21/05/2014
le temps qui devient plus doux va guérir votre petite échauboulure
... A vous tous, épris de bains de soleil, je dédie une vue de votre peau maltraitée ...

... ça calme , hein !
« A David-Louis Constant de Rebecque, seigneur d'Hermenches
[mars/avril 1759]
Ah ah monsieur vous voulez voir le gibier que je lève pour vous, eh bien voilà la lettre de deux nonnes 1. Elles sont sans doute jolies . Je suis fâché de l'Excellence, mais quand elles vous verront vi daranno dell'altezza 2.
Vous ferez bien de l'honneur à Zamore . Il n'aura jamais été si bien joué que par vous . Un soleil sur le plastron de votre habit de théâtre suffirait pour le costume . Mme Denis et moi nous sommes d'ailleurs entièrement à vos ordres et à ceux de Mme d'Hermenches ; je comptais avoir l'honneur aujourd'hui de venir chez vous avec elle . Mais ma pauvre santé ne me permet pas encore de vous faire ma cour . Je me flatte que le temps qui devient plus doux va guérir votre petite échauboulure 3, et que j'aurai bientôt le plaisir d'applaudir le chef des Grecs et sa fille .
Vous attirez les arts et les plaisirs de bien loin . On vient de Bruxelles au temple que vous avez élevé . Vous faites de Lausanne un séjour charmant . Mais il faut se bien porter, sans quoi je suis en enfer dans le paradis .
Je n'ai pu répondre sur-le-champ parce que celui qui a peint Mme d'Hermenches me tenait sous ses pastels . Je ne sais pas si la proposition de ces messieurs de Bruxelles conviendra aux dames . D'ailleurs Pâques vient de bonne heure 4, et vous aurez bien peu de temps pour vos plaisirs de société . »
1 Allusion à une lettre en italien , non signée du 12 janvier 1759 qui était parvenue à V* . elle émanait ou était censée émaner d'une religieuse et de sa compagne qui recouraient à sa protection et lui demandaient ses conseils pour quitter leur couvent, et jouir « de la douce liberté » en compagnie de leurs amants .
2 Elles vous donneront de l'altesse ; la ligne qui suivait a été soigneusement biffée .
3 Nom de petites élevures rouges qui viennent sur la peau à la chaleur de l'été . Littré.
4 Pas si tôt que ça, Pâques 1759 tombant le 15 avril .
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20/05/2014
il aura des choses plus curieuses que ce fatras détestable imprimé par ce polisson
... de Robert Ménard, frontiste bas de plafond qui ne supporte pas l'étendage de linge en façade, lui qui dispose à n'en pas douter d'un superbe logement avec buanderie, sèche-linge et tout le toutim .
Dans son immense sagesse, il a quand même autorisé d'exposer son linge propre de 22 h à 6h ; je ris d'avance en pensant que les forces de police vont devoir patrouiller en se tordant le cou, marcher dans les crottes , remplir de nouveaux procès-verbaux et s'en tenir là, le montant de l'amende n'étant pas fixé à ce jour . Clochemerle en Languedoc, 1984, Le Meilleur des Mondes sont ici réunis par la volonté d'un gugusse . Ce règlement , je l'ai connu et respecté il y a bien des années, dans bien des villes et immeubles collectifs ; je l'ai maudit aussi quand il fallait étendre le linge dans une minuscule salle de bain sans aération au dessus d'un tout aussi minuscule bac à douche .
Que ceux que la vue d'un slip et d'une petite culotte entre un soutien-gorge et un marcel dérange me disent ce qu'ils mettent à laver si ces articles ne sont jamais étendus chez eux , soit ils n'en mettent pas (moindre mal), soit ils ne les nettoient jamais (crados , je ne vous serre pas la main).
Ménard ! Robert Ménard !! élu maire , roi de l'enfonçage de portes ouvertes et des édits clochemerlesques, que fais-tu pour faire baisser le chomage dans ta ville qui au demeurant est championne des embouteillages et des rues négligées plus chiants ennuyeux que quelques frusques qui flottent à la vue de tous ?
