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21/12/2014

on ne reçoit point de moines sans savoir d'où ils viennent, et qui ils sont

... A en juger par l'image, ils sont à poil en attendant que la lessive sèche , autrement dit , ils n'ont plus rien à cacher , enfin je suppose .

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« A Jean Le Rond d'Alembert

15 décembre 1759 aux Délices

Votre Siméon Valette ou /Valet ou La Valette 1 est chez moi, mon cher philosophe, il s'est fait moine dans mon couvent . Mais on ne reçoit point de moines sans savoir d'où ils viennent, et qui ils sont . Cet homme ne donne aucun renseignement . Il paraît assez bon diable, mais je veux qu'au moins je sache qui est ce diable . Où l'avez-vous connu ? qui répond de lui ? quis, quid, ubi, quibus auxilliis, cur, quomodo, quando 2? Nous allons donc avoir la paix . Votre pension berlinoise sera bien assurée 3. Je vous plaindrai si vous restez à Paris, je vous plaindrai si vous allez en Prusse, mais partout où vous serez je vous aimerai de tout mon cœur . Mes compliments à frère Berthier et à tutti quanti .

V. »

2 Qui, quoi, où, avec quel concours, pourquoi, comment, quand . Telles sont les questions que la rhétorique enseigne à répondre pour nourrir un développement .

3 Frédéric II assurait en effet une pension à d'Alembert . En 1752, Frédéric II, roi de Prusse, qui admirait fort les écrits de d'Alembert et avait conçu pour sa personne une vive sympathie, s'efforça de l'attirer à Berlin. D'Alembert ne voulut point quitter la France; mais en 1754 il accepta de ce prince une pension de douze cents livres. Une autre de la même somme lui fut accordée en 1756, par le roi Louis XV, à la sollicitation de M. d'Argenson, alors ministre.

 

Et parcus victus cum deficiente crumena = Et une vie frugale, et une bourse vide

... Vous attend inéluctablement après cette période de fêtes dispendieuses si vous vous laissez influencer par les sirènes de la publicité et le désir d'épater la galerie .

Je ne m'étendrai pas sur le  sujet de mensonges aux petits enfants, prétexte à stupides déclarations, le père Noël qui, pour moi, rejoint la fabuleuse engeance de la mouche qui pète et la poupée qui tousse .

 

tous en slip.jpg

... Sauf vous mesdames !

 

« A Charles de Brosses, baron de Montfalcon

12 décembre [1759]

Croyez-moi, monsieur, partageons à peu près notre petit différent par la moitié 1. Cent mille francs vous conviendraient-ils ? 40000 en signant le contrat ? 30000 dans un an et la rente de 30000 ? voilà tout ce que je peux, et en vérité vous devez accepter des offres qui paraissent très raisonnables à tous ceux que j'ai consultés .

Si vous vous déterminez monsieur ayez la bonté de vous arranger pour les lods et ventes avec M. d'Espagnac, je voudrais une diminution des deux tiers . Girod pourrait sonder Fabry, et vous vous chargeriez de Mgr le comte de La Marche . Je prendrai aussi les devants pour m'assurer la conservation des droits de l'ancien dénombrement, et la réunion des terres . Je crois monsieur que voici le temps où ceux qui ne sont point présidents des parlements doivent vivre à la campagne . Il vous faut à vous autres messieurs des belles villes et de bonnes rentes qui viennent aisément vous trouver dans vos palais . Mais pour moi

Flumina amem silvas que inglorius .2

Vous me faites trop d'honneur . Gratia et valetudo 3 me manquent net . Dites

Et parcus victus cum deficiente crumena 4.

Je vous offre tout ce qui reste dans cette crumena malheureuse, sans laquelle on ne peut vivre à moins que ce ne soit parmi les sauvages . J'ai vu l'année 1709 5 mais notre 1759 est encore pire pour les crumenae . C'est à vous monsieur à ressusciter le pays de Gex, mais il faut faire entendre raison à ceux qui le tuent ; et cela peut être sera difficile .

