27/03/2013
je suis plus sensible à votre amitié qu'aux vains applaudissements de quelques connaisseurs obscurs, qui pourront dire dans cent ans Vraiment ce drôle-là avait quelques talents
... Voltaire, ami exemplaire, vit encore à mes yeux dans la personne de Mam'zelle Wagnière qui lui est fidèle . Tout aussi fidèle en amitié, qualité terriblement aimablement touchante qui met/remet de l'espoir au coeur .

« A M. Charles-Augustin FERRIOL, comte d'ARGENTAL
Conseiller d'honneur du parlement à Paris
rue de la Sourdière à Paris
A Lausanne, 22 janvier [1758]
J'ai reçu votre lettre du 13, mon cher et respectable ami, mais rien de M. de Choiseul 1. J'ai présumé, par ce que vous me dites, qu'il s'agissait d'obtenir un congé pour monsieur son fils 2 blessé et prisonnier. Je doute fort que le roi de Prusse voulût, à ma chétive recommandation, s'écarter des idées qu'il s'est prescrites, et je suis d'autant moins à portée de lui demander une pareille grâce pour M. de Choiseul, que je lui écrivis 3, il y a huit jours, en faveur d'un Genevois qui est dans le même cas, et qui probablement restera estropié à Mersbourg.
Mais le roi de Prusse a une sœur qui doit avoir quelque crédit auprès de lui, et à qui je puis tout demander. Je lui ai écrit de la manière la plus pressante 4, et je lui ai recommandé M. le marquis de Choiseul comme je le dois. Ne doutez pas qu'elle n'en écrive au roi son frère il ne doit lui rien refuser. Je crois que le roi de Prusse peut s'amuser actuellement à faire des grâces; il n'y a pas moyen de se battre avec six pieds de neige; aussi Schweidnitz n'est pas pris 5 mais j'ai toujours grand'peur que M. de Richelieu ne se trouve entre les Hanovriens et les Prussiens. On se moque de tout cela dans votre Paris, et pourvu que les rentes de l'Hôtel de Ville soient payées, et qu'on ait quelques spectacles, on se soucie fort peu que les armées périssent. La chose peut pourtant devenir sérieuse, et vos sybarites peuvent un jour gémir.
Pour moi, mon cher ange, qui ne m'occupe que des siècles passés, je ne crois pas devoir cette année m'exposer au refus de la médaille 6. Qui diable a imaginé cette médaille? On ne l'aurait pas donnée à l'auteur de Britannicus, qui n'eut que cinq représentations, et on l'aurait donnée à l'auteur de Régulus 7! Fi donc! il n'y a de médailles que celles que la postérité donne. Il faut un ami comme vous pour le temps présent, et de beaux vers pour l'avenir; mais je suis plus sensible à votre amitié qu'aux vains applaudissements de quelques connaisseurs obscurs, qui pourront dire dans cent ans Vraiment ce drôle-là avait quelques talents.
Mille respects à Mme d'Argental et à tout ange.
V.»
1 Le comte de Choiseul, nommé ambassadeur de France à Vienne . http://fr.wikipedia.org/wiki/C%C3%A9sar_Gabriel_de_Choiseul-Praslin
2 Renaud- César-Louis, connu sous le titre de vicomte de Choiseul, avait été nommé guidon de gendarmerie en mars 1749, à l'âge de quinze ans. http://fr.wikipedia.org/wiki/Renaud_C%C3%A9sar_de_Choiseul-Praslin
5 La nouvelle de la prise de cette ville avait couru à Paris et d'Alembert en avait fait état dans sa lettre du 11 janvier 1758 à V* ; fausse nouvelle . Voir : http://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_(d%E2%80%99Alembert)/Correspondance_avec_Voltaire/007
6 Louis XV venait d'ordonner que les auteurs dont les pièces auraient eu un grand succès au théâtre, pour la première fois lui seraient présentés; pour la seconde, auraient une médaille; pour la troisième, obtiendraient une pension. La médaille portant l'inscription « Prix de l'art dramatique » signée Duvivier et J.-G. Raettius était apparemment frappée .