Photo : Napoli par Oognip

« A Gabriel Cramer
à Genève
[mars – avril 1759]
Monsieur Caro ne m'envoie point les épreuves de La Femme qui a raison 1. Il peut être sûr qu'on ne le fera pas attendre un moment pour le reste, et qu'il aura des choses plus curieuses que ce fatras détestable imprimé par ce polisson de Granger 2.
Quand il sera las des tracasseries de Genève, il devrait bien venir voir ses amis . On lui fait mille tendres compliments . »
1http://www.théâtre-documentation.com/Voltaire/La%20femme%20qui%20a%20raison/la%20femme%20qui%20a%20raison%20a1sc1.html
2Jean-Augustin Grangé, libraire parisien qui veanait de faire des offres de service à V* ; voir lettre du 3 avril 1759 à Gabriel Cramer . Voir : http://data.bnf.fr/12239175/jean-augustin_grange/
et : http://data.bnf.fr/12239175/jean-augustin_grange/#allmanifs
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mes éloges et mes remerciements de la manière honnête dont vous vous êtres servi dans cette occasion pour prouver que vous êtes bon Français et bon sujet
... Non, non, vous ne trouverez jamais ce compliment dans la bouche de Miss Lepen Féminité-longueur-et-pointes après les élections au parlement européen car je compte bien que le "succès" du FN sera un mini-mini-mini succès, que j'espère très proche du flop .
Quant à être sujet d'extrême droite, autant se poignarder avec une saucisse, de Francfort ou de Strasbourg, bien sûr .

« A Etienne-François de Choiseul-Stainville, duc de Choiseul-Stainville
[vers le 30 mars 1759] 1
[Informe son correspondant qu'il a reçu de Frédéric II un poème contenant les deux strophes citées à propos de la lettre du 6 avril 1759 à d'Argental ; il l'invite à prendre en connaissance ainsi que de la réponse qu'il y a faite .]
1Le résumé ici donné peut être inféré de la lettre du 6 avril à d'Argental (http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2011/04/05/est-ce-l-infame-amour-propre-dont-on-ne-se-defait-jamais-bie.html ), de la réponse de Choiseul-Stainville du 20 avril 1759, ainsi que des Mémoires de V* lui-même . Voici les extraits de la réponse de Choiseul : « J'ai fait connaître au roi la façon dont vous vous êtes conduit à l'occasion de la pièce de vers du roi de Prusse, mais je n'ai pas mis sous les yeux de Sa Majesté cette pièce . Le roi de Prusse n'est pas meilleur poète qu'il n'est valeureux guerrier […] . Je n'imagine pas qu'il ait la hardiesse de faire imprimer son ode, ni de la divulguer, en tout cas, je vous envoie la réponse que je ferai imprimer sur le champ [...]
Si vous pouviez faire parvenir au roi de Prusse le conseil d'anéantir sa production, je crois que c'est ce qu'il y aurait de plus honnête . […] . Adieu, mon cher solitaire, je vous embrasse de tout mon cœur, et je vous laisse le maître de faire passer à Sa Majesté prussienne tout ce que je vous écris en vous renouvelant mes éloges et mes remerciements de la manière honnête dont vous vous êtres servi dans cette occasion pour prouver que vous êtes bon Français et bon sujet du roi . »
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19/05/2014
celui qui met ses bottes à quatre heures du matin a un grand avantage au jeu contre celui qui monte en carrosse à midi
...

« A FRÉDÉRIC II, roi de Prusse.
Quoique tout le monde soit en armes et en alarmes, j'ai pourtant reçu tous les paquets de Votre Majesté. L'épître 1 à Sa Béatitude madame l'abbesse de Quedlimbourg 2, sur Sa sacrée Majesté le Hasard, a bien un grand fonds de vérité; et, si cette épître était rabotée, je la regarderais comme le meilleur de vos ouvrages, et le plus philosophique. Il me paraît, par la date, que Votre Majesté s'amusa à faire ces vers quelques jours avant notre belle aventure de Rosbach. Certainement vous étiez le seul alors en Allemagne qui fissiez des vers. Le Hasard n'a pas été pour nous. Je pense que celui qui met ses bottes à quatre heures du matin a un grand avantage au jeu contre celui qui monte en carrosse à midi. Je souhaite passionnément que tout ce jeu finisse, et que vos jours soient aussi tranquilles qu'ils sont brillants. Votre Majesté daigne n'être pas mécontente du tribut de louange et de regret que j'ai payé à la mémoire de la plus respectable princesse qui fût au monde. Il est vrai que mon cœur dicta l'éloge assez vite; la réflexion l'a corrigé lentement.
