01/02/2011
cet ouvrage diabolique, où l'on prouve que tout les hommes sont frères
"La liberté a quelque chose de céleste ; mais le repos vaut encore mieux."
L'idéal étant bien entendu de concilier les deux états, ce qui semble irréaliste dans une grande partie du monde méditerranéen actuellement .
Liberté, combien de morts vaux-tu ?
"Frères musulmans" ! je crains par dessus-tout votre fraternité exclusive.
Tout comme on vit, dans la bible, Jacob voler le droit d'ainesse à Esaü, je crains que votre fraternité aille jusqu'à enlever la liberté de vos compatriotes sur cette terre, pour votre bien sur cette terre, et le leur dans un hypothétique et rêvé au-delà .
Inch Allah ! mais attache bien ton chameau !!
« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental
et à Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental
1er février 1764
L'aveugle des Alpes a lu comme il a pu, et avec plus de plaisir que de facilité la consolante lettre du 25, du mois de janvier, dont ses anges gardiens l'ont régalé. Le grand docteur Tronchin lui couvre les yeux d'une pommade adoucissante, où il entre du sublimé corrosif i. Jésus-Christ ne se servait que de boue et de crachat, en criant effetta ii, mais les arts se perfectionnent.
Mes anges avaient donc reçu le 5è acte de la Conjuration un peu radoubé ? Ils en sont donc contents ? On pourrait donc se donner le petit plaisir de se moquer du public, de faire jouer la pièce de l'ex-jésuite iii, en disant toujours qu'on va jouer Olympie . Ce serait un chef-d'œuvre de politique comique qui me parait si plaisant que je ne conçois pas comment mes conjurés ne se donnent pas cette satisfaction .
Cependant j'en reviens toujours à mon grand principe que la volonté de mes anges soit faite au tripot comme au ciel.
J'ajoute que je leur enverrai incessamment des Olympie corrigées, soit par M. le duc de Praslin, soit par M. de Courteilles, soit par Jannel lui-même . Ils en feront à leur volonté . Mais en cas qu'ils veuillent suivre leur conjuration, je ne sais s'il ne faudrait pas donner le rôle de Fulvie à Mlle Dumesnil, et celui de Julie à Mlle Clairon ; je m'en rapporte au pauvre diable d'ex-jésuite père putatif de Fulvie et de Julie.
Je remercie tendrement mes anges de toutes leurs bontés ; c'est à eux que je dois celles de M. le duc de Praslin, qui me conservera mes dîmes en dépit du Concile de Latran, et qui fera voir que les traités des rois valent mieux que les conciles iv. Figurez-vous quel plaisir ce sera pour un aveugle d'avoir entre les Alpes et le mont Jura une terre grande comme la main, très joliment bâtie de ma façon, ne payant rien ni au roi ni à l'Église, et ayant le droit de mainmorte sur plusieurs petites possessions.
Je devrai tout cela à mes anges et à M. le duc de Praslin. Il n'y a que le succès de la conspiration qui puisse me faire un aussi grand plaisir.
Je les félicite du gain du procès de la Gazette littéraire, qui fera braire l'âne littéraire v. On m'avait envoyé d'Angleterre un gros paquet adressé il y a un mois à M. le duc de Praslin, pour travailler à sa gazette dans le temps que j'avais encore un œil. Mais il faut que le diable comme vous dites soit déchainé contre tous mes paquets.
Il parait (et je suis très bien informé) qu'on a de grandes alarmes à Versailles sur La Tolérance, quoique tous ceux qui ont lu l'ouvrage en aient été contents vi. On peut bien croire que ces alarmes m'en donnent. Je m'intéresse vivement à l'auteur, qui est un bon théologien et un digne prêtre ; je ne m'intéresse pas moins à l'objet de son livre, qui est la cause de l'humanité . Il n'y a certainement d'autre chose à faire dans de telles circonstances, qu'à prier frère Damilaville de vouloir bien employer son crédit, et ses connaissances dans la typographie pour empêcher le débit de cet ouvrage diabolique, où l'on prouve que tout les hommes sont frères.
