09/02/2011
Ils lui ont dit que non seulement il ne commettait pas un crime, mais qu'il faisait une action méritoire
"Gott mit uns" portaient fièrement (?) les guerriers allemands du Reichführer Adolf sur la boucle de leurs ceintures . Dieu avec nous ! quelle dérision !
Un de mes oncles qui eut la malchance d'être fait prisonnier en 39-45, nous racontait qu'au stalag il était courant de se faire battre à coups de ceinture, et que si on demandait ce qui était arrivé à la victime, on disait qu'elle avait reçu quelques "Gott mit Uns".
Pour des tueurs, avoir Dieu de son côté, quelle preuve de son bon droit ! Non ?
Fanatiques de tous temps, écoutez les paroles de ceux qui disent "armons-nous !" et "partez vous faire martyrs !" Allez vous faire sauter, émietter, pulvériser pour ceux qui restent à l'abri, au chaud, prècheurs de violence imbécile .
Something was wrong : http://www.deezer.com/listen-2250586
http://www.deezer.com/listen-2248070 : Crime of the century

« A Gabriel et Philibert Cramer
[10 février 1759]
Les chefs de la conspiration contre le Roi de Portugal ont été exécutés 1. Le duc d'Aveïro avant de mourir a déclaré que c'étaient les jésuites qui l'avaient encouragé à l'assassinat du Roi. Ils lui ont dit que non seulement il ne commettait pas un crime, mais qu'il faisait une action méritoire . Ils ont fait des neuvaines pour le succès de l'assassinat . Les auteurs de ces conseils sont, suivant la déposition du duc d'Aveïro, un jésuite italien, un du Brésil, le père provincial, les anciens confesseurs du roi et de la famille royale, le père Maltos, et le père Irance, tous cordons bleus de l'Ordre ;2 ils sont actuellement dans les fers au nombre de neuf.3»
1 Exécutés en janvier 1759 ; l'attentat du 4 septembre 1758 contre Joseph Ier , avait en fait pour but de venger l'honneur d'une grande famille ; les jésuites n'avaient pas de responsabilité directe . Voir page 389 et suiv. : http://books.google.be/books?id=NLy5O3X8ouoC&pg=PA389...
2Le ministre Pombal a fait chasser la Compagnie de Jésus le 19 janvier 1759.http://fr.wikipedia.org/wiki/Sebasti%C3%A3o_Jos%C3%A9_de_...
3 Dans sa lettre du 10 à Bertrand, il ajoute à cette relation : « Voilà les nouvelles du 5, de Paris, et copiées sur la traduction portugaise pour le roi de France »
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08/02/2011
Ils disent tous que j'ai vécu trop longtemps pour être payé
ça eut payé : http://www.deezer.com/listen-1125857
En musique, Paye tes dettes : http://www.deezer.com/listen-7859047
http://www.deezer.com/listen-7781954 : Trop vieux !!
Trop jeune ou trop vieux : http://www.deezer.com/listen-2536153
Le temps n'a pas de prise sur les paroles de Volti . Payons-le de notre reconnaissance pour ses idées lumineuses .

Gravure de Henriquez dont il est question dans la lettre .
« A Charles-Augustin Ferriol comte d'Argental
4è février 1777
Mon cher ange, votre lettre du 27è janvier me prouve que votre providence bienfaisante a toujours les yeux sur mes misères. Je n'ai point reçu de vers de M. de Sélis i dont vous me parlez, ni de lettre de l'abbé Pezzana ii ni l'estampe de la part du graveur Henriquez iii. J'ai reçu seulement par un libraire de Genève la nouvelle édition de l'Arioste, et j'en ai remercié l'abbé Pezzana par une lettre adressée à l'hôtel garni nommé L'Île d'amour, où il demeurait il y a plusieurs mois lorsqu'il m'écritvit.
