01/09/2023
Par ma foi la musique italienne n'est faite que pour faire briller des châtrés à la chapelle du pape
... Châtrés et aphones comme Carla : https://www.youtube.com/watch?v=qLD1mEX9Kpg&ab_channe...
« A Michel-Paul-Guy de Chabanon
29è janvier 1768 à Ferney 1
Ami vrai et poète philosophe, ne vous avais-je pas bien dit 2 que le lecteur 3 ne serait jamais l'approbateur, et qu'il éluderait tous les moyens de me plaire, malgré tous les moyens qu'il a trouvés de plaire ? Ne trouvez-vous pas qu'il cite bien à propos feu M. le dauphin, qui, sans doute, reviendra de l'autre monde pour empêcher qu'on ne mette des doubles-croches sur la mâchoire d'âne de Samson ? Ah mon fils, mon fils! la petite jalousie est un caractère indélébile.
M. le duc de Choiseul n'est pas, je crois, musicien, c'est la seule chose qui lui manque mais je suis persuadé que, dans l'occasion, il protégerait la mâchoire d'âne de Samson contre les mâchoires d'âne qui s'opposeraient à ce divertissement honnête . Ut ut est 4. Il faut une terrible musique pour ce Samson qui fait des miracles de diable et je doute fort que le ridicule mélange de la musique italienne avec la française, dont on est aujourd'hui infatué, puisse parvenir aux beautés vraies, mâles et vigoureuses, et à la déclamation énergique que Samson exige dans les trois quarts de la pièce . Par ma foi la musique italienne n'est faite que pour faire briller des châtrés à la chapelle du pape . Il n'y aura plus de génie à la Lully pour la déclamation ; je vous le certifie dans l'amertume de mon cœur.
Revenons maintenant à Pandore. Oui, vous avez raison, mon fils le bonhomme Prométhée fera une fichue figure, soit qu'il assiste au baptême de Pandore sans dire mot, soit qu'il aille, comme un valet de chambre, chercher les jeux et les plaisirs pour donner une sérénade à l'enfant nouveau-né. Le cas est embarrassant, et je n'y sais plus d'autre remède que de lui faire notifier aux spectateurs qu'il veut jouir du plaisir de voir le premier développement de l'âme de Pandore, supposé qu'elle ait une âme,
Cela posé, je voudrais qu'après le chœur, Dieu d'amour, quel est ton empire, Prométhée dît, en s'adressant aux nymphes et aux demi-dieux de sa connaissance, qui sont sur le théâtre
Observons ses appas naissants,
Sa surprise, son trouble, et son premier usage
Des célestes présents
Dont l'amour a fait son partage.5
Après ce petit couplet, qui me paraît tout à fait à sa place, le bonhomme se confondrait dans la foule des petits demi-dieux qui sont sur le théâtre et ce serait, à ce qu'il me semble, une surprise assez agréable de voir Pandore le démêler dans l'assemblée des sylvains et des faunes, comme Marie-Thérèse, beaucoup moins spirituelle que Pandore, reconnut Louis XIV au milieu de ses courtisans.
Il faut que je vous parle actuellement, mon cher ami, de la musique de M. de La Borde. Je me souviens d'avoir été très content de ce que j'entendis mais il me parut que cette musique manquait, en quelques endroits, de cette énergie et de ce sublime que Lully et Rameau ont seuls connus, et que l'opéra-comique n'inspirera jamais à ceux qui aiment il gusto grande 6.
Mes tendres sentiments à Eudoxie mes respects à Maxime et à l'ambassadeur. Assurez le bon vieillard père d'Eudoxie, que je m'intéresse fort à lui.
J'ai toujours sur le cœur la barbarie qu'on a eue de m'accuser, moi pauvre vieillard, enseveli dans la neige d'avoir voulu troubler le ménage de M. Dorat, avec une belle actrice de l'Opéra dont j'ignore le nom et les talents 7. Cette calomnie est infâme ; il faut avouer que les hommes sont bien méchants .
Maman vous aime de tout son cœur ; aussi fais-je, et toutes les puissances ou impuissances de mon âme sont à vous.
