26/02/2011
Il s'en faut de beaucoup que le c. de Richelieu ait porté autant d'envie à Corneille que le roi de Prusse m'en portait
« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental
A Berlin 26 février [1753]
Mon cher ange, j'ai été très malade et en même temps plus occupé qu'un homme en santé ; étonné de travailler dans l'état où je suis, étonné d'exister encore, et me soutenant par l'amitié, c'est-à-dire par vous et par Mme Denis . Je suis ici le meunier de La Fontaine i. On m'écrit de tous les côtés : partez, fuge crudeles terras fuge littus iniquum ii, mais partir quand on est depuis un mois dans son lit, et qu'on n'a point de congé, se faire transporter couché à travers cent mille baïonnettes, cela n'est pas tout à fait aussi aisé qu'on le pense . Les autres me disent : Allez vous en à Potsdam, le roi vous a fait chauffer votre appartement , allez souper avec lui . Cela m'est encore plus difficile . S'il s'agissait d'aller faire une intrigue de cour, de parvenir à des honneurs et à de la fortune, de repousser les traits de la calomnie, de faire ce qu'on fait tous les jours auprès des rois, j'irais jouer ce rôle là tout comme un autre ; mais c'est un rôle que je déteste, et je n'ai rien à demander à aucun roi .
Maupertuis que vous avez si bien défini iii est un homme que l'excès d'amour-propre a rendu très fou dans ses écrits, et très méchant dans sa conduite . Mais je ne me soucie point du tout d'aller dénoncer sa méchanceté au roi de Prusse .
J'ai plus à reprocher au roi qu'à Maupertuis . Car j'étais venu pour Sa Majesté et non pour ce président de Bedlam iv. J'avais tout quitté pour elle, et rien pour Maupertuis , elle m'avait fait des serments d'une amitié à toute épreuve, et Maupertuis ne m'avais rien promis . Il a fait son métier de perfide en intéressant sourdement l'amour-propre du roi contre moi . Maupertuis savait mieux qu'un autre à quel excès se porte l'orgueil littéraire . Il a su prendre le roi par son faible . La calomnie est entrée très aisément dans un cœur né jaloux et soupçonneux v. Il s'en faut de beaucoup que le c. de Richelieu ait porté autant d'envie à Corneille que le roi de Prusse m'en portait . Tout ce que j'ai fait pendant deux ans pour mettre ses ouvrages de prose et de vers en état de paraitre a été un service dangereux qui déplaisait dans le temps même qu'il affectait de m'en remercier avec effusion de cœur . Enfin son orgueil d'auteur piqué l'a porté à écrire une malheureuse brochure contre moi, en faveur de Maupertuis vi qu'il n'aime point du tout ; il a senti avec le temps que cette brochure le couvrait de honte et de ridicule dans toutes les cours de l'Europe, et cela l'aigrit encore . Pour achever le galimatias qui règne dans toute cette affaire, il veut avoir l'air d'avoir fait un acte de justice, et de le couronner par un acte de clémence vii. Il n'y a aucun de ses sujets , tout prussiens qu'ils sont, qui ne le désapprouve . Mais vous jugez bien que personne ne le lui dit . Il faut qu'il se dise tout à lui-même . Et ce qu'il se dit en secret c'est que j'ai la volonté et le droit de laisser à la postérité sa condamnation par écrit . Pour le droit je crois l'avoir . Mais je n'ai d'autre volonté que de m'en aller , et d'achever dans la retraite le reste de ma carrière entre les bras de l'amitié, et loin des griffes des rois qui font des vers et de la prose .
Je lui ai mandé tout ce que j'ai sur le cœur . Je l'ai éclairci . Je lui ai dit tout . Je n'ai plus qu'à lui demander une seconde fois mon congé . Nous verrons s'il refusera à un moribond la permission d'aller prendre les eaux viii. Tout le monde me dit qu'il me la refusera, je le voudrais pour la rareté du fait . Il n'aura qu'à ajouter à L'Antimachiavel un chapitre sur le droit de retenir les étrangers par force, et de le dédier à Busiris ix. Quoi qu'on me dise, je ne le crois pas capable d'une si atroce injustice . Nous verrons . J'exige de vous et de Mme Denis que vous brûliez tous deux les lettres que je vous écris par cet ordinaire, ou plutôt par cet extraordinaire . Adieu, mes chers anges .
V. »
i Le meunier, son fils et l'âne .
ii Fuis des terres cruelles, fuis une rive inique .
iii Le 18 janvier, d'Argental écrit : « ... je le connaissais pour un homme dur jusqu'à la férocité, jaloux, envieux, intraitable ..., mais j'ai appris depuis votre départ qu'il était ... capable des intrigues les plus adroites, et des plus profondes noirceurs, plusieurs personnes dignes de foi m'en ont raconté les traits affreux ... »
iv Asile de fous de Londres . Allusion aux théories/ « rêveries » de Maupertuis .
v Dans ses Mémoires, V* écrit : « Il (Maupertuis) ajouta ... que je trouvais les vers du roi mauvais, et cela réussit » ; dans une pseudo-lettre à Mme Denis du 24 juillet 1752, il précise « (Maupertuis) débite sourdement que le roi m'ayant envoyé ses vers à corriger, j'avais répondu : Ne se lassera-t-il pas de m'envoyer son linge sale à blanchir ? » D. Thiébault cite cette phrase dans ses Mémoires, bien que n'étant arrivé à Berlin qu'en 1765 et ses Mémoires publiés en 1826 ; il se serait contenté des écrits de V* . Toutefois , le roi fait une allusion à des « traits » lancés contre ses ouvrages par V*, dans sa lettre du 15 mars .
