14/08/2010
Il y a un empereur, un jardinier, un colonel, un lieutenant d'infanterie, un soldat, des prêtres païens et une petite fille tout à fait aimable.
Possédé , possédés de toute sorte :
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Allons, pour vous mettre dans l'ambiance des hauts lieux où la possession est religion, à écouter avec son gri-gri autour du cou (pour ceux qui ont les moyens, une rivière de diamants ou une chaine de platine ; pour les autres, les mains de votre chéri(e), ce qui est diantrement plus efficace pour les retours d'affection !):
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« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental
14 auguste 1768
J'ai reçu une lettre véritablement angélique du 4 auguste, que les Welches appellent août. Mais voici bien une autre facétie. Il vint chez moi le 1er auguste un jeune homme fort maigre [i], et qui avait quelque feu dans deux yeux noirs. Il me dit qu'il était possédé du diable ; que plusieurs personnes de sa connaissance en avaient été possédées aussi ; qu'elles avaient mis sur le théâtre les Américains, les Chinois, les Scythes, les Illinois, les Suisses [ii], et qu'on y voulait mettre les Guèbres. Il me demanda un profond secret ; je lui dis que je n'en parlerais qu'à vous, et vous jugez bien qu'il y consentit.
Je fus tout étonné qu'au bout de douze jours, le jeune possédé m'apportât son ouvrage. Je vous avoue qu'il m'a fait verser des larmes, mais aussi il m'a fait craindre la police. Je serais très fâché, pour l'édification publique, que la pièce ne fût pas représentée [iii]. Elle est dans un goût tout à fait nouveau, quoiqu'on semble avoir épuisé les nouveautés.
Il y a un empereur, un jardinier, un colonel, un lieutenant d'infanterie, un soldat, des prêtres païens et une petite fille tout à fait aimable.
J'ai dit au jeune homme avec naïveté que je trouvais sa pièce fort supérieure à Alzire, qu'il y a plus d'intérêt et plus d'intrigue ; mais [que] je tremble pour les allusions, pour les belles allégories, que font toujours messieurs du parterre ; qu'il se trouvera quelque plaisant qui prendra les prêtres païens pour des jésuites ou pour des inquisiteurs d'Espagne ; que c'est une affaire fort délicate et qui demandera toute la bonté, toute la dextérité de mes anges.
Le possédé m'a répondu qu'il s'en rapportait entièrement à eux ; qu'il allait faire copier sa pièce qu'il intitule Tragédie plus que bourgeoise [iv] ; que si on ne peut pas la faire massacrer par les comédiens de Paris, il la fera massacrer par quelque libraire de Genève . Il est fou de sa pièce, parce qu'elle ne ressemble à rien du tout, dans un temps où toutes les pièces se ressemblent. J'ai tâché de le calmer ; je lui ai dit qu'étant malade comme il est, il se tue avec ses Guèbres ; qu'il fallait plutôt y mettre douze mois que douze jours. Je lui ai conseillé des bouillons rafraichissants.
Quoi qu'il en soit, je vous enverrai ces Guèbres par M. l'abbé Arnaud, à moins que vous ne me donniez une autre adresse.
Une autre fois, mon cher ange, je vous parlerai de Ferney [v]; c'est une bagatelle ; et je ne ferai sur cela que ce que mes anges et Mme Denis voudront. Si Mme Denis est encore à Paris quand les Guèbres arriveront, je vous prierai de la mettre dans le secret.
Bon ! Ne voilà-t-il pas mon endiablé qui m'apporte sa pièce brochée et copiée ! Je l'envoie à M. l'abbé Arnaud avec une sous-enveloppe . S'il arrivait un malheur, les anges pourraient se servir de toute leur autorité pour avoir leur paquet.
Si ce paquet arrive à bon port, je les aurai du moins amusés pendant une heure ; et en vérité c'est beaucoup par le temps qui court.
