcher que Mahomet ne fût joué ; et aujourd'hui il prétexte les mœurs

... On croirait que notre ami Voltaire parle de ce néfaste et minus Tariq Ramadan qui ment encore plus facilement qu'il respire, la preuve : http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2007/02/11/117...

Les islamistes, salafistes, fumistes intégristes , défenseurs d'un autoproclamé prophète et d'un dieu ni meilleur ni pire qu'un autre, passent leur temps à pourrir ce monde qui se passerait bien d'eux . Pire pollueurs qu'eux, je n'en trouve pas . Allez, du balai , passez à la trappe !

 

 

 

« A Etienne-Noël Damilaville

et à

Nicolas-Claude Thieriot

Le 11 octobre [1761]1

Eh bien, frère Thieriot m'a donc caché ma turpitude et celle de Joliot de Crébillon 2! Certes, ce Crébillon n'est pas philosophe ! Le pauvre vieux fou a cru que j'étais l’auteur du Droit du Seigneur, et sur ce principe il a voulu se venger de l'insolence d'Oreste qui a osé marcher à côté de Clytemnestre . Il a fait avec Le Droit du seigneur la même petite infamie qu'avec Mahomet . Il prétexta la religion pour empêcher que Mahomet ne fût joué ; et aujourd'hui il prétexte les mœurs . Hélas ! Le pauvre homme n'a jamais su ce que c'est que tout cela . Il faut pour son seul châtiment qu'on sache son procédé .

Le meilleur de l'affaire c'est que pouvant à toute force faire accroire qu'il y avait quelques libertés dans le second acte, il ne s'est jeté que sur le 3è et le 4è qu'on regarde comme des modèles de décence et d'honnêteté , et où le marquis fait éclater la vertu la plus pure . Le mauvais procédé de ce poète aussi méprisable dans sa conduite que barbare dans ses ouvrages, ne peut faire que beaucoup de bien . Le public n'aime pas que la mauvaise humeur d'un examinateur de police, le prive de son plaisir .

Qu'en pensent les frères ? Pour moi je me console avec Pierre . Le plat ouvrage que le testament de Belle-Isle 3 . »

1 La copie Beaumarchais-Kehl joint à cette lettre quelques mots de la lettre du 28 octobre 1761 à Damilaville , suivie par les éditions .

2 Claude-Prosper Jolyot de Crébillon , alors censeur royal de la Librairie depuis 1759 ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Claude-Prosper_Jolyot_de_Cr%C3%A9billon

 P.S. -- Note mise en ligne le 4 octobre 2016 depuis une médiathèque, SFR étant encore une fois en panne de fourniture de réseau internet; réparateur prévu le 7, panne depuis le 1er . A la prochaine panne, ne serait-ce que de 10 minutes, je change de FAI .

01/10/2016

je ne veux pas que vous jouiez aux cartes le jour de ma mort

... Mais je consens volontiers à ce que vous jouiez à quelque jeu de société, en excluant tous jeux électroniques qui franchement me gavent grave !

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« A Gabriel et Philibert Cramer

[vers le 10 octobre 1761]

Je suis très affligé de l'état du pauvre Du Pan 1, et j'aime beaucoup son père . Je conçois toutes les raisons que vous m'alléguez . Mais je n'admets que celle du cœur . Vous sacrifiez à l'amitié . Vous le devez . Mais il ne faut pas profaner ce sacrifice par des considérations étrangères . Vos Allobroges pensent-ils qu'il fût permis à Paris et à Versailles de donner un fête le jour de la mort de son ami ou pendant son agonie ? Mes frères ne respectez que l'amitié et non pas le pédantisme . Croyez fermement que les mœurs de la nation française valent bien celles de Genève . Nous savons être amis et ne pas craindre les sots . Je vous jure que si vous mourez vendredi je ne jouerai pas la comédie . Mais je ne veux pas que vous jouiez aux cartes le jour de ma mort . Je vous aime .

V. »

1 Voir : http://www.gen-gen.ch/DU+PAN/Pierre/31200

Pierre Du Pan mourra le 27 octobre 1761 . Le 11, V* annonce une représentation de Mérope pour le vendredi suivant (15 octobre ) . le 12, Charlotte Constant écrit à son mari : « L'on devait jouer Mérope vendredi mais Philibert est allé prier qu'on mît un comédien à sa place ».

