23/09/2023
Le temps est venu où la vérité doit paraître; et, quand on la dit sans blesser les bienséances, on ne doit déplaire à personne
...
« A Maigrot 1
12 février 1768 à Ferney
Je vous remercie, monsieur, de toutes vos bontés. La lettre de Louis XIV 2 m'était absolument nécessaire . Elle fait voir avec évidence qu'il en voulait personnellement à l'archevêque de Cambrai. Je trouve que, dans cette affaire, ce monarque se conduisit plus en homme piqué qu'en roi ; et que le cardinal de Bouillon concilia noblement son devoir d'ambassadeur avec celui d'un ami.
J'ai déjà donné la bataille de Steinkerque 3. J'ai dit simplement que la France regretta le prince de Turenne, qui donnait l'espérance d'égaler un jour son grand-oncle 4.
J'ai retrouvé heureusement la lettre de Louis XIV au cardinal de La Trémoille, écrite en 1710, contre le cardinal de Bouillon 5. Il dit, dans cette lettre, qu'il est à craindre que ce doyen du Sacré-Collège ne devienne un jour pape. Cette anecdote est curieuse, et mérite de passer à la postérité. Le temps est venu où la vérité doit paraître; et, quand on la dit sans blesser les bienséances, on ne doit déplaire à personne.
Je vous supplie, monsieur, de vouloir bien présenter mon respect et mes remerciements à monseigneur le duc de Bouillon. Je ne suis point étonné qu'un homme de votre mérite soit auprès de lui. On ne peut-être plus reconnaissant que je le suis des lumières que vous m'avez communiquées.
J'ai l'honneur d'être avec tous les sentiments d'un cœur pénétré de vos bontés, monsieur, votre, etc. »
1 Guillaume Jean Louis MAIGROT, Intendant des Maisons, Affaires et Finances de S. A. Monseigneur le Duc de Bouillon, demeurant à Paris à l'hôtel deBouillon, quay Malaquais, paroisse St Sulpice, Voir : https://www.bellabre.com/genealogie/individual.php?pid=I3782&ged=fradin
2 Voir lettre du 15 janvier 1768 à Maigrot : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2023/08/17/je-me-flatte-que-vous-mettrez-le-comble-a-votre-generosite-6457005.html
3 Voir Siècle de Louis XIV, chap. XVI , page 313 : https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Si%C3%A8cle_de_Louis_XIV/%C3%89dition_Garnier/Chapitre_16
4Voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome14.djvu/335
5 Siècle de Louis XIV, chap. XXXVIII, page 69- : https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Si%C3%A8cle_de_Louis_XIV/%C3%89dition_Garnier/Chapitre_38
La copie donne La Trimouille .
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22/09/2023
Puissent vos concitoyens être toujours libres, et ne craindre jamais ni despotisme ni consistoire
... Magnifique souhait . Adressé à Charles III ?
Le pape François est en France, pas de consistoire en vue, le nouveau cardinal corse, Mgr Bustillo n'est donc pas missionné à Rome . Côté despotisme bien des chefs de partis, de droite et de gauche, sont assez imbus d'eux-mêmes pour mener à la baguette leurs troupes et être bien loin d'être despotes éclairés, bornés à coup sûr .

Tchin tchin ! Il est des nôôôtres, il a bu son champagne comme les autres
https://www.terredevins.com/actualites/salon-1948-le-cade...
« A Paul-Claude Moultou
Mon cher philosophe, je vous envoie un Sermon prêché à Bâle imprimé à Genève chez Pellet 1. Le prédicateur n'est pas si éloquent que vous, mais il est dans vos sentiments .
Je voudrais bien que vous voulussiez répandre un peu cette parole de Dieu . Puissent vos concitoyens être toujours libres, et ne craindre jamais ni despotisme ni consistoire !
Je vous embrasse avec l'amitié la plus tendre, et l'estime la plus forte .
11è février [1768]
1 Sermon prêché à Bâle le premier jour de l'an 1768 par Josias Rossette, 1768, est bien entendu de V* . voir lettre du 22 janvier 1768 à Marmontel : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2023/08/27/pourquoi-me-donner-ce-qui-est-d-un-autre-n-ai-je-pas-assez-d-6458411.html
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21/09/2023
Il est de votre opinion sur l'impôt unique, mais il n'en est point sur la taxation des terres
...L'impôt sur les biens fonciers; ou l'art de l'Etat de se remplir les poches sans bouger le moindre petit doigt : jackpot !
