27/01/2011
Je sais que le bien que l'on dit d'un homme ne passe guère la porte de la chambre où on en parle, et que la calomnie va à tire-d'aile jusqu'aux ministres
Place au génial Grand Jacques : http://www.deezer.com/listen-1147229
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Et chantez les premières phrases de cette lettre sur cet air :
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« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental
Conseiller au parlement , rue Neuve-saint Augustin à Paris.
A Amsterdam ce 27 janvier 1737
Respectable ami, je vous dois compte de ma conduite. Vous m'avez conseillé de partir, et je suis parti, vous m'avez conseillé de ne point aller en Prusse, et je n'y ai point été. Voici le reste que vous ne savez pas. Rousseau i apprit mon passage par Bruxelles, et se hâta de répandre et de faire insérer dans les gazettes que je me réfugiais en Prusse, que j'avais été condamné à Paris à une prison perpétuelle etc ii. Cette belle calomnie n'ayant pas réussi, il s'avise d'écrire que je prêche l'athéisme à Leyde iii. Là-dessus il forge une histoire, et on envoie ces contes bleus à Paris, où sans doute la bonté du prochain ne les laissera pas tomber par terre. On iv m'a renvoyé de Paris une des lettres circulaires qu'il a fait écrire par un moine défroqué qui est son correspondant à Amsterdam v. Ces calomnies si réitérées, si acharnées et si absurdes ne peuvent ici me porter coup, mais elles peuvent beaucoup me nuire à Paris. Elles m'y ont fait déjà des blessures, elles rouvriront les cicatrices. Je sais par expérience combien le mal réussit dans une belle et grande ville comme Paris, où l'on n'a guère d'autre occupation que de médire. Je sais que le bien que l'on dit d'un homme ne passe guère la porte de la chambre où on en parle, et que la calomnie va à tire-d'aile jusqu'aux ministres. Je suis persuadé que si ces misérables bruits parviennent à vous , vous en verrez aisément la source, et l'horreur, et que vous préviendrez l'effet qu'ils peuvent faire. Je voudrais être ignoré, mais il n’y a plus moyen. Il faut se résoudre à payer toute ma vie quelques tributs à la calomnie. Il est vrai que je suis taxé un peu haut ; mais c’est une sorte d’impôt fort mal réparti. Si l’abbé de Saint-Pierre vi a quelque projet pour arrêter la médisance, je le ferai volontiers imprimer à mes dépens.
Du reste je vis assez en philosophe, j’étudie beaucoup, je vois peu de monde, je tâche d’entendre Newton, et de le faire entendre. Je me console, avec l’étude, de l’absence de mes amis. Il n’y a pas moyen de refondre à présent l’Enfant prodigue. Je pourrais bien travailler à une tragédie le matin, et à une comédie le soir ; mais passer en un jour de Newton à Thalie, je ne m’en sens pas la force.
Attendez le printemps, Messieurs ; la poésie servira son quartier ; mais à présent c’est le tour de la physique. Si je ne réussis pas avec Newton, je me consolerai bien vite avec vous. Mille tendres respects, je vous en prie, à M. votre frère. Je suis bien tenté d’écrire à Thalie vii ; je vous prie de lui dire combien je l’aime, combien je l’estime. Adieu ; si je voulais dire à quel point je pousse ces sentiments-là pour vous, et y ajouter ceux de mon éternelle reconnaissance, je vous écrirais des in-folio de bénédictins.
V.
Quand vous aurez quelques ordres à me donner, adressez vos lettres à MM. Ferrand et Darty, négociants à Amsterdam , sans autre nom, sans autre enveloppe, la lettre me sera surement rendue. »
i Jean-Baptiste Rousseau.
ii La Gazette d'Utrecht a annoncé le 3 janvier que V* a sans doute quitté définitivement la France puisque pour échapper à l'emprisonnement il était parti sur le territoire lorrain, à Cirey en 1734.
iii Le 1er mars, V* précise : « C'est lui qui écrivait et qui faisait écrire ... que j'avais soutenu une thèse d'athéisme à Leyde contre M. Sgravesende, qu'on m'avait chassé de l'université etc. Vous êtes instruit de la lettre de M. Sgravesende dans laquelle cette indigne et absurde calomnie est si pleinement confondue. »
Voir : http://www.monsieurdevoltaire.com/pages/Annee_1737_Partie...
iv Formont peut-être ?
v Jean-Baptiste de La Varenne, rédacteur entre autres de l'Observateur. Voir 5.1.3 page 247 : ttps://openaccess.leidenuniv.nl/.../Thèse+complète+Leyde+revue+bis.pdf
vi Charles-Irénée Castel, abbé de Saint-Pierre, auteur d'un Projet de paix perpétuelle.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k105087z
http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles-Ir%C3%A9n%C3%A9e_Cas...
vii Mlle Quinault.