Vous croyez, vous et M. de Thibouville, que je ne vous ai invités qu'à un petit souper de trois services iv; il faut que je vous avoue que j'en prépare un autre de cinq v. Le rôti est déjà à la broche, mais le menu m'embarrasse . Je crains bien de n'être qu'un vieux cuisinier dont le goût est absolument dépravé. Vous êtes le plus indulgent des convives ; mais il n'y a pas tant de gens qui s'empressent à vous donner à souper ; j'ai tant de rivaux qui me traiteront de gargotier que je tremble de vous donner mes deux repas. Je vois évidemment qu'il faut remettre cette partie à une saison plus favorable . Il suffirait qu'il y eut un ragoût manqué, pour que tout le monde, jusqu'aux valets de l'auberge, me traitât de vieil empoisonneur . Il viendra peut-être un temps où l'on aura plus d'indulgence . Il faut d'ailleurs que je présente quelques rafraichissements à six juifs et à leur aumônier M. l'abbé Guénée vi qui me paraissent un peu échauffés, et qui tirent la langue d'un pied de long.
Il résulte de tout cela, mon cher ange, que je ne pourrai vous rien envoyer jusqu'au mois de mars. Vous me pardonnerez sans doute quand vous saurez le triste état où je suis . Ma colonie me prend presque tout mon temps vii. Des débiteurs très grands seigneurs, comme MM. Les ducs de Bouillon et de Richelieu, et M. le duc de Virtemberg, m'ont manqué tous à la fois viii, et me laissent dans l'impossibilité de continuer ma fondation. Il n'y a pas jusqu'à un fermier général ix qui ne me laisse sans aucun secours. Ils disent tous que j'ai vécu trop longtemps pour être payé . Ils me regardent comme un homme mort ; et ce qui me parait très désagréable, c'est qu'ils auront bientôt raison . Or, jugez si dans de telles circonstances je puis hasarder de vous donner à souper surtout quand je suis presque sûr de vous faire une chère détestable.
Vous me parlez de Mme du Deffand . Vous sentez bien que la multitude énorme des fardeaux dont j'ai chargé ma faiblesse, et des embarras dont je suis environné ne me permet guère d'agacer les jeunes dames de Paris x. Sufficit diei malitia sua xi. Songez que j'ai presque autant de maladies que d'années et presque autant de chagrins et d'occupations inquiétantes que de maladies . Ayez donc un peu pitié de moi, mon très cher ange, portez-vous bien, réjouissez-vous, et aimez-moi. Vous ferez toujours ma consolation.
V. »
i Nicolas-Joseph Sélis, auteur de Épîtres en vers sur différents sujets, 1776.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas-Joseph_S%C3%A9lis...
Il écrira un pamphlet, Relation de la maladie, confession et mort de M. de Voltaire, 1778, -sous le nom de Dubois,- contre Voltaire à la mort de celui-ci.
ii L'abbé Giuseppe Pezzana 1735-1802, demanda en juillet 1776 la permission de lui dédier sa traduction de l'Arioste ; il traduisit aussi L'Orphelin de la Chine.
Chercher Pezzana sur : http://odb-opera.com/modules.php?name=Content&file=pr...
iii Son portrait et ceux de Diderot, d'Alembert et Montesquieu dont il le remerciera le 7 février .
Chercher Henriquez dans : http://www.archive.org/stream/p2lesgraveursdud02portuoft/...
iv Irène, en trois actes.
Cf. Lettre du 15 décembre 1776 : page 33 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k80043w/f38.image.pa...
v Agathocle .
vi Un chrétien contre six juifs, 1777,
http://books.google.be/books?id=6jMHAAAAQAAJ&printsec...
aussi intitulé Le Vieillard du mont Caucase aux juifs portugais, allemands et polonais ... qui est une réponse aux Lettres de quelques juifs portugais, allemands et polonais à M. de Voltaire, de Guénée .Cf. lettres à d'Alembert du 8 décembre, à d'Argental du 15 décembre 1776.
http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2008/12/09/a...
et voir page 234 : http://books.google.be/books?id=LZxJAAAAIAAJ&pg=PA234...
Antoine Guénée : http://www.napoleon-juifs.org/Guenee.htm
vii Cf. lettre à Mme de Saint-Julien sur les difficultés qu'il rencontre le 5 décembre 1776 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2008/12/06/g...
viii = Qui ne payent pas leurs dettes .
ix Marchant . Lors de la liquidation de la succession de son notaire, Laleu, fin 1776, V* apprend que Marchant lui doit encore quarante mille francs.
x Mme du Deffand a 80 ans !
xi A chaque jour suffit sa peine . Évangile de Matthieu.