7 Cette tragédie de Pradon eut vingt-sept représentations de suite lors de sa création en 1688 . http://books.google.fr/books?id=KVZJAAAAMAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false
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Ma nièce et moi, nous avons de très-bonnes mœurs dont j'enrage; mais il faut bien à mon âge avoir ce petit mérite
... Le "pouvoir" et le "vouloir" contrariés sont parfois sources de vertu, dont on se passerait bien .

« A M. Nicolas-Claude THIERIOT.
chez Madame la contesse de Montmorency
rue Vivienne à Paris
Lausanne, 21 janvier [1758].
Eh bien, mon ancien et tranquille ami, comment traite-t-on les cacouacs? La guerre est donc partout; et tandis qu'on s'extermine en Allemagne au milieu des neiges, on attaque de tous côtés les pauvres encyclopédistes à Paris. Je crois que je leur ai porté malheur en travaillant pour eux. Messieurs les prêtres de Genève se plaignent que M. d'Alembert leur fasse l'honneur de les ranger parmi les philosophes. Ils disent que ce nom n'a jamais convenu à gens de leur espèce, et ils demandent réparation . M. d'Alembert, de son côté, fatigué de toutes les criailleries de ses adversaires, et persécuté sourdement par les enfants d'Ignace, sans pouvoir plaire aux enfants de Calvin, renonce à l'Encyclopédie mais il faut espérer qu'il ne persistera pas dans son dépit. Il ne faut pas que le maréchal de Saxe quitte le commandement de l'armée parce qu'il a des tracasseries à la cour.
J'ai reçu l'Iphigénie que M. de La Touche 1 a eu la bonté de m'envoyer. Nous pourrions bien la jouer cet hiver dans notre tripot de Lausanne. M. d'Alembert conseille à messieurs de Genève d'avoir dans leur ville une troupe de comédiens de bonnes mœurs, c'est ce que nous nous flattons d'être à Lausanne. Ma nièce et moi, nous avons de très-bonnes mœurs dont j'enrage; mais il faut bien à mon âge avoir ce petit mérite. Nous avons une fille 2 du général Constant, et une belle-fille de ce fameux marquis de Langalerie 3, qui ont aussi les meilleures mœurs du monde, quoiqu'elles soient assez belles pour en avoir de très- mauvaises. Enfin notre troupe est fort édifiante, et, de plus, elle est quelquefois fort bonne. On ne peut guère passer plus doucement sa vie, loin des horreurs de la guerre et des tracasseries littéraires de Paris. Ah mon ami, que les grosses gelinottes sont bonnes, mais qu'elles sont difficiles à digérer, mon cuisiner et mon apothicaire me tuent. Adieu, je suis fâché de ne vous point revoir avant de rendre mon âme et mon corps à celui qui m'a donné ces deux mauvais outils .»
2V* veut sans doute dire « belle-fille » en pensant soit à Mme Constant de Rebecque, soit à Mme Constant d'Hermenches , laquelle est la plus plausible car elle vient d'arriver à Lausanne avec son mari : Louise-Anna-Jeanne-Françoise de Seigneux, épouse de David-Louis Constant d'Hermenches .
3 Suzanne-Angélique-Alexandrine, sœur de David-Louis et de François-Marc-Samuel Constant, épouse de Frédéric-Philippe-Alexandre de Gentils, marquis de Langallerie, propriétaire jusqu'en 1750 du château d'Allaman tout proche .
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26/03/2013
sans me lamenter le moins du monde avec vous sur les misères humaines
... Est ce que je vais esssayer de faire, car à la relecture des mes commentaires/en-tête, je m'aperçois que je sombre depuis quelques semaines dans des considérations un peu rasoir et que le gris n'est pas loin de virer au noir . Retrouvons l'optimisme qui est un moteur bien plus puissant que de ressasser les bourdes humaines quotidiennes, y compris les miennes .
Allez, banzaï !