Lettre MCMLXVIII page 56 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k80033k/f60.image.r=...
vi Lettre d'un académicien de Berlin à un académicien de Paris . http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5624446m
vii Le 27 janvier, à l'envoyé de France La Touche : « S.M. Le roi de Prusse vient de m'inviter à retourner avec elle à Potsdam, le 30, jour de son départ . Si vous écrivez à Paris et à Versailles, je vous prie de vouloir bien mander cette nouvelle pour détruire les faux bruits qui y courent . »
Et à Walther le 1er février 1753 , voir page 49 l' « avertissement » qu'il lui demande de faire paraitre : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k80033k/f53.image.r=...
viii A Plombières . Voir lettre à Frédéric du 11 mars 1753 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2009/03/11/d...
et la réponse du roi : lettre MCMLXVIII Cf. note v.
ix Roi légendaire d'Égypte qui faisait périr les étrangers au feu sur des lits de fer .http://www.cosmovisions.com/$Busiris.htm
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25/02/2011
Beaumarchais . Quel homme ! il réunit tout : la bouffonnerie, le sérieux, la raison, la gaieté, la force, le touchant, tous les genres d'éloquence
Chats et souris, cha cha cha et sourires, ah ! quelle salsa ....http://www.deezer.com/listen-237261
Une fabulette d'Esope : Le lion et la souris/raton :http://www.deezer.com/listen-5538087
Ah! oui, je ne vous ai pas prévenus, c'est en espagnol !!
El raton y el toro : http://www.deezer.com/listen-5538118 . En voici deux qui ne finiront pas dans l'arène entourés de vociférants .

« A Jean Le Rond d'Alembert
A Ferney 25è fév[rier] 1774
Mon très cher philosophe, la nature donne furieusement sur les doigts à la fin de chaque hiver aux vieilles pattes de Raton i. Il a reçu ces jours-ci un avertissement très sérieux ii, c'est une des raisons péremptoires qui l'ont empêché de vous écrire ; et si après cette raison il pouvait en exister encore une, la voici . M. le marquis de Condorcet m'avait averti qu'il ne voulait plus recevoir de lettres par les bons offices d'un homme qui était soupçonné de les ouvrir, soupçonné d'être un espion, soupçonné d'être, d'être etc.iii On s'est trop aperçu enfin que cette défiance de M. de Condorcet était très fondée ; il n'était pas étonnant que Raton eût les pattes un peu brûlées puisqu'il marchait depuis si longtemps sur des charbons ardents . Quel homme je vous avais recommandé iv! quel présent je vous aurais fait ! j'en tremble encore ... Mes lettres fort inutiles ont été lues par des personnes qui ... Voilà autant de points que Beaumarchais en reproche à Mme Goesmann v. Toute cette algèbre vous développera l'inconnue . Et cette inconnue est que nous sommes trop connus . Je n'en suis pas moins occupé de vous plaire ; Kai meta ton mou tanaton, aliquid de tuo amico videbis quod ejus memoriam menti tuae revocabit vi.
Où diable ce jeune homme qui porte le nom de l'instrument d'un roi juif vii, a-t-il pêché que j'étais fort gracieusement traité par Mylord grand trésorier viii? Tutto'l contrario, l'historia converti, Amice, je ne compte ni sur aucun satrape ni sur aucun monarque de l'Orient, non plus que vous ne comptez sur les puissances du Nord.
Si vous voyez M. de Rochefort, je vous demande en grâce de lui dire les raisons qui me forcent à ne lui point écrire . Je ne lui en suis pas moins attaché, et je lui demande en grâce, à lui et à madame sa femme, de passer par chez nous quand ils iront voir leur mère .
Ma consolation serait de vous revoir encore dans ma chaumière auprès de Lyon, vous et M. de Condorcet ; mais ni vous ni lui n'avez de mère dans le Gévaudan ix.
La mort de ce pauvre La Condamine qui croyait avoir exactement mesuré un arc du méridien x m'avertit qu'il faut que je fasse mon paquet . Je suis un peu sourd comme lui, et de plus aveugle . Les cinq sens dénichent l'un après l'autre ; et puis reste zéro .
De tous les ouvrages dont on régale le public le seul qui m'ait plu est le quaterne de ce Beaumarchais xi. Quel homme ! il réunit tout : la bouffonnerie xii, le sérieux, la raison, la gaieté, la force, le touchant, tous les genres d'éloquence ; et il n'en recherche aucun ; et il confond tous ses adversaires, et il donne des leçons à ses juges ; sa naïveté m'enchante . Je lui pardonne ses imprudences, et ses pétulances .