Je ne connais pas le talent de chanteuse de Mlle Quinault, mais j'ai de la tendresse pour Isabelle Aubret :
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26/01/2011
nous n'avons point le goût sophistiqué, comme on l'a dans Paris, et nos lumières ne sont point obscurcies par la rage de critiquer mal à propos
Note rédigée le 1er juin 2011 , jour de sortie du film d'animation Le Chat du rabbin, félin pour qui j'ai une grande affection, déjà en temps que matou, ensuite pour son histoire qui aurait satisfait Volti par son ambiance de tolérance .
http://musique.fnac.com/a3530364/Bande-originale-de-film-...

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental
et à
Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental
26 janvier 1762, aux Délices
Ô mes anges ! Je vous remercie d'abord, vous , et M. le comte de Choiseul de l’éclaircissement que je reçois sur les propositions de mariage faites en 1725 entre deux têtes couronnées 1. Je vous prie de dire à M. le comte de Choiseul qu'un jour le maréchal Keit me disait : Ah ! Monsieur, on ment dans cette cour là encore plus que dans la cour de Rome .
Mais vous m'avouerez que si les Scythes savent mentir, ils savent encore mieux se battre, et qu'ils deviennent un peuple bien redoutable . Je suis leur serviteur, comme vous savez, et un peu le favori du favori, mais j'avoue qu'ils mentent beaucoup, et je ne l'avoue qu'à mes anges .
Il est fort difficile de trouver à présent les Sermons du Rabbin Akib. On tâchera d'en faire venir de Smyrne incessamment 2.
À l'égard du capitaine de chevaux 3, si les fiançailles ne sont pas épousailles, désir passager n'est pas fiançailles : on attendra tranquillement que Dieu et le hasard mettent fin à cette belle aventure .
Je vais tâcher, tout malingre que je suis, d'écrire un mot à M. le président de La Marche, et le remercier de son beau zèle pour mon nom 4. Vous devriez bien le détourner du malheureux penchant qu'il semble avoir encore pour cette secte abominable 5 contre laquelle le rabbin Akib semble porter de si justes plaintes .
Les jésuites et les jansénistes continuent à se déchirer à belles dents . Il faudrait tirer à balle sur eux, tandis qu'ils se mordent, et les aider eux-mêmes à purger la terre de ces monstres . Vous me trouverez peut-être un peu sévère dans ce moment, mais c'est que la fièvre me prend, et je vais me coucher pour adoucir mon humeur .
Je vous demande en grâce, mes divins anges, de me renvoyer mes deux Cassandre 6, et si la fièvre me quitte vous aurez bientôt un Cassandre selon vos désirs . Mille tendres respects .
Encore un mot tandis que j'ai le sang en mouvement . Je suis douloureusement affligé qu'on ait retranché l'homme qui paie noblement quand il perd une gageure, et la réponse délicieuse à mon gré : Ai-je perdu ?7 Nous nous gardons bien sur notre petit théâtre de supprimer ce qui est si fort dans la nature, car nous n'avons point le goût sophistiqué, comme on l'a dans Paris, et nos lumières ne sont point obscurcies par la rage de critiquer mal à propos, comme c'est la mode chez vous, à une première représentation . Il faut avoir le courage de résister aux premières critiques, qui s’évanouissent bientôt .