Je supplie très instamment mes anges consolateurs de savoir, par le protecteur de la conspiration des roués vii, si l'on me sait mauvais gré à Versailles de cette Tolérance si honnête. Il peut en être aisément informé, et en dire trois mots à mes anges qui m'en feront entendre deux ; car quoique je ne sois pas un moine du couvent, je ne veux pourtant pas déplaire à monsieur le prieur . La liberté a quelque chose de céleste ; mais le repos vaut encore mieux.
Ma nièce et moi nous remercions encore une fois nos anges, nous présentons à M. le duc de Praslin les plus sincères remerciements ; nous en disons autant à frère Crommelin viii, qui d'ailleurs est un des fidèles de notre petite église . J'ai lu à propos d'église le réquisitoire de maître Omer contre maître de Beaumont ix. Je ne sais rien de plus ennuyeux, si ce n'est peut-être le mandement de Beaumont que je n'ai point encore vu . Je ne trouve de raisonnable dans toutes ces fadaises importantes que la déclaration du roi qui ordonne le silence.
Permettez-vous qu'on insère dans ce paquet un petit mot pour Lekain ?x »
i Du mercure sublimé. http://fr.wikipedia.org/wiki/Mercure_%28chimie%29#cite_re...
ii Voir évangile de St Marc .
iii Voir lettres du 1er août et du 27 septembre 1763 aux d'Argental. « On » = V* attribue cette pièce à un jeune jésuite nommé Marcel !
http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/08/01/i...
http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2009/09/27/v...
iv Le même jour, à Damilaville ,il précise : « Je crois ... que M. le duc de Praslin rapportera bientôt au Conseil ... » Pages 381-382 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k80036m/f387.image.p...
Sur les traités évoqués voir lettre aux d'Argental du 27 septembre 1763.
v Pour la Gazette littéraire, voir lettre à Choiseul-Praslin du 1er mai 1763 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2009/05/21/v...
du 14 août 1763 aux d'Argental : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2009/08/15/c...
L' « âne littéraire » étant bien entendu une allusion à l'Année littéraire de Fréron .
vi Tous ceux qui ont lu l'ouvrage en ont été contents, c'est ce que dit à V* le duc de Choiseul le 27 novembre 1763, qui cite en particulier Mme de Pompadour et la duchesse de Gramont . Cependant le cardinal de Bernis, de retour à la cour , refusa l'envoi du traité comme une imprudence en un billet daté du 26 janvier 1764 : « Un traité de la tolérance est un ouvrage si important, mais si délicat, que je crois plus prudent de vous prier de ne pas me l'adresser » : Page 372 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k80036m/f377.image.p...
vii Le duc de Praslin alors ministre des Affaires étrangères.
viii Jean-Pierre Crommelin,1716-1768, ministre représentant de la RTépublique de Genève à Paris de 1763 à 1768.
http://www.crommelin.org/familytree/1647PierreEtienne.htm
ix Mgr Christophe de Beaumont, archevêque de Paris contre qui est rendu l'Arrêt du parlement de Paris, qui condamne ... l'instruction pastorale de Mgr l'archevêque de Paris, 1764.
x Concernant l'éventualité de la représentation du Triumvirat.
18:03 | Lien permanent | Commentaires (0)
j'ai tâché en tout de respecter la vérité, de rendre ma patrie respectable aux yeux de l'Europe
Ne vous trompez pas, ce titre n'est pas une citation d'un(e) de nos politiques, ce serait trop beau, en particulier "respecter la vérité" .
Ils se comportent à son égard comme à celle d'une "respectueuse", ils la payent .
Est alors vérité vraie (?), ce pour quoi on a le meilleur rapport qualité/prix ? tout mathématicien voit facilement que quand prix tend vers l'infini, et que qualité reste une valeur finie, le rapport qualité/prix tend vers zéro ! Bel argument pour affirmer qu'il ne faut pas dire la vérité à tout prix ! Non ? CQFD...

