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13/01/2011

plus de modération, encore plus d'ordre et de méthode.

 

 

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

Monsieur d'Argental Conseiller au parlement, près du rempart Grange-Batelière à Paris

 

Mon cher ange gardien, c'est pour vous dire que suivant vos sages idées je réforme tout le mémoire i qui est d'une nécessité indispensable. Point de numéro, de peur de ressembler au Préservatif ; plus de modération, encore plus d'ordre et de méthode. C'est ce qu'il faut tâcher de faire . Puissé-je dire au public

 

et mea facundia si qua est

quae nunc pro domino pro vobis saepe locuta est ii.

 

Conseilleriez-vous de l'envoyer à M. d'Argenson manuscrit et de le faire présenter au chancelier ? Rien sans vos ordres . Je vous quitte pour travailler, et de là je cours au plan de la tragédie iii. M. de Maupertuis est ici, mais cela ne m'empêche pas de travailler à ce que vous aimez et à ce que vous favorisez. Mille respects à Mme d'Argental, et à la philosophe maison d'Ussé.

V.

Ce 13 [janvier 1739] »

 

i Contre Desfontaines et sa Voltairomanie. http://visualiseur.bnf.fr/Visualiseur?Destination=Gallica...

Voir aussi lettre de M. de Burigny à l'abbé Mercier au sujet de ce différend ; page 349- ... : http://books.google.fr/books?id=1RYaAAAAYAAJ&pg=PA353...

 

ii Et mon éloquence, si j'en ai, qui maintenant parle pour mon maitre, a souvent parlé pour vous.

 

iii Zulime, dont il était déja question, à mots couverts dans une lettre du 12 décembre 1738 de Mme du Châtelet à d'Argental ; lettre 16 page 97 : http://visualiseur.bnf.fr/CadresFenetre?O=NUMM-94268&...

12/01/2011

Le nom de Rousseau n'est pas heureux pour la bonne morale et la bonne conduite.

 Mon "amour" !?!? pour Rousseau, le Jean-Jacques, -je laisse de côté le Jean-Baptiste, très falot,- est aujourd'hui très visible par le choix de ce titre !

Persiste et signe.

                       Réalisme d'un blogueur pas solitaire .

 Amusons-nous autant que possible , comme nous y invite ce pastiche :

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/vu-sur-le-web/20...

 Usez sans modération de cette adresse :

http://voltaire-a-ferney.org/41.html

 

 « A Etienne-Noël Damilaville

12è janvier 1765

 

J'ai fait chercher hier dans Genève la brochure dont vous m'avez parlé i; je n'ai pu encore la trouver. On dit que ce n'est qu'une seule feuille, et qui a été oubliée presque en naissant, qu'on attribue à un ministre nommé Vernes ou Vernet ii, lequel a déjà écrit une autre brochure contre Jean-Jacques iii, oubliée tout de même. Je n'ai vu ni l'un ni l'autre écrit, Dieu merci, et n'ai fait que parcourir les livres ennuyeux faits à cette occasion. Je serais assurément bien fâché d'avoir la moindre part à toutes ces tracasserie. J'ai resté constamment dans mes campagnes depuis dix ans, et j'y mourrai sans me mêler à ces sottes querelles. Le nom de Rousseau n'est pas heureux pour la bonne morale et la bonne conduite.

Au reste, mon cher frère, je serais très fâché que mes Lettres prétendues secrètes fussent débitées à Paris iv; quelle rage de publier des lettres secrètes ! J'ai prié instamment M. Martin de renvoyer ces rogatons en Hollande d'où elles sont venues. Je suis bien las d'être homme public, et de me voir condamné aux bêtes comme les anciens chrétiens. L'état où je suis ne demande que le repos et la retraite ; il faut mourir en paix ; mais afin que je meure gaiement écr[asez] l'Inf[âme]. »

 

i Le Sentiment des citoyens, attribué à V* et publié le 27 décembre 1764 : http://www.voltaire-integral.com/Html/25/19_Sentiments.html

ii Vernes, pasteur est un ami de V*, tandis que Vernet est alors un ennemi de V* (voir la Guerre littéraire en 1759 ; cf. lettre 26 page 27 : http://books.google.fr/books?id=bp0DOrSvtd8C&pg=PA27&... )

 iii Vernes a publié les Lettres sur le christianisme de Jean-Jacques Rousseau, 1763 ; http://www.archive.org/stream/lettressurlechri00vern#page...