Je crois que ce qui me donne la fièvre est qu'on ait retranché dans Zulime le J'en suis indigne 8 du cinquième acte 9, qui fait chez nous le plus grand effet, et qui vaut mieux que Eh bien mon père ! dans Tancrède 10. Puisqu'on m'a ôté ce trait de la pièce, qui est le meilleur, je n'ai plus qu'à mourir, et je meurs (du moins je me couche). Adieu . »
2 Sermon du rabbin Akib prononcé à Smyrne le 20 novembre 1761 : http://www.voltaire-integral.com/Html/24/44_Rabbin.html
voir lettre du 27 novembre 1761 à Richelieu : page 392 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k800358/f398.image.r=.langFR
et du 15 janvier 1762 à Mme de Fontaine : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/01/14/652f902d8fb0d0cb912f2134ab4e50b5.html#more
4 Il avait écrit le 13 septembre à V* qu'il avait trouvé « au château de Voltaire (car Ferney n'aura plus , s'il-vous-plait, d'autre nom) » ce qu’il n'avait pas trouvé dans sa patrie . Le 14 septembre, à d'Argental dira : « M. de La Marche a été d'une humeur charmante ; il n'y parait plus . C'est, de plus, une belle âme ; c'est dommage qu'il ait certains petits préjugés de bonne femme. »
6 V* l'a déjà demandé le 20 janvier ; voir lettre du 20 janvier 1762 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/01/19/travaillons-tandis-que-nous-avons-encore-du-feu-dans-les-vei.html
8 Parole que prononce Zulime avant de se tuer ; la suppression est bien visible sur le manuscrit conservé à la Comédie française .
9 Voir lettre du 14 septembre 1761 à d'Argental : page 338 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k800358/f344.image.r=.langFR
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j'aurai toujours beaucoup de respect pour les belles et tout vieux que je suis, j'aime encore mieux en parler que des horreurs de la guerre
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Je viens de voir Tim Burton's Corpse bride , dessin animé déjanté et poétique , comme je les aime. Comme Volti, j'ai bien du respect pour les belles, et même beaucoup plus pour l'une d'elles, ce qui n'empêche pas que je garderai toujours aussi mon attrait pour la BD et les dessins animés . Je vous laisse profiter d'une partie de la bande son ci-dessus.
« A Louise Dorothée von Meiningen, duchesse de Saxe-Gotha
Aux Délices 26 janvier [1760]
Madame,
Si mon petit commerce avec la personne que vous savez trouve quelques épines, il me vaut bien des fleurs de la part de Votre Altesse Sérénissime . Je la crois un peu coquette. Ce n'est pas vous, assurément que je veux dire, c'est la belle i dont Votre Altesse Sérénissime favorise les beautés et les prétentions. Elle a fait part de ses amours ii à un confident qui n'a pas le cœur tendre iii et je crois que son amant iv pourrait être un peu refroidi. Voilà, Madame, la première fois que j'ai parlé galanterie au milieu des neiges des Alpes . Je me sens plus à mon aise et plus dans mon naturel en parlant à Votre Altesse Sérénissime des talents de votre auguste famille, des grâces d'Alzire, et de celles de Gusman, d'un jupon à falbalas de plumes, et d'un habit à l'espagnole v. Je devrais bien être le souffleur. Ce rôle me conviendrait mieux que celui que je fais je ne sais comment. J'ai de la peine avec la coquette vi. Je sais bien qu'elle est faite pour séduire, et qu'avec tant de beauté on n'attend pas d'elle beaucoup de bonne foi. Je souhaite qu'on respecte ses caprices, et qu'elle ne s'en repente pas. Pour moi j'aurai toujours beaucoup de respect pour les belles et tout vieux que je suis, j'aime encore mieux en parler que des horreurs de la guerre, et des tigres de l'espèce mâle qui se déchirent dans les glaces vii.
On a imprimé, Madame, les Poésies du philosophe de Sans-Souci viii. Je n'ai pu encore parvenir à en avoir un exemplaire . Il serait plaisant qu'il eût imprimé ses vers pour en faire présent à M. de Daun ix, je crois que ces poésies seront mises à Rome à l'index x. Daignez agréer toujours, Madame, le profond respect du Suisse.