« A Charles-Jean-François Hénault
A Berlin , 1er février [1752]
J'apprends que vous avez été malade, mon cher et illustre confrère i; je crains que vous ne le soyez encore. Qui connait mieux que moi le prix de la santé ? Je l'ai perdue sans ressource ; mais comptez que personne au monde ne s'intéresse comme moi à la vôtre, car j'aime la France, je regrette la perte du bon goût, et je vous suis véritablement attaché . Je compte aller prendre les eaux dès que le soleil fondra un peu nos frimas ; mais quelles eaux ? Je n'en sais rien . Si vous en preniez, les vôtres seraient les miennes.
J'ai envoyé à ma nièce deux volumes où j'ai réformé , autant que je l'ai pu, tout ce que vous avez eu la bonté de remarquer dans le Siècle de Louis XIV. Je vous avertis très sérieusement que si on imprime cet ouvrage en France, corrigé selon vos vues, je vous le dédie, par la raison que si Corneille vivait, je lui dédierais une tragédie.
Permettez que je vous envoie deux petits morceaux que j'ajoute à ce Siècle : ils sont bien à la gloire de Louis XIV . Je vous supplie quand vous les aurez lus, de les envoyer à ma nièce, afin qu'elle les joigne à l'imprimé corrigé qu'elle doit avoir entre les mains.
Je vous avoue que j'ai de la peine à comprendre cet air d'ironie que vous me reprochez sur Louis XIV . Daignez relire seulement cette page imprimée, et voyez si on peut faire Louis XIV plus grand .
J'ai traité, je crois, comme je le devais, l'article de la conversion du maréchal de Turenne ii. J'ai adouci les teintes, autant que le peut un homme aussi fermement persuadé que moi qu'un vieux général, un vieux politique et un vieux galant ne change point de religion par un coup de grâce.
Enfin, j'ai tâché en tout de respecter la vérité, de rendre ma patrie respectable aux yeux de l'Europe, et de détruire une partie des impressions odieuses que tant de nations conservent encore contre Louis XIV et contre nous. Si j'en avais dit davantage, j aurais révolté . On parle notre langue dans l'Europe, grâce à nos bons écrivains ; nous avons enseigné les nations, mais on n'en hait pas moins notre gouvernement ; croyez-en un homme qui a vu l'Angleterre, l'Allemagne et la Hollande.
Si vous pouvez, par votre suffrage et par vos bons offices, m'obtenir la permission tacite de laisser publier en France l'ouvrage tel que je l'ai réformé, vous empêcherez que l'édition imparfaite qui commence à percer en Allemagne ne paraisse en France. On ne pourra certainement empêcher que les libraires de Rouen et de Lyon ne contrefassent cette édition vicieuse ; et il vaut mieux laisser paraître le livre bien fait que mal fait.
Ces difficultés sont abominables . J'ai, sans peine, un privilège de l'Empereur, pour dire que Léopold était un poltron iii; j'en ai un en Hollande pour dire que les Hollandais sont des ingrats, et que leur commerce dépérit ; je peux hardiment imprimer, sous les yeux du roi de Prusse que son aïeul, le Grand Électeur, s'abaissa inutilement devant Louis XIV, et lui résista aussi inutilement ; il n'y aura donc qu'en France où il ne serait pas permis de faire paraître l'éloge de louis XIV et de la France ! et cela, parce que je n'ai eu ni la bassesse ni la sottise de défigurer cet éloge par de honteuses réticences et par de lâches déguisements . Si on pense ainsi parmi vous, ai-je eu tort de finir ailleurs ma vie ? Mais , franchement, je crois que je la finirai dans un pays chaud ; car le climat où je suis me fait autant de mal que les désagréments attachés en France à la littérature me font de peine.
Voyez, mon cher et illustre confrère, si vous voulez avoir le courage de me servir : en ce cas, vous me procurerez un très grand bonheur, celui de vous voir . Permettez-moi de vous prier d'assurer de mes respects M. d'Argenson iv et Mme du Deffand . Bonsoir ; je me meurs, et je vous aime.
