17/10/2023
J'ai été assez heureux pour lui rendre quelques services, et lui en rendrai tant que je serai en vie
... Y aura-t-il un jour suffisamment d'humains pour agir ainsi envers leurs prochains, leurs pays ? A ce jour, je ne crois vraiment pas qu'on ait le compte .
« Au chevalier Jacques de Rochefort d'Ally
1er mars 1768
Vous m'avez envoyé, monsieur, du vin de Champagne quand je suis à la tisane; c'est envoyer une fille à un châtré. Je comptais au moins avoir la consolation d'en boire quelques verres avec vous, si vous pouviez passer par notre ermitage. Mais Mme Denis part cette semaine pour Paris, pour des affaires indispensables et moi, je serai obligé, dès que je pourrai me traîner, d'aller consommer avec M. le duc de Virtemberg une affaire épineuse dont dépend la fortune qui me reste, et celle de ma famille entière.
J'envoie à M. de Chennevières ce que vous demandez 1. M. le duc de Choiseul et M. Bertin en ont été très contents. L'auteur, qui est inconnu, souhaiterait que M. le contrôleur général en fût un peu satisfait.
J'ai été très affligé que M. de La Harpe ait donné un certain second chant . Il savait qu'il ne devait jamais paraître; il l'a pris dans ma bibliothèque sans me le dire . Cette imprudence a eu pour moi des suites très désagréables. Je lui pardonne de tout mon cœur ; il n'a point péché par malice . Je l'aime. J'ai été assez heureux pour lui rendre quelques services, et lui en rendrai tant que je serai en vie.
Mes respects à madame de Rochefort. Si je suis en vie l'année qui vient, et si vous allez dans vos terres, n'oubliez pas, monsieur, un solitaire qui vous est dévoué avec un attachement inviolable.
P. S. Voici ce qu'on m'envoie de Lyon 2: je vous en fais part comme à un homme discret, dont je connais la sagesse et les bontés. Pourriez-vous, monsieur, me faire savoir des nouvelles de la santé de la reine 3? »
1 Si la lettre du 6 février 1768 à Chennevières a été correctement datée, cela signifie que V* avait déjà envoyé un exemplaire de L'Homme aux quarante écus à Chennevières et l’avait oublié .Voir : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2023/09/15/je-ne-m-y-connais-pas6461432.html
2 Lettre de l’archevêque de Cantorbéry...
3 Marie Lesczinska, mourra le 21 juin 1768
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16/10/2023
Il faut tout à des femmes
... Et autant à des hommes .

CQFD
« A Louis- François-Armand du Plessis, duc de Richelieu
1er mars [1768] à Ferney 1
Vous avez daigné, monseigneur, faire une petite visite à Ferney. Mme Denis part pour vous la rendre. Sa santé est déplorable, et il n'y a plus à Genève ni médecin qu'on puisse consulter, ni aucun secours qu'on puisse attendre . D'ailleurs, vingt ans d'absence ont dérangé ma fortune, et n'ont pas accommodé la sienne. Ma fille adoptive Corneille l'accompagne à Paris, où elle verra massacrer les pièces de son grand-oncle; pour moi, je reste dans mon désert; il faut bien qu'il y ait 2 qui prenne soin du ménage de campagne . C'est ma consolation. J'en éprouverais une plus flatteuse si je pouvais vous faire ma cour; mais c'est un bonheur auquel je ne puis prétendre, et la vie de Paris ne convient ni à mon âge, ni à mes maladies, ni aux circonstances où je me trouve. Je serai très affligé de mourir sans avoir pris congé de vous. Je me regarde déjà comme un homme mort, quoique j'aie égayé mon agonie autant que je l'ai pu. Non-seulement je vous dis un adieu éternel quand vous honorâtes ma retraite de votre présence, mais j'ai toujours eu depuis le chagrin de ne pouvoir vous écrire que des choses vagues. La douceur d'ouvrir son cœur est aujourd'hui interdite. J'ai respecté les entraves qu'on met à la liberté de s'expliquer par lettres . Je n'ai pu que vous ennuyer. J'aurais désiré faire un petit voyage à Bordeaux, et vous contempler dans votre gloire mais c'est encore un plaisir auquel il faut que je renonce. Me voilà donc mort et enterré.