V. »
1 Edition de Kehl dans laquelle il manque l'avant dernier paragraphe biffé sur la copie Beaumarchais .
2 Lettre du 18 janvier 1768 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2023/08/21/je-doute-que-l-homme-a-qui-vous-vous-etes-adresse-ait-autant-6457582.html
3 M. de Moncrif, ayant été lecteur de la reine, ce mot de lecteur confirme bien ce que l'allusion aux « moyens de plaire » faisait entrevoir ; voir lettre du 18 janvier 1768 .
4 Quoi qu'il en soit .
5 Pandore, Ac. II , mais ces vers n'y furent pas incorporés .
6 Le « grand goût » à la française et surtout à la façon de V* ; voir Raymond Naves, Le Goût de Voltaire, 1938 .
7 Voir lettre du 4 mars 1767 à Dorat : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2022/08/12/toutes-ces-sottises-couvertes-par-d-autres-sottises-tombent-6395946.html
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31/08/2023
elle assemblerait dans sa grand’salle, des idolâtres, des musulmans, des grecs, des latins, des luthériens, qui tous deviendraient ses enfants
... Marine Le Pen ? Elle n'est pas tsarine, impératrice, elle n'est que le cheffaillon d'un parti parmi d'autres avec quelques millions de sympatisants , des aigris ; elle joue sur la division, le sectarisme, et ça a dû lui faire mal au ventre de participer, comme bien d'autres, à la rencontre président- chefs de partis .
Cette "réunion" ne donnera pas d'"enfants" au président , on n'est pas dans le monde des Bisounours, les râleurs restent des râleurs , tant pis pour eux .
https://www.lemonde.fr/politique/live/2023/08/31/rencontr...
« A Catherine II, impératrice de Russie
29 janvier [1768] 1
Madame,
On dit qu’un vieillard, nommé Siméon, en voyant un petit enfant, s’écria dans sa joie : Je n’ai plus qu’à mourir puisque j’ai vu mon salutaire 2. Ce Siméon était prophète, il voyait de loin tout ce que ce petit Juif devait faire.
Moi qui ne suis ni juif, ni prophète, mais qui suis aussi vieux que Siméon, je n’aurais pas deviné en 1700 qu’un jour la raison, aussi inconnue au patriarche Nicou qu’au Sacré Collège, et aussi malvoulue 3 des papas et des archimandrites que des dominicains, viendrait à Moscou, à la voix d’une princesse née en Allemagne, et qu’elle assemblerait dans sa grand’salle, des idolâtres, des musulmans, des grecs, des latins, des luthériens, qui tous deviendraient ses enfants.
C’est ce triomphe de la raison qui est mon salutaire ; et en qualité d’être raisonnable, je mourrai sujet, dans mon cœur, de Votre Majesté impériale, bienfaitrice du genre humain.
Je suis retiré auprès de la petite ville de Genève, où il n’y a pas vingt mille habitants, et la discorde règne depuis quatre ans dans ce trou, dans le temps que Catherine seconde, qui est bien la première, réunit tous les esprits dans un empire plus vaste que l’Empire romain.
Je ne suis pas en tout de l’avis du respectable auteur de l’Ordre essentiel des sociétés 4 ; je vous avoue, madame, qu’en qualité de voisin de deux républiques, je ne crois point du tout que la puissance législatrice soit, de droit divin, copropriétaire de mes petites chaumières ; mais je crois fermement que, de droit humain, on doit vous admirer et vous aimer.
Feu l’abbé Bazin disait souvent qu’il craignait horriblement le froid, mais que s’il n’était pas si vieux, il irait s’établir au midi d’Astrakan, pour avoir le plaisir de vivre sous vos lois.
J’ai rencontré ces jours passés son neveu, qui pense de même. Le professeur en droit Bourdillon 5 est dans les mêmes sentiments ; ce pauvre Bourdillon s’est plaint à moi amèrement de ce qu’on l’avait trompé sur l’évêque de Cracovie . Je l’ai consolé en lui disant qu’il avait raison sur tout le reste, et que l’événement l’a bien justifié. Votre Majesté Impériale ne saurait croire à quel point ce pédant républicain vous est attaché, toute souveraine que vous êtes.
Je ramasse, madame, toutes les sottises sérieuses ou comiques de feu l’abbé Bazin et de son neveu, et même celles qu’on leur attribue ; il y en a qu’on n’oserait envoyer au pape, mais qu’on peut mettre hardiment dans la bibliothèque d’une impératrice philosophe. Ce recueil assez gros partira 6 dès qu’il sera relié.