J'ai allégué à M. le chancelier et à M. le procureur général de Dijon l'exemple d'un jugement sur un délit commis précisément au même endroit où Panchaud a défendu ses noix 6. Il ne s'agissait pas de noix mais d'un meurtre , le coupable fut pendu au nom du roi et aux frais du roi . La justice du seigneur doit finir au grand chemin, et c'est entre le grand chemin et le lac que la bataille des noix a été donnée .

J'ai écrit au bibliopole 7 pour Jugurtha et pour Catilina . Vous aurez incessamment monsieur la première feuille , et j'attends avec impatience le moment de les voir toutes . Il me semble que vous pourriez nous gratifier encore de quelques autres ouvrages , remplis, dit-on, de vérités dont nous avons besoin . Continuez monsieur à faire honneur aux lettres, et à m'honorer de vos bontés .

V. »

1 Le différend sur le prix de Tournay . De Brosses écrit vers le 7 décembre : « Vous continuez donc d'être à mon égard un Satan tentateur . Vous me dites d'abord que j'ai déjà reçu à compte de 47 mille livres . Là-dessus j'ai secoué votre lettre, et n'en voyant point tomber de lettre de change de 12 mille livres j'ai pris mon barème qui m'a toujours dit 35 […] Or ça parlons raison . Vous avez entendu à peu près mon mot, mais puisque vous voulez que j'en rabatte […] vous donnerez de surplus 120 mille livres, la moitié ou le tiers comptant, le reste aux termes qui vous conviendront . Si cela ne vous agrée pas, tout est dit […] si cela vous convient j'enverrai ma procuration […]. quant aux lods et ventes , je ferai mon possible auprès de M. le comte de La Marche […] . je connais fort aussi MM. de Saint-Simon et d'Espagnac qui sont les principaux de sa maison [...].Au milieu de tant de désastres je ne laisse pas que de faire des efforts pour tacher de faire mettre en liberté notre pauvre petit pays de Gex […] Vous devriez bien joindre ici votre crédit et vos amis qui sont en grand nombre . »

2 Puissè-je , dans mon obscurité, me contenter des bois et des rivières ? ; Virgile, Georgiques, II, 486 .

3 Horace, Épîtres, I, IV, 10 ; dans le texte d’Horace, ces mots qui représentent ce que souhaite une nourrice à l'enfant qu'elle élève, signifient « la faveur et la santé » ; V* joue sans doute sur le sens de gratia, la grâce, au sens théologique .

4Et une vie frugale, et une bourse vide ; Horace, Épîtres, I, IV, 11 .

5 L'hiver rigoureux et prolongé de 1709 était resté fameux , c'était le grand hiver (V* l'a vécu au collège Louis Le Grand) . Voir : http://www.histoire-pour-tous.fr/histoire-de-france/3971-le-grand-hiver-de-1709.html

6 Voir la lettre du 30 novembre 1759 à Fabry : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/12/06/et-c-est-par-dela-le-grand-chemin-vers-le-lac-que-le-crime-concernant-les-d.html

et du 3 décembre 17459 à De Brosses : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/12/10/je-ne-sais-ce-que-je-fais-tant-j-ai-je-n-ose-pas-dire-de-pla-5507498.html

à laquelle De Brosses a répondu : «  […] je connais il y a longtemps le Suisse de La Perrière pour un fieffé garnement . Il y a plusieurs années que j'ai recommandé qu'on le chassât et je croyais même que cela était fait […] Le meilleur de vos huit arguments est que le lieu où s'est commis le délit est hérétique, et par conséquent hors de la justice de Tournay qui est la plus papiste du monde […] je puis vous répondre d'avance de faire en sorte que par la discrétion du prêteur [les frais] seront réduits à beaucoup moins que les mille écus dont on vous menace . » Sur cette affaire, voir notamment les mémoires de juillet 1760 ainsi que la suite de la correspondance .