Impôts ! impôts ! un pot ? allons boire un pot !
De toute éternité la législation fiscale a été un sac d'embrouilles : " [...] cette législation est , elle, tellement embrouillée, qu’à peine un ou deux hommes par génération viennent-ils à bout d’en posséder complètement la science […]."
Macron et Le Maire ne sont certainement pas ces deux-là ! Vendre le carburant à perte ! voilà une idée qu'elle est belle ! Pendant ce temps les taxes restent tranquillement à leurs taux maxi , bande d'hypocrites .
Retour vers le futur : https://www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contem...
« A Etienne-Noël Damilaville
10 février 1768
Mon cher ami, on me mande que M. l'archevêque de Paris a fait un mandement fort sage sur Bélisaire . Je serais curieux de le voir ainsi que le discours de M. Séguier, dont j'ai l'honneur d'être confrère à l'Académie . Nous nous glorifions d'avoir eu autrefois pour protecteur un chancelier de son nom . Je vous prie de vouloir bien me faire parvenir ces deux chefs-d’œuvre.
Je sens bien que vous ne serez pas homme à accepter la place de Versoix, et à vous arranger avec ceux qui disputeraient la place de Paris ; mais je préfère vos intérêts au bonheur que j'aurais de vivre avec vous . Mandez-moi , je vous prie, où vous en êtes et si vous comptez sur un établissement solide .
J'ai écrit à Francfort, pour vous faire tenir le petit livre intitulé L’Homme aux quarante écus . C'est un géomètre un peu financier qui en est l'auteur . Il est de votre opinion sur l'impôt unique, mais il n'en est point sur la taxation des terres . C'est d'ailleurs un fort bon homme, et je crois que vous vous accommoderez de lui quoique vous soyez d'avis différent.
À l'égard du Dîner de Saint-Hyacinthe, il est d'une rareté extrême en Suisse . Je l’ai lu en courant . C'est un tissu de mauvaises plaisanterie et d'invectives violentes . Je ne conçois pas comment on a le front de m'attribuer cet indigne ouvrage ; il n'y a que des Fréron qui puissent établir de pareilles calomnies .
Je vous conjure, mon cher ami, de détruire ces impostures avec votre éloquence qui sert si bien l’amitié et la vérité .
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20/09/2023
amusante description
...de Charles III :

https://charliehebdo.fr/2023/05/international/couronnemen...
« A Albrecht Friedrich von Erlach
[9 février 1768] 1
[Promet de lui envoyer ses dernières publications et lui fait une amusante description de Genève.]
1 L'existence de la lettre et la nature de son contenu sont commues par la réponse d'Erlach, avoyer de Berne, en date du 13 février 1768 : https://www.e-enlightenment.com/item/voltfrVF1170110a1c/?... . Celui-ci se fait aussi un mérite auprès de V* d'avoir révoqué le privilège d'un nouveau rédacteur de la Gazette de Berne . V* avait certainement sollicité une mesure contre ce gazetier, comme le confirme une lettre de Meunier, gendre de l'ancien directeur Morantcourt, à V* ( 11 février 1768 : https://www.e-enlightenment.com/item/voltfrVF1170103b1c/?... ) . Morantcourt avait promis d'insérer, dans le numéro du 10 mai 1768, un article sur la famille Sirven que le nouveau gazetier n'avait pas jugé bon de publier .
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il est physiquement impossible que l'océan soit ailleurs . Il peut bien gagner quarante ou cinquante lieues sur les terres, ou les perdre, mais voilà tout
... Jusque là le patriarche a tout juste , même s'il ne mesure pas les dégâts correspondants, puis il se prend les pieds dans le tapis, tout comme les climato-sceptiques actuels :"Et il me paraît démontré que toutes les choses ont toujours été comme elles sont." Si on songe à la bêtise humaine, c'est évidemment tout juste . Mais il est indéniable que nous allons souffrir des conséquences de l'exploitation déraisonnable de la planète .