La bonté que vous avez de faire payer ce qui m'est dû de ma rente sera tout entière pour Mme Denis et pour Mme Dupuits. Il faut tout à des femmes, et rien à un vieux solitaire. Je ne me suis pas même réservé de chevaux pour me promener. Si j'étais seul, je n'aurais besoin de rien. Je vous remercie au nom de Mme Denis, qui bientôt vous remerciera elle-même, et vous présentera mes hommages, mon attachement inviolable, et mon respect.
V.»
1 L'édition de Kehl complète à tort la date par l'année 1767 .
2 Ici, V* a tourné la page et sans doute omis à cette occasion le mot quelqu'un . Pourtant à la rigueur, le texte peut être conservé tel quel, avec le même sens .
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Je me trouve dans un état forcé ; et dans un abîme dont je ne pourrais sortir sans les arrangements que vous voulez bien prendre
... Ainsi pense, et dit le chef de l'ONU Antonio Guterres à Netanyahu ou inversement ? https://www.bfmtv.com/international/moyen-orient/israel/g...
« Au Conseil suprême de Montbéliard
Messieurs,
Le sieur Jacquelot vient de me signer une promesse d'attendre jusqu'au 20 mars les billets de Son Altesse Sérénissime . J'ai eu beaucoup de peine à l’y déterminer . Il n'y a rien que je ne fasse pour témoigner à Mgr le duc de Virtemberg mon extrême envie de lui plaire . Je me trouve dans un état forcé ; et dans un abîme dont je ne pourrais sortir sans les arrangements que vous voulez bien prendre . J'attends les délégations et les billets, moyennant quoi vous vous trouverez déchargés et moi aussi, du fardeau le plus embarrassant . Si j'étais seul, soyez bien persuadés, messieurs, que je ne vous importunerais pas ; mais j'ai une famille nombreuse qui n'a pour vivre que les rentes en question .
J’ai l’honneur d'être, avec tous les sentiments que je vous dois,
messieurs,
votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire.
1er mars 1768 à Ferney. »
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crie[r] en vain vengeance contre ses assassins
... Nous en sommes là de nos jours ensanglantés .
« A François-Louis-Henri Leriche
1er mars 1768
Après la malheureuse aventure, mon cher monsieur, de deux paquets contenant, dit-on, des livres de Genève, il n'est rien que l'insolente inquisition de certaines gens ne se soit permis contre les lois du royaume. Je sais très certainement que mes paquets ne sont point ouverts aux autres bureaux des postes et M. Jeannel, maître absolu dans ce département, a pour moi des attentions dont je ne puis trop me louer. J'ignore absolument ce que les deux paquets adressés à monsieur l'intendant et à M. Éthis, impudemment saisis à Saint-Claude, pouvaient contenir. J'ignore qui les portait et qui les envoyait. Je n'ai nul commerce avec Genève, et il y a près de six mois que je suis à peine sorti de mon lit. Tout ce que je sais, c'est que cette affaire a eu des suites infiniment désagréables, et que ceux qui ont abusé ainsi du nom de monsieur l'intendant ont commis une imprudence très dangereuse.
Le premier président du parlement de Douai a servi Fantet 1 comme s'il avait été son avocat . Il lui était recommandé par un ami intime.
Vous avez lu sans doute le mandement de l'archevêque de Paris contre Bélisaire; voici un petit imprimé 2 qu'on m'envoie de Lyon à ce sujet.
Il se fait une très grande révolution dans les esprits, en Italie et en Espagne. Le Nord entier secoue les chaînes du fanatisme, mais l'ombre du chevalier de La Barre crie en vain vengeance contre ses assassins.
Je vous embrasse, etc. »
1 Voir , entre autres, la lettre du 14 mars 1767 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2022/08/25/j-espere-meme-que-les-principaux-magistrats-de-votre-province-justement-ind.html
2 Lettre de l'archevêque de Cantorbéry […] : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome26.djvu/587
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15/10/2023
vos confrères feront bien mieux d'obtenir la suppression de tous ces offices ridicules qui ruinent l’État, et qui le déshonorent
... Voir le rapport de la Cour des Comptes : https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc...