P. S. - Que je vous demande pardon d'avoir dit qu'il y a quarante à cinquante pas à nager au passage du Rhin ! Il n'y en a que douze ; Pellisson même le dit . J'ai vu une femme qui a passé vingt fois le Rhin sur son cheval, en cet endroit, pour frauder la douane de cet épouvantable fort du Tholus . Le fameux fort de Shenk, dont parle Boileau v, est une ancienne gentilhommière qui pouvait se défendre du temps du duc d'Albe . Croyez-moi, encore une fois, j'aime la vérité et ma patrie ; je vous prie de le dire à M. d'Argenson. »
i Académicien français, lui aussi depuis 1723. http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles-Jean-Fran%C3%A7ois_H...
ii Chapitre XII des Œuvres Historiques , page 117 : http://books.google.be/books?id=6jEaAAAAYAAJ&pg=PA117...
iii En substance dans le chapitre XIV des Œuvres historiques : page 125 : http://books.google.be/books?id=6jEaAAAAYAAJ&pg=PA117...
iv Marc-Pierre de Voyer de Paulmy, comte d'Argenson ministre du roi ,ami de Voltaire depuis le collège, surintendant des Postes, qui entrera le 4 février au « Cabinet noir » ou secret de la Poste, chargé d'ouvrir le courrier de personnes désignées par le roi.
v Dans sa Quatrième Épître , Boileau parle du « fameux fort de Shink » ( vers 74) et aussi de « Tholus » , vers 55 ( = « Tholhuis » qui signifie en flamand : bureau où l'on reçoit les péages); Pages 268 et suiv. :
http://books.google.be/books?id=pnAGAAAAQAAJ&pg=PA354...
Et n'oublions pas que demain est la chandeleur :
http://www.deezer.com/listen-233094
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31/01/2011
je ne m'attendais pas que je serai encore en vie en 1760, et que j'aurais soin de la vie des autres
« A Monsieur le docteur Théodore Tronchin
à Genève
[janvier 1760]
Les maladies continuent dans les campagnes, ce sont des fièvres doubles, tierces ou continues avec redoublement 1. Plusieurs malades sont attaqués d'un flux de sang, sont fort agités, et ont beaucoup d'inquiétude dans les jambes . Le domestique qui m'est mort aux Délices, et qui avait éprouvé tous ces symptômes commença, dès qu'il se sentit attaqué, par s'aller faire saigner à Genève, sans consulter personne, prit beaucoup de quinquina et augmenta beaucoup son mal. Un de ses frères, fermier dans le pays, lui amena un médecin fort fameux du village de Chêne 2. Cet illustre médecin qui, je crois, ne sais pas lire, a fait languir le malade tout le moins qu'il a pu.
J'ai traité le jeune garçon dont je prends soin en suivant de point en point les ordres de Monsieur Tronchin. Il est dans la convalescence; je traiterai de même les fièvres qui ne sont pas accompagnées de flux de sang, mais pour ces dernières qui courent aussi dans Genève, et dont Monsieur Tronchin a connu le caractère, pourrait-il avoir la bonté de me prescrire une méthode générale que je tâcherai de proportionner aux différents tempéraments, en donnant , par exemple, des doses plus fortes aux tempéraments plus robustes ?
Notre pays de Gex n'est pas assez peuplé pour y tuer nos laboureurs et nos vignerons.
Mon cher docteur, quand je vins ici je ne m'attendais pas que je serai encore en vie en 1760, et que j'aurais soin de la vie des autres . Vous avez raison de dire que la vie qui reste aux Français est bien malheureuse . On les a traités comme le médecin de Chêne a traité mon domestique. N'êtes-vous pas dans le cas de souffrir beaucoup des remèdes de nos ministres ? n'avez-vous pas une suppression d'annuités et de billets ? J'ai peur que le mal ne soit incurable.
A dimanche. »
1 Fièvres diverses : page 12 et suivantes : http://books.google.be/books?id=rCQ-AAAAcAAJ&pg=RA8-P...
2 Village en banlieue Est de Genève.
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30/01/2011
je n'ai jamais jusqu'à présent fait errer ainsi des femmes et des filles .
« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental
envoyé de Parme, etc. en son hôtel, quai d'Orsay à Paris
30è janv[ier] 1773 à F[erney]
C'était Paris, et non pas Lausanne i qu'il fallait craindre mon cher ange. Il y a huit ou dix jours qu'un fripon de libraire nommé Valade débite impunément une édition des Lois de Minos ii.