L’empereur Justinien et le grand capitaine Bélisaire 7 ont été impitoyablement déclarés damnés par la Sorbonne. J’en ai été très affligé, car je m’intéressais beaucoup à leur salut. Je ne sais pas encore bien positivement si votre Église grecque est damnée aussi ; je m’en informerai, madame, car je vous suis encore plus attaché qu’à l’empereur Justinien. Je souhaite que vous viviez encore plus longtemps que lui.
Que Votre Majesté Impériale daigne agréer le profond respect, l’admiration, et l’attachement inviolable du vieux solitaire, moitié Français, moitié Suisse, cousin-germain du neveu de l’abbé Bazin. »
1 Le manuscrit est incomplet et daté du 19 ; on a donc suivi le texte de Kehl.
2 Évangile de Luc, II, 30: https://saintebible.com/luke/2-30.htm
3 Malvoulu, à qui on veut du mal, est un mot rare, employé pourtant par Saint-Simon et admis par l'Académie dans l'édition de son Dictionnaire de 1798 .
4 L’économiste Lemercier de la Rivière, que Catherine appela en consultation. (Georges Avenel)
Sur cet ouvrage, voir lettre du 8 août 1767 à Damilaville : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2023/03/29/j...
5 Le pseudo-Bourdillon, donc V* (voir lettre du 25 août 1767 à Vorontsov : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2023/04/13/j... ) , dans son Essai historique sur les dissensions des églises de Pologne, a cité, vers la fin de l'ouvrage, l'évêque de Cracovie Kajetan Soltyk comme un évêque tolérant . L'évêque ayant été emprisonné entre-temps, il n'était plus question qu'il fût tolérant . Aussi V* corrigea-t-il son erreur dans les éditions suivantes de son ouvrage .
Voir Emmanuel Rostworowski : « Voltaire et la Pologne », Studies […] 1968, LXII, 116, note.
6 Il devait partir le 15 mars 1768 ; voir lettre du 15 novembre 1768 à Catherine II : http://www.monsieurdevoltaire.com/article-35511192.html
7 Le Bélisaire , de Marmontel.
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30/08/2023
Le vieux solitaire
...Le cerf Vincent n'est plus l'hôte de la forêt de Chaux : https://france3-regions.francetvinfo.fr/bourgogne-franche...
Souhaitons en voir d'autres d'aussi beaux encore .
« A George Keate 1
Le vieux solitaire malade fait bien ses compliments à monsieur Keate .
28è janvier 1768. »
1 Keate a fait imprimer un poème adressé à V* : Ferney: An Epistle to Monsr. de Voltaire :
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il fera du bien aux âmes dévotes et indévotes
... Quoi donc ? le port de l'abaya, bien sûr !
Les dévotes pourront se permettre, vieilles championnes de l'hypocrisie, et jeunes frimeuses, toutes les fantaisies de lingerie , bien camouflées, toute honte bue, et secrètement heureuses de servir Allah et contenter Mohammed .
Les indévotes pourront narguer les dévotes, continuer à se fringuer à leurs goûts, au besoin comme l'as de pique, clairement, sans fausse pudeur , en toute liberté sans la condamnation imbécile des sales barbus et des respectueuses traditionalistes bornées .
Que nos ministres cessent de perdre du temps -et le nôtre- sur la signification du port de cette tenue alors qu'aucune règle islamique n'y oblige ; c'est juste un choix de quelques pisseuses qui veulent se faire remarquer, crise de l'adolescence oblige, et inculture crasse . Ces pimbèches ne renonceront pas à leurs Iphones et selfies pourtant condamnables , incultes Tartufes vous dis-je .
« A Henri Rieu
27 février [janvier] 1768 1
Mon cher corsaire, voici le saint temps de Pâques ; il est bon que Pellet imprime le sermon que je vous envoie . Je le crois très édifiant et je m’imagine qu'il fera du bien aux âmes dévotes et indévotes . Je vous prie, mon cher ami, qu'on ne perde pas un moment . Je vous embrasse du milieu de mes neiges . »
1 Moland : lettre 10323 . La date est fixée par l'allusion à Pellet et à un sermon – qui ne peut être le Sermon du rabbin Akib, 1762 ; en 1762 V* n'était pas en relation avec Pellet et Rieu ; voir la lettre du 22 janvier 1768 à Marmontel ( http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2023/08/27/pourquoi-me-donner-ce-qui-est-d-un-autre-n-ai-je-pas-assez-d-6458411.html ) et surtout celle du 11 février 1768 à Moultou où il est question du Sermon prêché à Bâle le premier jour de l'an 1768 . Néanmoins, il est possible que le mois de février soit le bon, d'autant plus que Pâques tombe le 3 avril en 1768 . peut-on dire, en janvier « voici le saint temps de Pâques » ?