 

30/09/2016

Il est bien vrai que notre France Fait un peu pénitence aussi , J'en suis quelquefois en souci

...En souci particulièrement pour l'avenir des jeunes . Il va falloir qu'ils soient plus géniaux que les vieux crabes qui nous gouvernent à hue et à dia .

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Un bon et bel exemple de courage "voltairien", Zola, auteur engagé .

 

 

« A Etienne-François de Choiseul-Stainville, duc de Choiseul

[vers le 10 octobre 1761]1

J'ai reçu la belle relique

De Saint-François le séraphique

Qu'au baptême j'eus pour patron ;

Saint François a de la justice ,

Vous possédez son grand cordon,

Et moi je n'ai que son cilice .

Cet emblème doit m'avertir

De penser à ma conscience ;

Vous êtes né pour le plaisir,

Moi je ne fais que pénitence ;

Il est bien vrai que notre France

Fait un peu pénitence aussi ,

J'en suis quelquefois en souci ;

Mais en vous est notre espérance,

Courage, esprit, persévérance . »

1 L'édition Calmettes déclare que ces vers figurent au dos d'une lettre de Choiseul du 28 septembre 1761, à laquelle ils forment une réponse ; (voir cette lettre en note de la lettre du 5 octobre 1761 à Ribote-Charron : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/09/21/j... ). La date proposée par Besterman est basée sur la fin de la lettre précitée et l'observation selon laquelle les reliques prennent plus de temps que les lettres pour faire le voyage ; mais en fait, ces reliques étaient arrivées dès le 5 octobre 1761, voir lettre précitée et note sur Charlotte Constant . On pourrait donc avancer de quelques jours ces lettres placées « vers le 10 octobre » : l'habitude de V* est de commenter ce genre d'évènements « à chaud »

 

29/09/2016

Il faut se donner le plus d'occupation qu'on peut pour se rendre la vie supportable dans ce monde

... Et à ceux qui ne rêvent que de ne rien faire, d'avancer la retraite en négligeant/méprisant ceux qui vont la payer, je souhaite une vie insupportable, et tant pis si vous me trouvez bête et méchant , that's life !

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Avant de manger les pissenlits par la racine, essayons quelques variantes au dessus , ça assouplit l'échine et l'humeur ![J'en aurais bien besoin , dites vous ? mauvaises langues !]

 

 

 

« A François de Chennevières

A Ferney du 10 octobre 1761 1

Les ermites de Ferney présentent leurs hommages aux hôpitaux de Versailles . Nous n'avons jamais si bien mérité le nom d’ermites . J'ai cédé depuis deux mois les Délices à M. le duc de Villars . J’ai eu quelque temps M . le comte de Lauraguais et à présent je suis tout à Corneille . L'entreprise est délicate, il s'agit d'avoir raison sur trente deux pièces, aussi je consulte l' Académie toutes les postes et je soumets toujours mon opinion à la sienne . J'espère qu’avec cette précaution, l’ouvrage sera utile aux Français et aux étrangers . Il faut se donner le plus d'occupation qu'on peut pour se rendre la vie supportable dans ce monde . Que deviendrait-on si on employait son temps à dire , nous avons perdu Pondicheri, les billets royaux perdent soixante pour cent, les particuliers ne payent point, les jésuites font banqueroute ? Vous m'avouerez que ces discours seraient fort tristes . Je prends donc mon parti de planter, de bâtir, de commenter Corneille et de tâcher de l'imiter de loin, le tout pour éviter l'oisiveté .

Vous souvenez-vous, mon cher mai, que j'eus il y a quelques années une petite discussion avec messieurs les intendants des postes au sujet d'un assez gros paquet que vous m'avez 2 envoyé ? J'ai peur qu'ils ne m'aient joué à peu près cette année le même tour dont je me plaignis alors . Je vous envoyai deux paquets il y a quelques mois pour Mme de Fontaine, vous m'accusâtes la réception de l'un, vous ne m'avez jamais parlé de l'autre, et il est vraisemblable que Mme de Fontaine n'a reçu aucun des deux . En tout cas il n'y a pas grand mal, car ce n'étaient que des rogatons .

Adieu, nous vous embrassons . Si vous rencontrez quelques dévots dans votre chemin, dites-leur 3 que j'ai achevé mon église et que le pape m'a envoyé des reliques, et si vous rencontrez des gens aimables dites-leur que j'ai achevé mon théâtre . »

1 Copie par Boissy d'Anglas .

2 V* a sans doute écrit m'aviez .

3 Le manuscrit porte par erreur lui ; si on conserve cette forme il faut mettre quelques dévots au singulier .