« A Alexandre-Marie-François de Paule de Dompierre d'Hornoy
1er mars 1768 1
Mon cher magistrat, maman, Mme Dupuits feront bientôt ce que je voudrais faire, elles vous embrasseront . Il faut absolument que maman passe quelque temps à Paris pour ses gencives qui sont dans un état menaçant et il faudra que j'aille moi-même mettre un ordre invariable dans mes affaires avec M. le duc de Virtemberg, qui ne me devra jamais douze années comme les maréchaux de France .
Je vous prierai de partager entre elle et moi tout ce que me doit M. le maréchal de Richelieu qui se monte à 27425 livres à ce que je crois 2. Il conviendra que le tout soit payé à la fois . Maman qui a beaucoup vécu avec lui, se fera mieux payer qu'un sergent à verge . Il est vrai qu'elle n'est plus dans l'âge qui ouvre la bourse des ducs et pairs ; mais une ancienne liaison est toujours respectée 3. Certainement vous viendrez tous deux à bout de dégraisser l'abbé Blet 4.
Mes compliments au Turc du Grand conseil . Vous verrez par le petit écrit ci-joint 5 qu'on fait des compliments à de plus puissants seigneurs, et qu'on est fort poli dans ce siècle . Je ne sais pas qui est le complimenteur, mais il me paraît fort honnête .
Au reste, je ne suis pas tout à fait de l'avis de mon confrère Séguier, sur l'histoire impartiale des jésuites 6 . Mon confrère me paraît un peu partial .
Je vous embrasse, mon gros magistrat, le plus tendrement du monde .
Ah ! que vos confrères feront bien mieux d'obtenir la suppression de tous ces offices ridicules qui ruinent l’État, et qui le déshonorent . C'est un sujet qui doit être traité avec beaucoup de force, et l’éloquence la plus attendrissante 7. Mais vous avez plus de Catons que de Cicérons .
N. B. – Il serait plaisant d'énoncer qu'il ne serait répandu un libelle diffamatoire contre la maison de France, etc., sous le nom de bulle 8, etc., et que pour venger l'honneur du Saint-Père si horriblement compromis on ordonne qu'on brûlera icelle au pied du grand escalier . »
1 La première édition est limitée aux deux premiers paragraphes .
2 V* a ajouté les derniers mots de cette phrase dans la marge .
3 Allusion curieuse . Il ne semble pas qu'on ait tenté de l’éclaircir .
4 Il a déjà cité cet abbé le 9 janvier 1767 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2022/04/20/votre-banquier-de-bordeaux-peut-aisement-vous-avancer-pour-s-6377475.html
5 Lettre de l'archevêque de Cantorbery ...
6 Le réquisitoire de l'avocat général Antoine-Louis Séguier contre l'anonyme Histoire impartiale des jésuites depuis leur établissement jusqu'à leur première expulsion, 1768 (attribué à Simon-Nicolas Henri Linguet : https://fr.wikipedia.org/wiki/Simon-Nicolas-Henri_Linguet )
7 Ce qui sera fait plus tard ; voir https://books.openedition.org/pumi/29538?lang=fr
8 Allusion à la bulle papale du 30 janvier 1768 excommuniant l'infant de Parme qui avait saisi des biens ecclésiastiques ; la même bulle excommuniait aussi ceux qui prenaient part ) l'expulsion des jésuites de Parme . À la suite de quoi les différends rois de la maison de Bourbon saisirent Avignon, Bénevent et Ponte-Corvo.
Voir Le Siècle de Louis XV : https://fr.wikisource.org/wiki/Pr%C3%A9cis_du_si%C3%A8cle_de_Louis_XV/Chapitre_39
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14/10/2023
C'est à vous à savoir quels sont vos ennemis
... N'attendez pas les injonctions des dictateurs , ils sont légions, et tous plus détestables les uns que les autres , y compris cette plaie moderne que sont les influenceurs.ceuses. Je vous souhaite d'avoir encore assez d'esprit pour les reconnaitre et les bannir .
« A Claude-Joseph Dorat, ancien Mousquetaire
du roi, etc.