Il faut avouer que la pièce n'est pas tout entière de moi. On y trouve entre autres une mère et une fille errantes dans tes bras ; et je n'ai jamais jusqu'à présent fait errer ainsi des femmes et des filles .
Les autres vers qu'on iii a substitués aux miens sont aussi mauvais que si je les avais faits moi-même . On a ôté
Respectons plus Minos – aimons plus la justice.
qui n'était pas si mauvais, pour mettre à la place quelque chose d'assez commun , et qui énerve toute la force du dialogue . Je n'ai pas eu le courage de lire le reste. J'écris à M. de Sartines iv, pour le prier de mettre un frein à ces friponneries qui sont trop communes. Vous pourriez très aisément savoir comment Valade est parvenu à s'emparer d'une copie de la pièce, soit de celle qui était entre vos mains v, soit de celle de M. de Thibouville, soit de celle de Lekain.
Voilà un accident dont je ne me consolerai guère . Ceci est la fable de la laitière et du pot au lait. J'avais imaginé qu'on jouerait cette pièce à la cour ; qu'on me saurait gré d'avoir peint le roi de Suède vi, quoique Brizard ne lui ressemble point du tout ; qu'enfin j'aurais la consolation de vous voir vii. Mon pot au lait est renversé . Il faut abandonner Minos à Fréron, et attendre un temps plus favorable.
Un malheur ne vient jamais seul ; j'en essuie de plus d'une façon. C'est la destinée de notre pauvre nature humaine.
La poste qui va partir m'empêche d'écrire à monsieur de Thibouville ; je vous prie de lui communiquer ma lettre .
Bonsoir, mon cher ange, je mourrai donc sans vous revoir !
V. »
i V* avait « craint » le libraire Grasset de Lausanne , frère du Grasset qui travaillait pour Cramer à Genève ; il écrivit à d'Argental le 4 janvier « le Grasset de Genève a probablement envoyé à son frère à Lausanne ... » Voir Page 130 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k800416/f135.image.p...
ii « Valade la débite publiquement sous les titre Les Lois de Minos ou Astérie, tragédie en cinq actes par M. de Voltaire, à Genève et se trouve à Paris chez Valade rue saint Jacques » écrira V* à Cramer.
iii « On » = MM. D'Argental et de Thibouville sans doute ; cf. lettre à Richelieu du 1er février : « Vous me faisiez beaucoup d'honneur de joindre vos vers aux miens ; mais en vérité vous deviez m'en avertir . L'art des vers est plus difficile qu'on ne pense. » Page 147 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k800416/f152.image.p...
iv De Sartines lieutenant général de police ; dans sa lettre du 1er février à d'Argental : « ... il est certain que M. de Sartines aurait puni le vol de Valade et confisqué sa marchandise, si on lui avait dit un mot. Je lui ai écrit ... »
v Dans sa lettre du 1er février à d'Argental : « L'imprimé est certainement d'après le manuscrit qui était chez vous . J'en juge par ce vers : « tout pouvoir a son terme » Vous avez voulu absolument terme au lieu de borne... »
vi Voir la lettre à d'Alembert du 13 novembre 1772 pour le sens des Lois de Minos : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/11/12/j...
vii Voir par exemple la lettre à Richelieu du 1er février au sujet de ce voyage envisagé à Paris pour la représentation.
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29/01/2011
Vous savez que je dis toujours ce que je pense.
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« A Pierre Lullin
[30 janvier 1766]
Vous verrez, monsieur, que je dois être plus content de la lettre de M. Freudenreik 1 que de la vôtre 2. J'envoie à Paris la copie dont j'ai l'honneur de vous dépêcher la minute . Je ne m'ingère point dans les affaires qui ne me regardent pas, mais je dois repousser les calomnies qui m'offensent et qui outragent vos seigneurs autant que moi-même.
Si dans les premiers moments on m'avait aidé à détruire ces bruits dangereux qui ont irrité tant de citoyens, vous ne seriez pas où vous en êtes. On se conduisit alors très mal, et on me devait plus d'égards. Vous savez que je dis toujours ce que je pense.
