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14/07/2021

Nous ne sommes d’ordinaire ni assez profonds ni assez hardis.

... Je ne sais si le discours du président peut être qualifié de profond et hardi, toujours est-il qu'il a donné un salutaire coup de pied occulte à mes chers concitoyens qui ont désormais la trouille de gâcher leurs sacro-saintes vacances faute d'être dûment vaccinés . Ce que le simple bon sens imposait, --la vaccination pour tous,--  était mis au pilori de la PERTE de la LIBERTE : la belle affaire que d'être simplement du côté raisonnable . Ne pas se faire vacciner, c'est entrer dans la Sainte-Barbe avec une torche de résine , jongler avec une grenade dégoupillée, risquer sa peau ( tant pis ! ) et celle des autres : assassin ! Voltaire a raison, les Français sont des Welches,  !

Dictionnaire infernal/6e éd., 1863/Texte entier - Wikisource

Têtus comme  ...

 

 

« A Joseph-Michel-Antoine Servan

Au château de Ferney 13è avril 1766 1 2

La lettre dont vous m’honorez, monsieur, m’est précieuse par plus d’une raison ; je vois les progrès que l’esprit, l’éloquence, et la philosophie, ont faits dans ce siècle. On n’écrivait point ainsi autrefois ; et à présent les avocats généraux des provinces laissent bien loin derrière eux ceux de la capitale. J’ai remarqué que, dans l’affaire des jésuites, ce n’est qu’en province qu’on a écrit éloquemment. C’est aussi en se formant le goût qu’on s’est défait des préjugés . Je ne parle pas de Toulouse, où le fanatisme règne encore, et où le bon goût est inconnu, malgré les jeux floraux ; mais l’esprit de la jeunesse commence à s’ouvrir à Toulouse même . La France arrive tard, mais elle arrive . Elle combat d’abord la circulation du sang, la gravitation, la réfrangibilité de la lumière, l’inoculation ; elle finit par les admettre. Nous ne sommes d’ordinaire ni assez profonds ni assez hardis. Notre magistrature a bien osé combattre quelques prétentions des papes, mais elle n’a jamais eu le courage de les attaquer dans leur source. Elle s’oppose à quelques irrégularités, mais elle souffre qu’on paye quatre-vingt mille francs à un prêtre italien pour épouser sa nièce 3; elle tolère les annates 4. Elle voit, sans réclamer, que des sujets du roi s’intitulent évêques par la permission du Saint-Siège . Enfin, elle a accepté une bulle qui n’est qu’un monument d’insolence et d’absurdité. Elle a été assez courageuse et assez heureuse pour saisir l’occasion de chasser les jésuites ; elle ne l’est pas assez pour empêcher les moines de recevoir des novices avant l’âge de trente ans. Elle souffre que les capucins et les récollets dépeuplent les campagnes, et enrôlent nos jeunes laboureurs.

Nous sommes bien au-dessous des Anglais, sur terre comme sur mer ; mais il faut avouer que nous nous formons. La philosophie fait luire un jour nouveau. Il paraît, monsieur, qu’elle vous a rempli de sa lumière. Comptez qu’elle fait beaucoup de bien aux hommes. Orphée, dites-vous, n’amollissait pas les pierres qu’il faisait danser ; non, mais il adoucissait les tigres : mulcentem tigres, et agentem carmine quercus 5. La philosophie fait aimer la vertu, en faisant détester le fanatisme ; et, si je l’ose dire, elle venge Dieu des insultes que lui fait la superstition.

J’attends avec impatience votre Moïse, dont je vous fais mes très-humbles remerciements. Je soupçonne que c’est un petit plagiat, un vol fait au livre de Gaumin 6, imprimé en Allemagne il y a cent ans ; mais il y aura sûrement des choses utiles. Plus on fouille dans l’antiquité, plus on y retrouve les matériaux avec lesquels on a bâti un étrange édifice. Depuis le bouc émissaire et la vache rousse, jusqu’à la confession et l’eau bénite, vous savez que tout est païen. Sursum corda, ite missa est 7, sont les formules des mystères de Cérès. Toute l’histoire de Moïse est prise, mot pour mot, de celle de Bacchus 8. Nous n’avons été que des fripiers qui avons retourné les habits des anciens.

Le petit livre de la prédication est de l’abbé Coyer, qui voulait 9 mettre dans des boutiques les Montmorencys et les Châtillons, et qui veut à présent que nous ayons des censeurs au lieu de prédicateurs, ou plutôt qui ne veut que s’amuser.