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07/02/2011
il vaut mieux que cet ouvrage paraisse en France bien corrigé que d'y venir des pays étrangers informe et plein de fautes
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A tous les malades, comme Volti, je recommande le rire comme remède :
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« A Michel Lambert
Berlin 7 février [1752]
Je ne peux vous écrire de ma main , mon cher Lambert, je suis trop malade, et je crains bien de ne plus vous revoir. Ce serait pour moi une consolation si vous pouviez faire une jolie édition du Siècle de Louis XIV, que l'on commence à débiter en Allemagne. C'est un monument que j'ai voulu laisser à la gloire de ma patrie . Et pour le rendre moins indigne d'elle j'ai corrigé avec tout le soin dont mes maladies peuvent me laisser encore capable un exemplaire que j'ai envoyé à M. de Malesherbes . Je ne doute pas que vous n'alliez trouver Mme Denis i et que vous ne fassiez les démarches les plus vives de tout côté pour obtenir au moins une permission tacite qu'il serait bien étrange qu'on vous refusât . Vous représenterez sans doute qu'il vaut mieux que cet ouvrage paraisse en France bien corrigé que d'y venir des pays étrangers informe et plein de fautes, que d'ailleurs on ne pourra guère empêcher que les libraires de Lyon et de Rouen ne l'impriment. Leur édition serait malheureusement conforme à l'étrangère ii, et ainsi il ne se multiplierait que de mauvaises copies d'un ouvrage assez important pour qu'on y ait plus d'égards. J'ose me flatter que ces réflexions pourront faire quelque impression sur les personnes dont dépend cette affaire et que vous ne négligerez rien pour parvenir à un but si honorable.
J'apprends que l'on va jouer dans quelque temps Rome sauvée,iii quelque chose qui arrive il faudra que vous en donniez une édition particulière vers Pâques . Il y a une préface assez curieuse et assez intéressante que j'ai envoyée à Mme Denis . Vous pourrez ensuite ajouter cette pièce à une nouvelle édition que j'espère que vous ferez de mes œuvres , car pour celle qui est sortie de votre presse iv, je crois qu'il faut y renoncer et la regarder désormais comme non avenue . On y trouve les quatre premiers chapitres du Siècle de Louis XIV, ce qui est un double emploi très vicieux . Il y manque de plus beaucoup de pièces curieuses que je n'ai pas été à portée de vous fournir, n'ayant pas été consulté par vous . Vous pourrez en faire une édition très jolie en vous conformant en partie à celle de Dresde que l'on fait actuellement . Il y a beaucoup de morceaux nouveaux . J'ai corrigé avec grand soin toutes les pièces qui la composent . Il n'y a pas jusqu'à La Henriade où l'on ne trouve une centaine de nouveaux vers v . Vous pourrez d'autant plus surement faire cette édition qu'il ne sortira plus de moi de nouveaux ouvrages et que mes maladies me mettent hors d'état de changer les anciens . Je fais bien mes compliments à tous vos amis et je vous embrasse de tout mon cœur. Je vous prie instamment d'envoyer un exemplaire en feuilles à M. de Lalleu, mon notaire . Il demeure rue Ste-Croix-de-la-Bertonnerie vis-à-vis de la rue Bourtibour vi. Adieu, Monsieur, je vous prie de me conserver votre amitié . Je n'ai encore reçu aucun paquet de vous .
Volt. »
ii Celle de Berlin .
iv Edition de 1751 . Le 15 avril, à Formey : « c'est de toutes la plus passable » quoiqu'il y ait « bien des fautes » et en particulier le « double emploi » cité ici.
v Ce qui va à l'encontre de sa première idée ; le 29 mai 1751, à Walther, il conseille de « commencer » l'impression « par la Henriade parce qu'(il) n'y changerait certainement rien. » Lettre MDCCXXV page 297 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k800327/f302.image.p...
vi = Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie et Boug-Tibourg.