https://www.uved.fr/fiche/ressource/locean-au-coeur-de-lhumanite
« A Anne-Robert-Jacques Turgot
A Ferney 8è février 1768 1
Votre souvenir m'enchante, monsieur, l'état présent des hommes m'importe beaucoup , et l’état passé du globe n'importe guère à personne . Il se peut que l'axe de la terre tourne sur lui-même en deux millions quatre cent mille années . Ce mouvement ne peut jamais changer la situation de l’océan . La loi de la gravitation le retient toujours à sa place, et il est physiquement impossible que l'océan soit ailleurs . Il peut bien gagner quarante ou cinquante lieues sur les terres, ou les perdre, mais voilà tout . Et il me paraît démontré que toutes les choses ont toujours été comme elles sont 2.
C'est moi qui suis dans le pays des grands phénomènes de la nature . Des montagnes couvertes de neige éternelle, de pierres de toutes figures, de pétrifications de toute espèce . En vérité, les physiciens se moquent de nous . J'ai vu toutes les pierres calcaires de mon maudit pays, tout le gypse qui a servi à mes plafonds . J'ai vu mille cornes d'Ammon, et des glossopètres, et des dendrites de toute espèce, et des coquilles . Les bords du Rhône en sont tapissées à sa naissance, et à son éruption du lac de Genève . Je n'y ai jamais vu une seule coquille de mer ; et les pierres calcaires ne m'ont paru que les pierres . Si j’étais jeune , j'irais voir le falun de Touraine . Je soupçonne fort que ce falun est une production très terrestre, une mine particulière, car si la mer avait déposé ces coquilles dans cet endroit, pourquoi n'aurait-elle pas fait la même faveur à la Normandie, à la Bretagne, à la Picardie et aux côtes d'Angleterre ?
Pesez bien cette raison, je vous en supplie, et voyez si on n'a pas voulu nous en imposer . J'aime autant ce fou de Descartes qui prenait notre globe pour un soleil encroûté que ceux qui veulent nous persuader que la mer a formé les Alpes et le Caucase .
Que dirions-nous d'une mite qui en se promenant sur une orange prendrait les grains de cette orange pour des montagnes affreuses que mille révolutions dans l'orange auraient élevées ? La nature de l'orange est d'avoir des grains sur son écorce, et la nature de la terre est d'avoir aussi ses grains qu'on appelle des montagnes .
J'ai vu M. Dubois qui doit vous envoyer, monsieur, par la première occasion des échantillons de petites étoffes que vous demandez pour en établir des manufactures dans votre intendance . Il en enverra aussi à M. Saint-Yon, mais cela demande un peu de temps et de soins . L'interruption de commerce a porté depuis peu un grand préjudice aux négociants ; mais je ferai l'impossible pour vous satisfaire .
J'ai été désespéré qu'on ait rejeté la requête de la pauvre famille Sirven, signée de dix-huit avocats . Ou ces avocats avaient tort, ou le Conseil a préféré la forme au fond . Je sais bien que les formes sont nécessaires, mais ne serait-il pas nécessaire aussi de tendre les bras à l'innocence opprimée .
Soyez bien persuadé, monsieur, du tendre et respectueux attachement que j'aurai pour vous pour le peu de temps que j'ai encore à ramper sur le globule 3 de la Terre .
V. »
1 Original, initiale autographe ; édition « Lettres inédites » ,1905, incomplète, car faite sur une copie elle-même incomplète des deuxième et troisième paragraphes avant la fin .
2 Le « fixisme » de V* apparaît dans cette formule et jusque-là la fin de la lettre avec une netteté particulière ? Ce trait est, bien entendu, en accord avec les aspects profonds de sa personnalité, et notamment avec ses idées esthétiques .
3 Voir lettre du 26 juin 1758 à Diderot : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2013/09/05/c-est-bien-dommage-que-dans-tout-ce-qui-regarde-la-metaphysi.html
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19/09/2023
Soyez sûr que je serai à vos ordres dès que je verrai le moindre jour à réussir
... Tant il est vrai qu'on ne prête qu'aux riches, il y a aussi ceux qui n'aident que ceux qui réussissent : mouches du coche !

http://escapadeautomnale.centerblog.net/452-le-coche-et-l...