Votre très humble et très obéissant serviteur.
V. »
1 Voir lettre du même jour au même : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/01/30/5...
Pierre Lullin, futur premier syndic de Genève,est conseiller au Petit Conseil et secrétaire d'Etat, V* le reçut à Ferney.
Voir aussi page 62 : http://www.archivesfamillepictet.ch/bibliographie/documen...
2 Lullin a écrit le 29 : « ... Mesgrs ont été étrangement surpris de l'imputation. ... Cette calomnie retomberait plutôt sur eux que sur vous ; et leur intégrité est trop connue pour qu'on puisse croire qu'aucun particulier influe jamais sur leurs jugements. D'aileurs ... vous connaissez mieux que personne ce qu'exige la bienséance, qui ne vous aurait jamais permis de vous ingérer dans une affaire qui vous est entièrement étrangère. »
Voir lettre D13141 page 62, et suivantes : http://www.archivesfamillepictet.ch/bibliographie/documen...
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28/01/2011
On est tenté de se faire débaptiser quand on lit les Saint Barthélémy, les massacres d'Irlande, et l'histoire des Calas
Un cauchemar trop vrai , la nuit de la St Barthélémy :
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Bien sur, il y a les guerres d'Irlande ...
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Et l'injustice , omniprésente :
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Fonts baptismaux du XIIè siècle qui réunissent ce paradoxe de se trouver dans l'abbatiale St Bathélémy et où l'on voit, entre autres, ici le baptème de Corneille ( ancien romain qui a peu à voir avec Pierre ! ). Volti aurait pu les voir s'il avait été punaise de sacristie croisé grenouille de bénitier.
« A Paul-Claude Moultou
[27 janvier 1763 ?]
Voici, Monsieur, un mémoire qu'on m'envoie 1; il avait été fait à Toulouse , il y très longtemps . Je suis bien fâché que les avocats de Paris ne l'aient pas connu ; il y a des choses bien essentielles dont ils auraient fait usage . Votre indignation et votre pitié redoubleront, s'il se peut, à la lecture de ce mémoire . On est tenté de se faire débaptiser quand on lit les Saint Barthélémy, les massacres d'Irlande, et l'histoire des Calas. On aurait du moins de bonnes raisons de se décatholiciser.
Je vous renvoie la lettre de votre ami, qui me parait faire fort peu de cas de l'arithmétique.
Je vous supplie , Monsieur, de vouloir bien envoyer le mémoire Calas à M. Debrus 2, quand vous l'aurez lu. Vous savez que l'affaire ne sera rapportée 3 que le 8 février. Je ne dormirai point la nuit du 7 au 8. Mon Dieu, que d'abominations !
Je prends la liberté de vous embrasser de tout mon cœur. »
1 Il s'agit d'un mémoire « que M. de Lavaysse a envoyé » écrit V* à Debrus . François-Alexandre Gaubert Lavaysse, fils de l'avocat toulousain David Lavaysse, était chez les Calas le soir où Marc-Antoine Calas fut retrouvé pendu.
2 Philippe Debrus, avocat et négociant à Genève.
3 Au Conseil du roi.
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27/01/2011
Tout ce qu'on pourra faire sera d'éclairer peu à peu la jeunesse qui peut avoir un jour quelque part dans le gouvernement, et de lui inspirer insensiblement des maximes plus saines et plus tolérantes
Je ne résiste pas au plaisir de faire paraitre cette lettre de Volti qui montre ses idées de progrès pour un meilleur monde, et lui, agé de 82 ans qui voit, encore une fois, cet avenir aux mains de jeunes bien formés .
Depuis le XVIIIè siècle, qu'en est-il de ces idées généreuses ?
Faut-il en arriver à la révolte/révolution des jeunes ?
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"Il faut bien lui laisser le plaisir de se faire valoir." , petite citation que je réserve ce jour à un petit nerveux en costume sombre qui veut faire la leçon à d'autres gugusses dans la même tenue , tout ça pour qu'on vote à nouveau , -ce qu'à Dieu ne plaise-, pour le garder cinq ans de plus !