V* commentera les Lettres de monsieur le pasteur Vernes à monsieur J.-J. Rousseau avec les réponses que Cramer achètera et éditera en 1764-1765.

 iv Lettres secrètes de M. de Voltaire, données comme éditées à Genève en 1765 par M. L.B.(initiales mises pour faire croire que l'éditeur est La Beaumelle), en fait Baptiste-René Robinet, contenaient essentiellement le texte inexact des lettres à Berger (1734-1748); cf. page 2588 : http://books.google.fr/books?id=dMs8AQAAIAAJ&pg=PA258...

Dès le 8 octobre 1764, V* en parle, et entendra dire en novembre 1764 que des lettres que lui avait adressées Frédéric II et qui faisaient partie de la collection de Mme du Châtelet s'imprimaient à Utrecht.

 

11/01/2011

les vieilles têtes rongées de la teigne de la barbarie mourront bientôt

 

 

 

 

« A Jean Le Rond d'Alembert

 

13è janvier 1769

 

Je vous renvoie, mon cher philosophe, votre chien danois i. Il est beau, bien fait, hardi, vigoureux, et vaut mieux que tous les petits chiens de manchon qui lèchent et qui jappent à Paris.

Votre discours est excellent, vous êtes presque le seul qui n'alliez jamais ni en deçà ni en delà de votre pensée. Je vous avertis que j'en ai tiré copie.

Le Mercure devient bon ii. Il y a des extraits de livres fort bien faits ; pourquoi ne pas y insérer ce discours dont le public a besoin iii? La Bletterie a juré à son protecteur et à sa protectrice iv qu'il ne m'avait point eu en vue et qu'il me permettait de ne pas me faire enterrer . Il dit aussi qu'il n'a point songé à Marmontel quand il a parlé de Bélisaire, ni au président Hénault quand il a dit que la précision des dates est le sublime des historiens sans talents v. J'ai tourné le tout en plaisanterie.

A propos du président Hénault, le marquis de Bélestat m'a écrit enfin qu'il était très fâché que j'eusse douté un moment que le portrait de Sha Abas et du président fussent de lui vi; qu'ils sont très ressemblants, que tout le monde est de son avis, et qu'il n'en démordra point vii. J'ai envoyé sa lettre à notre ami Martin . On a fait trois éditions de ce petit ouvrage en province, car la province pense depuis quelques années ; il s'est fait un prodigieux changement par exemple dans le parlement de Toulouse ; la moitié est devenue philosophe et les vieilles têtes rongées de la teigne de la barbarie mourront bientôt viii.

Oui, sans doute , je regrette Damilaville ix. Il avait l'enthousiasme de Saint Paul et n'en avait ni l'extravagance ni la fourberie . C'était un homme nécessaire . Oui, oui, l'A.B.C. est d'un membre du parlement d'Angleterre nommé Huet x, parent de l'évêque d'Avranches et connu par de pareils ouvrages . Le traducteur est un avocat nommé La Bastide ; ils sont trois de ce nom là . Il est difficile qu'ils soient égorgés tous les trois par les assassins du chevalier de La Barre.

Vous n'avez point de bons livres à Paris , Le Militaire philosophe xi, Les Doutes xii, L'Imposture sacerdotale xiii, Le polissonnisme dévoilé xiv; il parait tous les huit jours un livre dans ce goût en Hollande . La Riforma d'Italia xv, qui n'est pourtant qu'une déclamation, a fait un prodigieux effet en Italie. Nous aurons bientôt de nouveaux cieux et une nouvelle terre ; j'entends pour les honnêtes gens : car pour la canaille le plus sot ciel et la plus sotte terre est ce qu'il lui faut.

Je prends le ciel et la terre à témoins que je vous aime de tout mon cœur.