Je vous envoie, monsieur, un petit mot du roi de Prusse 10 qui ne plaira pas à la juridiction ecclésiastique. Si vous n’avez pas la Philosophie de l’Histoire 11, j’aurai l’honneur de vous la faire tenir, ainsi que tous les petits ouvrages qui pourront paraître.

Je suis pénétré de votre souvenir autant que je le suis de votre mérite. J’ignore si vous resterez sur le théâtre de Grenoble, mais vous rendrez toujours grand celui où vous paraîtrez. Je vous demande la continuation de vos bontés.

J’ai l’honneur d’être avec respect, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur

V.

Pardonnez, monsieur, à un pauvre malade qui n'a pu vous écrire de sa main . »

2 Il manque la ligne de la date sur l'édition de Kehl , supprimée sur la copie Beaumarchais .V* répond à la lettre de Servan du 7 avril 1766 , à la suite du voyage de celui-ci à Genève et son retour à Grenoble .

3 Thème cher à V* qu'il aborde dans la Défense de mon oncle, dans le Pot-pourri, dans les Noteboooks et autres ouvrages .

Voir : https://fr.wikisource.org/wiki/La_D%C3%A9fense_de_mon_oncle/%C3%89dition_Garnier

et chapitre XXXIX Essai sur les Mœurs  : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37524n/texteBrut

et : http://www.monsieurdevoltaire.com/2014/08/facetie-pot-pourri-partie-3.html

4 L'annate est une taxe versée au pape, équivalant à une année de revenu de certains bénéfices ecclésiastiques .

5 Adoucissant les tigres et faisant marcher le chêne avec ses chants , (Virgile, Georgiques., lib. IV, v. 510

6 Gilbert Gaulmin : voir la note 2 , page 180 de Dieu et les hommes : https://fr.wikisource.org/wiki/Dieu_et_les_hommes/%C3%89dition_Garnier/Chapitre_24

et voir lettre du 3 juin 1765 à Cramer : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2020/10/02/m-6267404.html

7 Haut les cœurs, allez la messe est dite, selon la liturgie de la messe .

8 Voir chapitre XXV, page 184 de Dieu et les hommes : https://fr.wikisource.org/wiki/Dieu_et_les_hommes/%C3%89dition_Garnier/Chapitre_25

11 Servant aujourd’hui de préface à l'Essai sur les mœurs .

13/07/2021

le grand point, mon cher Caro, c'est d'imprimer correctement

... le texte pour le téléprompteur, puis le lire avec conviction face à la nation M. le président avant de vous faire critiquer par ceux-là qui n'ont pas l'ombre d'un début de solution aux problèmes évoqués . Après les paroles, les actes ... même en vacances , sinon rentrée kaput !

 

 

« A Gabriel Cramer

[vers le 10 avril 1766]

Je renvoie à M. Caro la feuille f dont il faut me renvoyer une nouvelle épreuve .

Je le supplie de se souvenir de moi auprès du secrétaire de Charlemagne 1 . Marie-Cornélie Chiffon me disait hier, qui est-ce donc qui a imprimé votre Adélaïde du Guesclin ? Cela est plein de fautes . Vous voyez que Marie commence à être fort savante en orthographe, mais votre compositeur ne l'est guère .

M. le duc de Praslin quitte les affaires étrangères 2, M. le duc de Choiseul les reprend ; mais le grand point, mon cher Caro, c'est d'imprimer correctement .

La reine est très malade . »

2 Praslin quitte les Affaires étrangères le 4 avril 1766 pour la Marine ; son cousin le duc de Choiseul reprend les Affaires étrangères le 8 avril 1766 tout en conservant le ministère de la Guerre .

Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/C%C3%A9sar_Gabriel_de_Choiseul-Praslin

et : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tienne-Fran%C3%A7ois_de_Choiseul

12/07/2021

Il [elle] apprécie grandement le soin qu'elle prend de corriger les infamies

... Voilà ce que peut ressentir l'internaute, je l'espère, qui comme Mila  vient enfin de voir passer la justice et fait reconnaître le délit de cyberharcèlement ; cette petite correction des infamies  ne suffit pas à réparer  les dégâts, ni à empêcher la malfaisance via réseau social . Combien de Mila sont encore menacé.e.s à bas bruit  ? 

 

 

« A Mme Nicolas-Bonaventure Duchesne

Au château de Ferney, le 10 avril [1766] 1

[M. de Voltaire, qui est toujours très malade, a reçu la lettre de Mme Duchesne du 4 avril . Il apprécie grandement le soin qu'elle prend de corriger les infamies dont les éditeurs malintentionnés ont souillé l'utile ouvrage qu'elle a imprimé …

Bigex.]