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29/08/2023
il importe beaucoup que les juges ne s'accoutument pas à se jouer de la vie des hommes
... Qu'en dites-vous Me Dupont-Moretti ?
« A Etienne-Noël Damilaville
27 janvier 1768 1
Mon cher ami, il y a deux points importants dans votre lettre du 18, celui de M. le duc de Choiseul et celui de M. d'Ormesson. Je pris liberté d'écrire [à] M. le duc de Choiseul, il y a plus de deux mois, à la fin d'une lettre de six pages , ces propres paroles « J'aurais encore la témérité de supplier de recommander un mémoire d'un de mes amis intimes à monsieur le contrôleur général, si je ne craignais que la dernière aventure de monsieur le chancelier ne vous eût dégoûté. Mais, si vous m'en donnez la permission, j'aurai l'honneur de vous envoyer le mémoire ; c'est pour une chose très juste, et il ne s'agit que de lui faire tenir sa promesse. » M. le duc de Choiseul ne m'a point fait de réponse à cet article.
Quant à M. d'Ormesson, puisque vous m'apprenez qu'il est le fils de celui que j'avais connu autrefois, je lui écris une lettre qui ne peut faire aucun mal, et qui peut faire quelque bien. En voici la copie 2.
A l'égard des nouveautés de Hollande, que M. Brossier 3 peut vous faire tenir pour votre petite bibliothèque, il m'a dit qu'il ne pouvait vous les envoyer dans les circonstances présentes qu'autant qu'il serait sûr que vous les recevriez : il craint qu'il n'y en ait quelques-unes de suspectes, et qu'elles ne vous causent quelques chagrins. Comme j'ignore absolument de quoi il s'agit, je ne puis vous en dire davantage.
Notre peine, mon cher ami, ne sera pas perdue, si M. Chardon rapporte enfin l'affaire de Sirven. Que ce soit en janvier ou en février, il n'importe ; mais il importe beaucoup que les juges ne s'accoutument pas à se jouer de la vie des hommes.
On dit qu'il y a en Hollande une relation du procès et de la mort du chevalier de La Barre, avec le précis de toutes les pièces adressées au marquis Beccaria 4. On prétend qu'elle est faite par un avocat au Conseil ; mais on attribue souvent de pareilles pièces à des gens qui n'y ont pas la moindre part. Cela est horrible. Les gens de lettres se trahissent tous les uns les autres par légèreté. Dès qu'il paraît un ouvrage, ils crient tous :C'est de lui! c'est de lui! Ils devraient crier au contraire Ce n'est pas de lui, ce n'est pas de lui! Les gens de lettres, mon cher ami, se font plus de mal que ne leur en font les fanatiques. Je passe ma vie à pleurer sur eux.
Adieu! Consolons-nous l'un l'autre de loin, puisque nous ne pouvons nous consoler de près.
M. Brossier enverra incessamment ce que vous demandez 5.
Voici une lettre d'une fille de Sirven pour son père »
1Une copie du XIXè siècle a été faite d'après édition C. L. suivie ici .
2 Cette lettre manque et sa copie aussi .
3 Sans doute Boursier .
4 Voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome25.djvu/511
et lettre de janvier 1768 à Cramer : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2023/08/17/je-veux-ramener-les-hommes-a-l-amour-de-l-humanite-par-l-hor-6457104.html
5A propos de cette phrase, Beuchot qui reproduit la première édition, prétend qu'il avait en main une copie contemporaine avec la signature « Ecrlinf », accompagnée d'une note : « Comme le patriarche s'était accoutumé à signer toutes ses lettres par abréviature Ecrlinf, les commis de la poste, occupés à lire les lettres des honnêtes gens pour leur instruction et pour celle du gouvernement, s’étaient imaginé pendant longtemps que ces lettres étaient d'un M. Ecrlinf demeurant en Suisse ». Tout ceci serait peut-être plausible si toutes les lettres de V* étaient signées « Ecrlinf », ce qui est loin d'être le cas . En outre les commis en question n'étaient nullement aussi stupides que le prétend la note . Ils n'avaient , depuis longtemps, aucun mal à identifier et à déchiffrer les lettres de V*.