Je ne vous dis rien de votre Childebrant xiii. J'espère que vous me pardonnerez d'avoir respecté un ancien attachement . Je m'enveloppe, autant que je le puis, du manteau de la philosophie . Mais ce manteau est si étriqué, si percé de trous que la bise y entre de tous les côtés . Adieu mon très cher philosophe dont le manteau est d'un meilleur drap que le mien .
Vivant ou mourant tuus sum .
Raton »
i Pour l'origine de ce surnom, voir lettres du 1er et 4 janvier 1773 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2009/01/02/j...
http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2009/01/04/c...
ii Petite attaque d'apoplexie .
iii Marin , qui ouvrait le courrier de V* et lui vola Les Lois de Minos ;
cf. lettre à d'Argental du 30 décembre 1773 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/12/29/j...
iv V* avait proposé Marin comme candidat à l'Académie française pour contrer De Brosses ; cf. lettre à d'Alembert du 10 décembre 1773 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/12/09/s...
v Procès de Beaumarchais contre Götzman : voir lettres à d'Argental du 30 décembre 1773 et 17 janvier 1774 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2011/01/17/p...
V* a relevé des ressemblances entre le comportement de Marin à son égard et celui que décrit Beaumarchais dans son Quatrième Mémoire .
vi En grec puis en latin : Et après ma mort, tu verras quelque chose de ton ami qui te rappellera son souvenir à ton esprit .
vii La Harpe .
viii Comprendre : que j'étais en bonnes relations avec le contrôleur général Terray ; cf. lettre du 17 janvier à d'Argental .
ix Comme les Rochefort d'Ally.
x Le Condamine est mort le 4 février 1774 à la suite d'une opération à laquelle, écrit Condorcet le 6 mars, il se serait « soumis par zèle pour l'humanité . Elle était nouvelle et il a voulu qu'on en fit l'épreuve sur lui » ; c'était une opération nouvelle de la hernie .Il avait fait partie de l'expédition au Pérou de 1736 à 1740 pour mesurer un arc de méridien .
Cf. lettre 18 page 26 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58105584/f229.image...
xi Le 9 février à Bacon : « J'attends que M. de Beaumarchais me réjouisse par son Quatrième mémoire qu'on attend avec plus d'impatience qu'une comédie nouvelle » C'était le Quatrième mémoire à consulter , pour Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais ... contre M. Goëtzmann ... Marin ... Darnaud Baculard, et consorts paru le 12 février , à la suite de l'expulsion, de la salle du jugement, de Beaumarchais par le président de Nicolaï.
Page 1 , recherche « quatrième mémoire » : http://books.google.fr/books?id=7m0GAAAAQAAJ&pg=PA138...
xii Dans l'édition de Kehl de Beaumarchais, celui-ci s'est permis de remplacer « bouffonnerie » par « plaisanterie ».
xiii Le duc de Richelieu, ainsi nommé par d'Alembert .
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24/02/2011
Le Dieu d'Israël est irrité contre les enfants de Jacob qui assassinent dans les rues des vieillards de quatre-vingts ans, des innocents destitués d'armes, blessent des femmes grosses, et se préparent à pendre ceux qu'ils n'ont pu assassiner
« A Etienne-François de Choiseul-Stainville, duc de Choiseul i
18è février 1770, à Ferney
A Mécenas Atticus ii duc de Choiseul, etc., etc.
Le voix de Jean criant dans le désert iii vous dit ces choses .
Ce n'est pas assez que vous ayez fait des pactes de famille iv, donné un royaume à l'ainé de la famille v, fait un pape vi madré ou non madré et mis les soldats d'Israël sur un meilleur pied qu'ils n'ont jamais été. Tout cela n'est rien sans la charité vii. Le Dieu d'Israël est irrité contre les enfants de Jacob qui assassinent dans les rues des vieillards de quatre-vingts ans, des innocents destitués d'armes, blessent des femmes grosses, et se préparent à pendre ceux qu'ils n'ont pu assassiner viii.
C'est une des suites de l'insolence avec laquelle ils en ont usé envers l'ambassadeur de l'oint du Seigneur ix et envers Messala Atticus, premier ministre de cet oint . Le sanhédrin n'est pas moins coupable d'avoir fomenté, préparé, autorisé les abominations des enfants de Belial x.
Voici ce que dit le Seigneur . Si vous aviez seulement fait bâtir à Versoix une cinquantaine de maisons de boue vous auriez actuellement dans Versoix quatre cents habitants qui ne savent où coucher qui vous seraient attachés pour jamais, et qui probablement iront habiter l'Angleterre que mon cœur réprouve, ou la Hollande que je vomis de la bouche parce qu'elle est tiède xi.
J'ai ordonné à mon serviteur François V. capucin digne d'avoir soin de ces malheureux en attendant que votre rosée puisse les consoler .
Je sais que mon serviteur chargé de la bourse commune loge le diable dans sa bourse, c'est-à-dire rien, et qu'il ne pourra donner cent mille sicles xii pour bâtir des maisons .