Ici, je suis particulièrement injuste, je l'avoue, car cette phrase est applicable à tant de nos hommes/femmes politiques dont je vous laisse le libre choix , et à ceux qui s'amusent au petit jeu des amendements juste pour prouver qu'ils existent (tant à droite qu'à gauche ),et à ceux qui lancent des grèves liberticides et crétines (scieurs de branches sur lesquelles ils sont assis ). Privilèges de nantis !
« A Marie-Jean-Antoine-Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet
27è janvier 1776
Votre lettre du 16 janvier, mon cher et respectable philosophe, est arrivée saine et sauve, et vous pouvez écrire en toute assurance à ce vieux malade qui vous sera tendrement attaché jusqu'à sa mort.
Je me doutais bien que le prétendu refroidissement entre deux grands hommes i, faits pour s'aimer, était une de ces absurdes calomnies dont votre ville de Paris est continuellement inondée. Une nouvelle plus vraie me désole, c'est la goutte et la fièvre du meilleur ministre des Finances que jamais la France ait eu ii. Je suis tombé dans le malheureux contretemps de lui envoyer un long mémoire en qualité de commissionnaire de nos petits États iii. Je ne pouvais deviner qu'un accès de goutte le mit au lit, dans le même temps que je lui écrivais. Je l'avais prié de me faire réponse par M. Dupont iv en marge de mon mémoire, et si vous voyez M. Dupont je vous serai très obligé de vouloir bien lui en dire un mot.
Je ne crains point la compagnie du métier de saint Matthieu, que vous appelez la canaille du sel v, notre grand ministre nous en a délivrés pour nos étrennes vi, et probablement pour jamais. Sa déclaration est enfin enregistrée au parlement de Dijon. Ce parlement s'est réservé de faire des remontrances ; mais elles seront peu importantes et assez inutiles . Il faut bien lui laisser le plaisir de se faire valoir.
Les deux canailles vii dont vous me parlez, me font toujours trembler . J'ai été trop heureux de tirer d'Etallonde des griffes de l'une viii; mais je vois avec douleur qu'on ne pourra jamais ôter à l'autre le droit de faire du mal, surtout quand ces deux canailles sont jointes ensemble pour nuire au genre humain. Vous avez bien vu par l'aventure arrivée à La Harpe combien cette réunion est à craindre ix.
Je vous conjure encore une fois de ne pas souffrir qu'aucun de vos amis x se donne le funeste plaisir de m'imputer des ouvrages qui m'exposent à la fureur de ces persécuteurs éternels. Soyez très sur que le ministère n'oserait jamais soutenir un homme qui serait poursuivi par eux . Vous avez vu que M. Turgot lui-même n'a pu, ni voulu, défendre dans le Conseil un petit ouvrage qui était uniquement à sa gloire xi, et qu'il a laissé condamner M. de La Harpe pour avoir loué cet ouvrage dans le Mercure.
Il y a une autre canaille à laquelle on sacrifie tout ; et cette canaille est le peuple . C'est elle, il est vrai, que les trois autres réduisent à la mendicité, mais c'est pour elle qu'on va à la messe, à vêpres et au salut ; c'est pour elle qu'on rend le pain bénit ; c'est pour elle qu'on a condamné le chevalier de La Barre et d'Etallonde au supplice des parricides . On voudra toujours mener cette canaille par le licou qu'elle s'est donnée elle-même. C'est pour elle qu'on touchera toujours les écrouelles xii, c'est pour elle même qu'on laissera subsister les moines qui dévorent sa substance. Nous ne pourrons jamais détruire les abus qu'on a le malheur de croire nécessaires au maintien des États, et qui gouvernent presque toute l'Europe. Ces abus sont le patrimoine de tant d'hommes puissants qu'ils sont regardés comme des lois fondamentales . Presque tous les princes sont élevés dans un profond respect pour ces abus. Leurs nourrices et leurs précepteurs leur mettent à la bouche le même frein que le cordelier et le récollet mettent à la gueule du charbonnier et de la blanchisseuse. Tout ce qu'on pourra faire sera d'éclairer peu à peu la jeunesse qui peut avoir un jour quelque part dans le gouvernement, et de lui inspirer insensiblement des maximes plus saines et plus tolérantes. Ne nous refroidissons point, mais ne nous exposons pas . Songez que les premiers chrétiens mêmes laissaient mourir leurs martyrs . Soyez sûr qu'on soupait gaiement dans Carthage le jour qu'on avait pendu saint Cyprien.