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c'est une tyrannie contre laquelle je ne peux avoir qu'une indignation stérile
... C'est en gros ce que diront les chefs.fes des partis d'opposition s'ils ont un tantinet de réflexion, car stériles ils/elles sont et ont une fâcheuse tendance à jouer les Calimero bornés . Advienne que pourra après la rencontre avec le président : https://www.francetvinfo.fr/politique/emmanuel-macron/inv...
« A Charles Manoël de Végobre
Avocat à Genève
27è janvier 1768 à Ferney 1
Monsieur,
La règle est, si je ne me trompe, en Angleterre, qu'on est payé sans difficulté des fonds mis en banque par un testateur, sur l'exhibition légale du testament . Ainsi supposé que l’héritier ait en main le testament dont il s'agit, il n'a nul besoin de s'adresser à Brandebourg .
Si au contraire on a refusé de délivrer le testament à Berlin, et si le testateur a des héritiers dans cette ville, il n'est pas douteux qu'ils n'aient la préférence.
S'il n'y a point d'héritier à Berlin c'est le roi qui hérite ; le procès alors est entre l'héritier français et le roi prussien ; or ce roi est accoutumé à gagner ses procès contre tous les Français . Tout ce que je pourrais tenter c'est d'obtenir qu'il partageât avec l'homme pour lequel vous vous intéressez . En ce cas, il faudrait que vous eussiez la bonté de m'envoyer un mémoire bien détaillé, que je prendrais la liberté de lui recommander .
Quant à Mlle Lucadou 2, c'est une tyrannie contre laquelle je ne peux avoir qu'une indignation stérile . M. le duc de Choiseul paraît très las de ne pouvoir rien obtenir de M. de Saint-Florentin .
Vous connaissez, monsieur, mes sincères et respectueux sentiments pour vous.
V. »
1 Végobre a noté sur la manuscrit : « Reç[u] le d[it] jour / Rép[ondu] le 29 d[udit]. »
2 De quoi est-il question ?
Trouvé Lucadou dans : https://archives.bge-geneve.ch/archives/archives/fonds/tronchin_141_397/n:89/view:all/page:22
Lucadou Jean-Daniel : https://rousseau.slatkine.com/namesIdx.php?id=7387
Voir dans https://rousseau.slatkine.com/viewer.php?mag=JROC_L22&s[]=lucadou&s[]=jean&s[]=daniel#2699 ?
19:15 | Lien permanent | Commentaires (0)
nous ne demandons point d'éclat, nous ne voulons que justice
... Ainsi aurait pu s'exprimer Catherine Colonna, ministre des Affaires étrangères à propos de l'aide à apporter à l'Ukraine :
« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental
23è janvier 1768
Mon cher ange, c'est une grande consolation pour moi que vous ayez été content de M. Dupuits. Il me paraît qu'il vaut mieux que le Dupuis de Des Ronais 1. Je souhaite à M. le duc de Choiseul que tous les officiers qu'il emploie soient aussi sages et aussi attachés à leur devoir. Je l'attends avec impatience, dans l'espérance qu'il nous parlera longtemps de vous.
Que je vous remercie de vos bontés pour Sirven ! Il faut être aussi opiniâtre que je le suis, pour avoir poursuivi cette affaire pendant cinq ans entiers, sans jamais me décourager. Vous venez bien à propos à mon secours. Je sais bien que cette petite pièce n'aura pas l'éclat de la tragédie des Calas mais nous ne demandons point d'éclat, nous ne voulons que justice.
Votre citation du chien qui mange comme un autre du dîner qu'il voulait défendre est bien bonne; mais je vous supplie de croire par amitié, et faire croire aux autres par raison et par l'intérêt de la cause commune, que je n'ai point été le cuisinier qui a fait ce dîner 2. On ne peut servir dans l'Europe un plat de cette espèce qu'on ne dise qu'il est de ma façon. Les uns prétendent que cette nouvelle cuisine est excellente, qu'elle peut donner la santé, et surtout guérir des vapeurs. Ceux qui tiennent pour l'ancienne cuisine disent que les nouveaux Martialo 3 sont des empoisonneurs. Quoi qu'il en soit, je voudrais bien ne point passer pour un traiteur public. Il doit être constant que ce petit morceau de haut goût est de feu Saint-Hyacinthe. La description du repas est de 1728. Le nom de Saint-Hyacinthe y est; comment peut-on, après cela, me l'attribuer? quelle fureur de mettre mon nom à la place d'un autre! Les gens qui aiment ces ragoûts-là devraient bien épargner ma modestie.