« A M. Élie BERTRAND.
premier pasteur, à Berne
A Lausanne, 19 janvier [1758].
J'ai été un peu malade, mon cher philosophe, c'est un tribut que je paye à toutes les saisons. Et ce tribut mange ceux de l'amitié que je vous dois. Je ne vous ai point écrit, j'ai laissé prendre Breslau, et Lignitz, et peut-être Schweidnitz, et les troupes prussiennes entrer en Moravie sans me lamenter le moins du monde avec vous sur les misères humaines. J'ai laissé les pasteurs de Genève s'assembler, se remuer, s'agiter, proposer, contredire, et ne savoir que faire, sans vous en dire le moindre mot. Il y en a quelques-uns qui disent qu'on n'a que des grâces à rendre à M. d'Alembert, qui a peint le clergé suisse plus sage que le clergé français . D'autres sont fâchés sérieusement, d'autres affectent de l'être. Le temps adoucira tout. Ce petit orage ne submergera pas ceux qui ne sont pas de l'avis de l'omousios 1, et petit à petit on reviendra à ce qu'il y a de plus simple et de plus naturel.
Les affaires d'Allemagne sont un peu plus intéressantes. On dit Shweidnitz pris, ne pourrait-on point en demeurer là ? Si l'impératrice voulait renoncer à la Silésie, on ne pillerait plus, on n'égorgerait plus. Mais quidquid delirant reges, plectuntur Achivi 2: c'est mon refrain. Madame la margrave de Baireuth me mande 3 que, le 23 et le 24 décembre dernier, il y eut des tremblements de terre considérables autour de sa ville, à quatre milles à la ronde, précédés de bruits souterrains assez effrayants. Voilà encore de quoi mettre dans votre greffe 4. Il résultera de vos observations que les tremblements sont plus fréquents que les aurores boréales . On ne faisait attention autrefois qu'aux aurores boréales singulières qui étaient suivies de quelque grand événement. On ne parlait que des tremblements qui engloutissaient des villes, on négligeait les autres. On découvrira peut-être qu'il y a une douzaine de tremblements de terre année commune dans notre petit globe et que c'est une suite naturelle de sa constitution. J'ai bien peur que la guerre et les autres fléaux ne soient aussi une suite nécessaire de notre malheureuse constitution morale. Adieu, la constitution de mon âme est de vous être attaché .
Mille tendres respects à M. et de Freudenreich.
V. »
1 Venant du grec signifiant « de même essence », on parle ici de la consubstantialité des personnes de la Trinité .
2 De toutes les folies des rois, ce sont les Achéens qui portent la peine . Horace, Epîtres, I, II, 14 .
3 Le 27 décembre 1757 : « nous avons eu ici, il y a trois jours trois secousses d'un tremblement de terre … Il n'a causé aucun dommage . On n'a point l'exemple d'un pareil phénomène dans ce pays ... » : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2013/02/28/je-vous-adresse-la-lettre-ci-jointe-pour-le-chapeau-rouge-3.html
4 Bertrand préparait une nouvelle édition de ses Mémoires sur la structure intérieure de la terre . V* emploie « greffe » pour désigner le « lieu où l'on conserve ce qui est écrit. ». http://books.google.fr/books?id=vwwKAAAAIAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false
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25/03/2013
Ameutez-vous, et vous serez les maîtres. Je vous parle en républicain ...Ô la pauvre république!
... Suite de la manif contre le mariage pour tous : la république n'a que faire de tel mouvement . Les forces de police , ô ironie, ont simplement appliqué les consignes de l'ex-ministre Guaino qui me rappelle les joueurs de Jokari distraits se prenant leur balle en pleine tête .

Sur les trois cent mille ou un million de traine-intolérance de ce dimanche , combien ont un fils ou une fille homosexuel(le) ? Combien savent vraiment ce que ceux-ci vivent au quotidien ? Combien de papas-mamans, parisiens d'un jour, auront divorcé dans les trois ans qui viennent ?
Ô pauvre république que celle de ces myopes de l'esprit !