1 Le manuscrit olographe de deux pages de cette lettre est passé à la vente Dubrunfaut le 22 décembre 1884 et date cette lettre de 1756 . Or le libraire Duchesne n'est mort que le 4 juillet 1765, et ce n'est donc qu'après cette date que V* put s'adresser à sa veuve .

point de guerre civile, les citoyens sont trop riches pour se battre

... D'où la Révolution des pauvres de 1789 ?

Ras-le-bol !" : 100 Français nous disent pourquoi ils font grève le 5  décembre

Et en 2021 ?

 

 

« A Louise-Dorothée von Meiningen, duchesse de Saxe-Gotha

6è avril 1766 à Ferney

Madame, j’attendais, pour avoir l’honneur d’écrire à Votre Altesse Sérénissime, que je pusse lui envoyer le recueil des bagatelles dont quelques-unes l’ont amusée ; mais les petits troubles de Genève n’ont pu encore me permettre de satisfaire votre curiosité. On me fait espérer que j’aurai ce recueil dans quinze jours. Ces querelles de Genève, qu’on lui a peintes comme quelque chose de fort sérieux, ne sont au fond qu’une querelle de ménage ; il n’y en a jamais eu de si paisible, et les médiateurs sont tout étonnés qu’on ait fait tant de bruit pour si peu de chose. Les esprits sont en mouvement, mais il n’y a pas eu la moindre violence. Un étranger qui passerait par cette ville ne pourrait pas seulement deviner que les habitants ne sont pas d’accord. Ils disputent opiniâtrement sur leurs droits, mais avec une bienséance et une circonspection étonnante, et il n’y a point d’exemple jusqu’ici d’une discorde si paisible. Il semble que les ambassadeurs ne soient venus que pour leur donner à dîner. Les choses ne se passaient point ainsi à Rome du temps de Marius et de Sylla.

Il est vrai, madame, que, depuis environ douze ans, les esprits fermentent un peu dans une partie de l’Europe ; mais, si on excepte les cours de justice appelées en France parlements, cette fermentation est presque toute philosophique.

On se moque également des papes et de Luther, on secoue un respect servile pour des opinions ridicules ; la raison gagne, et l’autorité sacerdotale perd beaucoup 1. Les princes ne peuvent que gagner à cela, car il faut avouer que leurs plus grands ennemis ont toujours été les prêtres. Je suis bien trompé, ou l’on ne se battra plus pour des billevesées théologiques. C’est le plus grand bien que la philosophie pût faire aux hommes.

Quant aux Lettres de la montagne, elles ont un peu éveillé les citoyens de Genève ; mais elles ne causeront point de guerre civile, les citoyens sont trop riches pour se battre.

Je me mets aux pieds de Votre Altesse Sérénissime avec le plus profond respect.

V.

J’apprends dans le moment que la reine de France est assez mal 2, et qu’elle crache du pus. »

1 On lit en marge de ces trois lignes : Dans les affaires d’État.

2 Elle mourra deux ans plus tard . Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie_Leszczynska

11/07/2021

deux personnes qui manquent à la fois leur coup font encore un mauvais effet 

... Les paris sont ouverts pour savoir qui sera celui qui  manquera son coup en duo avec Emmanuel Macron, l'un au micro, l'autre à la plume , ce lundi soir 12 juillet . Le concert sur Champ-de-Mars, le feu d'artifice et le défilé militaire feront-ils oublier les couacs et grincements de dents du lundi ?

Prenons l'air, mettons la VMC à fond (Vaccin-Masque-Confinement ).

 

 

« A Charles-Auguste Ferriol, comte d'Argental

et à

Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental

6è avril 1766

J’ai montré au petit apostat la lettre de mes anges, et leurs judicieuses observations. En vérité, ce pauvre jeune homme est à plaindre. « Vos anges voient clair, m’a-t-il dit ; je pourrais disputer avec eux sur un ou deux points ; mais je ne veux pas songer à des coups d’épingle lorsque je me meurs de la consomption. Je peux bien promettre à vos anges une cinquantaine de vers bien placés et vigoureux ; je pourrai limer, polir, embellir ; mais comment intéresser dans les deux derniers actes ? Les gens outragés qui se vengent n’arrachent point le cœur ; c’est quand on se venge de ce qu’on adore qu’on fait des impressions profondes, et qu’on enlève les suffrages ; deux personnes qui manquent à la fois leur coup font encore un mauvais effet . Cette dernière réflexion me tue. Ma maison est tellement construite que je ne peux en ôter ce triste fondement. Tout ce que je puis faire, c’est de dorer et de vernir les appartements, et de les dorer si bien qu’on pardonne les défauts de l’édifice. Écrivez donc à vos anges qu’ils aient la bonté de me renvoyer mes cinq chambres 1, afin que je les dore à fond. »

Ayez donc pitié de ce pauvre diable, je vous en prie. Gloire vous soit rendue à jamais pour avoir réhabilité un art charmant et nécessaire ! On a bien de la peine avec les Welches, mais à la fin on vient à bout d’eux.