Mon serviteur François V. est encore plus pauvre pour le moment présent xiii, mais vous pourriez trouver quelque bon ami, non pas de cœur, mais de finance qui prêtât des sicles pour bâtir des maisons . Il n'est pas encore besoin d'édit pour donner à qui voudra de quoi reposer sa tête .
Vous avez une galère xiv dans un port qui n'est pas fait, mais des familles ne peuvent coucher dans une galère à moins que ce ne soit la famille de Fréron .
L'esprit de charité pourrait vous porter encore à empêcher qu'on ne pende plusieurs de vos serviteurs qui se sont engagés à vous, dont vous avez la signature xv, qui se sont soumis à coucher dans les maisons que vous n'avez pas bâties, qui se sont déclarés Français, et qui pour cette raison sont présumés avoir incessamment la hart au col .
Je vous dis donc de la part du Seigneur : faites comme vous voudrez, car vous avez l'œil de l'aigle, et la prudence du serpent xvi.
Signé Jean, prédicateur du désert
et plus bas François V. capucin indigne,
admis à la dignité de capucin par frère
Amatus de Lamballa, général des capucins
résident à Rome;et de plus déclaré père
temporel des capucins de Gex .xvii
Lequel François prie Dieu pour vous et pour votre digne épouse . »
ii A Hennin, V* désigne cette lettre comme une « élégie en prose » où l'on trouve Atticus et Mécène amis respectifs de Cicéron et Virgile, Horace , ...
iii Vox clamens in deserto : évangile de Jean , et Isaïe dans la bible .
iv Traité d'alliance en août 1761 notamment, entre les rois de France et d'Espagne,tous deux Bourbons .
v La Corse est cédée au roi de France par Gènes en mai 1768 .
vi Clément XIV, né Ganganelli ; le cardinal de Bernis participa activement à l'élection .
vii Première épitre aux Corinthiens.
viii Rappel des violences qui ont eu lieu à Genève les 15-16 janvier . Le 19 janvier, V* décrit à la duchesse de Choiseul les violences contre les « natifs » : « Une femme grosse assassinée et blessée grièvement ; trois hommes tués ; un vieillard de quatre-vingts ans massacré en sortant de chez lui en robe de chambre ; tous ceux qui voulaient se retirer à Versoix menacés de la corde ... » Le 15, les Natifs avaient manifesté en faveur de deux des leurs condamnés . Le 16, à la demande des chefs des Représentants (encore plus acharnés que les patriciens contre les natifs) une prise d'armes fut décrétée ; trois natifs furent tués, des arrestations de masse opérées .
ix Beauteville, ambassadeur du roi, désigné comme médiateur au début 1766 pour mettre fin aux dissensions de Genève : voir lettres de 1765-1767 . Les Genevois refusèrent les conclusions des médiateurs en décembre 1766, et Beauteville quitta Genève .
x = Satan dans la littérature juive .
xi Apocalypse, de Jean .
xii Monnaie d'argent émise en Palestine au 1er siècle après J.-C.
xiii Allusion à l'argent placé chez La Borde que la politique de l'abbé Terray lui a fait perdre .
xiv La France avait fait bâtir un bateau sur le Léman et V* le rachètera pour qu'il ne tombe pas aux mains des Genevois .
xv Il s'agit des dix-huit familles dont V* parle au résident Henin le 16 février : « Lorsqu'on parla de bâtir Versoix, dix-huit Natifs vinrent m'apporter leurs signatures, et s'engagèrent à y bâtir des maisons . J'envoyai leurs propositions au duc de Choiseul ... » page 13 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k80040v/f18.image.r=...
Parmi eux se trouvait Georges Auzière, un des meneurs, qui fut avec sept autres banni de Genève sans jugement le 22 .
http://www.imprimeriedesarts.ch/spip/spip.php?article20
xvi Évangile de Matthieu .
xvii Ce qu'il dit à ses correspondants ,- y compris au cardinal de Bernis-, depuis le 9 février . Page 10 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k80040v/f15.image.r=...
Le curé de Ferney, Pierre Hugonet, écrit le 21 mars : « Le voila maintenant déclaré enfant spirituel, bienfaiteur et père temporel de l'ordre de St François . Le général des capucins lui envoya dernièrement des lettres de filiation ... » Cependant, le général des capucins interrogé par le comte de Saint-Florentin répondit qu'il n'avait « jamais envoyé de lettre d'affiliation à M. de Voltaire » et qu'il « désavouait celle qu'il pourrait avoir, ne l'ayant point signée... » V* avait mérité la reconnaissance des capucins en transmettant au duc de Choiseul le 20 novembre 1769, par l'intermédiaire de la duchesse, « un petit placet de douze capucins de Gex » et leur faisant ainsi obtenir 600 livres, ce dont il remercia la duchesse le 8 décembre 1769 . Il fut donc effectivement père temporel des capucins de Gex, ce qui n'implique qu'une assistance laïque .
Pierre Hugonet vient de succèder à Pierre Gros, mort « d'ivrognerie » selon V*.
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23/02/2011
je ne voudrais pour rien au monde mener la vie d'Abraham, qui s'en allait comme un grand nigaud

Prince Wallon remarquable, Charles-Joseph serait peut-être surpris par l'évolution, si tant est qu'on puisse parler d'évolution dans le cas de la Belgique . Ce n'est pas une révolution , ni une involution, alors où est la solution ?