V. »
i Frédéric II.
ii Des négociations secrètes de paix avec la France, désignées sous le code de fiançailles dans les lettres précédentes.
iii William Pitt. http://fr.wikipedia.org/wiki/William_Pitt_l%27Ancien
iv La France, et plus précisément son Secrétaire d'État aux Affaires étrangères , Choiseul. Celui-ci, écrit à V* le 14 janvier, mécontent qu'une lettre privée adressée à V* se soit retrouvée jusqu'en Russie où l'on accuse alors la France de vouloir faire une paix séparée.
v La duchesse avait demandé à V* de dessiner les costumes afin que ses enfants puissent jouer Alzire. V* se contenta le 15 janvier de donner une description détaillée où il est question d'une jupe à plumes pour Alzire et d'un habit à l'espagnole pour son fils et Alvares.
vi Toujours Frédéric.
vii Guerre au Canada entre Français et Anglais.
viii Elles paraissent à Lyon chez Bruyset le 17 janvier 1760, puis à Paris le 30 janvier. C'est sans doute le chevalier de Bonneville qui avait vendu le manuscrit.
http://www.voltaire-integral.com/__La%20Bibliotheque/Tabl...
ix Quelques jours plus tard, V* citera à ses correspondants ( la duchesse, De Brosses, ...) ce vers de l'Épitre au maréchal Keit : « Allez, lâches chrétiens... » Voir page 272, et vers fin de page 285 : http://books.google.be/books?id=c38HAAAAQAAJ&pg=RA1-P...
Le marquis d'Argens sera plus timide et demandera l'autorisation à Frédéric de mettre « mortels craintifs » à la place CF. lettre du 1er avril 1761 : http://books.google.be/books?id=rc1WAAAAMAAJ&pg=PA227...
Frédéric malmenait du même ton l'Angleterre et la Russie. Ce qui fait que le gouvernement français n'empêcha pas la publication. V* ne craint pas qu'on le soupçonne d'être l'éditeur du recueil, écrira-t -il à Thieriot le 18 février , puisque « Salomon fit la niche de le défaire de ses œuvres à Francfort, et son ambassadeur en cette ville signa » un reçu ; cf. lettres du 20 juin et 8 juillet 1753 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/06/21/n...
http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2009/07/08/b...
x Frédéric y revendiquait aussi son athéisme.
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25/01/2011
Un homme qui se tiendrait dans l'attitude qu'on me donne, et qui rirait comme on me fait rire, serait trop ridicule.

« A Dominique Vivant Denon
Vivant, baron Denon
A Ferney le 24 janvier 1776
Je suis bien loin, Monsieur, de croire que vous ayez voulu faire une caricature i dans le goût des plaisanteries de M. Huber.
J'ai actuellement chez moi le meilleur sculpteur de Rome ii, à qui ma famille a montré votre estampe : il a pensé comme pensent tous ceux qui l'ont vue . On l'a prié d'écrire ce qu'il fallait pour la corriger : je vous envoie sa décision.
Il court dans Paris une autre estampe , qu'on appelle mon Déjeuner ; on dit que c'est encore une plaisanterie de M. Huber . J'avoue que tout cela est assez désagréable . Un homme qui se tiendrait dans l'attitude qu'on me donne, et qui rirait comme on me fait rire, serait trop ridicule.
Vous m'auriez fait plaisir si vous aviez pu corriger l'ouvrage qui a révolté ici tout le monde ; et s'il en était encore temps, ma famille vous aurait beaucoup d'obligation . Je n'en suis pas moins sensible à votre bonté, et je n'en estime pas moins vos talents . Je vous supplie de ne rien imputer à une fausse délicatesse de ma part. Je sais bien que vous m'avez fait beaucoup d'honneur ; mais je vous prie de pardonner à mes parents et à mes amis, qui ont cru qu'on avait voulu me tourner en ridicule.
Je suis honteux de vous fatiguer de nos représentations. Soyez très persuadé du respect et de l'attachement qu'aura toujours pour vous votre vieux confrère iii.
Voltaire. »

i Vivant Denon avait vu Voltaire à Ferney et lui avait envoyé son portrait le 5 décembre 1775, reçu le 20 décembre . V* lui avait alors demandé de ne pas le laisser courir : « Je ne sais pourquoi vous m'avez dessiné en singe estropié, avec une tête penchée et une épaule quatre fois plus haute que l'autre. Fréron et Clément s'égaieront trop sur cette caricature » et lui envoie une boîte faite dans on voisinage où il verrait « une posture honnête et décente et un ressemblance parfaite ». Vivant Denon répondit : « Je suis... désolé de l'impression que vous a faite mon ouvrage . Mais ... ici ... chacun se l'arrache, et ceux qui ont l'honneur de vous connaitre assurent que c'est ce qui a été fait de plus ressemblant. »
Vivant Denon : http://www.inha.fr/spip.php?article2281
Voir : Appendix pages 255 et suivantes : http://books.google.fr/books?id=oL4KiwiHlDQC&pg=PA259...