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06/02/2011
Si quelque chose pouvait me consoler dans le malheur public,
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Oui, quelque chose peut me consoler dans le malheur public : le rugby français ! Tant pis pour les Ecossais ... qu'ils écoutent ceci, si ça peut les consoler :
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« A Charles Pictet
Au château de Ferney 6 février 1766
Monsieur
La lettre que j’écrivis ces jours passés à M. Lullin i, est exactement conforme à la copie que vous me faites l’honneur de m’envoyer, elle n’est pas moins conforme à la vérité dans tous les points ii. Il me semble qu’on aurait dû commencer dans toute cette affaire par examiner le fait dont il était question iii. La vérité eût été bien vite reconnue et tout aurait été apaisé, deux ou trois fausses démarches ont causé bien des peines et des inquiétudes qu’on pouvait éviter iv. On s’est détrompé, mais trop tard. J’ai vu avec douleur les tristes suites de cette affaire. Si quelque chose pouvait me consoler dans le malheur public, c’est qu’au moins on me rend justice ; et la lettre dont vous m’honorez, monsieur, est assurément une de mes plus flatteuses consolations.
J’ai l’honneur d’être avec les sentiments les plus respectueux
Monsieur
Votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire »
i Le 30 janvier 1766 . Pierre Lullin (1712-1789) est avocat et professeur de droit, conseiller de Genève depuis 1756, secrétaire d’Etat depuis 1762 ; il sera syndic en 1782.
ii Suite à cette correspondance, V* va se réconcilier avec Charles Pictet qui était partisan de JJ Rousseau.
iv V* s'est défendu d'avoir été pour quelque chose dans la condamnation de Jean-Jacques Rousseau par le Conseil genevois . Les divisions entre le parti de la bourgeoisie, les Représentants, qui voient dans le Contrat Social de Jean-Jacques Rousseau un « arsenal de liberté », et les tenants du régime aristocratique, les Négatifs, finiront par paralyser la République ; ainsi, le Conseil général, abusant du droit appelé « ligne de nouvelle élection » qui lui avait été concédé par le
« Règlement de l’Illustre Médiation » en 1738, refusa d’élire les quatre syndics pour l’année 1766 et 1767 : le « quadrille » élu pour 1765 resta trois ans en fonction. Le Petit Conseil finira par solliciter la médiation des Puissances garantes de l’ordre établi en 1738. Cette seconde médiation, à laquelle participa la France, représentée par son ambassadeur auprès des cantons suisses, le chevalier de Beauteville, et les gouvernements de Berne et Zurich, aboutira à l’Edit de conciliation approuvé par le Conseil général le 11 mars 1768. Les choses iront ensuite cahin caha jusqu’à l’explosion de la révolution d’avril 1782 qui entraînera une intervention armée et une troisième médiation, cette fois sans la participation de Zurich mais avec celle de la Sardaigne.
11:47 | Lien permanent | Commentaires (0)
05/02/2011
et à la fin de la pièce le maître-autel détruit et la cathédrale en flammes , tout cela peut amuser
J'ai hésité avant de mettre ce titre, et puis, je me suis dit que le combat contre l'Infame tenait trop au coeur de Volti et que je n'ai pas à l'édulcorer . Le fanatisme, religieux ou d'autre essence, doit être combattu sans retenue, sans cesse, sans faux-fuyant .
Dieu me garde d'approcher le moindre briquet d'un quelconque lieu de culte !
Volti n'était pas un fauteur de troubles, un émeutier ; il donnait de la lumière à la pensée et non pas des flammes stériles et inutiles . L'arme de la moquerie, l'art du raisonnement par l'absurde sont l'expresssion de son "fonds de raison et de justice" .
Lisez R comme Raison :
http://www.monsieurdevoltaire.com/article-dictionnaire-ph...
http://www.deezer.com/listen-6636859: Revolutionary etude
J'ai parfois la sensation que Volti aurait pu faire sienne cette affirmation : I'm the loneliest fool :
http://www.deezer.com/listen-771680
Cette note a été rédigée le 27 juin 2011 pour parution le 5 février 2011.
« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental
et à
Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental
5è février 1772
Ce jeune homme, mes chers anges, quoi qu'on dise, est un fort bon garçon, et quoiqu'il se soit égayé quelquefois aux dépens des Nonnotte, des Fréron et des Patouillet, il a un fonds de raison et de justice qui me fait toujours plaisir .