Je suis heureux de constater que les Belges prouvent au monde politique qu'un pays peut très bien vivre sans gouvernement pondeur de lois nouvelles . Les anciennes suffisent largement , et le peuple, divisé pour de sottes raisons clochemerlesques, se débrouille fort bien pour faire des affaires et prospérer . Leur taux de croissance fait envie, et je préconiserais volontiers la suppression en France des quelques centaines de coupeurs de cheveux en quatre que sont les élus privilégiés pour relancer le commerce et réduire le chomage . On peut rêver !

Après avoir ri en lisant la tirade sur Abraham et sa "jeune" épouse, je réécoute Devos :
http://www.deezer.com/listen-2161747
Et s'il en est besoin, pour confirmer les écrits de Volti , en chanson :
http://www.deezer.com/listen-2750368
Et comme jazz et humour vont bien ensemble :
http://www.deezer.com/listen-201279
« A Charles-Joseph, prince de Ligne i
18è février 1764, à Ferney
Monsieur,
Il n'y a que le bel état où mes yeux sont réduits qui m'ait pu priver du plaisir et de l'honneur de vous répondre . Je suis devenu à peu près aveugle ; et je suis dans l'âge où l'on commence à perdre tout pièce à pièce ; il faut savoir se soumettre aux ordres de la nature, nous ne sommes pas nés à d'autres conditions . Cela fait un peu de tort à notre théâtre . Il n'y a point de rôle pour un vieux malade qui n'y voit goutte, à moins que je ne joue celui de Tirésie ii. Je n'ai d'autre spectacle que celui des sottises et des folies de ma chère patrie ; je lui ai bien de l'obligation, car sans cela la vie serait assez insipide . Après avoir tâté un peu de tout, j'ai cru que la vie de patriarche était la meilleure . J'ai soin de mes troupeaux comme ces bonnes gens, mais Dieu merci, je ne suis point errant comme eux, et je ne voudrais pour rien au monde mener la vie d'Abraham, qui s'en allait comme un grand nigaud, de Mésopotamie en Palestine, de Palestine en Égypte, de l'Égypte dans l'Arabie Pétrée, ou à pied, ou sur son âne, avec sa jeune et jolie petite femme, noire comme une taupe, âgée de quatre-vingts ans, ou environ, et dont tous les rois ne manquaient pas de tomber amoureux . J'aime mieux rester dans mon petit ermitage avec ma nièce et la petite famille iii que je me suis faite .
Mme Denis a dû vous dire, Monsieur, combien votre apparition nous a charmés dans notre retraite ; nous y avons vu des gens de toutes nations, mais personne qui nous ait inspiré tant d'attachement, et donné tant de regrets . Daignez encore recevoir les miens, et agréez le respect avec lequel j'ai l'honneur d'être,
Monsieur,
votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire »
i Charles Joseph, prince de Ligne : http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles-Joseph_de_Ligne
Il rendit visite à Voltaire en juin 1763, et en fera la relation dans Mes conversations avec M. de Voltaire : pages 257-268 : http://www.chjdeligne-integral-34melanges.be/images/10/re...
ii Tirésias, devin aveugle de Thèbes, personnage du cycle d'Oedipe .
iii Marie-Françoise Corneille et son mari Dupuits, et la sœur de celui-ci .
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22/02/2011
Cela redouble mon mépris pour les bourgeois qui font le gros dos parce qu'ils ont un office
NDLR : Cette note est sous forme provisoire à cette heure matinale ; un complément de suivra dans la matinée ...
Inachevée, cette mise en ligne ... comme était dite cette symphonie que j'aime, de Schubert que je vous invite à écouter :
http://www.deezer.com/listen-1002668
Elle évoque pour moi des souvenirs d'un Teppaz installé dans le couloir de l'appartement, afin que toute la famille puisse entendre la musique . Belle musique ! Tonique et tendue, sombre avec éclats ...
NDLR 2 : au moment du repas, en hors d'oeuvre, voici la note complète .

Gros minet, excuse-moi de te mettre dans la peau d'un bourgeois nanti ...
http://www.youtube.com/watch?v=_BFOyn8K7pg : Brel, mon ami, remets les pendules à l'heure !
« A Etienne-Noël Damilavile
et à
Nicolas-Claude Thieriot
18 février 1761
Je salue tendrement les frères, j'élève mon cœur à eux, et je prie Dieu pour le succès du Père de famille i.
J'envoie aux frères une petite cargaison, contenant un chant de La Pucelle et les Lettres sur La Nouvelle Héloïse, ou Aloïsia de Jean-Jacques auxquelles M. le marquis de Ximénès n'a fait aucune difficulté de mettre son nom, attendu qu'il ne craint pas plus Jean-Jacques que Jean-Jacques ne semble craindre ses lecteurs . La Nouvelle Héloïse et Daïra ii m'ont fait relire Zaïde iii. Qu'on fasse quelque nouvelle tragédie, je relirai Racine .