V. »
iV* lui-même, auteur de Les Guèbres.
http://www.voltaire-integral.com/Html/06/07GUEBRE.htm#a1ii = Alzire, = L'Orphelin de la Chine, = Les Scythes de V* ; = Hirza ou les Illinois de Billardon, = Guillaume Tell de Lemierre.
iii Elle ne le fût pas ; seulement imprimée en 1769.
http://books.google.be/books?id=-xY7AAAAcAAJ&pg=RA2-P...iv A Mme Denis, il proposera le 17 décembre « pour prévenir toutes les chicanes … d ne point intituler la pièce Les Guèbres, mais si l'on veut, Les Deux Frères, ou Les Deux Officiers, tragédie dont la p^lupart des acteurs sont de simples citoyens, dans le goût des tagédies bourgeoises. »
v V* seul à Ferney songe à vendre son domaine.
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Voudriez-vous ravir aux particuliers le droit de se défendre?
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Et la vérité dans tout ça ?
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Vérité d'ici, vérité d'ailleurs :
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Vérité, mais d'où viens-tu?
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Qui es-tu ?
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"Trop petit pour ne pas me défendre " : c'est vrai , à appliquer chaque jour .
« A Louise-Dorothée von Meiningen, duchesse de Saxe-Gotha
14è auguste 1767, à Ferney
Madame,
Je suis pénétré jusqu'au fond du cœur des lettres dont votre Altesse Sérénissime m'honore. Vos bontés devraient sans doute bannir de mon esprit toute idée d'un La Beaumelle [i]. S'il n'était question que de moi, je n'y penserais pas, mais daignez songer, Madame, que je dois répondre au tribunal de l'Europe des vérités que j'ai dites dans le Siècle de Louis XIV, siècle heureux où toute la branche Ernestine dont vous êtes aujourd'hui l'ornement était la meilleure alliée de la France. Je trahirais lâchement mon devoir si je laissais subsister les calomnies que La Beaumelle réimprime contre presque tous ceux qui ont illustré ce beau siècle. Je sais que Votre Altesse Sérénissime est trop instruite et trop juste pour se laisser séduire par ces impostures, mais combien de lecteurs, Madame, ne sont ni justes ni éclairés! Considérez, Madame, qu'il n'y a pas une seule cour qui ne s'empresse de réfuter dans les papiers publics les mensonges des gazettes. Ces combats durent quelquefois des mois entiers. Voudriez-vous ravir aux particuliers le droit de se défendre? Non, sans doute, et ce n'est pas même comme simple particulier que je dois agir, mais comme un homme qui a été chargé de la cause publique. Je dirais plus encore. Votre Altesse Sérénissime sait avec quelle insolence La Beaumelle a parlé de votre auguste maison [ii]. Voudriez-vous que je l'oubliasse, parce que vous lui pardonnez ? Je ne le puis, Madame. La vérité ne pardonne point, mais elle ne punit qu'en se montrant. C'est par sa lumière qu'elle confond ceux qui veulent l'obscurcir. Les princes auxquels ce misérable a jeté de la boue feront ce que leur grandeur et leur clémence pourront leur dicter, mais pour moi, je suis trop petit pour ne pas me défendre.
La reconnaissance que je dois à toutes vos bontés, Madame, est le sentiment le plus profond qui m'occupe. Vous êtes ma protectrice et ma consolation. Je suis également dévoué à la vérité et à Votre Altesse Sérénissime avec le plus profond respect, et la plus vive reconnaissance.
Votre vieux suisse. »
iLe 24 juillet, après « avoir prié et conjuré (V* qui a pris à témoin le duc et la duchesse) les mains jointes … qu'il ne soit plus question du duc et d'(elle) dans toute cette affaire », le 10 août la duchesse le « conjurait » « d'abandonner et l'affaire et le procès et le pauvre aventurier à leur triste sort », de ne plus se « chamailler avec un extravagant ...»
ii Dans Mes Pensées ; cf. lettre du 3 août à Lavaysse.
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pour une heure de vérité, il faut se remuer le popotin et les méninges ! Non ?
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13/08/2010
elle ne peut réussir que par votre art, très peu connu, de faire valoir le médiocre, et d'escamoter le mauvais par un mot heureusement substitué à un autre
Shakespeare in love, certainement pas inspiré par Volti ; je choisis cet extrait musical "Fight" (Combat, ce qui correspond au ton de la lettre)et qui est suivi du Jeu et du Mariage (comme qui dirait la réconciliation sur l'oreiller !)