Barrière Vaugirard
à Paris
1er mars 1768, au château de Ferney 1
J'ai toujours sur le cœur, monsieur, la calomnie qui m'impute mille ouvrages que je ne connais pas, et la mauvaise foi qui se sert de mon nom pour faire courir des épigrammes que je n'ai ni faites ni pu faire. Cette mauvaise foi m'a été extrêmement sensible.
J'appris, il y a quelques mois, qu'on prétendait que j'avais récité une épigramme 2, ou plutôt des vers contre vous, qui me paraissent très injustes, quoique assez bien faits 3. Cette imposture fut confondue, mais je fus très affligé. J'en écrivis à Mme Necker 4, qu'on me dit être votre amie . Je vous en écris aujourd'hui à vous-même, monsieur. Quoique j'aie eu quelques légers sujets de me plaindre de vous 5, je l'ai entièrement oublié, et les excuses que vous avez bien voulu me faire m'ont infiniment plus touché que le petit tort dont j'avais sujet de me plaindre ne m'avait été sensible. Il m'était impossible, après cela, de rien faire qui pût vous déplaire. J'étais d'ailleurs malade et mourant quand cette épigramme parut. Songez au temps où elle fut faite . Pouvais-je alors deviner que vous eussiez une maîtresse à l'Opéra? Était-ce à moi de la faire parler? Je n'ai jamais vu les vers que vous aviez composés pour elle . En un mot, monsieur, je suis trop vrai et j'ai trop de franchise pour n'être pas cru, quand j'ai juré à Mme Necker, sur mon honneur, que je n'avais nulle part à cette tracasserie.
C'est à vous à savoir quels sont vos ennemis. Pour moi, je ne le suis pas . J'ai été très affligé de cette imposture. J'ai des preuves en main qui me justifieraient pleinement mais je ne veux ni compromettre ni accuser personne. Je me bornerai à mon devoir c'est celui de repousser la calomnie.
Voilà, monsieur, ce que la vérité m'oblige à vous écrire, et cette même vérité doit en être crue quand je vous assure de toute l'estime et de tous les sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire.
Permettez que M. le chevalier de Pezay trouve ici les assurances des sentiments que je lui dois . »
1 Original signé, post scriptum autographe .
2 Voir lettre du 4 mars 1767 à Dorat : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2022/08/12/toutes-ces-sottises-couvertes-par-d-autres-sottises-tombent-6395946.html
3 C'est l'épigramme de La Harpe, qui commence par ce vers « Bon Dieu, que cet auteur est triste en sa gaîté » . Voir : https://www.france-pittoresque.com/spip.php?article7698
4 Voir lettre du 28 décembre 1767 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2023/07/20/il-faut-que-j-implore-votre-esprit-conciliant-contre-l-espri-6453186.html
5 Voir lettre du 22 décembre 1766 au marquis du Pezay : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2022/03/27/tous-les-ministres-savent-assez-quelle-est-la-conduite-punis-6373580.html
et du 28 janvier 1767 à Dorat : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2022/05/20/nous-serons-egalement-satisfaits-si-vous-voulez-bien-monsieu-6382857.html
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13/10/2023
Il y a une destinée sans doute, et souvent elle est bien cruelle ... Si je meurs, je meurs tout entier à vous, et si je vis ma vie est à vous
... Belle déclaration d'amour touchante de ce septuagénaire qu'est Voltaire . Philosophe , oui, mais homme sensible d'abord et toujours , ce qui en fait ce patriarche aimable que j'apprécie et continue à suivre , et faire suivre au jour le jour .