Ce jeune Crétois 1 était donc avec moi lorsqu'on m'apporta les remarques que vos quatre têtes dans un bonnet 2. Il les lut avec attention .
Je ne suis point, me dit-il, de ces Crétois dont parle saint Paul ; il les appelle menteurs, méchantes bêtes et ventres paresseux 3. C'était bien lui, pardieu, qui était un menteur et une méchante bête ; je ne sais pas s'il était constipé 4, mais je suis bien sûr qu'il n'aurait jamais fait ma tragédie crétoise, quelque peu qu'elle vaille . Il n'aurait pas fait non plus les remarques des quatre têtes . Elles me paraissent fort judicieuses . Il faut qu'il y ait bien plus d'esprit à Paris que dans nos provinces, car je n'ai trouvé personne ni à Mâcon ni à Bourg-en-Bresse qui m'ait fait de pareilles observations .
Aussitôt il prit papier, plume et encre ; et voila mon jeune homme qui se met à raturer, à corriger, à refaire . Il est fort vif ; c'est un petit cheval qui au moindre coup d'éperon vous court le grand galop . Je n'ai pas été mécontent de sa besogne, mais je ne puis rien assurer qu'après qu'elle aura été remise sous vos yeux .
Ce qui me plait de sa drôlerie c'est qu'elle forme un très beau spectacle . D'abord des prêtres et des guerriers disant leur avis sur une estrade ; une petite fille amenée devant eux qui leur chante pouilles ; un contraste de Grecs et de sauvages ; un sacrifice ; un prince qui arrache sa fille à un évêque tout prêt à lui donner l'extrême-onction ; et à la fin de la pièce le maître-autel détruit et la cathédrale en flammes , tout cela peut amuser ; rien n'est amené par force ; tout est de la plus grande simplicité ; et il m'a paru même qu'il n'y avait aucune faute contre la langue, quoique l'auteur soit un provincial .
Mon candidat veut que je vous envoie sa pièce le plus tôt que je pourrai, mais il faut le temps de la transcrire . Il m'a dit qu'il avait des raisons essentielles que son drame fût joué cette année 5. Je prie donc M. de Thibouville de me mander si son autre jeune homme 6 est prêt, et si on peut compter sur lui .
A l'égard de votre ami qui est à la campagne 7, je vous dirai qu'il ne peut avoir été choqué d'un petit mot d'ailleurs très juste et très à sa place, à l'article Parlement 8, puisque ce petit mot n'a paru que depuis un mois, et est probablement entièrement ignoré de lui .
Quoi qu'il en soi, je vous aurai une obligation infinie si vous voulez bien faire en sorte qu'il soit persuadé de mes sentiments 9.
Mon jeune homme vous prie de répondre sur M. de Thibouville , ou qu'il fasse répondre lui-même, supposé qu'on puisse lire son écriture, car je crains toujours que ce candidat, qui est fort vif, comme je vous l'ai dit, n'ait la rage de faire imprimer son drame, dès qu'il en sera un peu content .
Intérim, je me mets à l'ombre de vos ailes .
Le vieux malade de Ferney»
2 Les d'Argental, Thibouville et sans doute Chauvelin, le duc de Choiseul étant lui exilé à Praslin .
3 Dans l'épître à Tite, Nouveau Testament : http://www.magnificat.ca/textes/bible/tite-01.htm
4 Au sujet de la constipation, voir ce que V* en pense dans le chapitre 7 du conte Les Oreilles du Comte de Chesterield, 1775 ; http://www.voltaire-integral.com/Html/21/11CHESTE.html
6 Voir lettre du 19 janvier : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/01/19/6...
8 Allusion à Maupéou, un des responsables de la disgrâce du duc de Choiseul, est faite dans l'article « Parlement de France » des Questions sur l'Encyclopédie. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k800160/f120.tableDe...
23:00 | Lien permanent | Commentaires (0)
le premier voyageur qui partira pour Paris vous apportera une bonne provision de petits diabloteaux
Rédigé le 3 mai 2011.