Vivant Denon sera possesseur d'un reliquaire où entre autres choses on trouvera la moitié d'une dent de Voltaire, classée sous le N° 1379 du catalogue : « Description des objets qui composent le cabinet de feu M. Le Baron V.Denon : Estampes et ouvrages à figures »
ii Poncet . Le 10 janvier, Mme Pallatin écrit : « Je trouvai chez moi le sculpteur du pape qui a été envoyé par (dit-il)des cardinaux pour sculpter notre ami.
Poncet réalisera un buste de V* qui figure au château de V* à Ferney ; V* ne le vit pas, car la sculpture arrivera au château alors que V* est parti à Paris en 1778.
iii Vivant Denon est gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, comme V*, et avait argué de ce titre pour se faire recevoir à Ferney.

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24/01/2011
justificatif concernant les diamants volés par messieurs de Tunis
« Voilà de plaisants successeurs des Carthaginois que ces voleurs de Tunis » !
Volti , que dirais-tu des riches fuyards/lâches tunisiens qui, je l'espère ( et là je fais une confiance aveugle à l'esprit de rapine qui règne dans le pays refuge ! ), vont devoir payer cher leur liberté imméritée . Un regret tout de même, c'est que ces milliards volés ne reviennent pas au peuple qui les a produits .
Et à ceux qui s'indignent de l'appel au boycot des produits israeliens provenant des zones occupées,-boycot que j'approuve (il ne s'exerce que contre des despotes )-, je rappelle l'étonnement, l'émerveillement de Volti qui ne comprenait pas que l'on commerce encore avec Tunis et Alger, repaires de voleurs . Cependant , le remède qu'il prescrivait était un peu plus musclé que le boycot .
... Enfin ! je vous parle d'un temps que les moins de 300 ans ne peuvent pas connaitre ...

« A César-Gabriel de Choiseul, duc de Praslin
24è janvier 1770, à Ferney
Monseigneur,
Pardon, je tremble de fatiguer vos bontés. Voyez le seul papier justificatif concernant les diamants volés par messieurs de Tunis i. Si jamais vous daignez prendre la peine de battre ces barbares, je vous supplierai alors de faire comprendre les diamants dans les articles de paix que vous daignerez leur accorder.
J'ai toujours été émerveillé que les princes chrétiens qui se font quelquefois la guerre de gaieté de cœur, ne s'accordassent pas à jeter Tunis et Alger de leurs ports. Voilà de plaisants successeurs des Carthaginois que ces voleurs de Tunis.
On dit que vous avez une très florissante marine ii. Permettez à un de vos vieux courtisans de s'intéresser passionnément à votre gloire.
J'ai l'honneur d'être avec un profond respect,
Monseigneur,
Votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire. »
i Sur un bateau battant « pavillon de France » ; pour justifier sa réclamation, V* écrivit au duc de Praslin le 8 décembre 1769 qu'il est « créancier d'un des négociants à qui les diamants pris ... appartiennent ».
ii Praslin est alors ministre de la Marine.
A ceux qui aiment les diamants, et l'Orient pays de contes :
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23/01/2011
Si je ne tenais pas à ma bibliothèque et à mes établissements, j'irais certainement passer les hivers dans les pays chauds
http://www.deezer.com/listen-5114333
http://www.deezer.com/listen-2985296
Et puis, une découverte , d'une jeune artiste : http://www.deezer.com/listen-3020060
http://www.deezer.com/listen-927934
« Concerto pour hautbois d'amour » , qui ne peut être dédié qu'à Mam'zelle Wagnière : http://www.deezer.com/listen-2985300
« A Mathieu-Henri Marchant de La Houlière
23 janvier 1771
Je ne fais point d'élégie, mon cher neveu i, je ne fais que des montres. J'avais établi dans Ferney trois fabriques ; j'avais recueilli cent artistes, je leur avais bâti des maisons commodes ; je leur avais avancé des sommes très considérables pour un simple particulier comme moi ; leur commerce florissait ; j'avais changé un malheureux hameau en un séjour agréable et opulent ... Une petite lettre de trois lignes a dérangé tout ii. Je ne peux plus rien, ni pour moi, ni pour les autres. Je ne conseille pas qu'on s'attende à moi iii, à moins qu'on ne veuille être placé en Russie, en Danemark ou en Prusse, car je suis fort bien avec les monarques de ces trois pays.