7 Voici un emploi de ce mot antérieur au premier emploi attesté par les dictionnaires étymologiques . Il est emprunté au grec qui signifie libraire . V* répond ici à la fin de la lettre de De Brosses : « Dites à M. Cramer qu'il m'envoie cette feuille imprimée de mon Salluste qu'il doit m'envoyer pour essais, afin que je puisse juger du format et vois combien l'ouvrage fera de volumes . Il y a un siècle que je l'attends. » Pour Salluste, voir lettre du 23 septembre 1758 à De Brosses : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2013/11/03/mon-grand-plaisir-serait-de-n-avoir-affaire-de-ma-vie-ni-a-u.html

L'allusion qui suit à « quelques autres ouvrages » désigne sans doute Du culte des dieux fétiches ou Parallèle de l'ancienne religion de l’Égypte avec la religion actuelle de Nigritie, 1760, ( http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k106440f )

dont De Brosses envisageait déjà la publication plus d'un an auparavant .

 

 

20/12/2014

qui, en se laissant battre neuf années de suite, apprit à battre l'ennemi le plus intrépide

... Parlerait-on ici de ce malheureux Bayrou, de cet exécrable Le Pen et sa Marine de fille, serait-ce prémonitoire pour l'agité et menteur Sarkozy, je n'ose me prononcer ; Mme Soleil n'est plus là pour m'éclairer et Elisabeth Teissier pédale dans la semoule .

 Et puis, au fait , peut-on parler d'intrépidité à propos de candidats politicards ? Ennemis, certes, mais sans plus !

 intrepide ennemi.png

 

« A Élie BERTRAND.
De quoi vous avisez-vous, mon cher ami, de donner sitôt de l'argent 1 à Panchaud ? Il n'en a pas probablement tant de besoin que vous ; c'était à lui d'attendre votre commodité. Vous êtes bien heureux de n'avoir pas votre bien à Leipsick ; le roi de Prusse vient encore de lui extorquer 300000 écus. Tout ce qu'on voit, à droite et à gauche, fait aimer et estimer ce pays-ci, surtout si le sage gouvernement de Berne ne donne pas des lettres de naturalité à ce fripon de Grasset. Je crois qu'il faudra faire paraître à la fois les deux volumes de l'Histoire de Pierre le Grand, le plus sage et le plus grand des sauvages, qui a civilisé une grande partie de l'hémisphère, et qui, en se laissant battre neuf années de suite, apprit à battre l'ennemi le plus intrépide. Ce qui se passe aujourd'hui est juste le revers de Pierre; on a commencé par des victoires, on finira par le plus affreux revers. On m'écrivait le 17 novembre : Je vous en dirai davantage de Dresde, où je serai dans huit jours.
Vous voyez ce qui est arrivé le troisième jour. Pour la France, il n'y a rien à en dire. Il n'y a qu'à n'avoir point d'argent chez elle.
Mille tendres respects à M. et à Mme de Freudenreich. Voilà des gens sages et aimables ; je leur suis attaché pour ma vie.
Je vois, par mes archives, qu'un seigneur de leur nom 2 a possédé ma terre de Fernex, au XVIe siècle. Cela me rend tout glorieux.
Bonsoir, mon cher ami ; je vous embrasse tendrement de tout mon cœur. 

12 décembre 59 3»

1 Voltaire, un an auparavant, avait prêté cinquante louis à Bertrand en novembre 1758 ; voir lettre du 27 novembre 1758 : .http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2013/12/16/des-jesuites-qui-sont-plus-riches-que-vous-mais-qui-ne-sont-5248005.html . Panchaud : propriétaire de Montriond , -avec M. de Watteville,- que V* loua à Lausanne .

2 C'est faux ; la famille d'où sortiront les seigneurs de Fernex en 1453 s'appelait Frédéric ou Frédérick (Genève, Société d'histoire et d'archéologie )

3 Pour le mois écrit Xbre selon l'usage, V* a d'abord mis 9 bre, ensuite corrigé ; néanmoins Bertrand a endossé «  12è 9è 1759 » . Il n'est pas impossible que l'un et l'autre aient été influencés par la date du prêt .