Par Dieu, vous êtes bien injuste de me reprocher des ménagements pour gens puissants xvi que je n'ai connus jadis que pour gens aimables, à qui j'ai les dernières obligations, et qui même m'ont défendu contre les monstres. En quoi puis-je me plaindre d'eux ? Est-ce parce qu'ils m 'écrivent pour me jurer que La Bletterie jure qu'il n'a pas pensé à moi ? Faudrait-il que je me brûlasse toujours les pattes pour tirer les marrons du feu ? Ce sont les assassins xvii que je ne ménage pas ; voyez comme ils sont fêtés, tome Ier et tome IV du Siècle. »

 

i Discours prononcé à l'Académie en l'honneur du roi de Danemark.

 

ii Lacombe a pris la direction du Mercure en juillet 1768, succédant à La Place ; V* lui écrira : « Enfin nous avons un bon Mercure » et souscrira à nouveau.

Page 143 : http://books.google.be/books?id=sJvdVcXBdSoC&pg=PA143...

 

iii Le Mercure de janvier n'en donnera qu'un bref résumé.

 

iv Duc et duchesse de Choiseul ; le duc a écrit à V* le 16 novembre 1768 : « L'abbé de La Bletterie n'a jamais dit que vous aviez oublié de vous faire enterrer ...; il ne vous a point eu en vue du tout dans les notes de son ouvrage ; il me l'a juré, et pour peu qu'on le connaisse, l'on est obligé de le croire. » Cf. lettre à Mme du Deffand du 26 décembre : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/12/25/q...

 

v Ce que vient de lui écrire Mme du Deffand le 5 janvier, ajoutant : « Personne ne lui en a fait l'application [à Hénault] », car , dit-elle, « La Bletterie parle des historiens, et le président n'a prétendu faire qu'une chronologie. »

 

vi A savoir les critiques contre Louis XV et le président Hénault contenues dans l'Examen de la nouvelle histoire de Henri IV ( que V* attribuera à La Beaumelle) ; cf. lettre à Hénault du 13 septembre, lettre à d'Argental du 18 septembre: http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/09/18/d...

, Mme Denis du 26 octobre : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/10/26/m...

, Mme du Deffand du 21 décembre 1768 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/12/20/j...

 

vii Bélestat écrit à V* le 20 décembre 1768 pour assumer la paternité de l'ouvrage : « Je le lus il y a quelque temps à l'Académie, et je ne vois pas ce qui pourrait m'engager à le désavouer ... je ne souffrirais pas que qui que ce soit abusât de mon nom... ». Il se justifie ainsi : « La page 24 que vous avez fait copier est une critique vague de l'éducation raisonnée de la plupart des princes, et n'est applicable à aucun d'eux en particulier ... Quant au président Hénault, j'en ai dit ce qu'en pensent tous ceux qui sont versés dans notre histoire... »

 

viii L'abbé Audra lui a écrit le 20 novembre de Toulouse : « Vous ne sauriez croire combien augmente dans cette ville le zèle des gens de bien et leur amour et leur respect pour le patriarche de la tolérance et de la vertu ... Quant au parlement et à l'ordre des avocats, presque tous ceux qui sont au-dessous de l'âge de trente cinq ans sont pleins de zèle et de lumière, et il ne manque pas de gens instruits parmi les personnes de condition. »

 

ix Décédé en décembre.

 

x L'A.B.C. est attribué à V* ; le nom de Huet vient peut-être de celui de William Hewet qui lui demandait de patronner son Essai sur la religion et lui annonçait sa visite le 3 décembre 1758 ; cf. lettres à Mme du Deffand du 21 et 26 décembre 1768 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/12/25/q...

 

xi Édité principalement par Naigeon, d'après le manuscrit des Difficultés sur la religion, proposées au père Malebranche.

 

xii Doutes sur la religion, suivis de l'analyse du traité théologico-politique de Spinoza, par le comte de Boulainvilliers, qui peut être en réalité de Guéroult de Pival, 1767.

 

xiii Du baron d'Holbach, 1767.

 

xiv = Le Christianisme dévoilé du baron d'Holbach.

 

xv De Pilati di Tassulo.

 

xvi Le 2 janvier d'Alembert a écrit : « Vous voyez ... ce qui en arrive quand on les flatte ; ils trouvent mauvais qu'on se moque des plats auteurs qu'ils protègent ; on s'expose à de tels reproches quand on caresse ceux qui les font. » Page 218 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k80039n/f223.image.p...