Pardonnez, mais voici encore une strophe 3 que je soumets à votre jugement. Je n'avais pas, ce me semble, assez parlé du courage avec lequel cette digne princesse a fini sa vie :
Illustres meurtriers, victimes mercenaires,
Qui, redoutant la honte et surmontant la peur,
Animés l'un par l'autre aux combats sanguinaires,
Fuiriez, si vous l'osiez, et mourez par honneur;
Une femme, une princesse,
Qui dédaigna la mollesse,
Qui du sort soutint les coups,
Et qui vit d'une âme égale
Venir son heure fatale,
Était plus brave que vous.
Sort soutint fait une cacophonie désagréable; venir me paraît faible. Je ne trouve pas mieux, et j'avoue qu'après l'art de gagner des batailles, celui de faire des vers est le plus difficile.
Fuiriez, si vous l'osiez ! parlez pour vous, messieurs, dira Votre Majesté; et moi chétif, je soutiens que si César se trouvait seul, pendant la nuit, exposé incognito à une batterie de canon, et qu'il n'y eût d'autre moyen de sauver sa vie qu'en se mettant dans un tas de fumier, ou dans quelque chose de mieux, on y trouverait le lendemain matin Caïus Julius César plongé jusqu'au cou.
Cette lettre trouvera peut-être Votre Majesté à quelque batterie, mais non pas dans un tas de fumier. Heureux ceux qui sont sur leur fumier comme moi !
Recevez avec bonté, sire, les respects et les folies du vieux Suisse.
30è mars 1759 »
1 Voir Epitre III à ma soeur Amélie Sur le hasard : http://books.google.fr/books?id=MmFHAAAAYAAJ&pg=PA382&lpg=PA382&dq=%C3%89p%C3%AEtre+%C3%A0+ma+s%C5%93ur+Am%C3%A9lie+sur+le+Hasard+fr%C3%A9deric+II&source=bl&ots=sVsjkawUgH&sig=GB3wauMUZJJ4Wx0_SW76T1nwB8c&hl=fr&sa=X&ei=-KR5U4_VIcTfOer_gcAB&ved=0CDQQ6AEwAQ#v=onepage&q=%C3%89p%C3%AEtre%20%C3%A0%20ma%20s%C5%93ur%20Am%C3%A9lie%20sur%20le%20Hasard%20fr%C3%A9deric%20II&f=false
2 La princesse Amélie .
et voir notes de La comtesse de Rudoltadt de George Sand : http://www.gutenberg.org/files/17225/17225-h/17225-h.htm#footnotetag1
3 Cette strophe est la douzième de l'Ode sur la mort de Mme la princesse de Baireuth ; mais l'auteur l'a corrigée.
08:44 | Lien permanent | Commentaires (0)
17/05/2014
je prends d'ordinaire fort peu de part à toutes les nouvelles
... Télévisées ! je préfère la radio, plus rapide plus fluide, sans images qui tournent en boucle faute de trouver de nouveaux sujets .
Les quotidiens remplis de rubriques des chiens écrasés ne m'attirent pas non plus .