 

 

19/12/2014

Je pense que tout le monde est devenu fou ; cela ne serait rien, si l'on n'était pas devenu aussi gueux

... Soyons fous, gueux !

miracle des gueux.jpg

 

 

 

« Au marquis Bernard-Louis de CHAUVELIN,
ambassadeur à Turin.

Aux Délices, 11 décembre [1759].

Il est bien beau à Votre Excellence de songer à des tragédies françaises, quand vous avez des opera italiens. Pour moi, je renonce cet hiver aux uns et aux autres. Phèdre, non pas la Phèdre de Racine, mais Phèdre, le conteur de fables, dit :

Vaces oportet, Eutiche, a negotiis,
Ut liber animus sentiat vim carminis.
1

 
Je maintiens que le public de Paris est comme ce M. Eutichius ; il n'est pas en état de sentir vim carminis.2 Il lui faut argent, gaieté, succès; il n'a rien de tout cela; il siffle tout pour se venger.
J'avais fait ma Chevalerie dans un temps moins malheureux, et j'espérais que vous pourriez la voir à Paris. Vous et madame l'ambassadrice l'avez assez honorée dans ma petite retraite.
M. le duc de Choiseul est, je crois, à présent un vrai Eutichius ; moi, chétif, je suis attristato, malinconico, ammalato 3. L'hiver me rend de mauvaise humeur ; il m'ôte le plaisir de me ruiner en bâtiments. J'essuie des banqueroutes. Les misères publiques poussent jusqu'au mont Jura, et viennent m'y trouver.
Vraiment oui, monsieur, j'ai reçu une lettre du roi de Prusse ; j'en ai reçu trois en huit jours. Je suis comme les gens de l'île des Papegaux 4 : « L'avez-vous vu, bonnes gens, l'avez-vous vu ?
Eh oui, pardieu ! nous en avons vu trois, et nous n'y avons guère profité. 5» Cette petite affaire me paraît aussi épineuse que celle de ce rude abbé d'Espagnac, qui ne finit point, et qui s'amuse à présent à condamner le lit de justice.
Je pense que tout le monde est devenu fou ; cela ne serait rien, si l'on n'était pas devenu aussi gueux. Je crois pourtant que Luc écrira à votre ami 6 avant un mois. Pour moi, je vous remercierai toujours des bontés dont vous m'avez honoré auprès de cet épineux d'Espagnac. Il devrait bien plutôt songer à tirer le pays de Gex de la misère qu'à grimeliner 7 des lods et ventes.
Il ne m'appartient pas de parler à Votre Excellence des affaires publiques ; mais il faut que je vous conte un trait assez singulier qui a quelque rapport à ce qui se passe sur terre. Vous savez que le roi de Prusse m'écrit quelquefois en vers et en prose, quand il a fait sa revue et joué de la flûte ; or il m'écrivait le 17 de novembre : « Nous touchons à la fin de notre campagne ; elle sera bonne, et je vous écrirai, dans une huitaine de jours, de Dresde, avec plus de tranquillité et de suite qu'à présent ; » et vous savez, au bout de trois jours, ce qui lui est arrivé 8. Je trouve partout la fable du Pot au lait 9. Quel pot au lait que ce Silhouette ! Son premier début m'avait séduit. Ce traducteur du Tout est bien, de Pope, m'a vite rangé du parti de Martin, et m'a fait voir combien tout est mal. Il faut tâcher de vivre comme le seigneur Pococurante. Mais il y a un seigneur qui me paraît de tout point préférable ; c'est le plus aimable des hommes, mari de la plus aimable des femmes. Je leur présente à tous deux, avec leur permission, les plus tendres respects.

V. »

1 Il faut, Eutichius, que tu lances tes occupations, pour que ton esprit libre sente la force du poème . Phèdre , Fables, III, prologue, v. 2-3 : http://latinjuxtalineaire.over-blog.com/article-24810395.html

2 La force du poème .

3 Attristé, mélancolique, malade, ce sont presque les termes du début de la lettre à Algarotti du 10 décembre 1759 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/12/17/la-musique-change-c-est-une-affaire-de-gout-et-de-mode-mais-5514916.html

4 Voyez Pantagruel, liv. IV, chap. XLVIII; comment Pantagruel descendit en l'isle des Papimanes. — C'était de mémoire seulement que Voltaire en citait ce passage.