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Et comme il est question de bordel :
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Cru, ce qu'exprime cette demoiselle ?
Oui ! Assumons ! Vous qui n'aimez pas à moitié, vous qui n'aimez pas le tiède, je vous recommande sa fréquentation.
« A Jean Le Rond d'Alembert
13 d'auguste [1776]
Je sens bien, mon cher ami, que je n'ai pas assez travaillé ma déclaration de guerre à l'Angleterre [i]; elle ne peut réussir que par votre art, très peu connu, de faire valoir le médiocre, et d'escamoter le mauvais par un mot heureusement substitué à un autre, par une phrase heureusement accourcie, par une expression sous-entendue, enfin par tous les secrets que vous avez [ii].
Tout le plaisant de l'affaire consiste assurément dans le contraste des morceaux admirables de Corneille et de Racine, avec les termes du bordel et de la halle que le divin Shakespeare met continuellement dans la bouche de ses héros et de ses héroïnes . Je suis toujours persuadé que quand vous avertirez l'Académie qu'on ne peut pas prononcer au Louvre ce que Shakespeare prononçait si familièrement devant la reine Élisabeth, l'auditeur qui vous aura bon gré de votre retenue laissera aller son imagination beaucoup au-delà des infamies anglaises qui resteront sur le bout de votre langue.
Le grand point, mon cher philosophe, est d'inspirer à la nation le dégoût et l'horreur qu'elle doit avoir pour Gilles Le Tourneur, préconiseur de Gilles Shakespeare, de retirer nos jeunes gens de l'abominable bourbier où ils se précipitent,[iii] de conserver un peu de notre honneur, s'il nous en reste. Je remets tout entre vos mains. Soyez aujourd'hui mon Raton [iv]; coupez, taillez, rognez, surtout effacez. Mais je vous conjure de laisser subsister mon invocation à la reine et à nos princesses. Il faut les engager à prendre notre parti. Je dois surtout prendre la reine pour ma protectrice, puisqu'elle a daigné renoncer à Lekain, pendant un mois en ma faveur [v]. Elle aime le théâtre tragique ; elle distingue le bon du mauvais, comme si elle mangeait du beurre et du miel [vi]; elle sera le soutien du bon goût.
Je vous prierai de me renvoyer la diatribe, quand vous aurez daigné la lire et l'embellir. J'y retravaillerai encore ; j'ai des matériaux, et je vous la renverrai par M. de Vaines. Je crois que c'est au libraire de l'Académie d'imprimer ce petit morceau. Il augmentera le nombre de mes ennemis ; mais je dois mourir en combattant, quand vous êtes mon général. »
iLa Lettre … à l'Académie française … par laquelle il répond à l'éloge qu'a fait Le Tourneur de Shakespeare au détriment des auteurs français, et qu'il vient d'envoyer à d'Alembert pour obtenir l'aval de l'Académie ; cf. lettres de 19 et 30 juillet à d'Argental.
ii Le 4 août, d'Alembert a demandé, au nom de l'Académie, quelques modifications avant la lecture publique du 25 : « … il est nécessaire de taire le nom du traducteur … il serait nécessaire … de retrancher dans les citations de Shakespeare quelques traits un peu trop libres pour être hasardés dans une pareille lecture. » Pour gagner du temps il proposa de se charger des « retranchements ».
iii Cf. lettre du 30 juillet à d'Argental.
iv Raton = V* et d'Alembert = Bernard ; cf lettres à d'Alembert des 1, 4 et 15 janvier 1773.
vPour que Lekain vienne jouer à Ferney et à Genève ; cf. lettre du 24 juin à d'Argental.
vi Citation d'Isaïe.