Sérieusement, vous me feriez le plus sensible plaisir d'engager M. Suard à ne point mettre cette misère sur mon compte. C'est une action d'honnêteté et de charité de ne point accuser son prochain quand il est encore en vie, et de charger les morts à qui on ne fait nul mal. En un mot, mon cher ange, je n'ai point fait et je n'aurai jamais fait les choses dont la calomnie m'accuse.
Les envieux mourront, mais non jamais l'envie 4. Ayez la bonté , je vous prie , de parler à M. Suard s'il vient chez vous 5.
Puis-je espérer que mon cher Damilaville aura le poste qui lui est si bien dû ? Il est juste qu'il soit curé après avoir été vingt ans vicaire.
J'ai une autre grâce à vous demander; c'est pour ma Catherine. Il faut rétablir sa réputation à Paris chez les honnêtes gens. J'ai de fortes raisons de croire que MM. les ducs de Praslin et de Choiseul ne la regardent pas comme la dame du monde la plus scrupuleuse ; cependant je sais, autant qu'on peut savoir, qu'elle n'a nulle part à la mort de son ivrogne de mari : un grand diable d'officier aux gardes Préobazinsky, en le prenant prisonnier, lui donna un horrible coup de poing qui lui fit vomir du sang; il crut se guérir en buvant continuellement du punch dans sa prison, et il mourut dans ce bel exercice 6. C'était d'ailleurs le plus grand fou qui ait jamais occupé un trône. L'empereur Venceslas n'approchait pas de lui.
A l'égard du meurtre du prince Yvan, il est clair que ma Catherine Catherine n'y a nulle part. On lui a bien de l'obligation d'avoir eu le courage de détrôner son mari, car elle règne avec sagesse et avec gloire; et nous devons bénir une tête couronnée qui fait régner la tolérance universelle dans cent trente-cinq degrés de longitude. Vous n'en avez, vous autres, qu'environ huit ou neuf, et vous êtes encore intolérants. Dites donc beaucoup de bien de Catherine, je vous en prie, et faites-lui une bonne réputation dans Paris.
Je voudrais bien savoir comment Mme d'Argental s'est trouvée de ces grands froids . Je suis étonné d'y avoir résisté. Conservez votre santé, mon divin ange je vous adore de plus en plus.
V. »
1 Allusion au Dupuis de la pièce Dupuis et Des Ronais, de Charles Collé, 1759 : https://books.google.fr/books?id=lks6AAAAcAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q=dupuis&f=false
Ce Dupuis n'est qu’une pâle copie du véritable Dupuis de Robert Challe ; le « vieux Dupuis » et surtout du neveu de celui-ci, « Dupuis le libertin », auquel on se demande si V* ne songe pas aussi ; voir les Illustres françaises, respectivement Histoire de M. des Ronais et de Mlle Dupuis, et Histoire de Dupuis et de Mme de Londé.Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Illustres_Fran%C3%A7aises
2 Le Dîner du comte de Boulainvilliers .
3 François Massialot , auteur d'un célèbre raté de cuisine, Le Cuisinier royal et bourgeois, 1691,cuisinier que Voltaire a nommé dans le vers 37 du Mondain : https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Mondain
Voir : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k108571q/f10.item
4 Molière, Tartufe, acte V, scène 3 , vers 1666 : https://fr.wikisource.org/wiki/Tartuffe_ou_l%E2%80%99Imposteur/%C3%89dition_Louandre,_1910/Acte_V
5 Cette phrase biffée sur la copie Beaumarchais manque dans toutes les éditions.
6 V* remarque dans les Notebooks (II, 335), à la date du 19 janvier 1766 : « Le comte Rewusky m'a assuré que Pierre III n'est mort que pour avoir bu continuellement du punch dans sa prison. » Au reste tout ce paragraphe est un des meilleurs exemples de l'admiration portée par V* à Catherine et par-delà à la Russie .
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