« A M. Jean Le Rond d'ALEMBERT.
A Lausanne, 19 janvier [1758].
Je reçois, mon cher philosophe, votre lettre du 11. Je vous dirai que je viens de lire votre article Géométrie. Quoique je sois un peu rouillé sur ces matières, j'ai eu un plaisir très-vif, et j'ai admiré les vues fines et profondes que vous répandez partout. Je vous ai envoyé Hémistiche et Heureux 1, que vous m'avez demandés. Hémistiche n'est pas une commission bien brillante. Cependant, en ornant un peu la matière, j'en aurai peut-être fait un article utile pour les gens de lettres et pour les amateurs. Rien n'est à dédaigner, et je ferai le mot Virgule quand vous le voudrez. Je vous répète que je mettrai toujours avec grand plaisir des grains de sable à votre pyramide mais ne l'abandonnez donc pas, ne faites donc pas ce que vos ridicules ennemis voulaient, ne leur donnez donc pas cet impertinent triomphe.
Il y a quarante ans et plus que je fais le malheureux métier d'homme de lettres, et il y a quarante ans que je suis accablé d'ennemis. Je ferais une bibliothèque des injures qu'on a vomies contre moi, et des calomnies qu'on a prodiguées. J'étais seul, sans aucun partisan, sans aucun appui, et livré aux bêtes comme un premier chrétien. C'est ainsi que j'ai passé ma vie à Paris. Vous n'êtes pas assurément dans cette situation cruelle et avilissante, qui a été l'unique récompense de mes travaux. Vous êtes des deux Académies, pensionné du roi 2. Ce grand ouvrage de l'Encyclopédie, auquel la nation doit s'intéresser, vous est commun avec une douzaine d'hommes supérieurs qui doivent s'unir à vous. Que ne vous adressez-vous en corps à M. de Malesherbes?3 que ne prescrivez-vous les conditions? On a besoin de votre ouvrage il est devenu nécessaire il faudra bien qu'on vous facilite les moyens de le continuer avec honneur et sans dégoût. La gloire de M. de Malesherbes y est intéressée. On doit vous supplier d'achever un ouvrage qui doit toujours se perfectionner, et qui devient meilleur à mesure qu'il avance.
Je ne conçois pas comment tous ceux qui travaillent ne s'assemblent pas, et ne déclarent pas qu'ils renonceront à tout si on ne les soutient mais, après la promesse d'être soutenus, il faut qu'ils travaillent. Faites un corps, messieurs, un corps est toujours respectable. Je sais bien que ni Cicéron ni Locke n'ont été obligés de soumettre leurs ouvrages aux commis de la douane des pensées, je sais qu'il est honteux qu'une société d'esprits supérieurs, qui travaillent pour le bien du genre humain, soit assujettie à des censeurs indignes de vous lire, mais ne pouvez- vous pas choisir quelques réviseurs raisonnables ? M. de Malesherbes ne peut-il pas vous aider dans ce choix ? Ameutez-vous, et vous serez les maîtres. Je vous parle en républicain mais aussi il s'agit de la république des lettres. Ô la pauvre république!
Venons à l'article Genève. Un ministre me mande qu'on vous doit des remerciements; je crois vous l'avoir déjà dit. D'autres se fâchent, d'autres font semblant de se fâcher, quelques-uns excitent le peuple, quelques autres veulent exciter les magistrats. Le théologien Vernet, qui a imprimé que la révélation est utile est à la tête de la commission établie pour voir ce qu'on doit faire 4, le grand médecin Tronchin est secrétaire de cette commission, et vous savez combien il est prudent. Vous n'ignorez pas combien on a crié sur l'âme atroce de Calvin, mot qui n'était pas dans ma lettre à Thieriot, imprimée dans le Mercure galant, et très-fautivement imprimée. J'ai une maison dans le voisinage qui me coûte plus de cent mille francs aujourd'hui, on n'a point démoli ma maison. Je me suis contenté de dire à mes amis que l'âme atroce avait été en effet dans Calvin, et n'était point dans ma lettre. Les magistrats et les prêtres sont venus dîner chez moi comme à l'ordinaire. Continuez à me laisser avec Tronchin le soin de la plaisante affaire des sociniens de Genève, vous les reconnaissez pour chrétiens, comme M. Chicaneau reconnaît de Pimbesche
Pour femme très-sensée et de bon jugement 5.