J'ai demandé à Monsieur Thieriot les recueils I, K, L, M, N iv. Il faut bien que j'aie tout l'alphabet . Je suis très fâché qu'il y ait une ville en France, nommée Paris, où il soit permis à un Fréron d'insulter l'héritière du nom de Corneille v; on ne m'écrit sur cela que des lanternes . Si Fréron en avait dit autant de la petite fille d'un laquais dont le père fût conseiller du parlement ou de la cour des aides, on mettrait Fréron au cachot . Il est digne de ceux qui laissaient mourir de faim la cousine de Cinna, de ne la pas venger . Cela redouble mon mépris pour les bourgeois qui font le gros dos parce qu'ils ont un office.
Je prie instamment Monsieur Thieriot de mettre au cabinet l'épître d'Abraham Chaumeix à Mlle Clairon vi; ce n'est pas qu'on craigne le petit singe à face de Thersite, au sourcil noir, et au cœur noir ; on a pour lui autant d'horreur que pour Fréron . C'est dommage qu'un aussi insolent et aussi absurde persécuteur ne soit puni que par des vers et par l'exécration publique ; il est bien heureux d'avoir affaire à des philosophes qui ne peuvent se venger que par le mépris . Je voudrais bien voir un de ces faquins, si fiers de leurs petites charges, voyager dans les pays étrangers : il ferait une plaisante figure à coté d'un homme de mérite . »
i Pièce de Diderot jouée le 18 février et qui n'eut que sept représentations .
ii Roman de Alexandre-Joseph Le Riche de La Popelinière : Daïra, 1760 : http://books.google.be/books?id=kloGAAAAQAAJ&printsec...
iii Roman de Mme de La Fayette , Zaïde présente quelques ressemblances avec la Zulime-Fanime et La Princesse de Babylone de V* ;
http://fr.wikipedia.org/wiki/Za%C3%AFde
http://fr.wikipedia.org/wiki/Madame_de_La_Fayette
Zaïde : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k575947/f2.image
iv Tomes du Recueil A. B. C..., 1745-1762 en 24 fascicules, de Louis Calabre Pérau et autres .
v Voir lettres du 15 janvier à Du Molard Bert et 2 février 1761 aux d'Argental :
http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2009/01/17/t...
http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2011/02/02/o...
vi Voir lettre du 2 février 1761 aux d'Argental, où V* explique pourquoi Thieriot doit garder l'Épitre dans son secrétaire(signée A*** C***) ; il concentre se forces contre Fréron . Pour le « singe » (= Omer Joly de Fleury) et le pseudonyme, voir même lettre .
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21/02/2011
L'industrie de la nation répare les balourdises du ministère
Rien de neuf sous le soleil, qui doit tenir bon et éclairer ministres et travailleurs -des vrais, eux !- ; les uns pérorent et les autres ont la tête dans le guidon ; vous savez qui !
Ceux qui ne sont pas ministres se reconnaissent , ils ne parlent pas de leurs vacances avec jets privés et frais de séjour payés par les contribuables/corvéables autochtones .

Un peu de musique discordante pour arroser tout ça :http://www.deezer.com/listen-5469020
« A Marie de Vichy de Chamrond, marquise du Deffand
18 février [1760]
L'éloquent Cicéron, Madame, sans lequel aucun Français ne peut penser, commence toujours ses lettres par ces mots : si vous vous portez bien, j'en suis bien aise, pour moi, je me porte bien . J'ai le malheur d'être tout le contraire de Cicéron . Si vous vous portez mal, j'en suis fâché, pour moi , je me porte mal ; heureusement je me suis fait une niche dans laquelle on peut vivre et mourir à sa fantaisie ; c'est une consolation que je n'aurais pas eue à Craon, auprès du révérend père Stanislas, et de Frère Jean des Entommeures de Menoux i. C'est encore une grande consolation de s'être formé une société de gens qui ont une âme ferme et un bon cœur ; la chose est rare , même dans Paris . Cependant, j'imagine que c'est à peu près ce que vous avez trouvé . J'ai l'honneur de vous envoyer quelques rogatons, assez plats ; votre imagination les embellira ; un ouvrage, tel qu'il soit, est toujours assez passable quand il donne l'occasion de penser. Puisque vous avez, Madame, les poésies de ce roi ii qui a pillé tant de vers et tant de villes, lisez donc son Épître au maréchal de Keit sur la mortalité de l'âme ; il n'y a qu'un roi, chez nous autres chrétiens, qui puisse faire une telle épître. Me Joly de Fleury assemblerait les chambres contre tout autre, et on lacérerait l'écrit scandaleux. Mais apparemment qu'on craint encore les aventures de Rosbac, et qu'on ne veut pas fâcher un homme qui a fait tant de peur à nos âmes immortelles . Le singulier de tout ceci, c'est que cet homme qui a perdu la moitié de ses États, et qui défend l'autre par les manœuvres du plus habile général, fait tous les jours encore plus de vers que l'abbé Pellegrin iii; il ferait bien mieux de faire la paix iv; dont il a , je crois, autant besoin que nous . J'aime encore mieux avoir des rentes sur la France que sur la Prusse . Notre destinée est de faire toujours des sottises, et de nous en relever ; nous ne manquons presque jamais une occasion de nous ruiner et de nous faire battre, mais au bout de quelques années, il n'y parait pas . L'industrie de la nation répare les balourdises du ministère . Nous n'avons pas aujourd'hui de grand génie dans les beaux-arts, à moins que ce ne soit M. Lefranc de Pompignan ou M. l'évêque son frère v, mais nous aurons toujours des commerçants et des agriculteurs . Il n'y a qu'à vivre, et tout ira bien.