V* écrit papes gaux en deux mots . Les trois lettres de Luc sont sans doute celles des 12, 17 et 19 novembre ; voir lettre du 4 décembre 1759 à Frédéric II qui répond à celle du 19 novembre : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/12/12/quelle-idee-quel-contraste-quel-mot-5509288.html

6 Le duc de Choiseul

7 De grimelin, petit écolier, signifie « jouer petit jeu » comme des enfants . Le sens du texte est tout proche de celui-là . Littré dit «  se ménager quelque petit profit dans une affaire . »

 

 

18/12/2014

vous vous acquitterez insensiblement d'une grande partie de votre dette, sans débourser d'argent ; ce marché pourrait durer longtemps et serait commode pour vous et pour moi

... Yeah !

8, oui, vous lisez bien HUIT centimes d'euro supplémentaires pour chaque heure de travail d'un SMICard à compter du 1er janvier 2015 ; modérez votre joie de futurs millionnaires, c'est une augmentation brute , 12,14€ par mois : une place de cinéma et un petit cornet de pop corn , une vie de nabab nous tente inexorablement .

On dit "merci" ? sans coup de pouce à attendre du ministère (le Sapin est un sapin givré et le ridicule ne tue pas encore).

Et : "encore !" ce n'est qu'un début !

 http://www.lefigaro.fr/emploi/2014/12/18/09005-20141218AR...

smic cagnotte.png

 Le SMICAGNOTTE nouveau est arrivé

 

«  A François Guillet, baron de Monthoux, au château d’Annemasse . Recommandé à M. Mirabaud

[vers le 10 décembre 1759] 1

Monsieur, une indisposition de quelques jours m'a privé jusqu'à présent de répondre à l'honneur de votre dernière lettre par laquelle vous me fîtes savoir l'emploi des 12000 livres ; je n'ai jamais douté de votre exactitude, je vous avais seulement averti des difficultés qu'on me faisait à Genève ; je vous serai très obligé de vouloir bien me procurer le plus que vous pourrez d'avoine . Si vous pouviez m'en fournir trois à quatre cents coupes à 4 livres de France comme vous l'avez proposé dans vos lettres, vous vous acquitterez insensiblement d'une grande partie de votre dette, sans débourser d'argent ; ce marché pourrait durer longtemps et serait commode pour vous et pour moi .

Je serai toujours à vos ordres, et j'ai l'honneur d'être avec le plus respectueux attachement,monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur .

Voltaire »

1 Monthoux note sur la lettre : « Voltaire – par laquelle il m'offre 4 francs de France la coupe de l'avoine à continuer les années suivantes. »

 

 

17/12/2014

La musique change, c'est une affaire de goût et de mode ; mais le cœur humain ne change pas

... https://www.youtube.com/watch?v=Fk0V_GGa2XM&list=RDFk0V_GGa2XM#t=9

 Shine on you ! crazy men !!

 

resto du coeur.jpg

 

« Au comte Francesco ALGAROTTI.
Aux Délices, 10 décembre 1759
Quando mi capito la vostra gentile epistola, stava bene, e ne fui allegro tutto il giorno ; ma sono ricaduto, sto male, e sono pigro, attristato, malinconico, ho abbandonato un mese i miei armenti, e l'istoria, e la poesia, ed ancora voi stesso, Cigno di Padova, che cantate adesso sulle sponde del picciol Reno, parvique Bononia Reni 1.
Vi parlerô prima dell' opéra rappresentata nella corte di Parma,
Che quanto per udita io ve ne parlo ;
Signor, miraste, e feste altrui mirarla.2

Il vostro
Saggio sopra l' Opéra1 in musica 3 fu il fondamento della riforma del regno de' castrati. Il legame delle feste e dell' azione, a noi Francesi si caro, sarà forse un giorno l' inviolabil legge dell' opera italiana 4.