 

xvii Tant ceux qui condamnent à mort que ceux qui exécutent par fanatisme.

10/01/2011

Comme je sais que vous aimez passionnément les hypocrites

Fin d'un bonheur populaire déclaré officiellement ? Fin de l'hypocrisie ?

Si Volti n'a pas vu de sang couler en ce début de conflit franco-genevois, il en verrait en Afrique du Nord où le ras le bol populaire contre les dirigeants politiques vient de faire sauter le couvercle à propos de la cherté de la vie.

Affamer la population , dictateurs modernes, sachez- le, mène à la révolte si ce n'est la révolution . Seriez vous assez incultes pour oublier les leçons de l'histoire ? En mon fors intérieur, je le suppose . Seriez vous de banals tyrans ? Je le crois, itou !

Vous qui savez si bien faire suer le burnou, présidents et ministres, quand va-t-on , enfin, vous envoyer balayer le Sahara ?

Je crains cependant que, dans ces pays où l'oral et la tradition sont si forts, le couvercle du couscoussier ne retombe aussi vite qu'il est monté dès qu'un beau parleur armé caressera le peuple dans le sens du poil . Une manière de mai 68 avec nouveaux BO-BOs pour résultat . Les prisons garderont encore les mêmes locataires.

Le monde occidental ne râlera que pour des vacances annulées à Djerba, ou autre lieu pour amateur de bronzette, et plus si affinité ! 

 

 

 

« A Frédéric II, landgrave de Hesse-Cassel

 

A Ferney, le 13 janvier 1767

 

Monseigneur,

 

Comme je sais que vous aimez passionnément les hypocrites, je prends la liberté de vous envoyer pour vos étrennes un petit éloge de l'hypocrisie i, adressé à un digne prédicant de Genève. Si cela peut amuser Votre Altesse Sérénissime, l'auteur, quel qu'il soit, sera trop heureux.

Votre Altesse Sérénissime est informée sans doute de la guerre que les troupes invincibles de Sa Majesté Très Chrétienne font à l'auguste république de Genève ii. Le quartier général est à ma porte. Il y a déjà eu beaucoup

de beurre et de fromage d'enlevé, beaucoup d'œufs cassés, beaucoup de vin bu, et point de sang répandu. La communication étant interdite entre les deux empires, je me trouve bloqué dans ce petit château que Votre Altesse Sérénissime a honoré de sa présence. Cette guerre ressemble assez à la Secchia rapita iii, et si j'étais plus jeune, je la chanterais assurément en vers burlesques. Les prédicants, les catins et surtout le vénérable Covelle y joueraient un beau rôle iv. Il est vrai que les Genevois ne se connaissent pas en vers, mais cela pourrait réjouir les princes qui s'y connaissent. La seule chose que j'ambitionne à présent, Monseigneur, ce serait de venir au printemps vous renouveler mes sincères hommages.

J'ai l'honneur, etc.

Voltaire »

 

i Maître Guignard, ou De l'hypocrisie, diatribe par M. Robert Covelle, qui parut dans les Honnêtetés littéraires. http://books.google.be/books?id=7CwHAAAAQAAJ&pg=PA237...

 

 

ii Il y a eu échec de la médiation et par suite un blocus ; cf. lettre à Choiseul du 9 janvier : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2009/01/09/b...

 

iii Poême héroï-comique d'Alexandro Tassoni qui paru pour la première fois à Paris en 1622.

Tassoni : http://fr.wikipedia.org/wiki/Alessandro_Tassoni

 

La Secchia rapita (Le Seau enlevé) : http://www.intratext.com/ixt/ITA1687/

mis en musique par Antonio Salieri : http://www.deezer.com/listen-1857902

 

http://books.google.be/books?id=DvgZAAAAYAAJ&printsec...

 

iv V* écrit La Guerre civile de Genève : http://www.voltaire-integral.com/Html/09/09GUERCI.htm...

cf. lettre aux d'Argental du 4 février 1766 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/02/03/2...

 

 

 

09/01/2011

Vous n'êtes point calvinistes, vous êtes hommes

Ah ! quand pourra-t-on dire, en mettant n'importe quel épithète religieux à la place de "calvinistes" : "vous êtes hommes" . Par exemple : "musulman intégriste" ? ou "juif intégriste" ? ou "catho intégriste" ?