Je conçois que la vie est prodigieusement ennuyeuse quand elle est uniforme . Vous avez à Paris la consolation de l'histoire du jour, et surtout la société de vos amis. Moi, j'ai ma charrue, et des livres anglais, car j'aime autant les livres de cette nation que j'aime peu leurs personnes . Ces gens-là n'ont pour la plupart du mérite que pour eux-mêmes . Il y en a bien peu qui ressemblent à Bolingbroke ; celui-là valait mieux que ses livres, mais pour les autres Anglais leurs livres valent mieux qu'eux .
J'ai l'honneur de vous écrire rarement, Madame, ce n'est pas seulement ma mauvaise santé et ma charrue qui sont en cause. Je suis absorbé dans un compte que je me rends à moi-même par ordre alphabétique, de tout ce que je dois penser sur ce monde-ci et sur l'autre, le tout, pour mon usage, et peut-être après ma mort, pour l'usage des honnêtes gens vi. Je vas dans ma besogne aussi franchement que Montaigne va dans la sienne, et si je m'égare, c'est en marchant d'un pas un peu plus ferme . Si nous étions à Craon, je me flatte que quelques-uns des articles de ce dictionnaire d'idées ne vous déplairaient pas ; car je m'imagine que je pense comme vous sur tous les points que j'examine ; si j'étais homme à venir faire un tour à Paris, ce serait pour venir vous y faire ma cour ; mais je déteste Paris sincèrement, et autant que je vous suis attaché . Songez à votre santé, Madame, elle sera toujours précieuse à ceux qui ont le bonheur de vous voir, et à ceux qui s'en souviennent avec le plus grand regret .
V. »
i Le jésuite Menoux, confesseur du roi Stanislas, assimilé ici au personnage de Rabelais .
Père Menoux : Page 153 : http://books.google.fr/books?id=evNRAAAAMAAJ&pg=PA153...
ii Sur ces poésies de Frédéric, voir lettre du 26 janvier à Louise-Dorothéa von Meiningen, duchesse de Saxe-Gotha : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2011/01/26/j...
iii Simon-Joseph Pellegrin a composé entre autres une Apologie de M. de Voltaire adressée à lui-même,critique de La Henriade, (mais que certains, dont V*, attribuèrent à l'abbé Desfontaines ).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Simon-Joseph_Pellegrin
iv V* fut un des négociateurs, voir lettres du 30 novembre 1759 à d'Argental et 26 janvier 1760 à la duchesse de Saxe-Gotha (ci-dessus note ii) : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/11/30/o...
v Que V* cite souvent comme étant le collaborateur de Caveirac qui a rédigé une Apologie de la révocation de l' Edit de Nantes.
vi Première allusion, dans sa correspondance, au Dictionnaire philosophique depuis le dernier séjour en Prusse où avaient été rédigés les articles : « Abraham », « Baptème », « (population de) l'Amérique » ; cf. lettres à Frédéric des 5 septembre et fin septembre-début octobre 1752 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/09/05/v...
et page 4 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k80033k/f8.image.r=....
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20/02/2011
si vous allez jamais dans le pays du pape, des châtrés et des processions, passez par chez nous
Oui, venez au château de Voltaire à Ferney (01210 Ain - France), dès le 1er avril 2011 , venez visiter le cadre où ont été rédigés des ouvrages essentiels comme le Traité sur la tolérance .
Châtrés, castrés du XXIè siécle : http://www.culturepub.fr/videos/bud-light-les-castres
Il est bien évident à mes yeux qu'il est un transalpin à châtrer d'urgence, un dénommé Sylvio Berlusconi, pour qu'enfin la petite tête ne mène plus la grosse .
Pompe et circonstance : une organiste que j'aime , en pensant à une autre organiste que j'aime davantage encore, Mam'zelle W*** : http://www.deezer.com/listen-952688
Processions, en costumes plus ou moins folklo, pour la gloire des saints et de l'Eglise universelle (à son avis, qui n'est pas humble ! ), une foi qui me laisse souvent pantois : le saint-père ( Noël ?) a encore de beaux jours devant lui http://www.youtube.com/watch?v=1fDRzT8ypPM
"Rome! unique objet de mon ressentiment ! Rome ! que je hais ..." etc. Mais je garde en mémoire cette appréciation "bon comme la romaine" en osant espérer qu'il ne s'agit pas là de salade .

« A Jean Le Rond d'Alembert
des académies de Paris
rue Michel-le-Comte à Paris
J'ai besoin de savoir, mon cher et grand philosophe, si frère Berthier de la société de Jésus contribue encore à farcir ses menstrues de Trévoux d'injures et de sottises contre d'honnêtes gens qui ne pensent point à lui i, tandis que douze de ses confrères sont dans les fers à Lisbonne , accusés, et convaincus dit-on, d'avoir encouragé les conjurés au parricide au nom de la Vierge Marie, et de son fils Jésus consubstantiel au père ii.