Notre quatrième acte de l'opéra de Roland 5, par exemple, est en ce genre un modèle accompli. Rien n'est si agréable, si heureux que cette fête des bergers qui annoncent à Roland son malheur ; ce contraste naturel d'une joie naïve et d'une douleur affreuse est un morceau admirable en tout temps et en tout pays. La musique change, c'est une affaire de goût et de mode ; mais le cœur humain ne change pas. Au reste la musique de Lulli était alors la vôtre ; et pouvait-il, lui qui était un valente buggerone di Firenze 6, connaître une autre musique que l'italienne ? Je compte envoyer incessamment à M. Albergati la pièce que j'ai jouée sur mon petit théâtre de Tournay, et qu'il veut bien faire jouer sur le sien, en cas qu'il ne soit point effrayé d'avoir commerce avec une espèce d'hérétique, moitié Français, moitié Suisse. Je crois, messieurs, que, dans le fond du cœur, vous ne valez pas mieux que nous ; mais vous êtes heureusement contraints de faire votre salut.
M. Albergati m'a mandé qu'il avait vraiment une permission de faire venir des livres. 0 Dio ! o Dei immortales !7 Les jacobins avaient-ils quelque intendance sur la bibliothèque d'un sénateur romain ? Yes, good sir, I am free and far more free than all the citizens of Geneva. Libertas, que, sera, tamen respexit sed non inertem.8 C'est à elle seule qu'il faut dire : Tecum vivere amem tecum obeam libenter 9. Cependant j'écris l'histoire du plus despotique bouvier 10 qui ait jamais conduit des bêtes à cornes ; mais il les a changées en hommes. J'ai chez moi, au moment que je vous écris, un jeune Soltikof, neveu de celui qui a battu le roi de Prusse ; il a l'âme d'un Anglais, et l'esprit d'un Italien.

Le plus zélé et le plus modeste protecteur des lettres que nous ayons à présent en Europe est M. de Schouvalow, le favori de l'impératrice de Russie : ainsi les arts font le tour du monde. J'ai bien peur que bientôt ils ne périssent à Berlin . Le roi de Prusse me mandait le 17 novembre : je vous écrirai dans trois jours de Dresde … et au bout de trois jours il perd vingt mille hommes .

Du triomphe, à la chute il n'est souvent qu'un pas 11.
Niente dal vostro librajo ; ve l' ho detto, a un mancatore 12. Annibal et Brennus passèrent les Alpes moins difficilement que ne font les livres. Intérim, vive felix, and dare to come to us 13.

V. »

1 Silius Italicus, Les Guerres Puniques, VIII, 599 ; voir : http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/Silius_puniquesVIII/lecture/6.htm

2 « Qui, à ce qu'en dit la renommée / A été admirée de vous et que vous avez fait admirer aux autres . » Arioste, Orlando furioso, chant XL, 1, citation inexacte ; « che quanto per udita io ve ne parlo,
Signor, miraste, e feste altrui mirarlo », voir :http://www.atuttascuola.it/orlando/orl40.htm

3 Essai d'Algarotti publié pour la première fois en 1755 . Le chevalier de Chastellux publiera une traduction de cet Essai en 1773.

4 Traduction : Quand je reçus votre gentille lettre, j'étais bien portant, et je fus allègre tout le jour. Mais je suis retombé malade, et redevenu paresseux, triste, mélancolique; j'ai abandonné mes troupeaux, et l'histoire, et la poésie, et vous-même, cygne de Padoue, qui chantez maintenant sur les bords du petit Rhin, « du petit Rhin de Bologne ». Je vous parlerai d'abord de l'opéra représenté à la cour de Parme, quoique je n'en parle que d'après ce que j'en ai ouï dire : vous l'avez admiré et l'avez fait admirer. Votre Essai sur l'Opéra a amené la réforme du règne des castrats. Le lien des fêtes et de l'action, si cher à nous autres Français, sera un jour l'inviolable loi de l'opéra italien.[NB : on a traduit par tragédie le mot opera qui peut signifier aussi bien œuvre dramatique qu'opéra ; l’œuvre jouée à parme était La Sémiramis, tragédie en musique d'après Sémiramis de V* ; voir lettre du 24 septembre 1759 au marquis Cappacelli : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/10/11/m... ]