Je ne vous conseille pas de quitter le vôtre pour leurs frimas et pour leurs neiges . Vous devez être dans le climat le plus agréable de la nature iv. Je suis , moi, dans la plus belle situation, après Constantinople ; mais je suis entouré cinq mois de l'année, de neiges qui me rendent aveugle, et actuellement que je vous écris , j'ai perdu la vue pour deux mois. Si je ne tenais pas à ma bibliothèque et à mes établissements, j'irais certainement passer les hivers dans les pays chauds, supposé que la nature me garde encore quelques hivers.
Cultivez vos belles vignes, mon cher neveu ; vivez heureux chez vous, tandis qu'on ne sait point l'être à Paris, que le parlement embarrasse toujours la cour, qu'il a cessé ses fonctions et que l'on n'a encore nommé ni ministre des Affaires étrangères, ni ministre de la Marine.
Mes obéissances à madame votre femme et à toute votre famille.
Le vieux malade de Ferney. »
i Petit-fils de Marie Arouet, tante de Voltaire, donc plus exactement petit-cousin germain. Voir page 435 , http://books.google.fr/books?id=m7dBAAAAYAAJ&pg=PA435...
et
http://www.cairn.info/revue-annales-de-bretagne-et-des-pays-de-l-ouest-2008-4-page-55.htm
ii Lettre du roi ordonnant à Choiseul de quitter ses fonctions et se retirer à Chanteloup.
iii = qu'on compte sur moi .
Grâce à Voltaire, La Houlière avait obtenu de Choiseul un brevet de brigadier .
iv A Salses en Roussillon, où il est commandant.
Voir :http://books.google.fr/books?id=m7dBAAAAYAAJ&pg=PA435...
N. B. : Guilleret ! dans le ton qui aurait plu à Volti : Les Imbéciles : http://www.deezer.com/listen-2718634
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C'est une action d'honnêteté et de charité, de ne point accuser son prochain quand il est encore en vie, et de charger les morts à qui on ne fait nul mal
http://www.deezer.com/listen-7165052
http://www.deezer.com/listen-7364963
http://www.deezer.com/listen-5129669
Mais n'oublions pas que Le chien aboie et la clarinette basse :
http://www.deezer.com/listen-6826480
« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental
23è janvier 1768
Mon cher ange, c'est une grande consolation pour moi que vous ayez été content de M. Dupuits i. Il me parait qu'il vaut mieux que le Dupuits de Des Ronais ii. Je souhaite à M. le duc de Choiseul que tous les officiers qu'il emploie soient aussi sages et aussi attachés à leur devoir. Je l'attends avec impatience dans l'espérance qu'il nous parlera longtemps de vous .
Que je vous remercie de vos bontés pour Sirven ! Il faut être aussi opiniâtre que je le suis pour avoir poursuivi cette affaire pendant cinq ans entiers sans jamais me décourager . Vous venez bien à propos à mon secours. Je sais bien que cette petite pièce n'aura pas l'éclat de la tragédie des Calas ; mais nous ne demandons point d'éclat, nous ne voulons que justice iii.
Votre citation du chien qui mange comme un autre du dîner qu'il voulait défendre est bien bonne ; mais je vous supplie de croire par amitié, et de faire croire aux autres par raison et par intérêt de la cause commune, que je n'ai point été le cuisinier qui a fait ce dîner iv. On ne peut servir dans l'Europe un plat de cette espèce qu'on ne dise qu'il est de ma façon. Les uns prétendent que cette nouvelle cuisine est excellente, qu'elle peut donner la santé, et surtout guérir des vapeurs. Ceux qui tiennent pour l'ancienne cuisine disent que les nouveaux Martialo v sont des empoisonneurs. Quoi qu'il en soit , je voudrais bien ne point passer pour un traiteur public . Il doit être constant que ce petit morceau de haut goût est de feu Saint Hyacinthe. La description du repas est de 1728. le nom de Saint-Hyacinthe y est ; comment peut-on après cela me l'attribuer ? Quelle fureur de mettre mon nom à la place d'un autre ! Les gens qui aiment ces ragoûts-là devraient bien épargner ma modestie.