Pourquoi en est-on encore , pourquoi en suis-je encore, à parler de celà au futur ?

Pourquoi faut-il que le pouvoir de nocivité de la religion l'emporte sur le bon côté ? Le "côté obscur de la force", connu et reconnu, fait encore les choux gras de trop de profiteurs . Et encore Dark Vador fait figure de débutant devant ces chacals de notre monde réel (que les chacals me pardonnent cette discourtoise comparaison). 

Grattez la religion et vous trouvez le pognon , ni plus ni moins . Religion = bon filon qui rapporte bien plus que le paradis hypothétique promis aux crédules ; bon filon qui rapporte à coup sûr, sans pelleteuse, sans se salir les mains ; juste se saloper un peu l'esprit , si tant est que ces prêcheurs-menteurs en aient un . Ce sont des hommes de main, des assassins patentés . Je vous éxècre .

 

 

 

« A Monsieur le ministre Jacob Vernes

chez Monsieur son père à Genève

 

A Montriond, 13 janvier 1757.

 

 

C'est une chose bien honorable pour Genève, mon cher et aimable ministre, qu'on imprime dans cette ville que Servet était un sot et Calvin un barbare i. Vous n'êtes point calvinistes, vous êtes hommes. En France on est fou, et vous voyez qu'il y a des fous furieux. Ravaillac a laissé des bâtards ii. J'ai bien peur que celui-ci ne soit un prêtre janséniste . Les jésuites ont à se plaindre qu'il ait été sur leur marché. Je ne sais encore aucun détail sur cette horrible aventure. Si vous apprenez quelque chose dans votre ville où l'on apprend tout, faites-en part aux solitaires de Montriond. Je suis bien fâché que v[ous ne] soyez venu dans cet ermitage q[ue quand] je n'y étais pas . Mme Denis [et moi] nous vous faisons les plus sincèr[es et les] plus tendres compliments.

 

V. »

 

i C'est le résumé brut de ce que V* a écrit dans le chapitre 134 de l'édition de 1756 de l'Essai sur les Mœurs. On a effectivement imprimé le chapitre à Genève, il y aura une vive réaction ;

cf. lettres du 20 mai à Thieriot et 6 septembre 1757 à Le Fort.

page 435 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k80033k/f439.image.p...

lettre à Thieriot datée du 26 marsen réalité du 20 mai, publiée en mai .

 

http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/09/06/q... : lettre à Isaac Le Fort

 

ii Il s'agit de l'attentat de Damiens contre Louis XV qui eut lieu le 5 janvier et dont V* vient d'apprendre la nouvelle.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Fran%C3%A7ois_Damiens...

08/01/2011

je vous conjure instamment d'avoir toujours du courage

 

 

 

 

« A Jean Le Rond d'Alembert

 

A Lausanne, 8 de janvier [1758]

 

On se vante à Genève que vous êtes obligé de quitter l'Encyclopédie, non seulement à cause de l'article Genève, mais pour d'autres raisons que les prêtres n'expliquent pas à votre avantage i. Si vous avez quelque dégoût mon cher philosophe, mon cher ami, je vous conjure de le vaincre ; ne vous découragez pas dans une si belle carrière. Je voudrais que vous et M. Diderot, et tous vos associés, protestassent qu'en effet ils abandonneront l'ouvrage, s'ils ne sont libres, s'ils ne sont à l'abri de la calomnie, si on n'impose pas silence, par exemple, aux nouveaux Garasse qui vous appellent des Kakouacs ii; mais que vous seul renonciez à ce grand ouvrage, tandis que les autres le continueront, que vous fournissiez ce malheureux triomphe à vos indignes ennemis, que vous laissiez penser que vous avez été forcé de quitter, c'est ce que je ne souffrirai jamais ; et je vous conjure instamment d'avoir toujours du courage . Il eût fallu, je le sais, que ce grand ouvrage eût été fait et imprimé dans un pays libre, ou sous les yeux d'un prince philosophe iii; mais, tel qu'il est, il aura toujours des traits dont les gens qui pensent vous auront une éternelle obligation.