« A Marie-Louise Denis
A Ferney mardi 1er mars [1768] à 2 heures après midi 1
Il y a une destinée sans doute, et souvent elle est bien cruelle . Je suis venu trois fois à votre porte, vous avez frappé à la mienne . J'ai voulu promener ma douleur dans le jardin . Il était 10 heures, je mettais l'aiguille sur dix heures au globe solaire, j'attendais que vous fussiez éveillée . J'ai rencontré M. Mallet . Il m'a dit qu'il était affligé de votre départ . J’ai jugé qu'il sortait de votre appartement . J'ai cru que vous dîneriez au château comme vous l'aviez dit . Aucun domestique ne m'a averti de rien, ils croyaient tous que j’étais instruit . J'ai fait venir Christin et père Adam . Nous nous sommes entretenus jusqu'à midi . Enfin je retourne chez vous . Je demande où vous êtes . Wagnière me dit : « Eh quoi vous ne savez pas qu'elle est partie à 10 heures ! » Je me retourne plus mort que vif vers père Adam . Il me répond comme Wagnière : « J'ai cru que vous le saviez ! » Sur le champ, j'envoie chercher un cheval dans l'écurie . Il n'y avait personne . Ainsi dans la même maison avec vingt domestiques nous nous sommes cherchés sans nous voir . Je suis au désespoir, et cette obstination de mon malheur m'annonce un avenir bien sinistre . Je sais que le moment de la séparation aurait été affreux; mais il est plus affreux encore que vous soyez partie sans me voir , tandis que nous nous cherchions l'un l'autre . J'ai envoyé vite chez Mme Racle pour pleurer avec elle . Elle dîne avec Christin, Adam et son mari ; et moi je suis très loin de dîner . Je me dévore et je vous écris . J'espère que ma lettre et les paquets pour M. de Choiseul et pour Marmontel 2vous serons rendus vendredi matin par M. Tabareau . Je les tenais tout prêts . J'avais encore d'autres papiers à vous communiquer quand vous êtes partie .
Voici bien une autre preuve des persécutions de ma destinée : la Harpe est cause de mon malheur . Qui m'aurait dit que La Harpe me ferait mourir à cent lieues de vous n'aurait pas été cru . Enfin tout est avéré . Damilaville est allé chez cet Antoine qui demeure rue Hautefeuille . Cet Antoine que La Harpe disait lui avoir donné copie de cette misère en question, cet Antoine qui ne lui avait donné qu'une copie infidèle sur laquelle il rectifia celles que lui La Harpe fit courir (parce qu'apparemment La Harpe en avait une copie fidèle ) . Remarquez bien tout cela : Antoine a répondu que La Harpe en avait menti ; et n'a pas ajouté à son nom des épithètes bien honorables . La Harpe ne s'est guère mieux conduit dans sa tracasserie avec Dorat 3 . Enfin voilà l'origine de mon malheur . Voilà ce qui ouvre à Ferney le tombeau que j'y ait fait bâtir . Je ne me plaindrai point de La Harpe ; je n'accuserai que cette destinée qui fait tout, et je pardonne entièrement à La Harpe .
Vous verrez MM. de Choiseul, de Richelieu, d'Argental . Vous adoucirez mes malheurs ; c'est encore là votre destinée . Vous réussirez à Paris dans vos affaires et dans les miennes , vous reverrez votre frère et votre neveu . Si je meurs, je meurs tout entier à vous, et si je vis ma vie est à vous . J'embrasse tendrement M. et Mme Dupuits . Je les aime, je les regrette, j'ai le cœur percé . »
1Édition Besterman K. avec fac similé reproduisant la totalité du texte . L'écriture de cette lettre est , pour V*, irrégulière . C'est pour la première fois l'écriture d'un vieil homme . Le matin du même jour où elle fut écrite, Mme Denis signait une procuration permettant à V* d'administrer (c mais non de vendre ) Ferney . Le même jour encore, Dupan écrit à Freudenreich : « On donnait hier pour nouvelle sûre que Mme Denis, la petite Corneille et son mari avaient quitté Ferney pour aller à Paris, que l'oncle et la nièce se sont brouillés, que Voltaire a exigé de sa nièce une reconnaissance que la terre de Ferney, quoique achetée sous son nom, appartenait à Voltaire, etc. En un mot, on dit qu'il est tout seul. » Le lendemain on ajoutait, : « Mme Denis ne partit qu'hier . Voltaire lui a donné 60 mi[lle] livres, 300 louis pour son voyage et une bonne partie de sa vaisselle . On dit même qu'il lui a promis une grosse pension . Il ne lui est resté qu’un complaisant ex-jésuite . Il s'est ennuyé de tenir une auberge, il veut vivre seul . Il a congédié tout à la fois sept maîtres, outre les enfants et les domestiques. »
2 Si ces paquets contenaient des lettres, comme probablement, celles-ci ne sont pas connues .
3Voir lettre du 4 mars 1767 à Dorat : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2022/08/12/toutes-ces-sottises-couvertes-par-d-autres-sottises-tombent-6395946.html
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