« A Étienne de Champflour 1
lieutenant général de Clermont
à Clermont-Ferrand
en Auvergne
J'ai lu, monsieur, dans les gazettes un article qui m'a fait frémir et qui vous regarde 2; vous savez qu'il y a longtemps que je m'intéresse à vous; je vous prie de vouloir bien me mander ce qui en est . Je suis retiré du monde dans d'assez belles terres sur les frontières de Genève et de la Suisse, et je prends d'ordinaire fort peu de part à toutes les nouvelles ; mais celle-ci vous a rappelé à mon souvenir, et j'ai senti réveiller en moi tous les sentiments de mon ancienne amitié ; je ne sais si monsieur votre père est encore en vie 3, je le plaindrais bien d'avoir été témoin d'une catastrophe si cruelle ; je voudrais savoir si madame votre femme 4 n'est point la sœur de M. de La Porte , trésorier des pays conquis ; il est fort mon ami et c'est une raison de plus qui m'attache à votre famille ; vous me ferez plaisir de me tirer de l'inquiétude où cette triste nouvelle m'a mis . J'ai l'honneur d'être, monsieur, avec tous les sentiments que vous méritez, votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire
gentilhomme ordinaire du roi
comte de Tournay, à Tournay
pays de Gex par Genève
30 mars [1759] »
2 Le 14 février 1759, la sœur d’Étienne de Champflour, Jacquette, avait été assassinée par Pierre Roussillon, chanoine de la cathédrale de Clermont-Ferrand .Voir : http://gazetier-universel.gazettes18e.fr/numero/affiches-de-bordeaux-1758-1784/16-0
et : http://www.vieillard.fr/dossiers/dossiers.php?id_dossier=6
3 Jacques de Champflour était mort le 9 août 1745 .
4 Marguerite-Louise-Antoinette de La Porte, qui avait épousé Étienne en 1739 était en effet la sœur de Louis-Antoine de La Porte .
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16/05/2014
je suis très en état de ne craindre personne
... Hormis moi !
J'assure mes arrières !
« A Élie Bertrand
premier pasteur
à Berne
30 mars [1759]
Mon cher ami, vos tremblements 1 sont partis et je partirai moi le plus tôt que je pourrai pour venir remercier M de Freydenrik et messieurs les curateurs, et surtout vous . Mme Denis et moi nous ferons ce voyage agréable le plus tôt que nous pourrons .
Nous sommes fort loin de craindre les brouillons que nous connaissons très bien ; et je suis très en état de ne craindre personne . Hélas mon ami j'ai plus de terrain que Genève et je suis le maître chez moi . Le chef des polissons 2 est mon vassal . J'ai des créneaux et des […]3 et peut-être avant qu'il soit peu le peuple dont vous me parlez aura besoin de moi . En attendant il gagne honnêtement avec moi et il est très soumis dans mon antichambre . C'est un M. Desmal,4 homme de beaucoup d'esprit , qui a fait L’Optimisme ou Candide et qui se moque encore plus que moi des sots . Mon cher ami, vivons tranquilles et aussi heureux qu'il est possible dans notre court pèlerinage .
Les jésuites échapperont, n'en doutez pas ; et peut-être dans un an ils seront tout puissants en Portugal comme ils le furent en France après l'assassinat de Henri IV .
Le roi de Prusse m'a écrit des choses bien extraordinaires . C'est un singulier homme, et ce siècle est un étrange siècle .
On dit que Haller se repent beaucoup d'avoir montré mes lettres et les siennes . Il a raison de se repentir . »
1 Voir lettre du 7 mars 1756 à Bertrand : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2012/06/05/le-present-est-affreux-s-il-n-est-point-d-avenir.html
2 Vernet .
3 Un mot court avec un d au milieu a été fortement rayé .
4 Démad ; que V* le 1er avril 1759, dans une lettre au directeur du Journal Encyclopédique, Rousseau, déclare être son « frère M. Démad, actuellement capitaine dans le régiment de Brunsvik ».
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15/05/2014
Je vous prie de trouver bon que je tire sur vous
... Dit en substance tout opposant à notre premier ministre tout neuf .
Il lui faudra aussi, comme à tout dirigeant, compter sur ses propres partisans - au sens membres du même parti-, pour lui faire avaler des couleuvres et être cocu mais content (mécontent aussi ! )!
Maigre consolation, il ne sera pas seul !
« A Jean-Louis Labat, baron de Grandcour
Je vous prie , monsieur, d'avoir la bonté de me compléter les dix premiers 10 mille livres, en ayant la bonté de m'en envoyer 4000 . Je vous prie de trouver bon que je tire sur vous trois mille livres dans six jours pour commencement des quinze autres mille livres, convenues . Je vous embrasse mon cher baron . S'il y a quelques nouvelles je vous supplie de m'en faire part .
V.
29 mars [1759] »1
1 Sur le manuscrit , Labat a noté : « Voltaire le 29è mars 1759 – Rep[onse] le d[i]t jour et envoyé l'acte de dépôt. »
23:12 | Lien permanent | Commentaires (0)