Il suffit. Je suis seulement très-fâché que deux ou trois lignes vous empêchent de revenir chez nous. Je vous embrasse tendrement.
P. S. Permettez-moi seulement les politesses avec ces sociniens honteux, ce n'est pas le tout de se moquer d'eux, il faut encore être poli. Moquez-vous de tout, et soyez gai. »
1Voir lettre du 8 janvier 1758 au même : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2011/01/08/je-vous-conjure-instamment-d-avoir-toujours-du-courage.html
3 Voir sur son rôle de censeur : http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-1995-04-0106-013
4 La Vénérable Compagnie des pasteurs avait fait dresser un mémoire à l'usage du Conseil de Genève après avoir nommé des commissionnaires pour examiner l'article « Genève » . Voir entre autres la délibération du Conseil du 8 février 1758 qui demande « qu'il ne fût fait aucune mention du Magistrat dans le mémoire de la Vénérable Compagnie » ; voir aussi lettre du 7 mars 1758 à d'Alembert : page 417 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k411355v/f420.image
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24/03/2013
il n'a pas dit un mot qui puisse faire croire que les ministres de Genève ne sont pas chrétiens
... Et pendant ce temps-là de prétendus chrétiens Français venaient encore une fois semer le désordre pour marquer leur opposition au mariage pour tous . Ces manifestants à la petite semaine, à la triste mine et au front bas ont bien entendu demandé moult démissions gouvernementales sous prétexte d'avoir été refoulés par les forces de l'ordre .
Christine Boutin a fait son caca nerveux.
Guaino est tout fiel, comme d'hab.
Wauquiez qui sans doute refuse à ses enfants l'horrible accès à Internet s'indigne de l'usage des lacrymogènes "contre des enfants", lesquels selon moi courent bien plus de dangers sous la houlette de leurs parents obtus .
Copé chef de sous-parti (et sous bien partis aussi ! ) n'a pas manqué d'encourager les sympathisants de l'Union des Minus Présidentiels à aller grossir les rangs des manifestants ; aux dernières nouvelles, ça ne s'est pas vu .
Avant les lacrymo

Bon , là , j'ai envisagé une participation massive de dits-chrétiens, et je dois avouer que je sais par voie directe que nos curés ont bien travaillé leurs ouailles au corps et qu'ils défendent bec et ongles le marché du mariage religieux à l'ancienne . Qu'ils le gardent , mais qu'ils fichent la paix à ceux qui veulent un lien légal sans plus, une égalité avec les monsieur-madame aux avantages légaux indiscutables que ne pouvaient avoir les vrais couples homosexuels .
J'y reviens, avec tous ces crétins chrétiens , discrétos, on devait bien trouver musulmans et juifs qui ont sur ce point une tolérance zéro, en toute hypocrisie . S'il n'y avait pas d'homosexuels à kippa ou en djellabah, ça se saurait ! Vous aussi, priez, priez pour être tolérants, mais je crois que je pisse dans un violon en demandant celà .
« A monsieur le professeur Théodore Tronchin
à Genève
Mercredi [18 janvier 1758] à midi
J'apprends le danger où est monsieur votre fils . Mon cher Esculape je compte sur votre art, vous aurez donné deux fois la vie à cet enfant si digne de vivre . Vous êtes sans doute uniquement occupé de cette négociation avec la nature, et vous laissez actuellement reposer celle de votre clergé .
Si vous écrivez une seconde fois à M. d'Alembert il vous répondra probablement qu'il m'a chargé de ses intentions et alors il ne sera peut être pas impossible de trouver un biais qui contente tout le monde .