 

Que veulent dire ceux qui vous reprochent d'avoir trahi le secret de Genève iv? Est-ce en secret que Vernet, qui vient établir une commission de prêtres contre vous v, a imprimé que la révélation est utile ? est-ce en secret que le mot de Trinité ne se trouve pas une fois dans son catéchisme vi? est-ce en secret que les autres impertinents prêtres de Hollande ont voulu le condamner ? Vous n'avez dit que ce que savent toutes les communions protestantes ; votre livre est un registre public des opinions publiques. Ne vous rétractez jamais, et ne paraissez pas céder à ces misérables en renonçant à l'Encyclopédie. Vous ne pourriez faire une plus mauvaise démarche, et surement vous ne la ferez pas. On vous écrira une lettre emmiellée ; ne vous y laissez pas attraper, de quelque part qu'elle vienne. On écrira à M. de Malesherbes ; c'est à lui de vous soutenir, et vous n'avez besoin d'être soutenu de personne.

 

Enfin, au nom des lettres et de votre gloire, soyez ferme, et travaillez à l'Encyclopédie.

 

Voici Hémistiche et Heureux vii. J'ai tâché de rendre ces articles instructifs ; je déteste la déclamation. Bonsoir ; expliquez-moi, je vous en prie, toutes vos intentions, et comptez que vous n'avez ni de plus grand admirateur ni d'ami plus attaché que le vieux Suisse V. »

 

i Le 11, d'Alembert écrit à V* qu'il est « excédé » des « satires odieuses ... qu'on publie contre (les encyclopédiste), et qui sont autorisées ... commandées même par ceux qui ont l'autorité en main » et de « l'inquisition nouvelle et intolérable qu'on veut exercer ». Les ennemis de d'Alembert parlent de questions d'argent.

Page 93 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k80034x.r=11+janvier...

ii Le 27 décembre, Thieriot annonça à V* que les jésuites allaient publier un « écrit périodique intitulé La religion vengée » où ils devaient attaquer d'Alembert et Diderot et qu'ils faisaient « précéder ce grand ouvrage d'une satire allégorique ... dans laquelle ils les appellent des Kakouacs, d'après le mot grec kakos, méchant ». Ce mot kakouac est déjà utilisé dans le Mercure d'octobre 1757 où était inséré un premier mémoire sur les cacouacs sous le titre d'Avis utile ; cacouac alors désignait un monstre ayant sous la langue une poche de poison distillé à chaque mot. Jacob-Nicolas Moreau a publié en décembre 1757 un Nouveau Mémoire pour servir à l'histoire des cacouacs. François Garasse (1585-1631) fut un prédicateur jésuite pamphlétaire virulent.

iii Frédéric II de Prusse.

iv A Théodore Tronchin, le 15 janvier : « Tous vos ministres ... chez qui d'Alembert dînait tous les jours (Genève août 1756) se sont expliqués hautement avec lui ».

v Le 23 décembre la Vénérable Compagnie des pasteurs s'est réunie et a nommé des commissaires pour examiner l'article Genève de l'Encyclopédie. Elle a fait rédiger un mémoire à l'intention du Conseil de Genève . Théodore Tronchin, selon V*, est secrétaire du « comité des pères de l'Église ». le texte de la déclaration sera lu devant la Compagnie le 20 janvier 1758, adopté le 27 janvier et publié le 8 février à 1500 exemplaires.

 

vi Dans son Instruction chrétienne ou catéchisme familier pour les enfants. Dans l'édition 1754, Vernet intitule sa première section , Utilité de la révélation, alors qu'elle était nommée Nécessité de la révélation dans l'édition précédente

vii Ces articles paraitront dans le tome VIII en 1765.

Hémistiche : page 206 : http://books.google.be/books?id=hlg_AAAAcAAJ&pg=PA208...

Heureux : page 407, et : http://www.monsieurdevoltaire.com/article-dictionnaire-ph...

 

07/01/2011

quand il s'agira de travailler pour vous faire plaisir, rien ne me rebutera que la mort.

 http://www.deezer.com/listen-6172899

 

 

« A Charles-Joseph Panckoucke

Libraire,etc.

à l'hôtel de Thou à Paris.