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C'est une terrible tâche que d'être obligé d'avoir toujours raison dans quatorze tomes
A tort ou à raison :
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C'est une bonne raison, la seule, qui est de la perdre :
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Volti a raison, Darwin aussi :
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Allons, une Raison de Plus , sur la Rumeur , ce qui va pas trop mal avec cette lettre :
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« A Bernard-Louis Chauvelin
Aux Délices 13 aoust [1762]
Vous connaissez donc aussi , Monsieur, le prix de la santé par les maladies ! vous avez donc souffert comme moi ? Il y a quelque cinquante ans que je fais le métier [i] et je n'y suis pas encore entièrement accoutumé. Je vous crois bien persuadé que les rois et les représentants des rois [ii] n'ont rien de mieux à faire qu'à se bien porter. On parle d'une colique violente qui a délivré Pierre Ulric du petit désagrément d'avoir perdu un empire de deux mille lieues [iii]. Il ne manquera plus qu'un Ninias à votre Sémiramis pour rendre la ressemblance parfaite [iv]. J'avoue que je crains d'avoir le cœur assez corrompu pour n'être pas aussi scandalisé de cette scène qu'un bon chrétien devrait l'être. Il peut résulter un très grand bien de ce petit mal. La providence est comme étaient autrefois les jésuites. Elle se sert de tout . Et d'ailleurs quand un ivrogne meurt de la colique, cela nous apprend à être sobres.
Si vous n'avez pas les mémoires des Calas [v], ordonnez par quelle voie vous voulez qu'on vous en adresse. Cette aventure est bien mince en comparaison de tout ce qui se passe chez les grands de la terre, mais enfin c'est quelque chose qu'un vieillard, qu'un père de famille accusé d'avoir pendu son fils par dévotion et roué sans aucune preuve. Tantum religio potuit suadere malorum [vi]. Voici, en attendant, deux petites relations qui pourront vous amuser quelques moments. Elles supposent des mémoires précédents. Mais ces mémoires enfleraient trop le paquet.
La tragédie des Calas, et celle qui se joue depuis Pétersbourg jusqu'en Portugal ne m'ont pas fait abandonner la famille d'Alexandre [vii]. Je n'ai pas cru devoir laisser imparfait un ouvrage sur lequel vous avez daigné m'honorer de vos conseils. Vous m'avez rendu chère cette pièce à laquelle vous avez bien voulu vous intéresser. Si jamais il vous prend envie de la relire, vous n'avez qu'à commander.
Pierre Corneille m'occupe encore plus que Pierre Ulric. C'est une terrible tâche que d'être obligé d'avoir toujours raison dans quatorze tomes.
Il faut donc renoncer à l'espérance de voir Vos Excellences dans nos jolis déserts. Cependant le théâtre est tout prêt et quand madame l'ambassadrice voudra faire pleurer les Allobroges, il ne tiendra qu'à elle [viii]. Il faudra que mademoiselle votre fille joue dans Athalie et moi si l'on veut je ferai le confident de Mathan, qui ne sert ni Baal ni le dieu d'Israël [ix]. Ma piété en sera effarouchée mais il faut se faire tout à tous [x].
Que Votre Excellence me conserve ses bontés. J'en dis autant à madame l'ambassadrice à qui ma nièce présente la même requête. »
i De malade !
ii Chauvelin est ambassadeur à Turin.
iii Pierre III, tsar, a été retrouvé mort le 17 juillet après avoir été détrôné par sa femme le 9 juillet ; elle sera Catherine II. Elle est soupçonnée de l'avoir fait assassiner et publie un manifeste où elle attribue la mort de son mari aux hémorroïdes et à des coliques.
iv Selon une légende utilisée par V* dans sa tragédie Sémiramis (créée en août 1748), la reine Sémiramis aurait tué son mari pour prendre le pouvoir et aurait été tuée à son tout par Ninias qui voulait venger son père. V* surnommera Catherine « la Sémiramis du Nord ».
v V* pense peut-être aussi au premier mémoire de l'avocat Mariette qui « travaille à un nouveau (mémoire) » le 9 août. Cf. Lettre à Théodore Tronchin du 28 juillet, du 5 juillet à d'Argental et Bernis le 21 juillet.
vi Tant la religion a pu conseiller de crimes.
vii La tragédie de Cassandre-Olympie.
viii En allant prendre leur poste à Turin en novembre 1759, Chauvelin et son épouse ont assisté à Tournay à une représentation de Tancrède au cours d'une fête somptueuse donnée en leur honneur ; cf. lettre à Mme de Fontaine du 5 novembre 1759 . V* par la suite fera allusion aux représentations théâtrales données à Turin par Mme Chauvelin.
ix D'après Athalie.
xCorinthiens.