5 Paroles de Quinault, musique de Lulli; 1685. Voir : http://sitelully.free.fr/livretroland.htm

et écouter : https://www.youtube.com/watch?v=sovAsG6kHL8

6 Un fameux bougre de Florence ; les mots de « bougre » et homme de Florence » sont appliqués par La Fontaine à Lully dans son épître satyrique du Florentin ; voir : http://sitelully.free.fr/contemporains.htm

Algarotti a donné b... ; le mot est pris dans la copie Beaumarchais .

7 Latin et italien mélés : ô Dieu ! Ô Dieux immortels .

8 Oui, mon bon monsieur, je suis libre et bien plus libre que tous les citoyens de Genève . La liberté qui a enfin daigné me favoriser, moi qui pourtant n'était pas inactif . La dernière phrase est adaptée de Virgile, Bucoliques, I,27 avec addition de la conjonction sed et de la négation non, ce qui renverse le sens .

9 Avec toi j'aimerais vivre, avec toi je mourrais de bon cœur . Horace, Odes, III, ix, 24 : Tecum vivere amem, tecum obeam libens .

10 Pierre le Grand .

11 Ce vers tragique n'est pas identifié .

12 Rien de votre libraire ; je vous l'ai dit, c'est un homme sans parole .

13 En attendant vis heureux, et ose venir jusqu'à nous

le secret de n'avoir aucune passion pour tous ces gens-là : c'est d'être si occupé de mes moutons, de mes bœufs et de mes blés que je n'aie pas le temps de m'intéresser aux rois

... Cette sagesse est loin d'être la norme, Closer, Gala, Voici & C° en périraient (et je ne verserais pas une larme, même de crocodile, pour eux ) .

 

 

 

« A Marie-Ursule de Klinglin, comtesse de LUTZELBOURG.
Aux Délices, 9 décembre.
Dès que Colini sera prêt à partir 1, madame, je lui enverrai assurément une lettre pour l'électeur palatin, dont on prétend que le pays commence à être exposé aux visites des Hanovriens.
Il faut avouer que jusqu'ici la France ne sert pas trop bien ses amis. Je n'imiterai pas ce triste exemple; je servirai Colini de tout mon cœur. Vous me paraissez depuis longtemps, madame, détachée tout à fait de Marie-Thérèse ; les grandes passions s'usent ; celle que vous avez pour le roi de Prusse s'usera de même.
Je crois avoir trouvé le secret de n'avoir aucune passion pour tous ces gens-là : c'est d'être si occupé de mes moutons, de mes bœufs et de mes blés que je n'aie pas le temps de m'intéresser aux rois. Je vous assure que la vie pastorale est un beau contraste avec la vie horrible qu'on mène auprès d'eux, sans compter la mort ou la pauvreté qu'on va chercher pour eux. La France a perdu cent mille hommes depuis trois ans ; et à présent elle n'a pas plus de vaisseaux que de vaisselle. Notre or et notre sang inondent l'Allemagne. Quiconque avait des effets publics est ruiné. Il faut aimer ses moutons quand on en a ; mais, si j'avais un Silhouette pour berger, ils mourraient tous de la clavelée 2.
Monsieur votre fils va-t-il encore se ruiner et hasarder sa vie ?
Où est-il, madame ? Permettez que je l'assure de mon respectueux attachement, ainsi que votre bonne et fidèle amie. Si vous avez autant de neige que nous, il faudra que le carnage cesse cet hiver. Tâchez d'être heureuse pour vous dépiquer 3.
Je suis à vos pieds pour ma vie.

V. »

3 Pour dissiper ces sujets de mécontentement .