Il vous a déjà répondu qu'il n'a pas dit un mot qui puisse faire croire que les ministres de Genève ne sont pas chrétiens etc. , c'est un commencement de paix .
Le temps calmera les esprits et je serais très heureux de pouvoir y contribuer .
Mais de quelque religion que soient vos prêtres la mienne est de vous aimer et de m'intéresser toute ma vie bien tendrement à tout ce qui vous touche . C’est aussi la profession de foi de Mme Denis .
V. »
23:45 | Lien permanent | Commentaires (0)
je suis comme la bonne vieille qui disait « Il est vrai que je les ai mis tous deux au lit; mais je ne me mêle de rien
... Avec Sarko dans le rôle de la vieille et Henri Guaino et Jean-François Copé qui dans le même lit tirent la couverture et fricotent . S'ils font des enfants, noyez-les sans remord, cette race ne doit pas perdurer .
Le fait que 63% des Français estiment que Sarko le vibrion a encore un destin politique n'est pour moi que le reflet de leur désir masochiste d'en prendre encore plein la g...
Laissez-moi rire

« A M. Jean-Robert TRONCHIN,
à LYON
Lausanne, 17 janvier [1758].
Malgré les housards d'Hildbourghausen, voici encore une lettre 1, et les mesures sont prises pour que ce petit commerce de galanterie ne soit pas interrompu. S'il y a du mal, je m'en lave les mains je suis comme la bonne vieille qui disait « Il est vrai que je les ai mis tous deux au lit; mais je ne me mêle de rien. »
L'évêque de Breslau s'est enfui en Moravie et a abandonné son troupeau. L'impératrice 2 court les processions, et fait des neuvaines pour son carnaval. Le roi de Prusse a fait mettre en prison un certain Kiou ou Kieu 3, général d'infanterie, le lendemain qu'il a été nommé général.
La personne respectable 4 à qui mon cher correspondant donnera l'incluse apprendra peut-être une autre nouvelle en lisant cette lettre, c'est qu'on désire la paix très-sincèrement. La paix et la Silésie sont deux bonnes choses. Le roi de Prusse en a déjà une, et qui sait si Son Éminence ne pourrait pas parvenir à donner l'autre ? Ses conseils ne doivent-ils pas être écoutés ? N'est-il pas à portée de les donner ? Et n'en a-t-on pas un besoin qui deviendra tous les jours plus grand ? Pour moi, j'espère en sa prudence et en ses lumières.
On dit en Allemagne que si le roi de Prusse envoie quinze mille hommes du côté de Cassel, l'armée française, délabrée, pourra se trouver en presse entre messieurs de Prusse et messieurs de Hanovre. Franchement, il serait bien humiliant d'être frotté deux fois par le marquis 5.
En vérité, il serait digne de Son Éminence de prévenir tous les désastres mais je dois me borner à faire des souhaits, et m'en tenir au rôle de la bonne vieille.
J'ai pourtant une chose assez grave à dire, et sur laquelle Son Éminence peut compter c'est que le roi de Prusse n'aime point du tout les Anglais, et se soucie fort peu de Hanovre. Je serais fâché que Son Excellence se souciât aussi peu de remédier à nos fautes . Je suis persuadé qu'il peut faire beaucoup de bien et qu'il peut empêcher qu'on se conduise par dépit et par pique .
Que sont devenus cependant ces tapis de Turquie pris aux Anglais et vendus à Marseille ? S'ils étaient à bon marché je serais charmé de fouler aux pieds les richesses anglaises .
Adieu mon cher ami . L'oncle et la nièce vous embrassent de toutes leurs forces .
V. »
1 Cette lettre de Frédéric II transmise par Wilhelmine avec sa lettre du 2 janvier ne nous est pas parvenue .
3 Le lieutenant général baron Friedrich Wilhelm Kyau fut mis en prison avec deux autres généraux pour la façon dont ils avaient capitulé à Breslau en novembre 1757 .