Fin en queue de poisson, comme les vacances finissant dans les bouchons :
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Je suis dans les horreurs de la persécution que la canaille littéraire me fait depuis quarante ans
Canaille(s) en tout genres !
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De Paris ?
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En douceur ?
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Sans douceur ? ça râpe le rap !
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« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental
13 août [1755]
Mon cher ange, je ne suis pas en état de songer à une tragédie. Je suis dans les horreurs de la persécution que la canaille littéraire me fait depuis quarante ans. Vous m'aviez assurément donné un très bon avis. Ce Grasset [i] était venu de Paris tout exprès pour consommer son iniquité. Il n'est trop vrai que Chevrier était très instruit de ce maudit ouvrage, et de toute cette manœuvre . Fréron n'en avait parlé dans sa feuille que pour préparer cette belle entreprise [ii]. Vous savez de quelles abominations on a farci ce poème [iii]. On a voulu me perdre et gagner de l'argent. Je n'y sais autre chose que de déférer moi-même tout scandale qu'on voudra mettre sous mon nom en quelque lieu que je sois. Pour comble de douleur on m'apprend que Lyon est infecté d'un premier chant aussi plat que criminel dans lequel il n'y a pas quarante vers de moi. Mon malheur veut que monsieur votre oncle [iv] que je n'ai jamais offensé ait depuis un an écrit au roi plusieurs fois contre moi, et ait même montré les réponses. Il a trop d'esprit et trop de probité pour m'imputer les misères indignes qui courent, mais il peut sans les avoir vues écouter la calomnie. L'abbé Pernetti m'a écrit de Lyon qu'on me forcerait à quitter mon asile, qui m'a déjà coûté plus de quarante mille écus. Madame Denis se meurt de douleur et moi de colique.
J'écris un mot à Mme de Pompadour au sujet des cinq pagodes [v] que vous lui faites tenir de ma part.
Je me flatte qu'elle ne trouvera rien dans la pièce qui ne plaise aux honnêtes gens et qui ne déplaise à Crébillon. Je me flatte que si elle l'approuve, elle sera jouée malgré le radoteur Lycophoron [vi]. Adieu mon très cher ange qui me consolez. »
iCf. lettre du 28 juillet.
ii Fréron a parlé de La Pucelle dans l'Année littéraire du 12 septembre 1754 ; cf. lettres du 15 octobre et 20 novembre 1754.
iii « … Dort en Bourbon la grasse matinée / … Et saint Louis, là-haut mon compagnon / M'a prévenu qu'un jour certain Bourbon / M'en donnerait à pardonner bien d'autres ... » annotés par V* dans la marge de la copie de La Pucelle : « Quel est le laquais qui a fait la plupart de ces vers ? Quel est le maraud de la lie du peuple qui peut écrire ces insolentes bêtises ? »
iv Le cardinal de Tencin .
vL'Orphelin de la Chine, dans sa version en cinq actes.
vi C'est « le vieux Crébillon ». Lycophoron avait écrit un poème tragique d'une obscurité proverbiale.
Cool , p'tit' canaille :
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12/08/2010
Savez-vous que les rois et les beaux esprits se rencontrent ?
Grands esprits :
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Pour bébé qui est un grand esprit en devenir :
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Esprit, soutiens de mon pouvoir/espoir ! comme le prie/crie actuellement un président en déroute, et ses collègues :
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Bien que je ne sois pas fan de rap, surtout parce que c'est la négation de la musique, et que j'arrive rarement à comprendre les paroles, un petit exemple d'esprits contestataires qui ont eux aussi leur grandeur :
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Et puis aussi parce que j'apprécie certains esprits félés, alliance de deux esprits poétiques et excessifs : Higelin et Trenet, ce dernier inspirant le premier !