 

12è janvier 1778

 

J'ai reçu, Monsieur, votre paquet moitié imprimé moitié feuilles blanches i, trois mois après que vous me l'aviez annoncé. J'avais été si touché de votre dessein et de votre honnêteté ii que j'avais déjà corrigé près de douze volumes d'une édition que j'ai entre les mains iii. Il ne s'agira que de faire porter ces changements sur vos exemplaires. Ce travail très pénible pour un homme de mon âge accablé de maladies continuelles ne m'a rebuté pourtant que par l'énormité des fautes absurdes de l'ancien éditeur iv, et par l'extrême impertinence qu'il a eue d'ajouter à ce fatras intolérable un nombre prodigieux de sottises qui ne sont nullement de l'auteur v. Mais quand il s'agira de travailler pour vous faire plaisir, rien ne me rebutera que la mort.

 

Vous avez fait un bien mauvais marché ; vous avez été victime de l'avidité, de la sottise, et du mauvais goût des marchands de fadaises qui vous ont vendu cette détestable collection vi. Ces polissons, pour le vain plaisir de faire une édition encadrée, ont supprimé tous les millésimes, et tous les titres marginaux absolument nécessaires dans la partie historique. De sorte qu'un jeune homme qui voudrait apprendre quelque chose dans cet ouvrage ne saurait point si Turenne et le grand Condé vivaient sous Louis XIV ou Hugues Capet.

 

En vérité cette édition n'est bonne qu'à allumer le feu de la Saint Jean . Je vous plains beaucoup de vous être chargé d'une si ridicule marchandise. Tachez de vous en défaire à quelque prix que ce soit ; car elle commence à être furieusement décriée.

 

Si je suis en vie dans un an, je vous aiderai autant que je pourrai à faire une édition digne de vous. Je crois que des estampes seraient fort inutiles. Ces colifichets n'ont jamais été admis dans les éditions de Cicéron, de Virgile et d'Horace. Il faut imiter ces grands hommes dans cette simplicité si on ne peut pas imiter leurs perfections.

 

J'ai lu le second volume de votre A,B,C politique vii. Je vois bien que M. de Condorcet et M. d'Alembert n'ont pas travaillé pour vous . Je voudrais savoir quel est l'Allemand qui a fait un gros livre de l'article Allemagne. Serait-ce par hasard M. Grimm?

 

Je suis toujours bien content du journal de M. de La Harpe viii, mais fort mécontent de ce fou de public.

 

J'ai envoyé sur le champ à M. de Neufchâteau ce que vous avez demandé pour lui . Je reconnais toujours la noblesse de vos procédés, et je souhaite que vous ne vous en repentiez jamais.

 

Si vous connaissiez quels sont les auteurs du Journal de Paris, qu'on nomme la poste du soir ix, vous me feriez plaisir de m'en apprendre les noms.

 

Je fais mille compliments à madame votre sœur, et je vous embrasse de tout mon cœur avec une véritable amitié, sans aucune cérémonie.

 

V. »

i Panckoucke a fait intercaler dans un exemplaire de l'édition « encadrée » des Œuvres de Voltaire qu'il avait achetée à Cramer des feuilles blanches pour que l'auteur puisse y porter ses corrections.

 

ii Cf. lettre à Panckoucke du 20 novembre 1777. http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2009/11/20/l...

 

iii On a trouvé dans la bibliothèque de V*, deux exemplaires de cette édition partiellement corrigés.

 

iv Cramer.

 

v Cf. lettre de V* à Condorcet le 28 février 1776 à propos de ce reniement. Voir aussi page 260 : http://books.google.be/books?id=K4opKV-ssNYC&pg=PA260...

 

vi Cf. lettre du 28 février 1776 à Condorcet où V* accuse surtout le libraire genevois Bardin qui avait collaboré avec Cramer. Et voir lettre 398 à d'Alembert du 8 février 1776, page 743 : http://books.google.be/books?id=EV8jAQAAIAAJ&pg=PA744...

 

ix Claude Sautreau de Marsy est un des principaux auteurs du Journal de Paris fondé avec Cadet, Corancez, Romilly et Dussieux en 1777. V* posait déjà cette question en juin 1777 , cf. lettre à Chastellux du 7 juin, alors que le Journal avait attaqué le compte rendu élogieux qu'il avait fait pour la Félicité publique de Chastellux.

http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/06/15/j...