11:51 | Lien permanent | Commentaires (0)
23/03/2013
C'est cet amas de dogmes absurdes toujours expliqués et toujours contredits qui est encore le fléau du genre humain
... Que ce soit en politique, en matière de religions, en options financières et économiques, les dogmes montrent leurs limites mais on continue de les soutenir, d'en créer de nouveaux si besoin , et d'aller droit dans l'irrationnel et le chaos .
Petite dédicace aux fans de Sarko qui hurlent à la manipulation, au coup monté, à l'injustice : "Où est donc cette haine et ce mépris public dont vous parlez ?", n'en seriez-vous pas les premiers auteurs ?

Rassurez-vous : nascetur ridiculus mus , et vous retournerez à vos luttes intestines sereinement , n'est-ce pas Copé copain-clopant ?
« A monsieur le professeur Théodore TRONCHIN
à Genève
A Lausanne 15 janvier [1758]
Oui, sans doute il en faut une 1 mon cher ami et même il la faudrait meilleure que la vôtre , moins souillée d'une scolastique impertinente qui est l'arsenal des fripons et plus ornée d'augustes cérémonies qui imposent aux sots . Le sultan va tous les vendredis à la mosquée de Sophie entouré de solaks 2 et d'azamoglans 3. Mais jamais il n'y eut de sédition à Stamboul au sujet de la consubstantiabilité 4 de Mahomet . Depuis cinq mille ans que les Chinois existent en corps de peuple, la religion simple des lettrés n'a pas souffert la moindre altération et leurs annales ne font mention d'aucune querelle . Il n'en est pas ainsi chez vous autres misérables qui avez changé presque chaque année depuis dix-sept-cent-cinquante-sept ans et qui êtes divisés en autant de sectes absurdes que la partie du globe où vous rampez a de provinces .
Les hommes dites-vous sont pour la plupart des coquins et des bêtes . Vous ne voudriez pas les rencontrer dans un bois et moi je ne voudrais pas les rencontrer dans un temple après les assassinats de Jean Hus, de Dubourg, de Servet, d'Antoine et de Barneveldt, après leurs autodafés et leurs Saint Barthélémy .
Ce sont pourtant des disputes puériles qui ont fait couler ces torrents de sang et qui troublent encore la terre . C'est cet amas de dogmes absurdes toujours expliqués et toujours contredits qui est encore le fléau du genre humain . Les scélérats de la populace et les princes disent qu'il n'y a point de religion parce que leurs bonzes prêchent une religion ridicule 5. Ils ne tireraient point cette conclusion funeste si les bonzes se contentaient de crier qu'il y a un dieu rémunérateur et vengeur 6. Quel est l'homme qui oserait s'élever contre un dogme si naturel, si saint et si utile ? M. d'Alembert a le courage de vous dire que vous approchez de ce culte simple et divin et vous auriez la lâcheté de lui en savoir mauvais gré messieurs ! et cela de peur qu'il ne vienne quatre Anglais de moins par an monter de mauvais chevaux de votre académie 7! Et moi je vous dis qu'il en viendra davantage puisque tout le parlement d'Angleterre pense comme vous . Le duc de Savoie viendra-t-il vous assiéger parce que vous serez du sentiment de Sabellius, d'Eusèbe et d'Origène ? Craignez-vous votre peuple ? La plus saine partie embrasse votre opinion . Oui mon cher ami il se fait une révolution dans les esprits et à Berne , à Lausanne les plus éclairés disent ce que M. d'Alembert vous fait l'honneur de vous attribuer . Où est donc cette haine et ce mépris public dont vous parlez ? Quelques bœufs de Hollande , quelques prédicants d'un peuple qui foule aux pieds le crucifix quand il va vendre du gérofle au Japon, ne flétriront pas la réputation d’une ville de gens d'esprit et d'honnêtes gens .
Il faut partir d'où l'on est et ne se point faire d'illusion . Tout le monde sait la manière dont vous pensez à Genève . Ce père Maire 8 que vous avez eu la bonté de guérir en parlait souvent . Tous vos ministres chez qui je n'ai jamais mangé et chez qui d'Alembert dinait tous les jours se sont expliqués hautement avec lui . S'ils désavouent leur croyance c'est alors qu'ils seront couverts du mépris public et M. d'Alembert ne se taira pas dans Paris .