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« A Marie-Jean-Antoine-Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet
12è auguste 1774
Je ne vous écris aujourd'hui, Monsieur le Secrétaire,[de l'Académie des Sciences] ni sur les sciences et les beaux-arts, qui commencent à vous devoir beaucoup, ni sur la liberté de conscience dont on a voulu dépouiller ces beaux-arts qui ne peuvent subsister sans elle.
Vous avez rempli mon cœur d'une sainte joie quand vous m'avez mandé que le Roi avait répondu aux pervers qui lui disaient que M. Turgot est encyclopédiste : il est honnête homme et éclairé, cela me suffit
Savez-vous que les rois et les beaux esprits se rencontrent ? Savez-vous, et M. Bertrand [pseudonyme pour d'Alembert] sait-il que le poète Kien-Long, empereur de la Chine,[i] en avait dit autant il y a quelques années?
Avez-vous lu dans le trente-deuxième recueil des prétendues Lettres édifiantes et curieuses la lettre d'un jésuite imbécile nommé Benoît à un fripon de jésuite nommé Dugad ? Il y est dit en propres mots [ii] qu'un ministre d'État accusant un mandarin d'être chrétien, l'empereur Kien-Long lui dit : « La province est-elle mécontente de lui ? - Non. -Rend-il la justice avec impartialité ? -Oui. -A-t-il manqué à quelque devoir de son état ? -Non. -Est-il bon père de famille ? Oui. -Eh bien donc ! pourquoi l'inquiéter pour une bagatelle ? »
Si vous voyez M. Turgot, faites-lui ce conte.
Je vous envoie la copie d'une requête que j'ai barbouillée pour tous les ministres [iii]. Il n'y a que le roi à qui je n'en ai pas envoyé. Je souhaite passionnément que cette requête soit présentée au conseil de Commerce, dans lequel M. Turgot pourrait avoir une voix prépondérante. J'ai du moins la consolation de voir que malgré les grands hommes tels que Fréron, Clément [iv] et Sabatier [v], Ferney est devenu, depuis que vous ne l'avez vu, un lieu assez considérable, qui n'est pas indigne de l'attention du ministère. Il y a non seulement d'assez grandes maisons de pierre de taille pour les manufactures , mais des maisons de plaisance très jolies qui orneraient Saint-Cloud et Meudon. Tout cela va rentrer dans le néant d'où je l'ai tiré si le ministère nous abandonne. Je suis peut-être le seul fondateur de manufactures qui n'ait pas demandé de l'argent au gouvernement. Je en lui demande que d'écouter son propre intérêt. Je vous en fais juges, vous et M. Bertrand.
Je voudrais bien venir vous consulter tous deux sur une affaire qui vous intéressera davantage et que je vais entreprendre [vi]. J'invoque Dieu et vous pour réussir. Il s'agit de la bonne cause. Vous la soutiendrez toujours avec Bertrand. Je m'incline devant vous deux.
V. »
iSur le poème de Kien-Long et la réponse de V*, voir lettres à Thiriot et Catherine du 26 novembre 1770, à d'Hornoy le 28 novembre 1770 et à Frédéric le 20 décembre 1770.
ii A peu près !
iii Au roi en son Conseil ; V* voudrait obtenir pour Ferney et Versoix une exemption d'impôts qu'il juge indispensable pour la survie des manufactures fondées.
iv Cf. lettres du 30 décembre 1773 à d'Argental et du 6 janvier 1774 à d'Hornoy.
vCf. lettres des 1er janvier et 19 novembre 1773 à d'Alembert et du 30 avril 1774 à d'Argental.
vi La réhabilitation de d'Etallonde condamné avec de La Barre, mais par contumace, et qui après avoir demandé un congé au roi de Prusse, est venu travailler à Ferney sous la direction de V*. V* recommande l'affaire au chancelier Maupéou vers le 14 août.
Déclaration un peu déjantée :
09:32 | Lien permanent | Commentaires (0)
Je monte à cheval dans mes rêves, et je vais le grand galop à Andrinople.
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Au galop !
Grand Galop : http://www.deezer.com/listen-3819982
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D'un fabuleux guitariste, Manitas de Plata .