« A Claude-Ignace Pajot de Vaux
Conseiller maître de la Chambre des
comptes de Dôle, chevalier de
Saint-Louis à Lons-le-Saulnier
8è février 1768 à Ferney 1
Les temps changent, monsieur, soyez très sûr M. le duc de Choiseul ne s'exposera pas deux fois à un refus de monsieur le vice-chancelier 2. Il m'est impossible de vous servir dans le moment présent . Je suis franc, quoique je ne sois pas franc-comtois . Il faut absolument attendre des circonstances plus favorables . Soyez sûr que je serai à vos ordres dès que je verrai le moindre jour à réussir . Ce sera toujours pour moi un devoir et un plaisir bien sensible d'obéir à vos volontés et à celle de Mme Pâté . Comptez l'un et l’autre sur les sentiments inviolables avec lesquels je serai pour le reste de ma vie, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire. »
1 Original signé , mention de service « acquittée à Lons-le-Saulnier » (effectivement la lettre fut réexpédiée à Dole), cachet « Genève » (Ferney).
2 Pajot sollicitait une vétérance ; voir lettre du 13 janvier à Mme Pajot de Vaux : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2023/08/09/il-n-y-a-rien-que-je-ne-fisse-pour-tacher-de-rendre-quelques-6456051.html
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18/09/2023
La nature se moque des individus . Pourvu que la grande machine de l'univers aille son train, les cirons qui l'habitent ne lui importent guère
... Voilà ce que devrait savoir et penser tout vrai écologiste . Les "cirons" accélèrent les dérèglements qui mènent à leur disparition, brouillons et égoïstes qu'ils sont .

https://www.goodplanet.info/2023/09/18/le-monde-veut-sauv...
https://www.philomag.com/articles/elizabeth-kolbert-linventivite-humaine-nous-met-part-de-la-nature
« A Marie de Vichy de Chamrond, marquise Du Deffand
8è février 1768 à Ferney
Je n'écris point, madame, cela est vrai et la raison en est que la journée n'a que vingt-quatre heures, que d'ordinaire j'en mets dix ou douze à souffrir, et que le reste est occupé par des sottises qui m'accablent comme si elles étaient sérieuses. Je n'écris point, mais je vous aime de tout mon cœur. Quand je vois quelqu'un qui a eu le bonheur d'être admis chez vous, je l'interroge une heure entière. Mon fils adoptif Dupuits est pénétré de vos bontés 1. Il a dû vous rendre compte de la vie ridicule que je mène. Il y a trois ans que je ne suis sorti de ma maison; il y a un an que je ne sors point de mon cabinet, et six mois que je ne sors guère de mon lit. M. de Chabrillant a été chez moi six semaines. Il peut vous dire que je ne me suis pas mis à table avec lui une seule fois. La faculté digérante étant absolument anéantie chez moi, je ne m'expose plus au danger. J'attends tout doucement la dissolution de mon être, remerciant très sincèrement la nature de m'avoir fait vivre jusqu'à soixante-quatorze ans, petite faveur à laquelle je ne me serais jamais attendu.
Vivez longtemps, madame, vous qui avez un bon estomac et de l'esprit, vous qui avez regagné en idées ce que vous avez perdu en rayons visuels, vous que la bonne compagnie environne, vous qui trouvez mille ressources dans votre courage d'esprit, et dans la fécondité de votre imagination.
Je suis mort au monde. On m'attribue tous les jours mille petits bâtards posthumes que je ne connais point. Je suis mort, vous dis-je; mais, du fond de mon tombeau, je fais des vœux pour vous. Je suis occupé de votre état. Je suis en colère contre la nature, qui m'a trop bien traité en me laissant voir le soleil, et en me permettant de lire, tant bien que mal, jusqu'à la fin mais qui vous a ravi ce qu'elle vous devait. Cela seul me fait détester les romans qui supposent que nous sommes dans le meilleur des mondes possibles . Si cela était, on ne perdrait pas la meilleure partie de soi-même longtemps avant de perdre tout le reste. Le nombre des souffrants est infini . La nature se moque des individus . Pourvu que la grande machine de l'univers aille son train, les cirons qui l'habitent ne lui importent guère. Je suis, de tous les cirons, le plus anciennement attaché à vous; et, comme je disais fort bien dans le commencement de ma lettre, malgré mon respect pour vous, madame, je vous aime de tout mon cœur.
V. »
1Voir lettre du 5 février 1768 à Damilaville : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2023/09/12/ah-que-de-peines-dans-ce-monde-6460932.html
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