S'il est vrai qu'on ait proposé de se plaindre au ministère de France on a eu certainement l'idée la plus ridicule et la plus dangereuse qui pût tomber dans des têtes égarées .
Je puis vous répondre qu'un homme comme M. de Bernis ne prendra pas leur parti et si les choses s'aigrissaient je crois savoir de bon lieu qu'on s'élèverait contre une certaine contrebande et un certain manège de contrefaçon qui est bien d'une autre importance pour le gouvernement de France que la profession de foi des hérétiques .
Je vous parle à cœur ouvert parce que je connais votre probité . Je vous ouvre mon cœur . Vos prêtres feront ce qu'ils voudront mais il est de votre intérêt de conserver votre crédit sur eux en les empêchant de faire des sottises . Gagnez du temps je vous en conjure . Le temps est le maître de tout .
J'aurais plus que personne le droit de me plaindre de M. d'Alembert . Il a renouvelé dans son article cette lettre écrite à Thieriot qui m'attira des libelles diffamatoires de la part de vos ministres de paix , lettre que je n'ai jamais écrite telle qu'elle a été imprimée, lettre que je désavoue, monument du Mercure galant 9 qui ne devait pas être cité dans l'Encyclopédie . Mais je suis loin de me plaindre de M. d'Alembert et même de vos prêtres qui m'ont insulté d'une manière si lâche et si odieuse . Il est vrai que je n'ai pas lu leurs libelles et que j'ai lu l'article Genève avec un grand plaisir .
Je sais que quelques-uns de vos prêtres font courir le bruit dans les rues basses que j'ai part à l'article Genève dans lequel je suis loué . Je ne mérite certainement pas ce ridicule . Mais vous voyez que je leur rends le bien pour le mal puisque je vous supplie d'empêcher qu'ils se déshonorent . Je ne m'ouvre qu'à vous ; je me tais avec tout le monde et je dois me flatter que rien ne troublera la tranquillité du peu de jours qui me restent à vivre .
Comptez que tant que je vivrai vous n'aurez jamais de plus zélé partisan et d'ami plus tendrement attaché que moi .
N.B. Il y a des ministres qui disent , qui écrivent qu'à une ou deux lignes près on ne doit que des remerciements à M. d'Alembert . Pourquoi donc tout ce bruit ? Nascetur ridiculus mus10. Pardon, j'ai voulu vous dire une fois tout ce que j'ai sur le cœur . Je suis bien malingre et je prends encore cet état patiemment . »
2 V* écrit dans l'Histoire de Charles XII roi de Suède : « Le grand seigneur va tous les vendredis à la mosquée entouré de ses solaks, espèce de gardes dont les turbans sont ornés de plumes si hautes qu'elles dérobent le sultan à la vue du peuple. »
3 Selon le Littré : « dans le sérail, enfant chargé des fonctions les plus basses et les plus pénibles. »
4 Ce terme ainsi orthographié est retrouvé dans la lettre à d'Argental du 5 février 1758 : page 388 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k411355v/f391.image
6 Sur cette formulation du déisme ou théisme, voir les Notebooks, I, 71 et références complémentaires ; voir aussi : http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9isme
7 Il s'agit de l'école d'équitation de Pierre-Adolphe d'Hervilly de Malapert très fréquentée par les étrangers .
8 Voir lettre du 8 juillet 1757 à d'Alembert : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2012/11/20/je-ne-sais-encore-si-l-absurdite-de-ces-gens-la-doit-me-fair.html
10 Il naitra une souris ridicule ; Horace, Art poétique ; équivalent du proverbe : la montagne accouche d'une souris et la fable de La Fontaine : http://www.eternels-eclairs.fr/jean-de-la-fontaine-les-fables-livre-V.php#La+Montagne+qui+accouche
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