Sérieusement vous me feriez le plus sensible plaisir d'engager M. Suard à ne point mettre cette misère sur mon compte. C'est une action d'honnêteté et de charité, de ne point accuser son prochain quand il est encore en vie, et de charger les morts à qui on ne fait nul mal. En un mot, mon cher ange, je n'ai point fait, et je n'aurai jamais fait les choses dont la calomnie m'accuse.
Les envieux mourront, mais non jamais l'envie vi. Ayez la bonté, je vous en prie, de parler à M. Suard s'il vient chez vous.
Puis-je espérer que mon cher Damilaville aura le poste qui lui est si bien dû vii? Il est juste qu'il soit curé après avoir été vingt ans vicaire .
J'ai une autre grâce à vous demander ; c'est pour ma Catherine . Il faut rétablir sa réputation à Paris chez les honnêtes gens. J'ai de fortes raisons de croire que MM. les ducs de Praslin et de Choiseul ne la regardent pas comme la dame du monde la plus scrupuleuse ; cependant je sais autant qu'on peut savoir qu'elle n'a nulle part à la mort de son ivrogne de mari : un grand diable d'officier aux gardes, Préobazinski, en le prenant prisonnier lui donna un horrible coup de poing qui lui fit vomir du sang ; il crut se guérir en buvant continuellement du punch dans sa prison, et il mourut dans ce bel exercice viii. C'était d'ailleurs le plus grand fou qui ait jamais occupé un trône . L'empereur Venceslas n'approchait pas de lui.
A l'égard du meurtre du prince Yvan ix, il est clair que ma Catherine n'y a nulle part . On lui a bien de l'obligation d'avoir eu le courage de détrôner son mari, car elle règne avec sagesse et avec gloire ; et nous devons bénir une tête couronnée qui fait régner la tolérance universelle dans cent-trente-cinq degrés de longitude . Vous n'en avez , vous autres, qu'environ huit ou neuf, et vous êtes encore intolérants . Dites donc beaucoup de bien de Catherine, je vous en prie, et faites-lui une bonne réputation dans Paris.
Je voudrais bien savoir comment Mme d'Argental s'est trouvée de ces grands froids . Je suis étonné d'y avoir résisté. Conservez votre santé, mon divin ange, je vous adore de plus en plus.
V. »
i Mari de Marie-Françoise Corneille, -donc « gendre » adoptif de V*,- est allé à Paris pour y obtenir un commandement.
ii Pièce de Charles Collé : Dupuis et des Ronais, 1759, tirée des Illustres Françaises de Robert Challe .
Dupuis et des Ronais : http://books.google.fr/books?id=0UIGAAAAQAAJ&printsec...
Illustres françaises : http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Illustres_Fran%C3%A7aises
iii Il faut qu'ils soient reconnus innocents de la mort de leur fille et qu'ils récupèrent leurs biens.
iv Dîner du comte de Boulainvilliers par M. de St-Hiacinthe, 1717, qui est de V* ; http://www.voltaire-integral.com/Html/26/27_Boulainvillie...
v François Massiolot (1663-1733) qui écrivit Le Cuisinier royal et bourgeois, 1691 ; V* le nomme déjà Martialo dans le Mondain.
http://www.archive.org/stream/lenouveaucuisin00massgoog#page/n4/mode/2up
Le Mondain , vers 37 : http://www.voltaire-integral.com/Html/10/23_Mondain.html
vi Voir Tartuffe.
vii Poste alors vacant de directeur du vingtième où il était premier commis . Il était « barré » par Sauvigny.
Le vingtième : http://fr.wikipedia.org/wiki/Vingti%C3%A8me
viii Dans ses Notebooks, tome II, page 335, V* reprend le témoignage du comte Rewusky.
ix Il fut tué dans son cachot en juillet 1764.
Cf. lettres du 30 août 1762 à Collini, 28 septembre 1762 à d'Argental.
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