Il y a deux exemplaires à Genève d’un maudit livre intitulé La France détruite par M. le duc de … 2 . Je n’ai pu parvenir à le voir, et je ne crois pas qu’il se vende à Paris avec privilège. Je me mets au bout des ailes de mes anges avec mon culte ordinaire. »

1 Les cinq actes de la tragédie du Triumvirat.

2 Pamphlet contre le duc de Choiseul ? Voir lettre d'avril 1766 à François-Claude Marin : « La France détruite existe ; il y en a à Genève deux exemplaires, et je n'ai pu les avoir . »

10/07/2021

Ah ! Ne persécutons point .

... Pas mieux !

Plantu - PAS DE VAGUE!! Le dessin du Monde de ce mardi 20... | Facebook

 

 

 

« A Gabriel Cramer

[vers le 5 avril 1766]

Voici D , qui voudra connaître Spinoza lise D1 . J'attends E.

J'ai lu le panégyrique delp[h]inois 2 , ce qui m'a fait le plus de plaisir, c'est que le dauphin disait : « Ne persécutons personne 3. » Au reste il savait par cœur la moitié de La Henriade .

J'ai remercié M. de Taulès . Il est l'ami de l'auteur , et moi aussi .

Il y a certainement à la bibliothèque un Éginhard 4 que je n'ai point , et que j'ai besoin de consulter . Je ne sais si ce livre est isolé ou s'il se trouve dans les capitulaires de Charlemagne . Je demande en grâce à M. Caro de vouloir bien me faire avoir Éginhard et de me l'envoyer le plus vite qu'il pourra .

M. de Capperonnier se plaint de ce que la bibliothèque du roi n'a pas les deux derniers volumes des œuvres complètes de V. »

1 On n'a pu retrouver dans quel ouvrage la signature D correspond à une référence à Spinoza  ; voir aussi la lettre du même jour à d'Alembert : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2021/07/08/je-parle-des-honnetes-gens-qui-n-ont-point-de-principes-fixe-6325909.html

2 Il faut lire delphinois, du dauphin, nouveau néologisme  ; voir lettre du 1er avril 1766 à Damilaville : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2021/07/06/m-6325583.html

3 Les termes exacts, rapportés par Thomas sont « Ah ! Ne persécutons point . »

4 La bibliothèque publique et universitaire de Genève possède l'ouvrage d'Eginhard intitulé De vita Carolimagni commentarius, 1755 . Voir : https://data.cerl.org/thesaurus/cnp01318762

et : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89ginhard

La première chose qu’il faut faire quand on veut écrire, c’est de penser

... J'essaie ! Pour quelques essais transformés, combien de coups de botte en touche ? Ce n'est pas à moi d'arbitrer .

Bien écrire, c'est quoi au juste? | Les Mots clairs

1° - Y penser   2° - Passer outre   3°- Ecrire   4° Y repenser ....

 

 

« Au chevalier Pierre de Taulès

À Ferney, 5è avril 1766

Je n’oublierai jamais, monsieur, le discours de M. Thomas , mais j’ai oublié sa demeure, et d’ailleurs je ne peux m’adresser qu’à vous pour le remercier ; de tous ceux qui ont fait l’éloge du dauphin, il est le seul qui m’ait fait connaître ce prince. Je n’ai vu que des mots dans tout ce que j’ai reçu de Paris, en prose et en vers, sur ce triste événement. La première chose qu’il faut faire quand on veut écrire, c’est de penser ; M. Thomas ne s’exprime éloquemment que parce qu’il pense profondément.

À propos de penseur, puis-je vous supplier, monsieur, de présenter mes respects à Son Excellence ? Elle donne des indigestions à tout Genève avant de lui donner une paix inaltérable . J’ose me flatter que quand nous aurons des feuilles, et que vous aurez le temps de prendre l’air, vous voudrez bien donner la préférence à l’air de Ferney . Ce n’est pas assez de faire du bien à des hérétiques, il faut encore consoler les vieux catholiques malades. Je compte hardiment sur vos bontés et sur celles de M. Hennin.

Daignez, monsieur, être sans cérémonie avec votre très humble et très obéissant serviteur.

V. »