Vous me parlez des esclaves de Franche-Comté xiii. Je vous assure que ces esclaves ne feraient pas la guerre de Spartacus pour sauver un philosophe. Cependant, il faut les secourir puisqu'ils sont hommes . J'attends le moment favorable pour faire présenter une requête à M. Turgot, et à M. de Malesherbes xiv. Nous avons retrouvé un édit minuté sous Louis XIV par le premier président Lamoignon, bisaïeul de M. de Malesherbes : cet édit abolissait la mainmorte pour tout le royaume, selon les vues de saint Louis, de Louis Hutin, et de plusieurs de nos rois . L'accomplissement d'un tel ouvrage serait bien digne du gouvernement présent. Je ne doute pas que vous n'en parliez à ces deux dignes ministres , avec votre éloquence de la vertu, quand cette requête sera envoyée dans un temps favorable.
J'attends les nouveaux ouvrages de M. Turgot xv, contre lesquels on se déchaîne sans les connaître . Il ne faut courir ni deux lièvres, ni deux édits à la fois.
Je vous embrasse tendrement, vous et votre digne ami M. d'Alembert . Je vous demande en grâce de m'écrire ce que vous pensez tous deux de ma lettre . Conservez-moi l'un et l'autre une amitié qui fait la consolation de mes derniers jours.
V. »
i D'Alembert et Condorcet.
ii Turgot.
iii Prières et Questions adressées à M. Turgot, contrôleur général, envoyées le 13 janvier : page 441 : http://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres...
V* demande pour le pays de Gex la permission pour des achats avantageux de sel, et permission de faire participer les commerçants au paiement des tente milles livres d'indemnités aux fermiers généraux, l'exemption d'impôt sur la marque des cuirs, l'application du décret de liberté de commerce des blés . Le 19 janvier, par Bouvard de Fourqueux, il a envoyé une Supplique à M. Turgot pour demander entre autres « la permission de faire venir toutes les marchandises de Marseille avec la même exemption de droits dont Genève jouit. » ; page 443 : http://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres...
iv Dupont de Nemours.
v Les fermiers généraux.
vi Cf. lettre à Chabanon du 8 janvier : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2011/01/04/v...erales-fouill.html
vii Le parlement et les dévots.
viii Le parlement.
ix Le parlement avait condamné le censeur Louvel et le Mercure parce que La Harpe avait fait dans ce journal compte-rendu et citations de la Diatribe à l'auteur des Éphémérides, de V*.L'Assemblée du clergé avait fait condamner la Diatribe elle-même par le Conseil ; cf. lettre à La Harpe du 3 septembre 1775 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/09/03/e...
et Page 369 : http://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres...
x Allusion à l'affaire de l'Épitre adressée à Tressan, dans laquelle V* a même soupçonné Condorcet ; Cf. lettre à Condorcet et d'Alembert du 8 avril 1775 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/04/08/l...
xi La Diatribe de V* concernant le commerce des blés.
xii Cf. lettre à Frédéric II du 7 juillet 1775 : voir deuxième lettre de la note http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2009/07/06/l...
xiii Paysans de Saint-Claude (Jura) soumis à la mainmorte par les moines.
xiv En première intention, Christin, avocat , a perdu leur procès au parlement de Besançon .
xv Nouveaux édits en préparation : 1° suppression des corvées, 2° suppression des droits établis à Paris sur les grains, 3° suppression des offices inutiles créés sur les ports, quais, halles et marchés de Paris, 4° suppression des jurandes, maîtrises et corporations, 5° suppression de la caisse de Poissy*, 6° diminution des droits sur les suifs.
Voir par exemple : *Caisse de Poissy : page 175 : http://books.google.be/books?id=MYYCAAAAMAAJ&pg=PA175...
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