Et dédicace, spécialement pour Catherine : http://www.deezer.com/listen-2639285
« A Catherine II
A Ferney 12è auguste 1773
Madame,
Que votre Majesté Impériale me laisse d'abord baiser votre lettre de Peterhof du 30 juin de votre chronologie grecque qui n'est pas meilleure que la nôtre. Mais de quelque manière que nous supputions les temps vous comptez vos jours par des victoires. Vous savez combien elles me sont chères. Il me semble que c'est moi qui ai passé le Danube. Je monte à cheval dans mes rêves, et je vais le grand galop à Andrinople. Je ne cesserai de vous dire qu'il me paraît bien étonnant, bien inconséquent, bien triste, bien mal de toute façon, que vos amis l'Impératrice reine et l'Empereur des Romains et le héros de Brandebourg [= Frédéric II], ne fassent pas le voyage de Constantinople avec vous. Ce serait un amusement de trois ou quatre mois tout au plus. Après quoi vous vous arrangeriez ensemble, comme vous vous êtes arrangés en Pologne [par son partage !].
Je demande bien pardon à Votre Majesté, mais cette partie de plaisir sur la Propontide me paraît si naturelle, si facile, si agréable, si convenable que je suis toujours stupéfait que les trois puissances aient manqué une si belle fête. Vous me direz, Madame, que je pourrai jouir de cette satisfaction avec le temps, mais permettez-moi de vous représenter que je suis très pressé, que je n'ai que deux jours à vivre, et que je veux absolument voir cette aventure avant de mourir. L'auguste Catherine ne peut-elle pas dire amicalement à l'auguste Marie-Thérèse : « Ma chère Marie, songez donc que les Turcs sont venus deux fois assiéger Vienne [ 1529 et 1683], songez que vous laissez passer la plus belle occasion qui se soit présentée depuis Ortogul ou Ortogrul, et que si on laisse respirer les ennemis du saint nom chrétien et de tous les beaux-arts, ces maudits Turcs deviendront peut-être plus formidables que jamais ? Le chevalier de Tott qui a beaucoup de génie, quoiqu'il ne soit pas ingénieur, fortifiera toutes leurs places sur la mer Égée et sur le Pont-Euxin [i1], quoique Moustapha et son grand vizir ignorent que ces deux petites mers se soient jamais appelées Pont-Euxin et mer Égée. Les janissaires et les Lévanti se disciplineront. Voilà notre ami Alibey mort, Moustapha va être maître absolu de ce beau pays de l'Égypte qui adorait autrefois les chats et qui ne connait point saint Jean Népomucène.
Profitons d'un moment favorable qui reste encore, Russes, Autrichiens, Prussiens, fondons sur ces ennemis de l'Église grecque et latine ; nous accorderons au roi de Prusse qui ne se soucie d'aucune Église une ou deux provinces de plus et allons souper à Constantinople. »
Certainement l'auguste Catherine fera un discours plus éloquent et plus pathétique, mais y a-t-il rien de plus raisonnable et de plus plausible? Cela ne vaut-il pas mieux que mes chars de Cyrus [proposés à Catherine, sans succès ; cf. lettre du 26 février 1769]? Hélas, l'idée de cette croisade ne réussira pas mieux que celle de mes chars ! vous ferez la paix, Madame, après avoir bien battu les Turcs. Vous aurez quelques avantages de plus, mais les Turcs continueront d'enfermer les femmes et d'être les amis des Welches [encore allusion à l'aide de la France aux Turcs], tout galants que sont ces welches.
Je ne suis donc qu'à moitié satisfait.
Mais ce n'est pas à moitié que je suis l'adorateur de Votre Majesté Impériale, c'est avec la fureur de l'enthousiasme, qu'elle pardonne ma rage à mon profond respect.
Le vieux malade de Ferney »
1iLe gouvernement Choiseul l'a envoyé avec des ingénieurs pour renforcer entre autres les fortifications de Constantinople ; cf. lettre du 20 décembre 1770 à Frédéric.
Pour continuer au même rythme :
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06:15 | Lien permanent | Commentaires (1)