« A Etienne-Noël Damilaville
5 février 1765
Mon cher frère, écr[asez] l'Inf[âme]. Je ne suis occupé que d'écr l'Inf . C'est la consolation de mes derniers jours . Dites écr l'Inf à tous ceux que vous rencontrerez . Vous aurez incessamment la petite Destruction d'alembertine i qui est un bon écr l'Inf et le premier voyageur qui partira pour Paris vous apportera une bonne provision de petits diabloteaux ii.
M. de Laleu doit vous remettre un papier important, concernant mes affaires temporelles ; c'est mon testament ne vous déplaise, auquel il faut que je fasse quelques additions . Quoique cet ouvrage ne soit pas un écr l'Inf, je le recommande pourtant à vos bontés qui s'étendent à tous les objets . »
i Sur la destruction des jésuites en France ... ; voir lettre à Cramer du 26 décembre 1764 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/12/26/i...
ii Ce sont des exemplaires du Dictionnaire philosophique sans doute ;
voir lettre du 20 octobre 1764 à d'Argental : page 88 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k80037z/f93.image.r=...
« Le petit abbé d'Estrées ... emploie toutes les ressources de son métier de généalogiste pour prouver que le diable engendra Voltaire, et que Voltaire a engendré le Dictionnaire philosophique. »
21:28 | Lien permanent | Commentaires (0)
Si le mémoire est trop court et trop faible, les lumières de Son excellence et les juges y suppléeront
Phrase qui me semble diablement difficile à concevoir avec la justice actuelle . Et je sais de quoi je parle !

« Au baron Samuel von Cocceji i
[5 février 1751]
Je représente très humblement à Son Excellence qu'étant aussi malade que mon avocat, je n'ai pas laissé de dresser ce mémoire que je supplie Son Excellence de lire .
Si elle juge que ce mémoire soit dans la forme convenable, je ferai signer vidi par mon avocat.
Si le mémoire est trop court et trop faible, les lumières de Son excellence et les juges y suppléeront .
Tout ce procès est une matière de fait, et peut-être le peut-on juger sans la présence de mon avocat .
Messieurs les juges y verront huit faussetés criminelles du juif Hirshell ii.
1° Sur les lettres de change qu'il devait rendre immédiatement après le 16 Xbre,
2° Sur le billet du 27 Xbre qui le condamne et qu'il dit avoir jeté,
3° Sur la bague qu'il dit lui avoir été arrachée par force iii,
4° Sur l'écrit du 24 qu'il dit écrit de ma part après coup, et en fraude,
5° Sur le billet du 19 dont il a nié la signature,
6° Sur ce même billet du 19 qu'il ose m'accuser d'avoir altéré iv,
7° Sur la prétendue attestation de Reklam que Reklam n'a pas donnée,
8° Sur la fausse date insérée dans cette attestation .
Reklam est à présent à Brunswik pour un mois, mais sa famille témoin de ce que j'avance est prête de faire serment .
Pour moi je suis prêt à être jugé et je consens de l'être sans que mon avocat et moi soyons présents, m'en remettant uniquement à l'équité et aux lumières de messieurs les juges et surtout de son Excellence .
Voltaire.
Tout ce que je demande instamment c'est que Hirshell avoue ses calomnies et me fasse une réparation convenable . »
ii Sur l'affaire Voltaire / Hirschel, où il est question de prêt, d'emprunt et d'achat de diamants, de spéculation interdite sur des billets de la banque de Dresde, les historiens, pas plus que les juges n'ont pu faire la pleine lumière .
Selon Hirschel, V* lui a demandé de négocier à Dresde l'achat -interdit- de bons de la Steuer en lui promettant d'obtenir en échange la protection du roi . CF. lettre du 10 février à Darget : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/02/10/l...
V* nie et dit que Hirschel l'a volé .
iii Selon Hirschel le 28 décembre, le 27 selon V*, ou encore le 22 ou 23 selon un témoin . La scène donne lieu à diverses versions contradictoires .
iv C'est un billet où Hirschel reconnait avoir vendu à V* des diamants ; Hirschel accusa V* d'avoir falsifié le billet, d'avoir voulu maquiller une négociation de bons saxons, puis finalement reconnut le billet .
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