J'ai besoin de savoir ce que c'est qu'un monstre bavard qui a justifié la révocation de l'édit de Nantes et la Saint-Barthélémy iii.
Il me faut aussi le nom de l'avocat sans cause qui a griffonné des lettres hollandaises contre le roi de Prusse jusqu'au moment du silence imposé par la bataille de Rosbac, et qui depuis s'est acharné contre la raison iv.
Et quel est le malheureux qui a engagé le parlement de Paris à se faire géomètre, mécanicien, métaphysicien, médecin , théologien, etc., pour juger 30 volumes in-folio de l'Encyclopédie v?
Vous qui savez tant de belles et bonnes choses, ne pourriez-vous point savoir aussi quelque chose des odieuses bêtises sur lesquelles je voudrais être instruit ?
J'avoue que j'aimerais bien mieux savoir à quoi vous vous occupez, et quelles vérités vous voulez apprendre aux hommes qui ne le méritent pas, dans un temps où la vérité est persécutée par les fripons et par les sots .
Vous n'avez pas daigné revoir nos sociniens de Genève, mais si vous allez jamais dans le pays du pape, des châtrés et des processions, passez par chez nous . Vous verrez que les prédicants de Genève respectent les tours de Ferney, les fossés de Tournay, et même les jardins des Délices .
Dites-moi si Jean-Jacques est devenu tout à fait fou . Dites-moi si Diderot ne l'est pas d'avoir voulu continuer l'Encyclopédie en France, et moi j'avouerai que vous êtes très sage de vous être tiré de ce bourbier .
Mon Dieu ! que de bavarderies sur la population, sur le commerce, etc ! Eh jeans-f[outre], parlez moins de population et peuplez !
Que dites-vous du roi de Prusse qui m'envoie deux cents vers de Breslau vi, pendant qu'il assemble près de de deux cent mille hommes ?
Que dites-vous d'Helvétius et de l'honneur qu'on lui a fait vii? Mais que dites-vous de moi qui vous ennuie et qui vous aime ?
A Tournay par Genève 19 février [1759] »
i Le 12 novembre 1758, Thieriot lui a fait savoir que dans un article publié dans les Mémoires de Trévoux d'octobre 1758,on demandait aux autorités d'arrêter la campagne antireligieuse, notamment à propos de l'ouvrage De l'Esprit de Helvétius .
ii Voir lettre aux Cramer du 10 février : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2011/02/08/i...
iii M. l'abbé Jean Novi de Caveirac, auteur d'une Apologie de Louis XIV ... sur la révocation de l'Édit de Nantes pour servir de réponse à la Lettre d'un patriote sur la tolérance civile des protestants de France, avec une dissertation sur la journée de la St Barthélémi, 1758.
http://www.archive.org/stream/apologiedelouis01cavegoog#p...
http://books.google.fr/books?id=55YoAAAAYAAJ&pg=PA531...
Antoine Court, pasteur : Lettre d'un patriote ...,1756 : http://books.google.be/books?id=uSBBAAAAcAAJ&printsec...
http://www.museeprotestant.org/Pages/Notices.php?scatid=1...
iv Jacob-Nicolas Moreau, avocat, éditeur de l'Observateur hollandais, auteur du Nouveau Mémoire pour servir à l'histoire des cacouacs, 1757 .
Voir lettre du 8 janvier 1758 à d'Alembert : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2011/01/08/j...
v Le 23 juin, V* fera une rétrospective à Palissot . Abraham Chaumeix a fait un mémoire contre l'Encyclopédie et l'a remis à Omer Joly de Fleury qui a prononcé un réquisitoire devant le parlement .
Voir pages 429-432 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k80034x/f434.image.r...
vi L'Épître à ma sœur de Bayreuth, envoyée de Breslau avec une lettre datée du 23 janvier 1759, suite au décès le 14 octobre 1758 de la margravine Sophie-Frédérique, sœur ainée de Frédéric. Page 208 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k80034x/f213.image.r...
Accusant réception de celle-ci, V* écrit : « Il y a longtemps que je dis que vous êtes l'homme le plus extraordinaire qui ait jamais été . Avoir l'Europe sur les bras et faire des vers que Votre Majesté m'envoie est assurément une chose unique. »
Voir aussi la demande de Frédéric du 6 novembre 1758 : pour « lui élever un monument à son honneur. » : page 184 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k80034x/f189.image.r...
Ce que fit V*, et il lui adressa ces vers ,en décembre, page 189 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k80034x/f194.image.r...
vii De l'Esprit, livre d'Helvétius a été interdit le 23 janvier en même temps que l'Encyclopédie, et condamné à être brûlé le 6 février en me^me temps que le Poème sur la loi naturelle de V* .
http://pedagogie.ac-toulouse.fr/philosophie/textes/helvet...
http://www.voltaire-integral.com/Html/09/11_Loi_naturelle...
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